Trouvé dans 24 Heures
mardi 29 juin 2010
Le Nigérian renvoyé est mort d’un arrêt du coeur
Les circonstances du décès étant éclaircies, les renvois vont reprendre dès juillet.
Le Nigérian décédé le 17 mars lors de son renvoi forcé à l’aéroport de Zurich est mort d’un arrêt cardiaque: c’est la conclusion du rapport d’autopsie publié hier par le Ministère public du canton de Zurich. Agé de 29 ans, cet homme souffrait d’une maladie grave du cœur qui n’avait pas été diagnostiquée. Elle n’est «pratiquement pas» détectable lorsque le patient est vivant, précise le rapport.
L’arrêt cardiaque est à mettre en lien avec la grève de la faim que le Nigérian avait observée et à son agitation au moment de son renvoi. L’homme avait été ligoté de force. Ces conclusions ont été transmises à sa famille. Interrompus en mars à la suite de ce décès, les vols spéciaux pour exécuter les renvois forcés vont reprendre: le premier, vers l’Afrique, est prévu en juillet, a indiqué l’Office fédéral des migrations (ODM).
Durant ce délai, l’ODM a analysé la situation avec les cantons et pris des dispositions afin d’améliorer la sécurité. Ainsi, une équipe médicale sera du voyage et les cantons devront transmettre les données de santé des personnes à renvoyer.
Mesures insuffisantes
Pour Augenauf, ces dispositions ne donnent aucune garantie que des décès ne se reproduiront plus. L’association alémanique de défense des droits humains exige l’arrêt des renvois forcés. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) demande depuis longtemps non seulement une équipe médicale dans les vols spéciaux, mais aussi des observateurs indépendants, a déclaré le porte-parole Adrian Hauser.
Pour Amnesty International, des méthodes de ligotage dangereuses pour la santé et la vie ont été appliquées le 17 mars, selon les témoignages de certains passagers de l’avion. Cette pratique doit être examinée par une instance indépendante.
ATS
lundi 28 juin 2010
Les renvois reprendront en juillett
Nigérian mort à Zürich: une crise cardiaque
Le Nigérian décédé le 17 mars lors de son renvoi forcé à l'aéroport de Zurich est décédé d'un arrêt cardiaque. C'est la conclusion du rapport d'autopsie publié lundi par le Ministère public du canton de Zurich. Les renvois forcés reprendront en juillet.
Le Nigérian de 29 ans souffrait d'une maladie grave du coeur qui n'avait pas été diagnostiquée. Cette maladie n'est "pratiquement pas" détectable lorsque le patient est vivant, précise le rapport d'autopsie. La mort est due à un arrêt cardiaque à mettre en lien avec la grève de la faim que le Nigérian avait observée et à son agitation au moment de son renvoi forcé.
L'homme avait été ligoté de force pour le faire monter dans l'avion. Les conclusions du rapport ont été transmises aux membres de sa famille. Les vols spéciaux pour exécuter les renvois forcés ont été interrompus après la mort du Nigérian. L'Office fédéral des migrations (ODM) a annoncé en mai leur reprise progressive.
L'ODM a analysé la situation avec les cantons et annoncé des mesures. Ainsi, une équipe médicale sera du voyage lors de vols spéciaux et les cantons devront transmettre les données médicales des personnes à renvoyer. Pour "augenauf", ces mesures ne donnent aucune garantie que des décès ne se reproduiront plus lors d'expulsion. L'association alémanique de défense des droits humains exige l'arrêt des renvois forcés.
ATS
Allemagne: des tests QI envisagés pour les immigrants
Des responsables du parti conservateur de la chancelière allemande Angela Merkel ont préconisé des tests de QI pour les immigrants. Ils estiment que le regroupement familial ne doit plus être le seul critère d'immigration.
"Nous devons poser des critères qui servent vraiment à notre Etat. Outre une bonne formation et une qualification professionnelles, l'intelligence doit entrer en considération. Je suis pour des tests d'intelligence", a affirmé dans le quotidien "Bild" Peter Trapp, un membre de la CDU de Mme Merkel.
