mercredi 20 juillet 2011

Les Libyens secourus, au jour le jour, par leurs voisins tunisiens

À Tataouine, près de la frontière entre les deux pays, un élan de générosité a permis l'accueil de plusieurs milliers de réfugiés libyens, malgré l'absence de tout soutien de l'État ou de la communauté internationale.

Mohammed Boukhechem, le Tunisien, commence à se dire qu'il passera août et le ramadan avec Salah Zaïd, le Libyen. Depuis un mois et demi, Mohammed, qui a vécu et travaillé en France avant de s'en retourner à la retraite à Tataouine, la grande ville du Sud-Est tunisien, accueille chez lui Salah, l'épouse de celui-ci, leurs six filles et quatre garçons. Cette famille libyenne, comme des milliers d'autres, a fui les combats entre rebelles et forces pro-Kadhafi dans le djebel Nefoussa, ce massif montagneux de l'autre côté de la frontière. Seulement 170 km séparent Nalut, le village haut perché des Zaïd, de Tataouine, la ville écrasée par un soleil de plomb dans la plate immensité désertique.

L'air désolé, Mohammed ponctue ses phrases de «on ne peut pas les laisser comme ça», «ce sont nos frères», «c'est notre devoir». À l'écouter, on mesure l'ampleur de l'élan de générosité des Tunisiens envers les Libyens. La communauté internationale a tardé avant d'apporter de l'aide aux victimes des atrocités de Mouammar Kadhafi, qui ont surtout compté sur la solidarité de leurs voisins tunisiens. Le 15 avril, à 7 heures du soir, raconte Mohammed, un semi-remorque s'est engouffré dans les ruelles de Rogba, son quartier, à la périphérie de Tataouine. «Il y avait trente-deux personnes, des hommes, des femmes, des enfants… J'ai apporté une échelle pour qu'ils puissent descendre… Ils cherchaient une maison… Il y avait un bébé de 3 mois, des vieux qui ont pleuré devant moi… Ils venaient de Zenten (plus loin dans le djebel Nefoussa, NDLR), ils avaient roulé toute la journée, en plein soleil, dans un camion fermé… Je ne pouvais pas les laisser comme ça…»

Mohammed ouvre son café, ses trois garages attenants, sa maison juste derrière. En respect des codes islamiques, femmes et enfants sont logés dans le café. Les hommes dans les garages. Huit autres hommes dans le sous-sol de sa maison, où Mohammed narre aujourd'hui son aventure. Les matelas sont toujours là, à côté de la télévision et d'un ventilateur. Au premier étage était hébergée une famille au complet. «Ce que j'avais à manger, je donnais tout… Les femmes faisaient le couscous et les macaronis… J'avais un peu d'argent en banque, je donnais tout… Personne n'est venu m'aider… mais c'est notre devoir…»

Problèmes de santé publique

Zenten libérée par les rebelles, les hôtes de Mohammed sont rentrés chez eux. Mais d'autres Libyens sont arrivés, cette fois de Nalut, un village encore régulièrement atteint par les roquettes Grad que tirent les forces de Kadhafi stationnées en contrebas. Et c'est ainsi que Mohammed a fait la connaissance de Salah et de sa famille. Les deux hommes se retrouvent chaque soir pour deviser. Le temps passe. Le ramadan arrive, et la question commence à être évoquée : comment trouver en quantité viande, lait, sucre, et toutes les victuailles qu'il convient de partager le soir venu, à la rupture du jeûne ?

Pour Ali Mourou, qui remplit provisoirement les fonctions de maire de Tataouine, cette question du ramadan et, plus généralement, les problèmes posés par les réfugiés libyens ont pris des proportions pharaoniques. Comme si avec le déclenchement de sa révolution, la Tunisie n'avait déjà pas assez de soucis politiques, économiques et sociaux ! Depuis le 28 mars, explique Ali Mourou, les Libyens n'ont cessé d'arriver à Tataouine et dans son gouvernorat, qui, en Tunisie, a recueilli le plus grand nombre de réfugiés. À la mi-mai, au plus fort de ce mouvement migratoire, ils étaient 54 000 dans le gouvernorat, dont 30 000 à Tataouine, où vivent 75 000 habitants en temps normal. «Vous imaginez les contraintes pour fournir l'électricité et l'eau, soigner les blessés de guerre et puis les réponses à apporter en terme d'hygiène et de santé publique !» L'édile insiste : «Pendant deux mois et demi, nous n'avons reçu aucune aide du gouvernement tunisien et aucune aide internationale. Les réfugiés libyens n'ont été secourus que par les habitants de Tataouine, qui ont ouvert leurs maisons, vidé leurs réfrigérateurs, et par les dons privés venant de toute la Tunisie. Du gouvernement, nous n'avons toujours rien reçu», se lamente Ali Mourou.

