mercredi 17 août 2011

«Vol spécial est obscène»

paulo branco Paulo Branco attaque à nouveau le film de Fernand Melgar.

Le producteur portugais et président du jury du 64e Festival de Locarno précise pourquoi, selon lui, Vol spécial est un documentaire fasciste. Interview. Pourquoi considérez-vous Vol spécial comme fasciste?

Ce film suscite en moi révolte et indignation. A partir d’un sujet autour d’une loi abominable, le metteur en scène tourne un documentaire qui donne le beau rôle au «bourreau humanitaire». Jamais il n’y a de contestation ou de révolte. Il y a même une complicité avec ces fonctionnaires, puisque Fernand Melgar assiste à des réunions où est décidée l’expulsion d’un certain nombre d’immigrés. Il s’est servi d’eux en arguant d’une fausse complicité. Ce genre de film déculpabilise les responsables en focalisant sur le système, prenant prétexte que ce sont les citoyens qui font les lois. Cela me rappelle les attitudes collaborationnistes du passé, où les bourreaux ne sont jamais mis en cause directement! Vers sa fin, ce documentaire témoigne de la mort d’un immigré durant un vol spécial sans que le réalisateur ne censure a posteriori les images tournées avant son décès (ndlr: en fait, ce requérant décédé lors de la procédure de renvoi à Kloten n’était pas détenu à Frambois et n’apparaît pas dans le documentaire) . C’est inadmissible et condamnable. C’est pour cela que je parle. Parce que cela ouvre la porte au fascisme ordinaire qui envahit peu à peu nos sociétés.

Vous qui avez fui la dictature de Salazar au Portugal, ne trouvez-vous pas qu’utiliser le terme «fasciste» est hors de propos?

Je ne parle pas de la dictature au Portugal! Il s’agit d’un regard condescendant. Ce n’est pas un hasard si Vol spécial est un projet appuyé par tous les guichets qui existent en Suisse. Avec, en fil conducteur, cette caution légaliste que les gens sont là pour appliquer la loi. Sans jamais se demander si des lois aussi abominables ne devraient pas être mises en cause par les personnes en charge.

Si vous aviez été producteur de ce film…

Jamais de la vie je n’aurais produit un film comme celui-là!

Qu’aurait dû faire Fernand Melgar?

Déjà transmettre les informations qu’il détenait concernant des gens qu’il filmait soi-disant avec autant d’amour. Pour essayer au moins de prendre une position là-dessus. Ce qu’il n’a pas fait. Il n’était intéressé que par le résultat. Et puis, j’aurais aimé savoir comment des bourreaux comme ceux-là rentrent à la maison après la mise à mort et mangent avec leur famille comme si de rien n’était. Comment ils s’accommodent du métier qu’ils font. Ne rentrer que dans l’intimité volée des victimes, c’est facile. C’est même une exploitation qui humanise l’inhumanisable.

Lors de sa projection à Locarno, les 3000 spectateurs ont pourtant ovationné le film.

Mais ils ont applaudi avant même que le film ne débute. Là aussi, l’attitude du metteur en scène est inadmissible. Il a fait ovationner le directeur de l’établissement de Frambois, qu’il avait invité, et qui est sorti de la salle comme un héros avant même la projection. Sans que ce directeur ne nous explique pourquoi il fait ça et pourquoi il continue à le faire!

Donc, vous avez vu ce film avec 3000 collaborationnistes?

J’ai vu 3000 personnes qui ont été trompées. De toute façon, le collaborationnisme a été malheureusement assez majoritaire dans beaucoup de pays. Comme tous les autres pays, la Suisse doit se questionner sur ses lois, pourquoi elles existent et pourquoi les gens les votent. C’est peut-être le portrait peu correct d’un pays qui oublie de se remettre en cause.

Pourquoi avoir attaqué alors que les jurys ne commentent d’habitude que les films récompensés?

