mardi 28 septembre 2010

Sans pitié avec les sans-papiers

Premier examen à l’Assemblée du projet de loi sur l’immigration. Un texte durci cet été, en pleine polémique sur les Roms.

Manifestation de sans-papiers le 17 avril 2010 à Paris.

Manifestation de sans-papiers le 17 avril 2010 à Paris. (© AFP Fred Dufour)

Les associations y voient «une atteinte inégalée aux droits des étrangers». Cet après-midi débute l’examen en première lecture à l’Assemblée nationale du projet de loi relatif à l’immigration, à l’intégration et à la nationalité. A l’origine, ce texte visait à transcrire, en droit français, plusieurs directives européennes. L’une d’elles dite «directive retour», a suscité la polémique car elle ouvre «la possibilité» d’assortir une décision d’expulsion d’«une interdiction de retour» sur le territoire européen. Les associations parlent de «bannissement».

Au-delà, le gouvernement a apporté une série d’amendements restreignant encore les droits des migrants. Le débarquement, en janvier, de 123 clandestins kurdes syriens sur une plage corse, a donné à Eric Besson l’occasion de satisfaire une ancienne demande de Nicolas Sarkozy. A plusieurs reprises, le chef de l’Etat avait souhaité une fusion des juridictions administrative et judiciaire, au détriment de la seconde, jugée trop libérale, devant lesquelles comparaissent les étrangers en situation irrégulière. Les Kurdes ayant été remis en liberté après avoir été placés en rétention, ce qui leur a permis d’échapper à l’expulsion, le ministre de l’Immigration a décidé de sévir en réduisant le pouvoir du juge judiciaire (lire ci-contre).

«Surenchères». D’autres articles, comme celui sur la déchéance de la nationalité, ou les entraves à la libre circulation des Roms, sont la traduction du discours prononcé par Nicolas Sarkozy, le 30 juillet, à Grenoble. Résultat, de 86 articles lors de sa présentation en Conseil des ministres, le 31 mars, le projet de loi en compte 107 aujourd’hui.

A l’Assemblée nationale, le gouvernement devrait rassembler une majorité pour voter ce texte. Sur les 314 députés du groupe UMP, il ne s’en trouvera sans doute que quelques dizaines pour contester ouvertement la copie d’Eric Besson. La fin du quinquennat approche, et avec elle l’angoissante question de la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012. Les députés de droite vont donc serrer les rangs même s’ils sont «nombreux», comme le confiait hier l’un d’eux à Libération, à être «mal à l’aise avec les surenchères de certains ministres». Les plus téméraires devraient se faire entendre, ce matin, à l’occasion de leur réunion hebdomadaire à huis clos. Mais l’exécutif peut compter sur le président du groupe UMP, Jean-François Copé - supporteur inconditionnel du discours de Grenoble et de ses déclinaisons législatives -, pour canaliser cette opposition marginale.

Outre une poignée de villepinistes, la loi Besson n’est contestée, chez les députés UMP, que par Nicole Ameline, Etienne Pinte et Lionel Tardy. La première, en désaccord avec les dispositions sur la déchéance de la nationalité, menace de ne pas voter ce texte qui «fait une place trop large à la répression». «J’appartiens à une famille humaniste et il faut que nous ayons une démarche équilibrée», a-t-elle déclaré jeudi lors des journées parlementaires de Biarritz. Etienne Pinte pousse à l’extrême l’opposition de la droite sociale et catholique : en découvrant cet été les images d’expulsions, il dit avoir pensé au «Vel d’Hiv». «Ils n’étaient pas déportés vers la mort, seulement vers leurs misères.» Lionel Tardy fonde son opposition sur le «risque d’inconstitutionnalité» qui justifie, selon lui, les amendements de suppression sur une dizaine d’articles. L’Assemblée nationale devrait balayer tout cela.

Contestation. La loi Besson devra ensuite être débattue au Sénat, où la contestation au sein de la droite est beaucoup plus puissante. A l’image de l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, on s’inquiète, dans la Haute assemblée, de la «droitisation» de la majorité. Concernant la loi sur l’immigration, le sénateur Jean-René Lecerf, vice-président de la commission des lois, prévient qu’il ne laissera pas passer «ce qui relève de l’affichage». Il aura fort à faire.

