mercredi 23 août 2006

La soeur de Blocher fait campagne pour le non

Présidente du comité biennois «2xNON», Judith Giovannelli-Blocher critique les révisions préconisées par son frère, Christoph Blocher.

Judith Giovannelli-Blocher estime que la révision des lois sur l’asile et les étrangers
doit exprimer en premier lieu le souci de protection (Keystone/Engeler)



«Comme tra­vailleuse sociale, qui a consacré sa vie aux réfugiés, je ne peux pas me taire: cette loi menace la substance sociale de notre pays», s’exclame Judith Giovan­nelli- Blocher qui préside le co­mité biennois pour le non. Elle s’oppose à son frère en quali­fiant d’exagérés les abus repro­chés aux requérants. Entretien.

«Ces lois mineraient nos droits démocratiques fonda­mentaux! » Ainsi parle la soeur de Christophe Blocher, Judith Giovannelli-Blocher, 74 ans, présidente du comité biennois «2xNON» aux lois sur l’asile et sur les étrangers soumises au vote populaire du 24 septem­bre. Dès vendredi, elle mènera campagne dans la région où elle réside.
Très décidée, la soeur du mi­nistre helvétique de la justice et de la police souhaite rester so­bre et objective à l’égard de Christoph Blocher. «Je me con­centre sur le contenu et je trouve qu’actuellement, la foca­lisation sur sa personne n’est pas utile. Pourtant, c’est assez pesant de représenter l’exact opposé politique de mon frère.» Judith Giovannelli-Blocher critique d’abord la révision de la loi sur l’asile: on n’entrera plus en matière sur les requêtes de personnes n’ayant pas de papiers. «Il y a un énorme dan­ger que des gens réellement persécutés ne puissent pas être reconnus. Souvent, de telles personnes n’ont aucun docu­ment. Et les victimes de tortu­res relatent fréquemment leurs tribulations de manière décou­sue. »

Abus surestimés
Selon elle, une loi sur l’asile doit exprimer en première li­gne le souci de protection – en y incluant la présomption d’in­nocence des immigrants. Or les deux projets sur l’asile et les étrangers sont marqués par la méfiance et la dissuasion.
«Des abus, il y en a bien sûr, mais on les surestime», affirme la travailleuse sociale qui a vu défiler des milliers d’étrangers. Alors que le nombre des requé­rants et des réfugiés admis est en baisse, il n’y a aucune raison, s’insurge-t-elle, d’endurcir les mesures de contraintes et de biffer complètement l’aide so­ciale aux requérants déboutés. «Lorsque des gens sont vulné­rables, ou lorsque les relations familiales ont été brisées, cette aide doit pouvoir être mainte­nue. » Des solutions? La soeur aînée du conseiller fédéral préconise d’un côté davantage de projets cohérents pour aider les requé­rants à retourner vivre chez eux. Et de l’autre une meilleure intégration en Suisse, notam­ment en les autorisant à tra­vailler. «En fin de compte, c’est la pauvreté au Sud qu’il faut combattre», préconise Judith Giovannelli-Blocher.
«La révision de la loi sur l’asile et la nouvelle loi sur les étrangers se heurtent à la subs­tance sociale de notre pays», avertit l’opposante. Ainsi, ceux qui accueillent des requérants déboutés peuvent être punis de leur acte altruiste. «Par exem­ple des pasteurs, des prêtres ou des gens qui s’engagent active­ment dans leur commune pour soutenir des réfugiés.» Elle se réjouit du soutien tou­jours plus large qui se déve­loppe en faveur de la campagne contre les deux projets. «Si ces lois sont refusées, ce sera un signal positif pour d’autres en­jeux sociaux, actuellement me­nacés par des mesures d’écono­mie – comme les soins aux per­sonnes âgées et aux handica­pés. » Auteur de deux livres, Judith Giovannelli-Blocher a dirigé un département à la Haute école pour le travail social de Berne. Sa conclusion se veut optimiste: «La Suisse est malgré tout un pays capable d’intégrer!»

