samedi 31 juillet 2010

Nijiati Abudureyimu: «Le trafic d'organes est un vrai business en Chine»

Ex-policier ouïgour réfugié en Suisse, Nijiati Abudureyimu raconte ses neuf années passées à travailler dans une prison chinoise qui réalisait des exécutions à la chaîne et prélevait les organes des condamnés pour les revendre. Il aimerait dénoncer les atrocités qu'il a observées devant l'ONU.

Nijiati Abudureyimu est actuellement logé au Centre pour réfugiés de Fontainemelon (NE). Il attend de pouvoir déposer une demande d'asile. Image © Sandro Campardo

Il a refusé jeudi de monter dans l'avion qui devait le renvoyer à Rome, en vertu des Accords de Dublin. De retour au Centre pour réfugiés de Fontainemelon (NE), l'ex-policier ouïgour Nijiati Abudureyimu, 41 ans, raconte son histoire, sa fuite, et son espoir d'obtenir des papiers pour témoigner des atrocités auxquelles il a assisté durant des années à Urumqi, capitale du Xinjiang, province musulmane du nord-ouest de la Chine.

Depuis quand êtes-vous en fuite?
J'ai quitté Urumqi il y a trois ans et demi pour Dubaï, où vit mon frère, où je suis resté deux mois. Mais l'insistance d'une Chinoise, qui en fait était de la police, à se renseigner sur moi, m'a effrayé, et je suis parti pour l'Europe, l'Italie, puis la Norvège, qui m'a renvoyé en Italie, d'où je suis venu en Suisse pour témoigner à l'ONU. J'attends depuis novembre 2009 de pouvoir déposer une demande d'asile ici.

Pourquoi avez-vous dû quitter votre pays?
Parce que j'ai parlé en public des exécutions de prisonniers, des prélèvements d'organes qui étaient faits sur eux, alors qu'ils n'étaient pas encore morts, le trafic qui en était fait. C'est un vrai business en Chine, où tout le monde touche sa part, le docteur qui opère, les policiers qui laissent faire, tout le monde.

Durant combien de temps et dans quelles circonstances en avez-vous été le témoin?
J'ai été membre de la police spéciale de 1989 à 1998. En 1993, mon chef m'a dit que j'étais affecté à la prison de Liu Dao Wan, un nom qui fait trembler, car énormément de monde y est condamné à mort.

Des Ouïgours?
Oui, mais aussi des Mongols, des Tibétains, des Chinois.

Avez-vous exécuté des prisonniers?
Non, Dieu merci, ce n'était pas mon rôle!

Quelle était votre tâche?
J'enregistrais leurs noms, les informais du règlement, les menais à leurs cellules. Il y a deux longs couloirs jalonnés de petites pièces où ils sont entassés à vingt. Le soir, on me communiquait les noms de ceux que je devais aller chercher le lendemain à 6 heures pour leur exécution. Ils avaient peur, certains pleuraient, d'autres urinaient dans leur pantalon, des gardes les traînaient...

Impossible de changer de poste?
Au bout d'un certain temps, j'ai dit à mon supérieur que je voulais retourner dans la police, mais il a refusé car j'avais vu trop de choses. J'y suis resté cinq ans, jusqu'en 1998. J'ai assisté à de nombreuses scènes de torture, dans la section des hommes et celle de femmes. Un appareil électrique sur les parties génitales, enfoncé dans le sexe, les décharges, les cris...

Avaient-ils un avocat?
Non! On leur lisait l'acte d'accusation, la sentence de mort, puis ils avaient 15 minutes pour téléphoner à leurs proches ou faire leurs adieux au parloir. C'est moi qui les escortais. C'est court, 15 minutes. C'était insoutenable.

Les exécutions avaient lieu dans la cour?
Non, toutes les mises à mort se font à Xi Shan, qui veut dire la «Montagne de l'Ouest», où nous les conduisions dans des bus aux vitres teintées. Ils avaient les poignets liés aux chevilles, et une corde passée au cou suffisait, d'une traction, à les empêcher de crier. Ils étaient alignés à genoux et on leur tirait une balle dans le dos, en visant le coeur. Au besoin, ils étaient achevés de trois balles.

Il y a beaucoup d'exécutions?
Tout le temps. Seul, par groupe de trois ou de douze, d'après ce que j'ai vu personnellement. Je me souviens d'un garde qui, à chaque fois, regardait le soleil qui nous suivait, qui tapait fort sur Xi Shan, en disant: «C'est Dieu! Il est fâché à cause de ce que nous faisons.»

Quand avaient lieu les prélèvements d'organes?
Certains recevaient une balle non mortelle, puis n'étaient pas achevés sur place mais ramenés à la prison, où l'opération avait lieu et où on les laissait mourir. J'ai remarqué aussi qu'un peu avant l'exécution on faisait une prise de sang pour analyses à ceux qui avaient été choisis.