La lâcheté est partout. J’aimerais savoir pourquoi ce film a été accepté en compétition à Locarno. J’ai aussi été effrayé que ce film reçoive deux récompenses hors jury officiel. D’abord le Prix œcuménique. Même si, finalement, il suffit de voir l’attitude d’un pape comme Pie XII dans le passé pour comprendre comment le catholicisme est parfois à côté de la plaque. Mais le Prix de la jeunesse m’a montré que ce film ne passait pas inaperçu. Il fallait donc prendre position. D’autres membres du jury pensaient comme moi. Comme je n’ai pas eu le temps de les consulter, j’ai profité de cette conférence de presse pour faire une déclaration à titre personnel. Mais cette position, je le répète, était majoritaire dans le jury.

Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse, pense qu’un déficit d’explication sur le fonctionnement de nos institutions explique peut-être votre courroux.

J’analyse une œuvre. Pas des institutions. De cautionner ce film à travers ses institutions, c’est de la lâcheté. Je pense que Frédéric Maire n’a pas vu le film. Il y a une quinzaine d’années, j’ai produit La femme de Rose Hill, d’Alain Tanner, une fiction qui traite exactement du même sujet que Vol spécial . Sans complicité, sans condescendance, avec beaucoup de fermeté. Durant toutes mes présidences de festivals, je n’ai jamais vu un film aussi obscène que Vol spécial . Je n’ai pas d’autre mot pour ça.

Claude Ansermoz dans 24 Heures

waintrop opinion vol spécial

La question des réfugiés, un casse-tête en Afrique centrale

Une page supplémentaire vient de s'ouvrir au chapitre de la gestion des migrations pour le gouvernement de la République du Congo avec la cessation, le 31 juillet dernier, du statut des réfugiés congolais au Gabon. Il réalimente le dossier dans lequel les cas des réfugiés de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda actuellement présents au Congo préoccupent déjà les esprits à Brazzaville.

Au total, 9765 congolais réfugiés et demandeurs d'asile installés au Gabon à partir de l'année 1997 suite au conflit armé dans leur pays, sont appelés à rentrer au bercail, au terme des accords tripartites signés par les gouvernements du Gabon et du Congo et le Haut commissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR). Le pays d'accueil ne cesse de rappeler la clause de cessation.  

Mais, deux semaines après le début des opérations de rapatriement, seulement 412 personnes ont accepté de revenir dans leur pays. "Le rapatriement est volontaire. Ceux qui veulent rentrer au pays s'inscrivent sur les listes ouvertes par le HCR sur place au Gabon. Et le HCR organise des convois", a expliqué Daniela Livia Biciu du bureau du HCR à Brazzaville.  

Dans la phase de retour, les rapatriés sont assistés par cette agence onusienne et le gouvernement congolais. En dehors des kits de matériaux remis, les familles candidates au retour reçoivent une aide au rapatriement de 200 dollars américains par adulte et 100 dollars par enfant. Et un plan de contingence arrêté par les autorités congolaises et le HCR préconise des actions spécifiques pour favoriser la réintégration des candidats au retour. Mais, les réfugiés ne semblent pas se précipiter.    

"Nombreux veulent rentrer chez eux, mais ils restent inquiets sur les conditions d'accueil au pays. On n'a pas de maison, pas de travail, et bientôt c'est la rentrée des classes, on s'inquiète pour la scolarité des enfants", confie Philippe Mavoungou Vandou, chef d'une famille de rapatriés arrivés à Brazzaville le 12 août dernier.  

Un cadre sous-régional pour traiter du problème?  

En Afrique centrale où aucune instance ne semble se préoccuper du sujet, la question des migrations ne reste pas pourtant sans importance. Elle empoisonne même, de quelque manière, les relations entre Etats.  

La République du Congo, pour ne parler que de ce pays, abrite actuellement plus de 120.000 ressortissants de la République démocratique du Congo dont la présence dans la partie nord de ce pays pose aussi bien des problèmes humanitaires que sécuritaires. Des campagnes successives de sensibilisation ont été organisées à l'intention des réfugiés par les autorités deux pays et du HCR pour inciter au retour volontaire. Mais, les réfugiés ne manifestent pas la volonté de rentrer chez eux.  