DOMINIQUE SCHÄRER, INFOSUD

Une tradition "traumatisante"

Dans le courrier des lecteurs de 24 Heures, la lettre de Mme Monique Gisel, avocate à Lausanne, qui parle de son expérience personnelle au contact des demandeurs d'asile:



Les partisans des lois sur les étrangers et sur l’asile soumises à référendum le 24 septembre affirment souvent qu’elles ne modifieront en rien notre tradition humanitaire. Peut-être ont-ils une autre définition du mot «humanitaire»? Ou est-ce là l’aveu qu’ils ne connaissent pas vraiment le sujet?
J’évoquerai deux situations tirées de ma pratique quotidienne. Un jeune homme a fait des premières crises d’épilepsie quelques mois avant de recevoir une décision ordonnant son renvoi au Cameroun. Il apprend que son médicament n’est pas vendu dans son pays. Nous demandons un délai supplémentaire pour trouver parmi les rares médicaments disponibles celui qui lui convient et éventuellement adopter un traitement qui réduise les effets secondaires.
«Il pourra s’occuper de cela au Cameroun» répond-on pour rejeter sa demande. Bien sûr, avec quatre neurologues pour l’ensemble du pays! Un ou deux mois supplémentaires en Suisse auraient-ils vraiment été un drame?
Gravement traumatisé par ce qu’il a vécu comme enfant, un jeune Sri Lankais fait deux tentatives de suicide à quelques semaines d’intervalle lorsque son renvoi devient imminent. Cela n’empêche pas le Service de la population d’envoyer la semaine suivante des courriers menaçants: s’il ne se présente pas pour préparer son départ, les mesures de contrainte seront applicables. La détention à Frambois est-elle vraiment préférable à un hôpital psychiatrique pour accueillir un jeune suicidaire?
Ce sont les personnes en contact direct avec les étrangers qui essaient de maintenir la tradition humanitaire si malmenée par nos autorités. Quand une jeune Marocaine m’a accusée d’être raciste, j’ai bien été obligée de lui dire que ce n’était pas moi, mais les lois suisses qui l’étaient. J’avais honte.

mardi 22 août 2006

Non à l'exclusion, non à l'arbitraire

Lire le dossier de swissinfo

Une trentaine d'organisations politiques, syndicales, religieuses ou de défense des droits humains ont dénoncé, lundi à Berne, les lois sur l'asile et les étrangers en votation le 24 septembre.

lundi 21 août 2006

Le PRD s'exprime sur les lois sur l'asile et les étrangers

Bluewin Infos - Le PRD s'exprime
Les lois sur l'asile et les étrangers soumises au peuple le 24 septembre respectent la tradition humanitaire de la Suisse. Et elles s'insèrent dans la politique de migration globale des radicaux, a expliqué le PRD aux médias à Berne.

Débat dans Forums

Loi sur l'asile : Ecoutez l'émission spéciale Forums:
Une émission spéciale en public au Studio 15 de la Maison de la Radio, à Lausanne."

L'avenir des requérants se décidera le 24 septembre

L'avenir des requérants se décidera le 24 septembre (Keystone)

Pour en débattre, dans le camp du « NON » il y aura l'ancienne Conseillère fédérale socialiste Ruth Dreifuss et le Conseiller national libéral vaudois Claude Ruey.Dans le camp du « OUI », sont invités le Conseiller d'Etat vaudois Jean-Claude Mermoud et Christophe Darbellay, le Conseiller national démocrate-chrétien valaisan.Pour assister au débat, merci de vous présenter à 18h, au plus tard, à la réception de la Radio Suisse Romande (avenue du Temple 40, 1010 Lausanne).

D'autres débats en perspectives:

  • Radio Chablais organise un débat public, mardi 22 août à 19H30 au Théâtre du Crochetan à Monthey. Pour les lois: Léonard Bender (Vice-président du PRD suisse), Christophe Darbellay (Conseiller national PDC), Yvan Perrin (Conseiller national, vice-président de l’UDC suisse). Contre les lois: François Couchepin (ancien Chancelier de la Confédération), Claude Ruey (Conseiller national, Président du Parti libéral suisse), Michel Salamolard (Prêtre, Directeur de " Paroisses vivantes "). Animation : Claude Défago, journaliste à Radio-Chablais. Ce débat sera diffusé sur Radio-Chablais lundi 4 septembre à 19h00

  • La section du Parti radical met sur pied jeudi 24 août un débat public au sujet de la votation du 24 septembre concernant les lois sur l'asile et sur les étrangers. L'ancien chancelier de la Confédération François Couchepin, opposé à ces nouvelles lois, sera opposé à la députée vaudoise Jacqueline de Quattro, de la Tour-de-Peilz. Salle communale, 19 h 30.