Cinq centres de distribution

Mohammed cite en revanche le Qatar, qui gère un camp dans le stade de football, les dons de l'agence onusienne pour les réfugiés, et de celle en charge de l'aide alimentaire. Heureusement, le nombre des Libyens a baissé - ils ne sont plus qu'environ 6 000 à Tataouine et 20 000 sur la région. Les réfugiés demeurés à Tataouine se sont, eux, installés dans l'inconfort. Certains louent des maisons ou contribuent aux dépenses de leurs familles d'accueil tunisiennes. Leur carte bleue de rationnement en mains, ils se rendent une fois par semaine à l'un des cinq centres de distribution d'aide alimentaire tenus par des bénévoles. Certains produits distribués ont été achetés à des entreprises tunisiennes ou au gouvernement tunisien, qui finira bien, d'une manière ou d'une autre, par régler les factures présentées par Tataouine et par toutes les villes d'un pays au chevet de son voisin en guerre depuis cinq mois.

Thierry Portes dans le Figaro

Augmentation des flux migratoires dans la Corne de l'Afrique

La grave sècheresse qui affecte de vastes zones du Kenya, la Somalie, l'Ethiopie et Djibouti a conduit à une augmentation considérable des flux migratoires multidirectionnelle, à la fois au sein et à travers les frontières internationales, ont indiqué mercredi à Nairobi des missions de l'Organisation internationale pour les migration (OIM) dans la région.

"Ces mouvements de la population impliquent non seulement les réfugiés et les demandeurs d'asile, mais un grand nombre de migrants et des éleveurs qui ont peu de choix de se déplacer le long de nombreuses routes migratoires complexes et périlleuses", ont souligné ces missions dans un communiqué parvenu à la MAP. La même source note que bien que l'information sur plusieurs de ces itinéraires soit parcellaire, les mouvements de population ont été observés dans les zones touchées par la sècheresse dans le sud et le centre de la Somalie vers la capitale Mogadiscio, où de fortes pluies ont fait ces derniers jours des ravages parmi les personnes vulnérables déplacées. "La situation dans les régions touchées par la sècheresse en Somalie a conduit à une augmentation importante de personnes cherchant une aide au Kenya et en Ethiopie, avec quelque 50.000 nouveaux arrivants rapportés en juin dernier", fait constater l'OIM qui précise qu'au cours des trois dernières semaines, quelque 8.600 personnes sont arrivées au Kenya et 11.000 en Ethiopie.

En Ethiopie, où la sècheresse affecte directement 4,5 millions de personnes, les communautés pastorales ont particulièrement besoin d'aide, en raison de l'affaiblissement ou la mort de leur bétail, souligne l'organisation onusienne. Et d'ajouter que leurs mouvements transfrontaliers en quête d'eau et de pâturages pour leurs bétails créent un risque élevé de conflit concernant les ressources naturelles, en particulier dans les districts kenyans de Turkana, Wajir et Mandera gravement touchés par la sècheresse..

L'OIM et ses partenaires de l'ONU ont travaillé avec les gouvernements de la Corne de l'Afrique pour faciliter le mouvement des pasteurs dans les régions frontalières, a déclaré le directeur des opérations de l'OIM, Mohammed Abdiker. L'Initiative Sécurité dans la Mobilité (SIM), ajoute-t-il, a appelé les gouvernements de la région à élaborer une politique pour faciliter le déplacement sécuritaire des pasteurs dans leur pays et à travers les frontières, en utilisant une approche de collaboration qui englobe la fourniture de l'assistance humanitaire, les services de base et la sécurité globale.

