jeudi 5 février 2009

Racisme: la conférence de Genève minée en son coeur

Le siège vide d'Israël, en 2001 déjà.

Le siège vide d'Israël, en 2001 déjà. (Keystone)

Prévue le 20 avril prochain à Genève, le suivi de la Conférence sur le racisme de Durban se heurte à de nombreux blocages. La moitié des pays européens menacent de se retirer si les pays islamiques imposent le concept de diffamation de religions.

Genève va-t-elle connaître les mêmes dérapages que la ville sud-africaine de Durban en 2001? Cette année là, des ONG chauffées à blanc avaient hurlé des slogans racistes et antisémites, en marge du Sommet de l'ONU sur le racisme. Des bouffées de haine qui avaient poussé les Etats-Unis et Israël à quitter la table des négociations.

Dans moins de trois mois, du 20 au 24 avril, doit se tenir à Genève la conférence de suivi du sommet de Durban. Une rencontre précédée par une série de réunions préparatoires comme celle qui s'est tenue mi-janvier, sous la présidence du diplomate russe Yuri Boychenko.

Points de désaccords

L'objectif est de se mettre d'accord sur le projet de déclaration qui doit être adopté lors de la conférence de suivi en avril. Réduit de 130 à 38 pages lors des précédentes réunions préparatoires, le document comporte encore de nombreux points de désaccords, dont le nouveau concept de diffamation des religions et la question du Moyen Orient.

Raison pour laquelle le Canada et Israël ont déjà annoncé qu'ils boycotteraient le sommet de Genève. Les États-Unis et l'Australie ne se sont pas encore prononcés, mais ils ne participent pas officiellement aux débats, bien que deux diplomates américains suivent assidument les travaux préparatoires.

La moitié des pays européens menacent, eux, de quitter les négociations si les pays islamiques persistent à vouloir imposer le concept de diffamation des religions ou à focaliser une partie importante du document final sur le Proche-Orient avec une vision «déséquilibrée qui condamne exclusivement Israël».

Diffamation des religions contre liberté d'expression

Quant à la diffamation des religions, les points de discorde restent nombreux. Pour de nombreux pays musulmans, l'islamophobie est en train de prendre le relais de l'antisémitisme. Mais, sous couvert d'anonymat, un diplomate européen avertit: «La diffamation des religions doit être effacée du document, c'est une ligne rouge à ne pas franchir, car cette notion n'est pas compatible avec un discours sur les droits de l'homme».

Pour l'Union européenne (UE), la liberté d'expression doit en effet sortir renforcée de la réunion de Genève, car «elle est un instrument pour lutter contre le racisme».

En septembre dernier, les pays occidentaux avaient d'ailleurs obtenu, lors d'une séance du Conseil des droits de l'homme, que soit refusée la création d'une nouvelle norme sur la diffamation des religions, cela au nom de la liberté d'expression.

Mais la bataille n'est pas encore gagnée. Pour preuve, Doudou Diène - l'ancien rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme - affirmait l'année dernière qu'«il faudrait aussi s'attaquer aux nouvelles formes de discriminations, dont l'islamophobie, qui en est une manifestation particulièrement grave, comme la montée de l'antisémitisme ou la christianophobie», à l'occasion de la conférence de suivi.

Conflit plus politique que racial

Concernant le Proche-Orient, l'UE est très réservée sur le fait de se «focaliser sur une région du monde», relevant que le conflit est plus d'ordre politique que racial.

Pour Muriel Berset, diplomate suisse en charge des droits de l'homme, la déclaration de Durban n'aurait pas dû mentionner cette région particulière. Mais à présent que ce point y figure, il s'agit de voir comment le formuler. Et de rappeler que le but de la conférence de Genève est d'examiner la mise en œuvre de la déclaration finale et du plan d'action adoptés le 9 septembre 2001, non d'en modifier les paramètres.

«Il ne faut pas réduire les débats à ces deux seuls points, prévient aussi Muriel Berset. Il y a d'autres problèmes essentiels, comme l'esclavage, la question des réparations, les discriminations multiples – malades ou porteurs du sida, femmes, handicapés.»

