jeudi 9 juin 2011

Afflux de réfugiés syriens en Turquie

réfugiés syriens turquieLa crise syrienne, qui jusqu'à présent n'avait de répercussions que sur le plan intérieur, tend ainsi à s'internationaliser, d'autant plus que des réfugiés syriens affluent dans le sud-est de la Turquie. Un groupe de cent soixante ressortissants syriens, dont des femmes et des enfants, a trouvé refuge en Turquie dans la nuit de mardi à mercredi, fuyant les violences qui se déroulent dans le nord-ouest de la Syrie, rapporte l'agence de presse Anatolie.

Les réfugiés ont été installés dans des tentes du Croissant-Rouge, dans la province frontalière d'Hatay, en Turquie. Selon Ankara, cinq cent cinquante personnes ont franchi la frontière depuis le début des troubles, il y a près de trois mois. Dans le nord du Liban, 5 000 réfugiés syriens au moins ont été dénombrés depuis avril.

"Énorme inquiétude" pour l'ONU

Le Haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres, évoque "une énorme inquiétude". "Il est important de noter que les Syriens ont été très généreux en accueillant des réfugiés d'Irak, des Palestiniens et que nous avons aussi de très importantes opérations d'aide aux réfugiés en Syrie", a noté M. Guterres.
Depuis le début de la semaine, les autorités syriennes ont décidé d'envoyer l'armée à Jisr Al-Choughour, une ville du Nord-Ouest où, selon la télévision d'Etat, cent vingt membres des forces de sécurité ont été tués. C'est la première fois que les autorités font état d'une confrontation d'une telle ampleur en onze semaines de contestation. Mais la version des autorités est contestée par des organisations de défense des droits de l'homme.

Le premier ministre turc a demandé au pouvoir syrien de ne pas recourir à la manière forte face aux manifestants. "La Syrie doit changer d'attitude à l'égard des civils et doit faire preuve d'un plus grand degré de tolérance, le plus vite possible", a dit Recep Tayyip Erdogan, qui, malgré les très bonnes relations qu'il entretient avec le président Bachar Al-Assad, a pris ses distances d'avec le régime de Damas. Les pays de la région, dont Israël et la Turquie, craignent que l'instauration du chaos en Syrie ne déclenche des affrontements intercommunautaires. Le gouvernement turc a promis qu'il ne "fermera pas ses portes" aux réfugiés fuyant les violences.

Un article du Monde

L’Église australienne critique un programme gouvernemental d’échange de réfugiés

Le diocèse de Sydney a alerté l’opinion publique, sur son site, contre une mesure prise par le gouvernement australien qui a décidé d’envoyer en Malaisie 800 réfugiés y compris des enfants demeurés seuls. Cette mesure se situe dans le cadre d’un « échange » de réfugiés.

enfants réfugiés malaisie

« Cette initiative mettrait en danger non seulement la vie des plus jeunes mais constituerait une violation de la Convention des Nations unies sur les Droits de l’enfant, dont l’Australie est signataire » explique ainsi à l’agence Fides le P. Jim Carty, coordinateur des Marist Asylum Seekers and Refugee Services.

Des enfants renvoyés sans garantie aucune

Pour le prêtre, « envoyer des enfants seuls immigrés arrivés par voie de mer en Australie à la recherche d’un asile dans un pays où les droits de l’homme sont très précaires et leur sécurité non garantie représente une violation évidente de la Convention des Nations unies que l’Australie avait promis de respecter ». « Personne ne peut garantir la sauvegarde ni protéger les enfants une fois arrivés en Malaisie, a-t-il affirmé. Ils seraient alors soumis à la loi malaisienne qui comprend également la fustigation ».

Risque de mauvais traitements

La proposition consiste à échanger ces 800 réfugiés contre d’autres réfugiés, actuellement détenus en Malaisie. Le coordinateur des Marist Asylum Seekers and Refugee Services souligne que les demandeurs d’asile, en particulier les enfants, en Malaisie, peuvent faire l’objet de mauvais traitements, se voir dans l’impossibilité d’être scolarisés et risquer d’être détenus pendant plus de quatre ou cinq ans. Les représentants de l’Australian Refugee Council, Amnesty International, House of Welcome, Jesuit Refugee Service, la Croix-Rouge et d’autres groupes menant des actions en faveur des réfugiés se sont réunis pour critiquer également cette « solution malaisienne ».