Pourquoi avoir attendu neuf ans pour fuir et témoigner?
J'ai démissionné en 1998 et vécu de commerce. Mon entourage ne comprenait pas que je quitte la police, qui est un bon job en Chine. Je ne parlais pas, car le Parti communiste chinois est partout. Fin 2006, un jour où j'avais un peu trop bu de vodka, j'ai rectifié en public les propos d'un médecin sur le prix d'un rein, environ 300 000 yuans (47 00 fr.), bref, j'ai trop parlé. Peu après, un ami de la police m'a dit que j'étais fini, qu'il me fallait quitter le pays tout de suite.

Vous avez de la famille?
Ma femme était enceinte, je suis allé la voir à 1800 km de là, à Hutan où elle vit. J'ai assisté à la naissance de ma fille, les ai embrassées et je me suis enfui début janvier 2007. Je ne les ai jamais revues et ne les reverrai sans doute jamais.

Sont-elles en danger?
Bien sûr. Six mois après ma fuite, mon père est mort dans des circonstances peu claires. Je connais leurs méthodes, j'ai été dans la police durant dix ans... Quand je joins ma femme par téléphone, nous parlons peu. Je suis sûr qu'elle est sur écoute. Mais je ne lui dis pas que je transite de camp en camp, elle croit que je mène une vie normale.

Arrivez-vous encore à dormir?
Très mal. Nous sommes huit par chambre à Fontainemelon. En comparaison, Genève, c'est l'hôtel avec deux personnes et la TV (Centre de Frambois près de l'aéroport, ndlr). Mais je fais surtout des cauchemars, je vois la police chinoise m'arrêter. Ma vie est finie. Parfois, j'ai envie de mourir. J'y pense.

Propos recueillis par Yvan Radja dans le Matin

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Un témoin précieux, selon Amnesty International

Après l'échec du renvoi à Rome de Nijiati Abudureyimu, «une nouvelle demande de réadmission va être faite à l'Italie», selon Michael Glauser, de l'Office fédéral des migrations (ODM). Si l'Italie ne devait pas répondre, une procédure d'asile pourrait être activée en Suisse. Une procédure qui ne serait pas exceptionnelle pour un Chinois ou un Ouïgour, contrairement à ce qu'a déclaré le conseiller d'Etat neuchâtelois Frédéric Hainard, affirme Le Temps dans son édition de samedi: «Selon les chiffres de l'ODM, 995 Chinois sont en processus d'asile en Suisse, et 713 d'entre eux ont obtenu une admission provisoire.»

Porte-parole d'Amnesty International pour la Suisse, Manon Schick craint que «si l'ODM le renvoie en Chine, il soit emprisonné, ou pire encore, car le sujet est tabou. On estime à 90% les organes utilisés pour des transplantations en Chine qui sont prélevés sur des prisonniers exécutés. Les preuves sont rares, et cet ex-policier est un témoin précieux.»

S'il désire témoigner devant l'ONU à Genève, Nijiati Abudureyimu devra suivre une procédure précise, explique Xabier Celaya, de la Commission des droits de l'homme: «En général il faut qu'il y ait plainte déposée contre un Etat par une victime. Ensuite, il faut être appuyé par un pays ou par une ONG.»

Etudes cliniques de Roche en Chine
Cette problématique touche la Suisse car «Roche et Novartis testent en Chine des médicaments antirejet sans garantie que l'organe provient bien d'un donneur consentant», explique Manon Schick.

Contacté par nos soins, Roche affirme que «les deux études cliniques menées en Chine pour le médicament CellCept respectent les mêmes standards scientifiques, médicaux et éthiques que dans les autres pays, selon la porte-parole Claudia Schmitt. De plus, ce sont les cliniques qui sont responsables de l'obtention des organes. Roche n'est pas autorisé, en Chine ni dans aucun autre pays, à connaître l'identité des donneurs.» Novartis, pour sa part, «soutient des actions comme le Programme chinois de coopération pour le don et la transplantation d'organes (CODTCP), déclare la porte-parole Isabel Guerra. Ce programme favorise l'alignement de la Chine sur les standards internationaux en termes de législation et d'obtention d'organes.»

vendredi 30 juillet 2010

Discours de N. Sarkozy à Grenoble

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Mix & Remix dans l'Hebdo

Des requérants d’asile mariés ont été séparés à tort, dénonce Strasbourg

La Cour européenne des droits de l’homme condamne la Suisse pour avoir empêché deux Ethiopiennes déboutées de vivre avec leur mari en attendant leur renvoi.

Deux requérantes d’asile éthiopiennes viennent d’obtenir gain de cause: mariées, elles auraient dû pouvoir vivre avec leurs époux en attendant leur renvoi de Suisse. Dans deux arrêts publiés jeudi, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) de Strasbourg condamne l’Office fédéral des migrations (ODM) pour avoir séparé ces couples pendant près de cinq ans. Ou plutôt pour avoir refusé de modifier l’attribution cantonale afin de leur permettre de vivre ensemble. Les sept juges ont à l’unanimité souligné que la Suisse avait violé l’article 8 («droit au respect de la vie privée et familiale») de la Convention européenne des droits de l’homme. Avant ces arrêts, l’ODM avait rarement été épinglé par Strasbourg.