Autre point de litige: la question de la liberté sexuelle. Doit-elle figurer dans le texte? Les pays occidentaux et latino-américains y sont favorables, mais les Etats musulmans s'y opposent: «Pour vous, être homosexuel est un droit, pour nous c'est un délit», a résumé un diplomate musulman en s'adressant à un collègue occidental lors de la réunion préparatoire de janvier.

Manifestations anti-israéliennes à Genève?

La question des migrants, très souvent victimes de discrimination raciale, constitue un autre sujet de désaccord. L'UE est très réticente à condamner la «criminalisation» de l'immigration illégale, alors que l'enjeu est capital pour l'Amérique latine et les Caraïbes. Pour être en harmonie avec les dispositions de plus en plus restrictives sur la présence d'étrangers sur son territoire, l'UE voudrait réduire la totalité de ces paragraphes à une formulation générale de quelques lignes non contraignantes.

Et ça n'est pas tout. L'UE ne veut pas entendre parler de réparations financières pour son passé colonial ou esclavagiste, ni du profilage jugé raciste induit par la lutte contre le terrorisme. Pour l'UE, les victimes de racisme doivent toutes être traitées sur un pied d'égalité: «Aucune hiérarchisation des victimes n'est acceptable pour nous», indique un diplomate européen, en faisant allusion à la volonté d'introduire une référence à l'islamophobie dans le document final.

Reste à savoir si Genève sera le théâtre de manifestations anti-israéliennes, comme à Durban. Pour Muriel Berset, une place importante doit être accordée à la société civile. «A Genève, les ONG sont associées au processus, contrairement à Durban où elles ont tenu leur propre conférence en marge du sommet officiel», relève la diplomate helvétique.

«La Suisse travaille avec Genève pour accueillir au mieux les ONG, en leur facilitant les visas, l'hébergement et la nourriture à des prix accessibles. Il y aura aussi un important dispositif de sécurité, car nous ne voulons pas assister à des débordements racistes ou antisémites tels qu'on a pu le voir à Durban», conclut Muriel Berset

Polémique en ville de Lugano sur l'hébergement des réfugiés

LE Temps

Tessin jeudi 5 février 2009

Asile: Lugano fait plier le canton

Par Barbara Knopf

Le maire de Lugano a obtenu le départ d’un groupe de requérants érythréens hébergés au centre-ville. Polémique

«Si les requérants logés à l’hôtel garni San Carlo sur la Via Nassa ne quittent pas les lieux dans les 24 heures, nous les ferons partir nous-mêmes!» C’était l’ultimatum, lancé à la fin de la semaine dernière, par le maire de Lugano, Giorgio Giudici (PRD), au gouvernement tessinois, plus précisément à la conseillère d’Etat socialiste Patrizia Pesenti, responsable des Affaires sociales.

Le Tsar, ou le Roi comme on surnomme Giorgio Giudici, n’a pas eu besoin de passer aux actes. Samedi matin, les sept réfugiés concernés, six femmes et un homme venus d’Erythrée, refaisaient leurs valises pour se rendre dans une pension de Bellinzone. Du coup, le calme habituel revenait à la Via Nassa, la «Bahnhofstrasse» de Lugano, où s’alignent boutiques de luxe et bijouteries et où les prostituées russes de luxe font leurs emplettes.

Le torchon brûle

Sur la scène politique, en revanche, le tempête ne faisait que commencer. La Lega et l’UDC rivalisent de critiques contre la politique d’asile du canton, tandis que le Parti socialiste stigmatise l’égoïsme de la Ville de Lugano. Depuis, les déclarations de guerre ont fait place aux tractations, dont l’issue est encore incertaine. La municipalité réclame le droit de donner son avis sur les lieux d’hébergement des requérants et refuse tout placement au centre-ville. Les autorités cantonales estiment qu’elles sont seules compétentes pour décider et font valoir l’état d’urgence qui prévaut au Tessin également. Le bras de fer qui a opposé le canton du Tessin au «demi-canton de Lugano» – selon l’expression chère à Giuliano Bignasca, le chef de la Lega – a au moins eu le mérite de percer l’abcès et de pousser les parties à la table des négociations.

