jeudi 26 août 2010

Mexique: massacre de clandestins

Septante-deux cadavres ont été découverts mardi dans une ferme du nord-est du pays, près de la frontière des Etats-Unis. Il s’agirait d’émigrants venus d’Amérique centrale.

C’est un survivant du massacre qui a donné l’alerte. Blessé par balle, l’homme s’est traîné jusqu’à un barrage routier, où il a demandé de l’aide en affirmant avoir été attaqué par des malfaiteurs dans une ferme près de San Fernando, une ville de 30 000 habitants dans l’Etat de Tamaulipas. C’est là qu’un commando de la marine nationale a découvert le charnier: 72 cadavres, probablement personnes d’Amérique Centrale cherchant à immigrer clandestinement en franchissant la frontière des Etats-Unis, toute proche.

Les occupants de la ferme, eux, avaient décampé tout en ripostant à l’opération militaire. Trois suspects et un soldat ont perdu la vie dans la fusillade et un fuyard, un mineur, a été arrêté, selon le Ministère de la marine.

Un drame malheureusement trop banal au Mexique. Les milliers d’émigrants qui traversent le pays en provenance d’Amérique centrale dans l’espoir d’entrer aux Etats-Unis sont régulièrement la proie de gangs qui les rackettent, les enlèvent contre rançon… ou les tuent, tout simplement.

A. A. AVEC AFP pour 24 Heures

L’Europe et ses Roms: entre fermeté et intégration

Le premier ministre François Fillon a estimé mardi que l'Union européenne devait harmoniser ses pratiques à l'égard de ses Roms. Lefigaro.fr a passé en revue les politiques conduites par certains de nos partenaires.

Parmi les 500 millions de citoyens européens, environ 10 millions sont des Roms. Bien que la situation de cette communauté pose des problèmes spécifiques d'intégration, reconnus par les institutions de l'Union européenne, celle-ci peine à se doter d'une politique commune. Chacun des vingt-sept pays partenaires compose donc sa propre politique, allant de la fermeté à des politiques favorisant l'intégration. Lefigaro.fr a choisi de revenir sur les cas de dix d'entre eux.

En Europe de l'Ouest, l'Espagne est le pays qui accueille la plus forte communauté rom, ou gitane (800.000, selon l'estimation haute). Au printemps, le gouvernement a adopté un «plan d'action pour le développement de la population gitane 2010-2012». Doté d'un budget de 107 millions d'euros sur trois ans, il prévoit des actions en matière d'éducation, de santé, de logement, ainsi qu'en faveur des femmes.

En Italie, les Roms, ou «Sintis» (estimés à 150.000), sont régulièrement au centre de débats sur l'immigration et la sécurité. En 2008, un an après une vague de violence anti-Roms, l'Italie avait commencé à ficher les habitants de camps de nomades, en relevant notamment leurs empreintes digitales.

Comme Paris, Rome propose des aides au retour pour les Roms en situation irrégulière (billet d'avion, indemnité de voyage de 400 euros et pécule de 3000 euros maximum pour la réintégration dans le pays d'origine). Mais le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni, qui applaudit le durcissement de la politique française, veut demander à Bruxelles la permission d'étendre la procédure d'expulsion aux Roms qui sont citoyens européens mais qui ne satisfont pas à certaines «exigences». «Avoir un revenu minimum, un logement adéquat et ne pas être un fardeau pour le système social du pays d'accueil», a détaillé le ministre, membre du parti xénophobe Ligue du Nord.

L'Allemagne reconnaît officiellement la minorité des Roms de nationalité allemande. La plupart des autres Roms sont des réfugiés ayant fui la guerre au Kosovo. Berlin les encourage, comme tous les Kosovars réfugiés, à rentrer chez eux avec des aides au retour. Quelque 10.000 Roms ne disposant pas d'autorisation de séjour formelle doivent ainsi être renvoyés «par étapes», a annoncé le gouvernement. Reste que selon un rapport de l'Unicef, 38% des Roms renvoyés d'Allemagne sont apatrides, ce que plusieurs conventions internationales interdisent.