Comme eux, plus de 7 000 Rwandais installés dans les périphéries de Brazzaville à partir de l'année 1996 résistent, depuis la fin de leur statut en 2005, aux appels au retour volontaire. Dans ce même pays, l'on notait également, il y a quelques années, la présence de plus de 3.000 Angolais, et quelques milliers de ressortissants centrafricains.  

Par ailleurs, les médias ne cessent de donner quelques fois l'écho de l'usage de méthodes fortes par certains pays de la sous-région, afin de contraindre au retour des originaires de pays voisins. Mais, le sujet est toujours absent des agendas des organisations sous régionales et même de l'Union africaine.

Afriquinfos

mardi 16 août 2011

Une convention fêtée mais trahie

Le 28 juillet 2011, nous fêtions les 60 ans de la Convention relative au statut des réfugiés, texte adopté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dont l’objectif à l’époque peu contesté, était de réguler le sort de ceux dont les droits fondamentaux n’étaient pas respectés par leur propre Etat, en raison de leur race, de leur nationalité, de leur religion, de leurs opinions politiques ou encore de leur appartenance à un groupe social particulier.

A cette occasion, il est important de rappeler les bénéfices indéniables que des millions d’individus craignant pour leur vie et leur intégrité physique ont pu retirer de ce traité. Ce constat ne dispense pas pour autant d’un regard critique sur son application actuelle par les Etats signataires, et par la Suisse en particulier.

Si aucun Etat ne s’est aventuré à remettre ouvertement en cause son adhésion à la convention, la plupart d’entre eux cherchent à en limiter l’application. Premièrement en renforçant le contrôle des frontières pour entraver l’accès des demandeurs d’asile à leur territoire et deuxièmement par l’adoption, au niveau législatif, de clauses les autorisant à se dispenser d’examiner les demandes de protection dont ils sont saisis.

En Suisse, ces clauses, connues sous le nom de non-entrée en matière (NEM) se sont démultipliées au cours des innombrables révisions du droit d’asile qui ont ponctué les 25 dernières années, plaçant les demandeurs d’asile dans une situation juridique de plus en plus précaire. Au prétexte de trier les «bons» des «mauvais» réfugiés – catégories peu explicites mais manipulables à souhait - ces révisions ont peu à peu détourné le droit d’asile de son but, celui de protéger des individus en péril, pour servir de bras politique à une propagande virulente contre l’immigration extra-européenne.

Les différentes clauses de non-entrée en matière motivent près de 48% des décisions rendues par l’Office fédéral des migrations. Les décisions prises en vertu des accords de Dublin représentent à elles seules plus de 30% de celles-ci.

Ces accords prévoient que l’Etat membre par lequel un demandeur d’asile accède à l’Union européenne devient l’unique responsable du traitement de sa demande d’asile. Le droit des réfugiés se transforme ici en vaste loterie humaine, où seuls les plus chanceux accéderont à un Etat garantissant une procédure de détermination du statut de réfugié équitable et des conditions d’accueil dignes de ce nom.

Une loterie dont la Suisse a saisi qu’elle en serait le véritable bénéficiaire: située au cœur de l’Europe, ces accords lui permettent de se dessaisir d’un nombre croissant de demandes d’asile, sans violer ouvertement la Convention relative au statut des réfugiés et sans avoir à se préoccuper du sort de milliers d’êtres humains, parfois menacés de refoulement vers des Etats où ils risquent la mort ou la torture.

Marie-Claire Kunz, membre du comité de la coordination contre l’exclusion et la xénophobie, dans la Tribune de Genève

L'odyssée (in)humaine de dix réfugiés

Ils n'en ont pas le statut officiel, mais le sont pourtant corps et âme. Réfugiés en France pour fuir la persécution en Serbie, ces dix Roms devaient être expulsés la semaine dernière. Mais le tribunal de Lille leur a offert un sursis inespéré.

Ces voyages-là, d’habitude, sont sans retour. Arrêtée mercredi matin, à l’aube, à Clermont-Ferrand, la famille Ajeti-Hassani, dix Roms du Kosovo, devait être renvoyée dans son pays putatif, la Serbie.