"De tous les mécanismes d'adaptation aux changements climatiques, la mobilité s'impose comme le plus essentiel pour les éleveurs", a indiqué Mohammed Abdiker, soulignant à ce propos l'urgence d'un effort concerté vu qu'"aucun pays dans la région ne peut seul relever les défis complexes du changement climatique et des migrations". L'OIM relève également que chaque année, des dizaines de milliers de migrants, essentiellement des Somaliens et des demandeurs d'asile, font le voyage dangereux à partir de leur lieu d'origine à travers la Corne de l'Afrique et le golfe d'Aden au Yémen et au-delà. "Ces individus, poussés par l'agitation politique et face à la pauvreté extrême, non seulement courent le danger de la mer, mais aussi des risques physiques de harcèlement et de discrimination durant leur voyage sur la terre", souligne-t-on.

Agence MAP et AuFait Maroc

mardi 19 juillet 2011

Tolossa Chengere peut courir hors de Suisse

L’Ethiopien du Lausanne-Sports est désormais titulaire d’un permis de séjour B.

Meilleur coureur sur route basé en Suisse depuis plusieurs années, Tolossa Chengere peut donc «enfin» sortir du territoire helvétique et aller exercer son métier de coureur dans des compétitions à son niveau. «C’est un soulagement, le résultat d’un long combat», relève l’entraîneur de Chengere, Jean-François Pahud. Arrivé en Suisse il y a sept ans comme réfugié, Chengere, admis provisoirement, n’avait pas le droit de quitter le pays tant qu’il ne possédait pas de permis de séjour B. Il a écumé les courses sur route de Suisse, s’imposant presque partout, y compris à Morat-Fribourg (deux fois) et à la Course de l’Escalade à Genève, parfois en signant de nouveaux records du parcours.

Plus d’une fois, il a été frustré de ne pas pouvoir aller se mesurer aux tout meilleurs hors des frontières. Tous ses records (13’37’’26 sur 5000 m, 28’12 sur 10 km route notamment) ont ainsi été obtenus en Suisse. Chengere peut désormais voyager, mais le temps presse pour lui. Arrivé au seuil de la trentaine ou déjà bien au-delà (36 ans selon la Fédération internationale, 28 d’après son club du Lausanne-Sports), il devrait enfin se lancer sur marathon. «C’est là qu’est son avenir. Nous cherchons un marathon pour l’automne, pas trop important car j’aimerais l’accompagner à vélo sur le parcours», précise Jean-François Pahud.

Le coach préfère être là car Chengere n’est pas des plus autonomes. Si Pahud ne surveille pas son entraînement, il a tendance à se dissiper.

24 Heures

L’art de se boucher les oreilles

Une vie misérable», dans des «conditions pitoyables»: de retour de mission en Italie, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) tire la sonnette d’alarme sur le sort qui y est réservé aux requérants d’asile et aux réfugiés.

Elle demande aux autorités fédérales de faire preuve de retenue avec le renvoi en Italie des migrants au nom de la directive Dublin, qui permet de refouler ces personnes dans leur premier pays d’accueil. Du moins, la Confédération doit-elle mettre la pédale douce en ce qui concerne les personnes vulnérables, les familles avec enfant et les femmes seules. L’OSAR souligne l’iniquité du système d’accueil de l’Italie, qui laisse ces migrants sans aucun filet social. Mais aussi son cruel manque de capacités d’accueil, aggravé depuis les révolutions arabes. De janvier à fin juin, 50 000 personnes ont débarqué sur ses côtes. L’OSAR en appelle à la solidarité avec les Etats membres de l’accord de Dublin. Le voisin transalpin, lui, avait averti l’Europe: seul, il ne s’en sortira pas.

Ce constat alarmiste contraste avec l’attitude helvétique. La fin de non-recevoir très technocratique communiquée hier par l’Office fédéral des migrations (ODM) – aucun besoin d’agir, car l’Italie a reconnu les lignes directrices européennes sur les réfugiés –, fait écho à la récente montée aux barricades des cantons exigeant de la Confédération qu’elle accélère les renvois au nom de l’accord Dublin. Cette année, la Suisse a procédé à 1000 renvois vers l’Italie et 2000 cas sont encore pendants.

