jeudi 24 juin 2010

Les nouvelles routes de la Méditerranée

Les patrouilles maritimes de l’agence Frontex et la coopération controversée avec la Libye portent leurs fruits : les migrants traversent moins la Méditerranée pour venir en Europe. Mais d'autres routes sont tracées, créant de nouvelles situations d’urgence. Un article signé Elise Vincent dans le Monde.

Grèce garde-côte

C'est un étrange été migratoire qui s'annonce. Un été où les images de migrants entassés à bord d'embarcations de fortune à l'assaut des rives européennes pourraient être beaucoup moins nombreuses qu'elles ne l'ont été ces dernières années, à en croire les derniers chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui fait état d'une baisse des arrivées de bateaux comprise, selon les destinations, entre 50 % et 95 % sur la période 2009-2010.

Ainsi Malte, il y a encore trois ans, du fait de sa superficie et sa forte densité, était confrontée à une grave crise à cause de l'arrivée, chaque été, de 1 500 à 3 000 migrants. Or, depuis mars, après une baisse de 50 % entre 2008 et 2009, pas une embarcation ne s'est échouée sur ses côtes, d'après les autorités maltaises. Au point qu'en avril, l'île a annoncé son retrait des opérations conjointes menées avec l'Agence européenne aux frontières extérieures (Frontex). La baisse est aussi spectaculaire en Italie, notamment sur l'île de Lampedusa. Selon l'antenne du HCR basée à Rome, les dernières estimations font état d'une baisse de 94 % entre 2009 et les six premiers mois de 2010. Comme ailleurs, la baisse s'est globalement amorcée en 2006. Cette année-là, 22 000 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes depuis l'Afrique du Nord. En 2007, ils n'étaient plus que 19 900 et en 2009, seulement 8 700

Depuis son entente avec l'Italie, la Libye contrôle ses frontières

La baisse est enfin conséquente en Espagne. Selon l'antenne madrilène du HCR, elle est de l'ordre de 50 % entre 2008 et 2009. En 2006, 39 000 migrants avaient réussi à accoster sur les différentes côtes ibériques, notamment aux Canaries et aux Baléares. En 2007, ils n'étaient plus que 18 000 et en 2008, seulement 13 400. Des chiffres qui ont un impact sur la France, d'après le directeur de la police centrale aux frontières, Frédéric Perrin. Selon lui, la ”pression migratoire” est en baisse dans le Calaisis et sur l'axe ferroviaire Vintimille-Paris, qu'empruntent les migrants en provenance d'Italie. Les interpellations ont chuté de 20 % depuis le début de l'année. Parmi les causes de ces revirements, il y a Frontex. Les patrouilles navales n'ont cessé d'augmenter en nombre et en efficacité ces dernières années, notamment du fait d'accords bilatéraux avec les pays dits ”sources” de migrants. La crise économique est aussi passée par-là.

L'un des acteurs-clés de ce bilan reste toutefois la Libye. Alors qu'elle était devenue l'un des principaux pays de transit, en particulier vers l'Italie, elle a renforcé le contrôle de ses frontières depuis le printemps 2009 et l'entrée en vigueur d'un accord diplomatique avec le gouvernement de Silvio Berlusconi. Un accord où l'Italie, outre qu'elle a signé un chèque de 5 milliards d'euros à la Libye, a reconnu son rôle dans les dommages infligés aux Libyens lors de la période coloniale. Depuis, ces derniers ont signé un contrat de 300 millions d'euros avec une société italienne d'équipements de sécurité - notamment infrarouges - pour contrôler sa frontière sud. Ils se sont aussi engagés dans des pourparlers avec l'Union européenne. Le 9 juin, un ”programme indicatif” doté de 60 millions d'euros a été signé avec des clauses sur la maîtrise de l'immigration clandestine.

La Turquie : nouvelle grande porte d'entrée en Europe

Tous ces chamboulements redessinent la carte des migrations méditerranéennes. Les flux se sont décalés vers l'Est et la nouvelle grande porte d'entrée en Europe est désormais la Turquie. D'après le bureau du HCR à Istanbul, les autorités turques ont arrêté quelque 70 000 migrants en situation irrégulière, en 2009. Un chiffre énorme, mais qui ne reflète qu'une partie de la réalité. Difficile de savoir s'il s'agit d'un ”report” migratoire. Les migrants qui arrivent en Turquie sont souvent afghans, somaliens ou érythréens et non pas originaires d'Afrique de l'Ouest. D'après les ONG, nombreux sont ceux coincés au Maghreb dans l'attente de jours meilleurs. Les Marocains, eux, n'ayant pas besoin de visa pour se rendre en Thaïlande, contourneraient en partie le problème via des vols Maroc-Bangkok-Istanbul.

