lundi 4 octobre 2010

Nouvelle vague d'immigrants clandestins d'origine Algérienne sur les côtes Espagnoles

Les côtes Sud et Est de l'Espagne ont été prises d'assaut, à nouveau le week-end dernier, par des dizaines d'embarcations de fortune transportant des immigrants clandestins en provenance de l'Algérie.

Plus d'une cinquantaine de clandestins Algériens ont ainsi été interceptés par les éléments de la garde civile et du sauvetage maritime Espagnols durant le weekend, sur les côtes d'Andalousie, de Murcie et des îles Baléares.

Au total, quelque 218 immigrants irréguliers Algériens ont été arrêtés durant les quatre derniers jours à leur arrivée sur les côtes Espagnoles à bord d'embarcations de fortune.

Selon les médias espagnols, les côtes Sud de l'Espagne font face depuis début octobre à une nouvelle vague d'immigrés clandestins d'origine Algérienne, après l'interception de plusieurs "patéras" qui avaient pris le départ depuis les côtes de la ville d'Oran dans le Nord de l'Algérie.

Dans la nuit de samedi dernier, deux embarcations de fortune transportant plusieurs immigrants clandestins d'origine Algérienne ont été interceptées sur les côtes de la province de Murcie.

Selon l'agence Europa Press, qui cite des sources de la délégation du gouvernement central à Murcie, des éléments de la garde civile et du sauvetage maritime espagnol ont réussi à intercepter, samedi vers 21h00 (HL) deux "patéras" transportant 17 clandestins.

La première embarcation, avec à bord 11 Algériens, a été interceptée à quelque 11 miles des côtes de Cartagena (Province de Murcie), alors que la seconde embarcation, transportant 6 clandestins de la même nationalité, a été arrêtée à 8 miles de Cabo de Palos dans la même région.

Sur les côtes Andalouses (Sud), le service de sauvetage maritime espagnol a réussi à secourir, dimanche matin, 19 candidats à l'émigration illégale, d'origine algérienne, après que leur embarcation de fortune ait été interceptée, vers 11h30 (hl) à quelque 55 miles au sud ouest de Cabo de Gata.

L'île de Majorque (Baléares) a eu, elle aussi, son lot d'aspirants-immigrants clandestins avec l'interception, dans la nuit de vendredi à samedi derniers, sur les côtes de Cala Pi, d'un bateau transportant 14 clandestins d'origine algérienne.

Selon le délégué du gouvernement dans les îles Baléares (Est de l'Espagne), l'embarcation en question, qui formait partie d'une flottille de huit autres "patéras" ayant pris le départ depuis les côtes algériennes, avait perdu son chemin pour débarquer sur les côtes des îles Baléares, après près de trente heures passées en mer.

Toujours dans la nuit de vendredi à Samedi, un groupe de six candidats à l'immigration clandestine, d'origine Algérienne, a été arrêté sur les côtes d'Aguilas (Murcie, Sud est). Le groupe en question a été ramené, aux premières heures de samedi, au port de Cartagena pour être confiés à la police en vue de leur rapatriement, selon des sources du gouvernement central à Murcie.

Ces clandestins Algériens interceptés durant le week-end sur les côtes Sud et Est de l'Espagne, s'ajoutent à un autre contingent de 172 irréguliers de même nationalité, arrêtés, jeudi et vendredi dernier, sur les côtes d'Almeria et Motril (Andalousie) et de Murcie, alors qu'ils tentaient de débarquer en Espagne à bord de huit embarcations de fortune.

Cette nouvelle vague de clandestins algériens rappelle par le timing (octobre) une autre avalanche d'immigrés irréguliers en provenance de l'Algérie enregistrée le mois d'octobre 2009 lorsque les côtes sud de l'Espagne avaient été prises d'assaut par plusieurs embarcations de fortune avec à bord des clandestins, dont le nombre se chiffrait par centaine.

Dans un rapport rendu public récemment, l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l'Union européenne (Frontex), avait affirmé que 65 pc des immigrés clandestins interceptés en 2009 en Espagne venaient de l'Algérie.

D'autres rapports officiels espagnols font état de l'interception durant les neuf premiers mois de 2009 de quelque 2106 clandestins d'origine Algérienne, soit une hausse de 49,6 pc par rapport à 2008 lorsque un total de 1407 Algériens avait été intercepté.

Selon ces rapports, l'immigration clandestine en provenance des côtes algériennes est devenue "le principal problème de l'immigration irrégulière en provenance du continent africain".

Agence Maghreb Arabe Presse (MAP)

samedi 2 octobre 2010

Renvoi des étrangers criminels: une bataille inégale

Le Conseil fédéral et l’UDC lancent leur campagne aujourd’hui. Les défenseurs du contre-projet à l’initiative disposeront de peu de moyens pour vendre leurs arguments. Et ceux qui s’opposent aux deux textes se montrent déjà résignés.

C’est le thème politique le plus brûlant de l’automne. Eveline Widmer-Schlumpf lance ce matin, un mois avant de partir aux Finances, la campagne du Conseil fédéral contre l’initiative de l’UDC «pour le renvoi des étrangers criminels». Son contre-projet direct, né dans la cuisine du PLR et du PDC, va dans le même sens que le texte de l’UDC, avec des garanties juridiques en plus.

Et un chapitre sur l’intégration. Ce sont ces précisions qui ont poussé le PS à finalement soutenir le texte au parlement. La mort dans l’âme. Pour les socialistes, la peur, après le syndrome minarets, de laisser le projet de l’UDC passer seul en votation l’a emporté sur le choix du cœur.

Hasard du calendrier, assure-t-elle, l’UDC a elle aussi choisi ce lundi pour lancer sa campagne, derrière un curieux «comité interpartis contre le contre-projet». Elle y dévoilera ses affiches, précise le porte-parole Kevin Grangier. Des affiches qui s’annoncent provocantes. Celles avec les moutons blancs boutant un mouton noir hors de Suisse, qui ont servi pour les élections fédérales de 2007, ont inspiré des partis d’extrême droite européens.

