vendredi 6 janvier 2006

Les mages ou la fine cuisine des Evangiles

Rien de particulier ce jour concernant l'asile dans le canton....

Juste trace de cette opinion d'Hélène Küng, parue dans 24heures, nous rappelant que l'habituée du centre de Vallorbe est (aussi) pasteure. Et certainement trace aussi du fait que c'est dans les Evangiles qu'elle trouve les ressources de ses actions infatigables.


Qui sont ces mages de Noël? Leur première mention, dans l’Evangile de Matthieu, n’en dit ni le nombre ni les noms. Les textes bibliques sont ava­res en renseignements, exprès! Y chercher seulement «ce qui s’est passé»: ce serait comme vouloir défaire une galette odorante pour retrouver la fa­rine crue, le sel sec, le beurre lourd à force d’être seul. Ce n’est pas ainsi qu’on s’ali­mente! Or ces vieux récits veu­lent nourrir, non renseigner. Les anciens n’avaient pas la plate prétention de «dire ce qui s’est passé» comme s’il existait des faits crus à servir tels quels.

Les Evangiles partagent une conviction: qu’un prophète d’une région marginale, appré­cié pour la qualité détonante de ses actes et de son enseigne­ment, puis exécuté comme un malfaiteur, est bien l’envoyé de Dieu, espéré depuis des siècles. Deux Evangiles, ceux de Mat­thieu et Luc, évoquent sa nais­sance de deux façons difficile­ment conciliables. Exprès! Eh oui, certains mets se savourent séparément. Ce serait dom­mage de servir la crème au rhum sur la salade aux croû­tons, non? Chez Matthieu, pas de bergers. Chez Luc, pas de mages. Il ne s’agit pas d’oubli. Ne les mélangeons pas, guet­tons- en plutôt les saveurs dis­tinctes.

L’arrivée des mages dans le récit de Matthieu signale que la venue de Jésus n’a rien d’un fait divers local. Elle touche, étonnamment, l’ensemble de l’humanité. Ces savants astro­nomes étrangers font le dépla­cement pour voir le nouveau venu — et devancent du coup les élites locales! La polémique est dans l’air. Par les mages, l’Evangile pimente son récit et laisse au… palais une saveur âcre. Il y a de quoi avaler de travers! Voilà le Dieu d’Israël honoré par l’astronomie, science suspecte pour ses fidè­les. Ensuite, ces païens voient ce que les croyants, puissants en tête, n’avaient pas remar­qué, et en prennent de la graine! Enfin, avec des siècles d’avance sur les architectes les plus visionnaires, la visite des mages rase… l’esprit de clo­cher! L’envoyé de Dieu, at­tendu par Israël, est là pour TOUT le monde! C’est la fin des querelles de chapelle — ou cela devrait l’être… C’est sulfureux, cette préten­tion de l’Evangile de Matthieu: que les barrières ne tiennent pas, que les favoritismes se dis­solvent. Mais c’est bien l’anti­que veine prophétique, dont les Evangiles sont convaincus que Jésus de Nazareth est le vrai héritier. Dieu à l’oeuvre, c’est le rétablissement du droit, c’est-à­dire selon cette tradition: la réhabilitation des exclus!

L’assaisonnement de l’Evan­gile de Luc est différent: pas de mages exotiques. Ses bergers «du terroir», des exclus de la société et de la religion, sont les premiers auprès de Jésus, lui aussi mis à l’écart, dans une mangeoire faute d’abri «nor­mal ». Mais là aussi, différem­ment, les barrières et les exclu­sions en prennent pour leur grade!

