mardi 10 février 2009

Troublante enquête sur le racisme au Vatican

Serge Bilé a cosigné un ouvrage qui met en lumière les traitements discriminatoires, parfois violents, dont sont victimes les religieux de couleur. Un article de Philippe Dumartheray dans 24 Heures.

Serge Bilé, auteur et réalisateur. Photo LDDPassage à tabac de prêtres noirs, dont un ami de Benoît XVI, religieuses amenées à se prostituer, rebuffades à l’égard des cardinaux africains de la curie. Voilà quelques cas étayés par des témoignages et mis au jour par Serge Bilé, qui a enquêté à Rome avant de revenir avec un livre choc*.

Auteur d’une demi-douzaine de livres et de plusieurs films dont un tourné en Valais et consacré à un saint noir, saint Maurice, Serge Bilé se garde bien d’accuser les derniers papes. «C’est au niveau de la curie que les choses posent problème. Mais les papes sont-ils au courant? On vient d’en avoir un petit aperçu avec les propos négationnistes de Mgr Williamson.»

Pour Serge Bilé, ce qui se passe au Vatican n’est pas étonnant. «Les Italiens y sont largement majoritaires. Et leur mentalité est contaminée par ce qui se passe en Italie, notamment avec une politique très dure à l’égard des immigrés.»

Religieuses exploitées

Serge Bilé vient également de réaliser un film sur les zones d’ombre du Vatican. Témoignages à l’appui, il a découvert qu’une demi-douzaine de religieuses noires avait contracté le virus du sida après avoir été amenées à se prostituer. «Elles sont exploitées, elles n’ont pas forcément la vocation, elles finissent par être déstabilisées. Lorsqu’elles contractent le sida, on les renvoie chez elles pour éviter un scandale à Rome.»

Pour Serge Bilé, le racisme au Vatican n’est pas récent. En 1956 déjà, un groupe de prêtres africains avait signé un ouvrage intitulé Des prêtres noirs s’interrogent pour dénoncer les discriminations. Quelques années auparavant, en 1944, Pie XII avait utilisé son influence pour qu’il n’y ait pas de soldats noirs lors de l’occupation de Rome lors de la Seconde Guerre mondiale. Un Pie XII ambigu qui avait aussi sévi contre les auteurs de déclarations racistes.

Pourquoi ce racisme au sein de l’Eglise? Serge Bilé relève que l’héritage est lourd. «Dans la Genèse, il est écrit que Cham a vu son père, Noé, nu. Cham a été maudit. Les exégèses ont donné une autre version. Cham avait voulu humilier son père, soit en couchant avec sa mère, soit en violant son père. Il aurait été condamné à avoir les cheveux crépus. Et des théologiens ont alors affirmé que les Noirs sont nés blancs avant de devenir noirs à cause de la couleur de leur péché.»

Serge Bilé relève aussi que Nostradamus avait annoncé que l’avènement d’un pape noir serait le prélude à l’Apocalypse!

PHILIPPE DUMARTHERAY

* Serge Bilé, Audifac Ignace, Et si Dieu n’aimait pas les Noirs? 120 pages, Pascal Galodé éditeurs

Lire cet article d'Afrik.com et celui paru sur grioo.com

samedi 7 février 2009

«Le Juif d’aujourd’hui, c’est le Kosovar ou le Cap-Verdien»

REPORTAGE | Le livre de Jacques Chessex, «Un Juif pour l'exemple», crée le malaise dans la population. Au-delà du crime nazi, c'est toute l'identité d'une région qui se trouve questionnée. Enterrer cette sombre histoire ou en parler encore pour ne pas oublier? A Payerne, le sujet attise les sensibilités.

PASCALE BURNIER | 06.02.2009 | 00:01

Ses pieds de porc, sa langue et ses tripes garnissent les menus des bistrots du coin. Une fierté viscérale à Payerne. Mais derrière le fumet de la cochonnaille, les ruelles historiques de la ville exhalent le malaise.

