dimanche 17 janvier 2010

Le vote minarets en Suisse, une aubaine pour Le Pen


Marine et Jean-Marie Le Pen, lors du défilé du 1er mai 2009 à Paris.
Marine et Jean-Marie Le Pen, lors du défilé du 1er mai 2009 à Paris. (Keystone)

Le Front national remonte dans les sondages, à deux mois des élections régionales. Le parti français d’extrême droite surfe sur l'effet «minarets» et profite de la mauvaise cote du président Nicolas Sarkozy.


«Pas de nouveau minaret !» Ce programme, inventé par la droite conservatrice (UDC) et accepté par le peuple suisse, fait florès chez les dirigeants du Front National.

Le vote helvétique du 29 novembre est tombé à pic pour un parti à court d'idées, à bout de souffle et en pleine crise de succession. Référendum, minarets, culture chrétienne: ces quelques mots ont trouvé tout naturellement preneurs en terres lepénistes.


En Haute-Normandie

Prenez Canteleu, petite ville de 15’000 habitants en Haute-Normandie. La communauté musulmane prévoit d'y construire un centre islamique, avec un minaret, projet avalisé par le maire. Tollé au Front National.

Nicolas Bay, tête de liste pour les prochaines élections régionales, s’indigne sur le site du FN: «Canteleu est réputé pour le clocher de son église Saint-Martin construite au XVIe siècle, ainsi que pour son couvent Sainte Barbe. Ces deux monuments témoignent des racines profondément chrétiennes de la France et de notre région.»

Le jeune trentenaire tempête contre le projet islamique jugé «monumental» et, «cerise sur le loukoum», contre le minaret de 12,5 m de haut. Il réclame l'organisation d'un référendum local.


Une opposition revigorée

Ailleurs, à Bayonne, à Bordeaux ou à Marseille, la construction de nouvelles mosquées se heurte à l'opposition de la droite dure. Une opposition souvent antérieure au vote du 29 novembre, mais que le «non» helvétique revigore.

Début décembre, Marine Le Pen demandait la tenue de «consultations locales» dans les villes où doivent se construire de nouvelles mosquées. La fille et probable dauphine de Jean-Marie Le Pen exigeait même un «référendum sur l'immigration et le communautarisme», «car le problème est plus profond et plus grave que celui du simple minaret». «Les élites doivent cesser de nier les aspirations et les craintes des peuples européens», ajoutait la députée européenne.


Remontée dans les sondages

Le bon sens du peuple face à la «dégénérescence» des élites: un vieux thème cher au Front national, rappelle Jean-Yves Camus, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de «Extrémismes en France: faut-il en avoir peur ?» (Editions Milan).

Depuis quelques mois, le FN remonte légèrement la pente dans les sondages. D’après les dernières enquêtes, il passerait la barre des 10%. «Le FN est en phase de reconquête», veut croire Marine Le Pen.

«Le parti est sorti des dernières législatives (4,3% des voix) et européennes (6,3%) ruiné et divisé, note Nonna Mayer, spécialiste de l’extrême droite au Centre d’études européennes de Sciences Po. C’est vrai qu’il se redresse légèrement, même s’il est encore loin des scores des années 1995-2004.»


En résonance avec le débat sur l’identité nationale

L’effet «minarets» ? En partie. «Le vote sur les minarets rentre en résonance avec le débat en France sur l’identité nationale, constate Nonna Mayer. Ajoutons le débat sur l’interdiction du voile islamique intégral et cela fait trois thèmes qui pourraient renforcer le vote frontiste.»

«Nicolas Sarkozy subit un mouvement de désamour, ajoute Jean-Yves Camus, ce qui est assez naturel à mi-mandat. Une partie des électeurs qui avaient déserté Le Pen pour Sarkozy en 2007 sont tentés de faire marche arrière. L'ouverture à gauche et l'affaire Jean Sarkozy [le fils du Président qui, à 23 ans, a failli prendre la tête de l’organisme gérant la Défense, ndlr] ont dérouté une portion de l’électorat du chef de l'État», estime le politologue.


Le test des ‘régionales’

Test décisif en mars prochain: les élections régionales. Le Front National peut difficilement faire mieux qu'en 2004 (14,7 %). Mais il pourrait dépasser le score de Le Pen aux dernières présidentielles (10,4%).