Briser les barrières, soit; mais la prétention universelle, même d’intention bien­veillante, choque aujourd’hui. De quel droit une religion peut-elle se proclamer «pour tous les peuples»? L’histoire du christianisme donne, hélas, toute sa pertinence à cette question: peut-on se prétendre «universel» sans devenir intolé­rant, voire totalitaire? Un mes­sage de paix pour chacun peut­il se construire avec chacun, dans le respect des diversités? Pas de réponse à cela. Juste des doutes salutaires, un défi, une exigence de cohérence renou­velée pour les croyants nourris des traditions de Matthieu, Luc et consorts!

jeudi 5 janvier 2006

Nouvelles missions et réorganisation : une année charnière pour la Fareas

»La Fondation vaudoise pour l’ac­cueil des requérants d’asile (Fa­reas) vit un tournant en ce dé­but d’année. D’abord en termes de fonctionnement puisqu’elle part sur de nouvelles bases. En­suite au niveau de ses missions, dans la mesure où c’est elle qui sera désormais chargée de l’aide d’urgence en faveur des personnes en situation irrégu­lière, notamment les NEM (re­quérants ayant fait l’objet d’une décision de non-entrée en ma­tière).

Dans les prochaines se­maines, le Grand Conseil devrait par ailleurs se prononcer sur une proposition de modifier la struc­ture juridique de la fondation.

L'article de J.-M. J. dans 24heures
Elle a beau ne pas figurer à l’ordre du jour de la première séance de l’année du Grand Conseil, la loi sur l’aide aux requérants d’asile et à certaines catégories d’étranger (LARA) s’annonce comme l’un des grands dossiers parlementaires du début d’année. Et pour cause. C’est cette loi qui réunit désormais dans un texte unique l’ensemble des bases légales con­cernant la délégation des tâches liées à l’assistance, à l’héberge­ment, à l’encadrement médico­sanitaire et à l’accompagnement social des demandeurs d’asile. Alors que la crise relative au groupe dit des «523» n’est tou­jours pas résolue, cette loi ne manquera pas de susciter le dé­bat entre élus.
Dans les grandes lignes, ce nouveau texte légal prévoit que le Département des institutions et des relations extérieures sera désormais le seul directement concerné par l’asile. De plus, le Conseil d’Etat verra son con­trôle renforcé sur la Fareas. Le projet de loi se complète par ailleurs de projets de décret qui assurent notamment l’assainisse­ment financier de la Fareas.

«Errements du passé»
Du côté de la commission ad hoc du Grand Conseil, diverses propositions sont à relever. D’abord celle demandant la création d’une commission can­tonale consultative en matière d’asile, comme cela existe dans le canton de Neuchâtel. «Cela donnerait ainsi l’opportunité d’entendre la voix d’experts», explique la députée socialiste Michèle Gay Vallotton. La com­mission propose ensuite de re­voir la structure juridique de la Fareas «en raison des errements du passé». La solution qui sera discutée en plénum sera celle d’un établissement de droit pu­blic, une solution d’ores et déjà acceptée par le Conseil d’Etat. Ce changement n’interviendra toutefois pas avant le 1er janvier 2008.
Autre aspect de la LARA, la prise en charge par la Fareas de l’aide d’urgence en faveur des personnes en situation irrégu­lière. Et donc, parmi eux, les NEM. Dès l’entrée en vigueur de la loi, cela signifiera que cette aide ne sera alors accordée qu’en nature. Une situation inac­ceptable pour la gauche, comme le note Michèle Gay Vallotton: «Quand les requérants sont en­core sur notre territoire, on es­time qu’ils doivent pouvoir bé­néficier au minimum de l’aide d’asile, qui est déjà moindre que l’aide sociale. A nos yeux, il est dangereux de mettre des gens en situation de devoir trouver de l’argent parce qu’on ne leur donne pas un minimum. C’est la porte ouverte à des dérapages.»