En 1942, Arthur Bloch, juif et Bernois, n'aura pas eu le temps de conclure son marchandage. Assassiné puis découpé en morceaux, le marchand de bétail deviendra un symbole de l'intrusion nazie au cœur des campagnes helvétiques. Des bons types, des voisins, des perdus, au dire de certains. Au final, cinq Payernois, Fernand Ischi, Max et Robert Marmier, Fritz Joss et Georges Ballotte, acquis aux dérives du Grand Reich, qui menaient à bien leur mission sanglante.

«Arrêter cette histoire»

Non, Payerne n'a pas oublié. Trente-cinq ans après ce crime sordide, un documentaire le lui rappelait. Aujourd'hui, Jacques Chessex, l'enfant du pays, ne lui permet pas l'oubli en signant son roman, Un Juif pour l'exemple. Le meurtre a apporté son lot de douleurs dans ce grand village. Le livre de Chessex, lui, ravive les rancœurs dans cette petite ville. «Il faut arrêter avec cette histoire. Si on n'en parle pas, on oublie mieux!» murmure Edmond Ischi, affaibli par ses 80 ans. Neveu d'un des assassins, cet ancien garagiste aborde le sujet même si le poids d'une telle filiation semble avoir usé l'homme. Pour accepter l'inacceptable, il évoque le contexte de la guerre. «Beaucoup de gens avaient des affinités avec les nazis ici, vous savez. Hospitalisé, je me souviens qu'on me chantait des airs de propagande. Moi j'étais jeune, alors que voulez-vous que Chessex puisse en juger? Lui, il ressort cette histoire pour l'argent.»

Les copains endoctrinés

Oublier, c'est aussi l'envie d'une légende de la cité, l'ancien facteur, Titi Descombes, alias Jean-Claude. Dans un quartier de Payerne en mutation, sa coquette maison ancre encore ce témoin de 80 ans au cœur du récit. «Vous voyez, là au fond du jardin, c'était la ferme des Marmier. Un peu plus loin, il y avait les Ischi. Et juste à droite, il y avait les Bloch, l'oncle d'Arthur.» Pour Titi, il y a le crime incompréhensible, celui de ses copains endoctrinés. Ceux-là même qu'il ira tous trouver à leur sortie de prison. Et puis, il y a le livre de Chessex. Ce livre qui salit les Payernois, ce roman pas toujours exact, à ses dires. «Moi je pense aux enfants des meurtriers, imaginez le boulet qu'ils ont traîné. Maintenant, il faut arrêter. Plus on brasse, plus ça sent mauvais», lance-t-il.

Et le devoir de mémoire? Un hommage revêtant la forme d'une place au nom d'Arthur Bloch, tué car il était juif, a proposé Jacques Chessex. Même pour les générations suivantes, l'évidence n'est pas de mise. «On ne doit pas oublier mais, pour moi, le devoir de mémoire a été fait, explique Gérald Etter, municipal et vétérinaire. La vérité historique n'a jamais été cachée. Mais quant à poser une plaque commémorative, je ne sais pas. La Municipalité en discute encore.»

Une simple plaque qui dérange le petit bourg encore hanté par cette histoire. «Les gens ne veulent plus être associés à ce crime. Et le problème de ce livre est justement là. Les Payernois s'inquiètent de ce qu'on pense d'eux. Et pourquoi ce meurtre mériterait-il plus une plaque qu'un autre? Le livre suffit», précise le libraire dont les ventes de Chessex ont déjà dépassé les records de "Harry Potter".

Chessex aurait-il donc piqué trop profondément la belle cité historique? A l'Office du tourisme on ne se plaint pas de la publicité faite à la ville. «On sait bien que les Payernois ne sont pas des tueurs de juifs. Mais vu la réaction aussi forte que cela a suscité, je pense qu'un travail de mémoire est nécessaire», indique Adrien Genier, directeur. 

Un Juif pour l'exemple, Jacques Chessex, Editions Grasset, 103 p.


