Lettre de lecteur du chef ad interim du Service de prévoyance et d’aides sociales de Lausanne dans 24heures
En réponse à plusieurs lettres de lecteurs concernant les prestations sociales délivrées à une famille de réfugiés (24 heures du 24 juin et des 2, 13 et 15 juillet 2005):
Le cas d’une famille de réfugiés statutaires percevant l’aide sociale a suscité plusieurs lettres de lecteurs. Cette émotion est compréhensible si l’on ne clarifie pas un certain nombre de faits qui expliquent le montant de cette aide. Cette famille se compose de 7 personnes (2 adultes et 5 enfants de moins de 16 ans). Elle perçoit l’aide sociale vaudoise, soit les mêmes indemnités que les Suisses ou les étrangers au bénéfice d’un permis de séjour. Elles sont comparables à ce qui se pratique généralement en Suisse.
Le montant mensuel perçu par cette famille comprend la prise en charge de l’assurance maladie de ses 7 membres pour 1106 fr., le loyer de 1290 fr. (sans les charges) et 3225 fr. de prestations d’aide sociale, soit environ 15 fr. par jour et par personne pour les frais de nourriture et de vie courante. Au total, elle perçoit donc 5621 fr. par mois — et non pas 7300 fr. comme publié dans plusieurs lettres.
Cette famille de 7 personnes loge actuellement dans un appartement de quatre pièces. Avec un logement un peu plus grand auquel elle pourrait avoir droit et avec parfois des frais exceptionnels, il peut arriver dans de rares cas que, pour une famille de cette taille, les montants d’aide cumulés puissent approcher les 7000 fr. évoqués dans le «Courrier des lecteurs». Ce n’est pas le cas en l’occurrence.
Les indemnités qu’elle perçoit aujourd’hui correspondent à ce dont disposerait un salarié gagnant 3850 fr. par mois si on lui ajoute les allocations familiales et les subsides à l’assurance maladie auxquels il a droit, pour une famille avec 5 enfants.
Contrairement à ce qui a été écrit souvent, cette famille n’est pas requérante d’asile mais réfugiée statutaire. Pour une famille de 7 personnes, des requérants d’asile percevraient une aide de 2266 fr. par mois, inférieure de 30% aux prestations d’aide sociale.
Eric Toriel, chef par intérim du Service de prévoyance et d’aides sociales, Lausanne
samedi 16 juillet 2005
vendredi 15 juillet 2005
Pierre-Yves Maillard dénonce les abus : plainte pénale
Un total de 435 000 francs de soutien indûment versés par l’Etat.
L'article de Grégoire Nappey dans 24heures
En avril, le Canton avait identifié 76 cas d’abus dans l’aide sociale distribuée par le Centre social d’intégration pour les réfugiés statutaires (CSIR). Trois mois après, il annonce le dépôt de plaintes pénales pour 21 dossiers, qui totalisent 350 600 francs de versements indus. Et ceux qui, de bonne foi, en ont bénéficié par erreur devront rembourser.
Il aura fallu près de trois mois aux services de Pierre-Yves Maillard, chef du Département de la santé et de l’action sociale, pour étoffer leur enquête. En avril, donnant suite aux révélations de 24 heures, le conseiller d’Etat admettait qu’il y avait, dans 76 cas, des soupçons de versements à tort par le Centre social d’intégration pour les réfugiés statutaires (CSIR) d’aide sociale à des réfugiés. Après examen approfondi de ces dossiers, le Canton annonce qu’il a déposé, ou déposera, plainte pénale pour 21 d’entre eux. «Nous nous retournons contre ces bénéficiaires qui, le plus souvent, nous ont caché une activité lucrative», justifie Eric Toriel, chef ad interim du Service de prévoyance et d’aide sociale (SPAS, dont dépend le CSIR). Ces 21 dossiers représentent à eux seuls pour 350 600 francs de versements indus.
Auxquels il faut ajouter les 53 000 francs des vingt cas où il n’y a pas eu de malversations. «Le fait que ce soit l’Etat qui s’est trompé ne l’empêche pas de demander aux intéressés de rendre l’argent reçu en trop, lâche Eric Toriel. En tenant compte, bien sûr, de la situation financière des personnes.»
Dans 25 autres situations — 31 000 francs —, il y a prescription: aucune action judiciaire ne plus être engagée. Là aussi toutefois, le Canton ira récupérer ce qu’il a versé en trop. A cela s’ajoutent quatre dossiers déjà jugés et six autres encore à creuser. Pour l’instant, le montant total des versements indus est donc de 434 600 francs.