Morges - Eric Voruz préface un ouvrage émouvant

Le journal La Côte nous présente un ouvrage sur le passage dans la clandestinité d'une famille de requérant, la préface en est écrite par Eric Voruz, le syndicaliste et syndic de Morges:
Clandestinité oblige, c’est le titre d’un livre récemment publié par les Editions Cabédita à Yens. Signé Catherine Vallat et Raphy Buttet, cet ouvrage est le récit vrai et émouvant de l’entrée en clandestinité d’une famille de requérants d’asile, provenant d’une ancienne république d’une Union soviétique en décomposition....
Arméniens d’origine, établis en Georgie, les Mirzayan, le père, la mère et trois enfants, sont contraints de quitter ce pays, où le père, commerçant, se voit sans cesse racketté par des membres d’une police corrompue. Réfugiés économiques ou politiques, peu importe, la demande d’asile déposée à leur arrivée en Suisse, est écartée par l’Office fédéral des réfugiés. Le compte à rebours est lancé. Tandis que des sympathisants, dont la narratrice, Cloé, elle-même municipale aux affaires sociales du village où les Mirzayan ont vécu auparavant douze mois au grand jour en s’efforçant de s’intégrer, recherchent une solution d’accueil du côté du Québec. La famille doit se réfugier dans une ferme perdue du Jura, où elle sera soutenue matériellement et moralement durant toute une année par une bande de copains, unis par un même comportement citoyen. Loin de toutes descriptions romantiques de retraite bucolique au grand air, les difficultés affrontées par ces cinq personnes durant ce long huis clos, exacerbées par l’incertitude et par l’angoisse, sont abordées très franchement: frustrations des uns et des autres, dépression du père de famille et anorexie de la fille aînée adolescente ponctuent le quotidien. L’histoire finit bien cependant. Rejetés par une Suisse bien pensante et frileuse, à laquelle Cloé exprime à plusieurs reprises sa révolte et son indignation, les Mirzayan parviendront enfin à se faire une place dans ce nouveau monde.

Vous reprendrez bien un peu de consensus constructif...

Pour l'an nouveau : l'opinion du député radical Jean Martin dans 24heures

La polarisation agressive est une tendance actuelle forte en politique, dans notre pays et ailleurs. Encore qu’il y ait d’autres évolutions: le cabinet de coalition mis en place en Allemagne, le Conseil d’Etat nouveau élu par nos voisins genevois.

Commentaires sur la fin de l’année politique vau­doise 2005: en premier lieu, souligner l’adoption d’un bud­get cantonal avec un déficit mo­déré, maîtrisé, par 80% des dé­putés — du jamais-vu dans le passé récent. Encourageant de voir comment, malgré l’insatis­faction que chacun peut avoir par rapport à tel élément de sa propre doctrine, tous les partis sauf un ont reconnu la qualité des efforts du gouvernement pour redresser la situation fi­nancière.

S’agissant du dossier qui longtemps a semblé bloqué, des requérants déboutés (le groupe dit des «523», qui sont encore environ 250) et de celui d’Ethiopiens et d’Erythréens qui sont ici, intégrés, depuis des années, il y a des rais de lu­mière. On n’ose pas encore s’en réjouir, les chances de règle­ment restent ténues, mais il ap­paraît que le Conseil d’Etat entre en matière et c’est impor­tant. De plus, quand une con­seillère d’Etat bernoise, de ré­putation pourtant ferme, re­commande que Vaud propose aux autres cantons de l’aider à persuader la Berne fédérale qu’il ne faut pas persister dans une voie sans issue, cela re­donne un sens — vraiment! — à la notion classique de «chers et fidèles Confédérés». Après les affrontements des derniers dix­huit mois, une solution accepta­ble pour tous serait un signe fort de volonté de travailler en concertation. Volonté dont nous continuerons à avoir be­soin sur d’autres sujets! Illustra­tion aussi de ce qu’on sait re­connaître que les faits sont tou­jours têtus.* Autre sujet, ce qu’on appelait l’instruction publique: on pen­sait que dans ce domaine la plupart des haches de guerre étaient enterrées — entre autres parce que là aussi le Conseil d’Etat a admis une cer­taine réalité et des modifica­tions de la loi. Un collègue député a cru pouvoir utiliser la grave crise des banlieues fran­çaises pour tirer des parallèles acrobatiques avec l’école vau­doise. Plus qu’audacieux, ce qui lui a valu de fermes réponses dans 24 heures du 21 décem­bre… Il est permis d’espérer que ce genre d’escarmouches ne va pas détruire le presque consensus auquel on était ar­rivé.

