mercredi 14 décembre 2005

Milihate Karameta. Du Kosovo à Vevey.



Le regard est franc mais triste. Milihate Karameta se dit «per­pétuellement stressée». Son vi­sage, fermé la plupart du temps, en atteste. Chez cette Albanaise du Kosovo, le sourire est aussi rare que précieux. «Je travaille à 50% dans une entreprise de nettoyage. Mon patron est gen­til mais ce n’est pas facile de vivre avec mon salaire», souffle­elle. Ni de trouver un emploi avec pour seul sésame une at­testation de séjour. «Au début, mon emploi était prolongé de semaine en semaine. Mainte­nant, de deux mois en deux mois.» Les Fêtes? «Je resterai à la maison», confie-t-elle d’abord. Avant de se raviser: «Je fêterai peut-être avec des amis, du Kosovo et des Suis­ses. » Le cadeau qu’elle ne pourra pas s’offrir? «J’aimerais aller rendre visite à ma famille — ses parents et son frère —, que je n’ai pas vue depuis six ans et demi.» Son seul contact avec eux est, depuis, téléphoni­que.

Texte de CORINNE FEUZ photo de Edouard Curchod
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Une banque de donnée contre le racisme



La Commission fédérale contre le racisme met en ligne une banque de données qui répertorie les jugements concernant des cas de discrimination raciale.


Cet instrument sera utile non seulement aux juristes, mais aussi aux administrations, aux ONG ainsi qu'à toutes les personnes intéressées à la lutte contre le racisme.

Lire le dossier de Swissinfo


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Abolition de l'interdiction de travailler au Grand Conseil ???

Lire l'article de Mickael Rodriguez dans Le Courrier
Alors que des pourparlers sont en cours avec Berne sur le sort des requérants éthiopiens et érythréens, le ministre UDC Jean-Claude Mermoud menace de sanctions les patrons qui refusent de les congédier.

L'interdiction de travailler frappant les requérants déboutés n'a pas fini de valoir des gestes de défi au Conseil d'Etat. Au mois de juillet dernier, une vingtaine de patrons écrivaient au Gouvernement vaudois pour lui signifier qu'ils ne procéderaient pas aux licenciements exigés par le Service de la population (SPOP). Aujourd'hui, le nombre des employeurs dissidents a doublé. Mais les patrons pourraient bien ne pas être les seuls à contester ouvertement la politique restrictive de l'exécutif.
Le Grand Conseil sera en effet saisi prochainement d'une pétition demandant l'abolition de l'interdiction de travailler. En commission, une majorité (4 voix contre 3) s'est dégagée en faveur de la transmission de ce texte au Conseil d'Etat. A en juger par le soutien constant qu'il a apporté aux pétitions traitant de la situation des requérants déboutés, le plénum devrait suivre cette recommandation.
Mais Jean-Claude Mermoud campe sur ses positions. Le conseiller d'Etat UDC lance même un avertissement aux patrons rebelles: «Ces employeurs courent un sacré risque. Nous ne cherchons pas à faire de chasse aux sorcières, mais lors de contrôles réguliers, il faut s'attendre à ce que nous traquions les travailleurs sans autorisation.» C'est dire si la démarche des patrons a été suivie, en novembre dernier, d'une fin de non-recevoir. «Si les employeurs craignent de manquer de forces de travail, nous sommes prêts à leur envoyer des chômeurs», lance Jean-Claude Mermoud.
Les pressions exercées sur les patrons dissidents ont de quoi étonner, à l'heure où le Conseil d'Etat est en négociation avec la Confédération sur le sort de certains requérants déboutés. Le Gouvernement vaudois vient en effet d'intervenir en faveur des 175 Ethiopiens et Erythréens concernés en première ligne par l'interdiction de travailler. En 2003, le canton avait déjà présenté leurs dossiers pour régularisation sur la base de la circulaire Metzler, mais l'Office fédéral des migrations les avait écartés d'office. Pourtant, ces requérants déboutés ne peuvent pas être renvoyés, l'Ethiopie et l'Erythrée refusant généralement d'admettre leurs ressortissants. Jean-Claude Mermoud espère donc obtenir une régularisation pour «les cas les plus anciens». Dans la négative, «qu'il s'en occupe lui-même!», lance-t-il à l'adresse de Christoph Blocher. Pour l'heure, les lettres du SPOP continuent pourtant de parvenir aux patrons de requérants déboutés. Récemment, plusieurs d'entre eux ont reçu l'ordre de licencier pour la fin décembre, voire «immédiatement». L'administration vaudoise aurait-elle décidé de passer outre les délais de congé prévus par le Code des obligations? «Je n'ai pas souvenir qu'on ait perdu un jugement au tribunal à cause de ça», rétorque Jean-Claude Mermoud. Pour le ministre UDC, les contrats de travail passés avec des requérants déboutés sont de toute façon «illégaux». En l'état, il semble que la jurisprudence ne permette pas de dire si l'absence d'un permis de travail prime ou non sur le Code des obligations. Pour l'avocat Christophe Tafelmacher, membre de la Coordination asile, le Tribunal fédéral a rendu un arrêt plutôt contradictoire sur la question. «D'un côté, cet arrêt dit qu'un contrat conclu avec quelqu'un qui n'est pas autorisé à travailler en Suisse n'est pas nul. De l'autre, il affirme que cela peut justifier un licenciement avec effet immédiat». Pour l'avocat, cela ne prouve cependant pas encore que l'employeur doive le faire. Pour les requérants d'asile déboutés, la période des fêtes sera synonyme de trêve. Hier, Jean-Claude Mermoud a en effet annoncé devant le parlement qu'il n'y aurait pas de renvoi forcé entre le 20 décembre et le 10 janvier.

