Martine Clerc dans 24heures rapporte une nouvelle mesure administrative qui est vécue comme un harcèlement supplémentaire dans la vie des requérants:
Depuis la semaine dernière, le canton émet un nouveau formu-laire limitant la marge d’inter-prétation des juges en matière d’application des mesures de contrainte.
Depuis des mois, la Coordination Asile Vaud condamne la pression exercée sur les requérants déboutés du groupe des «523» afin de les pousser à accepter l’aide au retour. Hier, en conférence de presse, c’est la nouvelle formule des attestations de départ attribuées aux requérants qui a été sévèrement critiquée. Motif du grief: le document en question «casse» la marge d’interprétation des juges en matière d’application des mesures de con-trainte. «Désormais, explique Bruno Clément, membre de la Coordination, le départ du requérant débouté est exigible dès l’échéance de son délai de départ fixé par les autorités fédérales, des mois ou des années plus tôt. Dans le formulaire précédent, c’est la date de prolongement du séjour qui était probante et sur laquelle pouvaient s’appuyer les juges. C’est seulement après cette date que les mesures de contrainte étaient susceptibles d’être appliquées.»
«Volonté de contourner la justice»
Pour la Coordination Asile, ce nouveau document est ainsi «une volonté affirmée de l’administration de contourner la justice, de casser la marge de manoeuvre des juges». Et Bruno Clément de citer une décision de justice remontant au 5 octobre dernier. Une juge de paix a en effet refusé d’envoyer un requérant débouté libanais au Centre de détention de Frambois. Elle s’est basée sur l’attestation émise par le Service de la population (SPOP) stipulant que son séjour était prolongé jusqu’à la fin du mois et qu’il n’était ainsi pas possible de le renvoyer le 5 octobre.
Explications du Départe-ment des institutions et relations extérieures (DIRE), via son délégué à la communication Frédéric Rouyard: «L’ancien formulaire a été mal interprété par de nombreuses personnes, notamment une juge de paix. Le SPOP l’a modifié afin de lever toute ambiguïté à l’avenir.» Et à l’intention des femmes et des mineurs — jusqu’alors épargnés par les mesures de contrainte — et qui ont également reçu le document «menaçant», il nuance: «Un document standard a été utilisé pour tous, alors que, conformément à la législation fédérale, les mineurs ne peuvent pas être soumis aux mesures de contrainte. Un document spécifique vient donc d’être élaboré pour eux.» La pratique actuelle ne devrait de même pas changer pour les femmes, notamment les femmes kosova-res isolées, bénéficiant officiel-lement de la suspension des mesures de contrainte.
mardi 25 octobre 2005
Forte hausse du nombre de nouvelles demandes
Les agences de presse annoncent toutes de fortes hausses du nombre de demande d'asile pour septembre 2005. Il y a quelques semaines à peine, Christoph Blocher se targuait du fait que la baisse était la preuve de la réussite de sa politique. On voit bien qu'il n'en est rien. Les flux dans l'asile dépendent avant tout de la situation internationale.
Lire la dépêche de l'ATS
Extrait de la dépêche d'AP
21,1% de plus qu'en août - Poussée migratoire en provenance d'Afrique -
Berne (AP) En raison d'une poussée migratoire en provenance d'Afrique, les demandes d'asile en Suisse ont sensiblement augmenté en septembre dernier. On en a enregistré 1.081, soit 189 ou 21,2% de plus qu'en août, selon les chiffres publiés lundi par l'Office fédéral des migrations (ODM). La hausse est surtout due à l'arrivée de ressortissants de Somalie, d'Ethiopie et d'Erythrée.
Le nombre important de migrants africains qui ont rejoint l'Europe cet été, par le sud de l'Italie ou par l'Espagne, explique en partie cette augmentation. L'afflux se répercute en effet deux à quatre mois plus tard sur les statistiques d'asile suisses. Il est vraisemblable que ces migrants cherchent avant tout un avenir économique en Europe, observe l'ODR. «Les autorités suisses vont traiter leurs demandes avec toute la célérité voulue lors de leur séjour dans les centres d'enregistrement et exécuter, dans les plus brefs délais, les renvois nécessaires».
Lire la dépêche de l'ATS
Extrait de la dépêche d'AP
21,1% de plus qu'en août - Poussée migratoire en provenance d'Afrique -
Berne (AP) En raison d'une poussée migratoire en provenance d'Afrique, les demandes d'asile en Suisse ont sensiblement augmenté en septembre dernier. On en a enregistré 1.081, soit 189 ou 21,2% de plus qu'en août, selon les chiffres publiés lundi par l'Office fédéral des migrations (ODM). La hausse est surtout due à l'arrivée de ressortissants de Somalie, d'Ethiopie et d'Erythrée.
Le nombre important de migrants africains qui ont rejoint l'Europe cet été, par le sud de l'Italie ou par l'Espagne, explique en partie cette augmentation. L'afflux se répercute en effet deux à quatre mois plus tard sur les statistiques d'asile suisses. Il est vraisemblable que ces migrants cherchent avant tout un avenir économique en Europe, observe l'ODR. «Les autorités suisses vont traiter leurs demandes avec toute la célérité voulue lors de leur séjour dans les centres d'enregistrement et exécuter, dans les plus brefs délais, les renvois nécessaires».
lundi 24 octobre 2005
L'immigration à des limites
Dans le courrier des lecteurs de 24heures, le député UDC François Brélaz explique très clairement les raisons du "profilage ethnique" dont sont victimes les requérants d'origine Africaine. Désormais, selon ce député, il faudra qu'une personne menacée qui a la peau noire soit au préalable formée et qu'elle paye des impôts pour être acceptée en Suisse.
»En réponse à l’«Opinion» de M. Innocent Naki intitulée «Pourquoi cette décision est arbitraire!» ( 24 heures du 20 oc-tobre 2005):
M. Innocent Naki, enseignant et écrivain africain, s’insurge contre les «expulsions massives» dont sont victimes les demandeurs d’asile, notamment africains. Or, les Africains, qu’ils soient des NEM (non entrée en matière) en Suisse ou qu’ils tentent de parvenir en Europe par les enclaves espagnoles de Mellila et Ceuta, sont des réfugiés économiques et non politiques.
Si la Suisse a besoin d’une certaine immigration, celle-ci doit être choisie et non subie. Les immigrés doivent être des gens avec une formation, qui paient des impôts, et non des gens sans formation professionnelle qui navigueront entre petits boulots et aide sociale.
Voilà quelques mois, la Conférence romande et tessinoise des offices cantonaux de l’em-ploi a publié des statistiques intéressantes. On y apprend que la communauté africaine connaît un taux de chômage de 30%, le plus élevé de toutes les communautés. Pour ces gens, la durée moyenne de recherche d’un emploi est la plus longue (355 jours).
D’autre part, avant d’accepter tous les miséreux du monde entier, il faut se préoccuper des sans-emploi suisses et étrangers en situation légale. Ainsi, fin juin 2005, à Renens, si on additionne les chômeurs, les personnes qui ne sont pas au chômage mais cherchent un travail et les bénéficiaires du revenu minimum de réinsertion (personnes qui devraient en principe chercher un emploi), on recense 1220 travailleurs potentiels. Cela représente 11,8% de la population active. Quand il y a autant de demandeurs d’emploi dans une des plus grandes communes du canton, il est normal d’être restrictif à l’égard des personnes non qualifiées provenant de pays extraeuropéens.
»En réponse à l’«Opinion» de M. Innocent Naki intitulée «Pourquoi cette décision est arbitraire!» ( 24 heures du 20 oc-tobre 2005):
M. Innocent Naki, enseignant et écrivain africain, s’insurge contre les «expulsions massives» dont sont victimes les demandeurs d’asile, notamment africains. Or, les Africains, qu’ils soient des NEM (non entrée en matière) en Suisse ou qu’ils tentent de parvenir en Europe par les enclaves espagnoles de Mellila et Ceuta, sont des réfugiés économiques et non politiques.
Si la Suisse a besoin d’une certaine immigration, celle-ci doit être choisie et non subie. Les immigrés doivent être des gens avec une formation, qui paient des impôts, et non des gens sans formation professionnelle qui navigueront entre petits boulots et aide sociale.
Voilà quelques mois, la Conférence romande et tessinoise des offices cantonaux de l’em-ploi a publié des statistiques intéressantes. On y apprend que la communauté africaine connaît un taux de chômage de 30%, le plus élevé de toutes les communautés. Pour ces gens, la durée moyenne de recherche d’un emploi est la plus longue (355 jours).
D’autre part, avant d’accepter tous les miséreux du monde entier, il faut se préoccuper des sans-emploi suisses et étrangers en situation légale. Ainsi, fin juin 2005, à Renens, si on additionne les chômeurs, les personnes qui ne sont pas au chômage mais cherchent un travail et les bénéficiaires du revenu minimum de réinsertion (personnes qui devraient en principe chercher un emploi), on recense 1220 travailleurs potentiels. Cela représente 11,8% de la population active. Quand il y a autant de demandeurs d’emploi dans une des plus grandes communes du canton, il est normal d’être restrictif à l’égard des personnes non qualifiées provenant de pays extraeuropéens.
Renvoyé de Suisse, il croupit en prison au Yémen
Didier Estoppey dans Le Courrier nous révèle un nouveau drame vécu par un requérant d'asile expulsé par les autorités Suisse.
Arrêté à son atterrissage à Sanaa à bord d'un vol parti de Genève, un requérant yéménite débouté croupit depuis dix jours en prison. Berne est intervenu en faveur de sa libération. Jusqu'ici en vain.
«En cas de renvoi, je vais disparaître dans les prisons yéménites comme tant d'autres opposants au régime actuel.» Ainsi s'exprimait Ihab Alariki dans une ultime supplique adressée, le 14 septembre dernier, à l'Office fédéral des migrations (ODM). La suite des événements semble cruellement lui donner raison: renvoyé de Suisse le 13 octobre, avant même d'avoir eu le temps de contester un nouveau refus de sa demande d'asile après moult recours et demandes de reconsidération, l'homme a été arrêté dès son arrivée à l'aéroport de Sanaa, la capitale yéménite. Et croupit depuis lors en prison.
Arrivé en Suisse en novembre 2000, et vivant depuis lors à Genève, M. Alariki, 34 ans, avait motivé sa demande d'asile par les ennuis que lui avaient valu dans son pays des liens supposés – qu'il réfute – avec un parti d'opposition. Le 20 septembre, la police genevoise a tenté une première fois de mettre à exécution l'ordre d'expulsion venu de Berne. Mais le requérant a manifesté son refus suffisamment fort pour que le pilote refuse de l'embarquer à bord du vol prévu.
