Issu du même article de la Tribune de Genève, voici une intéressante chronologie des migrations étrangères dans notre pays depuis le début de l'industrialisation:
Seconde moitié du XIXe siècle: l'industrialisation progressive transforme la Suisse en pays d'immigration.
Les premiers migrants viennent essentiellement des pays frontaliers (Allemagne, France Autriche).
1890: pour la première fois, le nombre d'immigrants surpasse le nombre d'émigrants.
1900-1914: le nombre d'étrangers ne cesse d'augmenter. C'est la prédiode du boum de l'horlogerie et du textile. Les immigrants viennent des pays limitrophes, mais aussi de Pologne.
1910: le pourcentage des étrangers avoisine les 15%. Ils se concentrent essentiellement dans les villes. Genève compte alors 42% d'étrangers.
Première Guerre mondiale: nombre d'étrangers rentrent chez eux en raison de la crise.
Entre-deux-guerres: La Suisse introduit un visa d'entrée. Contrôle de plus en plus strict des étrangers.
1934: La Loi sur le séjour et l'établissement des étrangers est promulguée. Les trois catégories de permis y figurent: saisonnier, annuel et d'établissement.
1940: En raison des limitations, la Suisse ne compte qu'un peu plus de 5% de population étrangère.
1948: Un accord est conclu entre la Suisse et l'Italie, marquant le début d'une immigration massive. Des permis saisonniers sont ensuite octroyés aux Espagnols (dès 1961).
1963-1973: Des tentatives de plafonnement du nombre d'étrangers émergent. Premières initiatives populaires xénophobes. Système de contingentement mis en place.
1975: la crise pétrolière frappe durement les emplois occupés par les étrangers.
1985-1992: nouvelle vague d'immigration portugaise et yougoslave.
Dès 1990: accroissement de l'immigration d'origine éloignée (Asie, Afrique, Amérique).
Dès 2000: la population étrangère est de 1 million 600 000, soit quelque 20% des Suisses.
mercredi 24 août 2005
La Suisse, terre de migration
La Tribune de Genève donne la parole à Philippe Wanner, directeur du Forum pour l'étude des migrations en Suisse dans un très intéressant article de fond.
Laissons la plume à Chantal Savioz:
Interview
Non, la Suisse, pas plus que ses pays voisins, ne doit se préparer à un flux massif de travailleurs tchèques, lettons ou polonais. Et la votation sur la libre circulation des personnes, le 25 septembre prochain, ne changera rien à l'affaire. Quant aux craintes symbolisées par le désormais célèbre «plombier polonais», elles relèvent «du pur fantasme», si l'on en croit le démographe Philippe Wanner, directeur du Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population.
Le spécialiste se base sur les tout récents chiffres fournis par les associations européennes, démontrant que ni les Polonais, ni les Hongrois, ni les Lettons ou autres Chypriotes ne se sont précipités hors de leurs pays, depuis mai 2004, date à laquelle l'UE leur a ouvert les portes. «Selon certaines projections, l'immigration des nouveaux membres de l'UE en direction des anciens membres était estimée à 3% de la population. Nous savons aujourd'hui qu'en une année, elle est demeurée nettement inférieure à 1%.»
Si l'on en croit le scientifique Philippe Wanner, la prospérité économique bien davantage que toutes autres considérations politiques motive un projet migratoire. Ce qui signifie que la main-d'œuvre des pays de l'Est intéressée par la Suisse, s'y trouve probablement déjà. Et l'issue de la votation au soir du 25 septembre n'aura que peu d'incidences sur la question.
Le concept de «libre circulation» est aujourd'hui sur toutes les lèvres. S'il devait être accepté cet accord changerait-il quelque chose dans l'immigration de notre pays?
En terme de démographie, non. Selon des simulations de l'Office fédéral de la statistique ou de fondation comme Avenir Suisse, la libre circulation pourrait faire augmenter la population étrangère (1,5 million environ) d'un millier de personnes par an. Guère plus.