Bosnie dix ans après Dayton




La page 13 de 24heures est entièrement consacrée à la situation en Bosnie, tout d'abord un reportage sur place de Caroline Stevan

Le 14 décembre 1995, les Ac­cords de paix de Dayton sont ratifiés par le président bosnia­que, Alija Izetbegovic, son ho­mologue serbe, Slobodan Milo­sevic, et le chef de l’Etat croate, Franjo Tudjman. Dix ans plus tard, deux des signataires sont morts et le troisième est en prison. Sur le terrain, des ten­sions énormes et l’impression d’un immense gâchis.


» Une administration ubues­que
Avec Dayton, la partition du pays en deux entités est entérinée; il y aura désormais la Fédération de Bosnie-Herzégo­vine — 51% du territoire — et la Republika Srpska — 49%. Au quotidien, cela signifie trois présidents — un Bosniaque, un Croate, un Serbe —, quatorze Parlements et quelque deux cents ministères. Une adminis­tration ubuesque, inefficace et extrêmement coûteuse: 50% du Produit intérieur brut y passe, alors même que l’économie est totalement exsangue.
Les divisions se retrouvent à tous les niveaux, à commencer par l’école. «Deux classes sous le même toit», au départ lancé par l’OHR — organe officiel de la communauté internationale dans le pays — dans le but de rapprocher les communautés, pérennise en réalité la sépara­tion. Les petits Bosniaques ont cours le matin, les Serbes ou les Croates l’après-midi. Les en­trées sont séparées et les ensei­gnants ont deux salles des profs. Chacun étudie son his­toire, sa géographie, sa littéra­ture ou sa religion. Officielle­ment, il reste 54 de ces écoles.

