lundi 3 mai 2010

Cinq milliards d’euro par an pour arrêter les clandestins

L’Union européenne va consacrer quinze millions d’euros pour financer les vols charter communs aux Vingt-Cinq pour expulser les clandestins, ont décidé jeudi les ministres de l’Intérieur du Bloc.

Vingt projets pilotes seront ainsi financés. Environ 200.000 clandestins ont été ainsi rapatriés en 2004, alors que 600.000 avaient fait l’objet d’un arrêté d’expulsion.

"Les ministres de l’Intérieur ont appelé à un recours encore plus important aux vols groupés (...) afin d’augmenter le taux de retours à partir des Etats membres", indique un communiqué commun publié à l’issue de la réunion.

L’Allemagne, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Autriche et la France recevront ainsi 1,3 million d’euros pour des vols groupés.

On se refuse de source communautaire à avancer un chiffre concernant le nombre de clandestins dans l’Union mais on se réfère notamment aux 700.000 personnes qui ont sollicité leur régularisation l’an dernier en Espagne. (Reuters)

L’Arizona fait la chasse aux clandestins

Cet Etat du Far West américain vient d’adopter une loi visant à lutter contre l’immigration qui donne des pouvoirs étendus à la police. Un texte controversé, qui traduit la complexité de la situation sur le terrain. Un article signé Randal C. Archibold et Jennifer Steinhauer dans The New York Times et relayé par le Courrier International.