Le 28 novembre, le peuple devra donc se positionner sur deux textes presque siamois (lire ci-contre). L’UDC prône un renvoi systématique des étrangers ayant commis certains délits; le contre-projet établit aussi une liste, basée sur les peines, mais il se veut irréprochable sur le plan du respect des droits fondamentaux et du droit international. Du côté de ses partisans, c’est le PLR qui aura la responsabilité de la campagne.

Son slogan? «Ferme, mais juste!» («Hart aber fair!»). Fera-t-il mouche? Les messages simplistes et directs de l’UDC risquent de faire davantage recette que des arguments purement juridiques. Et c’est bien ce qui inquiète les libéraux-radicaux et les démocrates-chrétiens. Beaucoup redoutent une victoire des initiants. La tension monte.

Autre problème: les moyens financiers manquent. La campagne des défenseurs du contre-projet risque d’être plutôt molle. Elle renverra au schéma de David contre Goliath. «Malheureusement, economiesuisse ne donne rien. C’est d’autant plus regrettable qu’en cas d’acceptation de l’initiative, c’est l’accord sur la libre circulation des personnes qui est en jeu!» commente le conseiller national Hugues Hiltpold (PLR/GE). Pour lui, l’initiative est «inapte, démesurée et dangereuse».

Le président du PDC, Christophe Darbellay, parle aussi de «néant» à propos des moyens financiers: «Nos caisses sont vides. Nous allons faire diverses démarches pour trouver de l’argent. Nous comptons vivement sur le soutien de tous les bien-pensants qui se sont offusqués contre les moutons noirs.»

Du côté de l’UDC, ce sont bien plusieurs millions de francs qui pourraient être injectés dans la campagne, même si le parti refuse de dévoiler le montant. Pour le lancement de son initiative, l’UDC avait déjà fait un tous-ménages. Elle a réitéré l’opération il y a quelques semaines avec une «consultation populaire» sur la politique des étrangers.

Et le PS? Son vote au parlement, en faveur du contre-projet, après moult tergiversations, passe mal auprès de la base. Le parti, divisé, donnera officiellement son mot d’ordre lors de son congrès du 31 octobre à Lausanne. Mais le comité directeur prône déjà le double non. Reste que les socialistes et les Verts qui combattront les deux textes partent déjà un peu résignés face à la «machine de guerre» que s’apprête à déployer l’UDC. Le PS concentrera d’ailleurs ses moyens financiers autour de son initiative «pour des impôts équitables».

Un des scénarios probables à la sortie des urnes le 28 novembre est le double oui. C’est celui que privilégie par exemple Christophe Darbellay. La question subsidiaire («Est-ce l’initiative populaire ou le contre-projet qui doit entrer en vigueur?») devra alors départager les deux textes.

Les votants seront-ils davantage tentés de préférer l’original à la copie? Yvan Perrin, le vice-président de l’UDC, veut y croire. Même si, lors d’un séminaire du parti pour apprendre à «vendre» l’initiative à ses membres – Le Temps s’y était invité (LT du 17.09.10) –, la crainte que des démocrates du centre ne cochent la fausse case s’est bien fait ressentir.

Le risque de confusion entre les deux textes inquiète l’UDC. «Certains d’entre vous seront peut-être tentés de dire deux fois oui pour qu’au moins le contre-projet passe», a lancé Yvan Perrin lors de cette soirée. «Ce serait une erreur et un terrible autogoal: il empire la situation. Il ne vise qu’à empêcher un succès de l’UDC en 2011 et pas du tout à lutter contre les abus!» a-t-il ajouté, un bulletin de vote projeté sur un mur à l’appui.

La campagne promet d’être tendue. Avec de belles empoignades.

Valérie de Graffenried dans le Temps

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Les deux textes soumis au vote le 28 novembre

Le Conseil fédéral oppose un contre-projet à l’initiative de l’UDC.

■ L’initiative de l’UDC . Les étrangers sont privés de leur titre de séjour, peu importe leur statut, et de tous leurs droits de séjourner en Suisse s’ils ont été condamnés par un jugement entré en force pour meurtre, viol, ou tout autre délit sexuel grave, pour un acte de violence d’une autre nature tel que le brigandage, la traite d’êtres humains, le trafic de drogue ou l’effraction ou s’ils ont perçu abusivement des prestations des assurances sociales ou de l’aide sociale: voilà ce que l’UDC prévoit d’inscrire dans la Constitution.

Pour le parti, ces étrangers doivent être expulsés et frappés d’une interdiction d’entrer sur le territoire allant de cinq à quinze ans. En cas de récidive, elle sera fixée à vingt ans. L’initiative a récolté plus de 200 000 signatures en un temps record.

■ Le contre-projet direct. Le texte souligne que sont privés de leur droit de séjour et renvoyés les étrangers qui ont commis un assassinat, un meurtre, un viol, un brigandage qualifié, une prise d’otages, de la traite qualifiée d’êtres humains, une infraction grave à la loi sur les stupéfiants ou une autre infraction passible d’une peine privative de liberté d’un an au moins.

De même que ceux qui ont été condamnés à une peine privative de liberté d’au moins 18 mois pour une escroquerie ou une autre infraction ayant trait à l’aide sociale, aux assurances sociales ou à des contributions de droit public, ou une escroquerie d’ordre économique.

Sont aussi visés ceux condamnés pour une autre peine de 2 ans au moins ou à plusieurs peines privatives de liberté ou encore à des peines pécuniaires s’élevant au total à 720 jours ou 720 jours-amendes au moins en l’espace de dix ans.

Point important, le contre-projet précise que la décision doit être prise dans le respect des droits fondamentaux, des principes de base de la Constitution fédérale et du droit international, en particulier dans le respect du principe de proportionnalité.