Un autre responsable conservateur, Markus Ferber, membre de la CSU, aile bavaroise de la CDU, a prôné l'exemple canadien et s'est dit en faveur d'une harmonisation de la politique d'immigration européenne.
"Le Canada est bien plus avancé en la matière et exige des enfants d'immigrés un quotient intellectuel plus élevé que celui des enfants locaux. Les raisons humanitaires comme le regroupement familial ne peuvent être à la longue le seul critère d'immigration", a-t-il fait valoir.
A l'instar d'autres partenaires européens, l'Allemagne impose des tests de langue à ses candidats à la nationalité allemande mais aussi des tests destinés à prouver leurs connaissances de l'ordre social et juridique allemand.
En 2009, 734'000 personnes ont émigré tandis que 721'000 ont immigré dans la première économie européenne, principalement des Polonais et des Roumains.
Au début des années 2000, plus de 800'000 personnes par an immigraient en Allemagne, selon l'office des statistiques allemand.
ATS
dimanche 27 juin 2010
Apprentis sans-papiers: pressions contradictoires sur l’Etat
Sept communes et un syndicat prient l'Etat de délivrer des permis de travail aux jeunes clandestins. L'UDC contre-attaque. Un article de Rachad Armanios dans le Courrier.
L'UDC invite l'Etat à ne pas se mettre hors la loi dans le dossier des apprentis sans-papiers. Le groupe parlementaire a déposé une proposition de résolution en réaction à l'initiative de sept communes qui ont demandé au Conseil d'Etat d'assouplir sa pratique en délivrant aux jeunes sans-papiers des autorisation temporaires de travail. La Ville de Genève, Carouge, Onex, Vernier, Meyrin, Lancy et Plan-les-Ouates ont en effet adressé une résolution au président du Conseil d'Etat François Longchamp. L'UDC propose au Grand Conseil d'inviter l'exécutif cantonal à ne pas entrer en matière. Elle en appelle au respect de l'ordre juridique et refuse que «les personnes séjournant illégalement dans notre pays» soient «récompensées». Le parti ne veut pas non plus défavoriser nos jeunes concitoyens frappés par le chômage.
Il ne faudrait pas permettre, «on ne sait trop comment, que des personnes dépourvues d'autorisation de séjour puissent être embauchées, de surcroît par une collectivité publique!»
Mais si l'UDC ne sait pas trop comment, lesdites communes ainsi que les syndicats ont une idée très claire de la méthode qui permettrait d'engager des apprentis sans-papier en toute légalité. Il s'agirait pour l'Office fédéral de la population de délivrer une autorisation de travail temporaire à ces jeunes dès lors qu'ils ont déposé une demande de régularisation humanitaire ou qu'ils ont entamé une procédure de regroupement familial.
Dans un courrier du 1er avril adressé au conseiller d'Etat en charge de l'Instruction publique Charles Beer, le syndicat SIT pointait déjà une inégalité de traitement entre les jeunes clandestins et leurs parents. Car ceux-ci reçoivent en effet des permis de travail provisoires lors du dépôt d'une demande d'autorisation de séjour à titre humanitaire. Le syndicat, dans son courrier, relève le cas d'une famille qui, au bout de la procédure, a reçu le précieux permis humanitaire de la part de l'Office fédéral des migrations. Mais le jeune, lui, n'a toujours pas pu commencer son apprentissage, contraint de façon absurde à rester oisif de longs mois.
Une autorisation de travail pour les jeunes durant le temps de la procédure se justifie d'autant plus que celle-ci dure souvent des années, finalement la durée d'un apprentissage, écrit en substance le SIT.
Le DIP se montre ouvert. En réponse au courrier du SIT, il a soumis la demande au service juridique de la Chancellerie à qui il a commandé une expertise. Encore en cours, elle permettra de fonder une réponse aux communes.