  • Lors du passage de la caravane "2 x NON" à Moudon le mardi 5 septembre, un débat contradictoire est organisé à la salle de la Douane à 19H15. Ce débat opposera pour les "NON" Jean-Michel Dolivo et Jacques Neirynck à Jean Fattebert et Charles Favre pour les "OUI".

«La peur empêche la cohabitation»

Lire aussi le dossier d'infosud et cet article "Judith Blocher dit non..."
Interview
de Judith Giovanelli-Blocher
présidente du comité " 2 x NON "
parue dans

La Biennoise s'oppose à la révision des lois sur l'asile et sur les étrangers, des textes pourtant élaborés par son frère, Christoph Blocher. «Ce n'est pas facile», admet-elle.

Discrimination, décisions arbitraires, non-respect des conventions internationales et de la Déclaration des droits de l'Homme, danger d'exploitation pour les femmes et les enfants: à l'occasion d'une conférence de presse, le comité régional qui prône le double non aux votations fédérales du 24 septembre a dit tout le mal qu'il pensait des deux objets soumis au souverain. La présidente du comité, Judith Giovanelli-Blocher, 73 ans, est écrivain et travailleuse sociale. Rencontre et propos recueillis par Federico Rapini


- Judith Giovannelli-Blocher, qu'est-ce qui vous a poussée à prendre la présidence de ce comité?

- Vous savez, le travail social, c'est ma vie depuis plus de 50 ans. J'ai été très étonnée de découvrir la quantité de travail fournie par ce comité. Les membres cherchaient une présidente et m'ont contactée. J'ai accepté sans hésiter.

- Christoph Blocher est votre frère. Pensez-vous que cela a été un facteur important pour le comité?

- (elle ferme les yeux, joint les mains et prend une profonde respiration) C'est un facteur important pour ceux qui demandent. En ce qui me concerne, je suis attristée de devoir faire ça. Christoph est tout de même mon frère. Néanmoins, je ne m'oppose pas systématiquement à son travail politique. Il ne fait pas que des choses bêtes. Mais j'avoue que ce n'est pas facile. Parfois, j'aimerais que mon frère ne soit pas ministre de la Justice.

- Votre mari est un immigré italien. Vous avez connu, dans les années 70, l'initiative Schwarzenbach, visant à lutter contre la «surpopulation étrangère»...

- Oui. Et plus tard, dans les années 80, on découvrait les Italiens sous un nouveau visage. Tout le monde pensait que c'étaient des criminels, qui ne pensaient qu'à se bagarrer. Aujourd'hui, les Italiens sont tout à fait intégrés et acceptés. On a connu le même phénomène avec les Tamouls, dans les années 90. Malgré la guerre civile qui battait son plein au Sri Lanka, de nombreuses voix se sont élevées pour refuser l'asile à ces gens. «Trop exotiques pour nous», disait-on à l'époque. Quelques années plus tard, les Tamouls sont très recherchés dans l'industrie et sont réputés pour leur sérieux et leur caractère agréable.

- Vous demandez au peuple suisse de donner une chance à tous les immigrés, sans distinction de nationalité?

- Le Conseil fédéral veut gouverner par la peur. La révision de la loi sur l'asile et de la loi sur les étrangers ne met le doigt que sur les aspects négatifs de l'immigration, comme les abus. Je crois qu'on oublie une chose importante: la législation a une responsabilité vis-à-vis de ces personnes, qui viennent travailler, habiter ou se réfugier en Suisse. Les partisans du oui brandissent également la menace terroriste comme argument. En faisant régner un climat de peur, on rend service à ces mêmes terroristes!

- Ce genre de menace ne vous fait pas peur?

- Mais bien sûr! Moi aussi, il m'arrive d'avoir peur. Je suis une dame âgée et de petite stature. J'avoue être impressionnée par les Noirs, qui sont grands et la plupart du temps très costauds. Est-ce que je m'enferme chez moi pour autant? Non. Il faut savoir affronter ses peurs, apprendre à vivre avec. La communauté africaine bénéficie de deux représentants au Conseil de ville, preuve que les mentalités peuvent changer.

- Votre comité estime que la révision de la loi sur les étrangers encourage les travailleurs non ressortissants de l'UE à entrer dans l'illégalité ou dans la criminalité...

- Ces personnes viennent en Suisse pour gagner de l'argent. Sans permis, elles vont soit travailler au noir, soit entreprendre une activité criminelle. La révision met l'accent sur la répression avec des temps d'emprisonnements plus long. Ces personnes préfèrent souvent rester en prison plutôt que de retourner dans leur pays. Il sont nourris, logés et possèdent une chambre chauffée. Et c'est le contribuable qui paye.

