Requérant débouté issu du groupe des «523», en détention depuis le 17 août, le Kosovar Vesel Mezreku doit prendre ce matin un vol régulier pour Pristina. A moins qu’il ne refuse de monter dans l’avion…
Voici l'article de 24heures.
A suivre ces jours le sort réservé à Vesel Mezreku, on réalise si besoin était toute la complexité de l’application des mesures de contrainte à l’encontre des requérants déboutés.
L’homme a 55 ans. Dans un communiqué, le Parti socialiste vaudois a livré hier sa biographie. Il est marié et père de deux enfants: une fille qui vient d’accoucher et bénéficie d’un permis B ,et un adolescent en passe de commencer un apprentissage. Il est entré en Suisse en 1999. Enseignant de métier, il a travaillé ici dans l’hôtellerie. Habitant Morges, il s’est intégré dans le club d’échecs local.
Premier problème, Vesel Mezreku est malade: diabète, haute tension artérielle, état dépressif à tendance suicidaire. Second problème, il est dans le groupe des «523». Détenu depuis plus d’une semaine, il doit prendre ce matin même un vol de ligne à Genève pour le Kosovo. Mais selon son état d’esprit sur le moment, l’homme peut tout à fait refuser avec bruit, voire violemment, de monter dans l’avion. Dans ce cas, la pratique montre que par égard pour les autres passagers, la personne est renvoyée en détention dans l’attente d’un vol spécialement affrété pour un ou plusieurs récalcitrants de ce genre. Quant à la mère et au fils, réfugiés à la paroisse de Chailly-Lausanne, on doit leur proposer une dernière fois ce matin d’accompagner Vesel Mezreku dans le vol de ligne.
Le premier départ effectif sous contrainte après le vote de la motion Melly au Grand Conseil contre les renvois forcés n’est donc peut-être pas pour aujourd’hui. Par ailleurs, deux autres personnes sont toujours en détention. Et un troisième père de famille, kosovar également, les a rejointes hier matin.
vendredi 26 août 2005
Le destin de Lorik Cana
Arrivé en Suisse comme requérant d'asile, le milieu de terrain d'origine albanaise Lorik Cana est la nouvelle recrue de l'Olympique de Marseille.
jeudi 25 août 2005
Isabelle Vauthey, 37 ans, ange gardien des enfants de migrants
Lire dans les pages locales de La Liberté la présentation de cette enseignante engagée pour soutenir l'intégration scolaire des enfants de la migration (et en particulier de l'asile)à Courtepin.
Pour les «523», rendez-vous mardi
24heures a attendu 24heures pour rendre compte de la situation parlementaire sur la crise de l'asile; voici l'article:
Il faudra attendre mardi pour le prochain épisode parlementaire de la crise des «523» requérants d’asile déboutés. Avant-hier au Grand Conseil, le seul signe tangible de la tension persistante dans ce dossier était l’habituelle manifestation, devant le Palais de Rumine, des Ethiopiens et des Erythréens frappés d’une interdiction de travailler. Pourtant, on savait certains députés de gauche décidés à intervenir suite aux arrestations successives ces dernières semaines de quatre pères de famille menacés de renvoi, dont un a été libéré entre-temps (24 heures de mardi). En fait, deux élus ont activé la procédure la plus rapide à disposition, déposant avant-hier chacun une question orale à l’Exécutif. Celui-ci devra y répondre mardi prochain. «Nous utilisons toutes les armes à disposition», souffle Josiane Aubert. La présidente des socialistes vaudois active ainsi l’outil juridique. Le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud est en train de préparer le projet de loi ou de décret répondant à la motion Melly pour le renoncement aux renvois forcés. Or, dans le même temps, des mesures de contrainte sont en cours contre des requérants. Josiane Aubert accuse donc le ministre de «vider la motion de sa substance avant d’y répondre. Le gouvernement se met dans l’illégalité». Mardi, Jean-Claude Mermoud devra notamment dire dans quel délai il compte présenter le projet. L’écologiste Philippe Martinet intervient sur l’offre d’aide au retour faite aux «523» pour leur éviter les mesures de contrainte. Il se demande si les promesses de soutien sur place faites aux intéressés sont tenues. En particulier en matière de suivi des traitements médicaux, possibilités d’intégration professionnelle, contacts dans le pays, «garantie de ne pas devoir cohabiter avec les auteurs de violences à l’origine de leur demande d’asile».