En Grande-Bretagne, on recense au maximum 200.000 Roms, aussi appelés «Gypsies». Parmi les promesses de campagne du parti conservateur, arrivé au pouvoir en mais dernier, figurait le renforcement de la législation contre les occupations illégales de terrains. En projet notamment, la création d'un nouveau délit qui permettrait aux policiers d'arrêter ceux qui refusent d'évacuer les terrains qu'ils occupent illégalement.

La Hongrie - pays voisin de la Roumanie, dont sont issus la plupart de Roms expulsés par les autres pays européens - compte environ 600.000 Roms. En 2009, 40% des jeunes Roms hongrois n'avaient pas achevé l'enseignement primaire. L'an dernier, le gouvernement a décidé de tripler le budget prévu pour reloger ceux qui vivent dans des bidonvilles et favoriser leur intégration dans la fonction publique. Mais avec la crise économique, Budapest a révisé ses plans et réduit les embauches prévues. Depuis que le parti d'extrême-droite Jobbik est devenu en avril dernier la troisième force politique du pays, les Roms sont de nouveau un sujet de débat national en Hongrie. Le Jobbik propose notamment de créer une gendarmerie dévolue aux «problèmes roms».

En République tchèque, où la minorité rom est estimée à 250.000 personnes, plusieurs attaques d'extrémistes de droite ont été enregistrées à leur encontre ces dernières années. Il y a deux ans, le pays a été condamné par la Cour européenne des droits de l'homme pour le placement forcé d'enfants roms dans des écoles spéciales destinées aux handicapés mentaux. À la mi-mars 2010, le gouvernement tchèque a adopté un «plan national d'action» visant à encourager la scolarisation des enfants roms avec les autres.

Environ 250.000 Roms vivent en Grèce, la plupart dans des conditions misérables, souvent victimes d'expulsions arbitraires et de violence policière. Malgré des aides sociales provenant des programmes européens, leur intégration reste lettre morte. En 2008, la rapporteuse de l'ONU pour les droits des minorités, Gay McDougall, avait appelé Athènes à prendre des mesures urgentes pour améliorer leur situation «désespérée».

Le Portugal, la Suisse, la Pologne et la Suède comptent chacun 50.000 Roms sur leur territoire, selon les estimations hautes. Au Portugal, ceux qui se trouvent en situation irrégulière peuvent être expulsés, sauf s'ils sont nés au Portugal, s'ils y sont arrivés avant l'âge de dix ans ou s'ils ont des enfants mineurs à charge et scolarisés. La plupart des Roms en Suisse ont la nationalité suisse, les autres étant des réfugiés du Kosovo. En Pologne, selon les autorités 30% des enfants roms suisses ne sont pas scolarisés. Enfin en Suède, les Roms sont l'une des cinq minorités reconnues mais 80% des adultes sont sans emploi et une majorité d'enfants ne termine pas l'école primaire. Depuis le début de l'année, plus de 50 Roms ont été expulsés.

Un article trouvé dans le Figaro

mercredi 25 août 2010

La Commission contre le racisme ne veut pas interdire le foulard

La Commission fédérale contre le racisme (CFR) s'oppose à l'interdiction du port du foulard à l'école, comme le propose le canton de St-Gall. Elle y voit une mesure dirigée spécialement contre l'islam qui enfreint le principe de l'égalité des droits.

La commission voit dans l'interdiction demandée par le chef du département saint-gallois de l'éducation Stefan Kölliker (UDC) "une action dirigée contre la minorité musulmane et principalement dictée par des motifs partisans". La CFR juge "inacceptable" cette mesure, écrit-elle.

Le port du foulard s'inscrit dans le domaine de la liberté de religion, tant que celle-ci ne contrevient pas à un droit fondamental supérieur, poursuit la commission.

La CFR est ainsi d'accord avec le Tribunal fédéral, qui a interdit en 1997 le foulard aux enseignantes dans l'exercice de leur fonction publique, mais elle n'admet pas une interdiction générale faite aux écolières et aux travailleuses.