Vendredi, un juge du tribunal administratif de Lille, où ils avaient été transférés, en a pourtant décidé autrement. Les motifs du jugement n’ont pas encore été notifiés, ni à la famille, ni à la préfecture du Puy-de-Dôme. Difficile donc de tracer des perspectives pour l’avenir, même à très court terme.

Menacés en Serbie

Seule certitude, à compter d’aujourd’hui, quatre adultes et six enfants, âgés de deux à onze ans, seront à nouveau à la rue. La solution trouvée pour les abriter ce week-end, un camping dans la campagne auvergnate, ne peut s’éterniser.

Pour eux, c’est un nouveau saut dans le vide, où ils sont à peu près sûrs d’être rejetés de Charybde en Scylla. Mais comparée à l’odyssée qui les a menés jusque-là, cette ultime péripétie ne saurait constituer un écueil majeur. Ils semblent avoir en eux une volonté monolithique d’aller de l’avant.

1999. La guerre fait rage dans leur pays, le Kosovo. Vendeurs de vêtements sur les marchés, ils fuient vers la Serbie, où on leur interdit d’exercer leur métier. D’autres persécutions suivront. Les propos racistes destinés à Arben, 7 ans à l’époque, par sa première maîtresse d’école. Son frère aîné, Kadri, la vingtaine, obligé, sous la menace d’un fusil, de charger les corps de ses amis dans un camion destiné au charnier. La Serbie, comme le Kosovo, sont pourtant considérés comme des pays « sûrs » par la communauté internationale.

Après dix ans de calvaire, la famille Ajeti-Hassani choisira de fuir. Direction, la France, en février 2011.Là, ils réclament le statut de réfugiés qui leur est refusé en première instance par L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Selon la famille et les bénévoles qui les entourent, un appel serait en cours devant la Commission nationale du droit d’asile (CNDA). La préfecture, elle, affirme que cette instance a déjà tranché. Avis défavorable pour les dix Roms.

Même si un recours est également déposé devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, le préfet décide, le 10 août dernier, de prendre un arrêté de reconduite à la frontière. Ce jour-là, à 7 heures du matin à peine, Kadri et son épouse, Arben, ses parents et ses frères et soeurs sont arrêtés dans l’hôtel qu’ils occupent à Clermont-Ferrand. Quelques jours à peine après l’annonce par le ministre de l’Intérieur du nouvel objectif de 30.000 expulsions pour l’année 2011.

Pas le temps de prendre leurs habits

Dans sa chambre, Arben, dix ans désormais, veut récupérer ses habits. « Ils nous ont dit : “Non. Vite, vite, vite”. ». Ils sont emmenés de force, sans rien comprendre à ce qui leur arrive. « Les enfants ont été traumatisés, ils étaient en pleurs », raconte Kadri. La famille échappe juste à l’humiliation des menottes. Pas besoin. Selon la préfecture, l’interpellation de la famille par les quinze policiers s’est déroulée « sans heurt ».

Dans un bus de tourisme, spécialement affrété pour l’occasion, la famille Azeti-Hassani est transférée au centre de rétention de Lille. « Une cage, une prison », mime Salih, le père de famille, les deux mains jointes sur des barreaux imaginaires. Lorsqu’ils sont relâchés, vendredi, la police se contente de les déposer sur un quai de gare. Sans argent ni billet de train. Clandestins sous contrainte. « Par rapport au voyage tout frais payé de l’aller, le contraste est saisissant », ironise une bénévole.

Malgré la peur de se faire coincer, ils parviendront à rejoindre Clermont-Ferrand, à minuit, épuisé. Après tout ça, on se demande encore comment les parents trouvent la force de sourire, de se réconforter. Comment les enfants peuvent-ils jouer au football, en toute innocence. Quel sentiment les meut ?

En la matière, la barrière de la langue ôte toute certitude. On tranche par élimination. Cette sarabande n’est pas une façon d’oublier, vu qu’ils savent leur sort suspendu au moindre aléa. Ce n’est plus tout à fait de l’espoir. Trop de portes se sont refermées. « On veut habiter en France, que nos enfants grandissent ici, aillent à l’école », explique Salih. L’envie de vivre. Toujours.