Même s’il y a lieu de rester réservé vis-à-vis des sondages, à noter enfin celui indiquant qu’une majorité de Suisses ne souhaiteraient pas la réélection de conseillers fédéraux qui s’il­lustrent par une grande désin­volture à l’égard de la collégia­lité qui historiquement caracté­rise le fonctionnement de nos Exécutifs — et qui est bien ancrée même si elle ne découle pas d’un texte formel. Il est bon de voir que, si le public ne déteste pas être stimulé par des tribuns provocants, il ne les suit pas quand ils cassent le système. A l’orée de 2006, il reste certain que, pour la Suisse, il n’y aura pas à l’avenir de prospérité facile, certaines adaptations né­cessaires seront rudes. Mais ce ne sont pas les réformes «à la hache» qui apporteront la solu­tion. Sachons cultiver la valeur de la négociation et du dialo­gue, laborieux mais fructueux, et souhaitons-nous une année 2006 dynamique, ambitieuse, où une atmosphère apaisée sur certains fronts permettra de se consacrer à d’autres défis qui demandent action.

* A propos de l’apport à notre pays de personnes venues d’ailleurs — et des conditions bien difficiles qu’elles ont ren­contrées — je recommande Victor le Conquérant, de Ray­mond Durous, Editions de l’Aire, 2005. Histoire remarqua­ble.

Lettres suite à la rubrique des fenêtres de l'Avent "Asile"

Pour clôre la série des 24 fenêtres de l'Avent, trois lettres de lecteurs publiées dans 24heures :

Un Avent plein d’humanité

Vingt-quatre portes, 24 por­traits remplis d’espoirs et de désespoirs, 24 êtres humains qui luttent pour vivre, pour tra­vailler, pour trouver le bonheur! Le calendrier de l’Avent de cette année était plein d’huma­nité et m’a particulièrement tou­chée. Que de courage il a fallu à ces personnes pour témoigner de leur précarité et de leurs préoccupations. Merci d’avoir ouvert ces portes sur une réalité que l’on ne veut pas forcément connaître. J’espère que durant l’année prochaine toutes ces per­sonnes recevront leur permis.

Emmanuelle Baumgartner, Crans-près-Céligny


Que diront nos enfants?

Un GRAND merci à 24 heures pour ses interviews de requé­rants d’asile. Ainsi, ceux qui ont peur des étrangers ont pu voir que ces requérants regrettent fort d’être privés du droit de travailler. Que diront nos en­fants, dans vingt ans, en appre­nant comment le SPOP, la po­lice et le gouvernement central ont traité ces rescapés des guer­res? Je connais personnellement quelques requérants: ce qu’ils vivent est à la limite du suppor­table!

Juliette Goy, Lutry

Nous avons eu un vécu

Merci de redonner de l’huma­nité aux requérants d’asile. Je vous remercie du fond du coeur pour ces deux colonnes quoti­diennes réservées aux deman­deurs d’asile sous la plume de Martine Clerc. Dommage qu’el­les s’arrêtent à Noël, car j’aurais bien voulu qu’elles deviennent permanentes. Car ce genre de témoignages manque cruelle­ment dans la presse suisse. Ré­sultat: une diabolisation force­née sur fond de sensationna­lisme très souvent gratuit. On semble ainsi oublier qu’il s’agit d’êtres humains qui ont eu un vécu avant d’arriver en Suisse et qui maintenant y vivent dans la précarité mais dans la dignité — et non pas de numéros de matri­cule de dossiers logés à Berne.
Voilà pourquoi votre initiative est des plus louables. En effet, le fait de relater le vécu des de­mandeurs d’asile dans le canton de Vaud, avec leurs photos, re­donne de l’humanité à ces êtres trop souvent stigmatisés du fait des écarts de conduite d’une minorité d’entre eux. Les der­niers durcissements de la loi sur l’asile viennent malheureuse­ment conforter ce triste constat.