Invoquer la nécessité de l'intégration comme le fait le Conseil de l'éducation saint-gallois est un prétexte: la mesure est au contraire un obstacle à l'intégration.

ATS

Un requérant débouté tabasse un chef de service jurassien

Coups de pied, coups de poing à la mâchoire, cheveux arrachés et doigts tordus. Le chef du Service de la population du canton du Jura a été agressé mardi à son bureau par un requérant d'asile serbe débouté.

KEYSTONE archives

© Keystone archives | Le requérant d'asile récalcitrant est arrivé ce mercredi à Belgrade.

Deux policiers étaient présents sur place au moment des faits. "Le chef du service de la population va bien physiquement, mais a il a été choqué", a précisé mercredi le chef de l'information du canton, Pierre-Alain Berret. "Le fonctionnaire n'est pas en arrêt de travail", a-t-il ajouté confirmant une information parue dans le Quotidien Jurassien.

Les policiers ont dû appeler des renforts pour maîtriser cet homme. Le chef du service de la population avait convoqué dans son bureau ce ressortissant serbe pour lui signifier son expulsion de Suisse. Le requérant d'asile récalcitrant est arrivé mercredi à Belgrade.

Après cet incident, l'administration va étudier un renforcement des mesures de sécurité dans ce service. C'est en effet la deuxième fois en un mois que le chef de service de la population est pris à partie. Mais en juillet, l'altercation n'avait pas été aussi violente.

ATS dans 24 Heures

Les zones d’ombre d’un “vol spécial” vers l’Afrique

Après un premier vol raté vers l’Afrique, un deuxième avion aurait, selon des témoins, déposé la semaine dernière des ressortissants non sénégalais au Sénégal. Des détenus de Frambois ont écrit une lettre de protestation. Un article de Valérie de Graffenried dans le Temps.

Après la mort d’un Nigérian, en mars dernier sur le tarmac de l’aéroport de Zurich, alors qu’il était sur le point d’être expulsé, l’Office fédéral des migrations (ODM) avait suspendu les «vols spéciaux». Depuis, ces vols controversés organisés pour renvoyer par la force des requérants déboutés ont repris. Mais le premier voyage vers l’Afrique, le 28 juillet, s’est révélé être un échec: comme l’a souligné la NZZ am Sonntag (15.08.10), un avion de la compagnie Hello a pu débarquer un Malien à Bamako mais n’a ensuite pas obtenu l’autorisation d’atterrir en Gambie, malgré un «feu vert oral» accordé préalablement à l’ODM. L’avion est donc revenu à Zurich, avec cinq Gambiens à son bord. Depuis, un deuxième vol a eu lieu, le 18 août, a appris Le Temps. Avec neuf requérants.

Cette fois, des Gambiens ont bien été débarqués à Banjul, capitale de la Gambie. Mais d’autres, qui refusaient de sortir de l’avion, auraient été lâchés au Sénégal, dans des circonstances troubles, affirment plusieurs témoins. Mohamed D. et Cissé T.*, un Ivoirien et un Malien retenus dans le centre de détention administrative de Frambois (GE), restés en contact avec des expulsés, racontent. «A Banjul, au moins deux Gambiens sont sortis d’eux-mêmes de l’avion, dont notre ami Dembo J. Mais les autorités gambiennes n’ont pas voulu extirper les autres de force (ndlr: la Suisse n’a pas signé d’accord de réadmission avec la Gambie). L’avion est alors parti vers Dakar. Là-bas, un autre de nos amis, Lamine C., qui faisait partie du vol et qui nie être Sénégalais, dit avoir vu des responsables suisses donner 200 francs à des policiers sénégalais pour faire sortir tous les requérants de l’avion. Il y avait des Sénégalais, mais aussi des Gambiens et un ressortissant de Guinée-Bissau. Cela s’est fait par la force. Il y a eu une bagarre dans l’avion.»