Décidément, l’art des autorités helvétiques de se déresponsabiliser en se défaussant sur ses voisins n’a d’équivalent que leur capacité à se boucher les oreilles et les yeux. Car la situation italienne était connue bien avant les révolutions arabes. En novembre 2009, le cas d’un mineur somalien de 17 ans avait défrayé la chronique. Selon des témoignages, l’adolescent s’était retrouvé livré à lui-même en Italie, où il était considéré comme majeur.

Surtout, le précédent grec a montré que la Suisse ne se plie au bon sens que si elle a le pistolet de la justice sur la tempe. Ce n’est qu’à la suite d’un jugement de la Cour européenne des droits de l’homme que l’ODM a suspendu tout renvoi vers ce pays où l’accueil a été qualifié de catastrophique. Jusque-là, Berne avait épargné seulement les personnes vulnérables, s’asseyant sur un rapport d’Amnesty international, mais aussi sur les recommandations du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés.

Faudra-t-il que le lac Léman devienne la Méditerranée pour que la riche Helvétie fasse cas de la détresse des réfugiés?

Rachad Armanios dans le Courrier

lundi 18 juillet 2011

Renvoi de requérants vers l'Italie: l'OSAR demande de la retenue

L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés demande aux autorités helvétiques de faire preuve de retenue avec le renvoi des "requérants d'asile vulnérables, des familles avec enfants et des femmes seules" vers l'Italie. L'OSAR souligne les faiblesses criantes des capacités d'accueil dans ce pays.

En Italie, des réfugiés et des requérants d'asile vivent, et parfois en famille, dans la rue, relève l'OSAR dans un rapport diffusé lundi après une mission dans la Botte avec l'ONG norvégienne Juss-Buss.

La situation s'est particulièrement aggravée cette année. Depuis janvier, 50'000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes suite aux bouleversements politiques en Afrique du nord. Un afflux qui "a encore dégradé les conditions d'hébergement et d'accueil, par ailleurs déjà très précaires", ajoute l'OSAR.

Durant sa mission, l'organisation d'aide a pu constater que "jusqu'à l'enregistrement formel de leur demande, les requérants d'asile en Italie n'ont pas accès à un hébergement". De plus, les délais d'attente dans les villes importantes s'étendent jusqu'à deux mois, laps de temps durant lequel ils sont livrés à eux-mêmes sans moyens d'existence.

"Vie misérable"

Par rapport au nombre élevé de demandes, l'Italie a une capacité d'accueil totalement insuffisante. Au niveau national, le pays dispose de près de 5000 places plus quelques hébergements communaux dans certaines régions alors que les requérants d'asile et réfugiés sont des dizaines de milliers.

En Italie, ceux qui parviennent à se loger se voient expulsés de leur hébergement au maximum après six mois, car il ont en principe le droit de travailler et la capacité de se prendre en charge. En perdant leur hébergement, ils perdent donc tout soutien, se retrouvent dans la rue, et commence pour eux "une vie misérable", ajoute l'OSAR.

De janvier à fin juin, la Suisse a procédé à un millier de renvois de réfugiés vers l'Italie, et 2000 cas sont encore pendants.

ATS

Madame Intégration, deux cultures, un credo

amina benkaisAmina Benkais, Franco-Marocaine, prend la tête du Bureau vaudois de l’intégration.

Elle est toujours l’étrangère de quelqu’un. En Suisse, où cette Franco-Marocaine détentrice d’un permis C a débarqué en 1999. En France, où elle avait migré pour ses études. Et Amina Benkais est doublement étrangère au Maroc, où ses origines aisées la mettaient déjà à l’écart. Ces expériences ne sont peut-être pas pour rien dans les choix professionnels de la future responsable du Bureau vaudois de l’intégration. Mais cette quadragénaire attribue davantage son engagement à sa sensibilité face aux injustices sociales, héritée de ses parents, qu’à ses origines. Qu’elle vit très bien. «Je navigue sans malaise et sans déchirement d’une culture à l’autre.»