Le problème du manque de places d’accueil pour les requérants est certes récent, mais le torchon brûle depuis longtemps en matière d’asile entre Ville et canton. Le ballet des trafiquants de drogue dans le quartier résidentiel de Besso, sur les hauts de Lugano, à l’entrée nord de la ville, a attisé le feu. La population est exaspérée. L’association «Besso pulita» (Besso propre), qui a soufflé sa première bougie ces derniers jours, en a profité pour réclamer un nouveau tour de vis. Les vendeurs sont pour la plupart des Africains, les acheteurs souvent des riches Italiens du Nord, dont les voitures de luxe ne passent pas inaperçues dans le quartier.

«Des méthodes fascistes»

Or justement, le canton loge à Besso plusieurs requérants dans des appartements et un petit hôtel. Les trafiquants de drogue viennent d’autres communes ou d’autres cantons, affirme le gouvernement. Faux, rétorque la Lega, les dernières razzias de police ont montré que certains habitaient Lugano. Plus circonspecte, la municipalité explique que les vendeurs de drogue sont hébergés par les demandeurs d’asile logés dans le quartier.

Quoi qu’il en soit, les sept Erythréens de la Via Nassa n’ont rien à voir avec le trafic de drogue du quartier Besso. Ils n’ont pas donné non plus lieu à des réclamations. Le gérant a loué au contraire leur comportement discret. Si discret qu’ils sont passés inaperçus pendant deux mois, ironise le Parti socialiste, en dénonçant le «diktat grotesque et les méthodes fascistes» du maire de Lugano.

Giorgio Giudici, réputé pour «tonner» plus que parler, semble avoir voulu donner un grand coup sur la table pour rassurer la population et démontrer son omnipotence. En attendant, le canton planche sur l’aménagement d’abris de la protection civile pour accueillir les requérants que la Confédération lui assigne. Gare à lui si leur emplacement ne plaît pas au Roi de Lugano.

mercredi 4 février 2009

Sortir de l'ombre: une voie souvent sans issue pour les sans-papiers

   MICHAËL RODRIGUEZ    

VaudRÉGULARISATIONS - En 7 ans, moins de 2% des sans-papiers vaudois ont obtenu un permis. La grande sévérité de Berne n'y est pas pour rien. 
Les sans-papiers sont dans l'impasse. En sept ans, à peine plus de deux cents d'entre eux ont, dans le canton de Vaud, obtenu un permis de séjour pour raisons humanitaires. Un résultat dérisoire, pour une population estimée de 12 000 à 15 000 personnes. Rares sont les sans-papiers qui prennent le risque de sortir de la clandestinité pour déposer une demande de régularisation. Et pour cause: l'administration fédérale ne délivre des permis qu'au compte-gouttes. 

Un écart troublant

Entre 2002 et 2008, l'Office fédéral des migrations a refusé plus de six demandes sur dix. Ce chiffre a de quoi étonner, si on le compare aux régularisations humanitaires de requérants d'asile déboutés. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile, en 2007, l'administration fédérale a rendu une réponse positive dans plus de huit cas sur dix. La gravité de la situation personnelle des migrants serait-elle donc évaluée différemment selon leur statut? 
Interrogé sur les causes de cet écart, l'Office fédéral des migrations en rejette la responsabilité sur les autorités vaudoises. Dans l'examen des cas de rigueur, les cantons jouent en effet un rôle de filtre, en décidant de transmettre ou non les demandes de régularisation à Berne. Si le taux de refus fédéral est important, c'est donc que le Service vaudois de la population (SPOP) laisse passer trop de dossiers qui ne répondent pas aux critères. Punkt schluss! 
Cette affirmation laisse perplexe. D'une main, le Service de la population serait donc consciencieux dans l'examen des demandes de requérants déboutés, alors que de l'autre, il ferait preuve de laxisme avec les sans-papiers? «Nous envoyons des dossiers solides, qui ont des chances de succès au regard de la pratique et de la jurisprudence fédérales», rétorque le chef du SPOP, Henri Rothen. Son service, souvent accusé à l'inverse d'excès de zèle répressif par les défenseurs des migrants, écarte d'ailleurs un grand nombre de demandes: plus d'un quart des dossiers présentés ces sept dernières années n'ont pas été transmis à Berne. 