Sur le «blog de la maire», Sandrine Salerno plébiscite la solution des permis temporaires. D'autant plus que la magistrate se montre pessimiste sur la perspective d'une solution au niveau fédéral. Le Conseil des Etats a effectivement repoussé à septembre l'examen des motions en faveur de l'ouverture de l'apprentissage aux sans-papiers. Les sénateurs veulent savoir combien de jeunes sont concernés et combien coûterait leur accès à la formation: «Je crains que cette demande de complément d'information ne soit prétexte à enterrer le projet. Car déterminer combien de jeunes sans statut légal sont concernés, c'est mission impossible.»
samedi 26 juin 2010
Manifestation contre le racisme à Berne
Environ 5000 manifestants ont défilé à Berne pour demander une Suisse tolérante et soucieuse de la dignité des requérants d'asile. Dans le journal de la TSR
La double peine gravée dans le marbre
Le contre-projet voté par les Chambres pour faire barrage à l'initiative udéciste «pour le renvoi des étrangers criminels» inscrit le principe discriminatoire de la «double peine» dans la Constitution fédérale. Samedi, à Berne, une mobilisation nationale s'organise en faveur des droits des migrants. Un article de Jean-Michel Dolivo (*) dans le Courrier.
Le 10 juin 2010, le Conseil National comme le Conseil des Etats ont adopté, respectivement par 93 voix contre 88 et par 35 voix contre 6, le texte d'un contre-projet, intitulé «Expulsion et renvoi des criminels étrangers dans le respect de la Constitution», à l'initiative populaire de l'Union démocratique du centre (UDC) «pour le renvoi des étrangers criminels», dite l'initiative des «moutons noirs». La majorité des Chambres fédérales a choisi d'inscrire dans le marbre de la Constitution fédérale une disposition ouvertement discriminatoire à l'égard des étrangers, la double peine. Ce contre-projet sera opposé prochainement en vote populaire à la proposition de l'UDC. Un article constitutionnel qui, il est vrai, ne fera certainement pas tache, à côté de celui instituant l'interdiction de construire des minarets! Le contre-projet a été accepté au Conseil national grâce aux votes des élu-e-s du Parti socialiste suisse (PSS), qui, dans leur majorité, l'ont soutenu (20 pour, 16 non et 4 abstentions). Parmi ses partisans, au nom de la logique du moindre mal, ont voté «oui» des conseillers-ères nationaux du PSS comme les élu-e-s vaudois Josiane Aubert et Roger Nordmann – Ada Marra s'abstenant – l'élue genevoise Maria Roth-Bernasconi, ou encore le PDC vaudois Jacques Neirynck. Or le contre-projet du Conseil fédéral s'inscrit absolument dans la lignée de l'initiative udéciste. Il va même plus loin, sur certains points. Ainsi, par exemple, il dispose (art. 121b al. 2 let. a nouveau Cst.) que les étrangers sont privés de leur droit de séjour et renvoyés notamment lorsqu'«ils ont commis un assassinat, un meurtre, un viol, des lésions corporelles graves, un brigandage qualifié, une prise d'otage, un acte relevant de la traite qualifiée d'êtres humains, une infraction grave à la loi sur les stupéfiants ou une autre infraction passible d'une peine privative de liberté d'un an au moins et ont été, de ce fait, condamnés par un jugement entré en force».
En mentionnant, dans cette énumération, une infraction passible d'une peine privative de liberté d'un an au moins, le contre-projet propose non seulement une limite temporelle concernant la peine privative de liberté moindre que celle proposée par l'UDC, mais encore il se réfère à la «peine-menace» en relation avec l'infraction commise et non à la condamnation effective. Une personne pourra être privée de son permis C ou B et expulsée de Suisse pour un simple dommage à la propriété, pour un simple vol, pour calomnie, soustraction d'énergie ou entrave à la circulation publique! Toutes ces infractions, et d'autres, peuvent théoriquement être sanctionnées par une peine privative de liberté d'un an au moins. Il suffira pour être renvoyé d'avoir été condamné du chef de l'une d'entre elles.