Sébastien Dubois pour la Montagne

lundi 15 août 2011

Le président du jury attaque Melgar

Samedi, Paulo Branco, président du jury du concours international de Locarno, s’en est pris violemment au Lausannois Fernand Melgar et à son Vol spécial, documentaire souvent donné comme favori durant cette édition.

«Ce film s’accompagne d’un fascisme ordinaire trop courant dans notre société. Celui-là même qu’il prétend dénoncer», a-t-il déclaré en fin de conférence de presse. Quelques minutes plus tard, le même Paulo Branco complétait ses propos devant les caméras de la RTS: «C’est un film qui se sert d’un prétexte inadmissible en Suisse (ndlr: l’immigration). Mais, en même temps, il ne confronte jamais les bourreaux, qui sont quand même ceux qui font exécuter ça. Et qui amènent à la mort de quelqu’un. Ce que je trouve intenable. Je responsabilise complètement le metteur en scène d’avoir fait un film fasciste.»

Le cinéaste a les bras qui en tombent: «Je ne veux pas rentrer dans son jeu, tempère Fernand Melgar. Chacun a le droit de s’exprimer. S’il pense que j’ai fait un film fasciste, que voulez-vous que je lui réponde? J’ai toujours réalisé des films qui font débat et j’aime lorsque cela remue un peu. De mon côté, je suis heureux d’apprendre que Vol spécial a remporté les prix du jury des jeunes ainsi que celui du jury œcuménique.»

Une opinion que le directeur Olivier Père n’est pas loin de partager: «Tout comme les critiques, qui écrivent parfois des choses négatives, un membre du jury a le droit d’exprimer son opinion. Je continue de penser que le film de Melgar est très réussi et qu’il avait parfaitement sa place en compétition officielle.» Fin de polémique? On l’espère. Vol spécial sortira sur les écrans romands le 21 septembre.

Pascal Gavillet dans 24 Heures

dimanche 14 août 2011

Vol spécial: film fasciste selon le président du jury de Locarno

Le film de Fernand Melgar a été qualifié de fasciste par le président. Un terme violent pour qualifier un film qui avait pourtant les faveurs des médias.

TSRinfo

Vol Spécial primé à Locarno

vol spécial primé

Climage

La « Bête », le train des clandestins vers les Etats-Unis

On l'appelle la « Bête ». C'est le train de marchandises mexicain qui transporte également les clandestins latino-américains qui veulent tenter leur chance aux Etats-Unis : un « train de la mort [qui] dévore des milliers de voyageurs en provenance d'Amérique centrale et du Sud ». Fragments de vie glanés par notre partenaire Global Voices Online sur les réseaux sociaux latino-américains.

Le 1er août, le blog Espacio Perdido a mis en ligne un billet qui retraçait l'histoire du voyage en train au Mexique :

« En 1999, la gare de Buenavista a fermé définitivement. Au fil du temps, d'autres gares, ailleurs dans le pays, ont également fermé. Avec ses fermetures de gares disparaissait l'une des plus grandes réalisations du XXe siècle au Mexique : le transport de passagers par train.

Il n'existe plus désormais que quelques trains de transport de fret… Ces trains transportent des marchandises mais aussi, hélas, des passagers.

De la ville de Ciudad Hidalgo, au Sud, près de la frontière avec le Guatemala, jusqu'aux grandes villes du Nord, court l'une des plus grandes ignominies du pays. “La Bête”, ou le train de la mort, dévore des milliers de voyageurs en provenance d'Amérique centrale et du Sud, des gens qui voyagent sur le toit des wagons ou entre les wagons et s'exposent ainsi à une série de dangers, dont le plus important d'entre eux : l'homme. »

Le blogueur Eduardo Barraza, qui écrit pour le journal citoyen en ligne Barriozona, jette une lumière crue sur la situation de ces trains de fret vieillissants qui empruntent cette route périlleuse et transportent des passagers qui ne savent jamais s'ils vont arriver à destination ou pas :

« Aux Etats-unis, ces passagers sont qualifiés péjorativement d'“illégaux” par bon nombre de gens. Mais au cœur de l'Amérique centrale, ils représentent des hommes et des femmes sans ressources mais prêts à tout pour quitter leur pays dans l'espoir de réussir aux Etats-unis.