Inégalité de traitement

Les sans-papiers semblent donc bel et bien se heurter à une sévérité particulière de l'administration fédérale. C'est ce que montre notamment l'application d'un des critères de régularisation humanitaire: la durée du séjour en Suisse. Pour les requérants d'asile déboutés, le seuil est fixé à cinq ans. Avec les sans-papiers, le canton constate que l'administration fédérale met plutôt la barre à neuf ans pour les célibataires, et sept ans environ pour les familles. Une pratique qui poserait un problème d'inégalité de traitement. 
«Le sans-papiers ont, en plus, de la peine à apporter la preuve de leur séjour: ils n'ont pas de fiche de paie, pas de bail à loyer», explique Jean-Michel Dolivo, député et membre du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers. La situation actuelle montre selon lui que les régularisations individuelles «ne peuvent pas être la réponse au problème global». 
Sauf que les autorités fédérales ne veulent pas entendre parler de régularisations collectives. C'est en vain que le Conseil d'Etat genevois a demandé, en 2005, des permis pour 5600 sans-papiers de l'économie domestique. «Comme il n'y a aucune reconnaissance du statut de sans-papier, cela permet une exploitation particulièrement féroce de la main-d'oeuvre en question», critique Jean-Michel Dolivo. 


Peu de renvois forcés

A l'entendre, la démarche genevoise a eu cependant des effets positifs: «Les autorités policières ont un oeil plus bienveillant.» Le canton de Vaud refuse quant à lui de se risquer sur la voie d'une demande collective. Le Grand Conseil s'est en revanche prononcé récemment pour une accélération des régularisations individuelles (notre édition du 14 janvier). 
Pour l'heure, le dossier demeure bloqué. Face à des milliers de sans-papiers, les autorités reconnaissent bon gré mal gré que les renvois forcés sont inopérants. En 2008, le Service vaudois de la population fait état d'une dizaine d'expulsions de sans-papiers. «L'usage de la force est relativement rare, confirme Henri Rothen. Il faut voir que nous sommes souvent en présence de familles.»

mardi 3 février 2009

Genève est prêt à accueillir un ex-détenu de Guantanamo


PRISON | Seules conditions posées, l'ex-détenu devra être innocent et n'avoir aucun contact avec le terrorisme.




Le Conseil d'Etat genevois a répondu favorablement à un appel de la Confédération, a indiqué lundi Laurent Moutinot, confirmant une information du quotidien «Le Matin».

Seules conditions posées par Genève, l'ex-détenu qu'il acceptera devra être innocent et n'avoir aucun contact avec le terrorisme. Peu importe en revanche son pays d'origine. Une telle position se justifie par le fait que Genève a une renommée de ville humanitaire.

Depuis que Micheline Calmy-Rey a laissé entendre que la Suisse pourrait accueillir jusqu'à trois ex-détenus de la prison américaine, plusieurs conseillers d'Etat de différents cantons se sont exprimés pour ou contre le principe, mais toujours à titre personnel. Genève semble être le premier canton à s'engager officiellement.

Le Conseil fédéral n'a toutefois pas encore décidé formellement d'accueillir des ex-détenus de Guantanamo. Il doit d'abord examiner les modalités, juridiques en particulier, d'une telle procédure d'asile.

lundi 2 février 2009

Guantánamo: deux conseillères fédérales s'affrontent en coulisses

Eveline Widmer- Schlumpf et Micheline Calmy-Rey ne sont pas du tout d'accord sur l'accueil par la Suisse d'ex-détenus de la prison de Guantánamo.


