lundi 21 août 2006

«La peur empêche la cohabitation»

Lire aussi le dossier d'infosud et cet article "Judith Blocher dit non..."
Interview
de Judith Giovanelli-Blocher
présidente du comité " 2 x NON "
parue dans

La Biennoise s'oppose à la révision des lois sur l'asile et sur les étrangers, des textes pourtant élaborés par son frère, Christoph Blocher. «Ce n'est pas facile», admet-elle.

Discrimination, décisions arbitraires, non-respect des conventions internationales et de la Déclaration des droits de l'Homme, danger d'exploitation pour les femmes et les enfants: à l'occasion d'une conférence de presse, le comité régional qui prône le double non aux votations fédérales du 24 septembre a dit tout le mal qu'il pensait des deux objets soumis au souverain. La présidente du comité, Judith Giovanelli-Blocher, 73 ans, est écrivain et travailleuse sociale. Rencontre et propos recueillis par Federico Rapini


- Judith Giovannelli-Blocher, qu'est-ce qui vous a poussée à prendre la présidence de ce comité?

- Vous savez, le travail social, c'est ma vie depuis plus de 50 ans. J'ai été très étonnée de découvrir la quantité de travail fournie par ce comité. Les membres cherchaient une présidente et m'ont contactée. J'ai accepté sans hésiter.

- Christoph Blocher est votre frère. Pensez-vous que cela a été un facteur important pour le comité?

- (elle ferme les yeux, joint les mains et prend une profonde respiration) C'est un facteur important pour ceux qui demandent. En ce qui me concerne, je suis attristée de devoir faire ça. Christoph est tout de même mon frère. Néanmoins, je ne m'oppose pas systématiquement à son travail politique. Il ne fait pas que des choses bêtes. Mais j'avoue que ce n'est pas facile. Parfois, j'aimerais que mon frère ne soit pas ministre de la Justice.

- Votre mari est un immigré italien. Vous avez connu, dans les années 70, l'initiative Schwarzenbach, visant à lutter contre la «surpopulation étrangère»...

- Oui. Et plus tard, dans les années 80, on découvrait les Italiens sous un nouveau visage. Tout le monde pensait que c'étaient des criminels, qui ne pensaient qu'à se bagarrer. Aujourd'hui, les Italiens sont tout à fait intégrés et acceptés. On a connu le même phénomène avec les Tamouls, dans les années 90. Malgré la guerre civile qui battait son plein au Sri Lanka, de nombreuses voix se sont élevées pour refuser l'asile à ces gens. «Trop exotiques pour nous», disait-on à l'époque. Quelques années plus tard, les Tamouls sont très recherchés dans l'industrie et sont réputés pour leur sérieux et leur caractère agréable.

- Vous demandez au peuple suisse de donner une chance à tous les immigrés, sans distinction de nationalité?

- Le Conseil fédéral veut gouverner par la peur. La révision de la loi sur l'asile et de la loi sur les étrangers ne met le doigt que sur les aspects négatifs de l'immigration, comme les abus. Je crois qu'on oublie une chose importante: la législation a une responsabilité vis-à-vis de ces personnes, qui viennent travailler, habiter ou se réfugier en Suisse. Les partisans du oui brandissent également la menace terroriste comme argument. En faisant régner un climat de peur, on rend service à ces mêmes terroristes!

- Ce genre de menace ne vous fait pas peur?

- Mais bien sûr! Moi aussi, il m'arrive d'avoir peur. Je suis une dame âgée et de petite stature. J'avoue être impressionnée par les Noirs, qui sont grands et la plupart du temps très costauds. Est-ce que je m'enferme chez moi pour autant? Non. Il faut savoir affronter ses peurs, apprendre à vivre avec. La communauté africaine bénéficie de deux représentants au Conseil de ville, preuve que les mentalités peuvent changer.

- Votre comité estime que la révision de la loi sur les étrangers encourage les travailleurs non ressortissants de l'UE à entrer dans l'illégalité ou dans la criminalité...

- Ces personnes viennent en Suisse pour gagner de l'argent. Sans permis, elles vont soit travailler au noir, soit entreprendre une activité criminelle. La révision met l'accent sur la répression avec des temps d'emprisonnements plus long. Ces personnes préfèrent souvent rester en prison plutôt que de retourner dans leur pays. Il sont nourris, logés et possèdent une chambre chauffée. Et c'est le contribuable qui paye.

