mardi 10 janvier 2006

Contrôle sanitaire réduit pour les requérants d'asile

Carole Pantet dans 24heures revient sur les conséquences sanitaires des restrictions budgétaires dans le domaine de l'asile:
Depuis le début de l’année, les requérants d’asile arrivant à Val­lorbe ne subissent plus automa­tiquement de dépistage contre la tuberculose. La Confédération espère ainsi économiser près de 2,5 millions de francs, sur la base de 10 000 requérants par année.

La Croix-Rouge suisse a quitté le CERA (Centre d’enregistrement des requérants d’asile) de Val­lorbe le 31 décembre dernier. L’organisation, qui était en charge des examens médicaux des requérants d’asile dans les CERA, s’est retirée silencieuse­ment, perdant dix-huit postes au passage.
L’Office fédérale de la santé publique (OFSP) a en effet dé­cidé d’alléger les contrôles sani­taires aux frontières et de man­dater la société zurichoise ORS Service en lieu et place de la Croix-Rouge suisse. «On re­grette vraiment cette décision, mais nous ne pouvons qu’en prendre acte. Nous ne sommes pas en position de juger», réagit Hans Beat, chef du département migration de la Croix-Rouge suisse à Berne.
Jusqu’au début de cette an­née, chaque requérant subissait une radiographie de dépistage et un test tuberculinique lors de son arrivée au CERA. Il recevait aussi le programme de vaccination suisse. «L’OFSP a reçu un programme de renon­cement à certaines tâches. Le choix de supprimer la radiogra­phie et le test tuberculinique a été fait selon un rapport entre le coût et le résultat (lire l’enca­dré).
Et les vaccins se feront désormais dans les cantons», explique Gilbert Forestier, res­ponsable de la division CERA à l’Office des migrations.
Selon l’OFSP, environ 450 radiographies du thorax étaient nécessaires pour déter­miner un cas de tuberculose contagieuse. «A vrai dire, nous avons déjà hésité à supprimer ce test en 1992, rappelle Peter Helbling, collaborateur scienti­fique à l’OFSP. Mais nous n’étions pas encore prêts à al­ler de l’avant. Ce qui a déclen­ché la décision, c’est leur coût important (n.d.l.r.: 440 francs par requérant) ». Pour Peter Helbling, ces tests étaient cer­tes utiles, mais trop onéreux. «Il est préférable d’utiliser cet argent ailleurs. Par exemple en donnant plus de moyens aux infirmières qui suivent les tu­berculeux pour qu’elles puis­sent s’assurer qu’ils prennent leur traitement.» En effet, en Suisse, seule la moitié des re­quérants d’asile possiblement infectés commencent un traite­ment et tous ne le terminent pas.

Questionnaires informatisés
Désormais, la tuberculose est donc dépistée grâce à un simple questionnaire informa­tisé disponible en 28 langues. Une infirmière diplômée inter­roge le requérant pendant une vingtaine de minutes sur son état de santé. Le questionnaire aboutit à un nombre de points qui poussent ou non le person­nel soignant à envoyer le re­quérant chez un médecin qui effectuera alors radiographie et frottis d’expectoration. Lors de ce même entretien, le re­quérant reçoit une information sur le mode de fonctionnement du système de santé suisse et visionne une vidéo de préven­tion contre le sida.
Cette mesure d’économie dans le domaine de la santé des requérants d’asile n’est pas une première. Elle fait suite à la suppression en 2005 des con­sultations médicales individuel­­les, testées en programme pi­lote à Vallorbe et Chiasso. «Les requérants doivent, de­puis lors, faire part de leurs problèmes de santé aux agents de sécurité ou au personnel de la maintenance qui communi­quent leur demande à l’admi­nistration », explique Sandra Antrilli, conseillère juridique au Service d’aide juridique aux exilés de Vallorbe. Avec l’aug­mentation prévue pour avril 2006 de la durée de séjour dans les CERA, cet accès res­treint aux soins inquiète parti­culièrement les associations