«Le Juif d'aujourd'hui, c'est le Kosovar ou le Cap-Verdien»

Un livre qui ravive la mémoire mais pas seulement. Dans une petite ville de 8000 habitants, où la population d'étrangers atteint les 30%, les dérives xénophobes de 1942 résonnent insidieusement. Dans un pub proche de la gare, deux jeunes assis à une table font vite le rapprochement. «A Payerne, il y a toujours l'esprit nazi qui rôde», balance rapidement Miguel, 22 ans, agent de sécurité. Un lourd regard vers son copain. Hésitant, Michael se confesse: «Je regrette tellement ce que j'ai fait. J'étais jeune et je n'y comprenais rien. Quand j'arrivais dans les fêtes de jeunesse, je faisais le salut hitlérien. Je trouvais que ce qui s'était passé durant la Seconde Guerre mondiale était normal. Maintenant, j'ai compris. D'ailleurs, une plaque en l'honneur de Bloch serait très bien.» L'histoire d'un juif assassiné dans leur ville, ils l'ont appris récemment par les médias. Un crime horrible selon les deux amis. Et pourtant. «Maintenant, les embrouilles on les a avec les Albanais et les Kosovars. Ils veulent montrer qu'ils sont les meilleurs alors moi je ne les porte pas dans mon cœur», explique Michael, l'ancien skinhead. Fils d'un immigré espagnol, Miguel, lui, dit rencontrer souvent des problèmes avec les étrangers. «Il pourrait se passer aujourd'hui à Payerne la même chose qu'il s'est passé en 1942. S'il faut en arriver là pour qu'ils comprennent…»

Un témoignage fruit du hasard? Des propos qui viennent appuyer en tout cas le travail de Jean-Luc Chaubert, enseignant à Payerne et coordinateur du mouvement de soutien aux requérants. «Le livre de Chessex est justement une œuvre utile et nécessaire. Il permet de tirer les leçons du passé pour éviter les erreurs de demain.» Une poignée d'individus, certes. Suffisante pour des dérives fatales? «Oui, je suis soucieux de l'entente entre communautés. Le Juif d'aujourd'hui, c'est le Kosovar ou le Cap-Verdien. Jusqu'à maintenant rien de grave n'est arrivé mais il ne faut pas laisser un terreau favorable s'installer. Nous travaillons donc avec les autorités sur une commission Suisses-Etrangers.»

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vendredi 6 février 2009

La Croix-Rouge s'alarme de l'accueil des demandeurs d'asile en Belgique


La Croix-Rouge de Belgique tire la sonnette d'alarme en raison de la saturation des centres d'accueil pour demandeurs d'asile.



"Chaque jour, des dizaines de demandeurs d'asile se voient refuser un accès aux structures d'accueil collectives et individuelles, par manque de place. Les plus 'chanceux' d'entre eux se retrouvent hébergés dans un abri d'urgence, souvent inadapté, où le chauffage fait défaut", dénonce l'organisation humanitaire. Mandatée par l'Etat fédéral pour participer à l'accueil des demandeurs d'asile, la Croix-Rouge de Belgique estime aujourd'hui devoir faire face à une situation impossible. "Nos centres d'accueil sont surchargés, nous n'avons plus les moyens d'assurer notre mission première d'aide aux plus vulnérables et ce constat nous est douloureux", indique la Croix-Rouge.

jeudi 5 février 2009

Racisme: la conférence de Genève minée en son coeur

Le siège vide d'Israël, en 2001 déjà.

Le siège vide d'Israël, en 2001 déjà. (Keystone)

Prévue le 20 avril prochain à Genève, le suivi de la Conférence sur le racisme de Durban se heurte à de nombreux blocages. La moitié des pays européens menacent de se retirer si les pays islamiques imposent le concept de diffamation de religions.

Genève va-t-elle connaître les mêmes dérapages que la ville sud-africaine de Durban en 2001? Cette année là, des ONG chauffées à blanc avaient hurlé des slogans racistes et antisémites, en marge du Sommet de l'ONU sur le racisme. Des bouffées de haine qui avaient poussé les Etats-Unis et Israël à quitter la table des négociations.

Dans moins de trois mois, du 20 au 24 avril, doit se tenir à Genève la conférence de suivi du sommet de Durban. Une rencontre précédée par une série de réunions préparatoires comme celle qui s'est tenue mi-janvier, sous la présidence du diplomate russe Yuri Boychenko.