 Alain Auffray et Catherine Coroller dans Libération

samedi 25 septembre 2010

La migration, ça sent bon

Vingt-quatre femmes migrantes de l'association Recif racontent leur vécu et livrent leurs meilleures recettes de cuisine dans un livre-témoignage.

Elles s'appellent Adina, Analine, Béatrice, Dora, Eunice, Eva, Eman, Hadda, Entisar, Isabelle, Ji-Hye, Khush, Luz Stella, Maria Eugenia, Marianela, Nour, Récea, Saadia, Sandra, Selvi, Thao, Tsovik, Venia et Zyrafete. Ces vingt-quatre femmes viennent des quatre coins du monde, et ont uni leurs cultures et leurs histoires dans un livre sur le thème de la migration. Et comme ce thème doit sentir bon en finalité, elles ont apporté les saveurs gustatives de leur pays d'origine, par le biais de recettes de cuisine.
«Femmes de coeur et d'épices», le livre verni jeudi soir dans un Club 44 de La Chaux-de-Fonds plein à craquer, est né d'une rencontre multiculturelle de l'association Recif, qui s'occupe des femmes migrantes dans le canton de Neuchâtel. Une discussion autour d'une table qui a débouché sur l'idée de mettre en commun des recettes de cuisine. «D'accord», leur a répondu Capucine Maillard, qui a présidé à la conception de l'ouvrage, «mais je souhaite que ce soit l'occasion de raconter vos histoires personnelles et votre vécu de la migration». Après de longues heures de rires, de larmes, de poses pour la photo et de remue-méninges, l'aventure de ces vingt-quatre migrantes trouve son résultat. Un livre illustré qui invite au voyage, dans l'assiette et dans les coeurs.
Tous les témoignages recueillis parlent donc de la douleur ressentie lors des premiers temps passés dans un pays d'accueil totalement inconnu. Ils évoquent l'isolement, avec «les pleurs devant la télé». Très vite, les migrantes expriment à leur manière leur façon «d'aller vers l'autre». A savoir le Suisse et sa réalité, en surmontant les chocs culturels, comme – pour Dora – l'apprivoisement de la fondue! Capucine Maillard se livre pour cela à un travail de «confiseuse d'histoires». Elle le fait par l'écoute de son propre vécu de migrante, de France en Suisse via la Roumanie.
Thomas Facchinetti, chef du service cantonal neuchâtelois de la cohésion multiculturelle, salue la démarche. «Dans les années 1960», rappelle-t-il, «le regard des Suisses sur les migrants était conditionné par des habitudes alimentaires différenciées. Le simple fait de cuisiner à l'huile d'olive était alors signe d'exclusion.» Ce n'est plus le cas aujourd'hui, même si les provenances très diverses et le plus grand brassage culturel rendent l'intégration plus complexe. Les vingt-quatre femmes racontent leur vécu en Suisse à leur manière. Les témoignages évoquent la quête du bonheur dans un nouvel environnement.
Capucine Maillard n'a pas voulu arrêter l'exercice à la sortie d'un livre. Ce «Femmes de coeur et d'épices» a déjà fait un petit, avec le projet d'un nouvel ouvrage invitant à prendre la route. Un «livre à la mer», conçu comme une bouteille lancée sur les vagues du monde, qui invite les globe-trotters à entrer dans la démarche de ces vingt-quatre migrantes. L'embarquement est immédiat...

Philippe Chopard dans le Courrier


Note : Femmes de coeur et d'épices », recettes et histoires de 24 femmes migrantes en Suisse, éditions G d'Encre, www.editions-gdencre.ch.

vendredi 24 septembre 2010

Des villes unies face au racisme

G Amarelle opinion tract Gabrielle Amarelle, déléguée à l’intégration de la ville de Lausanne, est l’invitée de la rubrique Opinions de 24 Heures.

Le tract diffamatoire à l’encontre des requérants d’asile distribué récemment dans un quartier lausannois est une preuve tangible supplémentaire que le racisme et la xénophobie sont présents dans notre vie quotidienne. Pourtant, depuis près de quarante ans, la ville de Lausanne investit de manière constante en matière d’intégration, afin de favoriser une meilleure cohésion sociale dans l’espace urbain.

Selon le dernier rapport d’évaluation externe, la situation en matière d’intégration à Lausanne peut être qualifiée de bonne. Cette qualification sans conteste positive est certainement aussi le résultat des efforts réalisés par la collectivité dans son ensemble. Pouvoirs publics, organismes spécialisés, associations: tous apportent leur contribution.