Il faudra attendre mardi pour le prochain épisode parlementaire de la crise des «523» requérants d’asile déboutés. Avant-hier au Grand Conseil, le seul signe tangible de la tension persistante dans ce dossier était l’habituelle manifestation, devant le Palais de Rumine, des Ethiopiens et des Erythréens frappés d’une interdiction de travailler. Pourtant, on savait certains députés de gauche décidés à intervenir suite aux arrestations successives ces dernières semaines de quatre pères de famille menacés de renvoi, dont un a été libéré entre-temps (24 heures de mardi). En fait, deux élus ont activé la procédure la plus rapide à disposition, déposant avant-hier chacun une question orale à l’Exécutif. Celui-ci devra y répondre mardi prochain. «Nous utilisons toutes les armes à disposition», souffle Josiane Aubert. La présidente des socialistes vaudois active ainsi l’outil juridique. Le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud est en train de préparer le projet de loi ou de décret répondant à la motion Melly pour le renoncement aux renvois forcés. Or, dans le même temps, des mesures de contrainte sont en cours contre des requérants. Josiane Aubert accuse donc le ministre de «vider la motion de sa substance avant d’y répondre. Le gouvernement se met dans l’illégalité». Mardi, Jean-Claude Mermoud devra notamment dire dans quel délai il compte présenter le projet. L’écologiste Philippe Martinet intervient sur l’offre d’aide au retour faite aux «523» pour leur éviter les mesures de contrainte. Il se demande si les promesses de soutien sur place faites aux intéressés sont tenues. En particulier en matière de suivi des traitements médicaux, possibilités d’intégration professionnelle, contacts dans le pays, «garantie de ne pas devoir cohabiter avec les auteurs de violences à l’origine de leur demande d’asile».
Requérant en danger de mort
Alain Pécoud, directeur de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne. Photo © Laurent de Senarclens
Le Matin fait la une de son portail internet sur cette expulsion d'un requérant contre l'avis du corp médical.
Lire l'article complet de Joelle Isler
LIre le certificat médical de ce requérant
Extraits:
Diabète et hypertension artérielle. Voilà deux des maux chroniques dont souffre Akim*, requérant d'asile en Suisse depuis six ans. Mercredi dernier, alors qu'il sortait du Service vaudois de la population avec une autorisation de séjour valide jusqu'à la fin du mois, ce Kosovar de 55 ans s'est fait arrêter manu militari sur le trottoir et placer en détention à Frambois (GE) puis à Bâle, en vue de son expulsion demain. Rapatrié dans son lieu d'origine, Akim ne pourra bénéficier d'un encadrement médical suffisant. Ce sont des situations comme la sienne, loin d'être isolée, qui ont poussé cet été 200 médecins vaudois à signer un appel contre les renvois forcés.
Voir la séquence du TJ midi consacrée à cette affaire en haute qualité
mercredi 24 août 2005
Renvoi des Ethiopiens, accord de réadmission ?
Le Gouvernement éthiopien accordera désormais des laissez-passer qui permettront le retour dans leur pays des requérants d'asile éthiopiens déboutés et donc devenus indésirables sur territoire helvétique.
C'est un revirement complet de sa politique et c'est le résultat concret de négociations entre Berne et Addis Abeba, menées dans la plus grande discrétion.
Selon le résultat d'une enquête de Laurent Bonnard (journaliste à La Première), une douzaine d'Ethiopiens vont recevoir les documents de voyage que l'Ethiopie leur refusait jusqu'à maintenant.
Lire le dossier de La Première
Ecoutez la séquence du Journal de demain sur La Première
Denis Barrelet soutient la politique de Blocher
Conformément à ses positions passées, Denis Barrelet dans 24heures est l'un des commentateurs les plus élogieux à l'égard de la politique d'asile pratiquée par Blocher. Dans son commentaire, il profite de critiquer le mouvement de la société civile vaudoise et la majorité des députés du Grand Conseil ...