Dans une douzaine des 22 régions, le Front pourrait se maintenir au second tour et provoquer des «triangulaires», souvent fatales à la droite. «C’est dans la région Nord-Pas-de-Calais et en Picardie que le FN devrait réaliser ses meilleurs scores», estime Nonna Mayer; dans ces terres ouvrières du nord, où le parti d'extrême droite obtient régulièrement jusqu'à 45% des voix.

«On suivra aussi de près l'élection en région Rhône-Alpes, particulièrement en Haute-Savoie et dans l’Ain, départements voisins de la Suisse, où le FN détient quelque bastions», note Jean-Yves Camus.

La frontière n'empêche d’ailleurs pas les hommes de circuler. Olivier Wyssa, avocat d’affaires à Genève, sera tête de liste du Front national dans l’Ain.

Interdiction des minarets : Des religieux manifestent devant l’Ambassade de Suisse à Dakar


Près de deux mois après la votation suisse portant interdiction de nouveaux minarets en Suisse, le Forum des chefs traditionnels, des Cheikhs et notables du Sénégal a manifesté contre une telle décision, ce vendredi, devant l’ambassade de Suisse à Dakar.

La devanture de l’ambassade de Suisse au Sénégal a été, hier vendredi, le lieu de contestation des membres du Forum des rois, Cheikhs, et chef traditionnels du Sénégal. Dirigés par l’actuel Serigne de Dakar, El Hadj Massamba Koki Diop, ces religieux avaient brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire : ‘Non à l’interdiction des minarets en Suisse’. Cette manifestation, à l’issue de laquelle un mémorandum a été déposé, s’est déroulée dans l’après-midi vers 16 heures.

En effet, la Suisse a déjà voté un projet de lois interdisant l’érection de nouveaux minarets dans le territoire helvétique. ‘Pour autant, la Suisse compte au moins 450 mille musulmans. Et en tant que musulmans, nous protestons contre ce vote portant interdiction d’érection de minarets. C’est la raison pour laquelle nous sommes ici pour déposer un mémorandum devant l’Ambassade de la Suisse au Sénégal’, souligne El Hadj Ousseynou Dieng, porte-parole dudit Forum.

Dans le mémorandum remis à la représentation diplomatique suisse, les manifestants ont fait savoir, suivant la logique de la déclaration du Forum de Thiès, leur refus catégorique de cette décision du gouvernement helvétique qu’ils jugent ’raciste’. Les membres du Forum des chefs traditionnels, des Cheikhs et notables du Sénégal interpellent les organisations des droits de l’Homme, le monde civilisé, ainsi que les organismes luttant pour la paix pour qu’elles mettent la pression sur la Suisse. Ces derniers, qui estiment que cette interdiction va à l’encontre de la stabilité et de la cohabitation pacifique entre citoyens d’un même pays, exigent une invalidation de ce projet de loi.

Ainsi, les religieux du Sénégal ne manquent pas de lancer un appel à l’endroit de la communauté musulmane, notamment de l’Organisation pour la conférence islamique (Oci) afin qu’elle puisse intervenir et mettre la pression sur la Suisse pour que ce pays revienne à de meilleurs sentiments. Et en cas de refus du gouvernement helvétique, le Forum des chefs traditionnels, des Cheikhs et notables du Sénégal invite les Etats arabo-islamiques à procéder à un embargo économique et politique contre la Suisse.

En outre, le Forum de ces chefs traditionnels et autres notables du Sénégal invite les Imams du pays à aborder continuellement dans leurs sermons cet évènement ‘grave’ qui impacte sur l’avenir de la paix dans le monde.

La manifestation de ce vendredi devant l’ambassade de la Suisse au Sénégal, a été autorisée par le préfet de Dakar, informe El Hadj Ousseynou Dieng. Ce dernier précise, toutefois, qu’aucune demande d’audience n’a été introduite auprès des autorités helvétiques à Dakar.

Issa NIANG

Des tags "anti-minarets" sur le domicile du maire de Strasbourg


LEMONDE.FR avec AFP | 11.01.10 | 16h00 • Mis à jour le 11.01.10 | 16h03

e domicile du maire socialiste de Strasbourg Roland Ries a été tagué ce week-end d'inscriptions à caractère islamophobe, et notamment "anti-minaret", une affaire qui suscite l'indignation de la classe politique locale.Les inscriptions "Non aux minarets" et "Ries connard" ont été découvertes dimanche matin sur la façade de la maison où M. Ries est locataire d'un appartement, a précisé le vice-procureur Laurent Fabre.

