mercredi 26 octobre 2005

Ils rendent leurs pelles demain

Photo Genevay

Ecoutez la séquence diffusée ce matin sur La Première, reportage de Magali Philippe
Dans son édition Chablais, 24heures rends compte de la fin de l'opération qui a mis les requérants du centre de Bex au service de la communauté.

Voici l'article d'Estelle Bressoud
La Fareas réfléchit à un engagement des requérants d’asile dans des tâches à vocation plus sociale, comme le service en cafétéria. A Bex, ils étaient employés dans les travaux d’entretien.

»Mené en exclusivité à Bex, le programme pilote qui permet à une poignée d’immigrants de renouer avec une activité physique prend fin. Rien n’autorise à penser qu’il sera reconduit sous cette forme dans la cité.

Après le labeur, le réconfort. Demain à 17 h, tous les acteurs liés au programme d’occupation mené depuis le 2 août dernier à Bex, y compris les autorités communales, sont conviés à une verrée.
Elle célèbre la fin d’une opération qui a permis à une poignée de volontaires, hébergés au centre de la Fareas (Fonda-tion vaudoise pour l’accueil des requérants d’asile), de mettre la main à la pâte au profit de la communauté bellerine. Et qui, en raison de son aspect expérimental, a projeté la ville sur le devant de la scène médiatique.

Plus de «bonjour»!

«Le bilan est positif. Nous n’avons pas eu de problèmes relationnels», relève Pascal Rochat, coordinateur de ce projet qui poursuit aussi l’objectif d’améliorer le dialogue avec les autochtones. «Les requérants ont noté entendre plus de «bonjour» dans la rue, en particulier de la part des personnes avec qui ils ont travaillé.» Il distingue trois phases. La première, caractérisée par un encadrement «très serré» des requérants, cause une pénalité financière. La deuxième, qui repose sur leur autonomisation, s’avère «peu adaptée», dans la mesure où elle s’adresse à des individus privés d’activités – et donc de rythme – depuis longtemps.

Programme trop long?

La troisième se profile comme la plus prometteuse. Elle consiste à confier le suivi du programme à l’équipe d’encadrement du centre. Laquelle garantit le relais avec le personnel communal. Un procédé «relativement simple et facile à mettre en place dans les villes ayant un centre d’hébergement», estime-t-il. Il ressort par ailleurs de ce test des difficultés liées à sa durée. Un constat établi à la lueur de l’action plus compacte et «dépourvue d’aspects négatifs» menée aux Diablerets ( lire encadré).

Municipalité indécise
Notons que sur la quinzaine de recrues enrôlées, il n’en reste que dix à l’issue de l’aventure. «Une personne a été transférée, une a trouvé du travail, deux n’ont pas souhaité continuer. Un choix qui tient peut-être à leur origine anglophone, car le personnel communal ne parle que français.» A la question de savoir si l’expérience sera reconduite, à Bex ou ailleurs, Pascal Rochat se retranche dans sa réserve. Noeud du problème: le financement, jusque là assuré par la fondation. Renseignement pris auprès du syndic Michel Flückiger, la Municipalité ne s’est pas encore concertée sur l’opportunité d’y mêler ses deniers: «Nous attendons le bi-lan final pour prendre une décision.» Ce programme a éveillé l’intérêt d’autres communes du canton. Et dans l’intervalle, la Fareas a identifié d’autres applications, «plus sociales, moins techniques», note Pascal Ro-hat. Exemple? «Une cafétéria du troisième âge. Lequel ajoute: «Nous veillons juste à ne pas entrer en concurrence directe avec l’économie privée.»


Aux DIABLERETS, expérience è rééditer
«Cela a bien été perçu par la population et les requérants d’asile ont trouvé le travail gratifiant.» Quelques jours après le retrait de cette main-d’oeuvre engagée sur le front de la remise en état des Diablerets, Philippe Pichard imagine sans peine rééditer l’expérience. Pourquoi ne pas la solliciter à l’avenir, «dans le débroussaillage des pâturages, par exemple, plutôt que les bûcherons», cogite le municipal d’Ormont-Dessus. Un tel programme convainc aussi Pascal Rochat pour son caractère compact: «L’encadrement est plus facile à organiser sur deux semaines que trois mois.» D’où son idée d’explorer à l’avenir des actions plus ciblées.

Le pape a préparé son message de soutien aux réfugiés

« Migrations, un signe des temps » : c’est le titre du message de Benoît XVI pour la 92e Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, fixée au 15 janvier 2006.

Ce message sera présenté vendredi prochain, 28 octobre, au Vatican, par le cardinal Stephen Fumio Hamao, président du conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des personnes en déplacement, et par Mgr Agostino Marchetto, secrétaire.