Le rapporteur spécial sur le racisme de l'ONU est en Suisse


Valentin Zubler dans 24heures est allé interroger ce haut fonctionnaire Sénégalais actuellement en mission dans notre pays:


» Doudou Diène ne badine pas avec la xénophobie. Un peu partout dans le monde, «la bête est sortie du bois», déplore le rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme. Et en Suisse? C'est justement afin d'y répondre que l'ancien diplomate sénégalais a entrepris, hier, une visite-enquête de cinq jours à Bellinzone, Berne, Bâle et Neuchâtel.

Au cours de son voyage, Doudou Diène rencontrera les conseillers fédéraux Pascal Couchepin et Christoph Blocher, ainsi que des représentants des autorités cantonales, d'ONG et de communautés de migrants. Le tout avant de soumettre, en mars, un rapport provisoire à la prochaine session de la Commission des droits de l'homme.

- Pourquoi cette visite?


- Toutes les sociétés traversent un processus de multiculturisation. Je souhaite savoir ce qu'il en est en Suisse. Mais je m'interroge surtout sur le nombre de votations et de référendums, dans ce pays, concernant les étrangers. La démocratie directe est une bonne chose, mais pourquoi tant de scrutins sur cet objet? Par ailleurs, j'aimerais connaître les raisons du refus par le peuple des deux projets de naturalisation facilitée des jeunes étrangers en septembre 2004.

- Vos premiers éléments de réponse?

- Avant les votations, la presse dénonçait certains discours xénophobes. Et je me souviens d'une affiche inquiétante représentant des mains brunes prêtes à s'emparer de passeports suisses (n.d.l.r.: le placard de l'UDC).

- Votre venue intervient alors que le Parlement vient d'adopter deux lois sur l'asile et les étrangers, combattues en référendum.

- Les crispations identitaires sont communes à beaucoup de pays. Elles se traduisent notamment par l'adoption de lois qui criminalisent les requérants ou les immigrés. Mon enquête déterminera si tel est le cas ici.

- Vous insistez sur la nécessité d'interdire les partis ne cachant pas leurs penchants xénophobes.

- C'est ce qu'exigent les Conventions internationales. Or, la rhétorique traditionnelle des partis d'extrême droite est récupérée par les partis démocratiques.

- Comment jugez-vous les efforts d'un pays?


- D'abord, j'évalue la stratégie politique et l'appareil juridique mis en place contre le racisme. Mais aussi les efforts en matière de culture et d'éducation.

- Vous allez rencontrer des responsables du FC Bâle. Racisme et sport font-ils trop bon ménage?

- J'ai déjà dénoncé la montée du racisme dans le sport, notamment le football. D'ailleurs, je regrette profondément les récents heurts entre la Suisse et la Turquie pour la qualification de la Coupe du monde 2006. Les grandes fédérations doivent s'engager.

lundi 9 janvier 2006

L’arrivée des Africains en Suisse: une intégration réussie


Dans 24heures et la TDG, Adrien Bron nous parle d'une étude consacrée à 25 ans d'immigration africaine Suisse, au final un bilan très positif est tiré.

Extraits:

Il y a environ 25 ans, les Noirs ont commencé à immigrer en Suisse. Rétrospectivement, l'étude de ce mouvement montre une intégration assez réussie de ces arrivants plus voyants que les autres.