Julian Pidoux et Ludovic Rocchi - le 31 janvier 2009, 22h12
Lu dans Le Matin Dimanche


L'accueil en Suisse d'ex-détenus de Guantánamo n'est pas seulement un casse-tête juridique. C'est d'abord une question éminemment politique qui voit s'affronter durement deux conseillères fédérales. L'enquête du «Matin Dimanche» menée dans l'entourage du gouvernement confirme que Micheline Calmy-Rey et Eveline Widmer-Schlumpf ne sont pas du tout d'accord sur ce dossier et qu'elles manoeuvrent chacune pour imposer leur point de vue....la suite

Requérants d'asile délogés d'un hôtel de Via Nassa à Lugano

Les septs requérants d'asile érythréens hébergés dans un petit hôtel de la Via Nassa de Lugano ont été délogés ce matin. Ce transfert met fin à une polémique surgie il y a quelques jours entre la municipalité et le canton.

ats - le 31 janvier 2009, 13h04
Les septs requérants d'asile érythréens hébergés dans un petit hôtel de la Via Nassa de Lugano ont été délogés ce matin. Ce transfert met fin à une polémique surgie il y a quelques jours entre la municipalité et le canton.

Giorgio Giudici, le maire de la ville de Lugano qui s'opposait à l'hébergement de six hommes et d'une femme, a donc gagné le bras de fer engagé avec les autorités cantonales. Il craignait que leur présence dans une rue chic de Lugano puisse être ressentie comme une provocation par la population.

Les sept demandeurs d'asile y étaient logés depuis début décembre et ont fait preuve d'un comportement irréprochable, a précisé la direction de l'hôtel confirmant une information de l'émission de la télévision alémanique SF "Schweizer Aktuell" vendredi.

L'ordre de déplacer les demandeurs d'asile a été donné par le canton. Les ressortissants érythréens ont été transférés dans un hôtel garni situé près de la gare de Bellinzone. Il s'agit d'une solution provisoire. La semaine prochaine, le groupe pourrait être hébergé dans un abri de la protection civile.

Une rencontre entre le canton et la municipalité de Lugano aura lieu lundi afin de trouver de nouvelles solutions pour les quelque 50 autres requérants logés dans des hôtels de la ville. Le manque de structures d'accueil disponibles oblige le canton du Tessin à loger des demandeurs d'asile dans des hôtels depuis plusieurs mois.

vendredi 30 janvier 2009

Les futurs requérants d’asile s’occuperont à l’Esp’Asse

NYON - La centaine d’arrivants logés dès le 16 février dans un abri PCi pourront passer leurs journées dans des locaux spécialement aménagés et animés dans l’ancienne usine Stellram.

GILLES BIÉLER dans 24heures

«La situation n’est certes pas idéale, mais c’est la meilleure. » Loger des requérants d’asile dans des abris de la protection civile, situés En Oie (Brico-loisirs Migros), et leur offrir une occupation pour la journée un kilomètre et demi plus loin ne rend certes pas Emmanuelle Marendaz Colle, chargée de communication à l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), folle de joie. Mais «dans la situation actuelle, on ne pouvait pas trouver mieux».

Municipal des Affaires sociales à Nyon, Olivier Mayor admet lui aussi que la solution n’est pas idéale à long terme. Tout en estimant qu’à l’Esp’Asse (anciennement l’usine Stellram aujourd’hui reconvertie en zone dédiée à l’art, à l’artisanat, à la formation et à la réinsertion professionnelle), les requérants auront à disposition des locaux fonctionnels. «La seule solution si nous voulions disposer d’une structure d’accueil pour la journée à proximité du lieu de vie était d’installer des Portakabin. Cela aurait été parfaitement inadapté, d’autant que ces personnes passeront leurs nuits dans des abris PCi, en sous-sol et dans un minimum de confort. Par ailleurs, le fait qu’ils doivent se déplacer et ainsi voir d’autres gens permettra d’éviter un risque évident de ghettoïsation. »

Un avis que partage la diacre Magaly Borgeaud, chargée justement de veiller au confort et à l’occupation des requérants, en organisant notamment le travail des volontaires bénévoles. «Nous refusons toute notion d’assistanat. Il s’agira d’abord d’un échange et, en ce sens, permettre à ces personnes d’entrer en contact avec des gens de la région est d’une importance fondamentale. »