Le pape Benoît XVI a déjà attiré l’attention sur cette question lors de l’angélus du 19 juin dernier, à la veille de la Journée mondiale du Réfugié : il demandait des gestes concrets d’accueil envers les millions de personnes qui ont été forcées de quitter leur patrie.

Personne ne doit se sentir étranger dans l’Eglise, avait déclaré l’évêque de Rome, dans son allocution avant la prière de l’Angélus, en présence de plusieurs dizaines de milliers de pèlerins rassemblés place Saint Pierre...
Lire le communiqué de catholique.org dans son intégralité

mardi 25 octobre 2005

Un formulaire sème le trouble chez les requérants

Martine Clerc dans 24heures rapporte une nouvelle mesure administrative qui est vécue comme un harcèlement supplémentaire dans la vie des requérants:

Depuis la semaine dernière, le canton émet un nouveau formu-laire limitant la marge d’inter-prétation des juges en matière d’application des mesures de contrainte.

Depuis des mois, la Coordination Asile Vaud condamne la pression exercée sur les requérants déboutés du groupe des «523» afin de les pousser à accepter l’aide au retour. Hier, en conférence de presse, c’est la nouvelle formule des attestations de départ attribuées aux requérants qui a été sévèrement critiquée. Motif du grief: le document en question «casse» la marge d’interprétation des juges en matière d’application des mesures de con-trainte. «Désormais, explique Bruno Clément, membre de la Coordination, le départ du requérant débouté est exigible dès l’échéance de son délai de départ fixé par les autorités fédérales, des mois ou des années plus tôt. Dans le formulaire précédent, c’est la date de prolongement du séjour qui était probante et sur laquelle pouvaient s’appuyer les juges. C’est seulement après cette date que les mesures de contrainte étaient susceptibles d’être appliquées.»
«Volonté de contourner la justice»
Pour la Coordination Asile, ce nouveau document est ainsi «une volonté affirmée de l’administration de contourner la justice, de casser la marge de manoeuvre des juges». Et Bruno Clément de citer une décision de justice remontant au 5 octobre dernier. Une juge de paix a en effet refusé d’envoyer un requérant débouté libanais au Centre de détention de Frambois. Elle s’est basée sur l’attestation émise par le Service de la population (SPOP) stipulant que son séjour était prolongé jusqu’à la fin du mois et qu’il n’était ainsi pas possible de le renvoyer le 5 octobre.
Explications du Départe-ment des institutions et relations extérieures (DIRE), via son délégué à la communication Frédéric Rouyard: «L’ancien formulaire a été mal interprété par de nombreuses personnes, notamment une juge de paix. Le SPOP l’a modifié afin de lever toute ambiguïté à l’avenir.» Et à l’intention des femmes et des mineurs — jusqu’alors épargnés par les mesures de contrainte — et qui ont également reçu le document «menaçant», il nuance: «Un document standard a été utilisé pour tous, alors que, conformément à la législation fédérale, les mineurs ne peuvent pas être soumis aux mesures de contrainte. Un document spécifique vient donc d’être élaboré pour eux.» La pratique actuelle ne devrait de même pas changer pour les femmes, notamment les femmes kosova-res isolées, bénéficiant officiel-lement de la suspension des mesures de contrainte.

Forte hausse du nombre de nouvelles demandes

Les agences de presse annoncent toutes de fortes hausses du nombre de demande d'asile pour septembre 2005. Il y a quelques semaines à peine, Christoph Blocher se targuait du fait que la baisse était la preuve de la réussite de sa politique. On voit bien qu'il n'en est rien. Les flux dans l'asile dépendent avant tout de la situation internationale.

Lire la dépêche de l'ATS

Extrait de la dépêche d'AP
21,1% de plus qu'en août - Poussée migratoire en provenance d'Afrique -
Berne (AP) En raison d'une poussée migratoire en provenance d'Afrique, les demandes d'asile en Suisse ont sensiblement augmenté en septembre dernier. On en a enregistré 1.081, soit 189 ou 21,2% de plus qu'en août, selon les chiffres publiés lundi par l'Office fédéral des migrations (ODM). La hausse est surtout due à l'arrivée de ressortissants de Somalie, d'Ethiopie et d'Erythrée.
Le nombre important de migrants africains qui ont rejoint l'Europe cet été, par le sud de l'Italie ou par l'Espagne, explique en partie cette augmentation. L'afflux se répercute en effet deux à quatre mois plus tard sur les statistiques d'asile suisses. Il est vraisemblable que ces migrants cherchent avant tout un avenir économique en Europe, observe l'ODR. «Les autorités suisses vont traiter leurs demandes avec toute la célérité voulue lors de leur séjour dans les centres d'enregistrement et exécuter, dans les plus brefs délais, les renvois nécessaires».

lundi 24 octobre 2005

L'immigration à des limites

Dans le courrier des lecteurs de 24heures, le député UDC François Brélaz explique très clairement les raisons du "profilage ethnique" dont sont victimes les requérants d'origine Africaine. Désormais, selon ce député, il faudra qu'une personne menacée qui a la peau noire soit au préalable formée et qu'elle paye des impôts pour être acceptée en Suisse.