Parce qu'ils ne peuvent s'offrir un autre moyen de transport et cherchent à éviter la police des frontières mexicaines, des milliers de ressortissants de pays comme le Salvador, le Guatemala, le Honduras ou le Nicaragua bravent tous les dangers et montent sur le toit de trains qui partent du sud du Mexique pour les villes du Nord, situées le long de la frontière avec les Etats-unis. »

Il est frappant que les deux blogs, Espacio Perdido et Barriozona, fassent état non seulement de l'histoire récente de la région mais aussi d'une œuvre culturelle inspirée de ces événements : un documentaire qui emprunte son titre au sinistre nom donné aux trains de transport de marchandises par ces voyageurs migrants qui risquent leur vie ou leurs membres en y embarquant.

Avec la Bête, le risque d'être attaqué, volé, racketté ou tué

Le documentaire tourné par Pedro Ultreras, « La Bestia » (« La Bête »), sorti en 2010, raconte le voyage du réalisateur avec ces voyageurs migrants sur le toit des trains de marchandises.

Véritable archive culturelle, ce film raconte un voyage parmi tant d'autres, entrepris chaque jour dans des conditions périlleuses par ces gens désespérés et sans ressources qui s'en vont chercher du travail et de meilleures conditions de vie pour eux-mêmes et leurs familles.

Il offre un témoignage en images de cette situation qui continue d'être peu ou pas traitée dans les grands médias. (Voir la vidéo)

 

 

Le documentaire a été projeté cet été dans les villes et villages situés le long du trajet de la caravane « Paso a Paso hacia la Paz » (Marche pas à pas vers la paix), une marche rassemblant plusieurs centaines d'immigrés sans-papiers et leurs familles ainsi que des militants des droits de l'homme, pour protester contre les violations des droits des immigrés et réclamer justice et protection pour cette population vulnérable.

Les réactions au film, à en juger par celles exprimées sur Twitter, ont été positives et favorables. Georgina Cobos a signalé la projection du documentaire au Sénat mexicain. Jessica Ramirez, étudiante en communication à l'université nationale autonome du Mexique (Unam), a exhorté ses suiveurs à aller voir le film :

« Nous devrions tous aller le voir. Le réalisateur l'a tourné avec SES propres fonds, on doit soutenir “La Bestia”. »

Dans son essai intitulé « Migrants as targets of security policies » (« Les Immigrés, cibles des politiques de sécurité »), Christine Kovic, blogueuse et professeur d'anthropologie à l'université de Houston (Texas), fait état d'un groupe d'immigrés kidnappés le 23 juin dernier alors qu'ils tentaient de passer aux Etats-unis sur un train de marchandises :

« Les autorités ne peuvent nier la souffrance et la vulnérabilité extrêmes des migrants qui traversent le Mexique en provenance de l'Amérique centrale.

Ne pouvant payer les “polleros” [les passeurs, ndlr] et cherchant à éviter les contrôles à la frontière, des milliers de migrants voyagent sur le toit des trains ou s'accrochent sur les côtés et s'exposent à la pluie, à la chaleur, à la déshydratation et à l'électrocution. Beaucoup d'entre eux ont perdu la vie ou des membres en tombant des trains.

Voyageant de manière clandestine, les immigrés sont susceptibles d'être attaqués, volés, rackettés ou tués. »

On dispose désormais d'images puissantes du calvaire vécu par les personnes qui risquent leur vie sur le dangereux « sentier du migrant », mais il faut sans doute replacer ces terribles images de « La Bestia » dans une perspective géopolitique plus large.

« Un bouclier autour de l'Alena »

Dans son billet, Christine Kovic souligne que les opérations de police menées pour empêcher le passage des immigrés vers les Etats-unis – quel qu'en soit le coût humain – ont également lieu désormais à la frontière sud du Mexique :

« Les mesures visant à décourager l'immigration sont aussi maintenant mises en œuvre dans le Sud, où les autorités en charge ont renforcé les mesures de sécurité, notamment le long de l'isthme de Tehuantepec, le point de passage le plus étroit du Mexique.