Jules Bagalwa Mapatano est doctorant à l'Institut universitaire d'études du développement. Ce Congolais arrivé à Genève voici douze ans étudie l'immigration des Africains en Suisse. Il a mené des dizaines d'entretiens retraçant le parcours des migrants. A l'occasion de la sortie du livre Suisse-Afrique (XVIIIesiècle-XXe siècle), auquel il a participé (lire ci-contre). Il lève le voile sur le résultat de ses recherches. L'immigration se passe beaucoup mieux que ce que laissent supposer les affaires de trafic de drogue auxquelles se mêlent parfois des requérants d'asile.
...
Presque tous arrivent par le biais de l'asile.
Oui. C'est la seule possibilité. Beaucoup ont d'ailleurs de solides raisons de ne plus se sentir en sécurité dans leur pays. Les vagues d'arrivées suivent toujours les situations de crise. Après la fin de la guerre froide, on assiste par exemple à la chute de Mengistu, en Ethiopie. Les anciennes élites fuient l'arrivée des nouveaux maîtres. C'est ensuite au tour des Somaliens de chercher refuge en Europe, après la chute de Siad Barré. Jamais vous ne verrez un immigrant africain d'un pays stable. Il n'y a pas de Gabonais. Jusqu'à il y a trois ans, aucun Ivoirien n'aurait eu l'idée de venir en Suisse.

Que deviennent-ils en Suisse?

Il faut surtout préciser qu'ils y restent. Même si peu obtiennent l'asile. Des milliers de permis humanitaires sont ainsi finalement octroyés aux Zaïrois à la fin des années 80. La Suisse reconnaît la nature dictatoriale du régime. Il y a aujourd'hui plus de 32 000 personnes en Suisse d'origine subsaharienne. Plusieurs milliers ont été naturalisées. Leur intégration s'est finalement bien passée. Le travail est l'élément déterminant. Les Suisses n'aiment pas les profiteurs et les paresseux. Or ceux qui restent sont professionnellement intégrés.

Comment les Suisses ont-ils réagi?

Au début, il y a de fortes réactions contre cette immigration subie par la Suisse, et non choisie comme les boat people du Vietnam. L'arrivée des Africains n'était pas numériquement élevée mais symboliquement forte. A Genève, le mouvement Vigilance dénonce «l'invasion noire». Les Suisses se demandent: est-ce qu'ils sont vraiment menacés? Les structures d'accueil n'existaient pas. Mais aujourd'hui encore il y a un abîme entre le discours parfois hystérique des politiciens sur les étrangers et la réalité de l'accueil. La Suisse continue à avoir des taux d'acceptation des demandes d'asile nettement supérieurs aux pays voisins, notamment comparé à la France...

L'UDF ne soutiendra pas les référendums

L'Union démocratique fédérale (UDF) ne soutiendra pas le référendum contre la révision de la loi sur l'asile et de la loi sur les étrangers. Réunis à Olten, ses délégués ont estimé qu'il irait à l'encontre des accords Schengen/Dublin.

Le conseiller national zurichois Markus Wäfler a présenté les enjeux de la révision de ces deux lois, a indiqué le parti dans un communiqué. Si la majorité s'est prononcée contre le référendum, une minorité de délégués romands a considéré que la baisse actuelle des demandes d'asile ne justifiait pas un durcissement de la loi.

Lire la dépêche de l'ATS

vendredi 6 janvier 2006

Les mages ou la fine cuisine des Evangiles

Rien de particulier ce jour concernant l'asile dans le canton....

Juste trace de cette opinion d'Hélène Küng, parue dans 24heures, nous rappelant que l'habituée du centre de Vallorbe est (aussi) pasteure. Et certainement trace aussi du fait que c'est dans les Evangiles qu'elle trouve les ressources de ses actions infatigables.


Qui sont ces mages de Noël? Leur première mention, dans l’Evangile de Matthieu, n’en dit ni le nombre ni les noms. Les textes bibliques sont ava­res en renseignements, exprès! Y chercher seulement «ce qui s’est passé»: ce serait comme vouloir défaire une galette odorante pour retrouver la fa­rine crue, le sel sec, le beurre lourd à force d’être seul. Ce n’est pas ainsi qu’on s’ali­mente! Or ces vieux récits veu­lent nourrir, non renseigner. Les anciens n’avaient pas la plate prétention de «dire ce qui s’est passé» comme s’il existait des faits crus à servir tels quels.