Les deux requérantes, Zaid Agraw, 38 ans, et Rahel Mengesha Kimfe, 36 ans, seront indemnisées chacune à hauteur de 5000 euros (6843 francs) pour tort moral, en plus d’autres défraiements. Les Ethiopiennes et leurs futurs époux sont arrivés illégalement en Suisse entre 1994 et 1998, pour déposer une demande d’asile. Les deux femmes ont été attribuées administrativement aux cantons de Berne et de Saint-Gall; les hommes au canton de Vaud. Hébergés dans différents centres d’accueil alors qu’ils n’étaient pas encore mariés, aucun des quatre n’a obtenu l’asile. Mais voilà: leur expulsion s’est avérée impossible, les autorités éthiopiennes refusant de reprendre leurs concitoyens.

Retour à Saint-Gall, menottée

Les deux femmes épouseront leurs compagnons éthiopiens rencontrés dans l’intervalle, en 2002 et 2003, à Lausanne. Mais l’ODM refuse de les transférer dans le canton de Vaud au motif qu’«un changement d’attribution cantonale est exclu pour des requérants d’asile déboutés dont le délai de départ initialement fixé pour quitter la Suisse était échu». Dans la décision concernant Zaid Agraw, les autorités suisses soulignent par ailleurs que les époux savaient, au moment de se marier, qu’ils ne pourraient pas séjourner ensemble en Suisse.

Après son mariage, Rahel Mengesha a principalement vécu avec son époux à Lausanne, illégalement. Mais elle était passible d’une sanction pénale pour séjour illégal lorsqu’elle lui rendait visite. Et sa décision de ne pas séjourner dans le canton de Saint-Gall a eu des conséquences pratiques importantes, comme la suspension de l’aide sociale. Convoquée en décembre 2003 à l’hôtel de police de Lausanne, elle a été reconduite sur-le-champ à Saint-Gall, menottée. «Sans avoir pu passer par le domicile de son époux pour y préparer le voyage ou se changer», précise l’arrêt. Sa demande de regroupement familial, d’abord refusée, ne sera acceptée qu’en 2008. Pendant cinq ans, elle n’a ainsi, en théorie, pas eu le droit de vivre légalement avec son mari.

Zaid Agraw a connu un sort similaire. En 2005, elle a mis un enfant au monde, qui a vécu avec elle dans le canton de Berne. Et donc séparé du père. Elle n’a obtenu une autorisation de séjour dans le canton de Vaud qu’en 2008, l’ODM ayant considéré son droit à l’unité de la famille.

Affaire d’un mort-né en 2008

La Cour admet que les autorités suisses ont intérêt, dans une certaine mesure, à ne pas modifier le statut des demandeurs d’asile déboutés. Mais pour la CEDH, la séparation prolongée a, dans ces affaires, constitué une «restriction grave à la vie familiale». D’autant que les deux couples ne pouvaient envisager, et pour longtemps, de «développer une vie familiale en dehors du territoire suisse», l’exécution de leur renvoi s’étant révélée impossible en raison du blocage systématique de la part des autorités éthiopiennes au rapatriement de leurs concitoyens.

L’ODM va-t-il désormais changer sa pratique et permettre aux requérants qui se marient après leur arrivée en Suisse d’être attribués à un même canton? Réponse prudente du porte-parole Jonas Montani: «L’ODM va étudier le jugement de la CEDH, en incluant la décision de l’époque de notre office et un éventuel verdict du Tribunal administratif fédéral. Nous déciderons après cette analyse si un changement de pratique est nécessaire.»

Par le passé, l’ODM s’était rarement fait taper sur les doigts par la Cour européenne des droits de l’homme. En 2000, la CEDH a, dans le cadre d’un accord à l’amiable passé avec la Suisse, permis le réexamen du dossier d’une Congolaise, dont la demande d’asile avait été rejetée alors qu’elle était atteinte du sida, de l’hépatite B et de la tuberculose. Avec cet accord à l’amiable, la Suisse a pu éviter d’être épinglée.

Elle n’a par contre pas échappé à une condamnation en février 2008. La CEDH a alors donné raison à une requérante d’asile algérienne, dont l’enfant mort-né a été enterré sans cérémonie à Buchs (AG) en 1997, en son absence. La mère a déposé plainte pour abus d’autorité et atteinte à la paix des morts.

Valérie de Graffenried dans le Temps

Berne sursoit au renvoi de l’ex-policier chinois vers l’Italie

Coup de théâtre dans l’affaire Abudureyimu. Après son refus d’embarquer sur un vol à destination de Rome, il pourrait bénéficier d’une procédure d’asile. Il est de retour à Neuchâtel.

«La police m’a dit: à Rome tu seras libre. J’ai dit non, que j’utiliserai des moyens extrêmes pour ne pas y aller. Alors la police m’a dit: tu peux ne pas aller à Rome, mais tu dois retourner à Neuchâtel.» Joint par téléphone au centre de détention administratif de Frambois près de l’aéroport de Genève, Nijiati Abudureyimu avait l’espoir hier soir qu’un nouveau chapitre puisse s’ouvrir pour lui en Suisse.