- Pourquoi avez-vous emménagé à Bienne?

- (sourire) D'autres journalistes m'avaient posé la même question, il y a quelques années, lorsque je me suis établie ici. Au fil du temps, la raison n'a pas changé: ce que j'aime dans cette ville, c'est sa multiculturalité et son bilinguisme. Un grand nombre d'ethnies cohabitent harmonieusement ici.

- Etes-vous confiante quant à l'issue du vote?

- (elle fait la moue) Je suis très sceptique. Sincèrement, je dirais que le oui va l'emporter. Notre lutte n'a toutefois pas été vaine. J'étais dans le «Comité pour une Suisse sans armée» au moment de la votation populaire. Le score en faveur de cette initiative a surpris tout le monde. Ce résultat a énormément influencé les réformes que l'armée a connu ces dernières années. J'espère qu'il en ira de même avec les votations du 24 septembre.

F. R.

Lire aussi cet article

dimanche 20 août 2006

Interdits d'asile va paraître !























Pour commender : Ouverture@bluewin.ch

Asile: le bilan contesté de l'aide d'urgence

Lire l'article de Denis Masmajean dans le Temps

Christoph Blocher n'était pas mécontent, vendredi, de pouvoir présenter, sur le front de l'asile, des nouvelles qu'il juge tout à fait satisfaisantes. Comme le premier du genre, le deuxième rapport annuel sur le bilan de la suppression de l'aide sociale pour les requérants déboutés par une décision de non-entrée en matière (les «NEM») infirme, estime le conseiller fédéral UDC, les craintes réitérées de maintes Cassandre.
...
L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) a immédiatement réagi en publiant, vendredi aussi, un contre-rapport déplorant que les conditions d'octroi de l'aide d'urgence varient très fortement d'un canton à l'autre, et mettant le doigt sur certaines situations jugées «souvent intenables». L'OSAR cite ainsi le canton de Zurich, où, affirme-t-elle, elle a pu constater qu'une personne atteinte d'un cancer, l'autre de schizophrénie, ainsi que d'autres malades chroniques logeaient sous le même toit qu'une femme enceinte.

Judith Blocher dit non à la loi sur l'asile


Judith Blocher (ici en 99) ne partage pas les convictions de son frère [Keystone]

On peut être de la même famille tout en ayant des opinions politiques divergentes. La sœur de Christoph Blocher, Judith Giovanelli-Blocher, le prouve en présidant un comité pour le double non à la révision de la loi sur l'asile.
«J'ai accepté sans hésiter la présidence du comité prônant le double 'non'», déclare Judith Giovannelli-Blocher dans une interview publiée samedi dans «Le Journal du Jura». Mais elle avoue être «attristée de devoir faire ça». Elle ajoute ne pas s'opposer systématiquement au travail politique de Christoph. «Il ne fait pas que des choses bêtes. Mais j'avoue que ce n'est pas facile. Parfois, j'aimerais que mon frère ne soit pas ministre de la Justice».
Mais Judith a ses convictions et elle les assume. «Le travail social, c'est ma vie depuis plus de 50 ans», justifie l'épouse d'un immigré italien âgée de 73 ans, qui accuse le gouvernement de vouloir «gouverner par la peur».
Prenant l'exemple des Italiens à l'époque de l'initiative Schwarzenbach dans les années 70, elle ajoute: «plus tard, dans les années 80, on découvrait les Italiens sous un nouveau visage. Tout le monde pensait que c'étaient des criminels, qui ne pensaient qu'à se bagarrer. Aujourd'hui, les Italiens sont tout à fait intégrés et acceptés. On a connu le même phénomène avec les Tamouls, dans les années 90».
Sceptique quant à l'issue de la votation
Engagée contre les révisions des deux lois, Judith Giovanelli-Blocher se dit toutefois «très sceptique» sur l'issue du vote. «Sincèrement, je dirais que le oui va l'emporter. Notre lutte n'a toutefois pas été vaine», dit-elle en rappelant un combat précédent. Membre du «Comité pour une Suisse sans armée», elle estime que le bon score en faveur de cette initiative (35,6%) a énormément influencé les réformes de l'armée des dernières années et espère qu'il en ira de même avec les votations du 24 septembre.
Ce n'est pas le premier engagement de la soeur de Christoph Blocher en matière d'asile. Elle a déjà fait partie d'un comité opposé à l'initiative contre les abus dans le droit de l'asile, rejetée de justesse en novembre 2002.
Cet article se trouve sur TSR.ch, qui propose également des liens, des archives audio et vidéo, un résumé de la prestation de M. Blocher au congrès de la 5ème Suisse.