» Des réfugiés non réintégrés
Début 2005, ils étaient un peu plus d’un million à avoir re­trouvé leur domicile sur les 2,2 millions de personnes dépla­cées pendant la guerre. Mais s’ils sont nombreux à avoir récupéré les clés de leur maison — le taux de restitution des biens fonciers était estimé à 93% fin 2004 —, beaucoup n’osent pas rentrer chez eux et certains préfèrent vendre. La plupart des réfugiés deviennent minoritaires lorsqu’ils retrouvent leur com­mune d’origine. Quasi impossi­ble, dès lors, de trouver un em­ploi, d’accéder aux services so­ciaux ou de bénéficier de soins. Il n’y a souvent pas d’accords entre les entités concernant les assurances maladie ou les pen­sions.
Les discriminations restent quotidiennes — les Rom sont évidemment les plus touchés — et les agressions multiples; en 2004, 135 «incidents liés au re­tour » ont été reportés. Les poli­ces locales ferment générale­ment les yeux sur les affaires concernant les minorités. Certai­nes victimes refusent de retour­ner là où elles ont été violées, torturées, agressées et on ne leur laisse pas forcément le choix.
Les cas sont multiples et les problèmes de coordination énormes; des logements ont été reconstruits alors que personne ne veut plus y aller. Ailleurs, des milliers de gens vivent en­core dans des abris en atten­dant que leur maison soit re­mise sur pied. Les propriétaires d’appartements et les locataires ne sont pas concernés par la procédure.

» Des criminels toujours en vadrouille Si le Croate Ante Gotovina vient d’être arrêté en Espagne, Ratko Mladic et Ra­dovan Karadzic courent tou­jours. Selon les Nations Unies, «un grand nombre de suspects de crimes de guerre se dépla­cent toujours en toute impunité en BiH», protégés par l’armée de Republika Srpska. Quant aux témoins du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougos­lavie (TPIY), ils subissent en général pressions et violences. Certains ont été assassinés.


Lire aussi ce constat sur la Bosnie dans Stopinfo

Puis les témoignages de requérants bosniaques dans le canton recueilli par Martine Clerc
Le retour des réfugiés. C’est la condition inscrite dans les Accords de Dayton qui préoccupe en premier lieu les personnes déplacées pendant la guerre habitant en Suisse. Et a fortiori, les requérants d’asile.
Peu de Serbes et de Croates de Bosnie sont actuellement réfugiés ou en cours de procédure d’asile en Suisse, ces derniers ayant trouvé refuge en Serbie ou en Croatie. Nedzad Omeragic, Bosniaque aujourd’hui requérant débouté à Montreux, a fui son pays en guerre, il y a une dizaine d’années. Il ne peut imaginer un retour en Republika Srpska: «On voudrait me renvoyer à Banja Luka où j’ai grandi et vécu plus de dix ans, soupire-t-il, mais ce n’est pas possible. Banja Luka est maintenant dans l’entité serbe. Il n’y a du travail nulle part et, quand il y en a, il est réservé aux Serbes. Il y a beaucoup de violences et pas seulement pendant les matches de foot.» Le jeune homme jette un regard désabusé sur les retombées de Dayton: «Il faudra encore dix ou quinze ans pour que la situation s’apaise. Au niveau économique, c’est catastrophique malgré l’argent apporté par la communauté internationale.»

A Crissier, Elvedina Husic porte dans sa chair les violences de Srebrenica. Impossible pour cette mère de famille de retourner dans la région, désormais partie intégrante de l’entité serbe. Les criminels de guerre qui courent toujours? «Les mettre en prison me ferait du bien ainsi qu’à ma famille, à tous les Bosniaques et à la justice!» Mais la situation ne serait pas pour autant résolue: «Un nationaliste en 1995 reste nationaliste en 2005. Je sais que beaucoup de gens soutiennent encore les criminels. On l’a vu en Croatie ces derniers jours après l’arrestation d’Ante Gotovina.»