Okita Lussamaki, journaliste demandeur d’asile, Vevey

Aide d’urgence: la Fareas rectifie

Contrairement à ce qui a été écrit dans l’édition du 4 janvier de 24heures , les requérants d’asile déboutés ne verront pas leurs conditions d’assistance changer avec l’en­trée en vigueur de la nouvelle loi cantonale sur l’aide aux requérants d’asile et à certai­nes catégories d’étrangers (LARA) au printemps pro­chain.

C’est la révision de la Loi fédérale sur l’asile (LAsi), adoptée par le Parlement suisse l’automne dernier et qui pourrait entrer en vigueur en 2007, qui introduit un change­ment de régime pour les per­sonnes déboutées. Ces derniè­res n’auront alors effective­ment plus droit qu’à une aide d’urgence, si le référendum actuellement en cours de ré­colte de signatures n’aboutit pas ou s’il est rejeté par le peuple.

mercredi 4 janvier 2006

Yverdon : Les NEM partent après six mois d’une cohabitation sans tache

Le séjour des personnes frappées de non-entrée en matière (NEM) aux anciennes casernes d’Yverdon s’est déroulé sans incident. La Fareas et la ville se disent satisfaites. Grâce à l’activité du point d’appui, des liens ont même pu être tissés entre certains requérants et la population.
L'article de Carole Pantet dans 24heures

A la veille du départ des person­nes frappées de non-entrée en matière (NEM) qui étaient logées ces six derniers mois aux ancien­nes casernes d’Yverdon, les auto­rités locales et la Fondation vau­doise pour l’accueil des requé­rants d’asile (Fareas) tirent un bilan positif de cette expérience.


Son index glisse lentement d’une ligne à l’autre. Un J’aime lire à la main, il déchiffre syllabe par syl­labe une histoire simple. Cet élève n’est pas un enfant, mais une personne frappée de non-en­trée en matière. Ousman fait par­tie des quelque cinquante requé­rants qui ont été hébergés six mois durant dans les anciennes casernes d’Yverdon. Comme lui, ils sont quatre à avoir saisi l’op­portunité de suivre des cours de français pendant leur séjour. Une possibilité donnée grâce à la mise sur pied d’un point d’appui par les Eglises catholique et réformée du canton de Vaud dès l’arrivé des NEM à Yverdon.

«Je suis ces cours depuis no­vembre 2004, d’abord à Lau­sanne, puis ici depuis cet été», explique ce Malien de 28 ans. Avec un enthousiasme de pre­mier de classe, il s’est rendu cha­que mardi et jeudi sur les bancs d’une salle de la rue de la Maison­ Rouge. «Je viens pour apprendre le français, car au Mali je n’ai jamais été à l’école», explique-t-il. Outre une base écrite de la langue de Molière, le point d’ap­pui apporte aux NEM des contacts avec la population locale. Des liens ont été tissés entre les ensei­gnants bénévoles et les requérants. Patinoire ou fondue dans un cha­let d’alpage, élèves et professeurs ont ainsi partagé des moments riches. «Le but est surtout de les soutenir psychiquement et spiri­tuellement. Nous cherchons à bri­ser une solitude. Nous concevons les connaissances acquises comme utiles lors de leur retour au pays et non comme un moyen d’intégra­tion », insiste Marie-Guillemette Rossi, bénévole de la paroisse de la Maison-Rouge.

Dans le courant du mois de janvier, les NEM d’Yverdon se­ront déplacés à Lausanne. La Fareas tient ainsi une promesse formulée l’été dernier. La Muni­cipalité avait alors été très ferme sur les conditions de mise à dispo­sition des anciennes casernes pour accueillir cette population. Taux d’occupation maximum fixé à cinquante et sécurité renforcée dans et autour du centre: les me­sures mises en place se sont avé­rées très efficaces.

«Nous sommes entièrement sa­tisfaits des conditions qui ont été négociées et de leur application», lance le syndic Rémy Jaquier. Aucun incident grave n’a en effet été déploré durant les six mois de présence aux casernes. «Cela dé­montre que quand on connaît et étudie les problèmes suffisam­ment tôt, il y a des résultats», conclut le syndic.