Lamine C., contacté au Sénégal, donne la même version des faits. Il est lui-même de père guinéen (Guinée-Bissau) et de mère sénégalaise, ce qui complique les choses. Mais c’est bien comme ressortissant de Guinée-Bissau qu’il a déposé sa demande d’asile en Suisse. Le Temps a aussi appelé Dembo J., en Gambie. Dembo avait déjà fait partie du premier vol, qui après un arrêt au Mali, et l’impossibilité d’atterrir en Gambie, avait fait escale à Dakar sans débarquer personne. Il a décidé, lors du deuxième vol, de sortir de lui-même de l’avion, ayant déjà «trop souffert».

Lors du premier voyage, qui a duré en tout deux jours, il était resté de longues heures ficelé à son siège d’avion, les pieds et les mains ligotés. Au téléphone, il était très éprouvé. «J’ai mal partout et n’ai pas de médicaments. Je n’ai personne de ma famille en Gambie: ils sont tous en France. Je ne veux pas rester ici.» Il parle de «conditions de renvois humiliantes», dit avoir été traité «comme un animal». Lamine C., lui aussi, affirme avoir été ligoté, avec un casque lui maintenant la tête pendant le décollage. Il n’a eu l’autorisation d’uriner que dans un sachet en plastique.

Autre fait troublant: selon les requérants, il n’y avait de personnel médical dans aucun des deux vols spéciaux, dont les coûts sont généralement estimés à 100 000 francs. Mais l’ODM affirme le contraire (lire ci-dessous).

Effrayés par le témoignage de leurs amis, Mohamed D. et Cissé T. ne sont pas restés les bras ballants. Ils ont écrit, «au nom des détenus de Frambois», aux autorités sénégalaises à Dakar, ainsi qu’à Amnesty International. «Les Suisses ont rapatrié des gens à Dakar, moyennant des sommes qu’ils donnent aux agents de l’aéroport, qui acceptent même des ressortissants non sénégalais», écrit Mohamed. «Je vous informe aussi que le consulat du Sénégal à Genève délivre des laissez-passer dans le dos de certains ressortissants d’autres pays. Tout cela n’est que business.»

Les requérants jouent-ils avec leur nationalité dans le seul but de rendre ces renvois controversés encore plus difficiles? Ou alors le Sénégal fermerait-t-il les yeux vis-à-vis de certains requérants aux origines floues en échange de contreparties? L’ODM, lui, met en évidence le fait que l’ambassade du Sénégal a délivré des laissez-passer pour tous les requérants expulsés à Dakar. Et rappelle que ce sont les délégations du pays concerné qui viennent «reconnaître» leurs requérants en Suisse.

Quoi qu’il en soit, l’ODM a par le passé déjà été accusé d’avoir renvoyé des Africains vers un pays qui ne serait pas le leur. L’an dernier, un avocat bâlois, défendant un requérant expulsé vers la Gambie alors que des expertises soulignaient qu’il y avait 70% de certitudes qu’il était bien Guinéen, a été jusqu’à porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.

Alard du Bois-Reymond, le patron de l’ODM, l’a confirmé le mois dernier déjà (LT du 15.07.10): dès 2011, des observateurs indépendants pourront participer à ces vols spéciaux. Voilà qui devrait permettre d’y voir plus clair sur ce qui se passe réellement lors de ces voyages secrets. En attendant, tant Mohamed que son ami malien avertissent: «Si nous sommes renvoyés au Sénégal alors que nous ne venons pas de ce pays, nous serons prêts à nous sacrifier jusqu’à la mort.»

* Noms complets connus
de la rédaction.

“Nous n’avons expulsé que des Sénégalais vers le Sénégal”

Sénégal carteAlard du Bois-Reymond, le patron de l’Office fédéral des migrations, réagit aux critiques. Et admet que du chocolat est parfois offert aux policiers qui reprennent les requérants déboutés.

Le Temps: Est-il exact que la Suisse a, le 18 août, expulsé de force des requérants non sénégalais vers le Sénégal?