mardi 13 décembre 2005

La famille Beka. de la Serbie à Moudon



Du haut de ses 4 ans, Lindor voulait son premier sapin de Noël. Il a garé toutes ses petites voitures en plastique au pied de l’arbre et se réjouit des Fêtes. «J’espère qu’il tiendra jusqu’au Nouvel-An, sourit faiblement son papa, Fatmir Beka, On l’a fait pour lui faire plaisir, même si je n’ai pas la tête à fêter.» Le temps est plutôt aux mauvaises nouvelles. Son patron, agricul­teur à Bussy, a reçu la lettre du canton demandant le licencie­ment du jeune père au 31 dé­cembre. «Je ne sais pas comment il va faire, il m’a dit qu’il avait besoin de moi en janvier, expli­que l’ouvrier agricole. Je crois qu’il va essayer de me garder.» L’espoir est encore là, même si «toutes les lettres négatives» en­tament peu à peu le moral et l’énergie du requérant, qui en­chaîne depuis deux ans les jour­nées de 6 h à 18 h au sein de l’exploitation agricole. La nuit dernière, sa fille, grippée, a pleuré sans s’arrêter. Mainte­nant, elle ose des sourires dans les bras de sa mère.

Texte MARTINE CLERC, photo Odile Meylan

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Genève se heurte à un mur contre les sans-papiers


Lire l'entretien de Martine Brunschwig avec Didier Estoppey dans le Courrier

La conseillère nationale et ancienne conseillère d'Etat Martine Brunschwig fait le point sur l'impasse rencontrée par son canton dans sa volonté de régler la question des travailleurs sans statut légal.

L'heure de la retraite est loin d'avoir sonné pour Martine Brunschwig Graf. A peine avait-elle remis, lundi 5 décembre, les clés du Département des finances et de la présidence du Conseil d'Etat à ses successeurs qu'elle sautait dans le train pour Berne, où se tient la session d'hiver du Parlement. Parmi un menu chargé: la nouvelle Loi sur l'asile et celle sur les étrangers, dont les durcissements ont largement alimenté la chronique, et que les Chambres doivent adopter en vote final vendredi. Deux lois que la libérale s'apprête à refuser avec l'ensemble de la gauche et une poignée d'élus du centre droite, principalement latins. L'occasion de faire le point avec l'ancienne magistrate qui a mené, pour son canton, des négociations en vue de la régularisation de 5000 travailleurs sans statut légal.

Avec la Loi sur l'asile, les Chambres s'apprêtent à adopter celle sur les étrangers, qui ne laisse pratiquement aucune place aux travailleurs extra-européens. Ça laisse mal augurer de la réponse à la demande genevoise de régularisation...
Martine Brunschwig Graf: Effectivement. La réponse officielle de Berne n'est pas encore tombée, il reste quelques points techniques à régler. Mais il n'y a guère lieu d'être optimiste. J'ai pu constater lors de ces négociations l'absence totale de volonté politique de régler la question des sans-papiers, non seulement à Berne mais aussi dans les autres cantons que nous avons essayé d'approcher. Genève se retrouve totalement seul dans cette négociation. On nous objecte qu'une régularisation créerait un appel d'air, alors qu'il vient de lois inappliquées, ouvrant la porte à tous les abus. Mais on préfère continuer à se voiler la face, alors que la preuve est faite que notre économie a besoin de ces dizaines de milliers de travailleurs non qualifiés qui, même sans statut légal, ont trouvé leur place chez nous. On favorise ainsi des conditions de travail qui vont bien au-delà du dumping salarial... Et on s'interdit toute réflexion à long terme: alors que nous sommes en plein questionnement sur l'avenir de nos assurances sociales, on évacue tout scénario permettant de compenser le vieillissement de la population par une politique migratoire bien pensée.

