samedi 14 février 2009

Agression au couteau entre requérants

Un requérant d’asile du centre a donné un coup de couteau à un autre résident, jeudi soir. Si ses jours ne sont pas en danger, la victime a néanmoins été sérieusement blessée. Un article paru dans 24 Heures.

Une altercation entre deux requérants d’asile africains a dégénéré, jeudi soir, au centre de requérants d’asile de Sainte-Croix. Un Erythréen de 20 ans, arrivé sur le balcon du Jura en septembre, a porté un coup de couteau à un Guinéen de 18 ans.

Les deux jeunes hommes avaient déjà eu maille à partir durant l’après-midi. «Cela devait toutefois être quelque chose de moindre importance, puisque personne de l’équipe en place n’avait été mis au courant de cet incident, qui a été révélé lors des interrogatoires», note Pascal Rochat, responsable de la phase accueil et socialisation au centre de Sainte-Croix.

Touchée à la poitrine, la victime a été héliportée au CHUV par la REGA. Son état est jugé sérieux, mais ses jours ne sont pas en danger. Quant à l’agresseur, il s’est réfugié dans sa chambre après l’altercation et a été interpellé peu après. Le juge d’instruction de l’arrondissement du Nord vaudois a ouvert une enquête pénale. Il a inculpé le prévenu pour tentative de meurtre et l’a placé en détention préventive.

Le centre affiche complet

Actuellement, le centre EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants) de Sainte-Croix affiche complet avec 120 résidents. Il ne faut toutefois pas chercher dans ce chiffre les causes de cette agression, selon Pierre Imhof, directeur de l’EVAM. «Peut-être que cela aurait été différent s’il y avait la moitié moins de monde. Mais il faut savoir que la situation actuelle n’est pas exceptionnelle. Durant toute l’année 2008, le taux d’occupation du centre a oscillé entre 85% et 100%», relève-t-il.

Il souligne en outre que «les bagarres entre requérants qui débouchent sur des blessures sont assez rares, si l’on considère que le canton de Vaud accueille quelque 4500 personnes».

F. RA.

jeudi 12 février 2009

"Eden à l'Ouest", l'exil moderne selon Costa Gavras



  • En 1955, Elia Kazan réalisait "A l'Est d'Eden", film culte avec James Dean à fleur de peau, en pleine révolte contre son père. Aujourd'hui Costa Gavras, en hommage, renverse la perspective dans "Eden à l'Ouest".

Elias, jeune immigré clandestin, beau comme une statue grecque, traverse la Méditerrannée pour imaginer une nouvelle vie. Le réalisateur de "Amen" raconte un long voyage initiatique plein de métaphores. Le bateau rempli d'exilés, la fuite, l'arrivée sur la plage... dans un camp de nudistes et la fin, sombre, sur les Champs Elysées. Le jeune Elias, obsédé par Paris, avance toujours plus loin dans la désillusion.

Le réalisateur grec a choisi un héros, Riccardo Scarmacio, pur, candide et presque muet. Mais c'est une fable cruelle. Préjugés des riches contre les pauvres, surtout lorsqu'ils sont étrangers, peur devant l'horizon rempli de policiers. Même s'il y a parfois de bonnes surprises. (voir la bande annonce)



mercredi 11 février 2009

L’errance du jeune Irakien filmé dans La forteresse continue


KAFKAÏEN | L’an dernier, Fahad Khammas «jouait» son propre rôle devant la caméra de Fernand Melgar. Aujourd’hui, le requérant d’asile est de retour à Vallorbe pour déposer une nouvelle demande après avoir été renvoyé d’un pays à l’autre. Plongée dans la logique labyrinthique des accords de Dublin.



© | Fahad Khammas (à dr.) a couru l’Europe d’un bout à l’autre avant de rebondir au Centre de Vallorbe, où Fernand Melgar l’avait rencontré pour son film.

MARTINE CLERC | 11.02.2009 | 00:03

Son destin ressemble aux pérégrinations d’une balle de flipper. D’un bout à l’autre de l’Europe, Fahad Khammas, demandeur d’asile irakien de 24 ans, rebondit contre les frontières au gré de la législation européenne. Traducteur-interprète pour l’armée américaine à Bagdad, le jeune homme fuit l’Irak en été 2007, se disant pourchassé pour trahison par des milices islamistes. Syrie, Turquie, Grèce, Suède, France, avec des passages en prison pour séjour illégal, son périple tortueux l’amène en Suisse, au centre d’enregistrement de Vallorbe, au début de l’année dernière. C’est là que le réalisateur lausannois Fernand Melgar le rencontre. Fahad sera l’un des héros involontaires de son film événement «La forteresse». Depuis, ils sont devenus amis.