Enfin, pour mieux faire passer la pilule, le PS a insisté pour développer un article sur l’ intégration. Il précise par exemple que l’intégration exige de toutes les parties concernées le respect des valeurs fondamentales inscrites dans la Constitution et la volonté de «vivre en bonne entente avec ses semblables».

Valérie de Graffenried dans le Temps

Aide aux Roms: de l’argent mais peu d’idées

Près de 20 millions de francs seront consacrés à l’intégration des communautés tziganes en Roumanie et en Bulgarie par la Confédération. Mais les projets restent à identifier.

La Suisse participera à l’effort européen d’intégration des Roms. Alors que la Commission européenne doit tenir à Bucarest, les 13 et 14 octobre, une conférence sur ce problème mis en relief par les rapatriements forcés opérés en France, la Confédération s’apprête à financer une série de projets d’aide aux populations tziganes en Roumanie et en Bulgarie. Lesquels devraient débuter à partir de 2011.

14 millions en Roumanie, 7 en Bulgarie

«Concernant la population rom, 14 millions de francs suisses sont prévus en Roumanie et 7 millions en Bulgarie, confirme Carole Wälti, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Plusieurs ONG suisses sont déjà en train d’élaborer des propositions, en étroite collaboration avec leurs partenaires roumains. Des institutions publiques et/ou privées locales pourront également soumettre des propositions.» Ces sommes allouées représentent environ 10% du total de l’aide suisse accordée à ces deux pays, confirmée le 7 septembre par la signature d’un accord à Berne: 181 millions de francs iront à la Roumanie, où vivent deux millions de Roms (22 millions d’habitants), et 76 millions à la Bulgarie, où les Tziganes sont estimés à 700 000 (pour 8 millions d’habitants).

Les autres pays d’Europe centrale et orientale où résident d’importantes communautés roms ne bénéficient pas, pour l’heure, de programmes spécifiques dans le cadre du «milliard» de francs d’aide à la cohésion alloué aux nouveaux pays membres de l’UE. En République tchèque, où la question est aiguë dans les ex-régions industrielles sinistrées de Moravie, aucun programme spécifique ne figure au budget d’aide helvétique. «Nous n’avons pas de projets destinés spécifiquement aux Roms», confirme Dominique Petter, de l’ambassade de Suisse à Prague. Mais il n’est pas à exclure que dans le cadre des budgets globaux alloués aux ONG tchèques, il y aura un projet pour les Roms. Idem en Hongrie où l’aide aux Roms, pour l’heure, se fait via les programmes de soutien à l’enfance dotés de 5 millions, et via un fonds spécial de 1 million de francs pour les étudiants défavorisés et marginalisés.

Pour l’instant, peu de projets sont en lice, souligne-t-on à Berne. L’un d’entre eux pourrait toutefois venir de la Fondation Hirondelle, opératrice de Radio Okapi en RD Congo. Celle-ci avait en vain, fin 2000, cherché des financements en Suisse et dans plusieurs pays de l’UE pour lancer une radio paneuropéenne destinée aux Roms, dans leurs langues. «Le Royaume-Uni était alors confronté à un afflux de Roms se souvient son directeur, Jean-Marie Etter. L’idée est à la fois que cette radio donne des informations servicielles, et qu’elle soit un lieu d’identité pour ces communautés.»

Réunion européenne

La Fondation Hirondelle va donc remettre la main à la pâte et présenter, sous peu, une nouvelle mouture à Berne comme à Bruxelles, puisque des coopérations accrues sont envisagées entre la Suisse et la Commission européenne – qui a débloqué pour les Roms 17,5 milliards d’euros pour la période 2007-2013 – ou des organisations privées comme la fondation Open Society de George Soros.

La Suisse participera aussi, le 20 octobre à Strasbourg, à la conférence ministérielle sur les Roms organisée par le Conseil de l’Europe (COE). Sur fond de constat pessimiste: «Nous manquons cruellement d’expériences d’intégration couronnées de succès, reconnaît le Commissaire aux droits de l’homme du COE, Thomas Hammarberg. La clef, c’est de s’assurer que cet argent va bien aux communautés roms, puis est correctement utilisé.»

Richard Werly dans le Temps

vendredi 1 octobre 2010

L’Islam demande le coeur

Guide spirituel de la voie soufie alâwiyya, un des courants mystiques de l’islam, le cheikh Khaled Bentounes était l’invité, hier, de Guy Mettan, au Club suisse de la presse.