»En réponse à l’«Opinion» de M. Innocent Naki intitulée «Pourquoi cette décision est arbitraire!» ( 24 heures du 20 oc-tobre 2005):
M. Innocent Naki, enseignant et écrivain africain, s’insurge contre les «expulsions massives» dont sont victimes les demandeurs d’asile, notamment africains. Or, les Africains, qu’ils soient des NEM (non entrée en matière) en Suisse ou qu’ils tentent de parvenir en Europe par les enclaves espagnoles de Mellila et Ceuta, sont des réfugiés économiques et non politiques.
Si la Suisse a besoin d’une certaine immigration, celle-ci doit être choisie et non subie. Les immigrés doivent être des gens avec une formation, qui paient des impôts, et non des gens sans formation professionnelle qui navigueront entre petits boulots et aide sociale.
Voilà quelques mois, la Conférence romande et tessinoise des offices cantonaux de l’em-ploi a publié des statistiques intéressantes. On y apprend que la communauté africaine connaît un taux de chômage de 30%, le plus élevé de toutes les communautés. Pour ces gens, la durée moyenne de recherche d’un emploi est la plus longue (355 jours).
D’autre part, avant d’accepter tous les miséreux du monde entier, il faut se préoccuper des sans-emploi suisses et étrangers en situation légale. Ainsi, fin juin 2005, à Renens, si on additionne les chômeurs, les personnes qui ne sont pas au chômage mais cherchent un travail et les bénéficiaires du revenu minimum de réinsertion (personnes qui devraient en principe chercher un emploi), on recense 1220 travailleurs potentiels. Cela représente 11,8% de la population active. Quand il y a autant de demandeurs d’emploi dans une des plus grandes communes du canton, il est normal d’être restrictif à l’égard des personnes non qualifiées provenant de pays extraeuropéens.

Renvoyé de Suisse, il croupit en prison au Yémen

Didier Estoppey dans Le Courrier nous révèle un nouveau drame vécu par un requérant d'asile expulsé par les autorités Suisse.

Arrêté à son atterrissage à Sanaa à bord d'un vol parti de Genève, un requérant yéménite débouté croupit depuis dix jours en prison. Berne est intervenu en faveur de sa libération. Jusqu'ici en vain.

«En cas de renvoi, je vais disparaître dans les prisons yéménites comme tant d'autres opposants au régime actuel.» Ainsi s'exprimait Ihab Alariki dans une ultime supplique adressée, le 14 septembre dernier, à l'Office fédéral des migrations (ODM). La suite des événements semble cruellement lui donner raison: renvoyé de Suisse le 13 octobre, avant même d'avoir eu le temps de contester un nouveau refus de sa demande d'asile après moult recours et demandes de reconsidération, l'homme a été arrêté dès son arrivée à l'aéroport de Sanaa, la capitale yéménite. Et croupit depuis lors en prison.
Arrivé en Suisse en novembre 2000, et vivant depuis lors à Genève, M. Alariki, 34 ans, avait motivé sa demande d'asile par les ennuis que lui avaient valu dans son pays des liens supposés – qu'il réfute – avec un parti d'opposition. Le 20 septembre, la police genevoise a tenté une première fois de mettre à exécution l'ordre d'expulsion venu de Berne. Mais le requérant a manifesté son refus suffisamment fort pour que le pilote refuse de l'embarquer à bord du vol prévu.


La femme et les enfants d'abord


La suite n'a pas tardé: le 4 octobre, c'est à 4 heures du matin que la police se présente au domicile de sa famille, pour embarquement immédiat. M. Alariki, lui, avait pris la précaution de se planquer chez des amis. Ce qui n'a pas empêché les forces de l'ordre d'expulser Madame et ses deux enfants, dont un bébé de 16 mois. «Je n'ai même pas emporté de bagages, raconte l'épouse, que nous avons pu joindre à Sanaa. J'étais convaincue qu'on ne nous renverrait pas sans mon mari.» C'est accompagnée de deux fonctionnaires de l'ODM qu'elle a fait le voyage du retour.
Son mari a suivi, de guerre lasse, après s'être rendu aux autorités genevoises. «Il n'aurait pas dû rentrer, mais il n'était plus dans son état normal depuis le renvoi des siens, confient des proches à Genève. Il nous a dit qu'il n'avait plus le choix, que la Suisse aussi était devenue une prison pour lui.»
Son retour n'en est pas moins considéré comme purement volontaire par le responsable du domaine de l'asile à l'Office cantonal de la population, Bernard Ducrest. Même s'il a d'abord fallu pousser le reste de la famille dehors... «Nous avons eu de multiples contacts avec ces gens pour chercher à préparer leur retour. A Genève, nous avons des procédures plutôt soft. Mais, à un moment donné, il faut bien appliquer les décisions, sinon personne ne rentrerait...» Mais quid de l'arrestation de Monsieur? «La responsabilité de vérifier l'exigibilité du renvoi incombe à l'autorité fédérale», rappelle M. Ducrest.
L'autorité fédérale, elle, commence par s'étonner de notre appel. «Il n'y a qu'un ou deux rapatriements par année vers le Yémen, et tout s'est toujours bien passé, nous affirme d'abord le porte parole de l'ODM, Dominique Boillat. Nous n'avons eu connaissance d'aucun problème concernant ce monsieur.»