La femme et les enfants d'abord
La suite n'a pas tardé: le 4 octobre, c'est à 4 heures du matin que la police se présente au domicile de sa famille, pour embarquement immédiat. M. Alariki, lui, avait pris la précaution de se planquer chez des amis. Ce qui n'a pas empêché les forces de l'ordre d'expulser Madame et ses deux enfants, dont un bébé de 16 mois. «Je n'ai même pas emporté de bagages, raconte l'épouse, que nous avons pu joindre à Sanaa. J'étais convaincue qu'on ne nous renverrait pas sans mon mari.» C'est accompagnée de deux fonctionnaires de l'ODM qu'elle a fait le voyage du retour.
Son mari a suivi, de guerre lasse, après s'être rendu aux autorités genevoises. «Il n'aurait pas dû rentrer, mais il n'était plus dans son état normal depuis le renvoi des siens, confient des proches à Genève. Il nous a dit qu'il n'avait plus le choix, que la Suisse aussi était devenue une prison pour lui.»
Son retour n'en est pas moins considéré comme purement volontaire par le responsable du domaine de l'asile à l'Office cantonal de la population, Bernard Ducrest. Même s'il a d'abord fallu pousser le reste de la famille dehors... «Nous avons eu de multiples contacts avec ces gens pour chercher à préparer leur retour. A Genève, nous avons des procédures plutôt soft. Mais, à un moment donné, il faut bien appliquer les décisions, sinon personne ne rentrerait...» Mais quid de l'arrestation de Monsieur? «La responsabilité de vérifier l'exigibilité du renvoi incombe à l'autorité fédérale», rappelle M. Ducrest.
L'autorité fédérale, elle, commence par s'étonner de notre appel. «Il n'y a qu'un ou deux rapatriements par année vers le Yémen, et tout s'est toujours bien passé, nous affirme d'abord le porte parole de l'ODM, Dominique Boillat. Nous n'avons eu connaissance d'aucun problème concernant ce monsieur.»
Berne intervient
Mais, depuis l'affaire d'un requérant birman toujours en prison depuis son rapatriement de Suisse, il y a plus d'un an, qui avait défrayé la chronique, on prend tout risque de dérapage au sérieux. Vérification faite auprès de la mission permanente du Yémen, à Genève, l'ODM a obtenu vendredi, après nos premiers appels, la confirmation de la détention de M. Alariki. «Il semble qu'on lui reproche un passé pénal en Suisse, indique M. Boillat. Son dossier est pourtant totalement vierge. Le fait que nous ayons raccompagné Madame a peut-être été interprété comme une mesure policière qui a éveillé les soupçons des autorités yéménites. Nous avons immédiatement entrepris des démarches afin de lever ce malentendu. La mission du Yémen a bon espoir qu'il sera libéré dans les jours qui viennent.»
Dans la communauté yéménite de Genève, on est moins optimiste. On évoque un autre cas récent de requérant arrêté au Yémen à son retour de Suisse. Une rumeur réfutée par l'ODM, qui affirme n'avoir connaissance d'aucun cas similaire à celui de M. Alariki. Nos interlocuteurs yéménites craignent également que le fait de demander l'asile à l'étranger soit interprété par le gouvernement de Sanaa comme un aveu de culpabilité ou une trahison. A Amnesty International aussi, on se montre prudent. Sans pouvoir se prononcer sur le cas de M. Alariki, Denise Graf, responsable des questions d'asile au sein de la section suisse, indique avoir été amenée à intervenir, à deux reprises, contre des décisions de renvoi de Yéménites. «Le Yémen ressemble un peu à Guantanamo. Beaucoup de gens y sont détenus au secret, sans accès à aucun moyen de défense.»
M. Alariki n'a pas encore disparu dans les geôle yéménites. Son épouse a pu lui rendre visite mercredi dernier. Mais malgré l'optimisme de l'ODM et de la mission yéménite à Genève, elle attendait toujours hier soir sa libération... «Cela fait deux jours qu'on me dit 'demain peut-être'. Mes enfants s'impatientent et sont très inquiets.»
Nouveau renvoi en vue
Du côté des milieux de défense des requérants d'asile aussi, l'affaire laisse un goût très amer. Le Genevois Michel Ottet, du réseau Elisa, se dit scandalisé de la manière dont la famille de M. Alariki a été renvoyée, et encore plus de la légèreté avec laquelle son cas a été traité. «Son arrestation prouve que ses craintes étaient fondées. Nous allons demander son retour. L'affaire m'inquiète d'autant plus que les autorités genevoises s'apprêtent à exécuter le renvoi d'un autre requérant yéménite débouté. J'espère que, après ce qui vient de se passer, elles sauront y renoncer.»
Arrêté à son atterrissage à Sanaa à bord d'un vol parti de Genève, un requérant yéménite débouté croupit depuis dix jours en prison. Berne est intervenu en faveur de sa libération. Jusqu'ici en vain.
«En cas de renvoi, je vais disparaître dans les prisons yéménites comme tant d'autres opposants au régime actuel.» Ainsi s'exprimait Ihab Alariki dans une ultime supplique adressée, le 14 septembre dernier, à l'Office fédéral des migrations (ODM). La suite des événements semble cruellement lui donner raison: renvoyé de Suisse le 13 octobre, avant même d'avoir eu le temps de contester un nouveau refus de sa demande d'asile après moult recours et demandes de reconsidération, l'homme a été arrêté dès son arrivée à l'aéroport de Sanaa, la capitale yéménite. Et croupit depuis lors en prison.
Arrivé en Suisse en novembre 2000, et vivant depuis lors à Genève, M. Alariki, 34 ans, avait motivé sa demande d'asile par les ennuis que lui avaient valu dans son pays des liens supposés – qu'il réfute – avec un parti d'opposition. Le 20 septembre, la police genevoise a tenté une première fois de mettre à exécution l'ordre d'expulsion venu de Berne. Mais le requérant a manifesté son refus suffisamment fort pour que le pilote refuse de l'embarquer à bord du vol prévu.
La femme et les enfants d'abord
La suite n'a pas tardé: le 4 octobre, c'est à 4 heures du matin que la police se présente au domicile de sa famille, pour embarquement immédiat. M. Alariki, lui, avait pris la précaution de se planquer chez des amis. Ce qui n'a pas empêché les forces de l'ordre d'expulser Madame et ses deux enfants, dont un bébé de 16 mois. «Je n'ai même pas emporté de bagages, raconte l'épouse, que nous avons pu joindre à Sanaa. J'étais convaincue qu'on ne nous renverrait pas sans mon mari.» C'est accompagnée de deux fonctionnaires de l'ODM qu'elle a fait le voyage du retour.
Son mari a suivi, de guerre lasse, après s'être rendu aux autorités genevoises. «Il n'aurait pas dû rentrer, mais il n'était plus dans son état normal depuis le renvoi des siens, confient des proches à Genève. Il nous a dit qu'il n'avait plus le choix, que la Suisse aussi était devenue une prison pour lui.»
Son retour n'en est pas moins considéré comme purement volontaire par le responsable du domaine de l'asile à l'Office cantonal de la population, Bernard Ducrest. Même s'il a d'abord fallu pousser le reste de la famille dehors... «Nous avons eu de multiples contacts avec ces gens pour chercher à préparer leur retour. A Genève, nous avons des procédures plutôt soft. Mais, à un moment donné, il faut bien appliquer les décisions, sinon personne ne rentrerait...» Mais quid de l'arrestation de Monsieur? «La responsabilité de vérifier l'exigibilité du renvoi incombe à l'autorité fédérale», rappelle M. Ducrest.
L'autorité fédérale, elle, commence par s'étonner de notre appel. «Il n'y a qu'un ou deux rapatriements par année vers le Yémen, et tout s'est toujours bien passé, nous affirme d'abord le porte parole de l'ODM, Dominique Boillat. Nous n'avons eu connaissance d'aucun problème concernant ce monsieur.»
Berne intervient
Mais, depuis l'affaire d'un requérant birman toujours en prison depuis son rapatriement de Suisse, il y a plus d'un an, qui avait défrayé la chronique, on prend tout risque de dérapage au sérieux. Vérification faite auprès de la mission permanente du Yémen, à Genève, l'ODM a obtenu vendredi, après nos premiers appels, la confirmation de la détention de M. Alariki. «Il semble qu'on lui reproche un passé pénal en Suisse, indique M. Boillat. Son dossier est pourtant totalement vierge. Le fait que nous ayons raccompagné Madame a peut-être été interprété comme une mesure policière qui a éveillé les soupçons des autorités yéménites. Nous avons immédiatement entrepris des démarches afin de lever ce malentendu. La mission du Yémen a bon espoir qu'il sera libéré dans les jours qui viennent.»
Dans la communauté yéménite de Genève, on est moins optimiste. On évoque un autre cas récent de requérant arrêté au Yémen à son retour de Suisse. Une rumeur réfutée par l'ODM, qui affirme n'avoir connaissance d'aucun cas similaire à celui de M. Alariki. Nos interlocuteurs yéménites craignent également que le fait de demander l'asile à l'étranger soit interprété par le gouvernement de Sanaa comme un aveu de culpabilité ou une trahison. A Amnesty International aussi, on se montre prudent. Sans pouvoir se prononcer sur le cas de M. Alariki, Denise Graf, responsable des questions d'asile au sein de la section suisse, indique avoir été amenée à intervenir, à deux reprises, contre des décisions de renvoi de Yéménites. «Le Yémen ressemble un peu à Guantanamo. Beaucoup de gens y sont détenus au secret, sans accès à aucun moyen de défense.»
M. Alariki n'a pas encore disparu dans les geôle yéménites. Son épouse a pu lui rendre visite mercredi dernier. Mais malgré l'optimisme de l'ODM et de la mission yéménite à Genève, elle attendait toujours hier soir sa libération... «Cela fait deux jours qu'on me dit 'demain peut-être'. Mes enfants s'impatientent et sont très inquiets.»
Nouveau renvoi en vue
Du côté des milieux de défense des requérants d'asile aussi, l'affaire laisse un goût très amer. Le Genevois Michel Ottet, du réseau Elisa, se dit scandalisé de la manière dont la famille de M. Alariki a été renvoyée, et encore plus de la légèreté avec laquelle son cas a été traité. «Son arrestation prouve que ses craintes étaient fondées. Nous allons demander son retour. L'affaire m'inquiète d'autant plus que les autorités genevoises s'apprêtent à exécuter le renvoi d'un autre requérant yéménite débouté. J'espère que, après ce qui vient de se passer, elles sauront y renoncer.»
Naufragés d'Afrique sur nos terres
Voici un excellent article de Christian Leconte, publié samedi dernier dans Le Temps, qui rapporte le témoignage de jeunes requérants Africains. D'autres témoignages du même genre peuvent être consultés dans les pages "Quand on NEM..." dans la colonne de droite; toutes ces histoires témoignent également de cette politique officielle de "profilage ethnique" dont nous parlait récemment Didier Estoppey
Les images de milliers d'immigrés africains escaladant les grillages de Ceuta et Melilla ont bouleversé le monde. Qui sont ces hommes? Que fuient-ils? Où vont-ils?