- Pourquoi avez-vous emménagé à Bienne?

- (sourire) D'autres journalistes m'avaient posé la même question, il y a quelques années, lorsque je me suis établie ici. Au fil du temps, la raison n'a pas changé: ce que j'aime dans cette ville, c'est sa multiculturalité et son bilinguisme. Un grand nombre d'ethnies cohabitent harmonieusement ici.

- Etes-vous confiante quant à l'issue du vote?

- (elle fait la moue) Je suis très sceptique. Sincèrement, je dirais que le oui va l'emporter. Notre lutte n'a toutefois pas été vaine. J'étais dans le «Comité pour une Suisse sans armée» au moment de la votation populaire. Le score en faveur de cette initiative a surpris tout le monde. Ce résultat a énormément influencé les réformes que l'armée a connu ces dernières années. J'espère qu'il en ira de même avec les votations du 24 septembre.

F. R.

Lire aussi cet article

dimanche 20 août 2006

Interdits d'asile va paraître !























Pour commender : Ouverture@bluewin.ch

Asile: le bilan contesté de l'aide d'urgence

Lire l'article de Denis Masmajean dans le Temps

Christoph Blocher n'était pas mécontent, vendredi, de pouvoir présenter, sur le front de l'asile, des nouvelles qu'il juge tout à fait satisfaisantes. Comme le premier du genre, le deuxième rapport annuel sur le bilan de la suppression de l'aide sociale pour les requérants déboutés par une décision de non-entrée en matière (les «NEM») infirme, estime le conseiller fédéral UDC, les craintes réitérées de maintes Cassandre.
...
L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) a immédiatement réagi en publiant, vendredi aussi, un contre-rapport déplorant que les conditions d'octroi de l'aide d'urgence varient très fortement d'un canton à l'autre, et mettant le doigt sur certaines situations jugées «souvent intenables». L'OSAR cite ainsi le canton de Zurich, où, affirme-t-elle, elle a pu constater qu'une personne atteinte d'un cancer, l'autre de schizophrénie, ainsi que d'autres malades chroniques logeaient sous le même toit qu'une femme enceinte.

Judith Blocher dit non à la loi sur l'asile


Judith Blocher (ici en 99) ne partage pas les convictions de son frère [Keystone]

On peut être de la même famille tout en ayant des opinions politiques divergentes. La sœur de Christoph Blocher, Judith Giovanelli-Blocher, le prouve en présidant un comité pour le double non à la révision de la loi sur l'asile.
«J'ai accepté sans hésiter la présidence du comité prônant le double 'non'», déclare Judith Giovannelli-Blocher dans une interview publiée samedi dans «Le Journal du Jura». Mais elle avoue être «attristée de devoir faire ça». Elle ajoute ne pas s'opposer systématiquement au travail politique de Christoph. «Il ne fait pas que des choses bêtes. Mais j'avoue que ce n'est pas facile. Parfois, j'aimerais que mon frère ne soit pas ministre de la Justice».
Mais Judith a ses convictions et elle les assume. «Le travail social, c'est ma vie depuis plus de 50 ans», justifie l'épouse d'un immigré italien âgée de 73 ans, qui accuse le gouvernement de vouloir «gouverner par la peur».
Prenant l'exemple des Italiens à l'époque de l'initiative Schwarzenbach dans les années 70, elle ajoute: «plus tard, dans les années 80, on découvrait les Italiens sous un nouveau visage. Tout le monde pensait que c'étaient des criminels, qui ne pensaient qu'à se bagarrer. Aujourd'hui, les Italiens sont tout à fait intégrés et acceptés. On a connu le même phénomène avec les Tamouls, dans les années 90».
Sceptique quant à l'issue de la votation
Engagée contre les révisions des deux lois, Judith Giovanelli-Blocher se dit toutefois «très sceptique» sur l'issue du vote. «Sincèrement, je dirais que le oui va l'emporter. Notre lutte n'a toutefois pas été vaine», dit-elle en rappelant un combat précédent. Membre du «Comité pour une Suisse sans armée», elle estime que le bon score en faveur de cette initiative (35,6%) a énormément influencé les réformes de l'armée des dernières années et espère qu'il en ira de même avec les votations du 24 septembre.
Ce n'est pas le premier engagement de la soeur de Christoph Blocher en matière d'asile. Elle a déjà fait partie d'un comité opposé à l'initiative contre les abus dans le droit de l'asile, rejetée de justesse en novembre 2002.
Cet article se trouve sur TSR.ch, qui propose également des liens, des archives audio et vidéo, un résumé de la prestation de M. Blocher au congrès de la 5ème Suisse.