Berne intervient

Mais, depuis l'affaire d'un requérant birman toujours en prison depuis son rapatriement de Suisse, il y a plus d'un an, qui avait défrayé la chronique, on prend tout risque de dérapage au sérieux. Vérification faite auprès de la mission permanente du Yémen, à Genève, l'ODM a obtenu vendredi, après nos premiers appels, la confirmation de la détention de M. Alariki. «Il semble qu'on lui reproche un passé pénal en Suisse, indique M. Boillat. Son dossier est pourtant totalement vierge. Le fait que nous ayons raccompagné Madame a peut-être été interprété comme une mesure policière qui a éveillé les soupçons des autorités yéménites. Nous avons immédiatement entrepris des démarches afin de lever ce malentendu. La mission du Yémen a bon espoir qu'il sera libéré dans les jours qui viennent.»
Dans la communauté yéménite de Genève, on est moins optimiste. On évoque un autre cas récent de requérant arrêté au Yémen à son retour de Suisse. Une rumeur réfutée par l'ODM, qui affirme n'avoir connaissance d'aucun cas similaire à celui de M. Alariki. Nos interlocuteurs yéménites craignent également que le fait de demander l'asile à l'étranger soit interprété par le gouvernement de Sanaa comme un aveu de culpabilité ou une trahison. A Amnesty International aussi, on se montre prudent. Sans pouvoir se prononcer sur le cas de M. Alariki, Denise Graf, responsable des questions d'asile au sein de la section suisse, indique avoir été amenée à intervenir, à deux reprises, contre des décisions de renvoi de Yéménites. «Le Yémen ressemble un peu à Guantanamo. Beaucoup de gens y sont détenus au secret, sans accès à aucun moyen de défense.»
M. Alariki n'a pas encore disparu dans les geôle yéménites. Son épouse a pu lui rendre visite mercredi dernier. Mais malgré l'optimisme de l'ODM et de la mission yéménite à Genève, elle attendait toujours hier soir sa libération... «Cela fait deux jours qu'on me dit 'demain peut-être'. Mes enfants s'impatientent et sont très inquiets.»


Nouveau renvoi en vue

Du côté des milieux de défense des requérants d'asile aussi, l'affaire laisse un goût très amer. Le Genevois Michel Ottet, du réseau Elisa, se dit scandalisé de la manière dont la famille de M. Alariki a été renvoyée, et encore plus de la légèreté avec laquelle son cas a été traité. «Son arrestation prouve que ses craintes étaient fondées. Nous allons demander son retour. L'affaire m'inquiète d'autant plus que les autorités genevoises s'apprêtent à exécuter le renvoi d'un autre requérant yéménite débouté. J'espère que, après ce qui vient de se passer, elles sauront y renoncer.»

Naufragés d'Afrique sur nos terres

Voici un excellent article de Christian Leconte, publié samedi dernier dans Le Temps, qui rapporte le témoignage de jeunes requérants Africains. D'autres témoignages du même genre peuvent être consultés dans les pages "Quand on NEM..." dans la colonne de droite; toutes ces histoires témoignent également de cette politique officielle de "profilage ethnique" dont nous parlait récemment Didier Estoppey
Les images de milliers d'immigrés africains escaladant les grillages de Ceuta et Melilla ont bouleversé le monde. Qui sont ces hommes? Que fuient-ils? Où vont-ils?