Les passeurs ont dit à Emmanuel le Libérien qu'il fallait mentir sur son âge «parce qu'en Suisse c'est une question vitale». S'il est majeur, il est un requérant d'asile comme un autre, sans réel droit, menacé d'être expulsé à tout moment.
Emmanuel a retenu la leçon. «J'ai 16 ans», soutient-il. Mineur donc. La loi le protège, il a même le droit d'aller à l'école.
Mais les Suisses ont trouvé une parade: le test osseux (radiographie du poignet) qui déterminerait l'âge. Au Centre d'enregistrement des requérants d'asile (CERA) de Vallorbe, le verdict est tombé: «Vous avez environ 20 ans.»
Tous la même histoire
Emmanuel a dit que c'était faux. Il a fait un recours puis est entré en clandestinité. Il traîne en ce moment à Lausanne. Dort dehors ou dans un sleep-in lorsqu'une bonne âme lui glisse 5 francs. Il retrouve là d'autres naufragés, tout aussi dépourvus. Africains, pour la plupart.
«Je n'aime pas ces endroits-là parce qu'on a tous la même histoire et c'est bien à cela que je voulais échapper, la même histoire, les mêmes guerres, la même misère.» Les bancs des gares, c'est mieux. La solitude est sa force. Il brave l'indifférence et «la police qui insulte et fouille partout, même dans le plus intime du corps pour savoir si on trafique de la drogue.»
Emmanuel a quitté le Liberia en guerre en 2002. Parents morts, le frère et la soeur morts. Des voisins ont vu le gamin assis par terre. Ils ont donné de l'argent pour qu'il se sauve en pick-up via le Mali.
La grande traversée
Début de la traversée qui va durer deux années. C'est la moyenne pour les «clandos». «Je ne savais pas où j'allais. Alors des types m'ont dit: on va tous vers l'Europe, toi aussi.» Plusieurs escales pour se renflouer en argent et obtenir de faux papiers: Agadez au Niger, Tamanrasset en Algérie.
«A Agadez, on loge dans des cases et on fait n'importe quoi comme travail.
Je suis resté six mois», se souvient Emmanuel. Quand l'argent nécessaire est réuni, il faut attendre qu'un pick-up soit rempli pour poursuivre le voyage. L'attente peut durer un mois. «Ils entassent 30 personnes sur les camionnettes bourrées de produits de contrebande, relate-t-il. A Bordj Mokhtar, à la frontière algérienne, d'autres guides nous prennent en charge.
Ils connaissent parfaitement les coins d'eau dans le désert et sont informés sur les itinéraires des patrouilles de surveillance. Ils donnent notre argent pour que les gendarmes ferment les yeux. Les passeurs roulent vite, il faut bien s'accrocher. Quand une personne tombe, le camion ne s'arrête pas. Celui-là va mourir. On sait cela, ça fait partie du contrat.»
Esclaves à Tamanrasset
Tamanrasset, au Sahara. Un ghetto, une plaque tournante. Des milliers d'Africains y séjournent. Emmanuel reste là une année.
«J'ai compris là-bas que nous étions des esclaves, se souvient-il. Pour gagner de l'argent et continuer la route, on travaille pour les Algériens de Tamanrasset. On est leurs domestiques. On gagne 100 dinars par jour (2fr.50) à creuser des trous ou à faire de la lessive. Des femmes se prostituent. Il y a des réseaux qui fonctionnent bien, tout est prévu. Des hommes de Tamanrasset s'occupent d'elles avec les passeurs.»
Tamanrasset est une étape à travers les immenses étendues désertiques. Puis un jour, un autre pick-up direction Ghardaïa et Alger ou Oran. Un choix à faire: tenter de rallier l'Europe via le Maroc ou via la Tunisie. Emmanuel opte pour la Tunisie car les Marocains sont «sans pitié»: «Ils raflent les gens et les abandonnent en plein désert», apprend-il.
En Suisse, où la guerre finit
Une nuit, un bateau pour Lampedusa, une île italienne au sud de la Sicile. Les frêles esquifs souvent chavirent et les corps échouent sur les plages. Le sien soutient les vagues.
Entrée illégale dans l'espace Schengen. Une automobile conduite par un «frère africain» le remonte vers la Suisse, «le pays de la Croix-Rouge qui sait ce qui se passe dans ton pays», a assuré le passeur.
Mais à Vallorbe, un cassant NEM (non-entrée en matière) a estampillé le dossier Emmanuel. Peu de chances désormais qu'un second examen désavoue le premier car le Liberia vient de voter: «La guerre est finie, vous pouvez rentrer chez vous.»
Emmanuel va monter vers l'Allemagne. Un frère lui a dit que le gouvernement avait changé et que les lois sur l'asile «allaient être plus souples».
Exil congolais
Centre de requérants de Vallorbe (CERA). Les Congolais Christian K. (26 ans) et Serge M. (31 ans) demandent l'asile politique. «Chez nous, on est comme des animaux dans la vie», résument-ils. Christian ne sait pas si son père est encore en vie. «Je vivais du commerce d'or mais la police m'avait à l'oeil à cause de mon père qui faisait de la politique. On me cherchait alors j'ai fui», dit-il.
Pour 3500 dollars américains, il a loué un faux passeport avec un vrai visa Schengen et on lui a fourni un billet d'avion Kinshasa-Rome. Serge, voix douce et profil d'intellectuel, a fait de la prison «pour activités subversives». Il militait dans un parti d'opposition, l'Union démocratique pour le progrès, «contre Mobutu puis contre Kabila».
«J'intervenais souvent dans ce qu'on appelle chez nous les lieux de débat public: on choisit un passage fréquenté dans la ville et on prend à témoin la foule», explique-t-il.
Arrestation, cachot puis liberté provisoire. Serge prend à nouveau la parole. Nouvelle arrestation, passage à tabac, travaux forcés, évasion. Il se procure, moyennant 3200 francs, un passeport d'emprunt. Dans la capitale italienne, un passeur congolais récupère les passeports qui seront renvoyés au pays. Des caches abritent les clandestins quelques jours.
Puis Christian, Serge et d'autres montent en Suisse dans une fourgonnette qui roule de nuit. Prix: 300 euros.
Coupés du monde
Pourquoi la Suisse? «Parce qu'ils parlent français et qu'il y a du travail.»
Pourquoi pas la France? «A cause de Sarkozy.»
A Vallorbe, les sorties hors du centre sont limitées, les types de la sécurité n'ont pas le droit de leur sourire mais on leur donne à manger. Ils ont passé des radios, ont été vaccinés, lavés et interrogés. Ils attendent.
Savent-ils ce qui s'est passé dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla? «Non, ici on est coupé du monde.»
Le CERA se trouvait jadis à Genève mais trop d'associations rôdaient autour,alertaient l'opinion sur la misère des requérants déboutés. Vallorbe est
plus lointaine, plus reculée. L'Aracoh, une organisation, les épaule. On sert le café et des croissants, on parle d'aide juridique.
Diallo, envoyé par sa famille
Diallo, un jeune Guinéen, est lui aussi passé par Vallorbe. Il vit aujourd'hui à Lausanne, clandestinement. Il a épuisé les recours, dort dehors ou en foyer, travaille parfois au noir, passe au Point d'appui, un local qui offre des repas et où «des gens bien écoutent».
Diallo raconte que sa famille l'a envoyé au Nord «parce qu'un salaire européen fait vivre longtemps plusieurs personnes guinéennes». Tout le monde se cotise et on fait voyager le plus robuste ou le plus malin.
Pas question pour ce dernier d'échouer. Un retour au pays n'est envisageable que si fortune est faite. Rentrer plus pauvre jette l'opprobre sur toute la famille.
Diallo dit qu'il a passé trois semaines dans les soutes d'un bateau qui a accosté en Italie. Trois semaines à boire de l'eau sale et manger de la farine. «Quand on me relate toutes ces histoires, au Maroc, dans le désert ou sur la mer, j'ai honte, confie une bénévole. Je me dis surtout qu'on devrait donner au moins une chance à ceux qui ont voyagé plusieurs années et ont risqué à maintes reprises leur vie pour arriver jusqu'ici.» Diallo a été lui aussi prié de quitter le territoire. Avec pour seul papier un carnet de vaccination suisse.
Selon le HCR, le nombre de réfugiés dans le monde est en baisse constante
depuis quelques années: 17 millions début 2004. Les pays du Sud sont
beaucoup plus confrontés à la question de l'asile que l'Europe. Ces dix
dernières années, sept réfugiés sur dix auraient trouvé l'asile dans un pays
du Sud alors qu'en Europe le nombre de requérants d'asile a baissé de 22% en
2004. En Suisse, 2004 représente l'année où le nombre de demandes déposées a
été le plus faible depuis vingt ans avec 14248 demandes.
Les images de milliers d'immigrés africains escaladant les grillages de Ceuta et Melilla ont bouleversé le monde. Qui sont ces hommes? Que fuient-ils? Où vont-ils?
Les passeurs ont dit à Emmanuel le Libérien qu'il fallait mentir sur son âge «parce qu'en Suisse c'est une question vitale». S'il est majeur, il est un requérant d'asile comme un autre, sans réel droit, menacé d'être expulsé à tout moment.
Emmanuel a retenu la leçon. «J'ai 16 ans», soutient-il. Mineur donc. La loi le protège, il a même le droit d'aller à l'école.
Mais les Suisses ont trouvé une parade: le test osseux (radiographie du poignet) qui déterminerait l'âge. Au Centre d'enregistrement des requérants d'asile (CERA) de Vallorbe, le verdict est tombé: «Vous avez environ 20 ans.»
Tous la même histoire
Emmanuel a dit que c'était faux. Il a fait un recours puis est entré en clandestinité. Il traîne en ce moment à Lausanne. Dort dehors ou dans un sleep-in lorsqu'une bonne âme lui glisse 5 francs. Il retrouve là d'autres naufragés, tout aussi dépourvus. Africains, pour la plupart.
«Je n'aime pas ces endroits-là parce qu'on a tous la même histoire et c'est bien à cela que je voulais échapper, la même histoire, les mêmes guerres, la même misère.» Les bancs des gares, c'est mieux. La solitude est sa force. Il brave l'indifférence et «la police qui insulte et fouille partout, même dans le plus intime du corps pour savoir si on trafique de la drogue.»
Emmanuel a quitté le Liberia en guerre en 2002. Parents morts, le frère et la soeur morts. Des voisins ont vu le gamin assis par terre. Ils ont donné de l'argent pour qu'il se sauve en pick-up via le Mali.
La grande traversée
Début de la traversée qui va durer deux années. C'est la moyenne pour les «clandos». «Je ne savais pas où j'allais. Alors des types m'ont dit: on va tous vers l'Europe, toi aussi.» Plusieurs escales pour se renflouer en argent et obtenir de faux papiers: Agadez au Niger, Tamanrasset en Algérie.
«A Agadez, on loge dans des cases et on fait n'importe quoi comme travail.