Shérif Joe Arpaio

L’Arizona est habitué à faire l’objet de moqueries aux Etats-Unis. Joe Arpaio, qui s’est fait connaître comme le shérif le plus dur des Etats-Unis, oblige les détenus placés sous sa garde à porter des sous-vêtements roses, une façon de nier leur virilité. Les habitants ont le droit de porter une arme presque en toute circonstance, mais pas celui de couper un cactus. Le reste du pays peut bien se gausser ou grincer des dents, l’Arizona reste l’un des derniers avant-postes du Far West qui ait su conserver son indépendance. L’adoption, le 23 avril 2010, d’une loi anti-immigration permettant aux forces de police d’arrêter toute personne qu’elles suspectent d’être un immigrant clandestin place l’Arizona dans la situation la plus délicate que cet Etat ait connue depuis dix ans. Le texte, qui vient à peine d’être ratifié par la gouverneure républicaine de l’Etat, Jan Brewer, est quasiment assuré de se voir contesté par le ministère de la Justice. Le président Barack Obama, quant à lui, l’a déjà désapprouvé.
Les hispaniques représentent 30 % de la population de l’ÉTAT
Si cet Etat incarne l’intolérance aux yeux de l’Amérique, la réalité est plus contrastée. Certes, son Code pénal prévoit les peines de prison les plus sévères du pays, mais il possède aussi l’une des meilleures lois en matière de financement des campagnes électorales. En 2006, les électeurs ont élu une gouverneure démocrate, Janet Napolitano, tout en envoyant à Washington un sénateur républicain, Jon Kyl. Et, si l’Arizona semble aujourd’hui faire figure de pionnier en termes de loi anti-immigration, la Californie avait déjà suscité la controverse en 1994 en adoptant une loi interdisant aux immigrés clandestins l’accès à divers services publics.
Comme pour la Californie en 1994, plusieurs facteurs expliquent la décision de l’Arizona de durcir le ton. Parmi ceux-ci, la transformation démographique de l’Etat, la crise économique, la multiplication des violences au Mexique ainsi que l’impression que le gouvernement fédéral n’en fait pas assez pour freiner le flot d’immigrants. Ce dernier point énerve d’autant plus les électeurs de l’Arizona que Janet Napolitano a quitté Phoenix pour prendre la direction du ministère de la Sécurité intérieure en 2009.
Les Hispaniques représentent 30 % de la population de l’Arizona, contre environ 25 % en 2000. L’hostilité à l’égard des immigrants illégaux a augmenté avec l’effondrement de l’économie sous le coup de la crise. Les lois comme celle qui vient d’être adoptée contre l’immigration ou celle qui exige de tout candidat à un mandat électif de prouver sa citoyenneté [votée le 22 avril et inspirée par ceux qui, à droite, mettent en doute le fait que Barack Obama soit né aux Etats-Unis et estiment qu’il occupe donc la Maison-Blanche de manière frauduleuse] sont généralement rédigées par des représentants de la droite dure, qui dominent la législature locale. Les députés de la gauche radicale s’opposent à de telles lois, mais aucun des deux camps ne reflète vraiment l’opinion relativement centriste de la plupart des habitants.
Un intense trafic de drogue et d’immigrants à la frontière
Les citoyens de cet Etat regardent avec la même inquiétude la montée de la violence au Mexique et l’intense trafic de drogue et d’immigrants passant par l’Arizona. De nombreuses études montrent pourtant que les immigrés clandestins ne commettent pas plus de délits que le reste de la population et que la criminalité a baissé ces dernières années en Arizona. Mais, dans cet Etat, le moindre délit lié à l’immigration clandestine retient l’attention de l’opinion publique. La moitié des quantités de drogue saisies à la frontière mexicano-américaine le sont en Arizona. En mars, le meurtre de Robert Krentz, 58 ans, membre d’une famille d’éleveurs bien connue, tué sur son ranch à une trentaine de kilomètres de la frontière, a suscité un vif émoi. D’après les policiers, le tireur était probablement impliqué dans le trafic de clandestins. “Les gens qui ne vivent pas ici ne comprennent pas le problème”, explique Mona Stacey, une informaticienne résidant à Mesa. “La plupart des clandestins qui viennent tenter leur chance ici sont issus de familles catholiques honnêtes. Mais il y a aussi les trafiquants de drogue et les passeurs, et on ne sait plus qui est qui.” Ici, les conversations sur la nouvelle loi finissent toujours par faire référence à Janet Napolitano.
En tant que gouverneure, elle a soutenu l’affectation de la garde nationale à la surveillance des frontières, étendu le recours aux forces de police de l’Etat dans les opérations de lutte contre les trafics clandestins et fait pression sur Washington en faveur d’une réforme de l’immigration. Aujourd’hui ministre de la Sécurité intérieure, elle a développé les moyens consacrés à la surveillance des frontières tout en refusant d’y envoyer la garde nationale. Cela aussi fait écho à ce qui s’est passé en Californie en 1994, lorsque la proposition 187 limitant les droits sociaux des immigrés clandestins avait été rejetée par les tribunaux. L’administration Clinton avait alors réagi en lançant l’opération Gatekeeper pour renforcer la surveillance de la frontière en Californie. Cela avait eu pour conséquence de repousser les passeurs à l’est, vers l’Arizona.
Tandis que les manifestants opposés à la loi contre l’immigration multiplient les actions, le shérif Joe Arpaio prépare un nouveau coup de filet contre les immigrés clandestins. “La scène politique de l’Arizona est la plus imprévisible que je connaisse”, déclare Chip Scutari, ancien journaliste politique, qui dirige à présent une agence de relations publiques à Phoenix. “C’est l’Etat du shérif Arpaio et de sa ‘Tent City’ [campement utilisé comme extension de la prison de Maricopa] tout autant que celui du parlementaire de gauche Raul Grijalva, qui appelle aujourd’hui au boycott de son propre Etat. C’est ça, l’Arizona.”

dimanche 2 mai 2010

Belgique: interdiction de la burqa dans les espaces publics

racalbuto belgique burqa Racalbuto dans le Matin Dimanche

14 enfants à la rue pour chasser leurs familles de Strasbourg

Quatorze enfants et leurs familles, des Thétchènes demandeurs de l’asile politique, n’ont plus de toit depuis la mi-avril.

Strasbourg réfugiés tchétchènesMercredi, RESF organisait un rassemblement de soutien aux familles demandeuses de l’asile politique à la rue depuis l’arrêt du dispositif d’urgence hivernal.Photo Hervé Kielwasser

Depuis plus de deux semaines, 14 enfants, du nourrisson à l’âge de l’école primaire, et leurs parents, essentiellement leurs mères, sont à la rue, menacés chaque soir de dormir à la belle étoile si des familles strasbourgeoises compatissantes ne peuvent leur offrir un toit de secours.