Un plus, pas un alibi

Sa spécialisation dans les migrations s’est en fait tissée de fil en aiguille. De Bordeaux, elle a suivi à Neuchâtel son mari engagé chez Swatch. Docteure en droit, elle est alors engagée pour mener une recherche à l’Université sur le droit des musulmans. Un pas de côté et la voici au Service de la cohésion multiculturelle de Neuchâtel de 2002 à 2010, où elle remplit des mandats intercantonaux sur les violences faites aux femmes, du mariage forcé à la prostitution. Cet intérêt la conduit à lancer un projet de coordination romande sur ce thème au sein de l’organisation Terre des femmes Suisse. C’est au terme de ce parcours que l’annonce pour le poste de déléguée vaudoise à l’Intégration lui tombe dessus. Alors, non. L’étiquette d’étrangère ne justifie pas son job. «C’est un plus, et j’en suis heureuse. Mais il y a d’abord une bonne formation et une addition de compétences», affirme-t-elle.

Amina Benkais est toute petite, mais elle n’a pas l’air du genre à s’aplatir. Energétique. Déterminée. Mais aussi souriante, joyeusement volubile. Cette amoureuse de la création – elle écrit, invente en cuisine et «peinturlure» – craque pour les jobs qui lui permettent d’innover et d’être utile. D’ailleurs, à quoi sert un Bureau de l’intégration? Pour elle, le titre relève un peu d’un idéal. Avant de parler d’intégration, elle constate des problèmes «plus aigus»: l’accès des étrangers à la formation, au marché du travail et, pour les femmes, à une socialisation.

Et quelles innovations imagine-t-elle? La déléguée à l’Integration, qui entre en fonctions en septembre, aimerait initier de nouvelles synergies, en particulier avec le domaine privé. Elle est convaincue par une collaboration qu’elle a établie avec le groupe Swatch: «Une entreprise a souvent des appréhensions vis-à-vis des étrangers, hésitant à engager des gens dotés d’un permis F, parce que c’est trop compliqué ou qu’elle craint qu’ils ne partent rapidement. On pourrait lui faciliter la tâche.» En matière de synergies, elle pense aussi aux communes, actives sur le front de l’intégration. «Il faut faire attention aux doublons, éviter les pertes de temps, d’énergie et le gaspillage d’information.»

Vivre sur place

Amina Benkais a un autre défi à relever, plus terre à terre: trouver un logement dans le canton de Vaud. «Il faut sentir les frémissements de la société. Plein de choses nous échappent si on n’est pas sur place. Lorsque je me promène à Neuchâtel, il n’y a pas un jour où je ne suis pas arrêtée par quelqu’un.» Au point que ses filles – 7, 12 et 16 ans – en ont ras-le-bol de sortir avec elle, sourit-elle.

En attendant d’éplucher les petites annonces, elle va assouvir sa passion des voyages. «Plus c’est loin, plus il y a de risque, plus j’aime.» Mais le Maroc reste le seul endroit où elle se ressource, vêtue de ses habits traditionnels: «Une façon de déposer mon étiquette visible d’étrangère. »

Laure Pingoud dans 24 Heures

Renvois vers l’Italie: faire preuve de retenue

italie osar

Manque prononcé de structures d’hébergement pour les requérant-e-s d’asile en Italie: les réfugié-e-s et les requérant-e-s d’asile, dont de nombreuses familles avec des enfants, des femmes seules, des malades psychiques et des personnes traumatisé-e-s, vivent dans la rue. Dans son dernier rapport, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR conclut que les transferts vers l’Italie sont hautement problématiques.

Depuis le début de l’année, 50’000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes suite aux bouleversements politiques en Afrique du Nord, ce qui a encore dégradé les conditions d’hébergement et d’accueil, par ailleurs déjà très précaires. L’Allemagne a déjà réagi: plus d’une douzaine de tribunaux administratifs dans les Länder ont stoppé les renvois des requérant-e-s d’asile vers l’Italie au motif que les normes minimales pour les réfugié-e-s en Italie «ne sont en grande partie plus respectées». Une délégation de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR et de l’organisation d’entraide juridique norvégienne, Juss-Buss, est parvenue à la même conclusion dans son rapport final de mission, désormais disponible: jusqu’à l’enregistrement formel de leur demande, les requérant-e-s d’asile en Italie n’ont pas accès à un hébergement et les délais d’attente dans les villes importantes s’étendent jusqu’à deux mois. Pendant ce temps, les personnes concernées vivent dans la rue – même celles extrêmement vulnérables comme les familles avec enfants.