Je suis resté six mois», se souvient Emmanuel. Quand l'argent nécessaire est réuni, il faut attendre qu'un pick-up soit rempli pour poursuivre le voyage. L'attente peut durer un mois. «Ils entassent 30 personnes sur les camionnettes bourrées de produits de contrebande, relate-t-il. A Bordj Mokhtar, à la frontière algérienne, d'autres guides nous prennent en charge.
Ils connaissent parfaitement les coins d'eau dans le désert et sont informés sur les itinéraires des patrouilles de surveillance. Ils donnent notre argent pour que les gendarmes ferment les yeux. Les passeurs roulent vite, il faut bien s'accrocher. Quand une personne tombe, le camion ne s'arrête pas. Celui-là va mourir. On sait cela, ça fait partie du contrat.»
Esclaves à Tamanrasset
Tamanrasset, au Sahara. Un ghetto, une plaque tournante. Des milliers d'Africains y séjournent. Emmanuel reste là une année.
«J'ai compris là-bas que nous étions des esclaves, se souvient-il. Pour gagner de l'argent et continuer la route, on travaille pour les Algériens de Tamanrasset. On est leurs domestiques. On gagne 100 dinars par jour (2fr.50) à creuser des trous ou à faire de la lessive. Des femmes se prostituent. Il y a des réseaux qui fonctionnent bien, tout est prévu. Des hommes de Tamanrasset s'occupent d'elles avec les passeurs.»
Tamanrasset est une étape à travers les immenses étendues désertiques. Puis un jour, un autre pick-up direction Ghardaïa et Alger ou Oran. Un choix à faire: tenter de rallier l'Europe via le Maroc ou via la Tunisie. Emmanuel opte pour la Tunisie car les Marocains sont «sans pitié»: «Ils raflent les gens et les abandonnent en plein désert», apprend-il.
En Suisse, où la guerre finit
Une nuit, un bateau pour Lampedusa, une île italienne au sud de la Sicile. Les frêles esquifs souvent chavirent et les corps échouent sur les plages. Le sien soutient les vagues.
Entrée illégale dans l'espace Schengen. Une automobile conduite par un «frère africain» le remonte vers la Suisse, «le pays de la Croix-Rouge qui sait ce qui se passe dans ton pays», a assuré le passeur.
Mais à Vallorbe, un cassant NEM (non-entrée en matière) a estampillé le dossier Emmanuel. Peu de chances désormais qu'un second examen désavoue le premier car le Liberia vient de voter: «La guerre est finie, vous pouvez rentrer chez vous.»
Emmanuel va monter vers l'Allemagne. Un frère lui a dit que le gouvernement avait changé et que les lois sur l'asile «allaient être plus souples».
Exil congolais
Centre de requérants de Vallorbe (CERA). Les Congolais Christian K. (26 ans) et Serge M. (31 ans) demandent l'asile politique. «Chez nous, on est comme des animaux dans la vie», résument-ils. Christian ne sait pas si son père est encore en vie. «Je vivais du commerce d'or mais la police m'avait à l'oeil à cause de mon père qui faisait de la politique. On me cherchait alors j'ai fui», dit-il.
Pour 3500 dollars américains, il a loué un faux passeport avec un vrai visa Schengen et on lui a fourni un billet d'avion Kinshasa-Rome. Serge, voix douce et profil d'intellectuel, a fait de la prison «pour activités subversives». Il militait dans un parti d'opposition, l'Union démocratique pour le progrès, «contre Mobutu puis contre Kabila».
«J'intervenais souvent dans ce qu'on appelle chez nous les lieux de débat public: on choisit un passage fréquenté dans la ville et on prend à témoin la foule», explique-t-il.
Arrestation, cachot puis liberté provisoire. Serge prend à nouveau la parole. Nouvelle arrestation, passage à tabac, travaux forcés, évasion. Il se procure, moyennant 3200 francs, un passeport d'emprunt. Dans la capitale italienne, un passeur congolais récupère les passeports qui seront renvoyés au pays. Des caches abritent les clandestins quelques jours.
Puis Christian, Serge et d'autres montent en Suisse dans une fourgonnette qui roule de nuit. Prix: 300 euros.
Coupés du monde
Pourquoi la Suisse? «Parce qu'ils parlent français et qu'il y a du travail.»
Pourquoi pas la France? «A cause de Sarkozy.»
A Vallorbe, les sorties hors du centre sont limitées, les types de la sécurité n'ont pas le droit de leur sourire mais on leur donne à manger. Ils ont passé des radios, ont été vaccinés, lavés et interrogés. Ils attendent.
Savent-ils ce qui s'est passé dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla? «Non, ici on est coupé du monde.»
Le CERA se trouvait jadis à Genève mais trop d'associations rôdaient autour,alertaient l'opinion sur la misère des requérants déboutés. Vallorbe est
plus lointaine, plus reculée. L'Aracoh, une organisation, les épaule. On sert le café et des croissants, on parle d'aide juridique.
Diallo, envoyé par sa famille
Diallo, un jeune Guinéen, est lui aussi passé par Vallorbe. Il vit aujourd'hui à Lausanne, clandestinement. Il a épuisé les recours, dort dehors ou en foyer, travaille parfois au noir, passe au Point d'appui, un local qui offre des repas et où «des gens bien écoutent».
Diallo raconte que sa famille l'a envoyé au Nord «parce qu'un salaire européen fait vivre longtemps plusieurs personnes guinéennes». Tout le monde se cotise et on fait voyager le plus robuste ou le plus malin.
Pas question pour ce dernier d'échouer. Un retour au pays n'est envisageable que si fortune est faite. Rentrer plus pauvre jette l'opprobre sur toute la famille.
Diallo dit qu'il a passé trois semaines dans les soutes d'un bateau qui a accosté en Italie. Trois semaines à boire de l'eau sale et manger de la farine. «Quand on me relate toutes ces histoires, au Maroc, dans le désert ou sur la mer, j'ai honte, confie une bénévole. Je me dis surtout qu'on devrait donner au moins une chance à ceux qui ont voyagé plusieurs années et ont risqué à maintes reprises leur vie pour arriver jusqu'ici.» Diallo a été lui aussi prié de quitter le territoire. Avec pour seul papier un carnet de vaccination suisse.
Selon le HCR, le nombre de réfugiés dans le monde est en baisse constante
depuis quelques années: 17 millions début 2004. Les pays du Sud sont
beaucoup plus confrontés à la question de l'asile que l'Europe. Ces dix
dernières années, sept réfugiés sur dix auraient trouvé l'asile dans un pays
du Sud alors qu'en Europe le nombre de requérants d'asile a baissé de 22% en
2004. En Suisse, 2004 représente l'année où le nombre de demandes déposées a
été le plus faible depuis vingt ans avec 14248 demandes.
samedi 22 octobre 2005
La Fareas renonce à doper l’accueil aux casernes
24heures dans son édition Nord Vaudois confirme que le nombre de NEM qui utilise les locaux d'Yverdon est bien inférieur à ce qui avait été prévu.
Voici l'article de Frédéric Ravussin:
Les discussions entre la Munici-palité et la Fareas se poursui-vent. Elles ont cependant pris un jour nouveau, puisqu’une augmentation du nombre de places d’accueil pour les per-sonnes frappées d’une non-en-trée en matière (NEM) aux anciennes casernes n’est plus d’actualité. Sous certaines con-ditions — aujourd’hui remplies ( lire encadré) —, les négocia-tions auraient pu reprendre avec la fondation qui souhaitait initialement avoir la possibilité de porter cette capacité à une huitantaine de places. Mais à son grand étonnement, la Fa-reas a constaté que le nombre de NEM demandant un héber-gement n’était pas aussi élevé qu’elle ne l’avait imaginé.
A Yverdon, ils ont été au maximum 56 à passer la nuit aux anciennes casernes, exploi-tées depuis le 16 août. Et au minimum 29. Ces dernières se-maines, les NEM ont été entre 40 et 53 à séjourner sur le site. En moyenne, leur nombre reste donc en deçà du seuil maximum fixé. «Car c’est bien une moyenne plutôt que des pics qu’il s’agit de prendre en considération», affirme le di-recteur de la Fareas, Pierre Imhof.
Départ en janvier confirmé
L’extension de la capacité d’accueil du site sera-t-elle à nouveau à l’ordre du jour d’ici à un mois, quand les nuits se-ront plus fraîches? «On s’est rendu compte à Lausanne que cela n’avait pas d’influence. Mais quoi qu’il en soit, nous serons alors tout proches de la date de départ fixée», poursuit-il.
Pierre Imhof a en effet réaf-firmé hier que la structure yver-donnoise serait libérée, comme convenu, dans le courant du mois de janvier. «Nous plan-chons actuellement sur quel-ques variantes pour accueillir les NEM «yverdonnois» à ce moment-là. Toutes se trouvent à Lausanne.» Le nombre de requérants d’asile — NEM y compris — n’a pas augmenté depuis une année dans la Cité thermale. Au 1er décembre 2004, ils étaient 775 relevant de la Fareas, contre 752 le 1er oc-tobre dernier.
Bientôt moins?
Quoi qu’il en soit, la contri-bution de la Cité thermale est toujours très importante en comparaison avec d’autres vil-les du canton, et notamment de La Côte. A elles seules, Lau-sanne, Vevey et Yverdon hé-bergent le 50% des requérants d’asile vaudois! Mais la donne pourrait bientôt changer, à la faveur de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’aide aux requérants d’asile et à cer-taines catégories d’étrangers (LARA), l’an prochain. «Je prendrai alors mon bâton de pèlerin pour aller à la rencontre de certaines communes qui col-laborent moins facilement qu’Yverdon», promet le direc-teur de la Fareas.
Voici l'article de Frédéric Ravussin:
Les discussions entre la Munici-palité et la Fareas se poursui-vent. Elles ont cependant pris un jour nouveau, puisqu’une augmentation du nombre de places d’accueil pour les per-sonnes frappées d’une non-en-trée en matière (NEM) aux anciennes casernes n’est plus d’actualité. Sous certaines con-ditions — aujourd’hui remplies ( lire encadré) —, les négocia-tions auraient pu reprendre avec la fondation qui souhaitait initialement avoir la possibilité de porter cette capacité à une huitantaine de places. Mais à son grand étonnement, la Fa-reas a constaté que le nombre de NEM demandant un héber-gement n’était pas aussi élevé qu’elle ne l’avait imaginé.
A Yverdon, ils ont été au maximum 56 à passer la nuit aux anciennes casernes, exploi-tées depuis le 16 août. Et au minimum 29. Ces dernières se-maines, les NEM ont été entre 40 et 53 à séjourner sur le site. En moyenne, leur nombre reste donc en deçà du seuil maximum fixé. «Car c’est bien une moyenne plutôt que des pics qu’il s’agit de prendre en considération», affirme le di-recteur de la Fareas, Pierre Imhof.