Peu après les révélations dans cette affaire, la cheffe du SPAS, Christine Schaub, avait démissionné, laissant l’intérim à Eric Toriel. Le poste est aujourd’hui au concours. Une procédure est également en cours pour une autre plainte, celle déposée par l’assistant social ayant alerté les médias et s’estimant victime de mobbing. Selon lui, ses supérieurs, agacés par son zèle dans l’examen des dossiers, auraient fait pression sur lui.
L'article de Grégoire Nappey dans 24heures
En avril, le Canton avait identifié 76 cas d’abus dans l’aide sociale distribuée par le Centre social d’intégration pour les réfugiés statutaires (CSIR). Trois mois après, il annonce le dépôt de plaintes pénales pour 21 dossiers, qui totalisent 350 600 francs de versements indus. Et ceux qui, de bonne foi, en ont bénéficié par erreur devront rembourser.
Il aura fallu près de trois mois aux services de Pierre-Yves Maillard, chef du Département de la santé et de l’action sociale, pour étoffer leur enquête. En avril, donnant suite aux révélations de 24 heures, le conseiller d’Etat admettait qu’il y avait, dans 76 cas, des soupçons de versements à tort par le Centre social d’intégration pour les réfugiés statutaires (CSIR) d’aide sociale à des réfugiés. Après examen approfondi de ces dossiers, le Canton annonce qu’il a déposé, ou déposera, plainte pénale pour 21 d’entre eux. «Nous nous retournons contre ces bénéficiaires qui, le plus souvent, nous ont caché une activité lucrative», justifie Eric Toriel, chef ad interim du Service de prévoyance et d’aide sociale (SPAS, dont dépend le CSIR). Ces 21 dossiers représentent à eux seuls pour 350 600 francs de versements indus.
Auxquels il faut ajouter les 53 000 francs des vingt cas où il n’y a pas eu de malversations. «Le fait que ce soit l’Etat qui s’est trompé ne l’empêche pas de demander aux intéressés de rendre l’argent reçu en trop, lâche Eric Toriel. En tenant compte, bien sûr, de la situation financière des personnes.»
Dans 25 autres situations — 31 000 francs —, il y a prescription: aucune action judiciaire ne plus être engagée. Là aussi toutefois, le Canton ira récupérer ce qu’il a versé en trop. A cela s’ajoutent quatre dossiers déjà jugés et six autres encore à creuser. Pour l’instant, le montant total des versements indus est donc de 434 600 francs.
Peu après les révélations dans cette affaire, la cheffe du SPAS, Christine Schaub, avait démissionné, laissant l’intérim à Eric Toriel. Le poste est aujourd’hui au concours. Une procédure est également en cours pour une autre plainte, celle déposée par l’assistant social ayant alerté les médias et s’estimant victime de mobbing. Selon lui, ses supérieurs, agacés par son zèle dans l’examen des dossiers, auraient fait pression sur lui.
jeudi 14 juillet 2005
Premier renvoi malgré la motion ?

Trois policiers sont venus chercher Bujar (ici, avec sa sœur jumelle Fatmire) à son domicile. Ils sont repartis bredouilles.
L'article de Carole Pantet dans 24heures.
Une tentative d’exécution de mesures de contrainte contre un requérant débouté du groupe dit des «523» a eu lieu mardi à Yverdon. Un acte qui confirme que la motion Melly acceptée par le Grand Conseil le 5 juillet n’aura pas d’influence sur l’application de la politique du Conseil d’Etat cet été.
Le réveil de la famille Kuqi mardi matin à Yverdon s’est fait en sursaut. Pendant quelques minutes, ces Kosovars ont cru revivre les pires heures de la guerre. A l’aube, trois policiers se sont présentés à leur porte. Ils sont venus chercher Bujar, frère jumeau de Fatmire. Le jeune requérant débouté n’était heureusement pas là. Les forces de l’ordre ont alors fouillé les lieux et sont reparties, laissant un numéro de téléphone à la famille sous le choc.