Après son refus le matin même d’embarquer volontairement sur un vol à destination de Rome, l’ex-policier chinois d’origine ouïgoure qui dénonce un trafic d’organes sur les condamnés à mort dans son pays (LT du 28.07.2010) ne peut plus être renvoyé vers l’Italie, son premier pays de transit en Europe où il s’estime en danger du fait de la présence d’une forte communauté chinoise et du manque de structures d’accueil. Le délai de réadmission vers ce pays, en accord avec la procédure dite de Dublin, expirait en effet le 29 juillet.

Les portes de l’asile s’ouvrent-elles pour autant à ce témoin sensible dont l’Office fédéral des migrations (ODM) avait refusé d’examiner la requête en raison de questions de procédure? Pas encore. «Il y a désormais deux possibilités, explique Michael Glauser, le porte-parole de l’ODM. Nous allons d’abord réexaminer la possibilité de faire une demande d’un nouveau délai de renvoi auprès de l’Italie. Si elle accepte nous organiserons un nouveau vol. Si elle refuse, nous entrerons alors dans une procédure d’asile.» S’il n’obtient pas l’asile, Nijiati Abudureyimu devrait théoriquement être renvoyé vers la Chine. Débordée, l’Italie ne répond jamais aux sollicitations de la Suisse pour des réadmissions de demandeurs d’asile dans le cadre des accords de Dublin.

Le conseiller d’Etat Frédéric Hainard, responsable des questions de migrations à Neuchâtel, a décidé hier en fin de journée de placer Nijiati Abudureyimu dans l’un des deux centres d’accueil de requérants de son canton, estimant qu’il ne pouvait pas le priver davantage de sa liberté (lire ci-dessous).

«Il s’agit manifestement de quelqu’un qui doit obtenir l’asile, estime Yves Brutsch, le porte-parole pour les questions d’asile du Centre social protestant (CSP) de Genève. S’il devait être renvoyé en Chine, il serait menacé de persécution. Il a des choses importantes à dire à la communauté internationale. C’est un cas particulier.» Yves Brutsch rappelle que même dans le cadre des accords de Dublin la Suisse peut très bien traiter la demande d’un tel requérant. «C’est une question de volonté politique», poursuit Yves Brutsch.

Michael Glauser n’était pas en mesure hier de dire si d’autres Chinois ou Ouïgours avaient par le passé bénéficié de l’asile en Suisse. Il précise toutefois que le cas de Nijiati Abudureyimu ne peut pas être comparé à celui des deux Ouïgours, anciens détenus de Guantanamo, que la Confédération avait accepté d’accueillir en début d’année à la demande des Etats-Unis. «Il s’agit de deux procédures différentes, nous expliquait-il dans un mail la semaine dernière. Le Conseil fédéral avait décidé d’accueillir à titre humanitaire deux Ouïgours de nationalité chinoise qui étaient détenus depuis plusieurs années par les Etats-Unis à Guantanamo sans avoir été accusés ni condamnés afin de contribuer à la fermeture du camp américain, camp qu’il avait précédemment jugé comme étant non conforme au droit international.»

Peut-on parler avec Nijiati Abudureyimu d’un cas humanitaire? C’est ce que l’ex-policier défend. Il est venu en Suisse, explique-t-il, pour chercher protection et pouvoir témoigner de ce qu’il a vu sur les champs d’exécution de condamnés à mort à Urumqi, le chef-lieu de la Région autonome du Xinjiang peuplée de musulmans au nord-ouest de la Chine.

«Je ne sais pas ce qui va se passer maintenant, expliquait hier soir Nijiati Abudureyimu. Mon retour à Neuchâtel est une bonne nouvelle. Mais il me faut un avocat et j’ai besoin de 3000 francs.»

Frédéric Koller dans le Temps

«Je suis favorable à ce qu’il obtienne l’asile à Neuchâtel»

Frédéric Hainard est pessimiste sur les chances de l’ex-policier chinois de rester en Suisse.

Trop heureux de pouvoir détourner l’attention des accusations d’abus de pouvoir portées contre lui (qui font l’objet d’une commission d’enquête parlementaire), le conseiller d’Etat neuchâtelois suit avec intérêt l’affaire Abudureyimu alors qu’il est en vacances.

Le Temps: pourquoi avez-vous décidé de reprendre Nijiati Abudureyimu?

Frédéric Hainard: Il n’a pas voulu embarquer dans l’avion. Le commandant de bord a donc refusé de le prendre. Il n’était plus possible d’attendre un autre vol avec un accompagnement de deux policiers. Le délai de renvoi étant dépassé, il fallait éviter qu’il reste dans un centre de détention. Je suis fâché contre l’ODM qui nous a averti trop tard sur la date butoir pour le renvoyer.

– Que va-t-il se passer?

– Le traitement du dossier relève entièrement de la compétence de l’ODM. Notre canton n’a aucun moyen d’intervenir. C’est un immense problème car il s’agit d’un cas de non-entrée en matière (NEM). Soit Berne décide de l’expulser vers la Chine. Soit, et ce serait exceptionnel, l’ex-policier bénéficie d’une décision d’admission provisoire ou du droit d’asile.

– Pourquoi exceptionnel?