Par rapport au nombre élevé de demandes, l’Italie a une capacité d’accueil totale-ment insuffisante. Près de 5000 places au plan national plus quelques héberge-ments communaux dans certaines régions ne permettent pas d’offrir une place à des dizaines de milliers de requérante-s d’asile et de refugié-e-s. Sans hébergement, les personnes concernées ne peuvent guère couvrir leurs besoins de base tels que la nourriture ou l’hygiène personnelle. Les mesures d’intégration, notamment les cours de langue – qui, au contraire du système suisse, sont en règle générale proposées uniquement lorsque la procédure d’asile est en cours – sont indissociables d’un hébergement. L’aide à l’intégration est dépendante de l’hébergement!

Celles et ceux qui parviennent malgré tout à trouver un lieu se voient expulsé-e-s de leur hébergement au maximum après six mois. Car après ce délai, les requérant-e-s d’asile ont le droit de travailler. Le système italien part du principe que dès ce moment là, les personnes concernées peuvent se prendre en charge elles-mêmes. Il en va de même des personnes qui sont reconnues comme réfugiées ou qui obtiennent une protection en Italie. Cette reconnaissance entraîne la perte de l’hébergement. Les personnes vulnérables bénéficient parfois d’un report, mais elles doivent quitter leur hébergement après douze mois tout au plus.

En perdant leur hébergement, les requérant-e-s d’asile et les réfugié-e-s perdent tout soutien. Les personnes se retrouvent dans la rue, totalement dépendant-e-s de l’aide minime proposées par les institutions ecclésiastiques et les ONG. Une vie misérable: les personnes passent leur journée à essayer de couvrir leurs besoins de base. Elles s’efforcent de trouver un abri pour la nuit, soit dans des centres d’urgence ou dans des maisons occupées, font la queue pour obtenir de la nourriture. Dans ces circonstances difficiles, apprendre l’italien et plus encore trouver un travail relève de l’impossible. A partir de ce moment, si ce n’était pas déjà le cas, les personnes concernées vivent dans des conditions pitoyables, sans espoir de pouvoir changer quoi que ce soit à leur situation de vie.

L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR demande donc aux autorités suisses de faire preuve de retenue avec le renvoi des requérant-e-s d’asile vulnérables, des familles avec enfants et des femmes seules. Les personnes qui ont obtenu le statut de réfugié ou un statut de protection en Italie ne devraient plus être refoulées vers ce pays. Et ce également en signe de solidarité et d’engagement à partager la charge avec les Etats membres de l’accord de Dublin.

dimanche 17 juillet 2011

Corne de l'Afrique : 10 millions de personnes menacées par la famine

L'Afrique de l'Est est au bord d'une effroyable catastrophe humanitaire. Après une des pires sécheresses depuis des décennies, dix millions de personnes sont confrontées à la famine en Somalie, au Kenya, en Ethiopie, en Ouganda et à Djibouti. Deux millions d'enfants souffrent de malnutrition dans cette région et ont besoin d'une aide urgente pour survivre, 500 000 seraient même en danger de mort, selon l'Unicef.

Ce dimanche, le directeur de fonds des Nations unies pour l’enfance et un secrétaire d'Etat britannique, ont visité des camps de réfugiés surpeuplés, notamment à Dadaab, dans l'est du Kenya. Ils ont à nouveau exhorté la communauté internationale à intensifier ses efforts, alors qu'une première aide de l'ONU est arrivée le 13 juillet en Somalie.