Depuis la Turquie, deux routes principales se sont en tout cas constituées. Une "route nord", qui passe par la Bulgarie, la Roumanie et file vers l'Europe du Nord. Et une "route sud”, via la Grèce, direction l'Italie, la France, l'Espagne...

Dans cette nouvelle configuration, la Grèce a du mal à faire face. En 2008, selon le bureau du HCR à Athènes, près de 150 000 migrants ont été arrêtés pour entrée et séjour illégal sur son territoire, soit 75 % du total européen, contre 50 % en 2008. Depuis le début de l'année, les chiffres montrent aussi que la voie terrestre est privilégiée aux dépens de la voie maritime.

L'une des grandes inquiétudes des ONG et du HCR dans ce nouveau paysage reste toutefois le sort des demandeurs d'asile. La Grèce est le pays d'Europe qui accorde le moins le statut de réfugié. Quant à la Turquie, elle ne l'accorde pas aux migrants non ressortissants de l'Union européenne.

Expulsion des étrangers: procédure humiliante dénoncée

L'ONG «augenauf» exige l'arrêt des renvois forcés avec des vols spéciaux. Ces expulsions sont méprisantes et traumatisantes pour les personnes renvoyées, a indiqué jeudi l'association alémanique de défense des droits humains.

Extrait du journal de la TSR

Vote sur les minarets abrogés ?

Le Conseil de l’Europe exhorte la Suisse à revenir sur l’interdiction des minarets, qu’il juge discriminatoire envers les musulmans.

Les parlementaires du Conseil de l’Europe ont demandé hier à la Suisse d’abroger l’interdiction de construire des minarets, approuvée en novembre dernier par le peuple. Selon eux, cette interdiction discrimine les musulmans vivant en Suisse.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a demandé à la Suisse «d’adopter un moratoire sur son interdiction générale de construction des minarets». La recommandation, approuvée par 89 voix sans opposition, affirme que «la construction des minarets doit être possible, au même titre que celle des clochers, dans le respect des conditions de sécurité publique et d’urbanisme», précise le texte.

Les Suisses ont suivi

Les cinq parlementaires suisses qui siégeaient à Strasbourg ont tous approuvé au vote final la recommandation. Y compris André Bugnon (UDC/VD), dont le parti soutenait l’initiative antiminarets. Les parlementaires suisses ont fait une proposition de modification, qui a été rejetée par 59 voix contre 51. Plutôt que d’exiger un moratoire et une levée de l’interdiction de construire des minarets, ils demandaient que l’APCE fasse seulement part de sa préoccupation face au résultat de la votation.

ATS

Minarets: une voix pour l’abrogation

minarets abrogation Trouvé sur le teletext

mercredi 23 juin 2010

Premier président noir d’un conseil communal

En accédant hier soir à la présidence de l’organe délibérant de Moudon, Oscar Nkezabera entre dans l’Histoire vaudoise: c’est le premier homme de couleur à accéder à une telle fonction.

Oscar Nkezabera

Le 1er Août, c’est lui qui portera le toast à la patrie devant la population de Moudon. A 46 ans, Oscar Nkezabera a été élu hier soir au perchoir de sa commune. Le 1er juillet, il deviendra ainsi le premier citoyen de l’ancienne capitale des Etats de Vaud. Tout un symbole pour cette petite ville qui cultive l’intégration de ses communautés. Rwandais d’origine, arrivé en Suisse à l’âge de 22 ans dans le cadre d’une mission catholique, ce fervent pratiquant est le premier homme de couleur à accéder à cette place dans le canton.

«C’est formidable, ça montre que la politique d’intégration de Moudon porte ses fruits!» s’exclame Nicole Grin, secrétaire de l’Union des communes vaudoises (UCV).

Un honneur? «Forcément, ça me fait plaisir, répond Oscar Nkezabera. Mais je ne me sens pas porte-parole de grandes causes ou de grands discours multiculturels pour autant. Politiquement, je m’investis essentiellement sur le plan local. C’est là qu’il y a du travail à faire.» Ses causes? Les minorités, la jeunesse désœuvrée ou les retraités aux revenus modestes. «C’est dans ma nature, je prends toujours le parti des plus faibles. Ce sont eux qu’il faut aider.»