– Car en général les Chinois ou les Ouïgours n’obtiennent pas l’asile en Suisse. Je suis curieux de savoir quelle sera la décision de l’ODM car il devra en assumer la responsabilité. J’attends cela avec impatience. Soit c’est le renvoi, soit c’est l’autorisation de séjour: c’est manichéen.

– Etes-vous pessimiste sur les chances du requérant?

– Sur la base des expériences passées je suis pessimiste. Mais peut-être l’ODM changera pour une fois de position. En cas de refus, Neuchâtel va se prendre dans les gencives un renvoi vers la Chine.

– Que feriez-vous si vous deviez choisir?

– A titre personnel, je suis favorable à ce qu’il obtienne l’asile à Neuchâtel. Il n’a jamais troublé l’ordre public et il semble que c’est un témoin important.

jeudi 29 juillet 2010

Trafic d’organes en Chine: Berne justifie l’expulsion du dénonciateur

Alard du Bois-Reymond, directeur de l’Office fédéral des migrations, ne voit aucun problème au transfert de Nijiati Abudureyimu. Frédéric Hainard renvoie la balle à Berne.

La publication dans nos colonnes du témoignage de Nijiati Abudureyimu, l’ex-policier chinois qui dénonce un trafic d’organes sur les condamnés à mort dans son pays (LT du 28.07.2010), suscite de nombreuses réactions, en particulier dans les milieux associatifs. Un groupe de soutien a été créé sur Facebook: «Non au renvoi de Nijiati Abudureyimu en Italie». La demande d’asile en Suisse de l’ex-policier a été refusée par Berne au titre des accords de Dublin. Le Chinois a été transféré mercredi de la prison de La Chaux-de-Fonds vers Genève en vue d’un renvoi vers l’Italie (où il se dit en danger), son premier pays d’arrivée en Europe.

Le conseiller d’Etat Frédéric Hainard, responsable des questions d’asile à Neuchâtel, canton dans lequel Nijiati Abudureyimu avait été placé par l’Office fédéral des migrations (ODM), explique qu’il est «sensible» à ce cas, mais que seul Berne peut encore intervenir pour stopper le processus de son renvoi. «Si, dans la balance, il y avait le choix entre un renvoi vers l’Italie ou vers la Chine, alors je pense que le choix de l’Italie est adéquat», explique Frédéric Hainard. Pour des raisons humanitaires, le conseiller d’Etat aurait pu différer le renvoi du requérant, pour lequel une décision de non-entrée en matière a été confirmée par le Tribunal administratif fédéral (TAF). Le risque était toutefois que l’ODM confirme son refus et que l’Italie refuse d’accueillir Nijiati Abudureyimu, le délai de son transfert n’ayant pas été respecté. La Suisse aurait alors dû théoriquement le renvoyer vers Pékin.

Alard du Bois-Reymond, directeur de l’ODM, confirme que c’est une possibilité. D’autres requérants d’asile chinois déboutés ont déjà été renvoyés vers leur pays. Chaque cas fait l’objet d’un traitement particulier et les Etats européens doivent respecter le principe de la Cour européenne des droits de l’homme selon lequel on ne peut refouler une personne en cas de mise en danger. Or Nijiati Abudureyimu affirme détenir des informations très sensibles sur le système secret d’exploitation des organes des condamnés à mort en Chine. Il règne par ailleurs dans sa province d’origine, le Xinjiang, un climat de très forte répression à l’égard de l’ethnie ouïghoure, dont il est issu.

A la lumière d’autres cas de requérants déboutés sur la base des accords de Dublin, Frédéric Hainard déplore la rigidité de l’ODM: «Je suis partisan d’une politique ferme, mais on doit être sûr que la chaîne présente des garanties suffisantes. Avec l’Italie, ce n’est pas le cas.» Le Neuchâtelois a sollicité un entretien avec la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, qui n’a pas donné suite. Il rencontrera bientôt le directeur de l’ODM pour évoquer des situations de mineurs et de familles avec plusieurs enfants particulièrement problématiques.

«Il n’y a pas de problèmes avec l’Italie que je sache», explique Alard du Bois-Reymond, qui estime que Nijiati Abudureyimu n’est pas plus en danger dans ce pays qu’en Suisse. L’ex-policier chinois se dit menacé par des espions de Pékin, en particulier en Italie, et expliquait avant sa détention administrative, mardi, que sa famille restée au Xinjiang était l’objet de menaces régulières.

Mélanie Müller-Rossel, juriste au secteur migration du Centre social protestant (CSP) du canton de Neuchâtel, ne partage pas l’optimisme de l’ODM: «Les autorités fédérales ne tiennent pas compte de la situation en Italie en matière d’accès à une procédure d’asile et un accueil digne de ce nom, malgré les dénonciations de nombreuses ONG. Elles se contentent d’invoquer le fait que l’Italie a signé des conventions internationales. L’ODM applique de façon très carrée les accords de Dublin alors même que ces derniers prévoient une clause de souveraineté qui permet aux Etats de traiter des cas de demandes d’asile même si le requérant est d’abord passé par un pays tiers de la zone Schengen. L’ODM n’y recourt pas alors que c’est son pouvoir discrétionnaire. C’est un système très dur.»