Les passeurs ont dit à Emmanuel le Libérien qu'il fallait mentir sur son âge «parce qu'en Suisse c'est une question vitale». S'il est majeur, il est un requérant d'asile comme un autre, sans réel droit, menacé d'être expulsé à tout moment.
Emmanuel a retenu la leçon. «J'ai 16 ans», soutient-il. Mineur donc. La loi le protège, il a même le droit d'aller à l'école.
Mais les Suisses ont trouvé une parade: le test osseux (radiographie du poignet) qui déterminerait l'âge. Au Centre d'enregistrement des requérants d'asile (CERA) de Vallorbe, le verdict est tombé: «Vous avez environ 20 ans.»
Tous la même histoire
Emmanuel a dit que c'était faux. Il a fait un recours puis est entré en clandestinité. Il traîne en ce moment à Lausanne. Dort dehors ou dans un sleep-in lorsqu'une bonne âme lui glisse 5 francs. Il retrouve là d'autres naufragés, tout aussi dépourvus. Africains, pour la plupart.
«Je n'aime pas ces endroits-là parce qu'on a tous la même histoire et c'est bien à cela que je voulais échapper, la même histoire, les mêmes guerres, la même misère.» Les bancs des gares, c'est mieux. La solitude est sa force. Il brave l'indifférence et «la police qui insulte et fouille partout, même dans le plus intime du corps pour savoir si on trafique de la drogue.»
Emmanuel a quitté le Liberia en guerre en 2002. Parents morts, le frère et la soeur morts. Des voisins ont vu le gamin assis par terre. Ils ont donné de l'argent pour qu'il se sauve en pick-up via le Mali.
La grande traversée
Début de la traversée qui va durer deux années. C'est la moyenne pour les «clandos». «Je ne savais pas où j'allais. Alors des types m'ont dit: on va tous vers l'Europe, toi aussi.» Plusieurs escales pour se renflouer en argent et obtenir de faux papiers: Agadez au Niger, Tamanrasset en Algérie.
«A Agadez, on loge dans des cases et on fait n'importe quoi comme travail.
Je suis resté six mois», se souvient Emmanuel. Quand l'argent nécessaire est réuni, il faut attendre qu'un pick-up soit rempli pour poursuivre le voyage. L'attente peut durer un mois. «Ils entassent 30 personnes sur les camionnettes bourrées de produits de contrebande, relate-t-il. A Bordj Mokhtar, à la frontière algérienne, d'autres guides nous prennent en charge.
Ils connaissent parfaitement les coins d'eau dans le désert et sont informés sur les itinéraires des patrouilles de surveillance. Ils donnent notre argent pour que les gendarmes ferment les yeux. Les passeurs roulent vite, il faut bien s'accrocher. Quand une personne tombe, le camion ne s'arrête pas. Celui-là va mourir. On sait cela, ça fait partie du contrat.»
Esclaves à Tamanrasset
Tamanrasset, au Sahara. Un ghetto, une plaque tournante. Des milliers d'Africains y séjournent. Emmanuel reste là une année.
«J'ai compris là-bas que nous étions des esclaves, se souvient-il. Pour gagner de l'argent et continuer la route, on travaille pour les Algériens de Tamanrasset. On est leurs domestiques. On gagne 100 dinars par jour (2fr.50) à creuser des trous ou à faire de la lessive. Des femmes se prostituent. Il y a des réseaux qui fonctionnent bien, tout est prévu. Des hommes de Tamanrasset s'occupent d'elles avec les passeurs.»
Tamanrasset est une étape à travers les immenses étendues désertiques. Puis un jour, un autre pick-up direction Ghardaïa et Alger ou Oran. Un choix à faire: tenter de rallier l'Europe via le Maroc ou via la Tunisie. Emmanuel opte pour la Tunisie car les Marocains sont «sans pitié»: «Ils raflent les gens et les abandonnent en plein désert», apprend-il.
En Suisse, où la guerre finit
Une nuit, un bateau pour Lampedusa, une île italienne au sud de la Sicile. Les frêles esquifs souvent chavirent et les corps échouent sur les plages. Le sien soutient les vagues.
Entrée illégale dans l'espace Schengen. Une automobile conduite par un «frère africain» le remonte vers la Suisse, «le pays de la Croix-Rouge qui sait ce qui se passe dans ton pays», a assuré le passeur.
Mais à Vallorbe, un cassant NEM (non-entrée en matière) a estampillé le dossier Emmanuel. Peu de chances désormais qu'un second examen désavoue le premier car le Liberia vient de voter: «La guerre est finie, vous pouvez rentrer chez vous.»
Emmanuel va monter vers l'Allemagne. Un frère lui a dit que le gouvernement avait changé et que les lois sur l'asile «allaient être plus souples».
Exil congolais
Centre de requérants de Vallorbe (CERA). Les Congolais Christian K. (26 ans) et Serge M. (31 ans) demandent l'asile politique. «Chez nous, on est comme des animaux dans la vie», résument-ils. Christian ne sait pas si son père est encore en vie. «Je vivais du commerce d'or mais la police m'avait à l'oeil à cause de mon père qui faisait de la politique. On me cherchait alors j'ai fui», dit-il.
Pour 3500 dollars américains, il a loué un faux passeport avec un vrai visa Schengen et on lui a fourni un billet d'avion Kinshasa-Rome. Serge, voix douce et profil d'intellectuel, a fait de la prison «pour activités subversives». Il militait dans un parti d'opposition, l'Union démocratique pour le progrès, «contre Mobutu puis contre Kabila».
«J'intervenais souvent dans ce qu'on appelle chez nous les lieux de débat public: on choisit un passage fréquenté dans la ville et on prend à témoin la foule», explique-t-il.
Arrestation, cachot puis liberté provisoire. Serge prend à nouveau la parole. Nouvelle arrestation, passage à tabac, travaux forcés, évasion. Il se procure, moyennant 3200 francs, un passeport d'emprunt. Dans la capitale italienne, un passeur congolais récupère les passeports qui seront renvoyés au pays. Des caches abritent les clandestins quelques jours.
Puis Christian, Serge et d'autres montent en Suisse dans une fourgonnette qui roule de nuit. Prix: 300 euros.
Coupés du monde
Pourquoi la Suisse? «Parce qu'ils parlent français et qu'il y a du travail.»
Pourquoi pas la France? «A cause de Sarkozy.»
A Vallorbe, les sorties hors du centre sont limitées, les types de la sécurité n'ont pas le droit de leur sourire mais on leur donne à manger. Ils ont passé des radios, ont été vaccinés, lavés et interrogés. Ils attendent.
Savent-ils ce qui s'est passé dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla? «Non, ici on est coupé du monde.»
Le CERA se trouvait jadis à Genève mais trop d'associations rôdaient autour,alertaient l'opinion sur la misère des requérants déboutés. Vallorbe est
plus lointaine, plus reculée. L'Aracoh, une organisation, les épaule. On sert le café et des croissants, on parle d'aide juridique.
Diallo, envoyé par sa famille
Diallo, un jeune Guinéen, est lui aussi passé par Vallorbe. Il vit aujourd'hui à Lausanne, clandestinement. Il a épuisé les recours, dort dehors ou en foyer, travaille parfois au noir, passe au Point d'appui, un local qui offre des repas et où «des gens bien écoutent».
Diallo raconte que sa famille l'a envoyé au Nord «parce qu'un salaire européen fait vivre longtemps plusieurs personnes guinéennes». Tout le monde se cotise et on fait voyager le plus robuste ou le plus malin.
Pas question pour ce dernier d'échouer. Un retour au pays n'est envisageable que si fortune est faite. Rentrer plus pauvre jette l'opprobre sur toute la famille.
Diallo dit qu'il a passé trois semaines dans les soutes d'un bateau qui a accosté en Italie. Trois semaines à boire de l'eau sale et manger de la farine. «Quand on me relate toutes ces histoires, au Maroc, dans le désert ou sur la mer, j'ai honte, confie une bénévole. Je me dis surtout qu'on devrait donner au moins une chance à ceux qui ont voyagé plusieurs années et ont risqué à maintes reprises leur vie pour arriver jusqu'ici.» Diallo a été lui aussi prié de quitter le territoire. Avec pour seul papier un carnet de vaccination suisse.