RESF, le Réseau éducatif sans frontières, a appelé, mercredi, à un rassemblement avec ces familles place Broglie, à Strasbourg, pendant qu’une délégation était reçue par un collaborateur du préfet.

Dans un premier temps, le service communication de la préfecture a fait savoir que les autorités « ne souhaitaient pas communiquer sur le sujet », avant de se raviser et de publier, 24 heures plus tard, un communiqué éclairant.

« Cette action peut légitimement créer de l’émotion »

Fuyant la Tchétchénie, les cinq familles concernées, demandeuses de l’asile politique, étaient jusqu’à la mi-avril prises en charge pour l’hébergement par les services du 115, le numéro de téléphone pour l’hébergement d’urgence.

« Le dispositif d’urgence hivernal est prévu pour fonctionner pendant les périodes de grand froid, il n’a pas vocation à se pérenniser, d’autant qu’il s’agit de chambres d’hôtel pour une grande partie », précise le communiqué de la préfecture.

Des chambres d’hôtel, certes, mais très loin de tout confort, comme par exemple celles de l’hôtel Weber, boulevard de Nancy, qui n’affiche aucune étoile. Il reconnaît vivre « pour une certaine part » de la clientèle du 115. Toujours est-il que la fin de la prise en charge hôtelière n’a été accompagnée d’aucune solution alternative de logement. Un peu gênée, la préfecture reconnaît que « cette action est difficile à mettre en œuvre et peut légitimement créer de l’émotion ».

Quelques lignes plus bas, le même communiqué prend le contre-pied en assurant : « Le maintien de ces familles à l’hôtel constituerait une véritable injustice. » Elle ne précise malheureusement pas en quoi mettre à la rue femmes et enfants est un acte de justice.

Toutefois, elle tente de se justifier en rappelant que ces familles sont en situation irrégulière en France, puisque leur statut de réfugiés politiques dépend de la Pologne, premier pays de l’Union européenne où elles ont posé le pied. L’argument est factuellemment exact, mais biaisé. Si ces familles sont passées par la Pologne, ce n’est pas le pays de leur choix (lire ci-contre). Dès lors, cette mise à la rue n’est qu’un moyen de pression sur des enfants en bas âge pour faire déguerpir leur famille.

Un article signé Michel Arnould dans l’Alsace

samedi 1 mai 2010

« La France aux Français ! » Au cœur du 1er mai frontiste

1 mai frontiste« Ça, c'est la France de chez nous ! » Une militante aux cheveux blancs s'est installée avec son mari à la table d'un café. Lui a la panoplie du manifestant frontiste modèle : béret, badge à l'effigie du chef, un exemplaire de l'Action Française, deux drapeaux. Devant eux, des personnes blanches défilent.

Venu assister au dernier discours du 1er mai de Jean-Marie Le Pen en tant que président du Front national, le couple patiente en terrasse ; le défilé prend du retard. Alors pour s'occuper, la dame distribue les bons points. Certains passants, lorsqu'ils sont de la manif, lui sourient. Les autres, gênés, pressent le pas. Quand c'est une famille de roms qui arrive, le coup part :

« Oulalalala, ils nous infestent, il vont nous voler. Rangez vos sacs. »

En face, la place des Pyramides est peu à peu envahie par les drapeaux, les banderoles et environ 2 000 fidèles du FN -8 000 selon le parti. Pas l'électorat honteux : les motivés, les frontistes fiers et tapageurs.

Lire la suite de cet article sur Rue89

Arizona: mobilisation de célébrités latinos contre la répression des clandestins

Des manifestations étaient prévues samedi dans tout l'Arizona pour protester contre le durcissement de la répression de l'immigration clandestine. Des célébrités "latinos" comme Shakira et Ricky Martin ont dénoncé la nouvelle loi, que la gouverneuse de l'Etat a modifiée vendredi dans l'espoir d'apaiser les critiques.