Intégration résolue

L’investissement de soi, c’est la meilleure forme d’intégration qu’il a trouvée. Et de citer un dicton rwandais: «Si tu vas chez quelqu’un où on mange des mouches, tu les manges aussi crues. En arrivant en Suisse, c’est ce que j’ai fait. Je me suis intégré aux us et coutumes. C’est moi qui suis allé à la rencontre des autres. Il n’y a qu’à me regarder… je ne pourrai jamais cacher que je suis étranger», lâche-t-il dans un sourire. L’homme a de l’humour, joue avec les mots. «Je suis un homme de transparence, je suis très clair là-dessus (rire s).»

Technicien en informatique, marié, père de quatre enfants, Oscar Nkezabera a été naturalisé par son mariage. Entré au Conseil communal en 2004 en cours de législature, il a été brillamment réélu en 2005. C’est lui qui s’est intéressé à la politique. «J’avais envie de faire quelque chose pour ma commune. Je suis allé suivre des séances d’information, je me suis renseigné. Je n’ai pas attendu que l’on vienne me chercher.»

Forcément, au groupe Suisses-étrangers de Moudon, on se frotte les mains. D’autant qu’un autre homme de couleur, le Somalien Diiriye Khayre Yusuf, siège au parlement communal. «Dans une commune qui compte 40% d’étrangers et plus de soixante nationalités, l’élection d’Oscar est un symbole très fort», se réjouit David Gun, du comité.

«Sagesse africaine»

A la Commission de gestion et des finances, où il siège encore, Oscar Nkezabera est vu comme un conseiller «compétent et sérieux». Dans les rangs du PS, on apprécie ses interventions: «C’est un homme de consensus. Oscar a l’art de remettre l’église au milieu du village. Il porte un autre regard sur les choses. Un peu de sagesse africaine sans doute. Et ça nous apporte beaucoup .»

CHRISTIAN AEBI dans 24 Heures

Les migrants, victimes “d’alliances inhumaines”

L’Union européenne et les pays d’Afrique du Nord ont mis en place un partenariat pour barrer la route aux migrants du Sud en quête d’avenir. Une stratégie à haut risque, affirme Amnesty International à l’occasion de la sortie de son rapport sur la Libye. Interview.

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Pour marquer leur différence sur la scène internationale, les pays européens - dont la Suisse - invoquent régulièrement les valeurs humanistes et le droit. Une référence le plus souvent écornée par des mesures prises à l’encontre des migrants venus d’Afrique et d’Asie.

Année après année, les pays de l’Union européenne (UE), tout comme la Suisse, durcissent leurs politiques à l’égard de ces ressortissants extra-européens, bâtissant, selon les défenseurs des droits de l’Homme, une «forteresse Europe».

En outre, quand les ministres européens et suisses démarchent pour leurs entreprises nationales dans ces pays, ils mettent le plus souvent la sourdine sur les droits humains dans leurs accords de libre-échange ou veillent insuffisamment au respect des clauses en la matière. L’enlèvement des hommes d’affaires Max Göldi et Rachid Hamdani a aussi été le résultat de ces inconséquences, selon Amnesty International.

Revue de détail avec Manon Schick, porte-parole de la branche suisse d’Amnesty international, à l’occasion de la sortie d’un nouveau rapport de l’ONG britannique sur la Libye, un acteur clé dans cette politique migratoire.

swissinfo.ch: En matière de non respect des droits de l’homme, la Libye est-elle au même niveau que les autres pays d’Afrique du Nord ou la situation y est-elle bien pire?

Manon Schick: Nous recensons des violations des droits humains dans l'ensemble des pays d'Afrique du Nord. La Tunisie, l'Algérie et le Maroc ont cependant aboli en pratique la peine de mort et ratifié la Convention sur la protection des réfugiés. La liberté d'expression subit toutefois de graves restrictions dans tous ces pays et la lutte contre le terrorisme est source de graves violations des droits humains, de détentions arbitraires et de procès inéquitables.

Les personnes qui critiquent les autorités font l'objet d'arrestations, de procès inéquitables et de condamnations. A des degrés divers, les pays du Maghreb ont beaucoup de peine à faire la lumière sur les graves violations des droits humains commises par le passé telles que les disparitions forcées. En bref, l'impunité est largement répandue.

Manon Schick, porte-parole d'Amnesty International.

swissinfo.ch: Sur le plan des migrations Sud-Nord, quelles conséquences ont ces politiques contraires aux droits humains?