"Il y avait également, en guise de signature, une croix celtique", symbole couramment utilisé dans les milieux d'extrême droite, a-t-il ajouté, précisant qu'une enquête avait été ouverte."Les voisins n'ont rien vu et il n'y a pas de vidéo-surveillance dans cette rue", a observé le magistrat. Les inscriptions ont été rapidement effacées par les services municipaux.

En novembre, suite à la polémique qu'avait suscitée en France la "votation" suisse sur l'interdiction des minarets, M. Ries avait déclaré publiquement qu'il ne voyait "aucune raison"d'interdire aux musulmans de Strasbourg de doter d'un minaret leur future mosquée, actuellement en construction. Le chantier en cours de réalisation, approuvé par la précédente municipalité UMP, ne prévoit pas de minaret.

"ON PEUT ESPÉRER QUE CE SOIT UN ACTE À CARACTÈRE ISOLÉ"

Selon son directeur de cabinet, Patrick Pincet, M. Ries, qui n'était pas chez lui ce week-end, devrait déposer plainte. "Il était à la fois gêné pour ses voisins et un peu inquiet quant à la tournure que peut prendre un débat sur une question certes sensible, mais qui vient le chercher jusque chez lui, ce qui n'est pas dans la tradition politique française", a déclaré M. Pincet."On peut espérer que ce soit un acte à caractère isolé, même s'il y a une signature politique."

Roland Ries a reçu le soutien de plusieurs élus municipaux et notamment du tandem UMP auquel il a succédé à la tête de la municipalité.
L'ancienne maireFabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin, a qualifié d'"inadmissible" l'inscription de ces "tags insultants". L'ancien maire adjoint et actuel chef de file de l'opposition, Robert Grossmann, a condamné "avec la plus extrême fermeté (cette) agression par tags".

samedi 16 janvier 2010

La Suisse a déjà offert l’asile politique à des Ouïgours

Il y a déjà une huitantaine d’Ouïgours en Suisse au bénéfice du statut de réfugié. Alors pourquoi la Chine met-elle la pression sur Berne dans le dossier des deux ex-détenus de Guantánamo? Un article de 24 Heures signé Xavier Alonso.

image Tursunjan Tohti, ici avec trois de ses quatre enfants, a reçu l’asile politique en Suisse il y a dix ans, A Genève, cet Ouïgour de 44 ans poursuit ses activités politiques pour l’autonomie du Turkestan oriental. Genève, 15 janvier 2010. Photo Magali Girardin.

«Turkestan oriental!», corrige invariablement Tursunjan Tohti. Cet Ouïgour de 44 ans est né sur un territoire qu’il refuse d’appeler «Chine» et encore moins «province du Xinjiang». Il est l’un des 80 Ouïgours (enfants inclus) qui résident déjà en Suisse – estimation de la diaspora elle-même, l’Office fédéral des migrations ne donnant aucun chiffre.

La majorité de ces Ouïgours a obtenu l’asile sans que cela ne fâche l’Empire du Milieu. Pourquoi, alors, le dossier de l’accueil humanitaire des deux Ouïgours détenus à Guantánamo s’enlise-t-il ces jours à la suite des pressions exercées par la Chine? «La situation a changé», analyse Tursunjan Tohti, en froid avec le régime de Pékin. «La Chine veut montrer qu’elle est devenue une grande puissance. Désormais, elle intimide.»

C’est en octobre 2000 que Tursunjan Tohti a reçu l’asile politique. En 2005, sa femme l’a rejoint à Genève, où ils élèvent désormais leurs quatre enfants. Et, s’il a multiplié les petits boulots, raconte-il dans un français approximatif, il ne travaille plus depuis 2007 en raison de «problèmes de dos».

Comme pour tant d’autres Ouïgours, le chemin de l’exil de Tursunjan Tohti passe par la Turquie et la Grèce pour aboutir à Genève. Le réfugié y poursuit ses activités politiques pour l’autonomie du Turkestan oriental.