Départ en janvier confirmé
L’extension de la capacité d’accueil du site sera-t-elle à nouveau à l’ordre du jour d’ici à un mois, quand les nuits se-ront plus fraîches? «On s’est rendu compte à Lausanne que cela n’avait pas d’influence. Mais quoi qu’il en soit, nous serons alors tout proches de la date de départ fixée», poursuit-il.
Pierre Imhof a en effet réaf-firmé hier que la structure yver-donnoise serait libérée, comme convenu, dans le courant du mois de janvier. «Nous plan-chons actuellement sur quel-ques variantes pour accueillir les NEM «yverdonnois» à ce moment-là. Toutes se trouvent à Lausanne.» Le nombre de requérants d’asile — NEM y compris — n’a pas augmenté depuis une année dans la Cité thermale. Au 1er décembre 2004, ils étaient 775 relevant de la Fareas, contre 752 le 1er oc-tobre dernier.
Bientôt moins?
Quoi qu’il en soit, la contri-bution de la Cité thermale est toujours très importante en comparaison avec d’autres vil-les du canton, et notamment de La Côte. A elles seules, Lau-sanne, Vevey et Yverdon hé-bergent le 50% des requérants d’asile vaudois! Mais la donne pourrait bientôt changer, à la faveur de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’aide aux requérants d’asile et à cer-taines catégories d’étrangers (LARA), l’an prochain. «Je prendrai alors mon bâton de pèlerin pour aller à la rencontre de certaines communes qui col-laborent moins facilement qu’Yverdon», promet le direc-teur de la Fareas.
L'art de fabriquer des faux requérants...
Didier Estoppey en première page du Courrier relève la parution d'une étude d' universitaire stagiaire au CSP qui démontre statistiquement que le système fabrique des "faux requérants" grâce à un "profilage ethnique".
La Côte d'Ivoire, la Guinée, la Guinée Bissau, la Sierra Leone, le Liberia ou le Nigeria: des pays qui n'ont pas précisément l'image de paradis sur terre. Et qui, même s'ils peinent à faire la Une des médias occidentaux, figurent régulièrement en bonne place dans les rapports d'Amnesty international pour les dictatures sanglantes, les guerres civiles ou les violences généralisées qui les rongent. Et qui provoquent leur lot d'exilés, dont certains viennent tenter leur chance en Suisse.
Pour trouver porte close: selon les statistiques officielles, les ressortissants de ces six pays d'Afrique de l'Ouest ne sont que 1 sur 200, en moyenne, à obtenir l'asile, et 3 sur 100 une admission provisoire. Contre un taux moyen d'acceptation, tous pays confondus, de 8% (28 % pour les admissions provisoires).
Inégalité de traitement? «Discrimination», répond Gaétan Nanchen, au terme d'une étude fouillée[1]. Ce jeune licencié en sciences politiques a mis à profit un stage au Centre social protestant de Genève pour se pencher sur les dossiers d'une centaine de requérants ouest-africains. Et chercher d'autres réponses à une question à laquelle l'Office fédéral des migrations (ODM), par ses décisions, semble trancher pour l'affirmative: «Tous les Africains de l'Ouest seraient-ils des menteurs?»
Le chercheur n'exclut pas qu'une proportion de requérants, qu'il ne lui appartient pas de quantifier, affabulent. Mais il n'en reste pas moins frappé par le «décalage extrêmement surprenant» entre des situations qui ne peuvent manquer d'authentiques persécutés et un taux d'acceptation proche du néant. Sur une cinquantaine de pages, il se livre à une analyse serrée des questions auxquelles sont soumis les requérants africains, pour démontrer à quel point elles sont très souvent «ethnocentriques». Les fonctionnaires de l'ODM s'échinent notamment à obtenir des renseignements chronologiques précis, qui échappent souvent à des cultures africaines développant une tout autre notion du temps. De même, les perceptions de l'espace par les requérants sont souvent incompatibles avec des batteries de questions dignes de l'Office topographique fédéral.
Mais il y a plus pervers: en l'absence de réponse précise, les interrogateurs finissent par la formuler eux-mêmes. Et le requérant par acquiescer, au risque d'entrer en contradiction avec des propos tenus plus tôt. «L'expérience générale de la vie» est un autre concept souvent invoqué par l'autorité pour motiver ses refus. Une expérience au nom de laquelle les fonctionnaires peinent souvent à croire, entre autres, que des requérants africains aient pu, comme ils le prétendent, soudoyer leurs gardiens et prendre la poudre d'escampette. C'est pourtant exactement ce qui est arrivé en 1983 avec Licio Gelli à Champ-Dollon, rappelle Gaétan Nanchen...
Reste une dernière option pour les candidats qui auraient su se défaire de toutes ces chausse-trapes: leur donner le choix entre deux options... perdantes. L'auteur cite le cas de deux requérants, l'un étant passé prendre des nouvelles de sa famille entre son évasion de prison et son départ du pays, l'autre pas. On a rétorqué au premier qu'il était invraisemblable qu'il ait pris un tel risque avant de fuir. Et on s'est étonné que le second se soucie si peu des siens...
Une mécanique infernale, conclut Gaétan Nanchen, et qui s'auto-alimente: «Ces rejets massifs et successifs engendrent un processus de généralisation, un effet de système dans lequel l'habitude crée une logique de refus.» Une logique qui porte un nom: le racisme.
La Côte d'Ivoire, la Guinée, la Guinée Bissau, la Sierra Leone, le Liberia ou le Nigeria: des pays qui n'ont pas précisément l'image de paradis sur terre. Et qui, même s'ils peinent à faire la Une des médias occidentaux, figurent régulièrement en bonne place dans les rapports d'Amnesty international pour les dictatures sanglantes, les guerres civiles ou les violences généralisées qui les rongent. Et qui provoquent leur lot d'exilés, dont certains viennent tenter leur chance en Suisse.
Pour trouver porte close: selon les statistiques officielles, les ressortissants de ces six pays d'Afrique de l'Ouest ne sont que 1 sur 200, en moyenne, à obtenir l'asile, et 3 sur 100 une admission provisoire. Contre un taux moyen d'acceptation, tous pays confondus, de 8% (28 % pour les admissions provisoires).
Inégalité de traitement? «Discrimination», répond Gaétan Nanchen, au terme d'une étude fouillée[1]. Ce jeune licencié en sciences politiques a mis à profit un stage au Centre social protestant de Genève pour se pencher sur les dossiers d'une centaine de requérants ouest-africains. Et chercher d'autres réponses à une question à laquelle l'Office fédéral des migrations (ODM), par ses décisions, semble trancher pour l'affirmative: «Tous les Africains de l'Ouest seraient-ils des menteurs?»
Le chercheur n'exclut pas qu'une proportion de requérants, qu'il ne lui appartient pas de quantifier, affabulent. Mais il n'en reste pas moins frappé par le «décalage extrêmement surprenant» entre des situations qui ne peuvent manquer d'authentiques persécutés et un taux d'acceptation proche du néant. Sur une cinquantaine de pages, il se livre à une analyse serrée des questions auxquelles sont soumis les requérants africains, pour démontrer à quel point elles sont très souvent «ethnocentriques». Les fonctionnaires de l'ODM s'échinent notamment à obtenir des renseignements chronologiques précis, qui échappent souvent à des cultures africaines développant une tout autre notion du temps. De même, les perceptions de l'espace par les requérants sont souvent incompatibles avec des batteries de questions dignes de l'Office topographique fédéral.
Mais il y a plus pervers: en l'absence de réponse précise, les interrogateurs finissent par la formuler eux-mêmes. Et le requérant par acquiescer, au risque d'entrer en contradiction avec des propos tenus plus tôt. «L'expérience générale de la vie» est un autre concept souvent invoqué par l'autorité pour motiver ses refus. Une expérience au nom de laquelle les fonctionnaires peinent souvent à croire, entre autres, que des requérants africains aient pu, comme ils le prétendent, soudoyer leurs gardiens et prendre la poudre d'escampette. C'est pourtant exactement ce qui est arrivé en 1983 avec Licio Gelli à Champ-Dollon, rappelle Gaétan Nanchen...
Reste une dernière option pour les candidats qui auraient su se défaire de toutes ces chausse-trapes: leur donner le choix entre deux options... perdantes. L'auteur cite le cas de deux requérants, l'un étant passé prendre des nouvelles de sa famille entre son évasion de prison et son départ du pays, l'autre pas. On a rétorqué au premier qu'il était invraisemblable qu'il ait pris un tel risque avant de fuir. Et on s'est étonné que le second se soucie si peu des siens...
Une mécanique infernale, conclut Gaétan Nanchen, et qui s'auto-alimente: «Ces rejets massifs et successifs engendrent un processus de généralisation, un effet de système dans lequel l'habitude crée une logique de refus.» Une logique qui porte un nom: le racisme.
vendredi 21 octobre 2005
Pourquoi cette décision est arbitraire
Voici la libre opinion d'Innocent Naki, professeur, publiée dans 24heures le 20 octobre
L’adage africain dit: «Le lézard qui se tranche les oreilles avant de rejoindre l’arène du combat veut donner un signal clair: il sera intraitable.» Contre sa propre nature, le conseiller fédéral Christoph Blocher vient de participer à l’acceptation par le peuple suisse de la libre circulation des personnes issues des nou-veaux pays de l’Union euro-péenne.
Qui peut alors formuler la moindre protestation à Bruxelles lorsque le même Christoph Blocher propose et obtient une dégradation totale des condi-tions de vie des requérants d’asile, essentiellement issus du continent africain?
Son porteur de thé, Yvan Perrin, déclare régulièrement, en parlant de ceux qu’on appelle pompeusement «illégaux», que «leur simple présence sur le territoire suisse constitue en soi un délit».
Parlons-en, justement.
Pour se rendre dans un pays africain, le citoyen helvétique, dans la majeure partie des cas, obtient le visa demandé, par voie postale, bien collé dans son passeport. Il en est de même pour l’Américain ou le Canadien, pour me limiter à ces deux exemples, qui veut se rendre en Suisse.
A l’inverse, il est absolument impossible, pour le ressortissant africain qui a des raisons tout aussi valables de venir ici, quelle que soit sa situation financière ou son niveau de formation, de pouvoir obtenir le moindre visa.
Ma propre expérience justi-fie mes affirmations. Le visa me fut refusé à trois reprises alors que je remplissais toutes les conditions que m’avait fixées l’ambassade de Suisse en Côte d’Ivoire.
Peut-on décemment traiter d’illégales ces personnes qui n’ont aucune autre possibilité que la voie détournée? Qu’un Américain qui, pour une raison ou pour une autre, n’a pas envie de prendre un visa et se cache dans la soute d’atterris-age d’un avion se fasse traiter d’illégal et expulser manu militari me semble juste, parce qu’il a le choix. Mais qu’un Ivoirien, un Malien, un Congolais, un Burkinabé subisse des violences en tout genre pour avoir emprunté la seule voie qui lui reste me semble très arbitraire.