Cependant, la promotion de l’intégration n’est pas suffisante si elle ne comprend pas un axe ambitieux de lutte contre les discriminations et de prévention du racisme.

Ce n’est que depuis une dizaine d’années que la Suisse prend conscience que le racisme a un coût individuel et social. Le Conseil fédéral vient récemment de reconnaître que «peu de procès pour discrimination sont intentés. Pour que le droit en vigueur soit plus souvent appliqué, il faut que le public en ait une meilleure connaissance, qu’il s’agisse des victimes potentielles de discrimination ou de la société en général.»

Dans l’univers du travail, des loisirs, de l’école, des transports publics, du logement, le droit existant est souvent sans effet. Or, tous les jours, des personnes sont pénalisées dans la recherche d’un emploi ou ne bénéficient pas du même accès aux services en raison de leur couleur de peau, de leur nationalité ou de leur appartenance religieuse.

C’est précisément dans ces cas, évidemment les plus nombreux au quotidien, qu’il est important de pouvoir recourir aux instruments différenciés de prévention et d’intervention dans le but de contribuer à un changement d’attitude.

Proches des citoyens, les espaces urbains sont non seulement des lieux de confrontation, mais aussi des laboratoires privilégiés pour apprendre à vivre ensemble et pour prévenir le racisme. Les pouvoirs publics communaux disposent en général de l’autonomie de décision, des moyens d’intervention et des réseaux nécessaires pour passer du discours à la pratique .

La conférence nationale «Les villes s’engagent contre le racisme», organisée en ce jour par la Commission fédérale contre le racisme et le Bureau lausannois pour l’intégration des immigrés, vise justement à renforcer le réseau des villes engagées en la matière. C’est dans ce cadre que la ville de Lausanne présentera son programme de prévention du racisme.

Sensibiliser la population et prévenir le racisme, soutenir les victimes, observer et évaluer les discriminations, ainsi que promouvoir des pratiques équitables constitueront les quatre pôles concrets d’action. L’ensemble des mesures proposées en matière de prévention du racisme vient concrétiser l’engagement résolu de Lausanne – première ville romande à adhérer pleinement à la Coalition européenne des villes contre le racisme.

Au moins “un” papier

Courrier de lecteur à propos de l’éditorial de Mehdi-Stéphane Prin intitulé «La sagesse l’emporte sur la maladresse de Tosato» (24 heures du 15 septembre 2010).

Sur l’impulsion courageuse d’élus vaudois et genevois, le parlement fédéral vient de faire preuve d’un courage supplémentaire, celui de corriger légalement une inégalité, et cela au niveau national. Même si ça ne règle rien de la question de fond et met le tout dans la zone grise d’une autre loi, celle du travail.

Bien sûr, certains politiciens crient au scandale face au centre-gauche qui ne verrait pas venir les dangers liés aux étrangers. C’est que l’occasion est trop belle pour la laisser passer!

Retenons l’essentiel: la possibilité donnée à des enfants. Des jeunes presque d’ici, car leurs parents vivent, travaillent et cotisent dans l’ombre parmi nous depuis des années. Ces jeunes sans permis, arrivés au terme de leur scolarité, auront ainsi la possibilité de se doter d’au moins un papier, d’un papier concret, attestant une formation. Même si aucune garantie officielle ne peut leur être donnée pour la suite. C’est au moins leur donner une possibilité d’avenir (où qu’il soit) à un moment charnière de leur vie.

Et puis ça fera quelques jeunes désœuvrés en moins dans la rue, à grossir des statistiques bien chères à certains élus. Mais c’est peut-être cela que ces derniers regrettent?

Un courrier signé Doris Agazzi, St-Cierges, dans 24 Heures

Pas si vite !

Courrier de lecteur à propos de l’éditorial de Mehdi-Stéphane Prin intitulé «La sagesse l’emporte sur la maladresse de Tosato» (24 heures du 15 septembre 2010).

Evoquant l’acceptation par le Conseil des Etats d’une motion qui propose d’ouvrir l’apprentissage aux sans-papiers, Mehdi-Stéphane Prin écrit: «La Municipalité de Lausanne et le Conseil d’Etat doivent rapidement trouver une solution permettant d’offrir une formation pratique aux jeunes clandestins.»