M.S.: Les migrants sont harcelés partout dans ces pays et font l'objet de graves violations des droits humains. Détentions, mauvais traitements, refoulements vers leur pays d'origine voire même la mort sont monnaie courante sur le chemin qui mène vers l'Europe.

La «spécificité» libyenne est de détenir des migrants dans des camps, pour des durées illimitées, sans que l'Union européenne ne réagisse, alors que ce pays n'a même pas ratifié la Convention des réfugiés et que la Libye vient d'expulser le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

swissinfo.ch: L’Union européenne est engagée dans un partenariat avec ces pays pour contrôler, voire empêcher ces flux migratoires. Cette alliance constitue-t-elle un filet de sécurité pour le respect des droits des migrants?

M.S.: Ce partenariat se fait au mépris de la situation des droits humains qui règne sur place et favorise les violations des droits humains à l'égard des migrants qui tentent de fuir vers l'Europe. L'Europe n'intervient pas avec la rigueur nécessaire de peur de perdre ses alliés qui arrêtent largement le flux migratoire en provenance du Sud. Le coût humain de ces alliances inhumaines est énorme.

swissinfo.ch: La question migratoire pèse-t-elle plus lourd que les intérêts économiques, en particulier pétroliers?

M.S.: Les deux sont d'importance. Prenons l'Italie: elle a réussi à endiguer le flux migratoire qui déferlait sur ses côtes en passant un accord avec la Libye. Mais elle a aussi de très importants échanges commerciaux avec ce pays. Les intérêts tant économiques que migratoires font que l'Italie ferme les yeux sur la situation des droits humains en Libye.

swissinfo.ch: L’enlèvement des deux hommes d’affaires suisses par la Libye peut-il servir d’avertissement aux entreprises occidentales en affaire avec des pays qui violent gravement les droits humains ou la Libye est-elle un cas particulier?

M.S.: Cet exemple montre que l'arbitraire ne s'arrête pas aux frontières d'un pays qui en commet beaucoup et que la situation peut virer d'un jour à l'autre pour n'importe quelle personne dans un tel pays, et ceci indépendamment de sa nationalité. Avec un Etat arbitraire, toute personne peut devenir l'objet d'enjeux politiques, soit internes soit externes. Cela dit, les chances de s'en sortir sont bien plus grandes pour les personnes en provenance du Nord que pour celles du pays même ou du Sud.

swissinfo.ch: La Suisse continue d’affirmer la centralité des droits humains dans sa politique étrangère. Se distingue-t-elle de ses voisins européens?

M.S.: Comme ses voisins, la Suisse tente d'exporter le «problème» migratoire et de repousser les responsabilités vers les autres pays. Comme elle n’a pas de frontières directes avec l'Afrique du Nord, les renvois des «étranger indésirables» se font vers les autres pays qui ont adhéré aux accords de Dublin.

En agissant ainsi, la Suisse ne prend pas en compte la possibilité que ces pays renvoient des personnes persécutées. C'est de l'hypocrisie. On ne peut pas gérer les migrations mondiales en ne tenant compte que de ses intérêts nationaux.

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Frédéric Burnand, Genève, swissinfo.ch

mardi 22 juin 2010

Les étrangers de Suisse représentent 21 % de la population

A la fin 2009, 1'680'197 étrangers résidaient en Suisse, ce qui représente 21,6% de l'ensemble de la population. Plus de 60% proviennent de l'UE/AELE. L'immigration des pays européens a augmenté de 3,9% par rapport à 2008, alors que le nombre de ressortissants d'autres pays a progressé de 0,3%.

Les 1,68 million d'étrangers résidant en Suisse ne comprennent ni les quelque 27'000 fonctionnaires internationaux, ni les 48'000 personnes titulaires d'une autorisation de séjour de moins de 12 mois, ni les 40'319 personnes en procédure d'asile.

La plus grande part des ressortissants étrangers provient d'Italie avec 298'111 personnes (17,7%). Viennent ensuite les Allemands avec 250'471 personnes (14,4%) et les Portugais avec 205'255 personnes (12,2%).

En comparaison avec l'année précédente, la plus grande croissance concerne les ressortissants du Kosovo. Cela s'explique notamment par le grand nombre de Kosovars résidant en Suisse qui se sont fait enregistrer sous la nationalité kosovare. Corollaire de cette hausse, le nombre de ressortissants serbes a nettement diminué (-31'093).

En 2009, 90'215 ressortissants d'Etats membres de l'UE/AELE ont immigré en Suisse, dont près de 63% afin d'y exercer une activité lucrative.