La décision relative au renvoi, selon l'art. 121.b al. 3 nouveau Cst., devrait être prise «dans le respect des droits fondamentaux, des principes de base de la Constitution et du droit international, en particulier dans le respect du principe de proportionnalité». Déclaration alibi qui laisse une totale liberté d'appréciation aux autorités de police des étrangers, ce d'autant que le Conseil National a refusé, par 128 voix contre 59, un amendement proposé par les Verts visant à limiter l'automaticité du renvoi figurant à l'alinéa précédent. Le groupe parlementaire du PSS, dans sa majorité, a également refusé cet amendement!
Une partie des parlementaires qui ont soutenu le contre-projet l'ont fait parce qu'il prévoit d'introduire dans la Constitution une disposition (art. 121a) sur l'intégration. Du vent! Le but de l'intégration est fixé à l'alinéa premier, à savoir «la cohésion entre la population suisse et la population étrangère». De quelle cohésion parle-t-on? Celle, par exemple, qui devrait s'établir entre, d'une part, Daniel Vasella qui a reçu, en 2008, l'équivalent de 40,3 millions de francs (3 millions de salaire fixe en liquide, le «reste» en actions et en primes) et, d'autre part, cette immigrée, ouvrière d'origine kosovare travaillant dans une entreprise de boulangerie industrielle de la Broye vaudoise, qui, pour un plein temps, gagne moins de 3000 francs net par mois!
L'objectif d'intégration des étrangers est défini ensuite, dans le nouvel article constitutionnel, comme étant une tâche des collectivités publiques à tous les niveaux, la Confédération fixant en la matière les principes applicables et veillant à leur mise en oeuvre par les cantons.
Dans son tout récent «Rapport sur l'évolution de la politique d'intégration de la Confédération du 5 mars 2010 (ci-après: le Rapport)», le Conseil fédéral rappelle les critères qui, selon lui, permettent d'évaluer l'intégration dans le cadre de décisions relevant du droit des étrangers, à savoir le respect des valeurs fondamentales de la Constitution fédérale, le respect de la sécurité et de l'ordre publics, la volonté de participer à la vie économique et d'acquérir une formation et la connaissance d'une langue nationale (p. 22-23 du Rapport). Le nouvel article 121a du contre-projet reprend l'essentiel de cette définition. Le gouvernement relève aussi que «l'intégration est un processus réciproque qui requiert des efforts tant de la part des immigrants que de l'Etat et de la population suisse» (p. 35 du Rapport). Il persiste toutefois dans son Rapport (p. 48) à considérer que les règles générales du droit pénal et du droit civil existantes ainsi que les actes législatifs de droit public et les bases de droit international public offrent une «protection suffisante contre la discrimination».
Passe ainsi à la trappe toute perspective d'introduire une législation spéciale contre les discriminations à l'égard des étrangers, discriminations pourtant constatées quotidiennement, notamment en matière d'embauche, de conditions de travail, de logement, d'accès aux prestations publiques. Ce qu'il faudrait améliorer concerne uniquement des questions d'application!
Pour l'essentiel, ce sont les immigré-e-s qui doivent se rendre intégrables. Selon la formule du Conseil fédéral, s'ils-elles n'acceptent pas les exigences que l'on attend d'eux-elles, en particulier celle d'être une main d'oeuvre flexible sur le marché du travail, «la législation actuelle, notamment dans le domaine de l'aide sociale et des assurances sociales, offre déjà des possibilités de sanctions à l'encontre des personnes qui refusent de fournir les efforts pour s'intégrer sur le plan professionnel (Rapport, p.2)».
En adoptant ce nouvel article constitutionnel sur l'intégration dans le même mouvement que celui sur l'expulsion et le renvoi, la majorité des Chambres illustre parfaitement, s'il est besoin, ce qu'elle entend imposer aux immigré-e-s sous ce vocable: le droit de se taire et, si nécessaire, l'apprentissage du conformisme helvétique...