Alard du Bois-Reymond: Ce vol a bien eu lieu. Il s’est déroulé sans difficultés majeures. Les cinq Gambiens que nous n’avons pas pu expulser la première fois ont été déposés à Banjul, mais nous n’avons pas renvoyé de non-Sénégalais à Dakar. A Dakar, trois des quatre Sénégalais ont bien essayé de faire croire qu’ils ne venaient pas du pays et ont refusé de descendre de l’avion. Cela se passe souvent comme ça. Or une délégation du Sénégal était venue les identifier en Suisse. Et l’ambassade du Sénégal a délivré des laissez-passer pour ces personnes. Le Sénégal n’est pourtant pas un pays qui reconnaît facilement les requérants déboutés en vue de les accepter. Nous pouvons donc faire confiance aux autorités sénégalaises, qui ont reconfirmé leur décision à l’arrivée des personnes rapatriées.

– Vous démentez donc que des Gambiens et un ressortissant de Guinée-Bissau aient été déposés à Dakar?

– Je vous le répète: ils ont été identifiés comme Sénégalais.

– Selon des témoins, aucun médecin n’était à bord des deux derniers vols spéciaux vers l’Afrique. L’ODM a pourtant promis un encadrement médical depuis la mort du Nigérian en mars…

– Nous l’avons promis et je peux vous assurer qu’un médecin était sur chacun des six vols entrepris depuis cette tragédie. Il n’était simplement pas en habit de médecin et identifiable comme tel. Les requérants ne l’ont donc probablement pas remarqué, mais il était là.

– Pourquoi cacher sa présence aux requérants qui pourraient en avoir besoin? Lors du premier vol, des Gambiens sont restés près de deux jours attachés dans l’avion, ce qui n’était pas sans risque médical…

– Si le médecin avait dû intervenir, il serait intervenu. Les liens ont été un peu déserrés lors du vol de retour.

– Mais pourquoi le médecin était-il incognito à bord de l’avion?

– Il ne l’était pas. Il faisait partie de l’équipe accompagnatrice, tout comme les policiers et un représentant de l’ODM. Tous étaient en civil. Il n’est pas d’usage que les accompagnateurs s’identifient devant les rapatriés avec leur nom et fonction.

– Des témoins affirment que les autorités suisses ont versé 200 francs à des policiers sénégalais pour qu’ils reprennent de force les requérants restés dans l’avion. Admettez-vous recourir à cette pratique?

– Pas du tout! Je vous oppose un non catégorique. Nous ne donnons pas de billets. Les autorités suisses doivent cependant remettre les papiers de voyage des requérants aux autorités de l’aéroport: vos témoins ont dû confondre avec cela.

– Vous assurez ne jamais rien offrir aux policiers pour qu’ils reprennent les déboutés récalcitrants?

– Pas d’argent en tout cas. Mais il peut arriver que nous leur offrons des boîtes ou des tablettes de chocolat. Par politesse.

– Les accords de réadmission sont toujours plus difficiles à signer, surtout avec les pays africains conscients des contreparties qu’ils peuvent exiger. Que promet la Suisse en échange de requérants déboutés?

– Je ne dirais pas que ces accords sont toujours plus difficiles à négocier; par contre toujours plus de requérants nient leurs origines. Lorsque la Gambie a pour la première fois refusé de nous accorder l’autorisation d’atterrir, cela n’avait, j’en suis sûr, rien à voir avec des questions migratoires. Mais comme vous le savez, il y a souvent des imprévus en Afrique. Ces accords sont importants pour les deux parties et nous proposons parfois en échange des programmes de formation de policiers. Ou, comme au Nigeria, un programme de soutien aux personnes déplacées à l’interne.

– Qu’avez-vous offert au Sénégal?

– La collaboration avec le Sénégal en matière de politique migratoire fonctionne très bien depuis des années. Elle se base sur un dialogue qui sert à déterminer les intérêts communs et pas à faire des «marchés». Ainsi, notre office a par exemple offert, à la demande des autorités sénégalaises, de former des inspecteurs sénégalais aux techniques d’identification des personnes et à la détection de faux documents.

– Soyez précis: les Sénégalais ont-ils obtenu quelque chose de plus le18 août? Des détenus de Frambois assurent que des laissez-passer ont été délivrés à des non-Sénégalais…

– Je vous le répète: les autorités sénégalaises ont identifié ces personnes comme ressortissants sénégalais. Aucun argent n’a été versé.