Les Evangiles partagent une conviction: qu’un prophète d’une région marginale, appré­cié pour la qualité détonante de ses actes et de son enseigne­ment, puis exécuté comme un malfaiteur, est bien l’envoyé de Dieu, espéré depuis des siècles. Deux Evangiles, ceux de Mat­thieu et Luc, évoquent sa nais­sance de deux façons difficile­ment conciliables. Exprès! Eh oui, certains mets se savourent séparément. Ce serait dom­mage de servir la crème au rhum sur la salade aux croû­tons, non? Chez Matthieu, pas de bergers. Chez Luc, pas de mages. Il ne s’agit pas d’oubli. Ne les mélangeons pas, guet­tons- en plutôt les saveurs dis­tinctes.

L’arrivée des mages dans le récit de Matthieu signale que la venue de Jésus n’a rien d’un fait divers local. Elle touche, étonnamment, l’ensemble de l’humanité. Ces savants astro­nomes étrangers font le dépla­cement pour voir le nouveau venu — et devancent du coup les élites locales! La polémique est dans l’air. Par les mages, l’Evangile pimente son récit et laisse au… palais une saveur âcre. Il y a de quoi avaler de travers! Voilà le Dieu d’Israël honoré par l’astronomie, science suspecte pour ses fidè­les. Ensuite, ces païens voient ce que les croyants, puissants en tête, n’avaient pas remar­qué, et en prennent de la graine! Enfin, avec des siècles d’avance sur les architectes les plus visionnaires, la visite des mages rase… l’esprit de clo­cher! L’envoyé de Dieu, at­tendu par Israël, est là pour TOUT le monde! C’est la fin des querelles de chapelle — ou cela devrait l’être… C’est sulfureux, cette préten­tion de l’Evangile de Matthieu: que les barrières ne tiennent pas, que les favoritismes se dis­solvent. Mais c’est bien l’anti­que veine prophétique, dont les Evangiles sont convaincus que Jésus de Nazareth est le vrai héritier. Dieu à l’oeuvre, c’est le rétablissement du droit, c’est-à­dire selon cette tradition: la réhabilitation des exclus!

L’assaisonnement de l’Evan­gile de Luc est différent: pas de mages exotiques. Ses bergers «du terroir», des exclus de la société et de la religion, sont les premiers auprès de Jésus, lui aussi mis à l’écart, dans une mangeoire faute d’abri «nor­mal ». Mais là aussi, différem­ment, les barrières et les exclu­sions en prennent pour leur grade!

Briser les barrières, soit; mais la prétention universelle, même d’intention bien­veillante, choque aujourd’hui. De quel droit une religion peut-elle se proclamer «pour tous les peuples»? L’histoire du christianisme donne, hélas, toute sa pertinence à cette question: peut-on se prétendre «universel» sans devenir intolé­rant, voire totalitaire? Un mes­sage de paix pour chacun peut­il se construire avec chacun, dans le respect des diversités? Pas de réponse à cela. Juste des doutes salutaires, un défi, une exigence de cohérence renou­velée pour les croyants nourris des traditions de Matthieu, Luc et consorts!

jeudi 5 janvier 2006

Nouvelles missions et réorganisation : une année charnière pour la Fareas

»La Fondation vaudoise pour l’ac­cueil des requérants d’asile (Fa­reas) vit un tournant en ce dé­but d’année. D’abord en termes de fonctionnement puisqu’elle part sur de nouvelles bases. En­suite au niveau de ses missions, dans la mesure où c’est elle qui sera désormais chargée de l’aide d’urgence en faveur des personnes en situation irrégu­lière, notamment les NEM (re­quérants ayant fait l’objet d’une décision de non-entrée en ma­tière).

Dans les prochaines se­maines, le Grand Conseil devrait par ailleurs se prononcer sur une proposition de modifier la struc­ture juridique de la fondation.