La Fareas est aussi positive. «Le système de sécurité mis en place a fait ses preuves. Une cinquantaine de requérants ont occupé les locaux en moyenne. L’hiver n’a engendré aucune ex­plosion des demandes», constate la porte-parole Emmanuelle Ma­rendaz- Colle. Ce bilan réjouissant n’empêche pas le syndic de rester ferme: «La Municipalité a fait un effort important pour trouver une solution au moment où le Conseil d’Etat en cherchait une. La com­mune a joué sa part de solidarité, j’apprécierais maintenant que d’autres communes du canton fassent la leur.»

NEM : Une aide en nature

LARA : 1900 personnes concernées.

Article de Carole Pantet dans 24heures :

Les NEM vaudois quitteront, ces prochains jours, Yverdon pour Lausanne. Ils rejoindront l’avenue de Valmont où un centre leur sera spécialement affecté. Les familles et les requérants les plus vulnérables seront logées au centre du Simplon.
Jusqu’à l’introduction de la nouvelle loi sur l’aide aux requérants d’asile et à certaines catégories d’étrangers (LARA), ils continueront à recevoir 12 fr. 30 par jour. Mais dès l’entrée en vigueur de la loi, prévue au printemps 2006, l’aide d’urgence ne leur sera plus qu’accordée en nature.

«Ce régime concernera non seulement les NEM, mais aussi toutes les personnes déboutées du canton», insiste Emanuelle Marendaz-Colle, porte-parole de la Fareas. Or, dans le canton, il y a, à l’heure actuelle, 28% de déboutés parmi les personnes assistées par la Fareas. Le changement de loi modifiera donc le quotidien de quelque 1900 personnes déboutées.
Pour nourrir et loger ces requérants jusqu’à leur départ, le canton devra créer un certain nombre de places dans des centres.

Malgré cette nouvelle dégradation de ses conditions de vie, Ousman n’a pas l’intention de rentrer. «Le problème qui m’a fait quitter mon pays est le même que celui qui fait que je reste. Et ces conditions n’y changeront rien», affirme le jeune Malien. Cela fait déjà cinq ans qu’il est en Suisse et il affirme haut et fort vouloir prolonger son séjour au maximum.

Un Algérien reste incarcéré à Frambois

»Détenu depuis début octobre au Centre de Frambois (GE), un re­quérant débouté du groupe des «523», a vu hier son incarcération prolongée de trois mois par la justice de paix. Un plan de vol est prévu le 19 janvier. Un recours va être déposé.

Article de Martine Clerc dans 24heures
Ils étaient une quinzaine de la Coordination Asile à manifester hier après-midi devant la Justice de Paix de Lausanne, dans le quartier du Flon. En signe de solidarité pour Mohamed B. — requérant débouté du groupe des «523», détenu depuis trois mois à Frambois —, et contre la loi sur les mesures de contrainte. Le 5 octobre dernier, ce deman­deur d’asile algérien, en Suisse depuis huit ans, était arrêté et transféré au Centre de détention administrative en vue de son ren­voi (lire notre édition du 15 octo­bre).

Trois mois. C’est le temps maximum d’une détention admi­nistrative avant une nouvelle audience. Le Service de la popu­lation (SPOP) a donc demandé une prolongation auprès du juge de paix afin de réaliser le renvoi forcé de Mohamed B. Celui-ci s’est déjà soustrait à deux repri­ses à son expulsion durant sa détention, affirme la Coordina­tion Asile. La demande du SPOP a abouti. En fin d’après-midi, le juge a décidé une prolongation de trois mois — six mois étant le maximum. Florence Rouiller, avocate du requérant, réclame sa libération. «Le SPOP laisse en­tendre que Mohamed risque de se soustraire à son renvoi s’il est libéré. C’est ridicule. Ça fait trois mois qu’il est en prison et il n’a toujours pas été renvoyé. Les policiers peuvent aller le cher­cher chez lui pour l’emmener à l’aéroport.» Un recours sera dé­posé auprès du Tribunal canto­nal. L’état psychique et physique du requérant inquiète ses défen­seurs. Après un accident dont il a été victime en 2001, il est handi­capé à 50%.