Lire son commentaire:
Ce qui empoisonne le dossier de l’asile depuis que la Suisse s’est donné une loi en la matière, c’est le refus de larges milieux d’admettre qu’il puisse y avoir, parmi les personnes qui frappent à notre porte, des comportements abusifs. Ces milieux considèrent la situation économique des requérants en question très peu enviable le plus souvent, et ils n’écoutent plus que leur cœur. Peu leur chaut qu’il y ait une loi définissant clairement que seuls auront droit à l’asile les personnes persécutées dans leur pays et menacées dans leur corps. Cette loi, ils lui font des pieds de nez. Ils se réjouissent si, en détruisant leurs papiers, les requérants créent d’immenses problèmes lorsqu’il s’agit d’exécuter les décisions prises. Ils feront tout, tireront toutes les ficelles pour que le séjour en Suisse se prolonge, espérant créer un fait accompli. L’exception vaudoise, c’est cela, pour l’essentiel, avec l’actif concours d’un ancien conseiller d’Etat. D’aucuns s’en enorgueillissent.
A chaque renforcement de la loi sur l’asile, depuis vingt ans, ces milieux culpabilisent le législateur en annonçant la fin de la tradition humanitaire de la Suisse. Il n’en est rien, bien sûr. Cette fois à nouveau, on doit constater que les renforcements introduits en avril 2004 ont eu des effets positifs. Les demandes manifestement non fondées — elles seules font l’objet de décisions de non-entrée en matière — sont moins nombreuses, et les départs plus rapides.
Il s’agit de continuer dans cette voie, de manière à la fois déterminée et réfléchie, pour que les requérants déboutés au terme d’une procédure ordinaire soient eux aussi incités à partir vite et que soient supprimées les primes accordées aujourd’hui aux plus malins et aux plus récalcitrants. Une loi est là pour être respectée. Ou alors qu’on la modifie. Qu’on dise que la Suisse veut accueillir tous les malheureux de la terre.
Lire son commentaire:
Ce qui empoisonne le dossier de l’asile depuis que la Suisse s’est donné une loi en la matière, c’est le refus de larges milieux d’admettre qu’il puisse y avoir, parmi les personnes qui frappent à notre porte, des comportements abusifs. Ces milieux considèrent la situation économique des requérants en question très peu enviable le plus souvent, et ils n’écoutent plus que leur cœur. Peu leur chaut qu’il y ait une loi définissant clairement que seuls auront droit à l’asile les personnes persécutées dans leur pays et menacées dans leur corps. Cette loi, ils lui font des pieds de nez. Ils se réjouissent si, en détruisant leurs papiers, les requérants créent d’immenses problèmes lorsqu’il s’agit d’exécuter les décisions prises. Ils feront tout, tireront toutes les ficelles pour que le séjour en Suisse se prolonge, espérant créer un fait accompli. L’exception vaudoise, c’est cela, pour l’essentiel, avec l’actif concours d’un ancien conseiller d’Etat. D’aucuns s’en enorgueillissent.
A chaque renforcement de la loi sur l’asile, depuis vingt ans, ces milieux culpabilisent le législateur en annonçant la fin de la tradition humanitaire de la Suisse. Il n’en est rien, bien sûr. Cette fois à nouveau, on doit constater que les renforcements introduits en avril 2004 ont eu des effets positifs. Les demandes manifestement non fondées — elles seules font l’objet de décisions de non-entrée en matière — sont moins nombreuses, et les départs plus rapides.
Il s’agit de continuer dans cette voie, de manière à la fois déterminée et réfléchie, pour que les requérants déboutés au terme d’une procédure ordinaire soient eux aussi incités à partir vite et que soient supprimées les primes accordées aujourd’hui aux plus malins et aux plus récalcitrants. Une loi est là pour être respectée. Ou alors qu’on la modifie. Qu’on dise que la Suisse veut accueillir tous les malheureux de la terre.
Réactions de Jurg Schertenleib
Le Courrier et La Liberté donnent la parole un responsable de l'OSAR pour commenter la conférence de presse de Christof Blocher.
M. Blocher tire un bilan très positif un an après le durcissement des mesures à l'égard des requérants frappés d'une décision de non-entrée en matière. Qu'en pensez vous?
Il fait un bilan qui lui est trop favorable. Il ne tient pas compte d'un grand nombre de problèmes, en particulier des difficultés qu'il y a dans certains cantons d'obtenir l'aide d'urgence. La dimension personnelle et humaine de certaines situations entraînées par cette politique est totalement passée sous silence.
Le chef du DFJP se réjouit tout de même d'une baisse massive des demandes d'asile...
Il faut se demander si c'est bien cette politique qui est à l'origine de cette baisse. On constate que les demandes ont diminué dans l'ensemble de l'Europe. La situation s'est de plus considérablement améliorée en Bosnie et au Kosovo, les deux régions de crise qui concernent particulièrement la Suisse.