Sur sa page Facebook, le chanteur colombien Juanes estime que "convertir l'immigration sans document en délit est un délit". Le réalisateur de "Babel", Alejandro González Iñárritu, a déclaré à la télévision que la loi "avait un caractère xénophobe très inquiétant".

"La loi est injuste et inhumaine et viole les droits humains et civils de la communauté latina", a considéré pour sa part la chanteuse colombienne Shakira.

Le texte de loi adopté mercredi au Congrès régional, contrôlé par les républicains, permet d'interroger et d'arrêter quiconque suspecté de résider illégalement dans l'Etat. En outre, les journaliers en situation irrégulière peuvent être arrêtés pour avoir sollicité du travail, et les forces de l'ordre faire l'objet de poursuites si elles n'appliquent pas la loi.

Devant le tollé général qu'a déclenché l'initiative jusqu'à Washington, la gouverneuse de l'Arizona, Jan Brewer, a apporté quelques changements à la loi vendredi. "Avec ces nouvelles dispositions, il est clair comme du cristal et indéniable que les contrôles au faciès sont illégaux et ne seront pas tolérés en Arizona", affirme-t-ele dans un communiqué.

L'avocat d'un policier à l'origine de l'une des trois plaintes déposées contre la nouvelle législation, Me Stephen Montoya, a déclaré que cette légère révision ne suffisait pas. Pour lui, cette loi reste inconstitutionnelle car l'Arizona se mêle de contrôle de l'immigration, ce qui relève de la responsabilité de l'Etat fédéral.

La loi et ses amendements doivent entrer en vigueur au 29 juillet s'ils ne sont pas bloqués d'ici là, notamment par la justice ou un référendum sur son abrogation.

AP

vendredi 30 avril 2010

Immigration: ces enfants clandestins

Un Arménien de 16 ans arrive avec 50 dollars en poche à Pamiers (Ariège). Seul, il se dirige vers les bénévoles du secours populaire qui distribuent les repas. C'est soir de réveillon de Noël. Conduit au commissariat de la ville, le jeune garçon raconte que ses parents sont morts et qu'un oncle « a payé le voyage jusqu'en Ariège. »

immigration enfants

Dernièrement, un autre adolescent se présente à l'institut protestant de Saverdun muni d'un curieux bout de papier sur lequel on peut lire : « Je viens de la part du conseil général. » Ils sont Angolais, Congolais, Pakistanais, Afghans, Arméniens, Géorgiens et depuis 2004, de plus en plus d'adolescents fuient des situations de misère, des guerres dans leur propre pays pour frapper à la porte de l'Ariège dès leur descente de train à Pamiers. De 17 en 2005, ils sont 48 à ce jour a être pris en charge par ce département. Un afflux que les structures du conseil général, compétent en matière d'aide à l'enfance, à toutes les peines à contenir. Plus grave, ces arrivées d'enfants clandestins mettent en lumière la possible existence de filières internationales de passeurs. Même si aucune enquête judiciaire n'a permis de mettre au jour, aux pieds des Pyrénées, la présence d'une telle organisation liée à l'immigration clandestine, il existe cependant des « réseaux d'amitiés », des « filières communautaires », au centre de ces mouvements de mineurs. « L'Ariège a toujours accueilli des réfugiés et ce département s'est construit une solide réputation de terre d'accueil », analyse Christian Morisse, coordinateur du réseau Education sans frontière (RESF 09). Partis de Géorgie, d'Arménie ou d'Angola, ces adolescents, sont envoyés par des proches de leur famille en Europe, soit pour assurer leur survie, soit pour financer « une dette de servitude », selon Simon Sire, directeur de l'institut protestant de Saverdun. Une structure d'hébergement connue des communautés étrangères pour son travail d'insertion et de formation. « Ces établissements peuvent créer un appel d'air d'où l'afflux de ces jeunes migrants en Ariège », explique un spécialiste des flux migratoires. Par bus, bateau ou avion, ils arrivent en France avec un maigre pécule en poche et souvent accompagnés d'un tiers, un pseudo-passeur ou un proche. À l'aéroport de Roissy, ces ados qui parlent trois mots de français, seraient ensuite aiguillés par des membres de leur communauté vers Toulouse, puis Foix par le train. « Des voyages très organisés », observe un associatif ariégeois. La filière des pasteurs angolais, congolais et des églises évangélistes plane sur le financement de ces voyages. « C'est mon pasteur à Kinshasa qui a payé », aurait indiqué un adolescent , arrivé à Pamiers. En Ariège, 64 % de ces jeunes viennent d'Afrique noire. Ce département offre des possibilités d'emplois dans le secteur du bois et du bâtiment. Bref, un avenir.