Points de désaccords

L'objectif est de se mettre d'accord sur le projet de déclaration qui doit être adopté lors de la conférence de suivi en avril. Réduit de 130 à 38 pages lors des précédentes réunions préparatoires, le document comporte encore de nombreux points de désaccords, dont le nouveau concept de diffamation des religions et la question du Moyen Orient.

Raison pour laquelle le Canada et Israël ont déjà annoncé qu'ils boycotteraient le sommet de Genève. Les États-Unis et l'Australie ne se sont pas encore prononcés, mais ils ne participent pas officiellement aux débats, bien que deux diplomates américains suivent assidument les travaux préparatoires.

La moitié des pays européens menacent, eux, de quitter les négociations si les pays islamiques persistent à vouloir imposer le concept de diffamation des religions ou à focaliser une partie importante du document final sur le Proche-Orient avec une vision «déséquilibrée qui condamne exclusivement Israël».

Diffamation des religions contre liberté d'expression

Quant à la diffamation des religions, les points de discorde restent nombreux. Pour de nombreux pays musulmans, l'islamophobie est en train de prendre le relais de l'antisémitisme. Mais, sous couvert d'anonymat, un diplomate européen avertit: «La diffamation des religions doit être effacée du document, c'est une ligne rouge à ne pas franchir, car cette notion n'est pas compatible avec un discours sur les droits de l'homme».

Pour l'Union européenne (UE), la liberté d'expression doit en effet sortir renforcée de la réunion de Genève, car «elle est un instrument pour lutter contre le racisme».

En septembre dernier, les pays occidentaux avaient d'ailleurs obtenu, lors d'une séance du Conseil des droits de l'homme, que soit refusée la création d'une nouvelle norme sur la diffamation des religions, cela au nom de la liberté d'expression.

Mais la bataille n'est pas encore gagnée. Pour preuve, Doudou Diène - l'ancien rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme - affirmait l'année dernière qu'«il faudrait aussi s'attaquer aux nouvelles formes de discriminations, dont l'islamophobie, qui en est une manifestation particulièrement grave, comme la montée de l'antisémitisme ou la christianophobie», à l'occasion de la conférence de suivi.

Conflit plus politique que racial

Concernant le Proche-Orient, l'UE est très réservée sur le fait de se «focaliser sur une région du monde», relevant que le conflit est plus d'ordre politique que racial.

Pour Muriel Berset, diplomate suisse en charge des droits de l'homme, la déclaration de Durban n'aurait pas dû mentionner cette région particulière. Mais à présent que ce point y figure, il s'agit de voir comment le formuler. Et de rappeler que le but de la conférence de Genève est d'examiner la mise en œuvre de la déclaration finale et du plan d'action adoptés le 9 septembre 2001, non d'en modifier les paramètres.

«Il ne faut pas réduire les débats à ces deux seuls points, prévient aussi Muriel Berset. Il y a d'autres problèmes essentiels, comme l'esclavage, la question des réparations, les discriminations multiples – malades ou porteurs du sida, femmes, handicapés.»

Autre point de litige: la question de la liberté sexuelle. Doit-elle figurer dans le texte? Les pays occidentaux et latino-américains y sont favorables, mais les Etats musulmans s'y opposent: «Pour vous, être homosexuel est un droit, pour nous c'est un délit», a résumé un diplomate musulman en s'adressant à un collègue occidental lors de la réunion préparatoire de janvier.

Manifestations anti-israéliennes à Genève?

La question des migrants, très souvent victimes de discrimination raciale, constitue un autre sujet de désaccord. L'UE est très réticente à condamner la «criminalisation» de l'immigration illégale, alors que l'enjeu est capital pour l'Amérique latine et les Caraïbes. Pour être en harmonie avec les dispositions de plus en plus restrictives sur la présence d'étrangers sur son territoire, l'UE voudrait réduire la totalité de ces paragraphes à une formulation générale de quelques lignes non contraignantes.

Et ça n'est pas tout. L'UE ne veut pas entendre parler de réparations financières pour son passé colonial ou esclavagiste, ni du profilage jugé raciste induit par la lutte contre le terrorisme. Pour l'UE, les victimes de racisme doivent toutes être traitées sur un pied d'égalité: «Aucune hiérarchisation des victimes n'est acceptable pour nous», indique un diplomate européen, en faisant allusion à la volonté d'introduire une référence à l'islamophobie dans le document final.