«Le plus souvent avec les Tibétains – un autre peuple réprimé par Pékin –, nous organisons des manifestations et des discussions», explique Tursunjan Tohti, actif dans l’«association des exilés ouïgours de Suisse» que préside Endili Memetkerim, à Zurich. Cet acuponcteur de 43 ans, en Suisse depuis dix ans et marié à une Suissesse, en est la figure de proue très médiatisée en Suisse alémanique. «D’autres Ouïgours de Guantánamo ont été admis en Albanie, aux Bermudes et aux Palaos (ndlr: minuscule Etat dans le Pacifique Sud). Un accueil en Suisse, pays plus important tout de même, et situé au centre de l’Europe, est plus problématique pour la Chine.»

Le Jura en attente…

Par la voix de sa porte-parole, Manon Schick, Amnesty International confirme. Cinq Ouïgours ont été transférés en Albanie en 2006, quatre aux Bermudes en juin 2009 et six aux Palaos en octobre 2009. Il reste aujourd’hui sept Ouïgours à Guantánamo sur les vingt-deux détenus «illégalement», selon le jugement rendu par une cour fédérale états-unienne en 2008, sous l’ère Bush.

«Evidemment que ceux qui ont suivi, discrètement, le parcours usuel de l’asile posent moins problème que ceux qui ont transité par Guantánamo», décortique Yvan Perrin, membre de la commission de politique de sécurité qui a recommandé mardi dernier au Conseil fédéral de ne plus accueillir d’ex-détenus de Guantánamo. «C’est parce qu’ils sont visibles qu’ils gênent la Chine», résume le vice-président de l’UDC. «Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures entre les Tibétains et les Ouïgours… Eussent-ils passé par Guantánamo», répond un autre membre de la commission de sécurité, Eric Voruz (PS/VD).

Pour le coup, c’est le Jura qui commence à la trouver saumâtre, le ministre Charles Juillard ne le cache pas. «Je suis pour le moins agacé. Mercredi, le Conseil fédéral aurait dû prendre une décision. Ce ne sont pas des interrogations logistiques – hébergement, traduction, coûts, soins éventuels – dans le canton du Jura qui sont prépondérantes dans une affaire de politique internationale.»

Un comité de plus pour représenter l’islam

Le Conseil central islamique suisse se bat pour la reconnaissance officielle de la foi musulmane. Mais cette organisation n’est encore qu’embryonnaire. Un article de Romain Clivaz, Berne, pour 24 Heures.

Une dizaine de jeunes hommes barbus se présentant comme le service de sécurité d’une organisation, la scène est rare dans les salons du très huppé Hôtel Bellevue, à Berne. C’est pourtant le spectacle qu’a offert hier le Conseil central islamique Suisse (CCIS) à l’occasion de sa conférence de presse de présentation. Conférence ouverte en prière.

Fondé en octobre dernier, le CCIS ambitionne de «devenir le représentant de l’islam normatif sunnite en Suisse (ndlr: environ trois quarts des musulmans)», selon son président, Nicolas Blancho, un étudiant biennois converti à l’islam à l’adolescence. Un projet ambitieux lorsque l’on sait que, actuellement, l’organisation compte 26 membres actifs et 500 passifs. Et comme «on ne peut pas mélanger les femmes et les hommes», une section féminine est prévue. Le financement, basé sur des dons et des cotisations, est assuré en Suisse.

Concrètement, outre un travail d’information, le CCIS projette d’organiser des séminaires et d’ouvrir des écoles islamiques. Il se battra aussi pour que l’islam soit reconnu de droit public. Autre projet, la création d’un conseil des fatwas, cénacle de juristes qui donneraient leur avis sur des questions d’actualité liées à l’islam. Enfin, le CCSI s’attellera à la confection de «vêtements islamiques».

Le CCIS s’est fait connaître en décembre dernier en organisant une manifestation sur la place Fédérale à Berne, après l’interdiction des minarets. Il s’ajoute à la longue liste d’environ 200 organisations musulmanes aux niveaux local, cantonal et national, estime le spécialiste de l’islam Stéphane Lathion. Autant dire que la grande union des musulmans de Suisse, que tout le monde appelait de ses voeux après le vote sur les minarets, n’est pas pour demain.