Un article du journal La Croix

mercredi 8 juin 2011

120 réfugiés syriens en Turquie

Quelque 120 réfugiés syriens fuyant la répression, pour la plupart des femmes et des enfants, sont entrés mardi soir en Turquie où ils ont été pris en charge par des gendarmes turcs, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le groupe, composé de 122 personnes pour la plupart originaires de la ville syrienne de Jisr al-Choughour (nord-ouest), a franchi illégalement la frontière et atteint vers 21H00 (18H00 GMT) le village de Karbeyaz Köyü, dans la province turque de Hatay (sud), ont affirmé à l'AFP des sources locales.

Les gendarmes ont établi un périmètre de sécurité autour des réfugiés, installés dans la salle des fêtes du village, et procédé à leur identification avant de les convoyer vers un camp de réfugiés mis en place par le Croissant Rouge turc à Yayladag, à 45 km à l'ouest de Karbeyaz Köyü, a constaté l'AFP. Le groupe ne comprenait pas de blessés.

Selon les villageois, un précédent groupe de Syriens en fuite, fort de 45 personnes, a déjà transité par le village samedi avant d'être acheminé au camp de Yayladag. Le camp a déjà accueilli fin avril un groupe de quelque 250 Syriens, habitants de villages frontaliers.

Quelques dizaines de Syriens blessés ont par ailleurs été admis ces derniers jours dans des hôpitaux d'Antakya (province de Hatay). Des sources diplomatiques ont fait état de 41 réfugiés arrivés durant le week-end, dont une vingtaine de blessés. Un groupe turco-syrien d'entraide aux réfugiés a pour sa part évoqué 88 blessés arrivés en Turquie par vagues successives depuis le 20 mai, dont 45 dimanche et deux lundi.

La Turquie et la Syrie partagent une frontière de plus de 800 km. La Syrie est en proie depuis le 15 mars à un mouvement de contestation contre le régime du président Bachar al-Assad. Selon des organisations de défense des droits de l'Homme, plus de 1.100 civils ont été tués depuis le début du mouvement.

Jisr al-Choughour est le théâtre depuis samedi d'un ratissage de l'armée. Lundi, les autorités syriennes ont affirmé que 120 policiers avaient été tués dans cette ville par des "groupes armés".

AFP relayée par le Figaro

2% des réfugiés libyens en Europe, selon le HCR

Seule une infime partie des quelque 900.000 personnes ayant fui les violences en Libye ont trouvé refuge en Europe, estime le chef du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Je pense qu'il est important de dire que sur les personnes qui ont fui la Libye, moins de deux pour cent (...) sont venues en Europe", a déclaré Antonio Guterres lors d'une conférence de presse.

Il a précisé que parmi "les quelque 900.000 personnes qui ont déjà quitté la Libye, la très grande majorité sont des ressortissants de pays tiers qui travaillaient comme immigrés en Libye".

Le chef du HCR a invité à "remettre en perspective les discussions faisant parfois état de mouvements massifs de population"."Ces discussions parfois en Europe ne reposent pas sur des faits mais sur des impressions", a-t-il dit, soulignant qu' "il n'y a pas eu de flux massifs de réfugiés de Libye en Europe".

AFP et le Figaro

Les demandes d'asile ont augmenté en mai

24 Heures

Moi, albanophone et intégré

Environ 250 000 albanophones vivent en Suisse. Une grande majorité sont Kosovars. Si des clichés tenaces sont encore véhiculés, leur intégration est toujours plus évidente. Depuis le 29 mai, ils disposent de leur propre «Assemblée des Albanais de Suisse». Le Temps a choisi de raconter six parcours de vie, des exemples de réussite.

albanophones carte

Ils ont beau être là depuis dix ou vingt ans, ils peinent encore parfois à se débarrasser de clichés, tenaces. Environ 250 000 albanophones vivent en Suisse: 190 000 sont des ­Kosovars, 50 000 des Macédoniens, 10 000 des Albanais de Serbie, 2000 viennent d’Albanie et environ autant du Monténégro. La plupart sont arrivés dans les années 90 pour fuir les événements des Balkans, le pic ayant été atteint en 1998 et 1999, avec l’arrivée de 50 000 réfugiés kosovars. D’autres ont émigré plus tôt, dès les années 60, comme simples saisonniers, puis par le biais du regroupement familial.