Reste à savoir si Genève sera le théâtre de manifestations anti-israéliennes, comme à Durban. Pour Muriel Berset, une place importante doit être accordée à la société civile. «A Genève, les ONG sont associées au processus, contrairement à Durban où elles ont tenu leur propre conférence en marge du sommet officiel», relève la diplomate helvétique.

«La Suisse travaille avec Genève pour accueillir au mieux les ONG, en leur facilitant les visas, l'hébergement et la nourriture à des prix accessibles. Il y aura aussi un important dispositif de sécurité, car nous ne voulons pas assister à des débordements racistes ou antisémites tels qu'on a pu le voir à Durban», conclut Muriel Berset

Polémique en ville de Lugano sur l'hébergement des réfugiés

LE Temps

Tessin jeudi 5 février 2009

Asile: Lugano fait plier le canton

Par Barbara Knopf

Le maire de Lugano a obtenu le départ d’un groupe de requérants érythréens hébergés au centre-ville. Polémique

«Si les requérants logés à l’hôtel garni San Carlo sur la Via Nassa ne quittent pas les lieux dans les 24 heures, nous les ferons partir nous-mêmes!» C’était l’ultimatum, lancé à la fin de la semaine dernière, par le maire de Lugano, Giorgio Giudici (PRD), au gouvernement tessinois, plus précisément à la conseillère d’Etat socialiste Patrizia Pesenti, responsable des Affaires sociales.

Le Tsar, ou le Roi comme on surnomme Giorgio Giudici, n’a pas eu besoin de passer aux actes. Samedi matin, les sept réfugiés concernés, six femmes et un homme venus d’Erythrée, refaisaient leurs valises pour se rendre dans une pension de Bellinzone. Du coup, le calme habituel revenait à la Via Nassa, la «Bahnhofstrasse» de Lugano, où s’alignent boutiques de luxe et bijouteries et où les prostituées russes de luxe font leurs emplettes.

Le torchon brûle

Sur la scène politique, en revanche, le tempête ne faisait que commencer. La Lega et l’UDC rivalisent de critiques contre la politique d’asile du canton, tandis que le Parti socialiste stigmatise l’égoïsme de la Ville de Lugano. Depuis, les déclarations de guerre ont fait place aux tractations, dont l’issue est encore incertaine. La municipalité réclame le droit de donner son avis sur les lieux d’hébergement des requérants et refuse tout placement au centre-ville. Les autorités cantonales estiment qu’elles sont seules compétentes pour décider et font valoir l’état d’urgence qui prévaut au Tessin également. Le bras de fer qui a opposé le canton du Tessin au «demi-canton de Lugano» – selon l’expression chère à Giuliano Bignasca, le chef de la Lega – a au moins eu le mérite de percer l’abcès et de pousser les parties à la table des négociations.

Le problème du manque de places d’accueil pour les requérants est certes récent, mais le torchon brûle depuis longtemps en matière d’asile entre Ville et canton. Le ballet des trafiquants de drogue dans le quartier résidentiel de Besso, sur les hauts de Lugano, à l’entrée nord de la ville, a attisé le feu. La population est exaspérée. L’association «Besso pulita» (Besso propre), qui a soufflé sa première bougie ces derniers jours, en a profité pour réclamer un nouveau tour de vis. Les vendeurs sont pour la plupart des Africains, les acheteurs souvent des riches Italiens du Nord, dont les voitures de luxe ne passent pas inaperçues dans le quartier.

«Des méthodes fascistes»

Or justement, le canton loge à Besso plusieurs requérants dans des appartements et un petit hôtel. Les trafiquants de drogue viennent d’autres communes ou d’autres cantons, affirme le gouvernement. Faux, rétorque la Lega, les dernières razzias de police ont montré que certains habitaient Lugano. Plus circonspecte, la municipalité explique que les vendeurs de drogue sont hébergés par les demandeurs d’asile logés dans le quartier.