C'est dans un contexte particulièrement difficile pour les anti-racistes que va se dérouler la votation sur l'initiative UDC et le contre-projet du Parlement fédéral. Peur du chômage, pénurie de logements, attaques au maigre filet social existant, le climat est très favorable pour ceux qui font des étrangers les boucs émissaires de la détérioration des conditions de vie et de travail d'une majorité de la population. Dans la suite de la votation sur les minarets, le racisme a été alimenté par le débat sur le port du voile ou la burka. Les deux textes soumis au vote sont du même tonneau: ils assimilent étranger et criminalité. Ils imposent une double peine aux étrangers, qui a pour seul fondement celui que la personne condamnée n'est pas de nationalité helvétique. Et, sous prétexte de combattre la «délinquance étrangère», ils remettent en question des droits fondamentaux, le principe de l'individualisation de la peine ainsi que le droit à la vie privée et familiale.
La Cour européenne des droits de l'homme a pourtant développé toute une jurisprudence imposant aux Etats signataires de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH), dont la Suisse, de prendre en considération plusieurs facteurs avant de prononcer une expulsion. Initiative et contre-projet n'en tiennent nullement compte. L'initiative impose, en sus du renvoi, une interdiction de séjour pour une durée de cinq à quinze ans, voire même de vingt ans en cas de récidive. Deux textes nauséabonds qui multiplient les sanctions pénales et administratives et font de l'étranger un citoyen de seconde catégorie. I
Note : * Avocat, membre du Mouvement de lutte contre le racisme (MLCR), à Lausanne.
vendredi 25 juin 2010
Les enjeux de la réadmission des Subsahariens
L'ambassadeur, chef de la délégation de l'Union européenne (UE) au Maroc, Eneko Landaburu, a déclaré dernièrement que Rabat et Bruxelles s'apprêtent à signer un accord de réadmission des clandestins subsahariens ayant transité par le territoire national, en contrepartie Bruxelles s'engage à simplifier l'octroi aux Marocains des visas de longue durée. Si la question de la réadmission figure dans la déclaration finale du premier Sommet Maroc-UE, organisé en mars dernier à Grenade, elle parle seulement de «coopération pour le retour et la réadmission des migrants en situation irrégulière» et non de Subsahariens.
Au-delà de cette précision, certains observateurs indiquent que la réadmission ne peut être résolue sans associer Alger. «Les négociations de réadmission des Subsahariens doivent impliquer l'Algérie, d'où transitent environ 95% des immigrés vers le Maroc», lance Mehdi Lahlou, chercheur sur la question migratoire. Le projet de réadmission des clandestins dans leur pays d'origine fait partie de la politique d'externationalisation de la question migratoire. D'abord, l'UE a créé dans son espace des centres de rétention où les législations nationales ne s'appliquent pas. Mais face aux dénonciations de la société civile, Bruxelles a négocié des accords bilatéraux de réadmission avec l'Albanie en 2005 et Moldavie en 2007. La Turquie va aussi conclure un accord similaire avec l'UE. « Le Maroc à l'instar de la Turquie est partenaire de l'UE depuis les années 60 et il vient d'obtenir le statut avancé.
Le dénominateur commun de ces pays, c'est soit qu'ils ont un projet d'intégration ou bien ils sont candidats à long terme à l'UE comme la Macédoine et l'Ukraine. L'aspiration de ces Etats à adhérer un jour à l'UE est liée à des conditions : gouvernance, droits de l'Homme, migration, etc.», souligne Smail Kouttroub, professeur de droit international et responsable de l'axe de recherche « Migration et sécurité en Méditerranée occidentale » à l'Institut universitaire de recherche scientifique (IURS) de Rabat. Le Maroc ne devrait pas avoir honte de jouer le gendarme pour l'UE. Déjà Ankara exerce ce rôle au Moyen-Orient, les ex-républiques yougoslaves le remplissent en Europe centrale, etc. « Le Maroc qui a lié son avenir à l'UE doit partager avec elle ses soucis, ses préoccupations et son destin, il devra signer un jour l'accord de réadmission des clandestins sur son territoire. Mais en contrepartie, il doit demander l'accélération du processus d'intégration du Royaume à l'UE et l'instauration de la zone de libre-échange», ajoute M. Kouttroub. La mise en œuvre de l'accord de réadmission rencontrera des problèmes liés au respect des droits de l'Homme. La lutte contre l'immigration clandestine nécessite des méthodes musclées qui seront dénoncées par les associations de défense des droits de l'Homme.