L'article de J.-M. J. dans 24heures
Elle a beau ne pas figurer à l’ordre du jour de la première séance de l’année du Grand Conseil, la loi sur l’aide aux requérants d’asile et à certaines catégories d’étranger (LARA) s’annonce comme l’un des grands dossiers parlementaires du début d’année. Et pour cause. C’est cette loi qui réunit désormais dans un texte unique l’ensemble des bases légales con­cernant la délégation des tâches liées à l’assistance, à l’héberge­ment, à l’encadrement médico­sanitaire et à l’accompagnement social des demandeurs d’asile. Alors que la crise relative au groupe dit des «523» n’est tou­jours pas résolue, cette loi ne manquera pas de susciter le dé­bat entre élus.
Dans les grandes lignes, ce nouveau texte légal prévoit que le Département des institutions et des relations extérieures sera désormais le seul directement concerné par l’asile. De plus, le Conseil d’Etat verra son con­trôle renforcé sur la Fareas. Le projet de loi se complète par ailleurs de projets de décret qui assurent notamment l’assainisse­ment financier de la Fareas.

«Errements du passé»
Du côté de la commission ad hoc du Grand Conseil, diverses propositions sont à relever. D’abord celle demandant la création d’une commission can­tonale consultative en matière d’asile, comme cela existe dans le canton de Neuchâtel. «Cela donnerait ainsi l’opportunité d’entendre la voix d’experts», explique la députée socialiste Michèle Gay Vallotton. La com­mission propose ensuite de re­voir la structure juridique de la Fareas «en raison des errements du passé». La solution qui sera discutée en plénum sera celle d’un établissement de droit pu­blic, une solution d’ores et déjà acceptée par le Conseil d’Etat. Ce changement n’interviendra toutefois pas avant le 1er janvier 2008.
Autre aspect de la LARA, la prise en charge par la Fareas de l’aide d’urgence en faveur des personnes en situation irrégu­lière. Et donc, parmi eux, les NEM. Dès l’entrée en vigueur de la loi, cela signifiera que cette aide ne sera alors accordée qu’en nature. Une situation inac­ceptable pour la gauche, comme le note Michèle Gay Vallotton: «Quand les requérants sont en­core sur notre territoire, on es­time qu’ils doivent pouvoir bé­néficier au minimum de l’aide d’asile, qui est déjà moindre que l’aide sociale. A nos yeux, il est dangereux de mettre des gens en situation de devoir trouver de l’argent parce qu’on ne leur donne pas un minimum. C’est la porte ouverte à des dérapages.»

Morges - Eric Voruz préface un ouvrage émouvant

Le journal La Côte nous présente un ouvrage sur le passage dans la clandestinité d'une famille de requérant, la préface en est écrite par Eric Voruz, le syndicaliste et syndic de Morges:
Clandestinité oblige, c’est le titre d’un livre récemment publié par les Editions Cabédita à Yens. Signé Catherine Vallat et Raphy Buttet, cet ouvrage est le récit vrai et émouvant de l’entrée en clandestinité d’une famille de requérants d’asile, provenant d’une ancienne république d’une Union soviétique en décomposition....
Arméniens d’origine, établis en Georgie, les Mirzayan, le père, la mère et trois enfants, sont contraints de quitter ce pays, où le père, commerçant, se voit sans cesse racketté par des membres d’une police corrompue. Réfugiés économiques ou politiques, peu importe, la demande d’asile déposée à leur arrivée en Suisse, est écartée par l’Office fédéral des réfugiés. Le compte à rebours est lancé. Tandis que des sympathisants, dont la narratrice, Cloé, elle-même municipale aux affaires sociales du village où les Mirzayan ont vécu auparavant douze mois au grand jour en s’efforçant de s’intégrer, recherchent une solution d’accueil du côté du Québec. La famille doit se réfugier dans une ferme perdue du Jura, où elle sera soutenue matériellement et moralement durant toute une année par une bande de copains, unis par un même comportement citoyen. Loin de toutes descriptions romantiques de retraite bucolique au grand air, les difficultés affrontées par ces cinq personnes durant ce long huis clos, exacerbées par l’incertitude et par l’angoisse, sont abordées très franchement: frustrations des uns et des autres, dépression du père de famille et anorexie de la fille aînée adolescente ponctuent le quotidien. L’histoire finit bien cependant. Rejetés par une Suisse bien pensante et frileuse, à laquelle Cloé exprime à plusieurs reprises sa révolte et son indignation, les Mirzayan parviendront enfin à se faire une place dans ce nouveau monde.