Selon le HCR, le nombre de réfugiés dans le monde est en baisse constante
depuis quelques années: 17 millions début 2004. Les pays du Sud sont
beaucoup plus confrontés à la question de l'asile que l'Europe. Ces dix
dernières années, sept réfugiés sur dix auraient trouvé l'asile dans un pays
du Sud alors qu'en Europe le nombre de requérants d'asile a baissé de 22% en
2004. En Suisse, 2004 représente l'année où le nombre de demandes déposées a
été le plus faible depuis vingt ans avec 14248 demandes.

samedi 22 octobre 2005

La Fareas renonce à doper l’accueil aux casernes

24heures dans son édition Nord Vaudois confirme que le nombre de NEM qui utilise les locaux d'Yverdon est bien inférieur à ce qui avait été prévu.

Voici l'article de Frédéric Ravussin:
Les discussions entre la Munici-palité et la Fareas se poursui-vent. Elles ont cependant pris un jour nouveau, puisqu’une augmentation du nombre de places d’accueil pour les per-sonnes frappées d’une non-en-trée en matière (NEM) aux anciennes casernes n’est plus d’actualité. Sous certaines con-ditions — aujourd’hui remplies ( lire encadré) —, les négocia-tions auraient pu reprendre avec la fondation qui souhaitait initialement avoir la possibilité de porter cette capacité à une huitantaine de places. Mais à son grand étonnement, la Fa-reas a constaté que le nombre de NEM demandant un héber-gement n’était pas aussi élevé qu’elle ne l’avait imaginé.
A Yverdon, ils ont été au maximum 56 à passer la nuit aux anciennes casernes, exploi-tées depuis le 16 août. Et au minimum 29. Ces dernières se-maines, les NEM ont été entre 40 et 53 à séjourner sur le site. En moyenne, leur nombre reste donc en deçà du seuil maximum fixé. «Car c’est bien une moyenne plutôt que des pics qu’il s’agit de prendre en considération», affirme le di-recteur de la Fareas, Pierre Imhof.