Des mesures de contrainte ont bien été tentées ce matin-là envers Bujar, un Kosovar de 25 ans présenté en mars dans nos colonnes. Le président du Conseil communal d’Yverdon, Cédric Pillonel, et l’homme d’Eglise Xavier Paillard, qui ont signé une charte de parrainage avec ce jeune homme, se disent très surpris par cette opération de police et soulignent leur incompréhension. Ils s’étonnent tout d’abord que le jeune homme n’ait pas eu droit à une «ultime convocation du Service de la population» (SPOP) comme prévu dans un communiqué du Conseil d’Etat datant de la fin de mai. «Ne peut-on même plus se fier à ce que déclare l’autorité?» invective Xavier Paillard.

A la lecture du communiqué de fin mai, l’interprétation officielle du texte n’est pourtant pas évidente. «Ils jouent sur les mots, réagit Cédric Pillonel. Je suis triste de voir qu’à nouveau on s’abrite derrière un juridisme étroit.» Même réaction du côté de l’autre parrain du requérant, le pasteur Xavier Paillard: «Ils auraient pu mieux formuler leur communiqué. Ils surfent décidément toujours sur les cas limites et prétextent qu’ils sont en règle avec les procédures», s’emporte le pasteur.
Le représentant politique et l’homme d’Eglise sont en colère. Difficile pour eux dans ses conditions de remplir leur rôle au sens de la charte de parrainage mise en place par le groupe de travail. «A peine a-t-on eu le temps de la signer que Bujar est déjà menacé», explique Xavier Paillard.
«Pour ce jeune homme, le retour n’est pas la solution. Bujar a des problèmes de santé et suit actuellement un traitement, insiste Xavier Pailllard. De plus, il est très dépendant du reste de sa famille qui est en Suisse.» Le pasteur s’avoue donc très inquiet pour la survie du jeune homme en cas de retour. Son dossier fait d’ailleurs actuellement l’objet d’un recours. Comment était-ce donc possible que des mesures de contrainte soient engagées contre lui malgré tout? «Ce recours n’a pour l’instant pas d’effet suspensif», explique Henri Rothen.
En matière de politique d’asile cantonale, il faut parfois savoir lire entre les lignes. Bujar est maintenant averti. C’est caché qu’il devra passer l’été, s’il ne veut pas se retrouver dans le premier avion pour Pristina.
Y aura-t-il vraiment des renvois cet été?
Article de Grégoire Nappey dans 24heures :
Tout le monde ne baigne pas dans la torpeur estivale ces jours. Surtout pas les milieux de défense des requérants d’asile déboutés dits «523», à l’affût de la moindre rumeur d’application de mesures de contrainte. Et c’est bien pour s’éviter de mauvaises surprises en juillet et août que la gauche s’est démenée au Grand Conseil, afin que la motion Melly contre les renvois forcés soit acceptée avant les vacances.
Ces dispositions n’ont toutefois pas empêché le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud de maintenir sa ligne (24 heures du 7 juillet): pas de suspension des expulsions ces prochaines semaines. Est-ce à dire que le Canton passera à l’action? Entre les déclarations de principe et le passage à l’acte il y a parfois tout un monde. On peut toujours faire du bruit sur une volonté politique afin de ne pas perdre la face, mais en même temps ne rien faire du tout. Dans le cas présent, difficile d’y voir clair. Les vacances des uns et des autres peuvent jouer un rôle; à commencer par celles du ministre qui devrait s’absenter entre fin juillet et début août. Si, théoriquement, des mesures de contrainte peuvent être appliquées en son absence, il semble que, politiquement, le magistrat ne puisse guère se permettre d’être sous d’autres latitudes si la tension remonte d’un cran, voire de plusieurs.
A cela s’ajoute le zèle plus ou moins aigu dont peut faire preuve la police lorsqu’il s’agit d’aller arrêter un requérant au petit matin. Mais cette compétence-là est sous la responsabilité d’un autre ministre, le libéral Charles-Louis Rochat. Entre la détermination de son collègue UDC et sa propre propension à mettre en œuvre une certaine politique, là aussi il peut y avoir tout un monde. En attendant, la tentative de mardi matin (lire ci-dessus) est bien réelle et aurait tout aussi bien pu être couronnée de succès.
Tout le monde ne baigne pas dans la torpeur estivale ces jours. Surtout pas les milieux de défense des requérants d’asile déboutés dits «523», à l’affût de la moindre rumeur d’application de mesures de contrainte. Et c’est bien pour s’éviter de mauvaises surprises en juillet et août que la gauche s’est démenée au Grand Conseil, afin que la motion Melly contre les renvois forcés soit acceptée avant les vacances.