L’UDC blochérienne me dira qu’on ne peut pas pour autant admettre en Suisse tou-tes les misères du monde et que la Suisse a le droit de choisir ceux dont elle a besoin et de repousser les autres.
Un raisonnement partielle-ment tordu, voici pourquoi.
Nombre de pays occiden-taux, dont la Suisse, continuent d’exporter des missionnaires chrétiens vers le continent africain malgré le fait que les églises et autres cathédrales européennes attirent désor-mais leurs visiteurs, beaucoup plus pour les prouesses archi-tecturales de leurs concepteurs que pour l’attrait de l’Evangile. L’Afrique n’a pas de crise de vocation chrétienne et ces missionnaires ne sont pas pour autant repoussés.
Là encore, on me dira que l’Eglise essaie de se moquer de la charité, car ces missionnaires participent à la croissance économique du continent africain. C’est vrai. Mais le simple citoyen malien qui vient d’être violemment reconduit de Zurich et qui doit, dans son pays, végéter dans un taudis jouxtant la somptueuse villa du coopérant français, allemand ou suisse ne fait pas de distinction. La population africaine de Suisse se sent parfois incom-prise du fait d’un dialogue difficile. Des Africains bien formés et capables de se faire entendre sont pourtant systématiquement interdits d’entrer en Suisse. Même si le droit à la vie ne devrait pas être proportionnel à la taille du quotient intellectuel, une ouverture, même limitée et ponctuelle envers cette frange de Noirs, serait déjà un geste… bien notable!
«Ma propre expérience justifie mes affirmations»
L’adage africain dit: «Le lézard qui se tranche les oreilles avant de rejoindre l’arène du combat veut donner un signal clair: il sera intraitable.» Contre sa propre nature, le conseiller fédéral Christoph Blocher vient de participer à l’acceptation par le peuple suisse de la libre circulation des personnes issues des nou-veaux pays de l’Union euro-péenne.
Qui peut alors formuler la moindre protestation à Bruxelles lorsque le même Christoph Blocher propose et obtient une dégradation totale des condi-tions de vie des requérants d’asile, essentiellement issus du continent africain?
Son porteur de thé, Yvan Perrin, déclare régulièrement, en parlant de ceux qu’on appelle pompeusement «illégaux», que «leur simple présence sur le territoire suisse constitue en soi un délit».
Parlons-en, justement.
Pour se rendre dans un pays africain, le citoyen helvétique, dans la majeure partie des cas, obtient le visa demandé, par voie postale, bien collé dans son passeport. Il en est de même pour l’Américain ou le Canadien, pour me limiter à ces deux exemples, qui veut se rendre en Suisse.
A l’inverse, il est absolument impossible, pour le ressortissant africain qui a des raisons tout aussi valables de venir ici, quelle que soit sa situation financière ou son niveau de formation, de pouvoir obtenir le moindre visa.
Ma propre expérience justi-fie mes affirmations. Le visa me fut refusé à trois reprises alors que je remplissais toutes les conditions que m’avait fixées l’ambassade de Suisse en Côte d’Ivoire.
Peut-on décemment traiter d’illégales ces personnes qui n’ont aucune autre possibilité que la voie détournée? Qu’un Américain qui, pour une raison ou pour une autre, n’a pas envie de prendre un visa et se cache dans la soute d’atterris-age d’un avion se fasse traiter d’illégal et expulser manu militari me semble juste, parce qu’il a le choix. Mais qu’un Ivoirien, un Malien, un Congolais, un Burkinabé subisse des violences en tout genre pour avoir emprunté la seule voie qui lui reste me semble très arbitraire.
L’UDC blochérienne me dira qu’on ne peut pas pour autant admettre en Suisse tou-tes les misères du monde et que la Suisse a le droit de choisir ceux dont elle a besoin et de repousser les autres.
Un raisonnement partielle-ment tordu, voici pourquoi.
Nombre de pays occiden-taux, dont la Suisse, continuent d’exporter des missionnaires chrétiens vers le continent africain malgré le fait que les églises et autres cathédrales européennes attirent désor-mais leurs visiteurs, beaucoup plus pour les prouesses archi-tecturales de leurs concepteurs que pour l’attrait de l’Evangile. L’Afrique n’a pas de crise de vocation chrétienne et ces missionnaires ne sont pas pour autant repoussés.
Là encore, on me dira que l’Eglise essaie de se moquer de la charité, car ces missionnaires participent à la croissance économique du continent africain. C’est vrai. Mais le simple citoyen malien qui vient d’être violemment reconduit de Zurich et qui doit, dans son pays, végéter dans un taudis jouxtant la somptueuse villa du coopérant français, allemand ou suisse ne fait pas de distinction. La population africaine de Suisse se sent parfois incom-prise du fait d’un dialogue difficile. Des Africains bien formés et capables de se faire entendre sont pourtant systématiquement interdits d’entrer en Suisse. Même si le droit à la vie ne devrait pas être proportionnel à la taille du quotient intellectuel, une ouverture, même limitée et ponctuelle envers cette frange de Noirs, serait déjà un geste… bien notable!
«Ma propre expérience justifie mes affirmations»
jeudi 20 octobre 2005
La dignité humaine est intangible
Lors du séminaire organisé le 18 octobre dernier par la Croix-Rouge suisse (CRS) sur la question « La dignité humaine est-elle négociable ? », le durcissement de la politique de l’asile a fait l’objet de vives critiques. Les participants ont également soulevé la question de la protection des sans-papiers et des requérants d’asile.
Lire le communiqué de la Croix-Rouge
mercredi 19 octobre 2005
Le drame des NEM: qui est dans l'illégalité
L'excellente revue Choisir a bien voulu nous accorder l'autorisation de publier l'article de fond de Jean-Brice Willemin sur la problématique des NEM.
Cette article fait vraiment le tour de la question et constitue une référence incontournable :
L’accueil de l’étranger est au cœur de la foi chrétienne : un message des Eglises catholique et réformée qui énerve une majorité d’hommes politiques et de nombreux citoyens de Suisse, car il est pris au pied de la lettre par de nombreux croyants et religieux. Quelques-uns d’entre eux s’en font ici le porte-parole. Ils parlent de leur engagement auprès des réfugiés les plus démunis, ceux que l’administration dénomme « NEM », les cas de « non-entrée en matière » sur leur demande d’asile.
La gestion de l’asile dans le canton de Vaud, plutôt tolérante jusqu’au 1er avril 2004, est critiquée de façon virulente par les défenseurs de l’« exception vaudoise ». Le gouvernement vaudois a beau tenter de serrer la vis, il reste un cancre aux yeux de la classe politique suisse. Une mauvaise note causée par les défenseurs des requérants d’asile déboutés - des familles bien intégrées en Suisse -, assez ardents pour attirer l’attention des médias. Sans compter les Eglises catholique et réformée qui se sont clairement « mouillées » depuis plus d’une année envers cette catégorie de réfugiés. Et quand, en mai dernier, la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud s’est ralliée à cette cause, bien des convictions ont été ébranlées. Car le peuple juif a de bonnes raisons de défendre ces demandeurs d’asile.
A côté des avocats de ces réfugiés déboutés après des années de vie en Suisse, quelques « prophètes » chrétiens se sont engagés concrètement auprès d’une population au sort encore plus précaire, ces gens quasiment mis au ban de la société, ce tiers de demandeurs d’asile auxquels les autorités ont dit « non à une entrée en matière ». Ces étrangers sont affublés du sobriquet de NEM, faute de preuves de persécution, faute de papiers, faute d’avoir dévoilé leur véritable identité.
Depuis le 1er avril 2004, les autorités suisses leur ont rendu la vie impossible, concédant une aide d’urgence avec beaucoup de réticences : un lit pour la nuit et tout juste de quoi se nourrir. Un sort misérable et indigne qui bouleverse des femmes et des hommes soutenus par les deux Eglises catholique et réformée.
Sœur Zita Joris, religieuse dans la cinquantaine de la congrégation des Sœurs de St-Maurice, s’indigne de sa voix douce. Elle est révoltée par le sort infligé l’hiver dernier à la trentaine de NEM sans aide sociale et errant dans la rue. « Je ne pouvais rester les bras croisés, quand j’ai lu, dans l’église de Bex, le petit mot suivant : "Oh mon Dieu, toi le Créateur des cieux et de la terre, ainsi que de toute existence, je suis requérant d’asile sans assistance. J’ai très froid et très faim. Où aller ? Mais par ta grâce, j’ai espoir. » La religieuse s’est alors démenée cet hiver avec le curé, le pasteur et des paroissiens pour leur offrir un minimum de compréhension, d’amour et de soutien matériel - des bons-repas, des soupers hebdomadaires et un hébergement pour la nuit au temple ou à l’église catholique. « J’ai amené des duvets. Mais la police n’a cessé de les interpeller, pénétrant à l’église pour emmener l’un ou autre homme au poste de Villeneuve. Elle les relâchait au petit matin. »
Le Père Jean-Pierre Barbey, du Point d’appui aux réfugiés établi à Lausanne et administré par les deux Eglises, confirme : « L’un de ces jeunes classés dans la catégorie NEM, un Noir arrêté cet hiver à Bex, m’a montré la copie d’une amende de 170 francs. On veut lui faire payer son incapacité de présenter des autorisations de séjour et de travail. La veille d’être coffré par la police, Sœur Zita l’avait trouvé complètement perdu sur une route et ramené à l’église pour y dormir. Elle lui avait aussi donné vingt francs pour qu’il puisse se rendre le lendemain en train à Lausanne, afin de demander une aide d’urgence au Service cantonal de la population. Cette nuit-là, on l’a coffré à 2 h 30 dans l’église ! Ces réfugiés ne sont peut-être pas tous des enfants de chœur, mais on les a réduits à une vie animale, celle de chiens qu’on laisse sortir de la niche selon notre bon plaisir. » Le Père Barbey ne comprend pas. Il négocie pour chaque NEM en litige avec les autorités : « Leur vie est aussi précieuse que la nôtre ; ils ont droit à un minimum de dignité », dit-il tout simplement.
Contraire à la Constitution
Ces résistants vaudois sont un exemple pour les autres cantons, relevait en mai dernier la section suisse de Pax Christi. Le mouvement catholique international pour la paix s’indigne des mauvais traitements dont les NEM sont l’objet et rappelle l’arrêt du Tribunal fédéral (T.F.) du 18 mars dernier : « Personne ne doit mourir de faim dans ce pays. Même s’il refuse de quitter la Suisse, un requérant d’asile objet d’une décision de non-entrée en matière continue à bénéficier d’une assistance minimale. L’aide, dite d’urgence, doit être fournie prioritairement en nature sous forme d’aliments, d’un toit, de vêtements et de soins médicaux. »
Pour le T.F., « l’aide ne peut être supprimée pour inciter les personnes séjournant illégalement en Suisse à partir, ou du moins à coopérer avec les autorités et faciliter ainsi leur rapatriement. C’est un pur moyen de contrainte, contraire comme tel à la Constitution. » On se rappelle la stupéfaction causée par le conseiller fédéral Christoph Blocher proclamant vouloir changer alors la constitution, avant de faire amende honorable.