Et qu’ils soient naturalisés ou non, installés depuis de longues années dans le même village ou pas, ils se voient encore trop souvent assimilés à des «chauffards», «trafiquants» ou «magouilleurs». Le récent rapport de Dick Marty accusant le premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi et d’autres ex-membres de l’UÇK, l’Armée de libération du Kosovo, de trafics d’organes, n’a pas vraiment contribué à redorer l’image des Kosovars. A cela s’ajoutent les préjugés liés à l’islam. Or, les exemples d’intégration rapide et d’ascension sociale réussie ne sont pas difficiles à trouver. Nous avons choisi de raconter six trajectoires originales, du plongeur devenu patron de restaurant à la jeune socialiste élue au parlement lucernois, en passant par une psychiatre devenue cheffe de clinique.

Une étude commandée par l’Office fédéral des migrations sur les Kosovars en Suisse, parue en août 2010, souligne la faible qualification de la majorité d’entre eux. D’où une intégration difficile sur le marché du travail. Les discriminations à l’embauche ne facilitent pas les choses. De même que certaines mesures, comme dans le domaine des assurances auto où les ressortissants des Balkans doivent parfois payer une prime plus élevée, qui ne font que stigmatiser davantage cette population.

Mais l’étude donne aussi l’exemple de simples salariés qui, à force de persévérance et de travail, ont su se hisser à des postes à responsabilités. Et confirme que les entrepreneurs albanophones ne sont plus rares. Après s’être lancés dans le tourisme, puis dans l’édition (publication de journaux kosovars), le bâtiment, l’horticulture et la gastronomie, ils se sont aussi tournés récemment vers les assurances. Malgré certaines difficultés. «Je connais des chefs d’entreprise qui ont bien réussi, mais certains pensent aussi qu’engager des gens au noir leur permettra de faire plus de profit», témoigne l’avocat Asllan Karaj, qui tient un cabinet de conseil à Lausanne. «J’essaie de leur expliquer qu’il y a des démarches et des cotisations à respecter en Suisse.»

L’étude conclut sur une note positive: le processus d’intégration des immigrés kosovars devrait suivre une évolution comparable à celle des migrants italiens et espagnols. Lentement, mais sûrement. «Le processus d’intégration s’est accéléré dès la fin de la guerre, mais s’est encore accentué avec l’indépendance du Kosovo en 2008», commente Naim Malaj, ambassadeur du Kosovo à Berne. «Avant la guerre, les Kosovars étaient physiquement ici mais leur esprit était encore «là-bas». Aujourd’hui, ceux qui décident de rester en Suisse peuvent enfin s’y projeter vraiment: ils investissent dans l’éducation de leurs enfants, commencent à acheter des biens immobiliers et sont toujours plus nombreux à se naturaliser. C’est un signe.» Naim Malaj a lui-même connu une ascension aussi rapide que surprenante dès la proclamation de l’indépendance du Kosovo. Travailleur social à Genève, il a été, presque du jour au lendemain, appelé à exercer la fonction d’ambassadeur à Berne, alors que rien ne l’y prédestinait.

Bashkim Iseni, qui dirige le site internet Albinfo, tient un discours similaire. Les Kosovars se sont bien libérés d’un poids depuis la fin de la guerre, dit-il, mais beaucoup, après s’être investis pour soutenir la cause nationale, sont écoeurés par la corruption qui sévit dans leur pays et déçus par une classe dirigeante qui ne parvient pas à redresser le pays économiquement. Voilà qui renforce encore leur volonté de construire leur avenir en Suisse. «Je connais beaucoup de gens qui, partis de rien, ont gravi les échelons à force de persévérance. Il y aurait par ailleurs aujourd’hui plus de 1000 étudiants albanophones dans les universités suisses alors que, dans les années 90, j’étais un des seuls. Tout cela est très encourageant!» commente-t-il.