Le CSP de Neuchâtel, qui a brièvement rencontré Nijiati Abudureyimu, lui a transmis des adresses pour une aide juridique en Italie. La juriste craint toutefois que celles-ci soient encore plus surchargées qu’en Suisse vu l’afflux massif de demandes.

Frédéric Koller dans le Temps

mercredi 28 juillet 2010

Au coeur d’un trafic d’organes, un ex-policier témoigne

Il menait les condamnés à mort au peloton d’exécution avant qu’on leur prélève des organes. Il veut témoigner. Personne n’en veut en Europe. La Suisse le renvoie en Italie.

Nijiati

Mardi matin, 8 h 06. Nijiati Abudureyimu lance un dernier appel de son téléphone portable: «La police est là avec un véhicule. Ils vont m’emmener en prison. Cela recommence comme en ­Norvège. Je n’irai pas en Italie!» Quelques minutes plus tard, son téléphone est sur répondeur automatique. Le sort de ce Chinois qui affirme que sa vie est menacée par les services secrets de son pays est une nouvelle fois scellé.

Au début du mois, le Tribunal administratif fédéral a confirmé la non-entrée en matière (NEM) notifiée plus tôt par l’Office des migrations (ODM) envers ce requérant d’asile en vertu de l’Accord de Dublin selon lequel les réfugiés doivent s’adresser aux autorités du premier pays par lequel ils ont transité pour gagner l’Europe. Pour Nijiati Abudureyimu, c’était Rome, il y a près de deux ans. La police neuchâteloise venue l’arrêter au centre d’accueil de Fontainemelon, où il résidait depuis plusieurs mois, le remettra ce mercredi à ses collègues genevois qui l’embarqueront dans les vingt-quatre heures dans un avion en direction de la capitale italienne. Un endroit où il se dit en danger de mort.

Xinjiang Lundi, sur une terrasse neuchâteloise, Nijiati Abudureyimu, ex-membre de l’équipe numéro 1 du détachement numéro 1 du régiment numéro 1 de la police spéciale d’Urumqi, expliquait au Temps son étonnant parcours. Celui d’un sbire qui a durant quatre ans (de 1993 à 1997) accompagné des condamnés à mort du chef-lieu de la Région autonome du Xinjiang (région musulmane du nord-ouest de la Chine) au peloton d’exécution. Celui surtout d’un homme qui affirme détenir des ­informations ultra-confidentielles sur la façon dont certains de ces mêmes condamnés subissaient des prélèvements d’organes destinés à un vaste marché très lucratif pour les autorités locales (lire sa déposition à l’ODM, ci-dessous).

Si ce trafic n’est pas inconnu des spécialistes de la Chine, il est très mal documenté. Officiellement, Pékin affirme respecter les normes internationales en matière de don d’organe et nie tout commerce de ce genre. En août 2009, toutefois, le très officiel China Daily citait des experts affirmant que deux tiers des dons d’organes en Chine provenaient en réalité de condamnés à mort.

Rongé par ce passé, révolté contre le Parti communiste chinois qui organise ce système, Nijiati Abudureyimu veut témoigner. Il voulait se rendre à Genève pour raconter son histoire devant l’ONU, pas pour être refoulé de Suisse. «Ce n’est pas l’asile que je cherche. Je ne suis pas un nationaliste ouïgour. Je suis un musulman qui croit en Dieu. Et quand je le rejoindrai, je veux pouvoir lui dire: j’ai tout tenté pour faire savoir au monde ce qui se passe dans les prisons chinoises.»

Ethan Gutmann, chercheur à la Fondation américaine pour la défense des démocraties qui a longuement enquêté sur la question des prélèvements d’organes sur des prisonniers du mouvement sectaire Falungong, interdit en Chine, estime qu’il s’agit d’un témoin central. «Tout témoin provenant de l’appareil sécuritaire est extrêmement rare et précieux, particulièrement s’il provient d’une région sensible comme le Xinjiang et s’il a des informations sur un sujet aussi sensible que les prélèvements d’organes.»

Le chercheur américain affirme détenir le récit d’un docteur ouïgour, également de la région d’Urumqi, qui corrobore les dires de Nijiati Abudureyimu. Un spécialiste européen du Xinjiang, qui préfère ne pas être cité dans le cadre de cet article, estime également que ce récit est plausible. Il arrive souvent que les familles de l’un des condamnés à mort ne puissent pas récupérer son cadavre. Elles évoquent alors deux possibilités: les autorités veulent cacher les actes de tortures ou il s’agit de trafic d’organes. Mais les preuves formelles sont inexistantes.

Alerté par Le Temps sur le contenu particulier du témoignage de Nijiati Abudureyimu et des risques qu’il encoure, l’ODM se retranche derrière la procédure administrative courante. «Puisque l’Italie est l’Etat compétent devant mener la procédure d’asile dans le cas présent, tous les moyens de preuve et documents déposés vont être remis à disposition des autorités italiennes», explique son porte-parole Michael Glauser.