Quoi qu’il en soit, les sept Erythréens de la Via Nassa n’ont rien à voir avec le trafic de drogue du quartier Besso. Ils n’ont pas donné non plus lieu à des réclamations. Le gérant a loué au contraire leur comportement discret. Si discret qu’ils sont passés inaperçus pendant deux mois, ironise le Parti socialiste, en dénonçant le «diktat grotesque et les méthodes fascistes» du maire de Lugano.

Giorgio Giudici, réputé pour «tonner» plus que parler, semble avoir voulu donner un grand coup sur la table pour rassurer la population et démontrer son omnipotence. En attendant, le canton planche sur l’aménagement d’abris de la protection civile pour accueillir les requérants que la Confédération lui assigne. Gare à lui si leur emplacement ne plaît pas au Roi de Lugano.

mercredi 4 février 2009

Sortir de l'ombre: une voie souvent sans issue pour les sans-papiers

   MICHAËL RODRIGUEZ    

VaudRÉGULARISATIONS - En 7 ans, moins de 2% des sans-papiers vaudois ont obtenu un permis. La grande sévérité de Berne n'y est pas pour rien. 
Les sans-papiers sont dans l'impasse. En sept ans, à peine plus de deux cents d'entre eux ont, dans le canton de Vaud, obtenu un permis de séjour pour raisons humanitaires. Un résultat dérisoire, pour une population estimée de 12 000 à 15 000 personnes. Rares sont les sans-papiers qui prennent le risque de sortir de la clandestinité pour déposer une demande de régularisation. Et pour cause: l'administration fédérale ne délivre des permis qu'au compte-gouttes. 

Un écart troublant

Entre 2002 et 2008, l'Office fédéral des migrations a refusé plus de six demandes sur dix. Ce chiffre a de quoi étonner, si on le compare aux régularisations humanitaires de requérants d'asile déboutés. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile, en 2007, l'administration fédérale a rendu une réponse positive dans plus de huit cas sur dix. La gravité de la situation personnelle des migrants serait-elle donc évaluée différemment selon leur statut? 
Interrogé sur les causes de cet écart, l'Office fédéral des migrations en rejette la responsabilité sur les autorités vaudoises. Dans l'examen des cas de rigueur, les cantons jouent en effet un rôle de filtre, en décidant de transmettre ou non les demandes de régularisation à Berne. Si le taux de refus fédéral est important, c'est donc que le Service vaudois de la population (SPOP) laisse passer trop de dossiers qui ne répondent pas aux critères. Punkt schluss! 
Cette affirmation laisse perplexe. D'une main, le Service de la population serait donc consciencieux dans l'examen des demandes de requérants déboutés, alors que de l'autre, il ferait preuve de laxisme avec les sans-papiers? «Nous envoyons des dossiers solides, qui ont des chances de succès au regard de la pratique et de la jurisprudence fédérales», rétorque le chef du SPOP, Henri Rothen. Son service, souvent accusé à l'inverse d'excès de zèle répressif par les défenseurs des migrants, écarte d'ailleurs un grand nombre de demandes: plus d'un quart des dossiers présentés ces sept dernières années n'ont pas été transmis à Berne. 


Inégalité de traitement

Les sans-papiers semblent donc bel et bien se heurter à une sévérité particulière de l'administration fédérale. C'est ce que montre notamment l'application d'un des critères de régularisation humanitaire: la durée du séjour en Suisse. Pour les requérants d'asile déboutés, le seuil est fixé à cinq ans. Avec les sans-papiers, le canton constate que l'administration fédérale met plutôt la barre à neuf ans pour les célibataires, et sept ans environ pour les familles. Une pratique qui poserait un problème d'inégalité de traitement. 
«Le sans-papiers ont, en plus, de la peine à apporter la preuve de leur séjour: ils n'ont pas de fiche de paie, pas de bail à loyer», explique Jean-Michel Dolivo, député et membre du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers. La situation actuelle montre selon lui que les régularisations individuelles «ne peuvent pas être la réponse au problème global». 
Sauf que les autorités fédérales ne veulent pas entendre parler de régularisations collectives. C'est en vain que le Conseil d'Etat genevois a demandé, en 2005, des permis pour 5600 sans-papiers de l'économie domestique. «Comme il n'y a aucune reconnaissance du statut de sans-papier, cela permet une exploitation particulièrement féroce de la main-d'oeuvre en question», critique Jean-Michel Dolivo. 