L’intégration grandissante des Albanophones se révèle aussi à travers une organisation plus visible, mieux structurée de la diaspora. Les associations culturelles sont nombreuses et le rôle de l’Université populaire albanaise ou de la «Albanian International Scholarship Foundation», basées à Genève, connu. Mais depuis le 29 mai, ils disposent de leur propre «Assemblée des Albanais de Suisse», sorte d’organisation faîtière dont la constitution a été encouragée par les autorités fédérales. Elle est présidée par Orhan Spahiu, un étudiant de 28 ans. Le site Albinfo, lui, a été créé en octobre. Cette plateforme d’informations sur l’actualité suisse et des Balkans est disponible en albanais, français et allemand. Réalisée en partenariat avec Edipresse, elle est soutenue par la Direction du développement et de la coopération et la Commission fédérale pour les questions de migration.

Autre fait marquant: l’implication grandissante d’Albanophones dans la vie politique suisse. Dans le canton de Lucerne, 180 Kosovars viennent de créer l’Association des Kosovars démocrates-chrétiens, intégrée à la section cantonale du PDC.

Valérie de Graffenried dans le Temps

Vers le dossier proposé par le Temps et les différents témoignages

mardi 7 juin 2011

Kaddafi et l'arme de l'immigration clandestine vers l'Europe

Face à la coalition internationale qui durcit chaque jour ses frappes, le régime Kaddafi n'hésite pas à ouvrir les vannes de l'immigration clandestine vers l'Europe. D'où une recrudescence des naufrages et des disparitions en mer.

Mi-mars, alors que la coalition internationale décidait à l’ONU de la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne en Libye, avec autorisation de bombarder les forces de Mouammar Kaddafi s'attaquant à des civils, le « Guide » menaçait ouvertement l’Europe d’un flot ininterrompu de migrants sur ses côtes. « Vous aurez l’immigration, des milliers de gens qui iront envahir l’Europe depuis la Libye. Et il n’y aura plus personne pour les arrêter », avait-il déclaré.

Depuis plusieurs mois, l’Europe connaît un afflux massif d'Africains sur l’île italienne de Lampedusa, notamment. Plusieurs milliers de migrants y sont arrivés depuis la révolution tunisienne et le début de la crise libyenne en février dernier. Et récemment, de nombreux témoignages ont accusé les autorités libyennes d'organiser elles-mêmes le départ des candidats à l'exil depuis ses côtes. L'objectif de Tripoli serait de faire pression sur la coalition internationale, toujours très sensible aux questions d’immigration pour des raisons évidentes de politique intérieure des États qui la composent.

"Le réfugié n’est pas en sécurité ici"

Selon RFI, des bateaux avec à leur bord plusieurs centaines de personnes partiraient régulièrement « du port de Tripoli mais aussi de Zouara, près de la frontière tunisienne ».  Les migrants viendraient pour la plupart des camps de réfugiés installés en Tunisie. Les humanitaires travaillant au camp de Choucha, à la frontière avec la Libye, « savent que de nombreux réfugiés finissent par retourner en Libye d'où chaque semaine des bateaux de clandestins mettent le cap sur Malte ou Lampedusa ».

« Il y a eu des retours, des gens qui ont quitté le camp vers la Libye. C’est quelque chose qui s’est passé plusieurs fois », raconte sur la radio internationale Hovig Etyemezian, chargé de terrain du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) à Choucha. Pourquoi ces départs ? « Le réfugié… Il en a marre… Il a peur pour sa vie, il n’y a pas de sécurité ici, il essaie de tenter sa chance », assure un Africain installé depuis plusieurs mois dans ce camp qui avait été touché par de violents troubles en mai dernier.

"C’est légal. On ne se cache plus"

repère clandestinsEn Libye, les autorités seraient complices des opérations d'immigration clandestine. À mi-mots, un officier de la marine tunisienne accuse : « Comment imaginer qu'un chalutier chargé d'au moins 700 clandestins comme celui venu s'échouer la semaine dernière au large de Sfax, ait pu partir cinq jours plus tôt de Tripoli sans que personne ne s'en rende compte... »

Interrogés par RFI, des responsables du régime libyen avouent même que « des membres de leur propre famille envoient des bateaux de pêche chargés de clandestins africains sur les côtes italiennes de Lampedusa ». C'est un commerce si lucratif...