Le chiffre : 48

48 mineurs étrangers pris en charge par l'Ariège.Depuis 2004, 48 mineurs étrangers isolés (31 mineurs et 17 jeunes majeurs) sont pris en charge par le conseil général de l'Ariège. Ce qui représente 13% de l'ensemble des mineurs confiés au département.

« Qu'ils soient adolescents ou majeurs, ils ont tous une trouille viscérale de rentrer chez eux. Certains, dont les parents sont décédés, ont peur pour leur vie ». Christian Morisse, coordinateur RESF 09.


Interview

"L'Etat doit nous aider"

Augustin Bonrepaux, Président du conseil général de l'Ariège (PS).

À quoi est confronté votre département ?

Depuis plusieurs mois, nous constatons une arrivée importante de mineurs étrangers isolés en Ariège. Ce n'est pas le cas dans d'autres départements. Ici, on fait tout pour les accueillir, à travers nos structures, on les éduque et on les accompagne jusqu'à l'âge de 22 ans, selon les contrats d'apprentissage des uns et des autres, en leur octroyant 900 € par mois. Mais aujourd'hui, nos structures sont limitées. Le budget consacré à l'aide sociale à l'enfance (ASE) est de 13 M d'€. 13% de ce budget est dévolu aux mineurs étrangers isolés. On voudrait les accueillir mais on ne peut plus.

Que proposez-vous ?

L'État doit nous aider dans la prise en charge de cette solidarité. Ces arrivées de mineurs pourraient être plus équitablement réparties. L'État pourrait financer leur redéploiement dans d'autres départements. J'ai écrit dernièrement au ministre de l'immigration Éric Besson pour le sensibiliser à notre problématique. Il y a en Ariège 320 mineurs déjà placés. Toutes ces structures font bien leur travail et fonctionnent à plein. Comment fait-on si un jour, nous devons gérer une situation d'urgence pour placer un mineur ?

Que craignez-vous à terme ?

Je ne sais pas si nous sommes victimes de notre succès. Mais ces arrivées répétées pour un département comme le nôtre (150 000 habitants, budget de fonctionnement 146M d'€) peuvent déséquilibrer nos finances. Prochainement, 9 mineurs pris en charge par le conseil général seront majeurs. L'État pourrait prendre le relais. On doit déjà faire face à un poids énorme : le transfert de charges non compensées par l'État qui s'élève depuis 2004 à 25 M d'€.

À quoi attribuez-vous l'arrivée de ces mineurs étrangers ?

Ils ne viennent pas ici par hasard. Nos structures font bien leur travail et cela se sait. Il y a un réseau d'acheminement de ces jeunes. Mais je ne sais pas lequel.

Agression antisémite en plein Strasbourg

Un homme de confession israélite a été agressé, ce vendredi peu avant 12h30, place de l'Homme-de-Fer, en plein coeur de Strasbourg, au croisement de plusieurs lignes de tram. Ses deux agresseurs ont agi armés d'une barre de fer et d'un couteau. Ils ont été interpellés peu de temps après les faits. Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du Bas-Rhin dénonce une "agression antisémite d'une extrême gravité".

agression antisémite à Strasbourg

La scène s'est déroulée à une heure de forte affluence, juste derrière l'arrêt de bus qui fait face au Printemps. Maylis, une lycéenne de seize ans, a vu «deux hommes en djellaba» se précipiter sur un troisième. «L'un des deux hommes l'a frappé dans le dos avec une barre de fer. Ça l'a fait tomber à terre, raconte la jeune fille, qui attendait son tram en compagnie d'une amie. Quand il était au sol, il a reçu un énorme coup de pied au visage. J'ai vu sa tête partir en arrière.»