Le regroupement familial élargi

Un enfant domicilié à l’étranger a droit au regroupement familial, même si un seul des parent possède un permis de séjour en Suisse. Le Tribunal fédéral a modifié hier sa jurisprudence. Jusqu’ici, les deux parents devaient avoir un permis de séjour.

ATS

vendredi 15 janvier 2010

Requérants d'asile: diminution des demandes déposées en 2009


Le nombre de demandes d'asile déposées en Suisse en 2009 s'est élevé à 16'005, soit 601 de moins qu'en 2008. Sur l'ensemble des 17'326 requêtes traitées en première instance, contre 11'062 en 2008, seules 2622 ont abouti à l'octroi de l'asile, contre 2261 en 2008.

Les autorités suisses ont rejeté l'an dernier la demande d'asile de 5750 personnes et rendu une décision de non-entrée en matière dans 7678 cas, soit plus du double que lors de l'année précédente, indique l'Office fédéral des migrations.

La forte hausse de non-entrée en matière s'explique par le fait que les requérants transférés dans un autre Etat en vertu de l'accord de Schengen font automatiquement partie de cette catégorie.

Dans l'autre sens, la Confédération a reçu 606 demandes d'autres Etats (133 refus). L'ODM juge "positif" le bilan de Dublin puisque la Suisse "a pu transférer nettement plus de personnes qu'elle n'a dû en reprendre".

Sur les demandes d'asile déposées l'an dernier, 1786 émanaient de Nigérians. Cette hausse de 80% par rapport à 2008 s'explique par le fait que la Suisse a été moins frappée par la crise économique que des pays comme l'Italie ou l'Espagne, principales destinations des ressortissants du Nigéria.

Les routes de l'exil ont également vu passer de nombreux Sri-Lankais, chassés par l'offensive du gouvernement contre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul au printemps. 1415 d'entre eux ont demandé l'asile en Suisse (+ 153).

Parmi les autres principaux pays de provenance figurent le Kosovo, la Géorgie, la Serbie et la Turquie. Depuis le 1er avril dernier, la Serbie et le Kosovo sont toutefois considérés comme sûrs par le Conseil fédéral, ce qui a engendré une baisse des demandes de 43% dans le premier cas et de 29% dans le second.

La burqa fait gonfler les voiles du front national

KeystoneDébat à grand spectacle, hier soir, entre Marine Le Pen et le ministre Eric Besson. Un article de Jean-Noël Cuénod, Paris, pour 24 Heures.

La Suisse a ses minarets, devenus les «marronniers» de son identité nationale. La France, elle, a sa burqa pour agiter le débat sur cette question. Pour l’instant, la polémique sur le port du voile intégral dans la République voisine fait gonfler les voiles du Front national.

«Le vote suisse, une onde de choc en Europe»

Hier soir, en effet, Marine Le Pen – qui s’impose pour remplacer son père à la tête de la formation d’extrême droite – s’est mesurée au ministre de l’Immigration, Eric Besson, invité principal de l’émission A vous de juger sur France 2, avec l’eurodéputé socialiste Vincent Peillon comme troisième personnage. Mais, au dernier moment, le socialiste a renoncé à participer à ce qu’il appelle un «piège» qui ferait le lit du Front national.

Quant aux dérapages de son grand débat sur l’identité nationale, le ministre Besson s’est caché derrière… notre pays: «Je ne pouvais pas prévoir le vote suisse sur les minarets, qui a provoqué une onde de choc dans toute l’Europe et pas seulement en France.» Marine Le Pen reprend la balle au bond: «Même si ce n’était pas votre but, les Français se sont saisis de ce débat. Ils ont exprimé un véritable appel au secours en vous disant: «Nous sommes bousculés dans nos habitudes par une immigration massive. L’intégration est un échec total. Nous souffrons. Et vous n’entendez pas cette souffrance.»

Zizanies

Au sein du camp sarkozyste, la division règne aussi sur ce thème. Dès le début de cette année, le chef de file des députés de la majorité présidentielle (UMP), Jean-François Copé, a agité la burqa en annonçant que son groupe allait déposer un projet de loi interdisant le port du voile intégral islamique dans tout l’espace public (les rues, les administrations etc.). Il voulait semer la zizanie dans le camp socialiste, qui se montre divisé quant à l’adoption d’une loi contraignante. Mais Copé a mis aussi dans l’embarras celui qu’il est censé soutenir, le président Sarkozy, qui voulait temporiser pour convaincre les socialistes de se rallier à un texte plus nuancé. Le jeune chef du groupe parlementaire UMP ne cache pas ses ambitions élyséennes et ne manque plus une occasion de tacler Nicolas Sarkozy en profitant de son actuelle impopularité.