C’est aller un peu trop vite. Le Conseil national a accepté la motion en premier, le Conseil des Etats en second, et maintenant le texte est renvoyé au Conseil fédéral.

L’exécutif va élaborer un projet de loi qui devra être adopté par les Chambres, et la loi modifiée devra subir l’épreuve du délai référendaire. Sur une décision d’une portée symbolique aussi grande, j’estime que le peuple doit se prononcer.

Alors que la gauche pleurniche constamment qu’il manque des places d’apprentissage, comment pourra-t-on expliquer à un jeune Vaudois que la place qu’il convoitait a été attribuée à une personne en situation illégale?

Un courrier signé François Brélaz, député UDC, Epalinges, dans 24 Heures

Gonflés à bloc, les Genevois veulent plus pour les sans-papiers

Il faut faciliter la régularisation des clandestins vivant en Suisse depuis longtemps. C’est le projet de Luc Barthassat (PDC) et Jean-Charles Rielle (PS), encouragés par la récente décision d’ouvrir l’apprentissage aux illégaux.

genève régularisation sans-papiers

Luc Barthassat est homme à battre le fer pendant qu’il est chaud. Moins de dix jours après avoir obtenu, contre toute attente, que le Conseil des Etats approuve sa motion demandant que les jeunes illégaux puissent suivre un apprentissage, le démocrate-chrétien revient avec une nouvelle proposition touchant les sans-papiers. Pour la circonstance, le conseiller national genevois s’est allié avec un autre résident du bout du lac, le socialiste Jean-Charles Rielle. Ensemble, ils déposeront mercredi prochain deux motions visant le même but: la régularisation facilitée des sans-papiers vivant en Suisse depuis longtemps.

Les deux élus expliquent: «La loi actuelle qui, souvent, ne permet pas d’expulser des étrangers ayant commis de graves délits chez nous contraint pourtant à expulser un individu et sa famille intégrée», critique Jean-Charles Rielle. Le tandem genevois a en tête le cas des Selimi, famille kosovare vivant à Genève et menacée de renvoi, malgré un long séjour en Suisse et une bonne intégration, puis finalement régularisée. «En Suisse, il y a des centaines de familles Selimi!» lance Luc Barthassat. Le duo propose d’introduire dans la loi sur les étrangers la notion de «prescription» au chapitre des conditions d’admission. Un clandestin serait ainsi admis en Suisse s’il peut prouver que son séjour ici dépasse, par exemple, cinq ou dix ans (les deux motions divergent sur la durée). Cette dérogation ne serait accordée que sous des conditions strictes. Le clandestin devra fournir des preuves d’intégration, d’autonomie financière, ou encore de sa volonté de suivre une formation. La situation familiale, en particulier le parcours scolaire des enfants, sera prise en compte. Enfin, insistent les motionnaires, le lourd passif pénal d’un clandestin sera rédhibitoire. Par leur proposition, Luc Barthassat et Jean-Charles Rielle visent à «améliorer» la réglementation actuelle sur les «cas de rigueur», qui permet aujourd’hui de régulariser les clandestins au cas par cas, selon une liste de critères (intégration, respect de l’ordre juridique). Mais la longueur du séjour minimum n’y est pas précisée.

Brusquer les élus?

Les motionnaires ne risquent-ils pas, en revenant si vite avec une nouvelle proposition favorable aux sans-papiers, de braquer de nombreux élus bourgeois qui, déjà opposés à l’ouverture de l’apprentissage, craignent un appel d’air et dénoncent une «prime à l’illégalité»? «Je ne pense pas que nous allions trop vite, répond Luc Barthassat, puisque la modification d’une loi peut prendre des années. Convaincre le parlement ne sera pas facile. Mais il est temps de trouver une solution pour ces quelque 100 000 clandestins qui répondent à un besoin de notre économie. N’oublions pas que ces gens contribueront aussi à payer nos retraites.»

Vaud et Genève sont quasi les seuls cantons à envoyer à Berne des demandes de régularisation pour les clandestins. L’an dernier, l’Office des migrations a répondu favorablement à 63 demandes genevoises (sur 138 envoyées). Vaud a obtenu 22 autorisations, sur 39 demandées.