«La Suisse n'a pas de problème avec ses étrangers»

Le Matin Dimanche nous propose une interview de Christoph Blocher qui n'entend toujours pas "mener campagne mais informer".

«Je n'ai jamais été contre le fait que le Conseil fédéral informe et c'est ce que je suis en train de faire. Mais il fallait placer des limites, le gouvernement en a convenu avec moi.» (Photo © Daniel Rihs)

CHRISTOPH BLOCHER Sa rentrée politique est marquée par la campagne sur la révision des lois sur l'asile et les étrangers, soumises au peuple le 24 septembre. Le ministre UDC de Justice et Police estime qu'un conseiller fédéral ne doit pas mener campagne. Il a pourtant beaucoup de choses à dire, même étonnamment positives sur les étrangers...


Pourquoi nous accordez-vous une interview, puisque vous estimez que votre rôle n'est pas de mener campagne?
Je n'ai jamais été contre le fait que le Conseil fédéral informe et c'est ce que je suis en train de faire. Mais il fallait placer des limites, le gouvernement en a convenu avec moi. Il n'est plus question, par exemple, que nous commandions des sondages tenus secrets, que l'administration écrive de fausses lettres de lecteur ou finance des brochures d'information partisanes...

Dans une campagne, l'information ne peut être que partisane, non?

La limite n'est pas nette, c'est vrai. Nous aurions pu aller plus loin et décider que seuls les parlementaires défendent les objets soumis au peuple. Nous avons voulu conserver un rôle pour le Conseil fédéral: il ne serait donc pas normal que je m'abstienne totalement.

Vous refusez les débats contradictoires. N'est-ce pas difficile de lutter contre votre propre nature?

Mon rôle a changé. Avant, je pouvais jouer celui de l'avocat d'une cause et vanter uniquement les avantages du point de vue que je défendais. Au Conseil fédéral, je dois informer sur tous les aspects d'un problème. Suis-je à ma place, suis-je plus utile dans ce rôle que dans celui que je tenais à l'UDC? Je ferai le bilan d'ici aux élections fédérales de 2007.

Votre retenue n'est-elle pas aussi un moyen de vous protéger de vos propres dérapages, comme lors du discours de l'Albisgütli, la fête de l'UDC zurichoise, où vous avez traité deux requérants albanais de criminels alors qu'ils n'étaient pas jugés et bénéficient de la présomption d'innocence?

Mon discours écrit faisait bien allusion à de «présumés criminels». Mais en dialecte alémanique, ce terme n'est pas courant et je ne l'ai donc pas prononcé oralement. C'était une erreur et je m'en suis excusé, même si le sens de mes propos était clair.

Nous avons publié un sondage dimanche dernier qui donne l'avantage au oui à la loi sur l'asile, mais qui révèle que 27% des Suisses n'ont pas encore d'avis. N'est-ce pas étonnant pour un thème aussi émotionnel et rabâché?

Pour répondre à ce besoin d'information, je vais prononcer une série de conférences d'ici à la votation du 24 septembre. Mais si les gens ne se sentent pas suffisamment informés, ce sont d'abord les médias qui devraient se faire du souci. Au fait, vous feriez mieux de me poser des questions sur le contenu de la votation que sur la manière de mener campagne (rires)...

Ne vous inquiétez pas, nous y venons! Commençons par l'amalgame que vous faites vous-même entre loi sur l'asile et sur les étrangers...

Mais c'est une réalité: les deux lois sont liées. Ceux qui se voient refuser l'asile grossissent les rangs des autres étrangers illégaux qui se trouvent en Suisse. La gauche aurait même voulu aller plus loin et fondre les deux lois en un seul texte traitant de notre politique migratoire.

Pour être cohérent, ne faudrait-il pas qu'au tour de vis dans l'asile réponde une politique de main-d'oeuvre tenant compte des ressortissants des pays pauvres qui vont forcément continuer à venir tenter leur chance en Suisse?