Pour Nijiati Abudureyimu, l’Italie est pourtant synonyme d’«enfer». Pour le comprendre, il faut reprendre le fil de l’histoire depuis son commencement. Après avoir travaillé dix ans pour la brigade spéciale de la police d’Urumqi, l’agent de l’Etat chinois donne sa démission. Il vit par la suite de commerce jusqu’au jour où, sous le coup de l’alcool dans un restaurant, il rétorque qu’un rein coûte 300 000 yuans (47 000 francs) et non pas 30 000 yuans comme l’affirme un médecin.

D’anciens contacts à la police lui conseillent alors de fuir le pays et lui fournissent un passeport. Il s’installe dans un premier temps chez un cousin à Dubaï en 2007. Menacé par des espions chinois, dit-il, il décide d’émigrer en Europe. L’Italie lui délivre un visa Schengen et il achète un billet d’avion pour la Norvège. Le 12 septembre 2008, il transite par Rome où il passe une nuit avant de gagner Oslo.

En Norvège, il est placé dans différents centres de réfugiés sans obtenir d’assistance légale malgré le dépôt d’une première demande d’asile. Au contraire, il se retrouve menacé par d’autres Ouïgours placés dans le même camp qu’il décrit comme des agents de Pékin. La preuve? Deux mois après ces menaces, son père meurt dans des circonstances étranges. Les autorités norvégiennes, toujours selon le principe de Dublin, renvoient Nijiati Abudureyimu vers l’Italie en juin 2009. Là, il croupit durant cinq mois d’un camp d’accueil à l’autre, sans aucune aide, tout en déposant une deuxième demande d’asile. Un jour, en Sicile, il observe un Chinois qui le prend en photo avec son téléphone portable. Persuadé d’être à nouveau traqué par les services chinois, il décide de s’enfuir vers la Suisse où il arrive le 9 novembre 2009 et dépose sa troisième demande d’asile.

Pourquoi l’Italie serait-elle plus dangereuse? «Rien qu’à Rome il y a 300 000 Chinois et je suis le seul Ouïgour. Comment n’y aurait-il pas d’espions, bien sûr qu’il y en a!» Paranoïaque, Nijiati Abudureyimu? Certainement. L’homme, extrêmement nerveux, vit sous ­anxiolytiques et reconnaît avoir «plongé dans l’alcool pour surmonter toute cette pression». Mais après avoir travaillé dix ans pour les services de sécurité de la République populaire, il a sans doute de bonnes raisons de l’être. Ethan Gutmann, qui a pu le rencontrer l’an dernier en Italie, ne doute pas que «sa sécurité physique est en question».

A ce jour, l’Italie n’a toujours pas répondu à la requête de l’ODM «aux fins d’admission du requérant en vertu de l’article 16.1c du règlement Dublin». Ce n’est pas une exception. L’Italie ne répond jamais, mais cela est considéré par Berne comme un accord «implicite». Le tribunal administratif fédéral reconnaît pour sa part que le «système italien d’assistance aux requérants d’asile se trouve critiqué au sujet des conditions de séjour», mais refuse toute dérogation. Débordés de demandes d’aide, Caritas et le Centre social protestant de Neuchâtel n’ont pas pu apporter d’aide juridique à Nijiati Abudureyimu. Thierry Müller, le chef de l’Office social de l’asile du canton de Neuchâtel, explique que seul Frédéric Hainard pourrait encore agir en faveur de l’ex-policier. En vacances, le conseiller d’Etat neuchâtelois n’était pas joignable hier.

Nijiati Abudureyimu accuse ces pays européens qui se font les complices de Pékin en se renvoyant la balle. «S’ils viennent me chercher, les policiers pourront envoyer mon cadavre en Italie. C’est très simple pour moi, j’ai été formé à cela», nous expliquait-il lundi en faisant le geste de se trancher la gorge.

Frédéric Koller dans le Temps

“Je ne pouvais plus le supporter. C’était à vomir”

Nijiati Abudureyimu décrit son job de policier à un agent de l’Office fédéral des migrations.

Dix-huit jours après son entrée illégale en Suisse, le 9 novembre 2009, Nijiati Abudureyimu est interrogé par un agent de l’Office fédéral des migrations (ODM). Voici un extrait de cet entretien dont Le Temps s’est procuré une copie, dans lequel l’ex-policier décrit son travail et évoque l’extraction d’organes sur des condamnés à mort alors qu’ils sont encore cliniquement en vie.

Question de l’agent: De quand datent les informations dont vous disposez?

Nijiati Abudureyimu: Elles datent des années 1990, précisément de1993, lorsque j’ai été transféré dans cette prison pour apporter mon aide. Il était prévu qu’il s’agirait d’une mutation provisoire. Quand je suis arrivé, un supérieur m’a averti que je devais me taire à propos de tout ce que je voyais et entendais, afin que personne de l’extérieur n’apprenne quoi que ce soit. Dans son bureau il y avait un poster au mur sur lequel figuraient les directives de travail, par exemple: «Les questions que l’on n’a pas le droit de poser ne doivent pas être posées.» On ne m’a rien dit. Mais avec le temps, quand on observe le tout, les choses deviennent claires.

– Qu’avez-vous observé concrètement?