Le sheikh Khaled Bentounes était invité par le Club Suisse de la presse. LDD

Ouverture, dialogue, spiritualité: le Club suisse de la presse accueillait hier un de ces hommes dont la présence chaleureuse suffit à offrir une bouffée d’air frais à un débat sur l’islam gangrené par le communautarisme, les préjugés et l’incompréhension. Car Khaled Bentounes, Algérien d’origine et membre fondateur du Culte musulman de France, passe sa vie à prêcher la fraternité, «chemin vers Dieu», et à tenter de réunir les gens, même ceux qui ne peuvent plus se voir en peinture. Rencontre avec un sage, un vrai.
La communauté musulmane connaît actuellement de nombreuses difficultés. Sont-elles dues à nos préjugés ou à l’attitude des musulmans européens?
La responsabilité est partagée! Les musulmans doivent abandonner le communautarisme pour devenir des citoyens à part entière, et non à part, des pays dans lesquels ils vivent. Qu’ils pratiquent leur religion, mais avec sagesse, sans brusquer personne! D’un autre côté, les Européens doivent comprendre que la présence des musulmans est une réalité avec laquelle il faut avancer. Et que les musulmans ont énormément à leur apporter! Malgré les réticences des uns et des autres, l’humanité est en train de changer radicalement par le métissage. Le monde devient un grand village. Et nous devons reconnaître qu’au-delà de nos différences, certaines choses nous unissent, comme la présence de Dieu en chaque être humain.
Le voile intégral, entre autres, crée une immense polémique...
Il faut le savoir une bonne fois pour toutes: ce n’est pas la religion mais les coutumes qui poussent les femmes à le porter. Il n’y a aucune injonction à ce sujet dans le Coran. Ainsi, nous devons tous - les musulmans aussi - réviser notre compréhension de l’islam, et de ceux qui le pratiquent. Par exemple, on ne parle que des musulmans arabes ou maghrébins, mais on oublie que la majorité des fidèles sont d’origine asiatique! (ndlr: l’islam compte 1,8 milliards d’adeptes, dont 20% seulement dans les pays arabes.). Et puis, tout le monde a le rigorisme saoudien en tête, mais ce n’est qu’une manière de pratiquer l’islam parmi des centaines d’autres! La réalité du monde musulman est mille fois plus riche et complexe que ce qu’on imagine en Europe.
Dans cette réalité, il y a le soufisme. Pouvez-vous en donner une définition?
Le soufisme est le cœur spirituel de l’islam. Nous, soufis, essayons de le pratiquer en suivant non seulement la loi (chari’a) mais par la foi, en suivant la certitude de notre cœur, qui nous dit que Dieu est Un. Nous exprimons tout cela par la fraternité dans la relation à l’autre, à la Création et à Dieu, en essayant d’éveiller pleinement notre conscience à cette réalité.
Au cœur de tout cela, il y a la foi. Comment la définiriez-vous?
C’est la lumière de l’intériorité, qui nous ramène tous à un état originel non distinct de Dieu. La croyance, elle, est différente: elle nous vient de notre culture, de l’héritage donné par nos parents, c’est une notion sociale. Mais la foi vient dans la solitude de la rencontre à Dieu. C’est une quête intime. Et dans cette quête, l’islam demande le cœur.
Vous êtes devenu sheikh à 25 ans seulement et conseillez une communauté qui compte des milliers de personnes.
Comment gérez-vous ces responsabilités?
Je fais confiance à l’Esprit divin qui m’accompagne, je le sais, partout où je vais et quoi que je fasse.
Dans vos engagements, il y a celui du dialogue interreligieux, miné par l’éternel conflit israélo-palestinien. Comment gérez-vous cet écueil?
Je ne vais pas nier que soixante ans de conflit, ça pèse, d’autant plus que le problème empire. Mais j’essaye de mettre mon sentimentalisme et mes opinions personnelles de côté. Parce que dialoguer, c’est faire un chemin ensemble. Alors, quelles que soient les difficultés, les vraies intentions de notre cœur doivent être celles d’une paix partagée. Sinon, elle n’adviendra jamais.
Ce point de vue doit vous valoir des ennemis...
On ne peut pas plaire à tout le monde... surtout pas aux idéologues (sourire).
Comment voyez-vous l’avenir des musulmans en Europe?
Je suis pessimiste. En continuant à propager la peur, nous allons enfermer nos enfants dans une identité meurtrière, faite de haine et de préjugés dégradants. Voyez: les jeunes ne savent même plus, et c’est grave, que le monde actuel a été façonné entre autres par de brillants échanges entre chrétiens, juifs et musulmans en Espagne, il y a quelques siècles de cela. Oublier ce pan de l’histoire, c’est zapper ce qui fait notre humanité, notre identité communes.
Tout le monde surfe, et c’est une honte, sur la vague de la peur et de l’ignorance. Quant à moi, je ne cesserai jamais de demander: que faites-vous de la sagesse? Que faites-vous de la fraternité?

Aline Jacottet dans le Nouvelliste

Viviane Reding est-elle allée trop loin ?

En condamnant la France au sujet des renvois des Roms, la vice-présidente de la commission européenne Viviane Reding s'est attiré les foudres des médias et de la classe politique hexagonaux. Décryptage du déni de responsabilité d'un Etat soucieux de redorer son image.

Quand on lit la presse française à propos de la condamnation par la commission européenne de la politique française d'expulsion des Roms, il apparaît qu'en France, à quelques exceptions près (Duflot, Montebourg), journalistes et personnalités politiques, quel que soit leur bord, mettent l'accent non sur le fond, mais sur la forme des propos de la commission européenne par la bouche de Viviane Reding. Le fond, c'est l'interdiction de toute discrimination ethnique, la forme, c'est la phrase de Reding: «les expulsions, les déportations de masse, ça suffit» et «des personnes sont renvoyées d'un Etat membre uniquement parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale.» Dès lors journalistes, hommes politiques et bloggeurs qui trouvent cette forme «excessive» se sont mis à l'interpréter, à y voir des références précises. Ils n'y voient pas tous les mêmes. Certains y voient une référence au traitement des Juifs par l'Allemagne nazie, d'autres encore au traitement des Tsiganes – c'est ainsi qu'on appelait ceux qu'on appelle aujourd'hui les Roms – par l'Allemagne nazie1.

Comparer le traitement des Roms à celui des Juifs est considéré par beaucoup comme «scandaleux»2, «obscène», voire «sacrilège» par un internaute qui accuse même Viviane Reding de «révisionnisme» (?). La réalité est que les Roms ont bel et bien été exterminés dans l'Allemagne nazie – le nombre de victimes roms est incertain, entre 500 000 et 1 500 000. Et pour ce faire, ils ont bien été déportés dans les camps de la mort.

En somme, pour la presse et le personnel politique, ou bien «l'erreur» de Reding porte sur la population concernée: seuls les Juifs et non les Roms auraient été victimes de la politique à laquelle elle fait allusion, ou bien elle porte sur le pays concerné: seule l'Allemagne et non la France en porte la responsabilité.