Propos recueillis par Valérie de Graffenried dans le Temps

mardi 24 août 2010

L’Eglise hausse le ton contre le mépris des Roms

Les expulsions de Roms entreprises par le gouvernement du président Nicolas Sarkozy fâchent l'Eglisecatholique . Après les mots du pape, les dignitaires religieux français montent au créneau pour dénoncer le sort réservé à ces personnes. Du côté du pouvoir, on se réfugie dans la séparation entre Eglise et Etat si chère à la République.

Dessin d'Alex dans la Liberté Dessin d’Alex dans la Liberté

Le président de la Conférence des évêques de France, le cardinal André Vingt-Trois, a annoncé hier qu'il rencontrerait le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux. Soit le grand ordonnateur de la lutte lancée fin juillet par le président Sarkozy contre les campements illégaux de Roms. Une offensive qui a déjà conduit au démantèlement de 88 camps, a précisé ce ministre le même jour. L'annonce de cette entrevue fait suite à l'exhortation à l'accueil de toutes les populations prononcée dimanche en français par Benoît XVI: des propos qui ont été perçus, à Paris, comme un désaveu implicite de cette politique.«La position de l'Eglise est claire et elle a été rappelée dimanche par le pape. C'est de rappeler que le respect des personnes est impératif, qu'il faut être disponible à une solidarité effective», a précisé André Vingt-Trois. Celui-ci s'est dit hostile à ce qu'une communauté soit assimilée à une «culpabilité collective», «montrée du doigt». «Les évêques de France sont très soucieux depuis de nombreuses années» de la politique migratoire hexagonale, a rappelé leur porte-parole, Mgr Bernard Podvin.

«Une fêlure importante»

Précédemment, l'archevêque d'Arles (Bouches-du-Rhône) s'était ému des conditions d'expulsion de certains camps de Roms et avait jugé «inacceptables» les «discours sécuritaires qui peuvent laisser entendre qu'il y a des populations inférieures». Dimanche, un prêtre de Lille (Nord) avait fait grand bruit en dénonçant la «guerre» faite aux Roms selon lui. «J'étais étranger et vous m'avez accueilli», a renchéri hier l'archevêque de Clermont-Ferrand, citant l'Evangile selon saint Mathieu.Au même moment, l'ex-ministre Christine Boutin a constaté que cette question des Roms avait entraîné «une fêlure importante» entre son petit Parti chrétien-démocrate et l'UMP. Et, le matin même, le quotidien chrétien «La Croix» s'est élevé contre «la stigmatisation», «depuis plusieurs semaines», des gens du voyage. Le titre a relayé l'appel de l'aumônerie catholique de Lourdes à pétitionner contre «la politique raciste du gouvernement».Toutes ces prises de position issues de la mouvance catholique constituent-elles «une passe d'armes», voire «une offensive», de l'Eglise contre le pouvoir sarkozyste, comme l'analysaient plusieurs médias hier? En tout cas, tant le ministre de l'Intérieur que celui de l'Immigration se sont bien gardés de jeter de l'huile sur le feu. S'ils ont démenti toute inhumanité dans le sort des Roms, ils ont sobrement pris acte des positions de l'Eglise.

Séparation Eglise et Etat

Il faut dire que leur collègue Bruno Le Maire, qui avait rappelé la règle de la séparation entre l'Eglise et l'Etat, s'est pris une sèche réplique de l'archevêque de Clermont, pour qui «cette séparation n'est pas l'ignorance du bien commun». Avec cette controverse sur les Roms, comme jadis avec son style de pouvoir très ostentatoire et avec les «affaires» Frédéric Mitterrand, Jean Sarkozy ou Henri Proglio, l'Elysée est-elle en train de perdre le soutien de l'électorat catholique? «Il faut rester prudent», jugeait hier Jérôme Fourquet, de l'institut Ifop.