22,48 millions d'euros nécessaires, selon l'Unicef
Ces deux dernières années, les pluies, absentes ou peu abondantes, ont déjà contraint des milliers de Somaliens à quitter leur pays et ont ruiné la vie de millions de personnes au Kenya, en Ethiopie et à Djibouti. Et la situation risque de se dégrader dans toute la corne de l'Afrique. Anthony Lake, le directeur de l'Unicef, est formel : «Il n'y aura pas de grosse récolte avant l'année prochaine» et par conséquent «les six prochains mois vont être très difficiles». Selon l'agence onusienne, il faudrait 22,48 millions d'euros pour aider, pour les trois prochains mois, les millions de femmes et d'enfants en danger. La Grande-Bretagne a promis samedi une aide d'urgence de 59 millions d'euros, l'Allemagne cinq millions d'euros supplémentaires. Ce dimanche, Benoît XVI a souhaité que «la mobilisation internationale en faveur de ces frères et sœurs durement éprouvés et parmi lesquels il y a tant d'enfants, se renforce». Il demande à «toutes les personnes de bonne volonté» leur «soutien et solidarité» en faveur de ces populations.

Les rebelles somaliens acceptent l'aide internationale
Parmi, les zones où la situation est la plus critique figure la Somalie. Dans ce pays s'ajoutent à la sécheresse  vingt ans de guerre civile. Près de trois millions de personnes, soit un tiers de la population, a besoin d'aide humanitaire, estime l'Union africaine. Le gouvernement fédéral de transition (TFG) n'a d'autorité effective que sur une partie de la capitale, Mogadiscio, et fait face à l'insurrection des shebab, des islamistes radicaux. Pour la première fois depuis deux ans, les rebelles «ont donné leur accord et ont autorisé l'accès sans problème. Tout c'est bien passé»», a expliqué dimanche Iman Morooka, la porte-parole de l'UNICEF. Cinq tonnes d'aide et de médicaments ont été transportées par avion le 13 juillet vers la région de Baidoa au centre du pays, dirigée par les shebab, qui avaient poussé au départ dès 2009 la plupart ONG. Qu'importe «qu'ils soient ou non musulmans (...), si leur intention est seulement d'aider ceux qui souffrent», avaient-ils expliqué la semaine passée, signe sans doute de leur détresse.

La famine menace un camp de réfugiés au Kenya
Conséquence  également de la guerre civile somalienne, à Dadaab au Kenya, le plus grand camp de réfugiés du monde est au bord de la rupture. D'après le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), la crise humanitaire provoquée par la sécheresse et les combats en Somalie fait actuellement affluer quotidiennement quelque 1 300  personnes supplémentaires. Construit en 1991 pour héberger 90 000 personnes, il en accueille aujourd'hui plus de 380 000, dont 59.000 vivent à l'extérieur du camp. Les travailleurs humanitaires ont du mal à faire face cet  l'afflux massif et appelle le gouvernement kenyan à ouvrir un nouveau camp déjà existant mais non encore utilisé.Au Kenya, la région du Turkana est particulièrement touchée. «Le nombre d'enfants hospitalisés pour malnutrition a doublé par rapport à l'an dernier», explique à l'AFP une infirmière de Lodwar, la principale ville de cette région . «Beaucoup arrivent affaiblis, mais ce sont les chanceux qui arrivent chez nous», poursuit-elle.

Le Parisien

samedi 16 juillet 2011

Libye: la situation des réfugiés est de plus en plus précaire dans les camps proches de la frontière

L'association  Médecins sans Frontières se dit très préoccupée par la situation des réfugiés africains, bloqués dans des camps provisoires où ils sont exposés à la violence.

TSR

La Somalie est en état de «catastrophe humanitaire»

Une terrible sécheresse frappe la région. Près de 250 000 enfants souffrent de malnutrition sévère.

La Somalie, où sévit une gravissime sècheresse, est désormais en état de «catastrophe humanitaire», a affirmé hier le directeur d’Action contre la faim (ACF), faisant état de quelque 250 000 enfants sévèrement malnutris. Submergé par les réfugiés, le Kenya voisin va ouvrir un nouveau camp et le HCR acheminer des milliers de tentes.

«Ces dernières semaines, nous avons vu une détérioration de la situation humanitaire», a déclaré Jens Oppermann, directeur d’ACF pour ce pays. «Nous voyons des gens arriver à Mogadiscio dans un état que nous n’avions pas vu jusqu’ici, a-t-il poursuivi. Les gens sont mentalement et physiquement épuisés après avoir parfois marché des semaines dans un environnement particulièrement hostile.»

ATS