Mesures «non stigmatisantes»

Le président français a voulu reprendre la main en décidant que le parlement voterait rapidement une résolution non contraignante, puis se déterminerait sur des mesures législatives qui éviteraient toute stigmatisation des musulmans, après les élections régionales des 14 et 21 mars prochains.

A quoi pourraient ressembler ces «mesures législatives non stigmatisantes»? Elles restent floues et sentent l’usine à gaz. Le voile intégral n’a pas fini de faire danser la classe politique outre-Jura.

jeudi 14 janvier 2010

Emeutes racistes en Calabre : une piste mafieuse à l'étude

Emeutes racistes en Calabre : une piste mafieuse à l'étude

LE MONDE | 13.01.10 | 15h30 • Mis à jour le 13.01.10 | 16h11
Rosarno (Calabre) Envoyé spécial

La ville renoue lentement avec la vie. Les petits bus pourvoyeurs de journaliers agricoles, les "caporaux", comme on les appelle en Italie, ont repris leur service, au petit matin, pour conduire aux champs les immigrés. Les non-Africains. Dans les conversations, les bars, on ne parle que du coup de filet de la police, mardi 12 janvier, contre le clan local de la Ndrangheta, la mafia calabraise . Le parquet a cru bon de préciser que l'opération n'était pas liée aux violences du 8 janvier contre un groupe de journaliers africains, qui avaient dégénéré en bataille rangée entre immigrés et habitants de Rosarno, faisant une quarantaine de blessés..

L'un des membres de la famille mafieuse qui contrôle la ville a pourtant été arrêté, avec deux habitants de la ville pour avoir participé à "la chasse aux Noirs " . Une enquête a été ouverte. Mais avant de parler de responsabilité directe des clans mafieux, le procureur de la République de Palmi, Giuseppe Greazzo, attend d'en savoir plus.

En revanche, pour les journalistes locaux qui stationnent devant le tribunal, le scénario est clair : les jeunes du clan, par bravade ou pour faire leurs preuves, se seraient "amusés à tirer sur les Noirs", provoquant le soulèvement des immigrés. Obligeant ensuite la Ndrangheta à prendre part à la riposte de la population.

La défense de l'honneur de la ville ? L'explication ne convainc pas don Pino de Masi, curé de Polistena, près de Rosarno, référent de l'association anti-mafia Libera : "La Ndrangheta pense à son statut auprès de la population", reconnaît-il. "Mais sa motivation pourrait être beaucoup plus pratique : le secteur oranger est en crise et l'on est à un pas de demander la reconnaissance de l'état de calamité agricole, ce qui poussera les producteurs à laisser pourrir les fruits sur les arbres. A quoi bon, alors, garder des bras superflus, mieux vaut se débarrasser des journaliers..." Voilà ce qui arrive, conclut le curé, quand on laisse la Mafia gérer les conditions de travail.

Un autre élément va dans ce sens. Rosarno a connu le scandale dit des "oranges de papier" : "les producteurs ont triché sur les chiffres pour empocher les fonds européens avec la complicité de petits fonctionnaires", explique un agriculteur qui veut garder l'anonymat. Depuis un an, le système d'aides est basé désormais sur le nombre d'hectares cultivés et non sur la quantité de fruits cueillis. Et les journaliers deviennent inutiles.

Tout cela alors que Rosarno était devenu un lieu de refuge, en cette période de l'année, pour les immigrés, avec ou sans permis de séjour. Personne ne s'arrêtait à ces détails. Comme pour les tomates dans les Pouilles ou en Campanie, il y avait toujours besoin de bras. Un travail à bas prix bien sûr et non déclaré. En échange, il fallait accepter de vivre sans eau courante, sans électricité ni toilettes et se soumettre aux règles dictées par la Ndrangheta. "Les conditions de vie étaient ce qu'elles étaient, mais un salaire de 20-25 euros par jour avait du bon pour eux. D'autant que nous leur donnions tout : vêtements, nourriture. Et voici comment ils nous ont remerciés", enrage Giuseppe, du comité citoyen de Rosarno, créé pour défendre l'image de la ville.

