lundi 9 mai 2005

La Suisse critiquée devant le Comité Contre la Torture des Nations Unies


Le comité de l'ONU contre la torture a critiqué lundi des abus commis par la Suisse dans le domaine de l'asile. Les experts se sont inquiétés de dispositions législatives à l'étude, notamment l'usage de pistolets à électrochocs.
Lire la dépêche de l'ATS
Le Courrier et 24Heures ont également repris cette dépêche dans leurs éditions de lundi.
China radio International et l'agence Xinhua ont repris cette info.

La situation de l'asile vue par Le Courrier


Didier Estoppey dans le Courrier de ce lundi analyse la situation qui prévaut au parlement alors que la révision de la loi sur l'asile arrive devant le Conseil National. Après avoir évoqué les discussions aux seins des organisations internationales (comme la Commission Contre la Torture) sur la situation en Suisse et la mobilisation dans le pays de la société civile, il constate que cette prise de conscience a bien de la peine à atteindre la droite de la classe politique et qu'en Suisse Alémanique la voix des défenseurs du droit d'asile se fait peu entendre.

Le centre droite est en effet au coeur de toutes les interrogations: aux Etats, il avait voté comme un seul homme ou presque avec l'UDC. En sera-t-il de même au National? Des premières indications devraient tomber jeudi et vendredi: la Commission des institutions politiques du National examinera alors le projet de loi. A ce stade, seul le Parti libéral a appelé à un «retour à la raison». Mais il ne compte que quatre élus au National, dont le Vaudois Claude Ruey. Qui admet ne guère rencontrer de succès auprès de ses collègues des autres partis du centre droite: «On m'a dit que, en Suisse alémanique, ces questions ne posaient pas problème... Tout le monde se laisse intoxiquer par la propagande de l'UDC.»

samedi 7 mai 2005

Opinion de François Brélaz dans 24heures


Le député UDC atypique François Brélaz, qui s'était naguère illustré dans sa défense très ferme des requérants originaires des Balkans (et en particuliers des femmes du Kosovo) ne semble pas éprouver la même compassion à l'égard des ressortissants Africains ou Asiatiques.
Les Africains représentent 70% des NEM, et le cas des Ethiopiens et des Erythréens est édifiant. Ces gens arrivent généralement sans papiers d'identité. En cas de refus, deux solutions se présentent: soit ils sont d'accord de rentrer, collaborent en donnant leurs coordonnées, et leur pays d'origine établira des papiers pour le retour. S'ils ne collaborent pas, comme ils n'ont pas de pièce d'identité, la Suisse ne peut pas les expulser, et ils restent chez nous ou disparaissent dans la nature.
Il conclut ainsi:
Un document du Conseil d'Etat de décembre 2003 précise que les requérants d'asile sont, de manière constante, à 64% totalement assistés, à 26% totalement autonomes et 10% partiellement autonomes. Et pour moi, accorder l'asile à une personne ou à une famille ne signifie pas que l'on doive les entretenir pendant dix ou vingt ans voire plus.

Dans ce contexte, un durcissement de la Loi sur l'asile va de soi…

Les déboutés ont encore une option juridique

Un avis de droit requis par les Eglises affirme que les bases légales existent pour un nouveau réexamen des dossiers écartés par Berne.

Michael Rodriguez dans le Courrier/La Liberté revèle que selon un avis de droit rédigé par Maître Minh Son Nguyen, (juriste chargé de cours à l'Université de Lausanne) il existe encore des voies de réexamen pour les cas des déboutés.


Ces réexamens seraient possibles dans les cas suivants:
«si l'exécution du renvoi met le requérant d'asile dans une situation de détresse personnelle grave (...), l'Office fédéral des migrations peut décider de l'admettre provisoirement.» (art. 14a, alinéa 4bis). Il se base aussi sur la nouvelle loi sur l'asile, en cours de révision aux Chambres fédérales. Un article prévoit en effet que les cantons pourront octroyer sous certaines conditions des permis B à des requérants d'asile actifs professionnellement.
Le troisième axe de l'avis de droit concerne le principe de la confiance, ancré dans la Constitution fédérale. En renonçant à renvoyer des requérants d'asile, le canton de Vaud leur aurait laissé penser que leur situation était acquise. L'usage des mesures de contrainte constituerait donc une violation du rapport de confiance entre l'Etat et ses administrés. Le document reprend enfin l'argumentation d'un précédent avis de droit, signé du professeur Moor, qui stipulait que les décisions de l'ODM doivent être motivées et indiquer une voie de recours.