Martine Clerc dans 24 Heures

Nouvelle profanation à Strasbourg

Une trentaine de sépultures musulmanes ont été profanées, dans la nuit de jeudi à vendredi, dans un cimetière strasbourgeois, situé dans le quartier de la Meinau. "Il y en a marre de ces crétins qui polluent la République", s'est insurgé le conseiller général du canton, Jean-Philippe Maurer (UMP).

profanation tombes musulmanes alsace

C'est la quatrième profanation de ce type depuis le début de l'année. La deuxième visant des tombes musulmanes. Vendredi matin, le gardien du cimetière, situé dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, a fait une bien triste découverte: une trentaine de tombes profanées, brisées ou renversées. Trois croix gammées ont également été découvertes, tracées au sol dans le gravier, a indiqué la municipalité. Fin juin, ce sont des sépultures musulmanes du quartier de la Robertsau qui avaient été abîmées. Il y a peu, deux cimetières israélites avaient aussi été victimes de dégradations et d'inscriptions racistes dans le secteur de Conenbourg et dans la commune de Wolfisheim.

"Il y a manifestement dans cette ville un ou des groupuscules qui s'en prennent aux morts et qu'il faut mettre hors d'état de nuire", a déclaré le sénateur-maire socialiste de Strasbourg, Roland Ries, rapporte le site des Dernières Nouvelles d'Alsace . Avant d'ajouter: "Ces actes sont la négation de la civilisation et vont à l'encontre des traditions humanistes de Strasbourg." Roland Ries s'est rendu, en fin de matinée, dans le cimetière profané, tout comme le procureur de la République, Patrick Poirret, et les responsables religieux musulmans. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a exprimé sa "profonde indignation" et appelle, dans un communiqué, les pouvoirs publics "à tout mettre en oeuvre pour arrêter et punir sévèrement les auteurs de cet acte odieux".

Egalement présent sur place, le député et conseiller général du canton de la Meinau, Jean-Philippe Maurer (UMP), a tenu, dans un communiqué, à condamner fermement ces actes "criminels". "Il y en a marre des crétins qui polluent la République", s'est-il insurgé. De son côté, le maire – déplorant un "acte raciste insupportable" – a appelé à la "mobilisation de tous", car "ce qui se passe à Strasbourg est grave".

JDD.fr

jeudi 23 septembre 2010

Bern will uigurischen Zeugen für chinesischen Organhandel abschieben

Ein Ex-Polizist wollte vor der UNO bezeugen, wie China zum Tode Verurteilte als Organspender missbraucht. Stattdessen erlebt er eine asylpolitische Odyssee.

Nijiati (2)

Nijiati Abudureyimu arbeitete in den Neunzigerjahren in der westschinesischen Provinz Xinjiang bei der Sonderpolizei. Vier Jahre war der Angehörige des muslimischen Volkes der Uiguren einer Einheit zugeteilt, die zum Tod Verurteilte auf ihrem letzten Gang zu bewachen hatte. Ein bis neun Mal pro Monat habe er an Exekutionen teilgenommen, sagte Abudureyimu einem Vertreter des Bundesamts für Migration (BfM), der den Asylbewerber nach der illegalen Einreise in die Schweiz im November 2009 befragte. In dem Gesprächsprotokoll, das die Zeitung «Le Temps» in Auszügen veröffentlicht hat, schildert der ehemalige Scherge, was mit kräftigen und gesunden Häftlingen in Urumqi geschah.

Die Todesurteile seien jeweils in einem hügeligen Gelände am Rand von Urumqi, der Hauptstadt von Xinjiang, vollstreckt worden. «Das Erschiessungskommando hatte die Anweisung, so auf den Verurteilten zu schiessen, dass sein Körper noch weiterlebte. (…) Danach wurde der Häftling in eine Ambulanz verfrachtet und schnell ins Spital gefahren, wo die Organentnahme stattfand», gab Abudureyimu zu Protokoll. Er beschuldigte damalige Vertreter der lokalen Behörden, mit den Organen einen lukrativen Handel betrieben zu haben. Eine Niere etwa habe 300'000 Yuan (44'900 Franken) eingebracht.