Les quatre conseillers nationaux libéraux, reprenant les critiques des Eglises et des organisations de défense des droits humains, ont vertement condamné le durcissement de la Loi sur l'asile. Vous refusez le suivisme à l'égard de l'UDC?
–Ce n'est pas une question de stratégie politique, mais de valeurs fondamentales. Malgré les améliorations boiteuses apportées au maintien de l'aide d'urgence pour les requérants déboutés, l'ensemble de cette loi reste scandaleux dans son esprit. Les dispositifs mis en place relèvent de la chasse aux sorcières. Mais la Loi sur les étrangers est pire encore. Non seulement elle ferme les dernières portes à la régularisation des sans-papiers, mais en remettant en question le droit à un permis d'établissement après dix ans de séjour, elle envoie un message désastreux en terme d'intégration. Globalement, on revient à un état d'esprit qui me rappelle les années 70 et les initiatives Schwarzenbach. On se renferme, on voit les abus partout, alors que ces lois n'empêcheront pas l'illégalité de s'installer, bien au contraire. Le pire, c'est que les deux lois s'attaquent à des migrants installés de longue date, qui ne sont pas les moins intégrés... On va se retrouver avec des lois plus dures pour les gens qui ne le méritent pas, et inefficaces pour ceux qui le mériteraient. Alors que les quelques abus qui préoccupent les gens trouveraient une réponse bien mieux adaptée si on négociait des accords de réadmission. Mais c'est plus compliqué que de gesticuler...

Comment expliquez-vous cet alignement du centre droite sur l'UDC?
–L'immigration est le seul thème sur lequel on le constate. Dans ce dossier, les bourgeois alémaniques ne se sont posé aucune question sur le plan des valeurs... Ils sont dans leur majorité convaincus que les Romands font du sentimentalisme. Leur seul souci, c'est de débarrasser la table de la question de l'asile avant les élections de 2007. Mais je crois que c'est un mauvais calcul: l'électeur a toujours préféré l'original à la copie. Il n'y a aucun profit à tirer de ce durcissement pour le centre droite.


Le PDC genevois vient de soutenir le principe d'un double référendum. Votre position?
–Je suis opposée à un référendum. Il n'a aucune chance de l'emporter devant le peuple. La campagne ne fera qu'envenimer encore le débat et fera le lit de l'UDC. I

Loi sur l'asile ficelée


Le Conseil des Etats a mis la dernière main lundi à la nouvelle loi sur l'asile. Les sénateurs ont arrondi les angles sur la question controversée de l'aide d'urgence, mais le projet final porte la griffe de Christoph Blocher. Les débats débouchent sur un projet marqué par un durcissement qui pourrait bien finir devant le peuple, la gauche ayant annoncé un référendum.
Le débat de lundi à la Chambre des cantons a porté sur la question de savoir sous quelles conditions attribuer l'aide d'urgence garantie par la Constitution aux requérants d'asile déboutés. Ils devront au moins coopérer au renvoi. Auparavant, le Conseil des Etats avait choisi de ne leur accorder l'aide d'urgence que s'ils peuvent montrer qu'ils sont dans une situation de détresse...
Lire la dépêche d'AP et celle de l'ATS

Une fenêtre ouverte sur l’asile

Voici la présentation du blog que vous êtes en train de consulter telle que Jacqueline Favez, attachée de presse auprès de l'EERV viens de la publier dans la Newsletter "EERV Flash" de décembre 2005