Au terme de l’audience, les membres de la Coordination Asile ont dit leur colère: «Notre souci est son prochain plan de vol prévu le 19 janvier, dénonce Bruno Clément. Mohamed est un ancien policier de la sécurité militaire. On peut craindre le pire s’il est arrêté dans son pays.» Le militant s’en prend au con­seiller d’Etat en charge du SPOP: «Jean-Claude Mermoud fait de Mohamed un cas de principe, une exception, alors même qu’il a décrété une trêve des renvois forcés jusqu’au 10 janvier.»

samedi 31 décembre 2005

Tu veux finir ton apprentissage? Signe d’abord ton ordre d’expulsion!


Dans 24heures Raphaël Delessert nous explique la situation d'une jeune fille faisant partie des "523":
Menacée de renvoi dans son pays d'origine, Spresa, 19 ans, poursuit un brillant apprentissage à Aigle. Il y a quelques jours, le Service de la population l'a engagée à signer un document l'autorisant à terminer sa formation à la condition qu'elle quitte la Suisse une fois son CFC en poche.

Outrés par une démarche qui, selon eux, relève d'un infâme chantage: Christiane Rithener, députée au Grand Conseil, et Gérard Pella, pasteur à Vevey, parrainent la famille Memetovic depuis le printemps dernier. Un couple et ses trois enfants originaires de Serbie et Monténégro, arrivés en Suisse en 1999, et qui émargent au rang des «523» requérants déboutés par Berne. Aujourd'hui, une petite moitié d'entre eux risquent encore un départ forcé vers leur pays natal.

La famille, établie à Vevey, a déposé sa demande d'asile en mai 1999. Depuis, les parents ont toujours régulièrement travaillé dans notre pays, fait remarquer la députée socialiste. Les deux garçons sont scolarisés tandis que Spresa, l'aînée, a débuté un apprentissage d'employée de commerce à Aigle en été 2004. La jeune fille, aujourd'hui âgée de 19 ans, a obtenu d'excellents résultats aux examens de fin de première année.

Menacés d'expulsion par le canton, les Veveysans d'adoption ont passé plus d'un mois au centre paroissial Sainte-Claire, entourés par les bénévoles de la Coordination Asile Riviera. C'était l'hiver dernier, et la situation s'est calmée depuis; la famille, qui a regagné son appartement, est actuellement au bénéfice d'une autorisation de séjour provisoire et renouvelable.

Coup de tonnerre début décembre: Spresa est convoquée au Service de la population (SPOP), à Lausanne. Là, on lui remet un document qu'elle est priée de signer dans les dix jours. En substance, la jeune fille peut achever son apprentissage à deux conditions: elle devra quitter la Suisse dès la fin de sa formation si la commission suisse de recours en matière d'asile ne l'autorise pas à rester. Elle doit aussi s'engager à subvenir entièrement à son entretien - logement, assurance maladie et nourriture - pendant sa formation.

Soutenue par son patron, Spresa ne paraphe pas la déclaration et envoie un courrier au SPOP, expliquant qu'il lui est impossible de terminer son apprentissage sans le soutien affectif et financier de ses parents. «Sa formation lui tient vraiment à cœur, elle m'a même dit que ça la tuerait de devoir arrêter en cours de route», affirme Christiane Rithener.

Le pasteur Pella est révolté par le procédé: «Il est inhumain de désolidariser ainsi Spresa de ses parents. En admettant qu'ils obtiennent un permis et qu'elle signe ce document, elle devra partir toute seule!»

La députée fustige, elle aussi, la méthode cantonale: «Tout se démantèle alors que des démarches sont en cours au Grand Conseil.»

Contacté, le Service de la population n'a pas voulu prendre position: «Nous ne communiquerons pas sur ce dossier durant les fêtes de fin d'année», indique une collaboratrice.