Ce chiffre devra sans doute être revu à la baisse. De toutes récentes données montrent qu'il n'y a quasiment pas eu de déplacements des gens de l'Est vers les pays de l'Ouest en 2004, au moment de l'élargissement de l'UE. La conjoncture actuelle ne permet guère d'assurer au plombier polonais un meilleur niveau de vie en France que dans son pays. Le profil d'un migrant entreprenant est identique à celui d'un entrepreneur dynamique dont une économie émergente a besoin. Il a donc souvent avantage à demeurer dans son pays.
Si les populations migrent si peu, pourquoi l'Union européenne insiste-t-elle tant sur l'ouverture des frontières, la libre circulation?
La prospérité économique est liée à la diminution des frontières. En terme économique, la frontière a un coût. Son passage implique des droits douaniers, d'impositions, etc. Dans une même entité, il y a plus d'opportunités de croissance que s'il existe une multitude de blocages régionaux. Voyez, les délocalisations d'entreprises.
Par ailleurs, des pays comme l'Italie et l'Espagne n'assurent plus aujourd'hui le renouvellement des populations. Si elle veut être forte, l'Europe vieillissante a tout avantage à assimiler les pays de l'Est. Sans eux, elle ne peut tout simplement pas se faire.
Vous établissez un lien étroit entre prospérité économique et immigration. Ces paramètres sont-ils indissociables?
Ils sont en effet liés. En 1910, période de prospérité dans notre pays avec le développement de l'horlogerie ou du textile, le taux d'étrangers avoisine les 15%. Au moment de la crise en 1930, il chute brutalement à 8%. Idem après la Deuxième Guerre mondiale. A partir des années 60, alors que le taux de croissance avoisine les 5%, la population suisse côtoie 17,2% d'étrangers. Puis la crise pétrolière va provoquer une nouvelle cassure. En 1980, le pourcentage d'étrangers n'était que de 14,8.
Aujourd'hui, la Suisse compte plus de 20% d'étrangers. Est-ce à dire qu'elle se trouve dans une phase de grande prospérité économique?
L'économie ne va pas si mal. Cela dit, si le taux d'étrangers dans ce pays est actuellement l'un des plus importants en Europe (après le Luxembourg), c'est en raison de sa position centrale en Europe, de ses nombreuses organisations internationales, et essentiellement à une politique de naturalisation très conservatrice.
La population a très récemment rejeté la nouvelle loi sur les naturalisations, prévoyant l'octroi systématique de la nationalité à la troisième génération. Le peuple a refusé. La Suisse vit encore sous le régime du droit du sang, par opposition au droit du sol.
Les conflits politiques influencent-ils eux aussi les flux migratoires?
Extrêmement peu. Entre les Hongrois en 1956, les Tchèques en 68, les boat people vietnamiens en 80 et les Ex-Yougoslaves en 90, on ne parle que de quelques dizaines de milliers de personnes.
Aujourd'hui encore en Suisse, moins de 50 000 personnes relèvent du domaine de l'asile. Ce qui représente un étranger sur 30 en Suisse. Une proportion quasi marginale. Le paradoxe veut que le sujet inspire nombre de campagnes politiques, et fait donc énormément parler de lui.
Crise économique et xénophobie
Les mouvements migratoires en direction de la Suisse sont dictés par l'état de son économie. Une crise, brusque ou relative, provoque quasi automatiquement une crispation sur les frontières et tarit le flux migratoire.
Autrement dit, le nombre d'étrangers baisse. Le fléchissement économique du début des années 90 a ainsi stabilisé le nombre d'étrangers dans notre pays aux alentours de 20%. A l'instar des autres pays européens, la Suisse a connu simultanément une remontée de l'extrême droite, particulièrement virulente à l'égard des migrants. Cette période, selon le docteur en démographie Philippe Wanner, est loin d'être isolée.
Ainsi autour du krach boursier de 1930, les étrangers quittent la Suisse (voir infographie) . A la même époque paraissent aux quatre coins du pays des écrits et documents xénophobes. Les étrangers, Italiens en tête, reviendront en force après la Deuxième Guerre mondiale.