N'est-il pas frappant que, dans tous les cas, la France soit exonérée? Cohn-Bendit par exemple, déclare: «Aussi dure soit aujourd'hui une expulsion vers la Roumanie ou la Bulgarie, cela n'a rien à voir avec les camps d'extermination. C'est aberrant de comparer avec l'Allemagne nazie.» Que veut-il dire? Qu'une expulsion n'est une déportation que si on va vers un camp d'extermination? Une déportation est un transfert arbitraire, ce qui caractérise bien les «expulsions» de Roms; ou que seule l'Allemagne est responsable des exterminations nazies?

Dans la réalité que Cohn-Bendit feint d'ignorer, non seulement les Juifs, mais les Roms ont été persécutés et leur élimination physique aidée par la France pendant la seconde guerre mondiale: «Ils furent, avec les Juifs, les communistes et les réfugiés étrangers, les premières victimes du nazisme et de l'Etat français. Certains représentants départementaux de l'Etat français voulurent immédiatement chasser les Roms du territoire dont ils avaient la charge... Avant même une demande quelconque des autorités allemandes, le gouvernement de Pétain organisa un internement massif des titulaires du carnet anthropométrique [...] les Roms furent regroupés dans des camps «nationaux». Les plus connus à ce jour sont les camps de Montreuil en Bellay en Mayenne, de Salliers en Provence et de Jargeau dans le Loiret [...] si tous ne partirent pas vers les camps de la mort, nombreux furent ceux qui périrent de faim ou de maladie dans les camps d'internement [...] même si la France n'a pas organisé le départ de trains entiers de Roms vers les chambres à gaz, des déportations de Roms ont eu lieu. Les Roms étrangers trouvés sur le territoire français ont été emmenés vers les camps de la mort et des Roms français ont parfois complété les wagons»3.

Le Figaro, quant à lui écrit, que Viviane Reding a été «attaquée par Paris après avoir comparé implicitement le renvoi des Roms à la Shoah»4. Mais peut-on décider à quoi Viviane Reding, qui n'a fait aucune comparaison, comparait l'expulsion des Roms? Et tant qu'à lui prêter des comparaisons «implicites», pourquoi exclure d'entrée de jeu la plus vraisemblable: la comparaison entre la politique de l'Etat français pendant la seconde guerre mondiale à l'égard des Roms et celle d'aujourd'hui?

Le Monde, relatant, d'après les souvenirs de plusieurs témoins, les propos tenus au déjeuner de Bruxelles, indique une piste possible de cette «méprise»: Sarkozy lui-même aurait énoncé l'idée selon laquelle «en France, derrière les mots «seconde guerre mondiale», tout le monde entend ce qui est arrivé aux juifs»5.

La presse et les autres hommes politiques l'auraient suivi. Mais pourquoi? Reding n'a jamais prononcé les mots de «Juifs» ou de «Shoah». Qu'est-ce qui pousse des politiques censés être dans l'opposition, comme Mélenchon ou Cohn-Bendit, à s'aligner sur le gouvernement, à modifier les propos de Reding, puis à juger ces propos inventés «inacceptables»?

Sinon le souci de noyer l'histoire des Roms et de leur traitement pendant la seconde guerre mondiale? A leur sujet, jamais les mots exacts d'«extermination» et de «génocide» ne sont employés. Et pourtant, c'est à cela que l'évocation de la seconde guerre mondiale à propos des Roms renvoie. Le public, il est vrai, est peu au courant de ce génocide – le Samuradipen en langue rom: ne serait-ce pas justement l'occasion de l'informer? Jamais non plus la complicité des autres nations européennes collaboratrices de l'Axe, dont la France, n'est évoquée: car ce sont bien leurs gouvernements qui ont livré les Juifs et les «Tsiganes» (le mot, considéré par les Roms comme péjoratif, n'est plus employé. Les autorités françaises parlent, en ce qui concerne les Roms français, de «gens du voyage»).

De quelle motivation procède la minimisation des atrocités et l'oubli du rôle de la France dans l'extermination, qu'il s'agisse de celle des Juifs ou de celle des Roms? Sinon d'un déni de responsabilité? Sinon d'un souci nationaliste de cacher les exactions de la France pour en présenter une image sans tâche, glorieuse de bout en bout? Ce soupçon est confirmé quand on constate que les journaux comme les politiques français s'inquiètent surtout de «la détérioration de l'image de la France». Et pour eux, comme pour Sarkozy, ce n'est pas la politique du gouvernement qui dégrade cette image, mais sa condamnation par Reding. Dans cette réaction chauvine, il y a aussi de la misogynie. Le Figaro appelle la vice-présidente «la petite dame en rouge « (appelle-t-il Sarkozy le «petit monsieur en bleu»?), et emboîte ainsi le pas à Sarkozy. Car celui-ci, lors de son engueulade homérique avec Barroso (décrite de façon révélatrice comme «mâle et virile» par le Luxembourgeois Juncker) a été incapable de prononcer le nom de Viviane Reding; il ne l'a jamais désignée que par le terme méprisant «cette femme-là». Avoir été montrés du doigt par une femme, qui n'a pas hésité à user de l'autorité de sa fonction pour dire: «Ça suffit», voilà ce que Sarkozy et ses seconds n'ont pas supporté. Pierre Lellouche, décrit par la presse anglaise comme le «rottweiler» du gouvernement français, a donné le ton en disant, avant le sommet de Bruxelles, qu'«on ne parle pas sur ce ton à un grand pays comme la France». Et cette «humiliation» (Jean Daniel), qui exprime là le sentiment de beaucoup d'hommes, vaut de la sympathie à la cuadrilla gouvernementale: Sarkozy, Fillon, Hortefeux, Besson.

On pourrait désespérer de la France raciste autant que machiste, s'il n'existait pas des associations et des individus à l'intérieur même de ce pays, qui ont dénoncé les agissements du gouvernement français – le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti) et la Ligue des droits de l'Homme, parmi d'autres. Beaucoup en revanche se sont tus, dont on attendait quelque critique, ou essaient de récupérer la protestation, comme le ridicule «Touche pas à ma nation».