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Le drame de l'immigration clandestine en gros plan à la 59e Berlinale


BERLIN (AFP) — Les drames liés à l'immigration clandestine sont un thème fort de la 59e Berlinale, au coeur du poignant film français "Welcome", mais aussi d'"Eden à l'Ouest" du franco-grec Costa-Gavras, qui clôt le festival.
Très remarqué au sein de la section Panorama qui fête ses 30 ans cette année, "Welcome" de Philippe Lioret met en scène Vincent Lindon dans le rôle de Simon, un ex-champion de natation devenu maître nageur.
Dépressif depuis son divorce, Simon s'attache à Bilal (Firat Ayverdi) un adolescent irakien qui a traversé le continent pour rejoindre sa petite amie Mina (Derya Ayverdi), émigrée à Londres.
Arrivé à Calais, Bilal a échoué dans sa tentative de passer la Manche caché dans un camion de marchandises. Car une phobie l'empêche de se couvrir la tête du sac en plastique grâce auquel les immigrants déjouent les contrôles de la police - laquelle mesure le gaz carbonique rejeté dans l'air.
Il décide alors de traverser la Manche à la nage, un dangereux périple que Simon, qui lui donne des leçons de natation, veut le dissuader d'entreprendre.
Connu pour son polar "Je vais bien, ne t'en fais pas" et ses comédies "Tombés du ciel" ou "Tenue correcte exigée", Lioret signe un film social fort, émouvant et maîtrisé, où les acteurs non professionnels jouent remarquablement.
"Welcome" fait la lumière sur les risques pris par les clandestins déterminés à tout pour gagner la Grande-Bretagne et sur leurs conditions de vie précaires depuis la fermeture du camp de Sangatte, fin 2002.
Lioret montre aussi l'attitude ambigüe des autorités françaises qui tolèrent l'aide apportée par les ONG aux migrants, mais appliquent la législation qui sanctionne tout citoyen ayant hébergé une personne en situation irrégulière.
Sur le même thème "Eden à l'Ouest", projeté en sélection officielle hors compétition samedi soir, veille de la clôture du festival, rate sa cible.
Signé par Costa-Gavras - l'auteur de films politiques tels que "Z", "L'aveu" ou "Missing", président du jury de la Berlinale 2008 -, ce long métrage se présente comme "l'odyssée filmée" du jeune Elias (Riccardo Scamarcio) à travers l'Europe, avec Paris en point de mire.
Mais là où Lioret signait une fiction subtile, incarnée par des personnages de chair, uniques et émouvants, Costa-Gavras distille une vision manichéenne du monde, sur le ton d'une impérieuse dénonciation idéologique.
Sur sa route, Elias rencontre des archétypes de personnages, désincarnés, à l'instar de la bourgeoise qui lui donne une veste puis l'abandonne sur le pallier de son appartement car "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde", le patron profiteur, la touriste allemande au fort appétit sexuel, etc.
Enfin le documentaire "Coyote" tourné par l'Espagnol Chema Rodríguez et présenté dans la section Panorama, suit les passeurs qui aident les émigrants à traverser la frontière mexicaine pour entrer illégalement aux Etats-Unis.
Déjà invité à la Berlinale 2006, Rodríguez a choisi trois émigrants guatémaltèques et leur "coyote" - le surnom des passeurs en Amérique centrale -, puis les a filmés pendant leur traversée du Mexique, vers la frontière.
Parmi eux, un seul a réussi à obtenir l'autorisation de résider aux Etats-Unis car il était mineur, et vit aujourd'hui à New York. Les deux autres ont été arrêtés puis expulsés vers le Guatemala.

Plus de demandes d'asile en janvier


Au mois de janvier, la Suisse a enregistré 2267 demandes d'asile, soit 184 de plus qu'au cours du mois précédent, selon les chiffres publiés mercredi par l'Office fédéral des migrations (ODM).

Même en octobre 2008, le mois record de l'année, il n'y avait eu «que» 2116 demandes, soit 151 de moins que durant ce mois de janvier 2009. Pour l'ensemble de l'année 2008, 16'606 demandes d'asile ont été déposées en Suisse, soit 53,1% de plus qu'en 2007.