Ce sont les trente glorieuses, moment où tous les secteurs de l'économie embauchent à tour de bras. La crise pétrolière des années 70 freine brutalement cette progression. Même rejetée par le peuple, l'initiative Schwarzenbach va dicter aux autorités une politique nettement plus restrictive en matière d'immigration.
Intégration insuffisante
Selon Philippe Wanner, les crispations actuelles ou lors des précédentes crises, sont dues, pour l'essentiel, à un défaut d'intégration. «Le permis saisonnier octroyé aux Italiens dans les années 60 ne favorisait en aucun cas l'intégration.
Etaient recrutés des célibataires qui demeuraient trop peu de temps (deux ans au maximum) pour pouvoir s'exprimer dans la langue du pays», souligne encore le directeur du Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population.
L'intégration, dont la réussite repose sur l'équilibre entre l'apport d'une population étrangère et son adaptation aux règles locales, demeure encore une lointaine perspective d'avenir en Suisse. «Celle-ci s'avère problématique dans notre pays, car durant plus de 150 ans, elle est demeurée dans le giron des communes. Ce n'est que depuis 2001 qu'il existe une loi fédérale sur l'intégration», rappelle le spécialiste, tout en soulignant qu'à l'échelle de la Confédération, les moyens disponibles sont encore trop faibles.
Blocher s'autofélicite, les commentaires de la presse
C'est ainsi que Valérie de Grafenried titre son article dans le Temps pour qualifier les louanges que s'attribue Blocher pour sa politique à l'égard des requérants.
Extraits de ses commentaires:
Christoph Blocher affichait mardi une mine de gladiateur sûr de sa victoire. Venu présenter le dernier bilan de la suppression de l'aide sociale aux requérants d'asile frappés d'une décision de non- entrée en matière (NEM), il a souligné que les objectifs de la mesure étaient atteints, s'est dit satisfait de la baisse des demandes d'asile et des économies qu'elle engendre, mais ne s'est pas vraiment attardé sur ses points négatifs. Parmi ceux-ci, les frais élevés des cantons liés à la couverture de l'aide d'urgence. Plusieurs d'entre eux, Zurich en tête, se plaignent de trop devoir mettre la main au porte-monnaie...
Christoph Blocher force trop sur le rose pour dépeindre les effets de la suppression de l'aide sociale aux requérants déboutés d'office. Quand le ministre UDC souligne avec fierté que 12 000 personnes en moins relevaient de l'asile en 2004, il occulte une chose: le principe des vases communicants. Car parmi les personnes frappées de non-entrée en matière (NEM) qui «sortent» des chiffres de l'asile, beaucoup viennent gonfler le nombre des sans-papiers.
Surtout, il doit se rendre à l'évidence que les dépenses en matière d'aide d'urgence pèsent toujours plus sur les cantons. La facture dans ce domaine s'est accrue de 267% entre le quatrième trimestre 2004 et fin mars 2005. Et le déficit des cantons atteint désormais 1,5 million de francs. Zurich engloutit à lui seul 38% des dépenses totales de l'aide d'urgence.
Certes, on ne peut reprocher à Christoph Blocher de suivre une certaine logique: pour lui, les NEM doivent quitter la Suisse rapidement et les cantons n'ont qu'à se montrer plus dissuasifs s'ils veulent recevoir moins de demandes. Le problème est que cette aide d'urgence est garantie par la Constitution et, n'en déplaise au ministre, le Tribunal fédéral a récemment confirmé l'obligation de soutenir les requérants déboutés d'office dans le besoin. Voilà donc Christoph Blocher contraint d'annoncer, à contrecœur, une possible hausse de l'indemnisation de la Confédération, actuellement de 600 francs par NEM.
Le pansement proposé risque toutefois de ne soulager les cantons que pendant une courte durée. Si le parlement accepte d'étendre la suppression de l'aide sociale à tous les requérants déboutés, de nouvelles personnes viendront quémander une aide d'urgence, certaines pendant de longues semaines. Et les cantons qui refusent de rendre la vie plus dure aux NEM seront à nouveau pénalisés.