«La Suisse n'a pas de problème avec ses étrangers»

Le Matin Dimanche nous propose une interview de Christoph Blocher qui n'entend toujours pas "mener campagne mais informer".

«Je n'ai jamais été contre le fait que le Conseil fédéral informe et c'est ce que je suis en train de faire. Mais il fallait placer des limites, le gouvernement en a convenu avec moi.» (Photo © Daniel Rihs)

CHRISTOPH BLOCHER Sa rentrée politique est marquée par la campagne sur la révision des lois sur l'asile et les étrangers, soumises au peuple le 24 septembre. Le ministre UDC de Justice et Police estime qu'un conseiller fédéral ne doit pas mener campagne. Il a pourtant beaucoup de choses à dire, même étonnamment positives sur les étrangers...


Pourquoi nous accordez-vous une interview, puisque vous estimez que votre rôle n'est pas de mener campagne?
Je n'ai jamais été contre le fait que le Conseil fédéral informe et c'est ce que je suis en train de faire. Mais il fallait placer des limites, le gouvernement en a convenu avec moi. Il n'est plus question, par exemple, que nous commandions des sondages tenus secrets, que l'administration écrive de fausses lettres de lecteur ou finance des brochures d'information partisanes...

Dans une campagne, l'information ne peut être que partisane, non?

La limite n'est pas nette, c'est vrai. Nous aurions pu aller plus loin et décider que seuls les parlementaires défendent les objets soumis au peuple. Nous avons voulu conserver un rôle pour le Conseil fédéral: il ne serait donc pas normal que je m'abstienne totalement.

Vous refusez les débats contradictoires. N'est-ce pas difficile de lutter contre votre propre nature?

Mon rôle a changé. Avant, je pouvais jouer celui de l'avocat d'une cause et vanter uniquement les avantages du point de vue que je défendais. Au Conseil fédéral, je dois informer sur tous les aspects d'un problème. Suis-je à ma place, suis-je plus utile dans ce rôle que dans celui que je tenais à l'UDC? Je ferai le bilan d'ici aux élections fédérales de 2007.

Votre retenue n'est-elle pas aussi un moyen de vous protéger de vos propres dérapages, comme lors du discours de l'Albisgütli, la fête de l'UDC zurichoise, où vous avez traité deux requérants albanais de criminels alors qu'ils n'étaient pas jugés et bénéficient de la présomption d'innocence?

Mon discours écrit faisait bien allusion à de «présumés criminels». Mais en dialecte alémanique, ce terme n'est pas courant et je ne l'ai donc pas prononcé oralement. C'était une erreur et je m'en suis excusé, même si le sens de mes propos était clair.

Nous avons publié un sondage dimanche dernier qui donne l'avantage au oui à la loi sur l'asile, mais qui révèle que 27% des Suisses n'ont pas encore d'avis. N'est-ce pas étonnant pour un thème aussi émotionnel et rabâché?

Pour répondre à ce besoin d'information, je vais prononcer une série de conférences d'ici à la votation du 24 septembre. Mais si les gens ne se sentent pas suffisamment informés, ce sont d'abord les médias qui devraient se faire du souci. Au fait, vous feriez mieux de me poser des questions sur le contenu de la votation que sur la manière de mener campagne (rires)...

Ne vous inquiétez pas, nous y venons! Commençons par l'amalgame que vous faites vous-même entre loi sur l'asile et sur les étrangers...

Mais c'est une réalité: les deux lois sont liées. Ceux qui se voient refuser l'asile grossissent les rangs des autres étrangers illégaux qui se trouvent en Suisse. La gauche aurait même voulu aller plus loin et fondre les deux lois en un seul texte traitant de notre politique migratoire.

Pour être cohérent, ne faudrait-il pas qu'au tour de vis dans l'asile réponde une politique de main-d'oeuvre tenant compte des ressortissants des pays pauvres qui vont forcément continuer à venir tenter leur chance en Suisse?