Ces mesures sont soutenues par les Etats-unis pour limiter l'immigration en provenance de l'Amérique centrale. Le plan de coopération en matière de sécurité conclu entre le Mexique et les Etats-unis, connu aussi sous le nom de “initiative de Merida”, apporte au Mexique les fonds nécessaires “à la conception et à la mise en œuvre des mesures contre le trafic de drogue, pour la lutte antiterroriste et la sécurité aux frontières”.

Comme l'a déclaré en 2008 le sous-secrétaire d'Etat américain Thomas Shannon, “d'une certaine manière, nous mettons un bouclier autour de l'Alena” [Alliance de libre échange nord-américain, traité entré en vigueur en 1994 instituant une zone de libre-échange entre les Etats-unis, le Canada et le Mexique, ndlr].

Mais ce que ne dit pas M. Shannon, c'est que ce “bouclier” laisse sans protection les migrants et les travailleurs pauvres. Pire : il en fait des cibles. »

Au mois de juin dernier, la ministre la Justice mexicaine, Marisela Morales, a affirmé que la protection de la frontière sud du Mexique était une question de sécurité nationale, car pour elle :

« Le flux de personnes et de marchandises qui entre illégalement au Mexique et la délinquance que cela génère appelle une coordination renforcée au niveau institutionnel afin d'améliorer la vigilance, la sécurité et le respect des droits de l'homme. »

« Les droits des migrants continuent d'être violés »

Mais Christine Kovic explique ce qu'il faut entendre derrière les mots de la ministre :

« Dire que les immigrés sans-papiers qui passent par la région font partie d'un “flux illégal”, c'est considérer qu'ils n'ont pas de droits, c'est les voir principalement comme des délinquants.

Cette vision des choses explique en partie pourquoi les actions menées par les Etats-unis, le Mexique et les gouvernements des Etats de l'Amérique centrale conduisent à des violations des droits de l'homme.

Ces gouvernements, ainsi que les multinationales, créent les conditions qui poussent les gens à l'émigration clandestine. Les mesures de sécurité, c'est-à-dire les points de contrôle sur les autoroutes ainsi que le long de la frontière entre le Mexique et les Etats-unis, conduisent les gens à voyager dans des conditions extrêmement dangereuses, ce qui crée un marché pour les passeurs.

Et au final, comme les responsables de ces actes ne sont jamais poursuivis, les droits des migrants continuent d'être violés. »

Deborah Esch, traduit par Ange Pambou en partenariat avec Global Voices sur Rue89

Remise en liberté d'une jeune Somalienne en rétention avec son bébé

Une jeune Somalienne placée en rétention à Rennes cette semaine avec son bébé de six mois a retrouvé samedi la liberté par une décision judiciaire, même si elle risque toujours une reconduite à la frontière, a-t-on appris samedi auprès de militants des droits de l'homme, et de la préfecture d'Ille-et-Vilaine.

Saisi par la jeune Somalienne, le juge des libertés et de la détention de Rennes (JLD) a considéré que la rétention n'était pas compatible avec la situation de cette jeune femme, mère d'un enfant de six mois, selon ces sources. "Elle a fait valoir à l'audience qu'elle avait du apporter les couches et le biberon", et le juge a considéré qu'une rétention dans ces conditions était "un traitement dégradant" a expliqué Carole Bohanne, une militante des droits de l'homme rennaise. Le parquet n'a pas fait appel de la décision, permettant ainsi à la jeune femme, arrêtée jeudi à Angers (Maine-et-Loire) de recouvrer immédiatement la liberté.

RESF et le MRAP se sont mobilisés pour la jeune femme, rappelant la situation humanitaire catastrophique en Somalie. "Alors que les appels aux dons se multiplient pour tenter de faire face à la crise alimentaire en Somalie, le gouvernement français n'hésite pas à enfermer une mère et son bébé pour les renvoyer dans un pays ravagé par la guerre civile, alors que sa demande d'asile n'a pas fini d'être examinée", ont déploré les deux associations.