Cette décision de la plus haute juridiction du pays, on la doit à une autre héroïne de la défense des NEM, Françoise Kopf, porte-parole d’IGA - SOS Racisme. Bouleversée de voir les droits de ces gens grossièrement bafoués dans le canton de Soleure, elle n’a pas hésité à recourir contre l’autorité cantonale auprès du T.F. « Comme dans nombre de cantons ou de communes, Soleure n’a pas redistribué les sommes forfaitaires allouées par la Confédération pour l’assistance et l’hébergement. Le canton en a prélevé des parts importantes sans les redistribuer totalement », nous a-t-elle confié.
La militante soleuroise va plus loin. Elle dénonce une stratégie de l’Office fédéral des réfugiés, mise au point dans un document signé le 9 mars 2000 : « En mettant les NEM à la rue, en leur accordant une aide d’urgence ultra-minimale, en les harcelant dans la rue sous des prétextes futiles, les autorités cherchent à les écœurer, à les amener à quitter illégalement le pays ou à devenir des clandestins. Un moyen pour faire baisser les statistiques. Et cela fonctionne. »
Dans cette optique, le canton de Vaud reste encore une exception. Dans son arrêt du 15 juin dernier, le Tribunal administratif a désavoué le « minimum vital » qu’accordait aux NEM le Conseil d’Etat vaudois depuis quelques mois. Pour ce Tribunal, l’aide sociale ne peut être restreinte dans un but de police, celui de décourager les requérants déboutés de rester en Suisse. Pour ces pauvres gens contraints depuis de nombreux mois de résider au « bunker », un abri de protection civile à Epalinges, près de Lausanne, ce fut une libération. Quant aux défenseurs des NEM, ils espèrent bien que cette décision de justice aura des conséquences positives dans les autres cantons.
Clandestinité inhumaine
Des milliers de réfugiés vivent dans des conditions inhumaines en Suisse. Par recoupements, Yves Brütsch, juriste du Centre social protestant (CSP) à Genève, estime que seulement 15 % des 6000 à 8000 NEM résidant encore chez nous se sont inscrits à l’aide d’urgence ; un millier donc environ, principalement concentrés dans les grandes villes. Parmi ces derniers, moins de 200 ont établi des liens réguliers avec les institutions d’entraide des Eglises.
Et tous les autres ? Ils vivent d’expédients dans la clandestinité. « Les Africains aux papiers en règle ne laissent pas un Noir sur le bord de la route. Ils partagent leur lit et leur pitance avec lui, qu’il vienne de Genève, du Valais ou de Suisse alémanique. Des restaurants éthiopiens offrent un repas hebdomadaire à des NEM. C’est la traditionnelle solidarité africaine », observe le collaborateur du CSP.
Mais pour Yves Brütsch, ces Noirs sont particulièrement vulnérables. Sans liens avec l’aide cantonale d’urgence, sortis donc des statistiques, ne vivant pas toujours dans les cantons où ils ont été assignés à leur arrivée en Suisse, ils mènent une vie précaire, faite d’expédients et de pauvres tactiques de camouflage. « Ils ne peuvent pas compter chez nous sur des réseaux familiaux de soutien, contrairement aux clandestins d’Amérique latine munis d’une formation professionnelle minimale, assez sûrs de trouver du travail en Suisse. »
Faute de solides liens sociaux, les NEM clandestins risquent de tomber dans la petite délinquance, notamment dans les petits trafics de drogue - moins de 10 % des NEM interpellés - sans parler des problèmes de santé publique, tuberculose, sida et autres maladies de la pauvreté.
« C’est indigne d’une société civilisée et chrétienne. Comment peut-on réduire le sort d’êtres humains à une telle vie, semblable à celle d’un animal sortant de sa niche la peur au ventre ? Leur existence ne peut se limiter à des instincts de survie », dit fermement le Père Jean-Pierre Barbey.
Hélène Küng, mère de quatre enfants et pasteur au Centre d’enregistrement de requérants d’asile (CEDRA) à Vallorbe, est tout autant catastrophée : « Au nom de l’Evangile, nos Eglises ont un devoir d’accompagnement de ces personnes déracinées, quel que soit leur statut. Nous devons répondre à leurs attentes psychologiques fondamentales - amitié, activités, projets de vie - et pas seulement à leurs besoins physiologiques minima - gîte et nourriture - du ressort des autorités publiques. Le prophète Esaï me le rappelle constamment : "Pour célébrer le Jeûne auquel je prends plaisir, brise les chaînes injustes, dénoue les liens de tous les jougs, envoie libres ceux qu’on opprime, mets fin à toute espèce de servitude, partage ton pain avec l’affamé, recueille dans ta maison les malheureux sans asile", (Es 58,6-7). »
Ces NEM noirs posent des problèmes insolubles aux autorités. Les mettre en prison coûte bien plus cher - 280 francs/jour - que l’aide minimale d’urgence (600 francs/mois) ou que l’aide sociale distribuée à tout requérant d’asile régulièrement enregistré (environ 1200 francs, soit 20 % de moins que l’aide accordée aux Suisses). Et il est souvent impossible de les renvoyer de force, faute de papiers d’identité, quand ce n’est pas leurs pays d’origine qui rechignent à les reconnaître. « Ils n’y ont pas intérêt», relève Yves Brütsch. Les immigrés africains d’Europe, en soutenant financièrement leurs familles restées dans leur pays, ne déposent-ils pas quatre à cinq fois plus de devises occidentales que l’aide publique au développement, selon des statistiques de l’ONU ?
Planqué à Yverdon, Wilson,i jeune Libérien classé NEM, ne demande pas d’aide sociale par peur d’être coffré. Pour aller à Lausanne chez les médiateurs des Eglises, il profite de la voiture de l’un ou l’autre sympathisant suisse. Cet homme est révolté. D’éducation protestante, il attend davantage de soutien des Eglises : « Chez nous, en Afrique, les chrétiens forment une grande famille. Si l’un de ses membres souffre, nous devons l’aider. Vous les Suisses, qui nous forcez à rentrer dans nos pays misérables, vous avez du sang sur les mains. OK, on survit au Libéria, mais on ne vit pas. » Une seule chose lui tient aujourd’hui à cœur, l’écriture, le récit de son aventure et de sa condition de NEM en Suisse. « Je veux qu’on sache en Afrique que l’on nous traite comme des bêtes en Europe. »
Gestes d’humanité
Pour l’aumônier lausannois des réfugiés, cette situation évoque la Samaritaine devant le puits, en conversation avec Jésus. Il lui demande à boire, à midi, en pleine chaleur. Elle est stupéfaite de son audace, les gens de sa tribu ne frayant en principe pas avec les Juifs. Alors il lui dit : « Si tu connaissais le don de Dieu et celui qui te demande à boire, c’est toi qui lui aurais demandé de l’eau et il t’aurait donné de l’Eau vive », (Jn 4,6-10). Le Christ renverse les rôles. De quémandeur, il devient sauveur. N’est-ce pas également la bonne surprise que l’on peut vivre en risquant d’aider un étranger démuni ?
« Tout homme doit répondre, en bonne conscience, de ce qu’il fait pour les NEM », a rappelé la Conférence des évêques suisses (CES) dans un message daté du 7 février dernier. « Leur accorder une aide concrète d’urgence ne peut être illégale, même si l’Etat refuse de l’octroyer », disait-elle encore un mois avant la prise de position du Tribunal fédéral.
Françoise Kopf, à l’origine de ce rappel des obligations de la Suisse envers les NEM, regrette que les Eglises n’aient pas de paroles plus vigoureuses pour cette cause. « Les médias alémaniques encore moins. Ils sortent à peine de leur léthargie depuis le coup de semonce du T.F. Il faut taper fort et régulièrement sur le clou pour être entendu et contrarier le cynisme des autorités. »
Pour le pasteur Jean-Pierre Zurn, à Genève, il n’y a pas de répit possible : « A traiter de manière indigne des êtres humains pour soi-disant protéger l’identité d’un pays, on vide de leur sens ses valeurs essentielles, la coexistence de cultures, de religions et de traditions différentes. »
Jean-Brice Willemin, Lausanne
Journaliste de l’Eglise catholique dans le canton de Vaud
Cette article fait vraiment le tour de la question et constitue une référence incontournable :
L’accueil de l’étranger est au cœur de la foi chrétienne : un message des Eglises catholique et réformée qui énerve une majorité d’hommes politiques et de nombreux citoyens de Suisse, car il est pris au pied de la lettre par de nombreux croyants et religieux. Quelques-uns d’entre eux s’en font ici le porte-parole. Ils parlent de leur engagement auprès des réfugiés les plus démunis, ceux que l’administration dénomme « NEM », les cas de « non-entrée en matière » sur leur demande d’asile.
La gestion de l’asile dans le canton de Vaud, plutôt tolérante jusqu’au 1er avril 2004, est critiquée de façon virulente par les défenseurs de l’« exception vaudoise ». Le gouvernement vaudois a beau tenter de serrer la vis, il reste un cancre aux yeux de la classe politique suisse. Une mauvaise note causée par les défenseurs des requérants d’asile déboutés - des familles bien intégrées en Suisse -, assez ardents pour attirer l’attention des médias. Sans compter les Eglises catholique et réformée qui se sont clairement « mouillées » depuis plus d’une année envers cette catégorie de réfugiés. Et quand, en mai dernier, la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud s’est ralliée à cette cause, bien des convictions ont été ébranlées. Car le peuple juif a de bonnes raisons de défendre ces demandeurs d’asile.
A côté des avocats de ces réfugiés déboutés après des années de vie en Suisse, quelques « prophètes » chrétiens se sont engagés concrètement auprès d’une population au sort encore plus précaire, ces gens quasiment mis au ban de la société, ce tiers de demandeurs d’asile auxquels les autorités ont dit « non à une entrée en matière ». Ces étrangers sont affublés du sobriquet de NEM, faute de preuves de persécution, faute de papiers, faute d’avoir dévoilé leur véritable identité.
Depuis le 1er avril 2004, les autorités suisses leur ont rendu la vie impossible, concédant une aide d’urgence avec beaucoup de réticences : un lit pour la nuit et tout juste de quoi se nourrir. Un sort misérable et indigne qui bouleverse des femmes et des hommes soutenus par les deux Eglises catholique et réformée.