Vous le savez sans doute, le site Internet de l’EERV est en plein développement. Mais, bien avant que nouveau portail ne soit mis en ligne ̶ il ne va du reste pas tarder à pointer le bout de son nez ̶ une fenêtre spéciale, plus communément appelée «blog» a été élaborée par Daniel Schneider, qui l’anime quotidiennement. Cet ancien chef de projet Internet du CICR a découvert les blogs lors de son passage aux Etats-Unis. Il y était lors des attentats du 11 septembre et il a pu mesurer l’importance de cette nouveauté technologique, véritable vecteur instantané d’informations et d’émotions. «C’est toujours resté dans un coin de mon esprit, explique-t-il. Je me suis dit qu’il y avait là un outil à utiliser en cas de problématique importante.» Et la problématique en question, ce sont les réfugiés et l’affaire dite des «523» qui secoue notre canton depuis plus d’un an.
En 2004, Daniel Schneider, qui réside à Montpreveyres, œuvrait au Centre de requérants d’asile de Ropraz. A la fermeture de ce Centre, il s’est retrouvé avec du temps libre pour du bénévolat. A ce moment, le sujet des «523» a commencé à secouer les médias. Simultanément, l’EERV diffusait son premier communiqué officiel sur le sujet et s’engageait au côté de la Coordination Asile sur ce dossier. Tous les ingrédients étaient dès lors réunis pour le lancement d’un blog.
Intitulé «L’asile dans le canton, au jour le jour... Présence et Solidarité de l’EERV», ce blog fonctionne comme une véritable bibliothèque de tout ce qui s’écrit, se dit et se donne à voir dans les médias romands au sujet des requérants d’asile. On y trouve des articles de presse, des séquences radio et des émissions télé, mais aussi des communiqués, des dépêches d’agences et autres liens sur des sites traitant du même sujet. Il y a également des contributions de toutes parts, émanant des personnes qui oeuvrent directement avec les requérants d’asile.
Outre la mise à jour quotidienne des informations, ce sont aussi les archives qu’on y trouve qui représentent une forte valeur ajoutée. Un véritable service de documentation pour tous ceux qui travaillent ou s’intéressent au sujet de l’asile.
Du reste, les internautes ne s’y trompent pas: ce blog enregistre entre 50 et 100 visites par jour et, début novembre, il a passé le cap des 10'000 visites! A titre comparatif, le blog qui avait été créé pour la campagne de soutien à Florence Aubenas, la journaliste française enlevée en Irak, avait recensé environ 40'000 accès. Le sérieux du travail de fourmi réalisé par Daniel Schneider, qui passe environ une demi-heure par jour pour les recherches plus environ un quart d’heure par document mis en ligne, se voit ainsi récompensé par une belle fréquentation de ce blog sur le dossier de l’asile.

lundi 12 décembre 2005

Un vent glacial et xénophobe sur la Suisse

Un autre article du Courrier est consacré à la manifestation devant l'OMC pour les sans-papiers.

• Des associations suisses et espagnoles ont manifesté samedi pour la régularisation collective des sanspapiers. Venue dénoncer le «vent glacial et xénophobe» qui souffle
sur la Suisse et l’Europe, la soixantaine de manifestantsdevant le Palais Wilson samedi a bravé la bise matinale pourréclamer la régularisation collective des sans-papiers et dénoncer les politiques migratoires discriminatoires. Une lettre, rédigée notamment par le Collectif de soutien aux sanspapiers et des associations espagnoles1, détaillant ces revendications, avait été transmise la veille à Louise Arbour, Haut commissaire aux droits de l’homme.
«La Suisse n’a jamais manifesté la volonté d’examiner la situation des travailleurs sans statut légal», s’indigne le conseiller national (Verts) et président du Collectif de soutien aux sans-papiers-Genève Ueli Leuenberger, appelant à
combattre les deux nouvelles lois sur les étrangers et sur l’asile, qui sont «de véritables fabriques de nouveaux sans-papiers». Le lancement d’un référendum, 60 000 signatures sont nécessaires, s’organisera à partir de janvier.
Malgré la ratification de la Convention des droits de l’homme par la Suisse et l’Union européenne, ces droits ne sont pas accordés aux travailleurs sans statut légal, stipule le courrier adressée à Louise Arbour. La lettre cloue au pilori «l’exploitation inhumaine » de cette population et son manque d’accès aux services
de la santé ou à l’éducation.
De même, le nombre élevé de morts pendant les tentatives de traverser les frontières,
plus particulièrement italiennes et espagnoles, est condamné. L’Europe est aussi
accusée de «sous-traiter» le renvoi des personnes migrantes à l’Algérie, la Libye et le Maroc. «Le système a besoin du travail des sans-papiers», constate Madiop Diagne de la CGT Espagne, attaquant la répression, le racisme et l’hypocrisie de cet engrenage. «Nous participons au développement de l’Europe et devons accéder aux mêmes
droits que tous les travailleurs», s’enflamme Dora Aguirre, de l’association hispano-équatorienne Rumiñahui. A quand la ratification de la Convention des Nations Unies pour la protection des travailleurs migrants par la Suisse?