Ces dispositions n’ont toutefois pas empêché le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud de maintenir sa ligne (24 heures du 7 juillet): pas de suspension des expulsions ces prochaines semaines. Est-ce à dire que le Canton passera à l’action? Entre les déclarations de principe et le passage à l’acte il y a parfois tout un monde. On peut toujours faire du bruit sur une volonté politique afin de ne pas perdre la face, mais en même temps ne rien faire du tout. Dans le cas présent, difficile d’y voir clair. Les vacances des uns et des autres peuvent jouer un rôle; à commencer par celles du ministre qui devrait s’absenter entre fin juillet et début août. Si, théoriquement, des mesures de contrainte peuvent être appliquées en son absence, il semble que, politiquement, le magistrat ne puisse guère se permettre d’être sous d’autres latitudes si la tension remonte d’un cran, voire de plusieurs.
A cela s’ajoute le zèle plus ou moins aigu dont peut faire preuve la police lorsqu’il s’agit d’aller arrêter un requérant au petit matin. Mais cette compétence-là est sous la responsabilité d’un autre ministre, le libéral Charles-Louis Rochat. Entre la détermination de son collègue UDC et sa propre propension à mettre en œuvre une certaine politique, là aussi il peut y avoir tout un monde. En attendant, la tentative de mardi matin (lire ci-dessus) est bien réelle et aurait tout aussi bien pu être couronnée de succès.
Un curieux sens de la démocratie
Lettre de lecteur dans 24heures
A propos de la décision du Grand Conseil de geler l’application des mesures de contrainte sur les requérants déboutés (24 heures du 6 juillet 2005):
Désavoué par le Grand Conseil, M. Jean-Claude Mermoud se plaint de n’avoir pas pu intervenir lors du débat et estime que «la démocratie est bafouée».
Faisons un retour en arrière: en mai 2005, M. Mermoud veut exécuter les renvois contre l’avis du Grand Conseil, malgré une pétition munie de 15 000 signatures, l’opposition des Eglises et d’Amnesty International, notamment. Pour défendre sa position, il s’appuie sur le légalisme et la procédure, sans se soucier de la situation des personnes concernées.
En juin 2005, lorsque la motion s’opposant aux renvois est débattue par le Parlement, il obtient, avec une poignée de députés, qu’elle soit repoussée au mois d’août, une fois que la plupart des gens auront été renvoyés. En d’autres termes, il utilise la procédure pour repousser le débat, toujours sans se soucier de l'état catastrophique des personnes.
Et quand le Grand Conseil le désavoue officiellement ce 5 juillet, il se plaint qu’une motion d’ordre l’ait empêché d’intervenir dans le débat et invoque la démocratie violée. Il oublie peut-être que la procédure a été respectée et que le Parlement était en droit de ne pas lui donner la parole. Il n'est pas étonnant que les députés n’aient pas voulu l’entendre, lui qui a toujours ignoré leur position...
M. Mermoud déclare d’emblée qu’il exécutera les renvois, sans se soucier de l’avis divergent du Grand Conseil. Je continuerai, avec Coordination Asile, à m’opposer à ces expulsions par les moyens pacifiques à notre disposition. Avec la conviction d’être plus respectueux de la démocratie que M. Mermoud.
David Payot, Lausanne
A propos de la décision du Grand Conseil de geler l’application des mesures de contrainte sur les requérants déboutés (24 heures du 6 juillet 2005):
Désavoué par le Grand Conseil, M. Jean-Claude Mermoud se plaint de n’avoir pas pu intervenir lors du débat et estime que «la démocratie est bafouée».
Faisons un retour en arrière: en mai 2005, M. Mermoud veut exécuter les renvois contre l’avis du Grand Conseil, malgré une pétition munie de 15 000 signatures, l’opposition des Eglises et d’Amnesty International, notamment. Pour défendre sa position, il s’appuie sur le légalisme et la procédure, sans se soucier de la situation des personnes concernées.
En juin 2005, lorsque la motion s’opposant aux renvois est débattue par le Parlement, il obtient, avec une poignée de députés, qu’elle soit repoussée au mois d’août, une fois que la plupart des gens auront été renvoyés. En d’autres termes, il utilise la procédure pour repousser le débat, toujours sans se soucier de l'état catastrophique des personnes.