On peut certes parler de discrimination envers les ressortissants des pays extra-européens. Pour ces gens mais aussi pour l'économie, il serait bon que chacun puisse venir tenter sa chance en Suisse. Mais il faut bien fixer des limites, car les migrants ne viennent plus ici comme il y a un siècle, où celui qui n'avait plus de travail repartait voir ailleurs. Aujourd'hui, ils restent, attirés par le haut niveau de nos prestations sociales.

Diriez-vous que la Suisse a un problème avec ses étrangers?

Non, en général, la Suisse n'a pas de problème avec ses étrangers. Nous vivons bien avec eux, nous n'avons pas de ghettos. N'oublions pas que notre pays offre du travail à plus de 20% d'étrangers, ce qui est une forte proportion. Je croise des homologues européens où ce taux est bien plus bas, les problèmes bien plus grands et qui se demandent comment nous faisons...

Tout va bien, donc. Pour l'asile aussi: vous affichez une baisse des demandes plus forte que la moyenne européenne et vous vous félicitez de l'efficacité de la suppression de l'aide sociale pour les requérants frappés d'une non-entrée en matière (NEM). Pourquoi réclamez-vous en plus de nouvelles lois?

Nous ne pourrons guère descendre au-dessous de 10 000 demandes d'asile par année. Actuellement, 85% de ces demandes ne sont pas fondées et nous courons après l'identité de plus de 6000 personnes. Il ne serait pas admissible d'en rester là. Il faut se donner les moyens de décourager ceux qui cachent leur identité. Le système actuel récompense plutôt les tricheurs, puisqu'ils peuvent faire durer la procédure et leur renvoi.

Quel effet attendez-vous de la nouvelle loi?

La révision de la loi doit nous aider à casser le marché des passeurs. De plus en plus de requérants doivent revenir à la maison après un ou deux mois et témoigner qu'il n'est pas possible de profiter de l'aide sociale en Suisse.

Le vice-président du Parti socialiste, Pierre-Yves Maillard, répète que vous feriez mieux de demander à la police de faire son travail contre la minorité de requérants qui alimentent le trafic de drogue. Pourquoi ne sont-ils pas systématiquement tenus enfermés en vue de leur expulsion?
La gauche qui réclame davantage de sévérité policière et judiciaire? C'est de l'hypocrisie! Mais pour répondre à votre question, il faut relever que la masse de ces trafiquants empêche la police d'être systématique. Il est bien plus efficace d'empêcher qu'ils viennent en Suisse et de les faire repartir le plus vite possible s'ils arrivent jusque chez nous.

Parlons du problème des renvois, spécialement dans les pays d'Afrique de l'Ouest, d'où viennent souvent les revendeurs de drogue. Pourquoi ne misez-vous pas davantage sur des accords de réadmission?
Ces pays exigent des contreparties, telles que des accords de libre circulation ou de coopération judiciaire. Je m'engage à fond pour pouvoir passer des accords de readmission, aussi avec ces pays d'Afrique. Mais, pour conclure, il faut toujours être deux...

Que répondez-vous au comité bourgeois, opposé au durcissement de la loi sur l'asile: son président, Markus Rauh, ex-président de Swisscom, estime que vous stigmatisez une ultraminorité de la population?
Dans sa villa, M. Rauh ne se sent peut-être pas dérangé par le problème... Mais qu'il aille demander aux gens qui subissent les conséquences des abus du droit d'asile, s'ils trouvent qu'il ne faut rien faire? Il serait tout aussi ridicule de décréter qu'il ne faut pas se préoccuper des meurtres en Suisse parce qu'il n'y en a qu'une centaine par année!

Si la loi passe, vous engagez-vous à augmenter la part de réfugiés accueillis par la Suisse sur les contingents internationaux du Haut Commissariat aux réfugiés?

Oui, j'ai toujours dit que si nous luttons mieux contre les abus, nous pourrons accueillir davantage de réfugiés reconnus. Nous en sommes à environ 1500 par année et nous pourrions passer à 2000 sans problème, si cela s'avère nécessaire.

Les réfugiés ne posent donc aucun problème?

J'en vois tout de même un: seuls 25% des réfugiés établis chez nous travaillent. J'ai lancé un projet pilote pour favoriser l'intégration des réfugiés sur le marché du travail. La clé de l'intégration passe par le travail. Jusqu'ici, nous nous sommes montrés trop peu créatifs pour améliorer cette situation.