– (Pleurs). Il est question de prélèvements d’organes sur des corps vivants. A savoir le cœur, les reins, les yeux, qui sont prélevés et vendus à bon prix.

– Pouvez-vous m’expliquer comment se passait ce que vous avez observé?

– Chaque mois, un nombre relativement élevé de personnes sont exécutées, parfois de très jeunes gens. Dans la plupart des cas, c’étaient des hommes comme moi, très vigoureux et sains, qui étaient condamnés à mort. Normalement, les peines de mort sont exécutées très rapidement. Les condamnés n’apprennent que la veille dans l’après-midi le jour de leur exécution qui intervenait le lendemain. Ils n’ont aucune possibilité de prendre un avocat. A 16 heures, quelqu’un vient du tribunal avec le document prononçant la peine de mort, l’ouverture est filmée. La personne sait ensuite de quoi il s’agit. La première fois que j’ai emmené un homme, j’ai vu à quel point il était effrayé. Il avait de la peine à tenir sur ses jambes. Le matin suivant, quand il devait être exécuté, il a demandé pourquoi il avait reçu une injection. Je ne savais rien de tout cela. J’ai appris par la suite qu’on allait lui prélever un organe. Plus tard, dans des cas similaires, j’en ai eu la confirmation.

– Avez-vous su après coup qu’il en avait été ainsi avec cet homme?

– L’ambulance qui est venue l’a confirmé, le chauffeur étant un de mes amis.

– Où a lieu l’exécution?

– En périphérie d’Urumqi, dans une région montagneuse. On ne fait que tirer sur le condamné à mort de manière à ce qu’il reste vivant. Toutes les personnes impliquées ont fait les préparatifs nécessaires. Ils embarquent violemment le prisonnier dans l’ambulance et le conduisent à vive allure à l’hôpital et c’est là qu’a lieu le prélèvement.

– Avez-vous assisté à l’une de ces exécutions dans la montagne?

– Oui, plusieurs fois.

– A quel titre?

– C’était mon travail.

– Quelle était précisément votre tâche?

– Comme personne voulait le faire, mon chef m’a envoyé là-bas.

– Répétition de la question.

– J’enlevais les bracelets aux pieds des condamnés et les ramenais pour les prochaines personnes à exécuter.

– A quelle fréquence avez-vous participé à ces exécutions?

– De une à neuf exécutions par mois au moins.

– Quand a eu lieu la dernière exécution à laquelle vous avez assisté?

– En 1997.

– Pourquoi n’étiez-vous plus en service à partir de 1998?

– Vous auriez supporté cela plus longtemps, vous? Moi, je ne pouvais plus le supporter. C’était à vomir.

– Avez-vous démissionné?

– Oui. J’ai démissionné. La police m’a ensuite observé pendant deux ans.

– Avez-vous reçu personnellement des menaces des autorités jusqu’à votre départ, indépendamment des avertissements de vos amis?

– Peu après ma démission, mon ancien supérieur m’a parlé. Il m’a averti que je devais réfléchir à deux fois avant de parler.

Stéphane Bussard dans le Temps

mercredi 21 juillet 2010

Alsace: tombes juives profanées

Vingt-sept tombes du cimetière israélite de Wolfisheim (Bas-Rhin) ont été profanées, a-t-on appris mercredi. Il s'agit du troisième acte de vandalisme de ce type dans la région depuis le début de l'année.

profanation tombes juives alsace

Les faits se sont produits entre dimanche et mercredi. A Wolfisheim, dans le Bas-Rhin, 27 tombes appartenant au cimetière israélite de la ville ont été profanées. Aucune inscription n'a été découverte, mais plusieurs stèles ont été renversées ou brisées, révèlent Les Dernières nouvelles d'Alsace, mercredi, sur son site internet. Toujours dans les colonnes du quotidien alsacien, un responsable local de la communauté juive précise que "les tombes les plus anciennes dressées verticalement avec des pierres assez faciles à faire tomber" ont été principalement abîmées. Des sépultures d'enfants n'ont pas été épargnées par cet acte de vandalisme, commis dans une nécropole qui compte entre 120 et 130 stèles.

Pour l'heure, aucune piste n'est privilégiée par les enquêteurs de la brigade de recherche de la gendarmerie de Strasbourg, chargés de l'enquête. Des relevés ont été effectués, alors que ce saccage est peut-être à mettre en relation avec d'autres dégradations commises dans la région ces derniers mois. Le 29 juin dernier, 18 tombes musulmanes avaient été profanées au cimetière de la Robertsau, près de Strasbourg. Aucun tag ou inscription n'avait été retrouvé. En début d'année, plus de trente tombes juives avaient été abîmées dans le cimetière d'un quartier strasbourgeois. Là, une croix gammée avait été dessinée sur 18 stèles.

Interrogé par France Bleu Alsace, Pierre Lévy, le délégué régional du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a témoigné mercredi d'"un spectacle à la fois impressionnant et triste". Parlant d'un "saccage méthodique", le responsable a qualifié cet acte de "choc pour la communauté juive mais aussi pour tous".

Trouvé dans le Journal du Dimanche