Ce n'est pas une vie

Le Courrier publie un article très documenté sur le retour d'une famille bosniaque à Sarajevo
DE LA CHAUX-DE-FONDS À SARAJEVO - Un an et demi après leur expulsion de Suisse, Adila, Fahreta et Nihad Omerovic vivent toujours dans un faubourg de Sarajevo. Et ils ne savent pas où ils trouveront du bois pour l'hiver.
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Osijek, dans la banlieue de Sarajevo. La petite école vient d'être rénovée. A côté, on construit une nouvelle mosquée. La famille Omerovic –Adila, la mère, sa fille Fahreta (18 ans) et son fils Nihad (17 ans)– habite à quelques pas de là. «Ce n'est pas une vie...», lâche Adila Omerovic, les larmes aux yeux. La maison dans laquelle la famille s'est installée depuis quelques semaines n'est pas terminée.
Dans la cuisine, le four diffuse une chaleur parcimonieuse. C'est un Serbe qui leur a vendu cette bâtisse pour 15000 francs, explique Adila Omerovic: «Nous avons dû prendre un crédit, nous sommes très endettés maintenant.» Elle ne sait pas comment elle va rembourser, ni même comment payer la prochaine traite. Comme beaucoup, à Sarajevo, elle a fort peu de chance de trouver du travail. La famille subsiste grâce à la rente de veuve d'Adila, dont le mari est mort à la guerre, soit pas tout à fait 300 francs. A cela s'ajoutent une bourse de 38 francs que Fahreta partage avec son frère Nihad, et un soutien provenant de Suisse. Lors de l'expulsion des Omerovic, en juillet 2004, un comité de soutien constitué à La Chaux-de-Fonds a réuni 4000 francs. Cette somme est envoyée par petites tranches à Sarajevo. «N'oubliez pas de dire aux gens de La Chaux-de-Fonds que nous leurs sommes très reconnaissants de leur aide. Sans cela, nous ne pourrions pas survivre ici.»


Retour à Sarajevo

La famille était arrivée illégalement en Suisse au printemps 1999 et en a été expulsée cinq ans après. Malgré le soutien des exécutifs de La Chaux-de-Fonds et du Locle, des enseignants de Fahreta et Nihad, des écoles et, surtout, de leurs camarades de classe, qui ont réuni plus de 5000 signatures en trois jours. La loi a été appliquée à la lettre: la famille Omerovic a dû prendre l'avion pour Sarajevo après avoir reçu 300 francs par personne pour toute aide au retour.
«Par chance, mon oncle se trouvait à Sarajevo à ce moment-là », raconte Fahreta. «Il est venu nous chercher à l'aéroport, nous a logés et nous a expliqué comment faire.» Les débuts ont été difficiles, à l'école aussi. Après dix ans passés en Allemagne et en Suisse, Fahreta et Nihad avaient une maîtrise insuffisante de leur langue maternelle. «J'ai aussi eu de la peine à trouver une école», explique Fahreta. Il leur manquait même de quoi payer l'inscription. Le comité de soutien s'est alors approché de la direction du lycée de La Chaux-de-Fonds, où Fahreta étudiait. Et c'est grâce à cette intervention qu'elle a été acceptée. Depuis, elle a pu mettre à niveau ses connaissances de la langue bosniaque. Elle espère devenir un jour pédiatre, ou peut-être interprète.
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«C'est encore la guerre ici»