Départ en janvier confirmé
L’extension de la capacité d’accueil du site sera-t-elle à nouveau à l’ordre du jour d’ici à un mois, quand les nuits se-ront plus fraîches? «On s’est rendu compte à Lausanne que cela n’avait pas d’influence. Mais quoi qu’il en soit, nous serons alors tout proches de la date de départ fixée», poursuit-il.
Pierre Imhof a en effet réaf-firmé hier que la structure yver-donnoise serait libérée, comme convenu, dans le courant du mois de janvier. «Nous plan-chons actuellement sur quel-ques variantes pour accueillir les NEM «yverdonnois» à ce moment-là. Toutes se trouvent à Lausanne.» Le nombre de requérants d’asile — NEM y compris — n’a pas augmenté depuis une année dans la Cité thermale. Au 1er décembre 2004, ils étaient 775 relevant de la Fareas, contre 752 le 1er oc-tobre dernier.

Bientôt moins?

Quoi qu’il en soit, la contri-bution de la Cité thermale est toujours très importante en comparaison avec d’autres vil-les du canton, et notamment de La Côte. A elles seules, Lau-sanne, Vevey et Yverdon hé-bergent le 50% des requérants d’asile vaudois! Mais la donne pourrait bientôt changer, à la faveur de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’aide aux requérants d’asile et à cer-taines catégories d’étrangers (LARA), l’an prochain. «Je prendrai alors mon bâton de pèlerin pour aller à la rencontre de certaines communes qui col-laborent moins facilement qu’Yverdon», promet le direc-teur de la Fareas.

L'art de fabriquer des faux requérants...

Didier Estoppey en première page du Courrier relève la parution d'une étude d' universitaire stagiaire au CSP qui démontre statistiquement que le système fabrique des "faux requérants" grâce à un "profilage ethnique".

La Côte d'Ivoire, la Guinée, la Guinée Bissau, la Sierra Leone, le Liberia ou le Nigeria: des pays qui n'ont pas précisément l'image de paradis sur terre. Et qui, même s'ils peinent à faire la Une des médias occidentaux, figurent régulièrement en bonne place dans les rapports d'Amnesty international pour les dictatures sanglantes, les guerres civiles ou les violences généralisées qui les rongent. Et qui provoquent leur lot d'exilés, dont certains viennent tenter leur chance en Suisse.
Pour trouver porte close: selon les statistiques officielles, les ressortissants de ces six pays d'Afrique de l'Ouest ne sont que 1 sur 200, en moyenne, à obtenir l'asile, et 3 sur 100 une admission provisoire. Contre un taux moyen d'acceptation, tous pays confondus, de 8% (28 % pour les admissions provisoires).
Inégalité de traitement? «Discrimination», répond Gaétan Nanchen, au terme d'une étude fouillée[1]. Ce jeune licencié en sciences politiques a mis à profit un stage au Centre social protestant de Genève pour se pencher sur les dossiers d'une centaine de requérants ouest-africains. Et chercher d'autres réponses à une question à laquelle l'Office fédéral des migrations (ODM), par ses décisions, semble trancher pour l'affirmative: «Tous les Africains de l'Ouest seraient-ils des menteurs?»
Le chercheur n'exclut pas qu'une proportion de requérants, qu'il ne lui appartient pas de quantifier, affabulent. Mais il n'en reste pas moins frappé par le «décalage extrêmement surprenant» entre des situations qui ne peuvent manquer d'authentiques persécutés et un taux d'acceptation proche du néant. Sur une cinquantaine de pages, il se livre à une analyse serrée des questions auxquelles sont soumis les requérants africains, pour démontrer à quel point elles sont très souvent «ethnocentriques». Les fonctionnaires de l'ODM s'échinent notamment à obtenir des renseignements chronologiques précis, qui échappent souvent à des cultures africaines développant une tout autre notion du temps. De même, les perceptions de l'espace par les requérants sont souvent incompatibles avec des batteries de questions dignes de l'Office topographique fédéral.
Mais il y a plus pervers: en l'absence de réponse précise, les interrogateurs finissent par la formuler eux-mêmes. Et le requérant par acquiescer, au risque d'entrer en contradiction avec des propos tenus plus tôt. «L'expérience générale de la vie» est un autre concept souvent invoqué par l'autorité pour motiver ses refus. Une expérience au nom de laquelle les fonctionnaires peinent souvent à croire, entre autres, que des requérants africains aient pu, comme ils le prétendent, soudoyer leurs gardiens et prendre la poudre d'escampette. C'est pourtant exactement ce qui est arrivé en 1983 avec Licio Gelli à Champ-Dollon, rappelle Gaétan Nanchen...
Reste une dernière option pour les candidats qui auraient su se défaire de toutes ces chausse-trapes: leur donner le choix entre deux options... perdantes. L'auteur cite le cas de deux requérants, l'un étant passé prendre des nouvelles de sa famille entre son évasion de prison et son départ du pays, l'autre pas. On a rétorqué au premier qu'il était invraisemblable qu'il ait pris un tel risque avant de fuir. Et on s'est étonné que le second se soucie si peu des siens...
Une mécanique infernale, conclut Gaétan Nanchen, et qui s'auto-alimente: «Ces rejets massifs et successifs engendrent un processus de généralisation, un effet de système dans lequel l'habitude crée une logique de refus.» Une logique qui porte un nom: le racisme.