Les deux individus ont pris la fuite en courant. «On a tout de suite appelé les pompiers», indique Maylis. La victime, qui saignait abondamment de la tête, a été transportée au CHU de Strasbourg-Hautepierre par les secours. L'homme âgé de 42 ans, de confession israélite, a également reçu un coup de couteau au niveau du pectoral. Son état est jugé sérieux, mais ses jours ne seraient pas en danger.

La victime agressée car elle portait une kippa

D'après Pierre Lévy, porte-parole du CRIF 67, le quadragénaire rentrait de Lyon, où il travaille, et cherchait à regagner le quartier des Contades au moment de l'agression.

Les policiers ont réussi immédiatement à appréhender l'un des agresseurs. «Un policier à vélo l'a interpellé rue de la Nuée-Bleue, au niveau de l'ancienne galerie Actuaryus, précise un témoin. Ils lui ont passé les menottes.» Ramené au commissariat, le suspect âgé de 39 ans a été placé en garde à vue. Son complice a, à son tour, été interpellé à son domicile, au centre-ville de Strasbourg. Également âgé de 39 ans, l'homme était en possession d'un couteau. A l'intérieur de son logement, les enquêteurs ont retrouvé une barre d'haltérophilie qui aurait servi lors de l'agression.

L'un des deux agresseurs serait un "déséquilibré" selon Pierre Lévy. Une source judiciaire évoquait quant à elle, vendredi après-midi, les éventuels problèmes psychiatriques des deux agresseurs. Au moins l'une des deux personnes interpellées serait de confession musulmane.

Aucune information n'a été donnée par la police sur le mobile de cette agression particulièrement violente. Néanmoins, son caractère antisémite semble avéré: les deux individus s'en seraient pris à la victime car celle-ci portait une kippa.

A ce stade des investigations, il apparait qu'un seul des deux hommes a porté les coups à la victime. "Tout laisse à penser qu'on a affaire à un déséquilibré", a indiqué ce vendredi soir le parquet de Strasbourg. L'agresseur devrait rapidement faire l'objet d'une expertise psychiatrique.

L'audition de l'autre homme devait avoir lieu dans la soirée de vendredi. L'enquête a été confiée aux policiers du service du quart de Strasbourg.

Antoine Bonin avec Denis Tricard dans DNA, les Dernières Nouvelles d’Alsace

La Suisse interrogée par l’ONU sur les expulsions d’étrangers

La Suisse a été soumise au feu des questions des dix experts du comité de l'ONU contre la torture. Les demandes ont porté surtout sur le refoulement des demandeurs d'asile, les violences policières et la situation dans les prisons.

A l'ouverture des débats, qui se prolongeront lundi, le chef de la délégation et vice-directeur de l'Office fédéral de la justice (OFJ) Bernardo Stadelmann a réaffirmé au nom de la Suisse "la tolérance zéro envers tout acte de maltraitance et de torture".

Des experts se sont inquiétés des procédures de renvoi des demandeurs d'asile par la contrainte et la voie aérienne. Ils ont évoqué à plusieurs reprises le cas du Nigérian décédé en mars à l'aéroport de Zurich dans le cadre d'une opération de renvoi.

L'expert Fernando Marino Menendez (Espagne) a également critiqué "les plaintes à l'encontre de la police qui ne font pas suffisamment l'objet d'attention". Il n'y a pas d'enquête sérieuse sur les violences policières, a-t-il fait remarquer.

Un autre membre du comité, Alessio Bruni (Italie), s'est interrogé sur l'initiative populaire pour le renvoi des étrangers criminels, "contraire au principe de non-refoulement dans un Etat tiers qui pratique la torture", principe stipulé dans la Convention de l'ONU contre la torture.