Mais l'hiver est là, et il fait froid à Sarajevo. Adila, Fahreta et Nihad Omerovic dorment au premier étage de la petite maison, sur des matelas posés sur des cartons à même le sol. Fahreta raconte qu'elle doit s'enrouler dans trois couvertures, un châle autour de la tête. Et malgré cela, elle a encore froid. La famille va sans doute devoir s'installer dans le salon, à côté de la cuisine, car c'est le seul endroit à peu près chauffé en hiver. «Nous n'avons pas d'argent pour acheter du bois, ni pour payer un appareil dentaire, ni pour les écolages», se lamente Adila Omerovic. De plus, elle ne se sent pas en sûreté: «C'est encore la guerre ici.» Le fait qu'on leur ait récemment volé leurs chaussures devant la porte de la maison renforce leur sentiment d'insécurité. Et Fahreta relate comment, en ville, une femme lui a arraché la chaînette en or qu'elle portait autour de cou, avant de se sauver en courant. A leur retour, ils n'ont pas été accueillis à bras ouverts: «Ici, tout le monde nous parle de la belle vie qu'on devait mener à l'étranger, où les poulets nous tombaient soi-disant tout cuits dans l'assiette. Des gens sont venus nous rendre visite car ils pensaient que nous étions riches et qu'ils pourraient profiter de nous. Mais nous n'avons rien.»


Ruines et mauvaises herbes


Dans la famille, c'est Fahreta qui semble le mieux armée pour s'en sortir. Elle étudie consciencieusement, prépare son diplôme d'allemand pour la fin de l'année et celui de français pour le mois de mai. De son côté, Nihad fréquente une école technique, mais il doit refaire l'année. Il a des problèmes avec la langue et se sent malheureux. «Il rêvait de devenir une star de foot», explique Fahreta avec un sourire triste, «et maintenant il ne peut même plus s'entraîner dans un club car notre mère n'a pas de quoi payer la cotisation.»
Et Adila? Elle préférerait retourner là où elle vivait avant la guerre, avec son mari et ses enfants: à Pobudje, sur la commune de Bratunac, près de Srebrenica, à deux heures de Sarajevo. Nous nous y rendons et elle nous montre son ancienne patrie. La maison est complètement détruite, les ruines sont envahies par les mauvaises herbes. C'est ici qu'Adila aimerait vivre, près de la tombe de son mari. «Il y a un an, j'ai adressé une demande d'aide au retour à la mairie de Bratunac», dit-elle. Elle attend toujours la réponse. Elle montre l'autre côté de la route, et elle raconte les chars des nationalistes serbes, les tirs, son mari et ses amis partis au combat armés de fourches. Et son mari retrouvé mort, deux balles dans le ventre. A deux pas d'ici.


Le bonheur du passé

Dans les buissons, nous trouvons une plaque à gâteau, puis un lambeau du tablier de la belle-mère d'Adila. Des souvenirs des temps heureux. Adila montre les maisons, énumère les noms de leurs habitants. Elle rayonne, raconte, rêve de faire nettoyer le terrain et de reconstruire, de vivre comme avant, là où elle a connu le bonheur. Depuis treize ans, elle n'a plus eu de véritable chez-soi, elle s'est endettée, vivant au jour le jour, dans l'insécurité et la dépendance. La famille a été marquée par ces conditions de vie. «Nous avons toujours eu besoin de l'aide des autres, nous n'avons pas appris à nous battre», constate Fahreta, qui ajoute: «Nous ne savons pas nous défendre, nous ne connaissons pas le système, ici tout est étranger pour nous.» Elle se souvient de la vie en Suisse, le réseau social qu'elle y avait, le soutien des professeurs et des amis. «Ici tout le monde est dans la même situation, tout le monde a besoin d'argent et cherche du travail. Il n'y a personne pour nous ouvrir des portes.»

Note : *Renate Metzger-Breitenfellner et Jutta Vogel se sont rendues à plusieurs reprises en Bosnie-Herzégovine ces dernières années. En octobre, elles étaient à Srebrenica. Cet article a été traduit et adapté de l'allemand par Alain Meyrat.