vendredi 21 octobre 2005

Pourquoi cette décision est arbitraire

Voici la libre opinion d'Innocent Naki, professeur, publiée dans 24heures le 20 octobre

L’adage africain dit: «Le lézard qui se tranche les oreilles avant de rejoindre l’arène du combat veut donner un signal clair: il sera intraitable.» Contre sa propre nature, le conseiller fédéral Christoph Blocher vient de participer à l’acceptation par le peuple suisse de la libre circulation des personnes issues des nou-veaux pays de l’Union euro-péenne.
Qui peut alors formuler la moindre protestation à Bruxelles lorsque le même Christoph Blocher propose et obtient une dégradation totale des condi-tions de vie des requérants d’asile, essentiellement issus du continent africain?
Son porteur de thé, Yvan Perrin, déclare régulièrement, en parlant de ceux qu’on appelle pompeusement «illégaux», que «leur simple présence sur le territoire suisse constitue en soi un délit».
Parlons-en, justement.
Pour se rendre dans un pays africain, le citoyen helvétique, dans la majeure partie des cas, obtient le visa demandé, par voie postale, bien collé dans son passeport. Il en est de même pour l’Américain ou le Canadien, pour me limiter à ces deux exemples, qui veut se rendre en Suisse.
A l’inverse, il est absolument impossible, pour le ressortissant africain qui a des raisons tout aussi valables de venir ici, quelle que soit sa situation financière ou son niveau de formation, de pouvoir obtenir le moindre visa.
Ma propre expérience justi-fie mes affirmations. Le visa me fut refusé à trois reprises alors que je remplissais toutes les conditions que m’avait fixées l’ambassade de Suisse en Côte d’Ivoire.
Peut-on décemment traiter d’illégales ces personnes qui n’ont aucune autre possibilité que la voie détournée? Qu’un Américain qui, pour une raison ou pour une autre, n’a pas envie de prendre un visa et se cache dans la soute d’atterris-age d’un avion se fasse traiter d’illégal et expulser manu militari me semble juste, parce qu’il a le choix. Mais qu’un Ivoirien, un Malien, un Congolais, un Burkinabé subisse des violences en tout genre pour avoir emprunté la seule voie qui lui reste me semble très arbitraire.
L’UDC blochérienne me dira qu’on ne peut pas pour autant admettre en Suisse tou-tes les misères du monde et que la Suisse a le droit de choisir ceux dont elle a besoin et de repousser les autres.
Un raisonnement partielle-ment tordu, voici pourquoi.
Nombre de pays occiden-taux, dont la Suisse, continuent d’exporter des missionnaires chrétiens vers le continent africain malgré le fait que les églises et autres cathédrales européennes attirent désor-mais leurs visiteurs, beaucoup plus pour les prouesses archi-tecturales de leurs concepteurs que pour l’attrait de l’Evangile. L’Afrique n’a pas de crise de vocation chrétienne et ces missionnaires ne sont pas pour autant repoussés.
Là encore, on me dira que l’Eglise essaie de se moquer de la charité, car ces missionnaires participent à la croissance économique du continent africain. C’est vrai. Mais le simple citoyen malien qui vient d’être violemment reconduit de Zurich et qui doit, dans son pays, végéter dans un taudis jouxtant la somptueuse villa du coopérant français, allemand ou suisse ne fait pas de distinction. La population africaine de Suisse se sent parfois incom-prise du fait d’un dialogue difficile. Des Africains bien formés et capables de se faire entendre sont pourtant systématiquement interdits d’entrer en Suisse. Même si le droit à la vie ne devrait pas être proportionnel à la taille du quotient intellectuel, une ouverture, même limitée et ponctuelle envers cette frange de Noirs, serait déjà un geste… bien notable!

«Ma propre expérience justifie mes affirmations»