Un électorat mal pris

En 2007, Nicolas Sarkozy, grand zélateur des «racines chrétiennes» de la France et admirateur de Jean-Paul II, avait été massivement soutenu par l'électorat catholique: 37% des électeurs de cette confession avaient voté pour lui. Sociologiquement, les catholiques se retrouvent davantage dans deux groupes (les seniors et les femmes) qui, traditionnellement, votent à droite.Des électeurs qui «peuvent être sensibles aux positions de l'Eglise sur la question des Roms mais qui le sont aussi, de par leur composition sociologique, aux discours sur la sécurité», selon Jérôme Fourquet. Avant ce débat enflammé sur les Roms, une étude Ifop de 2010 avait confirmé l'ancrage à droite de l'électorat catholique - qui se déclare à 30,6% partisan de l'UMP, contre 25% pour le corps électoral dans son ensemble.

Bernard Delattre, Paris, dans la Liberté

L'Equatorienne renversée à Bel-Air se heurte à l'intransigeance de Berne

L'administration fédérale refuse de régulariser Mirta Palma, la femme grièvement blessée l'été dernier au centre-ville de Lausanne. Recours en vue.
Le terrible accident de l'été dernier à la place Bel-Air continue d'entraîner des effets en chaîne pour Mirta Palma. Cette Equatorienne sans papiers âgée de 55 ans, qui avait été grièvement blessée lors de l'accident, est sommée de quitter le pays dans les deux mois. L'Office fédéral des migrations (ODM) a rejeté fin juillet sa demande de permis humanitaire, malgré le préavis positif des autorités cantonales. L'avocat de Mirta Palma, Jean-Michel Dolivo, annonce le dépôt d'un recours au Tribunal administratif fédéral. Le 26 juin 2009, une voiture remorquée avait roulé sur un trottoir à la place Bel-Air, au centre-ville de Lausanne. Neuf personnes avaient été renversées, mais Mirta Palma avait été la seule à recevoir de graves blessures. C'est à cette occasion que sa situation irrégulière avait été dénoncée.
Les études de sa fille
Mirta Palma vit depuis 2002 en Suisse, où elle travaillait dans l'économie domestique jusqu'au jour de l'accident. Mère célibataire, elle consacrait une bonne partie de ses revenus aux études de sa fille cadette, restée en Equateur. Elle ne l'a pas revue depuis son départ pour la Suisse, la demande de visa ayant été refusée. Mirta Palma avait émigré après avoir perdu son poste de secrétaire de direction pour raisons économiques.
«Je n'ai plus de courage, réagit-elle. Cette nouvelle me laisse complètement démunie.» Elle dit aussi son incompréhension: «La Suisse passe pour le pays des droits de l'homme. Mais ce que l'on dit n'existe pas». Mirta Palma ne peut envisager de rentrer en Equateur, du moins pas tant qu'elle n'aura pas été soignée. Elle souffre encore de nombreuses séquelles, et devra prochainement subir une nouvelle opération de la cheville. «En Equateur, les soins coûtent très cher, et il n'y a pas de véritables spécialistes», affirme-t-elle. Mirta Palma suit également un traitement psychologique suite au traumatisme provoqué par l'accident.
Soins de bonne qualité
L'Office fédéral des migrations estime que la situation de l'Equatorienne ne justifie pas l'octroi d'un permis humanitaire pour cas d'extrême gravité. Ni la durée du séjour en Suisse, ni l'absence d'antécédents judiciaires, ni ses problèmes médicaux ne constituent des raisons de l'accueillir. L'ODM affirme que les infrastructures sanitaires en Equateur sont de bonne qualité, mais il n'aborde pas la question de leur accessibilité.
En outre, l'administration juge que «les problèmes physiques (de Mirta Palma, ndlr) ne représentent pas un obstacle dans la recherche d'un emploi ou à sa réinsertion dans le marché du travail». Une analyse qui provoque la colère de Jean-Michel Dolivo. «En revenant en Equateur à 55 ans avec un handicap, elle n'a aucune chance de trouver un emploi», lance l'avocat, qui milite au sein du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers.
L'administration a donné un délai de deux mois à Mirta Palma pour quitter le pays. Mais la procédure de renvoi devrait être suspendue jusqu'au verdict du Tribunal administratif fédéral. Malgré plusieurs tentatives, nous ne sommes pas parvenus à joindre hier le ministre vaudois de l'Intérieur, Philippe Leuba.
Disparités entre cantons
Les régularisations de sans-papiers se font au compte-gouttes. L'année passée, la Suisse n'a délivré que 88 permis humanitaires. De fortes disparités existent entre les cantons, ces derniers étant libres de transmettre ou non les demandes à Berne. En 2009, seuls deux cantons ont fait cet effort: Genève (138 demandes, 63 réponses positives) et Vaud (39 demandes, 22 réponses positives). Berne, Fribourg, Argovie et le Jura ont déposé chacun un seul dossier, et les autres cantons aucun.