Vous reprendrez bien un peu de consensus constructif...

Pour l'an nouveau : l'opinion du député radical Jean Martin dans 24heures

La polarisation agressive est une tendance actuelle forte en politique, dans notre pays et ailleurs. Encore qu’il y ait d’autres évolutions: le cabinet de coalition mis en place en Allemagne, le Conseil d’Etat nouveau élu par nos voisins genevois.

Commentaires sur la fin de l’année politique vau­doise 2005: en premier lieu, souligner l’adoption d’un bud­get cantonal avec un déficit mo­déré, maîtrisé, par 80% des dé­putés — du jamais-vu dans le passé récent. Encourageant de voir comment, malgré l’insatis­faction que chacun peut avoir par rapport à tel élément de sa propre doctrine, tous les partis sauf un ont reconnu la qualité des efforts du gouvernement pour redresser la situation fi­nancière.

S’agissant du dossier qui longtemps a semblé bloqué, des requérants déboutés (le groupe dit des «523», qui sont encore environ 250) et de celui d’Ethiopiens et d’Erythréens qui sont ici, intégrés, depuis des années, il y a des rais de lu­mière. On n’ose pas encore s’en réjouir, les chances de règle­ment restent ténues, mais il ap­paraît que le Conseil d’Etat entre en matière et c’est impor­tant. De plus, quand une con­seillère d’Etat bernoise, de ré­putation pourtant ferme, re­commande que Vaud propose aux autres cantons de l’aider à persuader la Berne fédérale qu’il ne faut pas persister dans une voie sans issue, cela re­donne un sens — vraiment! — à la notion classique de «chers et fidèles Confédérés». Après les affrontements des derniers dix­huit mois, une solution accepta­ble pour tous serait un signe fort de volonté de travailler en concertation. Volonté dont nous continuerons à avoir be­soin sur d’autres sujets! Illustra­tion aussi de ce qu’on sait re­connaître que les faits sont tou­jours têtus.* Autre sujet, ce qu’on appelait l’instruction publique: on pen­sait que dans ce domaine la plupart des haches de guerre étaient enterrées — entre autres parce que là aussi le Conseil d’Etat a admis une cer­taine réalité et des modifica­tions de la loi. Un collègue député a cru pouvoir utiliser la grave crise des banlieues fran­çaises pour tirer des parallèles acrobatiques avec l’école vau­doise. Plus qu’audacieux, ce qui lui a valu de fermes réponses dans 24 heures du 21 décem­bre… Il est permis d’espérer que ce genre d’escarmouches ne va pas détruire le presque consensus auquel on était ar­rivé.

Même s’il y a lieu de rester réservé vis-à-vis des sondages, à noter enfin celui indiquant qu’une majorité de Suisses ne souhaiteraient pas la réélection de conseillers fédéraux qui s’il­lustrent par une grande désin­volture à l’égard de la collégia­lité qui historiquement caracté­rise le fonctionnement de nos Exécutifs — et qui est bien ancrée même si elle ne découle pas d’un texte formel. Il est bon de voir que, si le public ne déteste pas être stimulé par des tribuns provocants, il ne les suit pas quand ils cassent le système. A l’orée de 2006, il reste certain que, pour la Suisse, il n’y aura pas à l’avenir de prospérité facile, certaines adaptations né­cessaires seront rudes. Mais ce ne sont pas les réformes «à la hache» qui apporteront la solu­tion. Sachons cultiver la valeur de la négociation et du dialo­gue, laborieux mais fructueux, et souhaitons-nous une année 2006 dynamique, ambitieuse, où une atmosphère apaisée sur certains fronts permettra de se consacrer à d’autres défis qui demandent action.