Et en ce début 2009, l'Erythrée est resté le principal pays de provenance, avec 523 demandes. Suivent la Somalie (277) et l'Irak (179).

A fin janvier, près de 42'000 personnes étaient en cours de procédure d'asile. Près d'un requérant sur quatre (23%) a effectivement obtenu l'asile en 2008, ce qui représente une hausse de près de 20% par rapport à 2007.

Le ministère de Justice et Police a mis en consultation le mois dernier un projet de révision de la loi qui rendrait plus difficile l'obtention de l'asile. Ainsi, la désertion ne serait plus un motif suffisant pour se voir accorder l'asile

Il n’aurait jamais pu être refoulé dans son pays

Le Somalien n’avait même pas déposé une demande d’asile. Savait-il qu’il ne courrait aucun risque d’être renvoyé de force dans son pays?

L’Office du juge d’instruction de l’Oberland bernois n’a pas encore clos son enquête. Il ne cherche pas à mettre à jour de nouvelles traces du séjour en Suisse de l’Africain décédé. Son seul objectif: clarifier si l’homme mort dans la neige est bien l’auteur des effractions annoncées dans des cabanes de la région. Un faisceau d’indices probants ramènerait la quiétude.

Que cache ce drame de la migration? L’homme a-t-il erré sans but ni point d’attache à travers la Suisse, reproduisant le mode vie nomade répandu dans son pays, la Somalie? Ou a-t-il disparu pour se cacher, craignant d’être refoulé? Savait-il seulement que son refoulement était impossible? Car comme le confirme l’Office fédéral des migrations (ODM), «depuis des années, aucun renvoi forcé n’est organisé vers la Somalie. Les seuls retours possibles sont volontaires».

Un simple contrôle d’identité révélant l’illégalité du séjour d’un Africain en Suisse est en général sans conséquence. Si la personne n’a pas commis de délits pénaux, elle est vite relâchée même si elle n’a pas de domicile. Dans le cas précis, assure la police bernoise, les agents genevois «ont recommandé» à l’Africain des lieux hébergeant les sans-abri et les sans-papiers. Nul ne peut dire à Genève si l’homme en a fait usage. «Sans doute pas», penche la police bernoise, sinon il aurait été aiguillé vers le centre d’enregistrement de Vallorbe pour y déposer une demande d’asile. Or une telle requête n’a pas été formulée, a confirmé l’ODM.

La seule année 2008, 2014 Somaliens ont déposé une demande d’asile en Suisse. 411 cas ont été réglés. Le taux d’acceptation est certes faible (18 cas, ou 5,2%). Mais lors d’une décision négative (refus ou non-entrée en matière), une admission provisoire est généralement accordée (68% des cas), les conditions du renvoi n’étant pas réunies. Pour les refus et les non-entrées en matière sans octroi d’une autorisation provisoire (60 cas), le résultat, en fin de compte, est identique: le séjour illégal en Suisse se poursuit.

Le mort de Diemtigtal


Simone Schmid Diemtigen *

Un ressortissant africain est mort de froid dans la neige face à une cabane d’alpage. Entré illégalement en Suisse, il avait été enregistré par la police genevoise en novembre 2007, puis avait disparu


Dimanche 1er février, dans une vallée reculée des Alpes bernoises. Quatre randonneurs à skis font une pause devant une cabane d’alpage, à 1600 mètres d’altitude. La cahute est baptisée «Ramseli». En été, l’étable accueille le veau d’une paysanne, Mme Schmied. Mais maintenant, la porte et les fenêtres sont solidement barricadées, les escaliers couverts de neige. Seule la recherche d’indices montrera plus tard que quelqu’un a essayé de forcer les volets. Que quelqu’un a voulu se mettre au chaud. L’homme n’a pas réussi à entrer par effraction. Et maintenant il gît, mort, devant la cabane. Son corps recouvert d’une mince couche de neige. Les skieurs de passage avertissent la police.