Et quand le Grand Conseil le désavoue officiellement ce 5 juillet, il se plaint qu’une motion d’ordre l’ait empêché d’intervenir dans le débat et invoque la démocratie violée. Il oublie peut-être que la procédure a été respectée et que le Parlement était en droit de ne pas lui donner la parole. Il n'est pas étonnant que les députés n’aient pas voulu l’entendre, lui qui a toujours ignoré leur position...
M. Mermoud déclare d’emblée qu’il exécutera les renvois, sans se soucier de l’avis divergent du Grand Conseil. Je continuerai, avec Coordination Asile, à m’opposer à ces expulsions par les moyens pacifiques à notre disposition. Avec la conviction d’être plus respectueux de la démocratie que M. Mermoud.
David Payot, Lausanne
mercredi 13 juillet 2005
Le devoir d'humanité.
La communauté internationale a fait son mea culpa.
Une fois de plus.
L'article de Michaël Rodriguqez dans le Courrier :
Dix ans après, le massacre de Srebrenica, commémoré lundi, reste le symbole macabre de l’aveuglement et de l’impuissance de l’Europe et de l’ONU. Parmi les civils ayant échappé à une tuerie qui a fait 8'000 morts en quelques jours, un certain nombre d’entre eux ont trouvé refuge en Suisse.
Or la Confédération exige depuis de nombreux mois que l’on accélère les refoulements de requérants déboutés provenant de cette région. Certains ont déjà eu lieu.
De retour de Srebrenica, des parlementaires suisses ont rappelé hier à quel point renvoyer les Bosniaques est au mieux prématuré. Taux de chômage très élevé, camps de réfugiés surpeuplés, économie en lambeaux constituent le lot quotidien de ceux qui, restés sur place, tentent, bien que privés de réelles perspectives d’avenir, de redonner sens à leur existence. Sans parler des blessures psychiques, qui mettront encore des années à se cicatriser. La Suisse n’était pas membre de l’ONU à l’époque. Et elle ne fait toujours pas partie de l’Union européenne. Elle n’a donc pas de responsabilité directe face à la guerre qui a sévi en Bosnie de 1992 à 1995. Toutefois, comme tout pays qui se veut démocratique et civilisé, le génocide de 1995 – mais également celui du Rwanda un an plus tôt– doit l’interpeller. Comment venir en aide aux victimes de la barbarie?
Comment accueillir ceux qui fuient les massacres? Il ne suffit pas de se montrer compatissant à l’égard de ceux qui ont connu l’horreur, qui ont perdu un proche. Le devoir d’humanité impose qu’on leur tende la main, en évitant de la retirer à la première occasion. La Suisse est d’autant plus redevable aux Bosniaques que, durant les années 1980, alors qu’ils avaient encore un passeport yougoslave, nombre d’entre eux ont activement contribué à sa prospérité en tant que travailleurs saisonniers.
Offrir aujourd’hui à des requérants ayant fui la guerre la possibilité d’accéder à une infime portion de cette prospérité n’a rien d’extravagant. D’ailleurs, ces réfugiés ne demandent que de pouvoir vivre en paix au sein de la société suisse qui les a souvent bien mieux accueillis que les autorités. Mais pour ces dernières, arc-boutées sur d’obscurs règlements et directives, la requête paraît déjà disproportionnée. La farce tragique pour l’obtention de garanties de retour en Suisse qu’ont connue plusieurs dizaines de Bosniaques souhaitant se rendre à Srebrenica en est la parfaite illustration.
L’histoire du siècle passé rappelle que la Confédération, lorsque le désespoir et la misère frappait à sa porte, a généralement préféré donner un tour de clé supplémentaire. L’historien Jean-François Bergier, président de la commission Suisse-Seconde Guerre mondiale, l’a rappelé à diverses reprises: l’attitude actuelle du pouvoir politique helvétique à l’égard des migrants les plus défavorisés ressemble à celle figurant dans les livres d’histoire. La cérémonie des dix ans du massacre de Srebrenica aurait pu être l’occasion d’une prise de conscience et d’un sursaut moral.
Mais le silence dont a fait preuve le Conseil fédéral confirme, si besoin était, ses intentions de mener une politique d’asile répressive.
Une fois de plus.
L'article de Michaël Rodriguqez dans le Courrier :
Dix ans après, le massacre de Srebrenica, commémoré lundi, reste le symbole macabre de l’aveuglement et de l’impuissance de l’Europe et de l’ONU. Parmi les civils ayant échappé à une tuerie qui a fait 8'000 morts en quelques jours, un certain nombre d’entre eux ont trouvé refuge en Suisse.