La surpopulation carcérale, notamment à Champ-Dollon, a fait l'objet d'autres remarques. Si dans l'ensemble de la Suisse le taux d'occupation moyen n'est que de 91% (contre 102% pour l'ensemble des pays membres du Conseil de l'Europe), il a atteint 200% en mars dernier dans la prison genevoise, a fait remarquer l'expert italien.

Le précédent examen de passage de la Suisse devant le comité contre la torture datait de mai 2005. En vertu de la Convention de l'ONU interdisant la torture, adoptée en 1984, ratifiée par la Suisse en décembre 1986 et entrée en vigueur en 1987, chaque pays doit présenter au comité à intervalles réguliers un rapport sur l'application du traité.

ATS

mercredi 28 avril 2010

Un pasteur fait des avances obscènes à des requérants

Venus chercher de l’aide auprès de l’Eglise protestante vaudoise, des requérants africains ont subi des propositions déplacées d’un pasteur bénévole. Enquête exclusive signée Alain Walther dans 24 Heures.

Point d'Appui LausanneSe rendre au Point d’Appui, c’est frapper à la bonne porte, lorsqu’on est un sans-papiers débouté – soit fragile et démuni.

Il y a trois ans, dans le vestiaire de ce sanctuaire de l’Espace multiculturel des Eglises à Lausanne, des Africains adultes ont subi les avances d’un bénévole, pasteur à la retraite. Proposition de massage dans la pièce d’à côté, paroles obscènes et déplacées… Deux hommes se sont sentis humiliés par le comportement du pasteur, au point qu’ils osèrent parler et faire part de leur désarroi à Cécile Ehrensprenger. A l’époque, la directrice du foyer d’accueil pour migrants à Vennes a jugé qu’«il était de son devoir professionnel de faire part à ces personnes de leurs droits, de leur expliquer comment porter plainte».

Trois ans plus tard, alors que les deux hommes sont maintenant tous deux titulaires d’un permis, l’un d’eux a parcouru le long chemin pour faire reconnaître son humiliation. C’est gagné: une plainte pénale est sur le bureau d’un juge d’instruction lausannois. La police a d’ores et déjà entendu les plaignants. C’est là le premier pas vers la reconnaissance du statut de victime. Quant au pasteur prévenu, il a été entendu par la police mais n’est pas inculpé pour l’instant.

Avant d’en arriver à une éventuelle confrontation devant un juge, tous les protagonistes auront connu déconvenues, déceptions et désespoir. Avertis de son comportement, les supérieurs du bénévole l’obligèrent à ne plus travailler seul au vestiaire puis, de façon plus radicale, à quitter le Point d’Appui. Du côté des personnes maltraitées, il a fallu comprendre que l’avocat proposé par l’Eglise protestante avait enterré le dossier. Un autre défenseur plus déterminé vint à la rescousse et les aida à déposer une plainte pénale.

A son domicile, le pasteur attend son heure – l’heure du pardon. «Sans me contrôler, j’ai glissé sur une voie que je n’aurais pas dû prendre.» Au téléphone, il explique que les mots crus furent «prononcés sur le ton de la rigolade, qu’il n’y eut aucune contrainte de sa part». Pourtant, le prévenu se dit coupable. «L’endroit où j’ai prononcé ces mots, le vestiaire du Point d’Appui, permet à la justice d’invoquer l’abus de la détresse.»

L’abus de la détresse frappe «celui qui, profitant de la détresse où se trouve la victime ou d’un lien de dépendance fondé sur les rapports de travail ou d’un lien de dépendance de toute autre nature, aura déterminé celle-ci à commettre ou à subir un acte d’ordre sexuel». Ce délit peut être puni d’une amende jusqu’à 3 ans de prison.

Aujourd’hui, attendant la décision du juge, le pasteur espère encore en la réunion que n’a jamais organisée le Conseil synodal. «J’aimerais rencontrer les victimes pour leur demander pardon. Pardon de les avoir atteintes dans leur dignité .»