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Ou l'article original de la NZZ

Des communes font du bénéfice sur le dos des requérants d'asile

   OLIVIER CHAVAZ    

SuisseSOLEURE - IGA-SOS Racisme dénonce des contrats de travail très spéciaux passés entre les autorités communales et des employeurs privés. 
Faire travailler des requérants d'asile dans le secteur privé, leur verser 40 francs par jour au maximum et empocher la différence. Choquant mais légal. A Soleure, les communes – compétentes en matière d'asile – sont encouragées à agir ainsi par une directive cantonale. «C'est de l'exploitation aux relents colonialistes», s'étrangle Françoise Kopf, permanente de l'association IGA-SOS Racisme. Cette infatigable défenseuse des requérants et des recalés de l'asile dénonce notamment cette pratique depuis plusieurs années. Elle a récemment relaté dans les colonnes de Vivre Ensemble1 les déboires de trois personnes. Edictée dans les années 1990, époque où les requérants étaient frappés d'une interdiction générale de travail à Soleure, la directive baptisée «landwirtschaftliche Kurzeinsätze» visait à autoriser l'embauche pour des travaux de courte durée (4 mois) dans l'agriculture. Elle a été ressortie des tiroirs au début de la décennie «pour légitimer des formes de travail qui n'ont plus rien à voir avec des occupations champêtres», explique Françoise Kopf, preuves à l'appui. Tout en permettant aux communes de réaliser de juteux bénéfices. 


Vingt francs la demi-journée

Sur demande d'une entreprise, les autorités fournissent un «candidat» et signent elles-mêmes le contrat de travail. Rémunération: 20 francs la demi-journée. Astuce: l'employeur verse en réalité le salaire usuel de la branche directement à la commune, qui établit une fiche de salaire «corrigée» et empoche au passage la différence. La somme peut dépasser les 3000 francs pour un plein-temps... Sur le papier, ces emplois ne sont attribués qu'à des volontaires. La réalité est toutefois différente. 
L'histoire de ces deux pères de familles, soutenus dans leurs démarches par IGA-SOS Racisme, en atteste. En octobre 2007, le service social de la grande commune soleuroise dont ils dépendent leur enjoint d'accepter un poste dans une entreprise de recyclage. A l'évocation de leur salaire horaire – 5 francs –, ils refusent, révoltés par ce qu'ils considèrent comme de «l'esclavage». «Ils ont alors été mis à la porte par des policiers et privés d'aide sociale sans même une décision écrite», raconte Françoise Kopf. La commune a finalement dû faire machine arrière: si ce type de contrat est légal, couper les vivres du jour au lendemain à une famille ne l'est pas encore. 


Procédés pour dissuader

En août 2008, un requérant célibataire pousse la porte de l'association. Sa commune l'avait envoyé trimer dans une boucherie industrielle. Payé 500 francs (y compris pour des heures supplémentaires), il a réussi à mettre la main sur la véritable fiche de salaire, celle qui est établie par l'entreprise. Verdict: la rétribution de son travail s'élevait à 3750 francs. L'homme n'a malheureusement pas eu le temps de faire valoir ses droits: débouté, il reçoit aujourd'hui l'aide d'urgence, soit, à Soleure, neuf francs par jours et un lit en foyer. 
«Certains travaillent sous ce régime pendant des années, sans aucun espoir d'amélioration», se désole Françoise Kopf. A ses yeux, le canton de Soleure fait figure de «laboratoire» dans le domaine de l'asile, tant en matière d'économies réalisées sur le dos des requérants et autres recalés qu'à l'aune des restrictions et tracasseries administratives. Des procédés appelés à se généraliser au nom de la fameuse dissuasion. 
Auteure en 2004 d'un mémoire de licence en science politique précisément intitulé «Le marché de l'asile helvétique: une politique de dissuasion rentable?», la permanente d'IGA-SOS a par exemple calculé que Soleure avait réalisé, entre 1995 et 2000, un gain de quelque 18 millions de francs sur les sommes allouées par la Confédération. I 
Note : 1 Décembre 2008, no 120. Il s'agit du bulletin de liaison des associations romandes actives dans la défense du droit d'asile.

mardi 10 février 2009

La famille Boldyreva: «Notre départ est imminent»


Lilia Boldyreva et ses cinq enfants rescapés du Monte Lema (TI) tentent de récolter 60'000 francs avant de rentrer en Ukraine.

Victor Fingal - le 10 février 2009, 00h13
Le Matin

Le compte à rebours a commencé. La famille ukrainienne qui s'était égarée sur le Monte Lema (TI) en janvier 2008 et avait failli mourir de froid en franchissant la frontière italo-suisse est sur le point de regagner sa patrie d'origine. Le Tribunal administratif fédéral (TAF) avait en effet confirmé en novembre dernier une décision de l'Office fédéral des migrations (ODM), qui avait rejeté la demande d'asile, l'Ukraine étant considérée par la Suisse comme un pays sûr. La famille ukrainienne, qui vit encore à Martigny, va obtempérer. Mais avant elle tente de réunir en urgence quelque 60'000 francs pour pouvoir s'acheter une maison sur place.