La décision du juge des libertés ne change toutefois rien à la situation sur le fond de la jeune femme, arrivée en France en mai 2010, et qui peut à tout moment être reconduite à la frontière. Déboutée en mai 2011 de sa demande d'asile, elle a fait appel de cette décision, selon l'avocate qui l'a défendue samedi, Me Gaelle Le Strat. Mais l'appel n'est pas suspensif. En effet, sa procédure de demande d'asile a été placée en procédure prioritaire, sans droit au séjour pendant l'examen de la demande, du fait de l'impossibilité de l'identifier par une prise d'empreinte, selon les associations qui la soutiennent.

Cette absence d'empreinte est assimilée à une fraude par l'administration. Mais elle résulte du fait que la jeune femme en Somalie vendait du khat, cette plante euphorisante très consommée dans la région, souligne de son côté Me Le Strat. Les feuilles de khat ont un effet très "abrasif" sur les mains de ceux qui les manipulent, a-t-elle expliqué.

AFP

Obligées d’ôter leur foulard le jour de leur mariage

Mme Ben Ahmed Fatiha, 8e adjointe, en charge des questions environnementales au sein de la ville de Lyon, élue à la région Rhône-Alpes et membre du groupe Europe écologie les Verts, a célébré le 9 juin dernier le mariage d’un couple.

Coup de théâtre : la jeune mariée s’est vu refuser par l’élue en question la célébration de son mariage. La cause ? Le voile (le foulard pour être exact) qu’elle portait n’a visiblement pas été du goût de Mme Ben Ahmed Fatiha. Pourtant, il ne s’agissait pas d’un voile intégral (c’était juste un hijab) dans lequel son visage était parfaitement visible. Ecœurée, la jeune femme a fini par céder et retirer son hijab devant l’intransigeance de Mme Ben Ahmed. Néanmoins, la jeune mariée est, depuis, profondément blessée d’avoir vu le plus beau jour de sa vie gâché. Ce jour-là, une autre jeune mariée connaîtra la même mésaventure. En réaction à cette atteinte, les associations «La Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI)», «Cocktail du 9e» et «Peuples d’Ici et d’Ailleurs» ont dénoncé très fortement «l’attitude intolérable et inadmissible» de cette élue. Ne voulant pas en rester là, ces mêmes ONG ont sollicité des personnalités politiques de tous bords de prendre position contre cet acte antirépublicain et faire en sorte qu’une telle atteinte ne se reproduise pas. Plusieurs actions ont été engagées pour soutenir la jeune mariée.

A titre d’exemple, un rassemblement a eu lieu le 22 juin 2011 à 19h devant la mairie du 9e arrondissement de Lyon. L’événement a eu lieu au moment de la réunion du conseil municipal. Face à cela, des personnalités politiques ont tenté d’influencer l’opinion publique et de faire croire que ces dénonciations sont l’œuvre d’organisations islamistes «pro voile». Or, les structures desquelles elles (dénonciations) émanent («La Coordination contre le racisme et l’islamophobie», «Cocktail du  9e» et «Peuples d’Ici et d’Ailleurs») sont foncièrement laïques de par leurs buts et leurs objectifs.

A ce propos, l’on regrette que Mme Ben Ahmed ait bénéficié, particulièrement dans cette affaire, du soutien actif du préfet de région. «La Coordination contre le racisme et l’islamophobie dénonce le dérapage et le soutien inacceptables du préfet de la Région Rhône-Alpes, Monsieur Jean François Carenco, qui a envoyé une lettre de soutien le 27 juin 2011 à l’élue d’Europe Ecologie Les Verts de Lyon 9e, Madame Fatiha Ben Ahmed qui a exigé le dévoilement de deux citoyennes de confession musulmane le jour de leur mariage, en totale contradiction avec la loi (…)», s’indignent les animateurs de la CRI dans un communiqué rendu public quelques jours après le déroulement des faits.

Les associations Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), Cocktail du 9e et Peuples d’Ici et d’Ailleurs préviennent, dans un communiqué adressé hier à notre rédaction, qu’il continueront à lutter contre cette forme d’exclusion et qu’elles se mobiliseront à nouveau dès la rentrée pour reposer le problème de la mairie du 9e arrondissement de Lyon.

El Watan