LUDOVIC ROCCHI ET MICHEL JEANNERET

"Le paradis n'est pas assez grand pour tout le monde"

Bluewininfo et Swissinfo reviennent sur le discours de Christoph Blocher lors du Congrès des Suisses de l'étranger, qui se tenait à Bâle. M. Blocher était en terrain conquis, puisque la veille, le Conseil acceptait par 38 voix contre 26 un durcissement des lois sur l'asile et les étrangers.

«Le paradis n'est suffisamment grand pour tous», a lancé Christoph Blocher
(Stephano Iori)

La proportion d'étrangers dans le pays atteint presque 22%, a rappelé le chef du Département de justice et police dans son allocution. Malgré ce chiffre élevé, il n'y a pas de conflits ouverts comme en France, a-t-il relevé. Il n'y a pas non plus de banlieues ghettos.
La Suisse ne peut pourtant pas accueillir tous ceux qui cherchent du travail, a estimé M. Blocher pour défendre la nouvelle loi sur les étrangers. Celle-ci règle les conditions nécessaires aux ressortissants non européens pour obtenir une autorisation de séjour. Elle permet également de lutter contre l'immigration et le séjour illégaux, a-t-il affirmé.
Il s'agit aussi de limiter les abus commis au nom de la tradition humanitaire, a poursuivi le Zurichois. Selon lui, la majorité des personnes demandant l'asile ne sont pas des réfugiés. "Un grand nombre d'entre eux souhaitent profiter du niveau de vie élevé de la Suisse. Ils vivent de l'aide sociale", a affirmé M. Blocher.
A ses yeux, le principal problème est que la majorité des demandeurs d'asile entrent en Suisse sans papiers d'identité en règle. La nouvelle loi sur l'asile veut les inciter à coopérer sous peine de non-entrée en matière. Le texte veut également favoriser l'intégration de ceux qui sont réellement persécutés.
Le conseiller fédéral était en pays conquis. La veille, le Conseil des Suisses de l'étranger (CSE), qui avait ouvert le congrès, s'était prononcé en faveur des deux nouvelles lois.

samedi 19 août 2006

Les chiffres savent aussi mentir

Editorial de Didier Estoppey, dans le Courrier

Christoph Blocher fait profil bas. Après avoir usé de méthodes de pitbull pour entrer au Conseil fédéral, le tribun de l'UDC se pare tout à coup de la dignité de sa charge. Et se dérobe de la plupart des débats télévisés auxquels il est invité à causer asile, prétextant que son devoir n'est pas de mener campagne, mais d'informer. Chiffres à l'appui.


La conférence de presse donnée hier par le conseiller fédéral pour commenter le «deuxième rapport annuel de monitoring NEM» offre un très bel exemple de la manière dont le magistrat et ses services savent utiliser les chiffres pour travestir les réalités et mener leur propagande. Argument choc de Christoph Blocher: la suppression de l'aide sociale, depuis avril 2004, aux requérants frappés de non-entrée en matière (NEM) n'a pas généré la hausse de la criminalité escomptée par certains. On peut donc sans crainte étendre ce régime sec à l'ensemble des requérants déboutés en acceptant la nouvelle loi sur l'asile le 24 septembre. On est heureux d'apprendre, venant de celui qui il y a peu encore menait campagne sur fond d'affiches nauséabondes faisant un lien direct entre couleur de peau et criminalité, qu'il n'y a désormais plus lieu de s'inquiéter.
Mais rien ne prouve, dans les chiffres avancés, que les requérants privés d'aide sociale ne doivent pas, pour survivre, recourir à quelques expédients prohibés par la loi. Le rapport se borne à constater «qu'aucune statistique ne prouve que la criminalité a augmenté». Et même s'il affirme que la proportion de «NEM» pincés par la police est moindre que pour l'ensemble des requérants, il n'avance aucun chiffre pour l'étayer.
Ce n'est là qu'une des multiples imprécisions ou contradictions du document. Le communiqué l'accompagnant va jusqu'à affirmer que le fait que deux tiers des requérants estampillés «NEM» n'aient jamais recouru à l'aide d'urgence est la preuve qu'ils ont quitté la Suisse, alors que Christoph Blocher a été obligé de reconnaître le contraire en conférence de presse: seuls 19% de ces requérants ont vu leur départ enregistré.
Le rapport, qui se félicite du caractère dissuasif du nouveau régime et met abusivement à son compte la diminution des requêtes –un phénomène observé dans toute l'Europe–, n'explique pas pourquoi, malgré un nombre de requérants estampillés NEM toujours plus bas, les demandes d'aide d'urgence sont toujours plus nombreuses. Ni pourquoi la durée de la même assistance –un phénomène qui ressort clairement du précédent rapport de monitoring, mais que le nouveau gomme curieusement– ne cesse d'augmenter.
Quant aux requérants qui renoncent à une telle aide, les explications sont multiples. Le rapport lui-même suggère que ceux qui craignent un renvoi préfèrent ne pas quémander, une assistance pouvant se résumer à un accompagnement dans un charter. Et affirme cyniquement que les délais toujours plus brefs dans lesquels sont prononcées les non-entrées en matière permettent souvent de rendre la décision exécutoire avant que le requérant ne soit attribué à un canton: «Cette manière de procéder réduit encore la probabilité que ces personnes sollicitent l'aide d'urgence dans les cantons.» CQFD, Monsieur Blocher.