«En Ukraine, les locations d'appartement ne sont pas développées comme en Suisse. Nous sommes obligés d'acquérir un logement si nous voulons avoir un toit», précise Oksana Boldyreva, 22 ans, qui s'exprime dans un français des plus corrects au nom de la famille. Une quête placée sous le signe de l'urgence. «Ce n'est plus qu'une question de jours, nous nous attendons à devoir partir dans le courant de février.»

C'est Lilia, la maman de 43 ans, qui a entraîné les siens dans un périple insensé. Une mère tantôt admirée pour sa foi et sa volonté, tantôt décriée pour les risques qu'elle a fait prendre à sa famille. Une mère Courage, qui a engagé sa progéniture dans un périple de huit ans à travers l'Europe pour échapper, dit-elle, à un mari violent et à des représentants de l'autorité en place qu'elle ne veut plus nommer à cause des répercussions possibles lors de son prochain retour.

Délire ou réalité? Difficile de faire le tri. Oksana, par contre, est plus précise: «Nous appartenons à une minorité russophone vivant en Ukraine près de la frontière russe. Nous sommes baptistes dans une région à majorité orthodoxe. Quand nous étions enfants, nous subissions des vexations et même des attaques physiques violentes, comme des coups de pied dans la figure, de la part d'autres élèves.»

Permis humanitaire refusé
Le désespoir de cette famille qui était restée bloquée par un demi-mètre de neige, passant deux nuits de janvier à la belle étoile, avait ému le pays. Un élan de solidarité, surtout au Tessin, où les oeuvres d'entraide catholiques avaient récolté plus de 700 signatures, avait obligé le Conseil d'Etat à se mobiliser. Le Tessin demandait à Berne l'octroi d'un permis humanitaire et se disait prêt à accueillir la famille en perdition. Peine perdue.

«La famille Boldyreva est coupable d'avoir joué cartes sur table», relève Philippe Rothenbühler, le pasteur de l'Eglise évangélique de Martigny qui a pris les Ukrainiens sous son aile. Et l'homme d'Eglise d'ajouter: «Je connais des candidats à l'asile qui ont obtenu des permis sous de faux noms après avoir été expulsés une première fois du pays.» Le sort des enfants présents lui tient particulièrement à coeur.

D'autant plus que celui de deux filles de Lilia est incertain. Elles avaient quitté le bateau alors que la famille séjournait dans un camp pour réfugiés en Hongrie. Svetlana, 18 ans, aurait été adoptée par une famille hongroise. Ludmilla, 20 ans, vivrait en clandestinité en Autriche. Restent, outre Oksana, les quatre autres enfants qui ont suivi leur mère: Alex, 16 ans, Denis, 15 ans, Maxim, 11 ans, et Alona, 10 ans. Tous parlent déjà le français après une année en Suisse. Alona suit une école primaire à Martigny. «C'est elle qui parle le mieux le Français», explique fièrement la maman. Les autres ont été placés dans des classes pour étrangers. Oksana, la plus âgée, parle sept langues, glanées au cours de son périple et des différentes écoles qu'elle a dû fréquenter. «J'aurais aimé devenir traductrice», confie la jeune femme. Mais le sort en a décidé autrement. Avec sa mère, elle va ouvrir un petit magasin de légumes à Donyeck, près de la frontière russe, pour subvenir aux besoins de la famille.

25'000 francs déjà récoltés
Les oeuvres d'entraide ont permis de récolter 25'000 francs. Six mille francs ont été payés en avance pour la maison d'une valeur de 60'000 francs que les Ukrainiens désirent acquérir à Donyeck. Les deux adultes, la mère et Oksana, recevront ensemble 6000 francs d'aide au retour et une allocation de 4000 francs par cas (pour toute la famille) leur a aussi été attribuée.

Une fois en Ukraine et s'ils réalisent leur projet d'ouvrir un petit magasin de légumes, la fondation suisse de Service social international leur versera encore 5000 francs. La famille ukrainienne tente actuellement de récolter les 30'000 francs manquant par le biais de donations faites à l'Eglise évangélique de réveil à Martigny.

www.eermartigny.ch

 

Huit années d'errance
Le périple de la famille ukrainienne démarre le 13 juin 2000 quand Lilia et ses sept enfants passent la frontière pour tenter de se réfugier en Slovaquie. Mais ils n'y resteront que cinq jours avant d'opter pour la Hongrie, jugée plus accueillante. Au pays des Magyars, les Ukrainiens vont séjourner plus de sept ans avant de se voir refuser définitivement un permis humanitaire.