Lorsqu'on avait discuté la suppression de l'aide sociale, les défenseurs des requérants ont prédit une criminalisation galopante. Apparemment la progression des infractions se révèle moins dramatique que prévu.
Heureusement que c'est moins grave que prévu. Mais cela reste un fait que beaucoup de requérant déboutés disparaissent dans la clandestinité: personne ne peut dire ce qu'ils font. A mon avis, il est encore trop tôt pour être certain que l'effet de ce phénomène sur les statistiques criminelles restera marginal.
M. Blocher tire un bilan très positif un an après le durcissement des mesures à l'égard des requérants frappés d'une décision de non-entrée en matière. Qu'en pensez vous?
Il fait un bilan qui lui est trop favorable. Il ne tient pas compte d'un grand nombre de problèmes, en particulier des difficultés qu'il y a dans certains cantons d'obtenir l'aide d'urgence. La dimension personnelle et humaine de certaines situations entraînées par cette politique est totalement passée sous silence.
Le chef du DFJP se réjouit tout de même d'une baisse massive des demandes d'asile...
Il faut se demander si c'est bien cette politique qui est à l'origine de cette baisse. On constate que les demandes ont diminué dans l'ensemble de l'Europe. La situation s'est de plus considérablement améliorée en Bosnie et au Kosovo, les deux régions de crise qui concernent particulièrement la Suisse.
Lorsqu'on avait discuté la suppression de l'aide sociale, les défenseurs des requérants ont prédit une criminalisation galopante. Apparemment la progression des infractions se révèle moins dramatique que prévu.
Heureusement que c'est moins grave que prévu. Mais cela reste un fait que beaucoup de requérant déboutés disparaissent dans la clandestinité: personne ne peut dire ce qu'ils font. A mon avis, il est encore trop tôt pour être certain que l'effet de ce phénomène sur les statistiques criminelles restera marginal.
Chronologie des migrations en Suisse
Issu du même article de la Tribune de Genève, voici une intéressante chronologie des migrations étrangères dans notre pays depuis le début de l'industrialisation:
Seconde moitié du XIXe siècle: l'industrialisation progressive transforme la Suisse en pays d'immigration.
Les premiers migrants viennent essentiellement des pays frontaliers (Allemagne, France Autriche).
1890: pour la première fois, le nombre d'immigrants surpasse le nombre d'émigrants.
1900-1914: le nombre d'étrangers ne cesse d'augmenter. C'est la prédiode du boum de l'horlogerie et du textile. Les immigrants viennent des pays limitrophes, mais aussi de Pologne.
1910: le pourcentage des étrangers avoisine les 15%. Ils se concentrent essentiellement dans les villes. Genève compte alors 42% d'étrangers.
Première Guerre mondiale: nombre d'étrangers rentrent chez eux en raison de la crise.
Entre-deux-guerres: La Suisse introduit un visa d'entrée. Contrôle de plus en plus strict des étrangers.
1934: La Loi sur le séjour et l'établissement des étrangers est promulguée. Les trois catégories de permis y figurent: saisonnier, annuel et d'établissement.
1940: En raison des limitations, la Suisse ne compte qu'un peu plus de 5% de population étrangère.
1948: Un accord est conclu entre la Suisse et l'Italie, marquant le début d'une immigration massive. Des permis saisonniers sont ensuite octroyés aux Espagnols (dès 1961).
1963-1973: Des tentatives de plafonnement du nombre d'étrangers émergent. Premières initiatives populaires xénophobes. Système de contingentement mis en place.
1975: la crise pétrolière frappe durement les emplois occupés par les étrangers.
1985-1992: nouvelle vague d'immigration portugaise et yougoslave.
Dès 1990: accroissement de l'immigration d'origine éloignée (Asie, Afrique, Amérique).
Dès 2000: la population étrangère est de 1 million 600 000, soit quelque 20% des Suisses.
Seconde moitié du XIXe siècle: l'industrialisation progressive transforme la Suisse en pays d'immigration.
Les premiers migrants viennent essentiellement des pays frontaliers (Allemagne, France Autriche).
1890: pour la première fois, le nombre d'immigrants surpasse le nombre d'émigrants.
1900-1914: le nombre d'étrangers ne cesse d'augmenter. C'est la prédiode du boum de l'horlogerie et du textile. Les immigrants viennent des pays limitrophes, mais aussi de Pologne.