Michaël Rodriguez dans le Courrier

Permis humanitaire refusé à Mirta Palma

Fauchée sur un trottoir à Bel-Air, il y a un peu plus d’une année, l’Equatorienne sans-papiers vient de voir sa demande rejetée par l’Office des migrations. Son avocat va faire recours.

Mirta Palma

Il y a un peu plus d’une année, Mirta Palma se faisait faucher sur un trottoir de la place Bel-Air, à Lausanne, par une voiture remorquée. Beaucoup avaient été touchés par le sort de cette Equatorienne sans-papiers, d’autant plus que trois semaines plus tard, elle recevait un avis d’expulsion du Service cantonal de la population (Spop).

Mirta Palma vient de recevoir une mauvaise nouvelle: malgré un préavis cantonal positif, l’Office fédéral des migrations vient de rejeter sa demande de permis humanitaire. «L’Office considère que sa situation n’est pas très différente de celle de ses compatriotes équatoriens sans-papiers, résume son avocat, Jean-Michel Dolivo. Il reconnaît qu’elle supporte des séquelles physiques et psychiques de l’accident, mais estime que l’Equateur dispose des structures nécessaires pour la recevoir.»

Mirta Palma dispose de huit semaines pour quitter le pays. Jean-Michel Dolivo annonce qu’il va faire recours. «J’espère que le tribunal va reconnaître, comme le canton, que Mirta Palma se trouve dans un cas personnel d’extrême gravité. Elle souffre toujours de douleurs à la marche et de boiterie. Son traitement se poursuit et elle doit encore se faire opérer.»

Bonne nouvelle toutefois, les soins médicaux de l’Equatorienne ont été pris en charge par son assurance-maladie.

S. MR dans 24 Heures

Vaud cherche des projets d’intégration

Le canton se fait le Père Noël des associations, grâce à un fonds annuel de 1,155 million destiné à subventionner des projets d’intégration.

En 2010, 53 formations de langues – qui se déclinent en 150 cours de français et 30 ateliers – ont été soutenus par le canton, qui ont permis d’améliorer l’intégration de 2000 étrangers.

Le Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme lance un nouvel appel aux projets pour 2011, qui peuvent aussi concerner des initiatives pour la cohabitation dans les quartiers et la lutte contre le racisme.

Associations, collectivités, écoles, communes ont jusqu’au 15 octobre 2010 pour déposer leur dossier, qui pourrait ainsi obtenir 70% de financement. Caritas, Français en jeu, Appartenances figurent parmi les plus importants bénéficiaires. Mais les modestes associations locales et les Commissions culturelles des communes peuvent aussi s’annoncer. Celles-ci ont d’ailleurs perçu 30% de l’enveloppe à disposition en 2010.

Le canton de Vaud dispose d’un fonds de 450 000 francs, auquel s’ajoutent 705 000 francs octroyés par la Confédération. Les associations intéressées sont pléthore, mais certaines régions sont proportionnellement moins bien dotées en offre linguistique que d’autres, telles La Côte, Morges et la vallée de Joux. «La typologie de la population étrangère plus favorisée socialement à La Côte peut expliquer la différence. Mais l’idée, ici, est d’être transparent face au public et de susciter des envies et des initiatives», commente Fanny Spichiger, déléguée à l’intégration des étrangers.

L. AUR dans 24 Heures