Dès lors, Lilia est persuadée que le salut des siens passe par la Suisse. Mais deux des filles refusent de suivre leur mère. Les cinq autres enfants acceptent le pari de leur maman, et la famille quitte la Hongrie le 9 janvier 2008. Elle passe par l'Autriche et l'Italie. Une organisation d'aide aux SDF va les prendre en charge une nuit à Milan. Par deux fois, ils tenteront d'obtenir un visa par le biais du consulat. Sans succès. Malgré un sit-in de protestation organisé devant la représentation suisse le 12 janvier.

Lilia décide alors de tenter le tout pour le tout, sans tenues d'hiver adéquates et juste munie d'un talkie-walkie, elle veut traverser la frontière italo-suisse. La famille en perdition - l'un des fils souffrant de graves gelures - sera secourue le 20 janvier par un hélicoptère de la Rega. Avant d'être placés à Martigny, les Ukrainiens ont passé par les centres de Chiasso et du Bouveret.

Les Nyonnais n'ont pas peur d'accueillir des requérants

Hier, les citoyens ont plus critiqué les difficiles conditions de vie des requérants qu’exprimé des craintes face à leur arrivée. Un article de Madeleine Schürch dans 24 Heures.

Le conseiller d’Etat Philippe Leuba est venu hier soir expliquer les raisons de l’ouverture, en urgence, d'une structure d'hébergement pour requérants d'asile dans un abri PCi de Nyon. La majorité des citoyens présents se sent concernée par un accueil de qualité.Photo Alain Rouèche, Nyon, le 9 février 2009 «C’est bizarre, y a rien eu de négatif!» commentait un citoyen en sortant hier soir de la séance d’information organisée par ville et canton sur l’arrivée prochaine de requérants d’asile à Nyon. Ou presque. L’assemblée venue écouter les autorités locales et le conseiller d’Etat Philippe Leuba, une centaine de personnes, était en effet composée de conseillers communaux, de bénévoles déjà rodés au processus d’accueil des migrants et de quelques citoyens lambda.

Un devoir d’humanité

Personne n’a remis en cause la donnée de base: Nyon se doit, par solidarité avec les autres régions du canton, d’ouvrir enfin une structure pour accueillir des requérants. En revanche, plusieurs voix se sont élevées pour regretter le choix d’un abri PCi. Une centaine d’hommes seuls, dont les trois-quarts ont entre 15 et 35 ans, y seront entassés pour dormir, une structure de jour animée par des bénévoles étant ouverte ailleurs, à l’Esp’Asse. Ces Somaliens, Erythréens, Nigériens, Tamouls et Irakiens vivront en moyenne trois mois, au maximum six, dans ces locaux borgnes. «C’est long pour des gens en détresse, avec qui les pays jouent au ping-pong», s’indignait l’écrivaine Corinne Desarzens.

Les requérants séjournant à Nyon seront en effet des «cas Dublin», qui ont déjà déposé une demande d’asile dans un pays tiers et devront y être retournés. A cet assistant social formé à l’accueil des primo arrivants, qui s’inquiétait de la violence que peuvent comporter les renvois forcés, Philippe Leuba, qui se targue d’appliquer une politique de l’asile ferme mais humaine, n’a pas caché qu’il pourrait y avoir des cas où il faudra user sur place des mesures de contraintes.

D’autres se sont inquiétés du peu d’argent que touchent les requérants (190 francs par mois) alors qu’ils devront se rendre à Yverdon pour faire leur commande d’assistance financière mensuelle. «On ne pourrait pas leur offrir un abonnement des transports publics, leur ouvrir des salles de gym pour faire du sport?» lançait un citoyen. Pierre Imhof, directeur de l’Etablissement vaudois pour l’accueil des migrants (EVAM), a rappelé que son institution, qui prend en charge l’entier des coûts liés à l’asile dans le canton de Vaud, pratiquait des forfaits dans la moyenne suisse.

La sécurité en question

Seul Francis Cattin, président de l’UDC locale, a relayé les craintes qui sourdent d’habitude parmi la population. A savoir que fera la police en cas de dérapages et qui payera les dégâts? Municipale de la Police, Elisabeth Ruey-Ray a expliqué qu’aucun dispositif spécial n’était prévu, qu’on verrait au jour le jour. Pour éviter les tensions liées au désœuvrement des requérants, il faudra justement soigner l’accueil.