Mais l'affaire n'est pas finie; le racisme d'Etat, qui ne s'applique pas qu'aux Roms, édicte cependant pour ces Français-là – pour tous les «gens du voyage» – des règles spéciales: ils sont tenus de posséder et de présenter un «carnet de circulation», qui porte encore les «mentions anthropométriques» de ses possesseurs. La suppression de ces mentions, votée en 2001, n'est toujours pas appliquée, et les mesures du crâne des gens du voyage figurent toujours sur leur «carnet» – enfin, sur celui du chef de famille, les femmes et enfants étant sans doute vus par l'Etat français comme ses appendices. Ne serait-il pas temps d'exiger pour commencer, que Rom ou pas, voyageur ou non, en bicyclette ou à pied, tout le monde soit traité par le droit censé, comme son nom l'indique, être commun?

Christine Delphy et Sylvie Tissot dans le Courrier

Note : Directrice de recherche émérite au Centre national de recherche scientifique (France), Christine Delphy est corédactrice, avec Patricia Roux (Pr en Etudes Genre, université de Lausanne), de la revue Nouvelles Questions féministes. Sylvie Tissot est maîtresse de conférences en sciences sociales à l'université Marc-Bloch de Strasbourg.
1 La chaîne TV France 24, 16 septembre 2010.
2 Jean Daniel, le Nouvel Observateur, 22 septembre 2010.
3 Morgan Jaro, Les Rroms, une nation en devenir?, Paris, Syllepse, 2009, pp. 123-124.
4 Le Figaro du 16 septembre 2010.
5 Le Monde du 21 septembre 2010.

mardi 28 septembre 2010

Bad Ragaz: une élève pourra garder le voile

Un règlement interne interdisait le port de tout couvre-chef à l’école de Bad Ragaz. Une élève a fait recours et obtenu gain de cause auprès de la première instance. La commission scolaire de la commune saint-galloise, pour le bien des élèves, a renoncé à porter le conflit devant une instance supérieure et renonce à l’interdiction.

L’élève musulmane qui a mis en émoi l’école de Bad Ragaz pourra continuer à venir aux cours avec son foulard. Désavouée, la commission scolaire de la commune saint-galloise, qui avait dans un premier temps interdit le port de tout couvre-chef à l’école, a annoncé lundi qu’elle renonçait à faire recours contre la décision du Conseil régional de surveillance des écoles. Celui-ci a donné raison à la jeune fille la semaine dernière.

L’adolescente, âgée de 15 ans, avait décidé en mai dernier de venir à l’école désormais la tête recouverte d’un hidjab. Alors même que son père lui avait demandé d’attendre ses 18 ans pour porter le foulard, que portent également sa mère et sa sœur aînée.

Car, à Bad Ragaz, un règlement scolaire interne interdit le port de tout couvre-chef à l’école. La commission scolaire, l’instance élue par la population et seule compétente pour les questions scolaires au niveau communal, a écrit par deux fois à la famille pour le lui rappeler.

Soutenus par un membre du Conseil central islamique de Suisse habitant dans les Grisons, les parents ont alors fait recours contre l’interdiction faite à leur fille de porter le voile islamique à l’école.

A contre-pied du canton

La semaine dernière, le Conseil régional de surveillance a tranché en faveur de l’élève et déclaré que l’interdiction était disproportionnée et contraire à la liberté de religion garantie par la Constitution. Une décision qui prend le contre-pied de l’autorité cantonale suprême en matière scolaire, qui, au début août, a recommandé aux communes d’édicter des règlements soumis à référendum interdisant le foulard à l’école.

Dans un communiqué diffusé lundi, la commission scolaire de Bad Ragaz explique qu’elle renonce à poursuivre l’affaire «car il n’est pas du devoir de l’école de servir de plate-forme pour éclaircir des questions de fond touchant toute la société, ni de permettre à des groupes d’intérêts polarisants de se mettre en avant. Pour le bien de tous les élèves, l’école va se concentrer sur sa tâche première: l’enseignement.»

Hansjörg Hürlimann, président de la commission scolaire et membre de la municipalité, n’a pas voulu faire d’autres commentaires sur cette décision.

Les principaux points du projet de loi sur l’immigration

Le projet de loi sur l'immigration, dans les cartons du gouvernement depuis son adoption en conseil des ministres en mars, est examiné par l'Assemblée nationale à partir de ce mardi 28 septembre. Le texte, qui comporte 84 articles et 472 amendements, entend faciliter le renvoi des étrangers en situation irrégulière.

A la version initiale du projet de loi, ont été ajoutées les dispositions annoncées par le président de la République lors du "discours de Grenoble" du 30 juillet, parmi lesquelles figurent notamment les conditions dans lesquelles une personne récemment naturalisée pourrait être déchue de sa nationalité. Outre ces mesures de dernière minute, le texte vise à "mettre en œuvre certaines conclusions du séminaire gouvernemental sur l'identité nationale" qui s'est tenu en février, comme le précise le compte-rendu du conseil des ministres du 31 mars.

Extension de la déchéance de nationalité

C'est la plus emblématique et la plus controversée des mesures préconisées par Nicolas Sarkozy à Grenoble, le 30 juillet. "La nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique", avait demandé le président de la République, soutenu dans une large mesure par sa majorité.

Un amendement déposé par des députés de la majorité va exactement dans ce sens. S'il est adopté, il modifiera l'article 222-14-1 du code pénal relatif aux violences envers les personnes dépositaires de l'autorité publique. Dans le cas de violences ayant entraîné la mort, une mutilation ou une infirmité permanente, le coupable pourra être déchu de la nationalité française si celle-ci a été acquise moins de dix ans avant les faits, et à condition que cette déchéance n'ait pas "pour résultat de rendre apatride l'auteur des violences".

La polygamie, en revanche, ne figure pas parmi les motifs de déchéance de nationalité, conformément à l'arbitrage rendu le 6 septembre par Nicolas Sarkozy, qui avait ainsi désavoué son ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux.