1910: le pourcentage des étrangers avoisine les 15%. Ils se concentrent essentiellement dans les villes. Genève compte alors 42% d'étrangers.
Première Guerre mondiale: nombre d'étrangers rentrent chez eux en raison de la crise.
Entre-deux-guerres: La Suisse introduit un visa d'entrée. Contrôle de plus en plus strict des étrangers.
1934: La Loi sur le séjour et l'établissement des étrangers est promulguée. Les trois catégories de permis y figurent: saisonnier, annuel et d'établissement.
1940: En raison des limitations, la Suisse ne compte qu'un peu plus de 5% de population étrangère.
1948: Un accord est conclu entre la Suisse et l'Italie, marquant le début d'une immigration massive. Des permis saisonniers sont ensuite octroyés aux Espagnols (dès 1961).
1963-1973: Des tentatives de plafonnement du nombre d'étrangers émergent. Premières initiatives populaires xénophobes. Système de contingentement mis en place.
1975: la crise pétrolière frappe durement les emplois occupés par les étrangers.
1985-1992: nouvelle vague d'immigration portugaise et yougoslave.
Dès 1990: accroissement de l'immigration d'origine éloignée (Asie, Afrique, Amérique).
Dès 2000: la population étrangère est de 1 million 600 000, soit quelque 20% des Suisses.
La Suisse, terre de migration
La Tribune de Genève donne la parole à Philippe Wanner, directeur du Forum pour l'étude des migrations en Suisse dans un très intéressant article de fond.
Laissons la plume à Chantal Savioz:
Interview
Non, la Suisse, pas plus que ses pays voisins, ne doit se préparer à un flux massif de travailleurs tchèques, lettons ou polonais. Et la votation sur la libre circulation des personnes, le 25 septembre prochain, ne changera rien à l'affaire. Quant aux craintes symbolisées par le désormais célèbre «plombier polonais», elles relèvent «du pur fantasme», si l'on en croit le démographe Philippe Wanner, directeur du Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population.
Le spécialiste se base sur les tout récents chiffres fournis par les associations européennes, démontrant que ni les Polonais, ni les Hongrois, ni les Lettons ou autres Chypriotes ne se sont précipités hors de leurs pays, depuis mai 2004, date à laquelle l'UE leur a ouvert les portes. «Selon certaines projections, l'immigration des nouveaux membres de l'UE en direction des anciens membres était estimée à 3% de la population. Nous savons aujourd'hui qu'en une année, elle est demeurée nettement inférieure à 1%.»
Si l'on en croit le scientifique Philippe Wanner, la prospérité économique bien davantage que toutes autres considérations politiques motive un projet migratoire. Ce qui signifie que la main-d'œuvre des pays de l'Est intéressée par la Suisse, s'y trouve probablement déjà. Et l'issue de la votation au soir du 25 septembre n'aura que peu d'incidences sur la question.
Le concept de «libre circulation» est aujourd'hui sur toutes les lèvres. S'il devait être accepté cet accord changerait-il quelque chose dans l'immigration de notre pays?
En terme de démographie, non. Selon des simulations de l'Office fédéral de la statistique ou de fondation comme Avenir Suisse, la libre circulation pourrait faire augmenter la population étrangère (1,5 million environ) d'un millier de personnes par an. Guère plus.
Ce chiffre devra sans doute être revu à la baisse. De toutes récentes données montrent qu'il n'y a quasiment pas eu de déplacements des gens de l'Est vers les pays de l'Ouest en 2004, au moment de l'élargissement de l'UE. La conjoncture actuelle ne permet guère d'assurer au plombier polonais un meilleur niveau de vie en France que dans son pays. Le profil d'un migrant entreprenant est identique à celui d'un entrepreneur dynamique dont une économie émergente a besoin. Il a donc souvent avantage à demeurer dans son pays.
Si les populations migrent si peu, pourquoi l'Union européenne insiste-t-elle tant sur l'ouverture des frontières, la libre circulation?
La prospérité économique est liée à la diminution des frontières. En terme économique, la frontière a un coût. Son passage implique des droits douaniers, d'impositions, etc. Dans une même entité, il y a plus d'opportunités de croissance que s'il existe une multitude de blocages régionaux. Voyez, les délocalisations d'entreprises.