Sœur Zita Joris, religieuse dans la cinquantaine de la congrégation des Sœurs de St-Maurice, s’indigne de sa voix douce. Elle est révoltée par le sort infligé l’hiver dernier à la trentaine de NEM sans aide sociale et errant dans la rue. « Je ne pouvais rester les bras croisés, quand j’ai lu, dans l’église de Bex, le petit mot suivant : "Oh mon Dieu, toi le Créateur des cieux et de la terre, ainsi que de toute existence, je suis requérant d’asile sans assistance. J’ai très froid et très faim. Où aller ? Mais par ta grâce, j’ai espoir. » La religieuse s’est alors démenée cet hiver avec le curé, le pasteur et des paroissiens pour leur offrir un minimum de compréhension, d’amour et de soutien matériel - des bons-repas, des soupers hebdomadaires et un hébergement pour la nuit au temple ou à l’église catholique. « J’ai amené des duvets. Mais la police n’a cessé de les interpeller, pénétrant à l’église pour emmener l’un ou autre homme au poste de Villeneuve. Elle les relâchait au petit matin. »
Le Père Jean-Pierre Barbey, du Point d’appui aux réfugiés établi à Lausanne et administré par les deux Eglises, confirme : « L’un de ces jeunes classés dans la catégorie NEM, un Noir arrêté cet hiver à Bex, m’a montré la copie d’une amende de 170 francs. On veut lui faire payer son incapacité de présenter des autorisations de séjour et de travail. La veille d’être coffré par la police, Sœur Zita l’avait trouvé complètement perdu sur une route et ramené à l’église pour y dormir. Elle lui avait aussi donné vingt francs pour qu’il puisse se rendre le lendemain en train à Lausanne, afin de demander une aide d’urgence au Service cantonal de la population. Cette nuit-là, on l’a coffré à 2 h 30 dans l’église ! Ces réfugiés ne sont peut-être pas tous des enfants de chœur, mais on les a réduits à une vie animale, celle de chiens qu’on laisse sortir de la niche selon notre bon plaisir. » Le Père Barbey ne comprend pas. Il négocie pour chaque NEM en litige avec les autorités : « Leur vie est aussi précieuse que la nôtre ; ils ont droit à un minimum de dignité », dit-il tout simplement.
Contraire à la Constitution
Ces résistants vaudois sont un exemple pour les autres cantons, relevait en mai dernier la section suisse de Pax Christi. Le mouvement catholique international pour la paix s’indigne des mauvais traitements dont les NEM sont l’objet et rappelle l’arrêt du Tribunal fédéral (T.F.) du 18 mars dernier : « Personne ne doit mourir de faim dans ce pays. Même s’il refuse de quitter la Suisse, un requérant d’asile objet d’une décision de non-entrée en matière continue à bénéficier d’une assistance minimale. L’aide, dite d’urgence, doit être fournie prioritairement en nature sous forme d’aliments, d’un toit, de vêtements et de soins médicaux. »
Pour le T.F., « l’aide ne peut être supprimée pour inciter les personnes séjournant illégalement en Suisse à partir, ou du moins à coopérer avec les autorités et faciliter ainsi leur rapatriement. C’est un pur moyen de contrainte, contraire comme tel à la Constitution. » On se rappelle la stupéfaction causée par le conseiller fédéral Christoph Blocher proclamant vouloir changer alors la constitution, avant de faire amende honorable.
Cette décision de la plus haute juridiction du pays, on la doit à une autre héroïne de la défense des NEM, Françoise Kopf, porte-parole d’IGA - SOS Racisme. Bouleversée de voir les droits de ces gens grossièrement bafoués dans le canton de Soleure, elle n’a pas hésité à recourir contre l’autorité cantonale auprès du T.F. « Comme dans nombre de cantons ou de communes, Soleure n’a pas redistribué les sommes forfaitaires allouées par la Confédération pour l’assistance et l’hébergement. Le canton en a prélevé des parts importantes sans les redistribuer totalement », nous a-t-elle confié.
La militante soleuroise va plus loin. Elle dénonce une stratégie de l’Office fédéral des réfugiés, mise au point dans un document signé le 9 mars 2000 : « En mettant les NEM à la rue, en leur accordant une aide d’urgence ultra-minimale, en les harcelant dans la rue sous des prétextes futiles, les autorités cherchent à les écœurer, à les amener à quitter illégalement le pays ou à devenir des clandestins. Un moyen pour faire baisser les statistiques. Et cela fonctionne. »
Dans cette optique, le canton de Vaud reste encore une exception. Dans son arrêt du 15 juin dernier, le Tribunal administratif a désavoué le « minimum vital » qu’accordait aux NEM le Conseil d’Etat vaudois depuis quelques mois. Pour ce Tribunal, l’aide sociale ne peut être restreinte dans un but de police, celui de décourager les requérants déboutés de rester en Suisse. Pour ces pauvres gens contraints depuis de nombreux mois de résider au « bunker », un abri de protection civile à Epalinges, près de Lausanne, ce fut une libération. Quant aux défenseurs des NEM, ils espèrent bien que cette décision de justice aura des conséquences positives dans les autres cantons.
Clandestinité inhumaine
Des milliers de réfugiés vivent dans des conditions inhumaines en Suisse. Par recoupements, Yves Brütsch, juriste du Centre social protestant (CSP) à Genève, estime que seulement 15 % des 6000 à 8000 NEM résidant encore chez nous se sont inscrits à l’aide d’urgence ; un millier donc environ, principalement concentrés dans les grandes villes. Parmi ces derniers, moins de 200 ont établi des liens réguliers avec les institutions d’entraide des Eglises.
Et tous les autres ? Ils vivent d’expédients dans la clandestinité. « Les Africains aux papiers en règle ne laissent pas un Noir sur le bord de la route. Ils partagent leur lit et leur pitance avec lui, qu’il vienne de Genève, du Valais ou de Suisse alémanique. Des restaurants éthiopiens offrent un repas hebdomadaire à des NEM. C’est la traditionnelle solidarité africaine », observe le collaborateur du CSP.
Mais pour Yves Brütsch, ces Noirs sont particulièrement vulnérables. Sans liens avec l’aide cantonale d’urgence, sortis donc des statistiques, ne vivant pas toujours dans les cantons où ils ont été assignés à leur arrivée en Suisse, ils mènent une vie précaire, faite d’expédients et de pauvres tactiques de camouflage. « Ils ne peuvent pas compter chez nous sur des réseaux familiaux de soutien, contrairement aux clandestins d’Amérique latine munis d’une formation professionnelle minimale, assez sûrs de trouver du travail en Suisse. »
Faute de solides liens sociaux, les NEM clandestins risquent de tomber dans la petite délinquance, notamment dans les petits trafics de drogue - moins de 10 % des NEM interpellés - sans parler des problèmes de santé publique, tuberculose, sida et autres maladies de la pauvreté.
« C’est indigne d’une société civilisée et chrétienne. Comment peut-on réduire le sort d’êtres humains à une telle vie, semblable à celle d’un animal sortant de sa niche la peur au ventre ? Leur existence ne peut se limiter à des instincts de survie », dit fermement le Père Jean-Pierre Barbey.
Hélène Küng, mère de quatre enfants et pasteur au Centre d’enregistrement de requérants d’asile (CEDRA) à Vallorbe, est tout autant catastrophée : « Au nom de l’Evangile, nos Eglises ont un devoir d’accompagnement de ces personnes déracinées, quel que soit leur statut. Nous devons répondre à leurs attentes psychologiques fondamentales - amitié, activités, projets de vie - et pas seulement à leurs besoins physiologiques minima - gîte et nourriture - du ressort des autorités publiques. Le prophète Esaï me le rappelle constamment : "Pour célébrer le Jeûne auquel je prends plaisir, brise les chaînes injustes, dénoue les liens de tous les jougs, envoie libres ceux qu’on opprime, mets fin à toute espèce de servitude, partage ton pain avec l’affamé, recueille dans ta maison les malheureux sans asile", (Es 58,6-7). »
Ces NEM noirs posent des problèmes insolubles aux autorités. Les mettre en prison coûte bien plus cher - 280 francs/jour - que l’aide minimale d’urgence (600 francs/mois) ou que l’aide sociale distribuée à tout requérant d’asile régulièrement enregistré (environ 1200 francs, soit 20 % de moins que l’aide accordée aux Suisses). Et il est souvent impossible de les renvoyer de force, faute de papiers d’identité, quand ce n’est pas leurs pays d’origine qui rechignent à les reconnaître. « Ils n’y ont pas intérêt», relève Yves Brütsch. Les immigrés africains d’Europe, en soutenant financièrement leurs familles restées dans leur pays, ne déposent-ils pas quatre à cinq fois plus de devises occidentales que l’aide publique au développement, selon des statistiques de l’ONU ?
Planqué à Yverdon, Wilson,i jeune Libérien classé NEM, ne demande pas d’aide sociale par peur d’être coffré. Pour aller à Lausanne chez les médiateurs des Eglises, il profite de la voiture de l’un ou l’autre sympathisant suisse. Cet homme est révolté. D’éducation protestante, il attend davantage de soutien des Eglises : « Chez nous, en Afrique, les chrétiens forment une grande famille. Si l’un de ses membres souffre, nous devons l’aider. Vous les Suisses, qui nous forcez à rentrer dans nos pays misérables, vous avez du sang sur les mains. OK, on survit au Libéria, mais on ne vit pas. » Une seule chose lui tient aujourd’hui à cœur, l’écriture, le récit de son aventure et de sa condition de NEM en Suisse. « Je veux qu’on sache en Afrique que l’on nous traite comme des bêtes en Europe. »
Gestes d’humanité
Pour l’aumônier lausannois des réfugiés, cette situation évoque la Samaritaine devant le puits, en conversation avec Jésus. Il lui demande à boire, à midi, en pleine chaleur. Elle est stupéfaite de son audace, les gens de sa tribu ne frayant en principe pas avec les Juifs. Alors il lui dit : « Si tu connaissais le don de Dieu et celui qui te demande à boire, c’est toi qui lui aurais demandé de l’eau et il t’aurait donné de l’Eau vive », (Jn 4,6-10). Le Christ renverse les rôles. De quémandeur, il devient sauveur. N’est-ce pas également la bonne surprise que l’on peut vivre en risquant d’aider un étranger démuni ?
« Tout homme doit répondre, en bonne conscience, de ce qu’il fait pour les NEM », a rappelé la Conférence des évêques suisses (CES) dans un message daté du 7 février dernier. « Leur accorder une aide concrète d’urgence ne peut être illégale, même si l’Etat refuse de l’octroyer », disait-elle encore un mois avant la prise de position du Tribunal fédéral.
Françoise Kopf, à l’origine de ce rappel des obligations de la Suisse envers les NEM, regrette que les Eglises n’aient pas de paroles plus vigoureuses pour cette cause. « Les médias alémaniques encore moins. Ils sortent à peine de leur léthargie depuis le coup de semonce du T.F. Il faut taper fort et régulièrement sur le clou pour être entendu et contrarier le cynisme des autorités. »
Pour le pasteur Jean-Pierre Zurn, à Genève, il n’y a pas de répit possible : « A traiter de manière indigne des êtres humains pour soi-disant protéger l’identité d’un pays, on vide de leur sens ses valeurs essentielles, la coexistence de cultures, de religions et de traditions différentes. »
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