Laut Amnesty glaubhaft

Die Menschenrechtsorganisation Amnesty International (AI) hält die Darstellung des Uiguren für glaubhaft. «Was er sagt, unterstützt unsere eigenen Nachforschungen», sagt AI-Sprecher Daniel Graf. Peking hatte auf derlei Vorwürfe bisher widersprüchlich reagiert. Einerseits bestritt China den Handel mit menschlichen Organen und beteuerte, es halte sich an die internationalen Regeln für Organspenden. Anderseits räumten regierungsnahe Kreise ein, ein Grossteil der bei Transplantationen verwendeten Organe stammten von Gefangenen. 2007 erliess die Regierung ein neues Reglement, das den Organhandel verbietet und die Einwilligung des Spenders für eine Organentnahme verlangt. AI bezweifelt aber, dass die neue Regelung überall befolgt wird.

Seit 2007 befindet sich Abudureyimu nach eigenen Angaben auf der Flucht vor chinesischen Geheimdiensten, weil er den Organhandel offen kritisiert hatte. Im Herbst 2008 reiste er von Dubai im Flugzeug via Rom nach Norwegen. Seither schieben Asylbehörden den Ex-Polizisten von Empfangszentrum zu Empfangszentrum und von Land zu Land unter Verweis auf das Dublin-Abkommen. Demnach ist jener Mitgliedstaat für das Asylverfahren zuständig, wo die betreffende Person zuerst in den Dublin-Raum eingereist ist.

Nicht ins Flugzeug gestiegen

Mit dieser Begründung schob Norwegen den Asylbewerber im Juni 2009 nach Italien ab. Vier Monate später setzte sich Abudureyimu nach Genf ab, weil er sich in Rom von der grossen chinesischen Gemeinde bedroht fühlte. In Genf erklärte der Uigure, er wolle vor der UNO die chinesische Praxis im Organhandel bezeugen. Bern trat auf sein drittes Asylgesuch in einem europäischen Land wegen «Dublin» aber nicht ein und wies den Kanton Neuenburg an, den dort untergebrachten Asylbewerber nach Rom auszufliegen.

Gestern misslang der zweite Versuch der Abschiebung nach Italien, weil sich Abudureyimu wie bereits Ende Juli weigerte, in Genf ein Linienflugzeug nach Rom zu besteigen. Inzwischen ist er zurück in der Neuenburger Asylunterkunft. Da der Uigure in der Schweiz alle Rechtsmittel gegen das Nichteintreten auf sein Gesuch ausgeschöpft hat, beharrt das BfM darauf, er müsse notfalls mit Gewalt an Italien überstellt werden. «Das ist ein klarer Dublin-Fall. Italien ist für sein Asylverfahren zuständig. Italien wurde noch nie von der EU-Kommission gerügt, es habe sich nicht ans Dublin-Abkommen gehalten», sagt BfM-Sprecherin Marie Avet.

Richard Diethelm, Lausanne, dans le Tages Anzeiger et la Basler Zeitung

La Confédération paiera le renvoi

«Il faudra organiser un vol spécial tant qu'on ne recevra pas d'indication contraire de l'Office fédéral des migrations ou de la Cour européenne des droits de l'homme», indique Serge Gamma, chef du Service des migrations neuchâtelois (Smig). «Mais cela prend du temps. Il ne suffit pas de prendre le billet sur internet...»

L'ancien policier ouïgour dénonce un trafic d'organes prélevés sur des condamnés à mort dans la province musulmane de Xinjiang, en Chine. Nijati Abudureyimu a refusé mardi de monter dans l'avion qui devait le renvoyer vers Rome, d'où il était arrivé en Suisse après avoir été expulsé de Norvège (lire notre édition d'hier). Il avait déjà fait de même fin juillet lors d'une première tentative d'expulsion à Cointrin.

Son avocat a saisi la Cour européenne des droits de l'homme afin d'obtenir la garantie que son client ne sera pas expulsé hors de l'Union européenne, où sa vie risquerait d'être mise en danger.

Serge Gamma précise que «le refus d'entrer en matière pour l'asile relève exclusivement de la compétence fédérale. Cette décision de l'ODM implique un renvoi et c'est au canton de l'appliquer». Selon le chef du Smig, «comme ce cas relève du droit d'asile, les coûts du vol spécial devraient être pris en charge par la Confédération. S'il s'agissait d'un séjour irrégulier, ça serait au canton de payer le renvoi».

Canton et ODM collaborent pour organiser ce renvoi forcé. «La Confédération doit le piloter. Un vol devrait être affreté avec plusieurs personnes à expulser vers l'Italie en provenance de différents cantons», indique Serge Gamma. «Un tel vol est extrêmement rare pour une personne du canton de Neuchâtel. Il s'agit du premier cas dans le cadre des accords de Dublin.»