Peu de renvois forcés

A l'entendre, la démarche genevoise a eu cependant des effets positifs: «Les autorités policières ont un oeil plus bienveillant.» Le canton de Vaud refuse quant à lui de se risquer sur la voie d'une demande collective. Le Grand Conseil s'est en revanche prononcé récemment pour une accélération des régularisations individuelles (notre édition du 14 janvier). 
Pour l'heure, le dossier demeure bloqué. Face à des milliers de sans-papiers, les autorités reconnaissent bon gré mal gré que les renvois forcés sont inopérants. En 2008, le Service vaudois de la population fait état d'une dizaine d'expulsions de sans-papiers. «L'usage de la force est relativement rare, confirme Henri Rothen. Il faut voir que nous sommes souvent en présence de familles.»

mardi 3 février 2009

Genève est prêt à accueillir un ex-détenu de Guantanamo


PRISON | Seules conditions posées, l'ex-détenu devra être innocent et n'avoir aucun contact avec le terrorisme.




Le Conseil d'Etat genevois a répondu favorablement à un appel de la Confédération, a indiqué lundi Laurent Moutinot, confirmant une information du quotidien «Le Matin».

Seules conditions posées par Genève, l'ex-détenu qu'il acceptera devra être innocent et n'avoir aucun contact avec le terrorisme. Peu importe en revanche son pays d'origine. Une telle position se justifie par le fait que Genève a une renommée de ville humanitaire.

Depuis que Micheline Calmy-Rey a laissé entendre que la Suisse pourrait accueillir jusqu'à trois ex-détenus de la prison américaine, plusieurs conseillers d'Etat de différents cantons se sont exprimés pour ou contre le principe, mais toujours à titre personnel. Genève semble être le premier canton à s'engager officiellement.

Le Conseil fédéral n'a toutefois pas encore décidé formellement d'accueillir des ex-détenus de Guantanamo. Il doit d'abord examiner les modalités, juridiques en particulier, d'une telle procédure d'asile.

lundi 2 février 2009

Guantánamo: deux conseillères fédérales s'affrontent en coulisses

Eveline Widmer- Schlumpf et Micheline Calmy-Rey ne sont pas du tout d'accord sur l'accueil par la Suisse d'ex-détenus de la prison de Guantánamo.


Julian Pidoux et Ludovic Rocchi - le 31 janvier 2009, 22h12
Lu dans Le Matin Dimanche


L'accueil en Suisse d'ex-détenus de Guantánamo n'est pas seulement un casse-tête juridique. C'est d'abord une question éminemment politique qui voit s'affronter durement deux conseillères fédérales. L'enquête du «Matin Dimanche» menée dans l'entourage du gouvernement confirme que Micheline Calmy-Rey et Eveline Widmer-Schlumpf ne sont pas du tout d'accord sur ce dossier et qu'elles manoeuvrent chacune pour imposer leur point de vue....la suite

Requérants d'asile délogés d'un hôtel de Via Nassa à Lugano

Les septs requérants d'asile érythréens hébergés dans un petit hôtel de la Via Nassa de Lugano ont été délogés ce matin. Ce transfert met fin à une polémique surgie il y a quelques jours entre la municipalité et le canton.

ats - le 31 janvier 2009, 13h04
Les septs requérants d'asile érythréens hébergés dans un petit hôtel de la Via Nassa de Lugano ont été délogés ce matin. Ce transfert met fin à une polémique surgie il y a quelques jours entre la municipalité et le canton.

Giorgio Giudici, le maire de la ville de Lugano qui s'opposait à l'hébergement de six hommes et d'une femme, a donc gagné le bras de fer engagé avec les autorités cantonales. Il craignait que leur présence dans une rue chic de Lugano puisse être ressentie comme une provocation par la population.

Les sept demandeurs d'asile y étaient logés depuis début décembre et ont fait preuve d'un comportement irréprochable, a précisé la direction de l'hôtel confirmant une information de l'émission de la télévision alémanique SF "Schweizer Aktuell" vendredi.