* A propos de l’apport à notre pays de personnes venues d’ailleurs — et des conditions bien difficiles qu’elles ont ren­contrées — je recommande Victor le Conquérant, de Ray­mond Durous, Editions de l’Aire, 2005. Histoire remarqua­ble.

Lettres suite à la rubrique des fenêtres de l'Avent "Asile"

Pour clôre la série des 24 fenêtres de l'Avent, trois lettres de lecteurs publiées dans 24heures :

Un Avent plein d’humanité

Vingt-quatre portes, 24 por­traits remplis d’espoirs et de désespoirs, 24 êtres humains qui luttent pour vivre, pour tra­vailler, pour trouver le bonheur! Le calendrier de l’Avent de cette année était plein d’huma­nité et m’a particulièrement tou­chée. Que de courage il a fallu à ces personnes pour témoigner de leur précarité et de leurs préoccupations. Merci d’avoir ouvert ces portes sur une réalité que l’on ne veut pas forcément connaître. J’espère que durant l’année prochaine toutes ces per­sonnes recevront leur permis.

Emmanuelle Baumgartner, Crans-près-Céligny


Que diront nos enfants?

Un GRAND merci à 24 heures pour ses interviews de requé­rants d’asile. Ainsi, ceux qui ont peur des étrangers ont pu voir que ces requérants regrettent fort d’être privés du droit de travailler. Que diront nos en­fants, dans vingt ans, en appre­nant comment le SPOP, la po­lice et le gouvernement central ont traité ces rescapés des guer­res? Je connais personnellement quelques requérants: ce qu’ils vivent est à la limite du suppor­table!

Juliette Goy, Lutry

Nous avons eu un vécu

Merci de redonner de l’huma­nité aux requérants d’asile. Je vous remercie du fond du coeur pour ces deux colonnes quoti­diennes réservées aux deman­deurs d’asile sous la plume de Martine Clerc. Dommage qu’el­les s’arrêtent à Noël, car j’aurais bien voulu qu’elles deviennent permanentes. Car ce genre de témoignages manque cruelle­ment dans la presse suisse. Ré­sultat: une diabolisation force­née sur fond de sensationna­lisme très souvent gratuit. On semble ainsi oublier qu’il s’agit d’êtres humains qui ont eu un vécu avant d’arriver en Suisse et qui maintenant y vivent dans la précarité mais dans la dignité — et non pas de numéros de matri­cule de dossiers logés à Berne.
Voilà pourquoi votre initiative est des plus louables. En effet, le fait de relater le vécu des de­mandeurs d’asile dans le canton de Vaud, avec leurs photos, re­donne de l’humanité à ces êtres trop souvent stigmatisés du fait des écarts de conduite d’une minorité d’entre eux. Les der­niers durcissements de la loi sur l’asile viennent malheureuse­ment conforter ce triste constat.

Okita Lussamaki, journaliste demandeur d’asile, Vevey

Aide d’urgence: la Fareas rectifie

Contrairement à ce qui a été écrit dans l’édition du 4 janvier de 24heures , les requérants d’asile déboutés ne verront pas leurs conditions d’assistance changer avec l’en­trée en vigueur de la nouvelle loi cantonale sur l’aide aux requérants d’asile et à certai­nes catégories d’étrangers (LARA) au printemps pro­chain.

C’est la révision de la Loi fédérale sur l’asile (LAsi), adoptée par le Parlement suisse l’automne dernier et qui pourrait entrer en vigueur en 2007, qui introduit un change­ment de régime pour les per­sonnes déboutées. Ces derniè­res n’auront alors effective­ment plus droit qu’à une aide d’urgence, si le référendum actuellement en cours de ré­colte de signatures n’aboutit pas ou s’il est rejeté par le peuple.