Or la Confédération exige depuis de nombreux mois que l’on accélère les refoulements de requérants déboutés provenant de cette région. Certains ont déjà eu lieu.
De retour de Srebrenica, des parlementaires suisses ont rappelé hier à quel point renvoyer les Bosniaques est au mieux prématuré. Taux de chômage très élevé, camps de réfugiés surpeuplés, économie en lambeaux constituent le lot quotidien de ceux qui, restés sur place, tentent, bien que privés de réelles perspectives d’avenir, de redonner sens à leur existence. Sans parler des blessures psychiques, qui mettront encore des années à se cicatriser. La Suisse n’était pas membre de l’ONU à l’époque. Et elle ne fait toujours pas partie de l’Union européenne. Elle n’a donc pas de responsabilité directe face à la guerre qui a sévi en Bosnie de 1992 à 1995. Toutefois, comme tout pays qui se veut démocratique et civilisé, le génocide de 1995 – mais également celui du Rwanda un an plus tôt– doit l’interpeller. Comment venir en aide aux victimes de la barbarie?
Comment accueillir ceux qui fuient les massacres? Il ne suffit pas de se montrer compatissant à l’égard de ceux qui ont connu l’horreur, qui ont perdu un proche. Le devoir d’humanité impose qu’on leur tende la main, en évitant de la retirer à la première occasion. La Suisse est d’autant plus redevable aux Bosniaques que, durant les années 1980, alors qu’ils avaient encore un passeport yougoslave, nombre d’entre eux ont activement contribué à sa prospérité en tant que travailleurs saisonniers.
Offrir aujourd’hui à des requérants ayant fui la guerre la possibilité d’accéder à une infime portion de cette prospérité n’a rien d’extravagant. D’ailleurs, ces réfugiés ne demandent que de pouvoir vivre en paix au sein de la société suisse qui les a souvent bien mieux accueillis que les autorités. Mais pour ces dernières, arc-boutées sur d’obscurs règlements et directives, la requête paraît déjà disproportionnée. La farce tragique pour l’obtention de garanties de retour en Suisse qu’ont connue plusieurs dizaines de Bosniaques souhaitant se rendre à Srebrenica en est la parfaite illustration.
L’histoire du siècle passé rappelle que la Confédération, lorsque le désespoir et la misère frappait à sa porte, a généralement préféré donner un tour de clé supplémentaire. L’historien Jean-François Bergier, président de la commission Suisse-Seconde Guerre mondiale, l’a rappelé à diverses reprises: l’attitude actuelle du pouvoir politique helvétique à l’égard des migrants les plus défavorisés ressemble à celle figurant dans les livres d’histoire. La cérémonie des dix ans du massacre de Srebrenica aurait pu être l’occasion d’une prise de conscience et d’un sursaut moral.
Mais le silence dont a fait preuve le Conseil fédéral confirme, si besoin était, ses intentions de mener une politique d’asile répressive.
«Dans ces conditions, renvoyer par contrainte des requérants sur place est un acte barbare»

Voyage en Bosnie aux accents politiques pour trois conseillères nationales.
Neuf parlementaires fédérales viennent de rentrer de Bosnie où elles ont passé cinq jours. Parmi elles, renvoyant à la crise des «523», trois Vaudoises se fondent sur ce qu’elles ont vu et entendu pour fustiger les politiques cantonale et fédérale en matière d’asile.
De retour de Bosnie, trois conseillères nationales vaudoises sont intarissables. «Impossible de garder le silence, nous avons vécu des choses si fortes», avance l’écologiste Anne-Catherine Menétrey. Après cinq jours entre Sarajevo, Tuzla et Srebrenica, et avec ses collègues Marlyse Dormond (socialiste) et Marianne Huguenin (popiste), elle veut raconter ici ce qu’elle a observé là-bas. Et sur cette base, dire au conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud et à Berne que «le renvoi de Suisse par contrainte de requérants bosniaques est extrêmement risqué, voire inhumain».
Les neuf élues (huit de gauche et une démocrate-chrétienne) se sont déplacées en Bosnie sous la houlette d’ONG. Elles ont visité différents sites et rencontré plusieurs familles, bosniaques uniquement. «Toute cette région suinte la mort», résume Marianne Huguenin. Dix ans après les massacres de Srebrenica (lire nos dernières éditions), 40% de la population souffre de symptômes post-traumatiques.