Autosatisfaction de Blocher

24 Heures revient sur l'autosatisfaction du ministre du DFJP, qui tire un bilan positif de la situation de l'asile dans notre pays, deux ans après la suppression de l'aide sociale aux NEM.



A un mois des votations, Christoph Blocher tire un bilan positif de la suppression de l’aide sociale aux requérants frappés d’une non-entrée en matière. Le même jour, l’OSAR sort un rapport contradictoire.

Christoph Blocher s’en dé­fend. Mais à un mois des votations sur l’asile et sur les étrangers, le rapport publié hier n’est pas aussi inoffensif qu’il voudrait le faire croire. Le minis­tre UDC tire un bilan positif de la suppression de l’aide sociale aux requérants d’asile frappés d’une décision de non-entrée en ma­tière (NEM). Selon le conseiller fédéral, cette mesure — qui s’étendra à tous les requérants déboutés si la révision de la loi sur l’asile est acceptée par le peu­ple — n’a eu que des effets positifs depuis qu’elle est entrée en vi­gueur le 1er avril 2004.

42 millions économisés
Cela a permis de diminuer les dépenses de 42 millions de francs (sur 92 millions économisés en tout dans le domaine de l’asile), ainsi que le nombre de demandes d’asile. Sans pour autant débou­cher sur une explosion de la cri­minalité et sans que les personnes privées d’aide sociale ne sombrent dans la clandestinité, comme le redoutaient les milieux de l’asile. Pour Christoph Blocher, le fait que près des deux tiers des per­sonnes frappées de NEM n’auraient jamais demandé l’aide d’urgence est bien «la preuve qu’elles ont immédiatement ob­tempéré à leur obligation de quit­ter la Suisse». Une assertion jugée inepte par ces mêmes milieux de l’asile, qui estiment que ces per­sonnes pourraient aussi bien avoir disparu dans la nature.
En outre, selon le rapport de monitoring publié hier, le report de charges sur les cantons s’est fait sans douleur, les indemnités forfaitaires versées par la Confé­dération (passées de 600 francs à 1800 francs le 1er avril pour chaque personne bénéficiant de l’aide d’urgence) étant jugées suffisantes. Seuls les coûts struc­turels ont augmenté. Les can­tons ne sont pas aussi optimis­tes. Tant Vaud que Genève sont ainsi favorables à l’augmentation jusqu’à 6000 francs du forfait fédéral, en consultation. «Sur la durée, nous ne savons pas si nous allons pouvoir tenir avec les actuels 1800 francs», s’in­quiète Eric Etienne, directeur adjoint au Département gene­vois de la solidarité et de l’em­ploi. «Il y a là un gros point d’interrogation.» Le conseiller d’Etat vaudois Jean-Claude Mermoud, lui-même UDC, partage ces doutes. «La Con­fédération doit prendre en charge les coûts structurels», estime le magistrat. «On ne peut pas faire d’aide d’urgence sans structure, sans personnel. Or, les indemnités actuelles ne suffisent pas.» L’extension de la suppression de l’aide sociale à tous les requérants déboutés étant un des points cen­traux de la votation du 24 septem­bre, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) a également sorti hier son propre rapport. Le­quel conclut que l’accès à l’aide d’urgence n’est pas garanti partout — notamment dans les cantons de Schwyz, des Grisons et du Jura — et que la nature de cette aide varie fortement d’un canton à l’autre. Christoph Blocher a vertement fustigé ce rapport, qualifié de peu sérieux. «Le ton monte», note Yann Golay, porte-parole de l’OSAR. Et de renvoyer la balle. «Depuis que Christoph Blocher est là, les rapports de la Confédéra­tion sont devenus des instruments pour vendre la politique du gou­vernement.»