Cette voie juridique a été transmise au Conseil d'Etat et auprès des chefs de groupes du Grand Conseil, l'accueil des députés semble favorable y compris du côté de la droite du parlement.

vendredi 6 mai 2005

L'opinion de Jacques Neirynck dans l'Hebdo

Lire aussi cette opinion parue dans 24heures en mars 2006
et cet interview dans La liberté et le Courrier en juin 2006

Chers Conseillers aux Etats,
En mars de cette année, vous avez débattu de la loi sur l'asile. A une très large majorité, vous avez modifié certains articles dans le sens d'une dureté que le Conseil fédéral lui-même ne proposait pas. On peut espérer que ce texte illégitime ne deviendra pas légal et que vous reviendrez en seconde lecture sur vos errements. Mais comment ceux-ci ont-ils été possibles, comment une assemblée de notables prudents, avisés, sages, compétents a-t-elle pu tomber dans un tel formalisme?
L'article 32 de cette loi empêche d'accepter un réfugié qui ne peut présenter des pièces d'identité dans un délai de quarante-huit heures. Manifestement, il vous manque une expérience, celle de s'échapper clandestinement de son propre pays en toute hâte, sans argent, sans documents. Car, dans beaucoup de pays, un passeport n'est pas ce livret que l'on obtient à la demande dans une maison communale propre en ordre. Il n'est même pas délivré à la plupart des citoyens. Néanmoins ces personnes respirent, mangent, marchent. Ce n'est pas un papier qui conditionne les battements de leur cœur. Si certains d'entre eux possédaient un passeport, ils ne se seraient sans doute pas réfugiés chez nous. En faisant dépendre le droit d'asile d'un bout de papier, la Suisse viole les traités internationaux qu'elle a signés.
L'article 42 permet de priver de toute aide les réfugiés frappés d'une décision de renvoi. Cela revient à les affamer dans l'espoir qu'ils s'en aillent. Mais ils ne s'en iront pas pour autant car ils ont eu faim là d'où ils viennent. Il ne leur restera plus que de se livrer à des activités délictueuses pour survivre, trafic de drogue, prostitution, vol. Cela permettra de les stigmatiser et de convaincre la population que tout étranger est un criminel en puissance. Cet article 42 est contraire à la Constitution.
L'article 17 permet de priver les réfugiés d'une assistance juridique. Ainsi ils ne pourront plus se défendre devant les abus de droit commis à leur égard, d'autant plus qu'ils ignorent la langue et les institutions de notre pays. C'est contraire aux règles fondamentales du droit, garanties par des conventions internationales dont la Suisse est la dépositaire. Pour votre assemblée, le réfugié convenable est en règle avec les lois de son propre pays. Vous ne parvenez pas à imaginer qu'il existe des pays sans loi. Ou vous ne voulez pas le savoir. Pour vous, un bon réfugié n'a pas de raison sérieuse de se réfugier, il vient passer quelques semaines de vacances en Suisse et puis il s'en va sans problème. Tous les autres sont de mauvais réfugiés, qui risquent de s'incruster car ils n'ont pas d'autre possibilité de vivre décemment ou de vivre tout court. Vous avez décidé qu'ils n'existent pas au regard de la loi. On peut donc les biffer d'un trait de plume. C'est le combat perdu à l'avance entre le sans-papiers et le gratte-papier.
Bien entendu, ces violations de la Constitution et du droit international vous ont été rappelées lors des débats. Ces objections ont été majestueusement écartées par le
conseiller fédéral Blocher, selon lequel il suffit de modifier ces textes, traités comme autant de chiffons de papier. Ainsi, on en est arrivé là. Une assemblée législative, régulièrement élue dans la plus vieille des démocraties, se laisse manipuler par des extrémistes, dont le programme se résume à un nationalisme exacerbé, qui vire à la xénophobie, au racisme et à l'intolérance religieuse. Malgré le superbe lustre qui illumine la salle du Conseil des Etats, ce sont les ténèbres qui gagnent.

Ecrivain et professeur honoraire à l'EPFL
Paru dans l'Hebdo du 4 mai 2005

Amnesty dénonce la Suisse auprès du comité contre la torture des Nations Unies


Lire la dépêche sur Swissinfo
La Suisse qui a signé en 1986 la convention des Nations Unies contre la torture (comme 139 autres pays) se trouve pour la première fois confrontée à une dénonciation devant la CCT (Comité Contre la Torture), un organe chargé de contrôler le respect de l'application de la convention.
C'est la branche Suisse d'Amnesty qui dénonce de longue date deux projets proposés par le département de Christoph Blocher, soit la révision de la loi sur l'asile (24 mois de détention administrative sans avoir commis de délits seraient autorisés) et la définition des mesures qui seront autorisées dans le cadre des expulsions (pistolets électriques TASER, cagoules).
Lire la position d'Amnesty à ce sujet
«Nous avons toujours dit que les armes causant des chocs électriques ne devraient pas être employées avant qu’une étude médicale fasse clairement le point sur les conséquences de leur utilisation», déclare Denise Graf, coordinatrice pour les réfugiés auprès de la section suisse d’Amnesty International.
On rappellera qu'en 5 ans 2 requérants sont décédés lors de leur expulsion.

mercredi 4 mai 2005

D'après le SPOP une mère et son fils ce n'est pas une famille

Le cas de deux requérants d'origine Géorgienne fait du bruit dans les médias vaudois. En plus d'un article dans 24heures, la Radio a diffusé un long interview de Shola, le jeune footballeur d'Yverdon.
Ce jeune homme et sa mère ont reçu leur plan de vol, leur départ était prévu pour le 30 avril. Depuis, les deux se cachent chez des amis. La coordination Asile considère qu'il s'agit d'une rupture de l'accord sur la suspension des renvois des familles décidé par le Conseil d'Etat il y a trois mois. Pour le SPOP, comme le jeune homme est majeur et que sa mère seule n'est pas Kosovare, ces deux personnes ne bénéficiaient pas de la suspension des renvois.
Les Jeunesses Socialistes demandent aux Conseillers d'Etat de rompre la collégialité...