«Services publics et ONG n’arrivent déjà pas à s’occuper des résidents; il leur serait donc impossible de prendre en charge des réfugiés de retour», lance le trio. Bien sûr, la Suisse a déjà dépensé des centaines de millions de francs en aide au retour. «Mais financer la reconstruction d’une maison n’est pas tout. Encore faut-il ensuite avoir de quoi y vivre.»
» Hier après-midi, la Coordination Asile Vaud a manifesté à deux reprises à Lausanne. Au Service de l’emploi du Canton, rue Caroline, d’abord, pour protester avec des Ethiopiens et Erythréens contre l’interdiction de travailler. A la place de la Palud ensuite, en hommage aux victimes du massacre de Srebrenica.
Voir aussi l'article précédent
De retour de Bosnie, neuf conseillères nationales jugent les renvois de Bosniaques «extrêmement risqués».
Dix ans après le génocide perpétré à Srebrenica, la situation en Bosnie reste catastrophique. C'est le constat formulé par neuf conseillères nationales, au retour d'un voyage à Sarajevo, Tuzla et Srebrenica. Les parlementaires fédérales, toutes de gauche à l'exception de la démocrate-chrétienne Chiara Simoneschi, jugent que «le renvoi de Suisse par contrainte de requérants bosniaques est extrêmement risqué.» Elles s'étaient rendues sur place à la suite de la proposition de Micheline Calmy-Rey de «marrainer» des organisations non gouvernementales actives dans le soutien aux femmes traumatisées. Un rapport sur la situation en Bosnie a d'ores et déjà atterri sur le bureau de la conseillère fédérale socialiste.
Lire la suite de l'article de Michaël Rodriguez dans le Courrier
Lire la suite de l'article de Michaël Rodriguez dans le Courrier
mardi 12 juillet 2005
«Faut-il être mort pour pouvoir rester en Suisse?»

Vendredi dernier, l’association Appartenances invitait les différents acteurs du domaine de l’asile à son Diwan, séance de travail psychosocial destinée aux migrants.
«Ces derniers temps, on pouvait sentir la tension au Diwan, raconte Valdet Ballabani, animateur et interprète. On essayait de la soulager, mais toujours barricadés entre ces quatre murs. Nous voulons maintenant travailler avec les autres gens qui essaient de se faire entendre dans le domaine de l’asile.»
La séance de vendredi dernier à l’Espace-Hommes d’Appartenances, dans le quartier du Flon, avait pour but de réunir les différentes personnes qui ont manifesté leur soutien «à la cause des 523»: professionnels de la santé, militants, politiciens, médecins, Eglises, etc. Objectif, chercher des moyens d’action communs mais aussi permettre aux requérants de rencontrer les personnes qui se mobilisent autour d’eux. «D’être pris en considération, en tant qu’être humain, ça leur fait beaucoup de bien», souligne Karima Brakna, psychologue du Diwan.
Les langues mettent un peu de temps à se délier devant cette assemblée élargie: «Je n’ai pas l’habitude de parler devant tout ce monde, explique un homme, mais ça me donne du courage que tous ces gens s’intéressent à nous.» Beaucoup manifestent leur incompréhension face à la politique du Conseil d’Etat vaudois. Chacun a sa tragédie personnelle. Plusieurs survivants de Srebrenica sont présents, aucun n’a été régularisé. «Qu’est-ce qu’il faut faire, est-ce qu’il faut être mort pour pouvoir rester en Suisse?» lance l’un d’entre eux. «Ici des gens essaient de me soigner et d’autres veulent nous renvoyer», s’étonne un autre.
Parmi les professionnels de la santé on s’interroge aussi. «En tant que psychologue, j’essaie de réparer les dégâts, de calmer des personnes, de leur faire accepter des situations que ni eux ni moi n’avons choisies, explique Karima Brakna. Je me demande de plus en plus pour qui et pourquoi?»
Après cette première prise de contact, un groupe de travail sera mis sur pied avec la Coordination Asile. «Le but, c’est de sensibiliser un maximum de personnes, souligne Isa Berbati, interprète. Nous aimerions que cette sensibilité vaudoise puisse pénétrer jusqu’à Berne...»
Lire l'article de Lucia Sillig dans 24heures
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