L'an dernier, 44'948 personnes ont par ailleurs obtenu la nationalité suisse, soit 357 de moins qu'en 2008. Le nombre de requérants d'asile s'est élevé quant à lui à 16'005, ce qui représente une diminution de 3,6% (-601) par rapport à l'année précédente.

ATS

dimanche 20 juin 2010

En 2008, un réfugié sur quatre était afghan

A l’occasion de la journée des réfugiés, le 20 juin, le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR) publie son bilan annuel.

 
©PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/XAVIER DE FENOYL/MAXPPP Familles kurdes accostées en Corse et placées au centre de rétention de Cornebarieu, près de Toulouse en janvier 2010.
©PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/XAVIER DE FENOYL/MAXPPP
Familles kurdes accostées en Corse et placées au centre de rétention de Cornebarieu,
près de Toulouse en janvier 2010.

Le terme réfugié recouvre plusieurs réalités. En 2008, les 67 millions de personnes qui ont quitté leur région ou leur pays ne l’ont pas fait pour les mêmes raisons : 25 millions ont été poussés à partir pour des raisons climatiques et 42 millions d’autres ont fui les violences et la misère : 16 millions ont franchi des frontières et 26 millions se sont installés dans d’autres régions de leur propre pays.

Un réfugié sur quatre était Afghan

Cette population diverse, comparable à celle de la France, a tout quitté pour tenter de renaître. Des conditions insoutenables ont poussé 2,8 millions d’Afghans et près de deux millions d’Irakiens à fuir. Essentiellement au Pakistan et en Iran, pour les premiers, et en Syrie, en Jordanie et au Liban pour les seconds. En d’autres termes, il y a deux ans, un réfugié sur quatre venait d’Afghanistan.

Plusieurs pays d’Afrique centrale ont vu partir leurs ressortissants par centaines de milliers : La Somalie (560 000), le Soudan (419 000), la République démocratique du Congo (368 000). L’Amérique latine même : 374 000 Colombiens ont laissé leur pays derrière eux. Qui se souvient que 15 millions de Chinois ont dû aller se reloger ailleurs après le tremblement de terre dans le Sichuan ?

Moins de 1 % des réfugiés demande asile aux pays industrialisés

Toujours en 2008, les quatre-cinquièmes des réfugiés se sont installés dans des pays pauvres, parfois plus pauvres que celui qu’ils ont laissé derrière eux : le Pakistan, voisin oriental de l’Afghanistan, (1,8 million), la Syrie (1,1 million), l’Iran (I million). La moitié d’entre eux sont venus grossir des zones urbaines et un tiers a été accueilli dans des camps.

840 000 d’entre eux ont déposé une demande d’asile dans 154 pays.

383 000 demandes d’asile s’adressaient aux pays industrialisés. Soit moins de 1 % des réfugiés non climatiques.

En 2009, la France a délivré 10 373 cartes de réfugiés.

Trouvé sur le site du Secours Catholique

samedi 19 juin 2010

Seulement 251’000 réfugiés dans le monde sont revenus à leur foyer cette année

A l’occasion du Jour international de réfugiés, marqué le 20 juin, le Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés, Antonio Guterres a averti que le retour des personnes à leurs foyers est de plus en plus difficile, en raison des conflits de plus en plus longs dans le monde. Le nombre de réfugiés dans le monde est resté relativement le même et il s’élève à 15,2 millions, dont seulement 251 000 réfugiés sont revenus à leurs foyers, a déclaré Guterres en présentant le rapport sur les tendances dans le monde en 2009. Selon lui, c’est le niveau le plus bas de retour volontaire de réfugiés au cours des 20 dernières années.

Trouvé sur Radio Srbija

Point de salut pour les Irakiens au Liban

Arrestations, détentions arbitraires, expulsions. Les Irakiens qui fuient leur pays et cherchent refuge au Liban ne sont pas au bout de leurs peines. Traités comme des immigrants illégaux, ils vivent dans la crainte d'être arrêtés une fois leur visa expiré. Quand ils en ont un, rapporte notre correspondante. Un article signé Janie Gosselin dans la Presse, Québec.

Irakienne réfugiée Liban

Amal a fui Bagdad avec ses trois plus jeunes enfants. Elle s'est installée à Sid el-Bouchrieh, en banlieue de Beyrouth, où vivent de nombreux Irakiens. Comme elle, la plupart prennent leur mal en patience. Ils espèrent s'envoler pour les États-Unis, le Canada ou l'Australie, un statut de réfugié en poche.