Expulsion des étrangers communautaires

Espace Schengen ou non, un étranger venant d'un pays de l'Union européenne peut circuler librement pendant trois mois dans n'importe quel autre Etat membre. Le projet de loi propose qu'un ressortissant européen fasse l'objet d'une mesure d'éloignement en cas d'"abus d'un court séjour" – moins de trois mois – lorsqu'il multiplie des allers-retours "dans le but de se maintenir sur le territoire" ou s'il constitue "une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale". Cette disposition, dont la conformité avec le droit européen reste à démontrer, a été ajoutée notamment afin d'expulser plus facilement les Roms en situation irrégulière.

Réduction du périmètre d'action du juge des libertés et de la détention (JLD)

Souvent critiqués par l'exécutif pour leur "laxisme", les JLD verraient leur rôle limité par ce nouveau texte s'il est adopté en l'état. "En France, deux juges interviennent dans la procédure d'éloignement : le juge administratif (tribunal administratif), qui se prononce sur la légalité de la mesure d'éloignement ; le juge judiciaire (juge des libertés et de la détention), qui se prononce sur la régularité de la procédure et le maintien en rétention", précise-t-on en préambule du projet de loi.

Actuellement, les délais imposent au JLD de se prononcer avant le juge administratif. Sur les préconisations du rapport Mazeaud (PDF), le texte propose de porter à cinq jours le délai de saisine du JLD. Ce magistrat n'interviendrait ainsi qu'après que l'administration se soit prononcée sur l'éloignement ou non d'un étranger interpellé. Selon l'Union syndicale des magistrats administratifs, cette inversion va "mécaniquement entraîner une hausse sans précédent de la contestation des arrêtés de rétention devant les juridictions administratives". "Asphyxier le juge administratif [et] affaiblir le JLD [revient à] aliéner la justice à l'objectif de reconduire toujours plus", estime le syndicat.

Transposition de la directive "retour"

Les députés européens avaient adopté le 18 juin 2008 la directive "retour" établissant notamment des "standards minimaux en matière de durée de rétention et d'interdiction de retour" des immigrés en situation irrégulière. Douze articles du projet de loi sont consacrés aux détails techniques de la transposition de ces "standards" dans le droit français. En particulier, le texte prévoit qu'un étranger en situation irrégulière renvoyé vers son pays peut être interdit de séjourner sur tout le territoire européen pendant une durée maximale de cinq ans.

Limitation du droit des étrangers malades

Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un étranger peut bénéficier d'un titre de séjour si son "état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité" et "sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire".

Les débats porteront sur le terme "effectivement" de cet article. Un amendement (PDF), déposé par le député UMP Thierry Mariani et adopté en commission des lois, entend gommer ce terme. Mais des députés de l'opposition et de la majorité ont déposé d'autres amendements visant à laisser le texte en l'état.

Comme le note le député UMP Etienne Pinte, très critique envers la politique du gouvernement envers les étrangers, "s'interroger sur l'existence d'un traitement dans le pays d'origine de l'intéressé est dénué d'intérêt si l'on ne prend pas soin de vérifier qu'il y aura accès. En effet, dans l'immense majorité des pays, les traitements existent, mais ils sont réservés à une élite. Si le traitement existe mais que l'intéressé ne peut y accéder en pratique, les conséquences d'une exceptionnelle gravité sont inéluctables : aggravation de la pathologie, progression des complications, voire décès".

  • Mariages "gris"

On connaissait les mariages "blancs" ; le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Eric Besson, a propulsé les mariages "gris" dans le débat médiatique, les qualifiant, en novembre 2009, d'"escroquerie sentimentale à but migratoire". Les "mariages gris", extrêmement difficiles à qualifier, désignent des mariages conclus entre un étranger et un ressortissant français au détriment de ce dernier, considéré comme abusé par son partenaire. Le texte propose que ces mariages soient désormais passibles d'une peine de sept ans d'emprisonnement, au lieu de cinq, et d'une amende de 30 000 euros, contre 15 000 actuellement.

Un article trouvé sur LeMonde.fr

Sans pitié avec les sans-papiers

Premier examen à l’Assemblée du projet de loi sur l’immigration. Un texte durci cet été, en pleine polémique sur les Roms.

Manifestation de sans-papiers le 17 avril 2010 à Paris.

Manifestation de sans-papiers le 17 avril 2010 à Paris. (© AFP Fred Dufour)

Les associations y voient «une atteinte inégalée aux droits des étrangers». Cet après-midi débute l’examen en première lecture à l’Assemblée nationale du projet de loi relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité. A l’origine, ce texte visait à transcrire, en droit français, plusieurs directives européennes. L’une d’elles dite «directive retour», a suscité la polémique car elle ouvre «la possibilité» d’assortir une décision d’expulsion d’«une interdiction de retour» sur le territoire européen. Les associations parlent de «bannissement».

Au-delà, le gouvernement a apporté une série d’amendements restreignant encore les droits des migrants. Le débarquement, en janvier, de 123 clandestins kurdes syriens sur une plage corse, a donné à Eric Besson l’occasion de satisfaire une ancienne demande de Nicolas Sarkozy. A plusieurs reprises, le chef de l’Etat avait souhaité une fusion des juridictions administrative et judiciaire, au détriment de la seconde, jugée trop libérale, devant lesquelles comparaissent les étrangers en situation irrégulière. Les Kurdes ayant été remis en liberté après avoir été placés en rétention, ce qui leur a permis d’échapper à l’expulsion, le ministre de l’Immigration a décidé de sévir en réduisant le pouvoir du juge judiciaire (lire ci-contre).

«Surenchères». D’autres articles, comme celui sur la déchéance de la nationalité, ou les entraves à la libre circulation des Roms, sont la traduction du discours prononcé par Nicolas Sarkozy, le 30 juillet, à Grenoble. Résultat, de 86 articles lors de sa présentation en Conseil des ministres, le 31 mars, le projet de loi en compte 107 aujourd’hui.