Dès le 16 février, une centaine d’hommes célibataires (Eryth-réens, Ethiopiens, Sri Lankais et Irakiens notamment) pourront ainsi profiter des généreux services des bénévoles emmenés par la diacre. «Nous recherchons encore du monde, mais aussi, prioritairement, des habits chauds, puisque nos hôtes ne seront pas forcément équipés pour affronter nos températures. » Et de se montrer également intéressée par des jeux, du matériel de sport ou encore des instruments de musique. «On ne parlera forcément pas la même langue. Mais autour d’un ballon de foot ou d’un djembé, tout le monde se comprend!» Pour encadrer tout ce petit monde, deux animateurs, un(e) infirmier(ère) et deux agents de sécurité seront également mobilisés par l’EVAM.

Craintes «infondées»

Quant aux craintes relayées ici et là, Emmanuelle Marendaz Colle les balaie d’un coup de sang. «Le canton accueille 4400 requérants. Il serait temps d’arrêter d’y voir autant de problèmes. D’ailleurs, y en a-t-il vraiment?» Pour éviter ce sentiment négatif et surtout pour jouer la transparence, la commune organise une séance d’information. «Ces peurs sont souvent dues à l’ignorance, estime Olivier Mayor. Un tel rendez-vous doit permettre aux plus réticents de se faire une raison. »

Note:Séance d’information, lundi 9 février à 18 h 30 à la salle du Conseil (Ferme du Manoir). En cas d’intérêt pour être bénévole ou offrir du matériel: 079 456 00 66

Cinq nationalistes suisses condamnés

antiracisme

Le Tribunal de district d’Aarau a condamné cinq membres du Parti des Suisses nationalistes (PNOS) à des jours-amendes de 5 et 10 jours. Les autorités leur avaient déjà infligé des peines de 10 à 25 jours-amendes mais ils avaient fait recours. En définitive, les amendes atteignent cette fois entre 400 et 500 francs contre 600 à 1800 francs en première instance. Le tribunal a jugé que le programme du PNOS de l’époque, publié sur internet d’août 2005 à mars 2006, constituait bien une infraction à la norme antiraciste. Les accusés sont âgés de 22 à 38 ans et viennent des cantons de Berne, de Fribourg et de Soleure.

Brève de 24 Heures

Lire l'article sur le sujet dans l'Aargauer Zeitung

Nouveaux centres d'hébergement dans le canton de Berne

Le canton de Berne devra ouvrir six nouveaux centres pour accueillir des requérants d'asile. Les capacités d'hébergement des abris de la protection civile ouverts en automne 2008 à Bienne, Berne, Köniz et Uetendorf ne seront bientôt plus suffisantes.

Il faut compter avec une nouvelle hausse du nombre de requérants d'asile au cours des prochains mois, a averti l'Office fédéral des migrations. La Confédération veut attribuer au canton de Berne 74 personnes par semaine. Les centres ouverts sont occupés à plus de 87 %, a précisé le canton de Berne.

Les six nouveaux centres sont situés dans la partie alémanique du canton. Pour faire face à cet afflux de requérants d'asile, de nombreux cantons ont dû ordonner l'ouverture de nouveaux centres d'accueil.

(ats / 29 janvier 2009 10:05)

mercredi 28 janvier 2009

Voyage dans le temps au pays des Roms

Les Roms des campagnes sont souvent ceux qui tentent leur chance à l’Ouest. Ils nous ont montré leurs conditions de vie et la réussite de ceux qui sont revenus.

LAURENT GRABET TEXTES PATRICK MARTIN PHOTOS DE RETOUR DE ROUMANIE, dans 24 Heures.

Ce jeune Rom et sa petite soeur n’ont pas la résignation constatée chez de nombreux adultes de leur village. Leurs camarades et eux auront peut-être droit à une vie meilleure et à une part du boom économique roumain aperçu sur la télévision familiale. Cerat, le 21 janvier 2009Le train a remonté le temps sur 250 km entre Bucarest et Cerat, village de 4800 habitants aux ruelles boueuses. Trois heures de voyage pour un saut de deux cents ans en arrière. Les 4×4 de 300 chevaux des gadjos (ndlr: les non-Roms) bucarestois ont fait place à des charrettes traînées par un vieux bourrin. Une gamine saute de l’une d’elles et négocie sa photo contre deux cigarettes. «Les Roms qui mendient dans nos rues ou travaillent sur nos chantiers viennent de villages comme celui-là. En ville, le travail manque moins», commente Cristiano Barale, délégué de Terre des hommes en Roumanie.