On peut certes parler de discrimination envers les ressortissants des pays extra-européens. Pour ces gens mais aussi pour l'économie, il serait bon que chacun puisse venir tenter sa chance en Suisse. Mais il faut bien fixer des limites, car les migrants ne viennent plus ici comme il y a un siècle, où celui qui n'avait plus de travail repartait voir ailleurs. Aujourd'hui, ils restent, attirés par le haut niveau de nos prestations sociales.

Diriez-vous que la Suisse a un problème avec ses étrangers?

Non, en général, la Suisse n'a pas de problème avec ses étrangers. Nous vivons bien avec eux, nous n'avons pas de ghettos. N'oublions pas que notre pays offre du travail à plus de 20% d'étrangers, ce qui est une forte proportion. Je croise des homologues européens où ce taux est bien plus bas, les problèmes bien plus grands et qui se demandent comment nous faisons...

Tout va bien, donc. Pour l'asile aussi: vous affichez une baisse des demandes plus forte que la moyenne européenne et vous vous félicitez de l'efficacité de la suppression de l'aide sociale pour les requérants frappés d'une non-entrée en matière (NEM). Pourquoi réclamez-vous en plus de nouvelles lois?

Nous ne pourrons guère descendre au-dessous de 10 000 demandes d'asile par année. Actuellement, 85% de ces demandes ne sont pas fondées et nous courons après l'identité de plus de 6000 personnes. Il ne serait pas admissible d'en rester là. Il faut se donner les moyens de décourager ceux qui cachent leur identité. Le système actuel récompense plutôt les tricheurs, puisqu'ils peuvent faire durer la procédure et leur renvoi.

Quel effet attendez-vous de la nouvelle loi?

La révision de la loi doit nous aider à casser le marché des passeurs. De plus en plus de requérants doivent revenir à la maison après un ou deux mois et témoigner qu'il n'est pas possible de profiter de l'aide sociale en Suisse.

Le vice-président du Parti socialiste, Pierre-Yves Maillard, répète que vous feriez mieux de demander à la police de faire son travail contre la minorité de requérants qui alimentent le trafic de drogue. Pourquoi ne sont-ils pas systématiquement tenus enfermés en vue de leur expulsion?
La gauche qui réclame davantage de sévérité policière et judiciaire? C'est de l'hypocrisie! Mais pour répondre à votre question, il faut relever que la masse de ces trafiquants empêche la police d'être systématique. Il est bien plus efficace d'empêcher qu'ils viennent en Suisse et de les faire repartir le plus vite possible s'ils arrivent jusque chez nous.

Parlons du problème des renvois, spécialement dans les pays d'Afrique de l'Ouest, d'où viennent souvent les revendeurs de drogue. Pourquoi ne misez-vous pas davantage sur des accords de réadmission?
Ces pays exigent des contreparties, telles que des accords de libre circulation ou de coopération judiciaire. Je m'engage à fond pour pouvoir passer des accords de readmission, aussi avec ces pays d'Afrique. Mais, pour conclure, il faut toujours être deux...

Que répondez-vous au comité bourgeois, opposé au durcissement de la loi sur l'asile: son président, Markus Rauh, ex-président de Swisscom, estime que vous stigmatisez une ultraminorité de la population?
Dans sa villa, M. Rauh ne se sent peut-être pas dérangé par le problème... Mais qu'il aille demander aux gens qui subissent les conséquences des abus du droit d'asile, s'ils trouvent qu'il ne faut rien faire? Il serait tout aussi ridicule de décréter qu'il ne faut pas se préoccuper des meurtres en Suisse parce qu'il n'y en a qu'une centaine par année!

Si la loi passe, vous engagez-vous à augmenter la part de réfugiés accueillis par la Suisse sur les contingents internationaux du Haut Commissariat aux réfugiés?

Oui, j'ai toujours dit que si nous luttons mieux contre les abus, nous pourrons accueillir davantage de réfugiés reconnus. Nous en sommes à environ 1500 par année et nous pourrions passer à 2000 sans problème, si cela s'avère nécessaire.

Les réfugiés ne posent donc aucun problème?

J'en vois tout de même un: seuls 25% des réfugiés établis chez nous travaillent. J'ai lancé un projet pilote pour favoriser l'intégration des réfugiés sur le marché du travail. La clé de l'intégration passe par le travail. Jusqu'ici, nous nous sommes montrés trop peu créatifs pour améliorer cette situation.

LUDOVIC ROCCHI ET MICHEL JEANNERET