En constante hausse
Le nombre de personnes soumi­ses au nouveau régime ayant solli­cité l’aide d’urgence est en cons­tante augmentation, peut-on par ailleurs lire dans le rapport de monitoring. Elles étaient 908 au 1er trimestre 2006, contre 746 l’an­née précédente à la même période et 394 au 2e trimestre 2004, date de l’entrée en vigueur de la dispo­sition privant les NEM de l’aide sociale. Le canton de Vaud se dis­tingue en particulier: l’effectif des bénéficiaires de l’aide d’urgence est «monté en flèche», passant de 56 au 2e trimestre 2005 à 104 au 1er trimestre 2006. Cette progres­sion est la conséquence d’un arrêt du Tribunal administratif.

SUR LE MÊME SUJET:
  • Une politique d'asile qui n'a pas fini de diviser sur le site de Swissinfo (liens utiles, audio, rappel du contexte, avis de l'ONU sur la politique d'asile suisse, etc.)
  • Résumé du rapport contradictoire de l'OSAR: La pratique des cantons en matière d’exclusion de l’aide sociale demeure largement problématique. C’est ce qui ressort d’un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR). L’accès à une aide de première nécessité n’est pas partout garanti. Et la situation des personnes particulièrement vulnérables s’avère souvent intenable. L’OSAR appelle donc les cantons à respecter la dignité humaine. Elle rejette l’extension prévue de l’exclusion de l’aide sociale car cette mesure pousse les personnes qui en font l’objet dans l’illégalité et la misère et n’apporte aucune solution au retour des requérants d’asile déboutés.

  • Nothilfe im Asylbereich, le rapport de l'OSAR, 74 pages, en allemand
  • Asile: le bilan contesté de l'aide d'urgence : l'article que le Temps consacre à la satisfaction de M. Blocher

Le conseiller fédéral UDC était satisfait de pouvoir démentir les craintes de maintes Cassandre ( Keystone)


L'atmosphère n'est pas bonne

Le Conseil des Suisses de l'étranger dit oui à la loi sur l'asile (extraits de l'article paru sur Swissinfo)

Le Conseil des Suisses de l'étranger réuni à Bâle s'est prononcé de façon étonnamment claire en faveur de la loi sur l'asile. Un sujet soumis au peuple le 24 septembre prochain.

Le conseil des Suisses de l'étranger réuni à Bâle

( ... ) Vendredi, la discussion sur les nouvelles lois sur l'asile et les étrangers a suscité des interventions passionnées. Les opposants au double projet de loi ont constaté qu'elles représentent une rupture avec la tradition humanitaire de la Suisse. Certains ont aussi estimé que la détention en vue de renvoi, applicable aux jeunes également, n'est pas conforme aux règles onusiennes sur les droit de l'enfant.

Du côté des avis favorables, l'idée est de rendre la Suisse moins attractive pour les délinquants. Et de se donner les moyens de s'occuper des requérants d'asile qui en ont vraiment besoin. «C'est une responsabilité à l'égard des Suisses, on ne peut pas donner le message que le pays peut accueillir tout le monde», justifie Thérèse Meyer, présidente du groupe parlementaire des Suisses de l'étranger et députée démocrate chrétienne (PDC / centre droit).

( ... ) Au final, 38 délégués contre 26 ont appuyé les durcissements des lois sur l'asile et les étrangers. "C'est clair, l'atmosphère n'est pas bonne, expliquait après les débats Remo Gysing, député socialiste. J'attendais un résultat plus serré." ( ... )

Lire l'intégralité de l'article de Swissinfo

Un requérant débouté s’adresse au Parlement

Brève de

LAUSANNE Le député vert Luc Recordon a pris la défense de Gabriel Amisi (de son nom complet Rukeratabaro Gabriel-Pascal Amisi), un demandeur d’asile originaire de la République démocratique du Congo (RDC) dont la requête a été rejetée par Berne. Hier matin, il l’a accompagné au secrétariat du Grand Conseil vaudois afin de remettre au président Jean-Marie Surer un paquet de 1159 signatures s’opposant au renvoi du Congolais débouté.