De même, la réadmission de ces Subsahariens nécessite des moyens énormes pour les accueillir et les assister. Ainsi, cet accord va demander la construction de centres de rétention pour abriter ces clandestins. Il faut aussi sécuriser ces camps et assurer une vie digne dans ces lieux : soin des malades, accompagnement psychologique, assistance sociale, identification des refoulés, traduction et aide juridique pour les candidats à l'exil politique, etc. Toutefois, des interrogations persistent. L'UE est-elle prête à financer la construction de ces centres de rétention et former les Marocains à les gérer ? Qui paiera le transport aérien, l'entretien (santé, nourriture, logement, etc.) pour transférer ces refoulés dans de bonnes conditions vers leur pays ? Le Maroc aura-t-il les moyens d'intégrer parmi ces clandestins ceux qui demandent le droit d'asile ou les apatrides qui eux n'ont pas de statut juridique et seront condamnés à rester au Maroc ? Pour ce qui est de la position officielle marocaine concernant la réadmission, Rabat indique que lors du Sommet Maroc-UE de Grenade, le Royaume a insisté que l'approche concertée et solidaire doit être suivie dès lors qu'il s'agira de traiter des mouvements humains entre le Maroc et l'Europe.
Par ailleurs, « e Royaume souligne l'importance d'inclure dans le dispositif de l'accord les mesures d'accompagnement nécessaires et s'engage à trouver les compromis nécessaires sur les quelques questions qui demeurent en suspens », indique une source autorisée au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.
Et d'ajouter : « Rabat espère aussi que l'UE ait des accords similaires avec les pays du voisinage méditerranéen et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), et ce, en conformité avec l'engagement pris lors de la première Conférence euro-africaine sur la migration et le développement de Rabat.
Le Maroc souligne enfin l'importance d'ouvrir des négociations sur la conclusion d'un accord sur la facilitation des visas ».
Sécurisation des frontières
Dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine, le Maroc a reçu, il y a quelques années 70, millions d'euros, alors que le contrôle des frontières nécessite des moyens financiers énormes.
Aujourd'hui, la sécurisation des frontières (caméra thermique, radars, moyens terrestres et marine, hommes, etc.) se calcule au kilomètre carré et coûte des centaines de millions de dollars comme cela se fait entre la frontière américaine et mexicaine.
La double vie de Samuel Eto’o
La vie de la grande star du football camerounais n'a rien d'un long fleuve tranquille. Pauvreté, racisme, isolement, il n'a rien oublié de ses débuts en Espagne. Et l'Afrique reste chevillée au cœur de celui qui déclare : "Je vis en Europe, mais je dors en Afrique". Un article et des propos recueillis par Donald McRae pour Mail&Guardian.
"C'est incroyable", déclare Samuel Eto'o en tapant sur la table avec un sourire éblouissant qui éclaire son visage habituellement sérieux. "J'ai toujours rêvé de jouer la Coupe du Monde en Afrique. J'ai toujours dit que j'étais africain avant d'être camerounais. J'ai beau vivre en Europe, je dors en Afrique." Dans un français passionné, Eto explique de façon aussi poétique qu'ardente comment son extraordinaire parcours se fond avec l'histoire de la première Coupe du Monde à se tenir en Afrique. Après avoir fait ses débuts internationaux la veille de son quinzième anniversaire, Samuel Eto'o fils quitte le Cameroun pour l'Espagne en 1996. Parti de Douala [capitale du Cameroun], il arrive à l'aéroport de Barajas à Madrid, grelottant dans son short, seul et effrayé. "Ça semble incroyable aujourd'hui, s'exclame-t-il encore, mais ma vie entière est ainsi." Après une période d'essai, il obtient un contrat avec le Real Madrid qui lui vaut de faire la navette d'un club espagnol à l'autre. Eto'o est ainsi prêté à Leganes, Espanyol et Majorque avant d'être acheté par ce dernier club en 2000. Quatre saisons plus tard, après avoir obtenu le premier de ses trois Ballons d'Or africains, il passe à Barcelone.