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Extraits de ses commentaires:
Christoph Blocher affichait mardi une mine de gladiateur sûr de sa victoire. Venu présenter le dernier bilan de la suppression de l'aide sociale aux requérants d'asile frappés d'une décision de non- entrée en matière (NEM), il a souligné que les objectifs de la mesure étaient atteints, s'est dit satisfait de la baisse des demandes d'asile et des économies qu'elle engendre, mais ne s'est pas vraiment attardé sur ses points négatifs. Parmi ceux-ci, les frais élevés des cantons liés à la couverture de l'aide d'urgence. Plusieurs d'entre eux, Zurich en tête, se plaignent de trop devoir mettre la main au porte-monnaie...
Christoph Blocher force trop sur le rose pour dépeindre les effets de la suppression de l'aide sociale aux requérants déboutés d'office. Quand le ministre UDC souligne avec fierté que 12 000 personnes en moins relevaient de l'asile en 2004, il occulte une chose: le principe des vases communicants. Car parmi les personnes frappées de non-entrée en matière (NEM) qui «sortent» des chiffres de l'asile, beaucoup viennent gonfler le nombre des sans-papiers.
Surtout, il doit se rendre à l'évidence que les dépenses en matière d'aide d'urgence pèsent toujours plus sur les cantons. La facture dans ce domaine s'est accrue de 267% entre le quatrième trimestre 2004 et fin mars 2005. Et le déficit des cantons atteint désormais 1,5 million de francs. Zurich engloutit à lui seul 38% des dépenses totales de l'aide d'urgence.
Certes, on ne peut reprocher à Christoph Blocher de suivre une certaine logique: pour lui, les NEM doivent quitter la Suisse rapidement et les cantons n'ont qu'à se montrer plus dissuasifs s'ils veulent recevoir moins de demandes. Le problème est que cette aide d'urgence est garantie par la Constitution et, n'en déplaise au ministre, le Tribunal fédéral a récemment confirmé l'obligation de soutenir les requérants déboutés d'office dans le besoin. Voilà donc Christoph Blocher contraint d'annoncer, à contrecœur, une possible hausse de l'indemnisation de la Confédération, actuellement de 600 francs par NEM.
Le pansement proposé risque toutefois de ne soulager les cantons que pendant une courte durée. Si le parlement accepte d'étendre la suppression de l'aide sociale à tous les requérants déboutés, de nouvelles personnes viendront quémander une aide d'urgence, certaines pendant de longues semaines. Et les cantons qui refusent de rendre la vie plus dure aux NEM seront à nouveau pénalisés.
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mardi 23 août 2005
Blocher tire un bilan positif
Pour Christoph Blocher, la suppression de l'aide sociale aux requérants d'asile frappés d'une décision de non-entrée en matière est une réussite. Contrairement à l'Organisation d'aide aux réfugiés, (et à la majorité des autres observateurs et acteurs) il tire un bilan très positif de la première année.
Lire la dépêche de l'ATS
Lire le dossier de Swissinfo
Ecoutez la séquence du Journal de midi sur La Première
Ecoutez l'interview d'Eduard Gnesa, chef de l'ODM sur La Première
Voir la séquence du TJ soir sur la TSR en qualité modem / en haute qualité
Libéré de Frambois, il part en Bosnie
C'est dans un petit encadré de 24heures que l'on apprend le sort d'une des familles de déboutés dont le père de famille avait été incarcéré la semaine passée:
Il y a en tout cas un écolier issu des «523» qui ne restera pas longtemps dans les classes vaudoises: l’un des enfants de Mirzet Comic, qui a bien fait la rentrée hier, devra repartir en Bosnie la semaine prochaine avec ses parents et sa petite sœur. Pas de mesure de contrainte finalement dans ce cas. Le 15 août, le père de 27 ans était arrêté et conduit en détention à Frambois (GE). Quelques jours après, sa femme signait au Service de la population (SPOP) une convention d’aide au retour, puis allait faire viser le document par son mari détenu. Dans la foulée, le canton acceptait de libérer samedi Mirzet Comic, ce qui s’est finalement produit vendredi. La famille recevra donc de l’argent destiné à une installation et réintégration en Bosnie. Elle doit partir pour Tuzla la semaine prochaine. Membre du comité de l’Association des survivants de la Drina-Srebrenica, Pierre Grasset a accompagné les Comic dans leurs rencontres avec l’administration: «Nous avons eu à faire à un fonctionnaire faisant son métier consciencieusement et avec humanité.» Pierre Grasset fait les mêmes constatations pour les Husic, qui étaient également soutenus par le député Vert Philippe Martinet. Le sort de cette famille-là n’est cependant pas encore scellé. Vendredi matin, une prolongation de séjour a été obtenue jusqu’au 31 août, afin d’attendre d’une part l’issue d’un ultime recours juridique, d’autre part l’évolution de la situation sur le front politique: le Grand Conseil fait aujourd’hui en effet sa rentrée et le dossier «523» est à nouveau à son menu.