Ses enfants, âgés de 5 à 14 ans, ne vont pas à l'école. Sa fille de 12 ans reste avec son jeune frère pendant qu'elle travaille comme femme de ménage. Le plus vieux, Fadi, travaille dans une usine non loin de la maison. «J'ai très peur pour lui, je le surveille sans cesse», dit-elle.

Car les jeunes hommes d'origine irakienne sont surreprésentés au centre de détention de la Sûreté générale. Plus fréquemment contrôlés par les autorités, ils risquent davantage de se faire arrêter, faute de papiers en règle.

Il y aurait un peu plus de 45 000 Irakiens au Liban, selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). La majorité d'entre eux sont en situation illégale. Ils risquent la prison s'ils sont interpellés par les autorités.

Le Liban n'est pas signataire de la Convention sur les réfugiés. Il n'accorde aucun statut particulier à ceux qui fuient les violences et les persécutions. Seuls les réfugiés palestiniens bénéficient d'une loi leur permettant de demeurer au pays, sous certaines restrictions.

«En général, il n'y a pas de politique pour arrêter les Irakiens systématiquement, note toutefois Nadim Houry, directeur de Human Rights Watch au Liban. Mais il y a quand même des arrestations régulièrement. Les autorités ne veulent pas qu'ils se sentent trop confortables, ils maintiennent le sentiment d'insécurité.»

La prison ou l'Irak

Une centaine d'Irakiens sont actuellement détenus. Au début de 2008, ils étaient plus de 600. Une amnistie temporaire a permis d'en libérer un grand nombre.

Le Liban a ratifié la Convention contre la torture et ne peut renvoyer contre leur gré des étrangers vers un pays où ils risqueraient des mauvais traitements. Plusieurs Irakiens restent emprisonnés bien au-delà de leur peine, faute de solution de rechange. D'autres consentent à retourner dans leur pays, pour échapper à leurs conditions de détention. Une situation que dénoncent les organismes de défense des droits humains.

Dernièrement, six jugements favorables aux détenus irakiens ont été rendus contre l'État libanais. Il y a une dizaine de jours, un juge s'est prononcé en faveur de deux détenus irakiens. Il a condamné l'État à leur verser une compensation financière de 7 millions de livres libanaises chacun (4775$), une première.

«C'est sûr que c'est une victoire, qui montre l'indépendance des juges, souligne leur avocat, Nizar Saghieh. Sauf que les jugements ne sont pas exécutés.»

Les détenus qui ont eu gain de cause en décembre, par exemple, sont toujours emprisonnés. Ils avaient été condamnés à un ou deux mois de prison. Ils y sont maintenant depuis plus d'un an et demi.

Travail au noir

Malgré l'insécurité, des centaines d'Irakiens continuent de choisir le Liban. Il y est plus facile de travailler au noir qu'ailleurs dans la région. La politique et la religion peuvent aussi être des facteurs - la majorité des derniers arrivants sont chrétiens.

L'UNHCR tente de convaincre le gouvernement d'assouplir ses règles et de permettre un asile temporaire. Un comité interministériel qui se penche sur la question des réfugiés irakiens a été formé en avril dernier.

Plus de 8000 Irakiens sont actuellement enregistrés au UNHCR. Cela n'empêche pas leur arrestation, mais rend possible leur relocalisation et leur donne accès à plusieurs services, comme l'éducation et le suivi médical.

L'organisme Caritas coordonne les activités pour les Irakiens dans ses six centres. «Nous visons surtout les familles les plus vulnérables, explique Isabelle Saadé, coordonnatrice responsable du programme pour les Irakiens. Nous leur offrons un suivi médical et scolaire, notamment.»

Rêver d'Australie

Mais faute d'une loi au Liban et en l'absence d'une paix prochaine en Irak, la seule solution durable reste pour l'instant le transfert dans un pays tiers.

«Nous essayons de reloger le plus d'Irakiens possible vers un autre pays, parce qu'au Liban, l'intégration locale n'est pas une option. Le rapatriement n'est pas possible pour la plupart des Irakiens non plus. Il ne reste donc que la relocalisation», précise Laure Chedrawi, porte-parole de l'UNHCR au Liban.

Amal est bien consciente de la situation. Elle ne rêve que d'une chose: rejoindre son aînée, mariée et installée en Australie. «Je ne veux plus jamais retourner en Irak, dit-elle. Les enfants ont peur. Je n'ai plus rien là-bas. Je préfère aller chez ma fille.»