Bien qu'il ait terriblement souffert du racisme, Eto'o permet au FC Barcelone de remporter trois titres de champion d'Espagne et deux finales de la Ligue des Champions. Et devient l'un des meilleurs joueurs au monde. Il y a quelques semaines, après avoir été transféré à l'Inter de Milan pour 46 millions d'euros, Eto'o célèbre sa première saison en série A en gagnant le triplé - dont un autre titre de la ligue des Champions. Son rythme de travail et sa discipline s'avèrent cruciaux pour la tactique de son entraîneur, José Mourinho. "C'est pour ça que je suis si fier d'être Africain pendant cette Coupe du Monde, confie-t-il. Comme la plupart des Africains, j'ai dû travailler bien plus dur et montrer bien plus de conviction que les autres. La plupart des gens ne voient l'Afrique qu'en termes de pauvreté et de guerre, de famine et de maladie. Mais ce mondial nous donne la possibilité de montrer quelque chose de différent. Je pense que le monde entier va âtre vraiment surpris par l'Afrique." Nous sommes à l'hôtel de l'équipe du Cameroun. Eto'o tapote un panneau de bois. "Je fais ça pour la chance, mais l'Afrique est prête à montrer toute la joie qu'elle peut apporter à ce tournoi."
Une heure plus tôt, il n'avait pas l'air très joyeux. Arrivé à une conférence de presse, il avait traversé la salle surchauffée avec un dédain tranquille et il ne lui avait pas fallu une minute pour se mettre en colère. Les yeux étincelants, il avait réagi aux propos récents de Roger Milla selon lesquels Eto'o "avait apporté beaucoup à Barcelone et à l'Inter, mais jamais rien à l'équipe du Cameroun." Milla est la star de l'équipe camerounaise qui est à ce jour la seule équipe africaine à avoir atteint les quarts de finale en Coupe du Monde - elle s'était incliné lors des prolongations face à l'Angleterre en Italie en 1990. Milla était le héros d'Eto'o quand celui-ci était petit. Mais il avait suffit qu'Eto'o entende son nom pour qu'il se mette à taper sur la table à coups répétés à en faire tomber la rangée de magnétophones placés en face de lui. "Les gens devraient me respecter et la fermer parce que jouer les quarts de finale, ce n'est pas la même chose que remporter la Coupe du Monde. Ma carrière ne s'arrête pas aux quarts de finale. J'ai gagné les Jeux olympiques [en 2000], j'ai remporté deux Coupes d'Afrique des Nations [en 2000 et 2002]. Combien de ligue des champions ai-je remporté ? Je n'ai pas à répondre quoi que ce soit."
On lui avait posé une autre question et son poing s'était à nouveau abattu. "J'ai 29 ans et ça fait sept ans que je connais la gloire. Est-ce que Roger Milla est sélectionneur ? Il n'a qu'à la fermer. Les sentiments que j'avais pour mon idole font que je ne peux pas vraiment dire ce que je pense de lui. Mais j'ai compris certaines choses et il n'a pas fait l'histoire." Avec cette réplique cinglante, Eto'o s'est levé en envoyant un micro valser dans les airs et a quitté rapidement la salle. Moi qui comptais utiliser cette conférence de presse pour commencer en douceur notre entretien exclusif, c'était raté. Difficile d'oublier qu'il y a deux ans, il avait apparemment donné un coup de tête à un journaliste. Cette fois-ci, Eto'o finit par se calmer et revient dans le salon de l'hôtel. Il devient bien plus engageant - on est loin de la fureur qu'il avait montrée lors de la conférence de presse officielle. Pourquoi Milla l'a-t-il tellement énervé ? "C'est toujours la même chose. Les joueurs plus âgés nous balancent des piques. C'est dommage." Les critiques de Milla faisaient référence aux performances décevantes du Cameroun en Coupe d'Afrique des Nations au début de l'année.