L'ordre de déplacer les demandeurs d'asile a été donné par le canton. Les ressortissants érythréens ont été transférés dans un hôtel garni situé près de la gare de Bellinzone. Il s'agit d'une solution provisoire. La semaine prochaine, le groupe pourrait être hébergé dans un abri de la protection civile.

Une rencontre entre le canton et la municipalité de Lugano aura lieu lundi afin de trouver de nouvelles solutions pour les quelque 50 autres requérants logés dans des hôtels de la ville. Le manque de structures d'accueil disponibles oblige le canton du Tessin à loger des demandeurs d'asile dans des hôtels depuis plusieurs mois.

vendredi 30 janvier 2009

Les futurs requérants d’asile s’occuperont à l’Esp’Asse

NYON - La centaine d’arrivants logés dès le 16 février dans un abri PCi pourront passer leurs journées dans des locaux spécialement aménagés et animés dans l’ancienne usine Stellram.

GILLES BIÉLER dans 24heures

«La situation n’est certes pas idéale, mais c’est la meilleure. » Loger des requérants d’asile dans des abris de la protection civile, situés En Oie (Brico-loisirs Migros), et leur offrir une occupation pour la journée un kilomètre et demi plus loin ne rend certes pas Emmanuelle Marendaz Colle, chargée de communication à l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), folle de joie. Mais «dans la situation actuelle, on ne pouvait pas trouver mieux».

Municipal des Affaires sociales à Nyon, Olivier Mayor admet lui aussi que la solution n’est pas idéale à long terme. Tout en estimant qu’à l’Esp’Asse (anciennement l’usine Stellram aujourd’hui reconvertie en zone dédiée à l’art, à l’artisanat, à la formation et à la réinsertion professionnelle), les requérants auront à disposition des locaux fonctionnels. «La seule solution si nous voulions disposer d’une structure d’accueil pour la journée à proximité du lieu de vie était d’installer des Portakabin. Cela aurait été parfaitement inadapté, d’autant que ces personnes passeront leurs nuits dans des abris PCi, en sous-sol et dans un minimum de confort. Par ailleurs, le fait qu’ils doivent se déplacer et ainsi voir d’autres gens permettra d’éviter un risque évident de ghettoïsation. »

Un avis que partage la diacre Magaly Borgeaud, chargée justement de veiller au confort et à l’occupation des requérants, en organisant notamment le travail des volontaires bénévoles. «Nous refusons toute notion d’assistanat. Il s’agira d’abord d’un échange et, en ce sens, permettre à ces personnes d’entrer en contact avec des gens de la région est d’une importance fondamentale. »

Dès le 16 février, une centaine d’hommes célibataires (Eryth-réens, Ethiopiens, Sri Lankais et Irakiens notamment) pourront ainsi profiter des généreux services des bénévoles emmenés par la diacre. «Nous recherchons encore du monde, mais aussi, prioritairement, des habits chauds, puisque nos hôtes ne seront pas forcément équipés pour affronter nos températures. » Et de se montrer également intéressée par des jeux, du matériel de sport ou encore des instruments de musique. «On ne parlera forcément pas la même langue. Mais autour d’un ballon de foot ou d’un djembé, tout le monde se comprend!» Pour encadrer tout ce petit monde, deux animateurs, un(e) infirmier(ère) et deux agents de sécurité seront également mobilisés par l’EVAM.

Craintes «infondées»

Quant aux craintes relayées ici et là, Emmanuelle Marendaz Colle les balaie d’un coup de sang. «Le canton accueille 4400 requérants. Il serait temps d’arrêter d’y voir autant de problèmes. D’ailleurs, y en a-t-il vraiment?» Pour éviter ce sentiment négatif et surtout pour jouer la transparence, la commune organise une séance d’information. «Ces peurs sont souvent dues à l’ignorance, estime Olivier Mayor. Un tel rendez-vous doit permettre aux plus réticents de se faire une raison. »

Note:Séance d’information, lundi 9 février à 18 h 30 à la salle du Conseil (Ferme du Manoir). En cas d’intérêt pour être bénévole ou offrir du matériel: 079 456 00 66