Par ailleurs, des pays comme l'Italie et l'Espagne n'assurent plus aujourd'hui le renouvellement des populations. Si elle veut être forte, l'Europe vieillissante a tout avantage à assimiler les pays de l'Est. Sans eux, elle ne peut tout simplement pas se faire.
Vous établissez un lien étroit entre prospérité économique et immigration. Ces paramètres sont-ils indissociables?
Ils sont en effet liés. En 1910, période de prospérité dans notre pays avec le développement de l'horlogerie ou du textile, le taux d'étrangers avoisine les 15%. Au moment de la crise en 1930, il chute brutalement à 8%. Idem après la Deuxième Guerre mondiale. A partir des années 60, alors que le taux de croissance avoisine les 5%, la population suisse côtoie 17,2% d'étrangers. Puis la crise pétrolière va provoquer une nouvelle cassure. En 1980, le pourcentage d'étrangers n'était que de 14,8.
Aujourd'hui, la Suisse compte plus de 20% d'étrangers. Est-ce à dire qu'elle se trouve dans une phase de grande prospérité économique?
L'économie ne va pas si mal. Cela dit, si le taux d'étrangers dans ce pays est actuellement l'un des plus importants en Europe (après le Luxembourg), c'est en raison de sa position centrale en Europe, de ses nombreuses organisations internationales, et essentiellement à une politique de naturalisation très conservatrice.
La population a très récemment rejeté la nouvelle loi sur les naturalisations, prévoyant l'octroi systématique de la nationalité à la troisième génération. Le peuple a refusé. La Suisse vit encore sous le régime du droit du sang, par opposition au droit du sol.
Les conflits politiques influencent-ils eux aussi les flux migratoires?
Extrêmement peu. Entre les Hongrois en 1956, les Tchèques en 68, les boat people vietnamiens en 80 et les Ex-Yougoslaves en 90, on ne parle que de quelques dizaines de milliers de personnes.
Aujourd'hui encore en Suisse, moins de 50 000 personnes relèvent du domaine de l'asile. Ce qui représente un étranger sur 30 en Suisse. Une proportion quasi marginale. Le paradoxe veut que le sujet inspire nombre de campagnes politiques, et fait donc énormément parler de lui.
Crise économique et xénophobie
Les mouvements migratoires en direction de la Suisse sont dictés par l'état de son économie. Une crise, brusque ou relative, provoque quasi automatiquement une crispation sur les frontières et tarit le flux migratoire.
Autrement dit, le nombre d'étrangers baisse. Le fléchissement économique du début des années 90 a ainsi stabilisé le nombre d'étrangers dans notre pays aux alentours de 20%. A l'instar des autres pays européens, la Suisse a connu simultanément une remontée de l'extrême droite, particulièrement virulente à l'égard des migrants. Cette période, selon le docteur en démographie Philippe Wanner, est loin d'être isolée.
Ainsi autour du krach boursier de 1930, les étrangers quittent la Suisse (voir infographie) . A la même époque paraissent aux quatre coins du pays des écrits et documents xénophobes. Les étrangers, Italiens en tête, reviendront en force après la Deuxième Guerre mondiale.
Ce sont les trente glorieuses, moment où tous les secteurs de l'économie embauchent à tour de bras. La crise pétrolière des années 70 freine brutalement cette progression. Même rejetée par le peuple, l'initiative Schwarzenbach va dicter aux autorités une politique nettement plus restrictive en matière d'immigration.
Intégration insuffisante
Selon Philippe Wanner, les crispations actuelles ou lors des précédentes crises, sont dues, pour l'essentiel, à un défaut d'intégration. «Le permis saisonnier octroyé aux Italiens dans les années 60 ne favorisait en aucun cas l'intégration.
Etaient recrutés des célibataires qui demeuraient trop peu de temps (deux ans au maximum) pour pouvoir s'exprimer dans la langue du pays», souligne encore le directeur du Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population.
L'intégration, dont la réussite repose sur l'équilibre entre l'apport d'une population étrangère et son adaptation aux règles locales, demeure encore une lointaine perspective d'avenir en Suisse. «Celle-ci s'avère problématique dans notre pays, car durant plus de 150 ans, elle est demeurée dans le giron des communes. Ce n'est que depuis 2001 qu'il existe une loi fédérale sur l'intégration», rappelle le spécialiste, tout en soulignant qu'à l'échelle de la Confédération, les moyens disponibles sont encore trop faibles.
Inscription à :
Articles (Atom)