Au sein du camp tunisien de Choucha, les réfugiés ne disent pas autre chose. L'un d'entre eux raconte : « Au début, les Libyens restaient à la frontière, et ils avaient des correspondants ici. Souvent, ils étaient somaliens, et ils cherchaient des clients de toute nationalité pour les envoyer hors de la frontière. Maintenant, les Libyens viennent jusqu’ici avec leur voiture, ils embarquent des gens du camp, et ils s’en vont. » « C’est légal. On ne se cache plus. Tout cela est tellement structuré [par les Libyens] que les [réfugiés] n’ont pas peur de quitter le camp », conclut-il.

Facteur incitatif pour les candidats au départ : « le trafic [serait conclu] pour des sommes défiant toute concurrence : entre 50 à 500 euros, soit deux à vingt fois moins chers que les prix habituellement pratiqués pour ces traversées clandestines dont beaucoup ne reviennent jamais », témoignent des réfugiés, pour la plupart ivoiriens ou somaliens venus travailler en Libye avant que le pays ne soit touché par la révolte.

"Complot en sous-main"

Le 13 mai dernier, des soupçons sur la complicité des autorités libyennes avaient déjà été formulés par le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion libyenne. « Le régime de Kaddafi force les réfugiés [d’Afrique sub-saharienne, NDLR] à monter sur des bateaux pour l'Europe dans l'espoir de créer une vague d'immigration qui va déborder les pays européens », avait alors dénoncé le CNT dans un communiqué. Pour Abdel Hafiz Ghoga, vice-président du CNT, « il ne s'agit que d'un complot en sous-main du régime de Kaddafi pour essayer de faire pression sur la communauté internationale et de l'effrayer ».

Afin de faire la lumière sur ce phénomène, le HCR a récemment lancé une enquête dans le camp de Choucha. Mais, comme le note RFI, l’organisme « ne peut rien faire pour le moment », à part distribuer des « papiers » dissuadant de retourner en Libye…

Pauline Tissot dans JeuneAfrique

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Expulsé il y a un an, Ardi Vrenezi en «situation critique»

ardi expulséL'état de santé de l'adolescent kosovar, polyhandicapé, inquiète les associations qui réclament son retour en France.

A la veille de la journée nationale du handicap, mercredi 8 juin, Réseau éducation sans frontières et l'association des paralysés de France sont revenus sur le cas de Ardi Vrenezi, un jeune kosovar polyhandicapé de 15 ans, expulsé du territoire français le 4 mai 2010.

«Je suis allée au Kosovo pour voir Ardi en décembre dernier, (sept mois après son expulsion), a témoigné Isabelle Kiffer, la médecin pédiatre ayant pris en charge l'adolescent lors de sa venue en France. Sa situation est critique. Il est très affaibli, n'arrive plus à manger dix cuillères à soupe sans tousser, est couché sur le sol sans assistance – sauf celle de sa mère – et convulse trois à quatre fois par jour, ce qui ne lui arrivait plus lorsqu'il était soigné en France.»

Décision politique

La France l'a expulsé avec ses parents, son frère et sa sœur trois ans après son arrivée clandestine sur le territoire. Il était alors pris en charge par l’institut d’éducation motrice (IEM) de Freyming-Merlebach (Moselle) à cause d’une leuco-encéphalite – complication de la rougeole. Une maladie qui provoque une détérioration neurologique aiguë engendrant des troubles épileptiques et une déficience motrice.

Le 3 mai 2010, une brigade de la gendarmerie est venue le prendre dans son lit pour l'emmener. Le lendemain, il était dans l'avion direction la capitale kosovare, Pristina. Sa place à l'IEM lui est toujours réservée jusqu'en août 2012.

 






«Une fois la mesure d'expulsion exécutée, il n'y a plus de raison fondée du côté français pour justifier son retour», explique Christophe Pouly, avocat spécialiste du droit des étrangers. Un retour que RESF et l'APF appellent de leurs vœux et dont ils ont fait un combat rejoint par des personnalités telles que Martine Aubry, Eva Joly ou Stéphane Hessel. «Ce n'est plus le produit d'une décision juridique mais politique», a lancé Richard Moyon, porte-parole de RESF.

Il attend aujourd'hui que la France prenne la mesure d'un geste qu'il qualifie d'«inhumain». Un geste qui montre à quel point les «responsables politiques ont occulté un principe fondamental hérité de la fin de la Seconde Guerre mondiale: le respect de la dignité humaine», se désole Me Pouly.

Les associations attendent toujours une réponse à leurs multiples sollicitations.

Mathias Destal dans Libération