Entassés à neuf dans 20 m2

A part sur sa vieille télé, le miracle économique roumain ne passera probablement jamais par la maison de paille et de terre de Mihael Campeanu. Le Rom a 49 ans mais en paraît dix de plus. Contrairement à sa femme Maria, il semble avoir abandonné la partie depuis longtemps. Partager quatre lits et 20 m2 avec elle, sept de leurs neuf enfants âgés de 3 à 15 ans, un cochon et deux chiots, tirer l’eau au puits du bout de la rue, faire ses besoins dans un bidon de plastique enterré au milieu du jardin parmi les ordures: cette vie l’a usé. «Survivre, dit-il, avec 100 francs d’aide sociale aussi. Si seulement on avait du travail! Mais ici, il n’y a rien pour nous. Les Roumains nous considèrent comme des moins que rien.» La plainte est en partie fondée (lire ci-dessous), elle est aussi intéressée. Ses visiteurs ont des moyens, Mihael aimerait en profiter. Le regard de son fils Elvisu est plus naïf mais pas résigné. Avec ses jeans, ses baskets et son sweat-shirt à la mode, l’ado de 15 ans ne ferait pas tache dans les rues de Lausanne.

 

Quinze ans d’Italie contre une villa orange

Quelques maisonnettes plus loin, Florinel et Luminita Baragan nous ouvrent leur porte. Leurs quatre enfants vont à l’école. Cosmin, l’aîné de 19 ans, a terminé un apprentissage de mécano. «C’est bien, car chez les Roms les plus pauvres, l’enfant est souvent considéré comme un agent économique», décode le délégué de Terre des hommes. «Je ne veux pas que mes enfants partent à l’étranger», renchérit Florinel en décrottant ses chaussures. «Là-bas, il n’y a rien pour eux, surtout avec la crise. Ici, nous sommes moins discriminés! En plus, nous ne savons pas ce qui se cache derrière le luxe montré à la télé.»

Quelques kilomètres plus loin, chez Ion Akim, il faut se déchausser. Le quinquagénaire est une figure respectée ici. Il est Ursari, une ethnie pauvre dont les membres dressaient historiquement ours et chevaux. Pourtant, la villa orange qu’il se construit n’a rien à envier à celle des calderari, riches commerçants d’or. Il a fallu à Ion quinze ans de travail sur les chantiers italiens pour la payer. Ses six enfants y habitent toujours. «Ici, je n’aurais jamais pu y arriver honnêtement.»

Une route goudronnée financée par l’Union européenne mène à la ville voisine de Craiova. C’est là qu’habitent Adrian Bozgan et sa femme Leonora. Deux années passées à conduire des camions en Allemagne et à ramasser des fraises en Espagne leur ont permis de monter un business florissant de confection. En parallèle, le quadragénaire suit des cours du soir pour devenir assistant en radiologie. «Nous autres Roms avons plus d’énergie en nous que les gadjos! Mais nos qualités n’ont jamais été valorisées. Sans le communisme, notre nation serait plus avancée que le peuple roumain!» Et l’entrepreneur d’entériner le propos en offrant à chacun de ses visiteurs une des robes traditionnelles qu’il confectionne.

Son cousin Eduard se réjouit de l’image qu’Adrian donne des siens. Travailleur social intégré, le trentenaire a voyagé et même travaillé à l’Ouest. «Nous sommes Européens comme vous, mais laissez-nous du temps pour vous rejoindre!» martèle-t-il avec optimisme. Européen, peut-être, mais en Roumanie, encore et toujours perçu comme un Rom. Une condition difficile à porter. «Il vous faudrait vivre quelques jours dans ma peau pour comprendre.»