Pour l'heure, Nijati Abudureyimu se trouve au centre de requérants d'asile de la ferme Matile, à Fontainemelon, où il attend d'être fixé sur son sort.

BWE dans l’Express/L’Impartial

Afflux de Roms redouté

Les représentants des gens du voyage en Suisse ont peur que la situation en France pousse des milliers de Roms à venir dans notre pays, où les aires de transit sont déjà rares.

«Lorsque les Roms quitteront les endroits dans lesquels ils auront passé l'hiver en France, plusieurs milliers d'entre eux pourraient se rendre en Suisse.» Ce cri d'alarme, c'est Daniel Huber qui le lance. Président de l'organisation faîtière des Yéniches de Suisse, il craint que la politique de Nicolas Sarkozy envers les Roms de France ne pousse ceux-là à se rabattre sur la Suisse et à occuper les rares emplacements disponibles. Il souhaite que la Confédération prenne des mesures en prêtant d'anciens sites militaires et en mettant en place des installations sanitaires et des bennes à ordures. Dans le cas contraire, il estime que pourrait survenir une situation de «chaos».

Surpopulation
En France, des gens du voyage français ont, dans certains cas, délaissé des emplacements parce que l'afflux de Roms venant de Roumanie et de Bulgarie avait créé une situation de surpopulation. «Il n'y a pas de tels cas en Suisse, réagit May Bittel, président de la mission tsigane suisse. Mais qui sait si cela ne pourrait pas se produire à l'avenir.» Le porte-parole des gens du voyage indique que «ce ne sont pas les Roms qui me font peur. Ce que je crains, c'est que si des Roms expulsés de France viennent en Suisse, le gouvernement ne les prenne comme prétexte pour interdire l'ouverture d'emplacements pour les gens du voyage suisses. Il y aura encore et toujours des amalgames et il sera toujours plus difficile pour nous de trouver des endroits pour nous installer.»

Et May Bittel de rappeler «que lorsqu'il s'est agi de détruire notre peuple durant 50 ans, notre existence a été reconnue. Mais aujourd'hui, au moment de nous aider à trouver des emplacements où nos enfants pourraient s'épanouir et aller à la rencontre de l'autre, plus personne ne nous reconnaît. Cela me reste en travers de la gorge.»

Roms sédentaires
Actuellement, aucun afflux de Roms chassés de France n'a été constaté à Genève, que ce soit par la police ou le corps des gardes-frontière. Tout comme l'Office fédéral de la culture, chargé d'améliorer les conditions de vie des gens du voyage, qui ne constate pas de problèmes. De son côté, Pierrette Roulet-Grin, présidente du Groupe de travail Gitans-Vaud, doute que des Roms expulsés ne viennent «piquer» des aires de transit aux gens du voyage suisses. «Les deux populations sont complètement différentes, explique-t-elle. Les premiers ont quitté la Roumanie ou la Bulgarie pour fuir la misère économique et sociale qu'ils connaissent dans leur pays d'origine, où ils sont sédentarisés. Ce ne sont pas des voyageurs.» Michaël Guet, chef de la division des Roms et des gens du voyage du Conseil de l'Europe, confirme cette analyse. «De nombreux Roms ont été expulsés de France. Il n'est pas exclu que certains d'entre eux se rendent en Suisse, mais la plupart retourneront en France.»

Prolongation de bail à Givisiez
Il en coûte 250 francs en frais et en amende si vous abandonnez une poubelle dans la forêt de Givisiez (FR). C'est dire si les déchets, en particulier les déjections, laissés un peu partout près du camp de Tsiganes installé depuis samedi dernier, choquent les habitants de cette banlieue de Fribourg. Ils ne cessent d'appeler le conseiller communal Didier Carrard. Et comme les gens du voyage ne sont pas partis hier comme prévu, le téléphone de l'élu local continuera de sonner.

Didier Carrard s'en explique au «Matin»: «Il y a eu une séance mercredi (ndlr: hier) et une prolongation de l'occupation des terrains par quelque 70 caravanes a été acceptée jusqu'à vendredi en accord avec le propriétaire, contre paiement d'une taxe. Nous n'avons pas enregistré d'autres problèmes à part celui de l'hygiène. Les employés et clients des entreprises voisines sont remontés. On a vu pire par le passé.»

Sébastien Jost dans le Matin