A l’Assemblée nationale, le gouvernement devrait rassembler une majorité pour voter ce texte. Sur les 314 députés du groupe UMP, il ne s’en trouvera sans doute que quelques dizaines pour contester ouvertement la copie d’Eric Besson. La fin du quinquennat approche, et avec elle l’angoissante question de la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Les députés de droite vont donc serrer les rangs même s’ils sont «nombreux», comme le confiait hier l’un d’eux à Libération, à être «mal à l’aise avec les surenchères de certains ministres». Les plus téméraires devraient se faire entendre, ce matin, à l’occasion de leur réunion hebdomadaire à huis clos. Mais l’exécutif peut compter sur le président du groupe UMP, Jean-François Copé - supporteur inconditionnel du discours de Grenoble et de ses déclinaisons législatives -, pour canaliser cette opposition marginale.

Outre une poignée de villepinistes, la loi Besson n’est contestée, chez les députés UMP, que par Nicole Ameline, Etienne Pinte et Lionel Tardy. La première, en désaccord avec les dispositions sur la déchéance de la nationalité, menace de ne pas voter ce texte qui «fait une place trop large à la répression». «J’appartiens à une famille humaniste et il faut que nous ayons une démarche équilibrée», a-t-elle déclaré jeudi lors des journées parlementaires de Biarritz. Etienne Pinte pousse à l’extrême l’opposition de la droite sociale et catholique : en découvrant cet été les images d’expulsions, il dit avoir pensé au «Vel d’Hiv». «Ils n’étaient pas déportés vers la mort, seulement vers leurs misères.» Lionel Tardy fonde son opposition sur le «risque d’inconstitutionnalité» qui justifie, selon lui, les amendements de suppression sur une dizaine d’articles. L’Assemblée nationale devrait balayer tout cela.

Contestation. La loi Besson devra ensuite être débattue au Sénat, où la contestation au sein de la droite est beaucoup plus puissante. A l’image de l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, on s’inquiète, dans la Haute assemblée, de la «droitisation» de la majorité. Concernant la loi sur l’immigration, le sénateur Jean-René Lecerf, vice-président de la commission des lois, prévient qu’il ne laissera pas passer «ce qui relève de l’affichage». Il aura fort à faire.

 Alain Auffray et Catherine Coroller dans Libération

samedi 25 septembre 2010

La migration, ça sent bon

Vingt-quatre femmes migrantes de l'association Recif racontent leur vécu et livrent leurs meilleures recettes de cuisine dans un livre-témoignage.

Elles s'appellent Adina, Analine, Béatrice, Dora, Eunice, Eva, Eman, Hadda, Entisar, Isabelle, Ji-Hye, Khush, Luz Stella, Maria Eugenia, Marianela, Nour, Récea, Saadia, Sandra, Selvi, Thao, Tsovik, Venia et Zyrafete. Ces vingt-quatre femmes viennent des quatre coins du monde, et ont uni leurs cultures et leurs histoires dans un livre sur le thème de la migration. Et comme ce thème doit sentir bon en finalité, elles ont apporté les saveurs gustatives de leur pays d'origine, par le biais de recettes de cuisine.
«Femmes de coeur et d'épices», le livre verni jeudi soir dans un Club 44 de La Chaux-de-Fonds plein à craquer, est né d'une rencontre multiculturelle de l'association Recif, qui s'occupe des femmes migrantes dans le canton de Neuchâtel. Une discussion autour d'une table qui a débouché sur l'idée de mettre en commun des recettes de cuisine. «D'accord», leur a répondu Capucine Maillard, qui a présidé à la conception de l'ouvrage, «mais je souhaite que ce soit l'occasion de raconter vos histoires personnelles et votre vécu de la migration». Après de longues heures de rires, de larmes, de poses pour la photo et de remue-méninges, l'aventure de ces vingt-quatre migrantes trouve son résultat. Un livre illustré qui invite au voyage, dans l'assiette et dans les coeurs.
Tous les témoignages recueillis parlent donc de la douleur ressentie lors des premiers temps passés dans un pays d'accueil totalement inconnu. Ils évoquent l'isolement, avec «les pleurs devant la télé». Très vite, les migrantes expriment à leur manière leur façon «d'aller vers l'autre». A savoir le Suisse et sa réalité, en surmontant les chocs culturels, comme – pour Dora – l'apprivoisement de la fondue! Capucine Maillard se livre pour cela à un travail de «confiseuse d'histoires». Elle le fait par l'écoute de son propre vécu de migrante, de France en Suisse via la Roumanie.
Thomas Facchinetti, chef du service cantonal neuchâtelois de la cohésion multiculturelle, salue la démarche. «Dans les années 1960», rappelle-t-il, «le regard des Suisses sur les migrants était conditionné par des habitudes alimentaires différenciées. Le simple fait de cuisiner à l'huile d'olive était alors signe d'exclusion.» Ce n'est plus le cas aujourd'hui, même si les provenances très diverses et le plus grand brassage culturel rendent l'intégration plus complexe. Les vingt-quatre femmes racontent leur vécu en Suisse à leur manière. Les témoignages évoquent la quête du bonheur dans un nouvel environnement.
Capucine Maillard n'a pas voulu arrêter l'exercice à la sortie d'un livre. Ce «Femmes de coeur et d'épices» a déjà fait un petit, avec le projet d'un nouvel ouvrage invitant à prendre la route. Un «livre à la mer», conçu comme une bouteille lancée sur les vagues du monde, qui invite les globe-trotters à entrer dans la démarche de ces vingt-quatre migrantes. L'embarquement est immédiat...

Philippe Chopard dans le Courrier


Note : Femmes de coeur et d'épices », recettes et histoires de 24 femmes migrantes en Suisse, éditions G d'Encre, www.editions-gdencre.ch.