Avec quel intérêt Eto'o suivait-il le Cameroun et Milla en 1990 ? Il rayonne à nouveau. "J'avais 9 ans et après chaque match, je courais dans les rues de Douala. Mais quand je regarde ce match, des années plus tard, comme il m'arrive de le faire encore, je me dis que le monde n'était pas prêt à ce qu'une équipe africaine parvienne en demi-finale." Eto'o éprouve un ressentiment plus personnel à propos de ses débuts en Coupe du Monde en France en 1998. A 17 ans, il était le plus jeune joueur du tournoi, et il n'a pas oublié. "Cela a été très traumatisant parce qu'il fallait qu'on batte le Chili pour aller au deuxième tour et on nous a refusé deux pénaltys." Il se penche en avant avec animation. "On nous demande tout le temps si une équipe africaine est capable de remporter la Coupe du Monde. Mais la vraie question c'est est-ce que le monde est prêt à ce qu'une équipe africaine devienne championne ?" Pense-t-il que certains officiels favorisent inconsciemment les puissances traditionnels d'Europe et d'Amérique du Sud au détriment des six équipes africaines ? "Je joue encore, répond-il en souriant. Je ne peux pas dire ce genre de chose. Nous avons fait beaucoup de chemin au cours des vingt dernières années et beaucoup de grands joueurs qui jouent en Europe sont africains."
En récompense pour leur qualification pour le Mondial, Eto'o a donné à chaque membre de l'équipe une montre d'un valeur de 29 000 euros. La distance entre ce genre de largesse et son arrivée modeste à Madrid, il y a 13 ans, est énorme. "Je ne l'oublie jamais. Avant de jouer la finale de la Ligue des Champions, j'ai repensé à ce jour-là. Cela m'a permis de me calmer les nerfs et m'a fait comprendre tout le chemin que j'avais parcouru. Je suis arrivé à Madrid par une journée d'hiver glaciale, en short et en T-shirt. J'étais avec un autre jeune Africain, un jeune du Nigeria [Antonio Olisse]. Il s'est cassé la jambe et n'a pas réussi dans le foot. Mais nous sommes restés en contact parce que je n'oublie pas. Cela a toujours été dur pour les joueurs africains en Europe - et c'est toujours dur aujourd'hui." Eto'o a connu le racisme pendant toute sa carrière en Espagne. "J'ai beaucoup souffert. Je vais être un peu grossier. Mais ceux qui viennent au stade pour me siffler, pousser des cris de singe et me lancer des peaux de banane n'ont pas eu la chance de voyager et de faire leur éducation comme moi. J'ai été si souvent confronté à ça que j'ai trouvé des moyens pour dénoncer le racisme. Quand on a joué le Real Zaragoza, ils poussaient des cris de singe et jetaient des cacahuètes sur le terrain. Alors quand j'ai marqué, j'ai dansé devant eux comme un singe. Et quand la même chose est arrivée contre le Real Madrid, j'ai marqué et j'ai brandi le poing comme le salut du Black Power."
Quand il avait rejoint Barcelone, Eto'o avait déclaré qu'il courait "comme un Noir pour vivre "comme un Blanc." Eto'o hoche la tête à ce souvenir. "Les gens n'ont pas vraiment compris le sens profond de mes paroles. Certains m'ont traité de raciste mais la réalité était là. Ce que je voulais dire, c'est qu'en tant qu'Africain, il fallait que j'en fasse plus que les autres pour être reconnu au même niveau."