Lire le communiqué de la Coordination Asile

lundi 2 mai 2005

Manifestation en étoile dans 24heures de lundi


Dans 24heures, Mehdi-Stéphane Prin relève surtout l'ambiance bon enfant de la manif qui s'est tenue sous un soleil de plomb.
«On veut des régularisations.» «Les sans-papiers sont aussi des êtres humains.» Les banderoles des milieux de défense de l'asile ont fait des petits, samedi après-midi à Lausanne. Pas moins de six cortèges, dont un à vélos et rollers, s'avancent tranquillement dans les rues de la ville. Partis d'Ouchy, de Prilly, de la gare CFF et des hauts de la ville, les manifestants promènent leurs slogans contre la politique d'asile de la Suisse, et parfois un pousse-pousse.

Deux émissions sur les NEM diffusées par Jonction Magazine


La situation des NEM dans le canton de Vaud en décembre 2004.
Dans la première émission Carole Pirker et Pierre-Alain Rey introduisent la problématique, les acteurs principaux (J-C Mermoud, Pierre Imhof, Hélène Kung, Bruno Clément...)et les actions de l'automne 2004 (pétition, manifestations). Dans un seconde partie, l'émission présente le parcours de deux requérants ethiopiens qui sont devenus des NEM.
«Les refusés de l’asile » (1)
Tout requérant dont la demande d’asile a fait l’objet d’une décision de non-entrée en matière, a cinq jours pour faire recours, est considéré comme en séjour illégal et doit quitter la Suisse au plus vite. Il n’a plus le droit de travailler, est exclu du système d’aide sociale et sorti de l’assurance-maladie. Reste que beaucoup de ces refusés de l’asile ne sont pas expulsables…

Visualisez la première partie
«Les refusés de l’asile » (2)

Eden et Sissay, requérants éthiopiens, n’ont pas de chance. Suite à une décision de non-entrée en matière sur leur demande d’asile (NEM), ils sont contraints de quitter la Suisse. Depuis, sous le coup des nouvelles dispositions qui les sortent du domaine de l’asile, ils sont privés du droit de travailler, de toute assistance financière et surtout d’un toit. Comme un retour chez eux est trop risqué, ils se débrouillent depuis comme ils peuvent, sans perspective autre que la clandestinité. Quant aux deux coureurs d’élite que sont Tolossa et Dejene, également sous le coup d’un renvoi, ils bénéficient pour l’heure d’un appui de la part du milieu sportif. Mais là aussi, l’horizon n’est pas rose …

Visualisez la seconde partie

dimanche 1 mai 2005

1000 personnes dans la rue pour soutenir les déboutés

Seules les dépêches d'agence sont là pour témoigner de la mobilisation de la rue pour soutenir les déboutés.
Lire le communiqué de l'ATS.
Mais le jour précédent, La Tribune de Genève par la plume d'Antoine Grosjean décrivait de cette manière la reprise de la mobilisation populaire en soutien à divers groupes d'étrangers menacés (NEM, sans-papiers, déboutés ...).
On aurait cru qu'une fois les voies légales de recours épuisées, le mouvement s'essoufflerait. Au contraire, il ne cesse d'enfler et est loin de se limiter à quelques gauchistes surchauffés.

Les militants de la vieille garde, les défenseurs des droits de l'homme et les jeunes altermondialistes sont rejoints par des femmes et hommes politiques de tous partis - y compris l'UDC! - ainsi que par Madame et Monsieur Tout-le-monde, qui s'aperçoivent que leurs voisins sans histoires, ou la jeune femme qui leur sert le café, sont menacés d'expulsion...

La Coordination Asile a été créée en juin 2004 par plusieurs groupements, dont l'Association des survivants de Srebrenica et «En quatre ans on prend racine», et a essaimé en plusieurs coordinations régionales. Le mouvement se caractérise par son horizontalité et son absence de hiérarchie. Les Eglises protestante et catholique s'y sont jointes, ainsi que l'Exécutif lausannois in corpore, ou encore les syndics d'Yverdon et de Morges.

Le professeur Jean-François Bergier, auteur du rapport du même nom, Jean-Pierre Hocké, ancien haut-commissaire aux réfugiés, et de nombreux artistes vaudois appuient les revendications du mouvement, qui s'élargissent aujourd'hui au soutien aux sans-papiers et aux requérants frappés de non-entrée en matière (NEM). Jusqu'au Grand Conseil qui demande des comptes au gouvernement.