Ces conditions de vie dégradantes, l'organisation Médecins sans frontière (MSF), présente sur place jusqu'aux émeutes, en parle en connaissance de cause. "Nous avons distribué le nécessaire pour survivre dans ces conditions précaires, mais comme nous l'avions écrit dans un rapport en 2008, intitulé "Une saison en enfer", c'était intenable", rappelle-t-on au bureau romain de l'association.

Laura Boldrini, porte-parole en Italie du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR), était aussi sur place : "Il fallait avant toute chose ramener le calme et faire en sorte que les départs, sur base volontaire, se fassent pacifiquement." Les volontaires des associations locales avaient été chassés, et seuls ceux du HCR se sont interposés dans les cas les plus graves. "Des immigrés s'étaient réfugiés dans un cabanon, encerclé par des Italiens munis de bidons d'essence. Terrorisés, ils ont appelé au secours. Alertés, nous avons pu les sauver de justesse avec la police et les pompiers."

D'autres immigrés ont été confrontés au dilemme de choisir entre leur propre sécurité et leur salaire : "Beaucoup attendaient encore d'être payés, mais la peur a pris le dessus", ajoute Mme Boldrini qui confirme que, parmi ceux obligés de quitter précipitamment Rosarno, beaucoup avaient leurs papiers en règle ou étaient sous protection internationale en tant que réfugiés.

Dans son homélie, don Pino n'a pas mâché pas ses mots. "Nous les avons aidés, mais la charité ne suffit pas. L'Etat a été absent." C'est ce dont parlent aussi les habitants de Rosarno. Pendant vingt ans de cohabitation avec les immigrés, ils ont été laissés seuls, clament-ils. Aujourd'hui les voici taxés de "racisme". Lors d'une marche silencieuse, lundi, ils ont placé en tête de cortège une femme blessée par les immigrés lors des affrontements et aussi des Africains qui vivent depuis des années à Rosarno. Pour montrer qu'il n'y a pas forcément de confrontation. D'ailleurs, dans l'église de la ville, la vierge est noire, elle aussi.

Salvatore Aloïse
Article paru dans l'édition du 14.01.10

Discrimination par la langue pour l'octroi de l'asile

Un demandeur d'asile a 9 fois plus de chances en français qu'en néerlandais!

http://www.rtlinfo.be/info/belgique/societe/299812/le-demandeur-d-asile-a-davantage-de-chances-dans-une-procedure-en-francais

Un demandeur d'asile a davantage de chances d'être reconnu s'il
introduit son dossier en français, selon "Vluchtelingenwerk Vlaanderen"
(Action Réfugiés Flandre).

Belgique - Société mer 13 jan, 16:37

Les juges chargés d'examiner les dossiers en néerlandais ne
reconnaissent que 0,7% des demandeurs comme réfugiés, soit une vingtaine
de cas sur 2.600 décisions. Tandis que dans la procédure en français,
6,3% des demandeurs obtiennent le statut de réfugié. "Vluchtelingenwerk
Vlaanderen" cite comme source les statistiques du Conseil du contentieux
des étrangers, la juridiction administrative compétente pour connaître
des recours introduits à l'encontre de décisions individuelles prises en
application des lois sur l'accès au territoire, le séjour,
l'établissement et l'éloignement des étrangers.

"Vluchtelingenwerk" parle de discordance et rappelle avoir déjà dénoncé
cette situation l'année dernière, à l'occasion des auditions organisées
par la commission de l'Intérieur du Sénat. Un mécanisme existe du reste
pour éviter ce genre de situation. "Vluchtelingenwerk" souhaite que soit
garantie l'unicité de la jurisprudence et demande la création d'une
chambre à trois juges ou la mise en délibéré des dossiers à l'assemblée
générale des juges.

Site de "Vluchtelingenwerk" (Action Réfugiés Flandre) :
http://www.vluchtelingenwerk.be/wat_doen_we/action-refugies-flandre.php

Communiqué concernant la discrimination par la langue :
http://www.vluchtelingenwerk.be/bestanden/persbericht-13-01-10.pdf
http://www.vluchtelingenwerk.be/actueel/persberichten.php