Il y a en tout cas un écolier issu des «523» qui ne restera pas longtemps dans les classes vaudoises: l’un des enfants de Mirzet Comic, qui a bien fait la rentrée hier, devra repartir en Bosnie la semaine prochaine avec ses parents et sa petite sœur. Pas de mesure de contrainte finalement dans ce cas. Le 15 août, le père de 27 ans était arrêté et conduit en détention à Frambois (GE). Quelques jours après, sa femme signait au Service de la population (SPOP) une convention d’aide au retour, puis allait faire viser le document par son mari détenu. Dans la foulée, le canton acceptait de libérer samedi Mirzet Comic, ce qui s’est finalement produit vendredi. La famille recevra donc de l’argent destiné à une installation et réintégration en Bosnie. Elle doit partir pour Tuzla la semaine prochaine. Membre du comité de l’Association des survivants de la Drina-Srebrenica, Pierre Grasset a accompagné les Comic dans leurs rencontres avec l’administration: «Nous avons eu à faire à un fonctionnaire faisant son métier consciencieusement et avec humanité.» Pierre Grasset fait les mêmes constatations pour les Husic, qui étaient également soutenus par le député Vert Philippe Martinet. Le sort de cette famille-là n’est cependant pas encore scellé. Vendredi matin, une prolongation de séjour a été obtenue jusqu’au 31 août, afin d’attendre d’une part l’issue d’un ultime recours juridique, d’autre part l’évolution de la situation sur le front politique: le Grand Conseil fait aujourd’hui en effet sa rentrée et le dossier «523» est à nouveau à son menu.
Lettre aux esprits responsables
Muriel Langenberger, la responsable des programmes enfance en Suisse dans le cadre de la Fondation Terre des Hommes est aujourd'hui l'invitée de 24heures.
Voici sa lettre ouverte:
Des pères de famille sont en prison en attente d’expulsion. A l’heure de la rentrée scolaire, enfants et épouses devront les suivre bientôt, chassés dans un pays qu’ils connaissent parfois à peine. Où leur avenir est compromis.
Quelle faute ont-ils commise? Ils vivent depuis longtemps à nos côtés. Alors que des conflits déchiraient leur pays, des jeunes isolés ou des familles ont demandé la protection de la Suisse. Ils ont acquis nos usages, leurs enfants ont fréquenté nos écoles, des amitiés se sont tissées. Ils ont souvent travaillé dans la peine, tentant de surmonter les traumatismes d’avant.
En matière de renvoi, les cantons devraient se contenter d’exécuter les décisions fédérales. Soit. Mais qu’en est-il des personnes mineures et des droits les concernant? Pourquoi la Convention relative aux droits de l’enfant ne s’applique-t-elle pas avec la même rigueur que la loi sur l’asile? Notre Constitution fédérale est pourtant explicite: «La Confédération et les cantons sont tenus de respecter le droit international.1 »
La Convention des droits de l’enfant (CDE) précise clairement: «Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait (…) des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être
2 une considération primordiale. »
L’Etat doit garantir les droits convenus dans la Convention à tout enfant se trouvant sur son territoire, et cela sans discrimination3 . Ces droits appartiennent a fortiori pour un enfant réfugié ou qui cherche à obtenir le statut de réfugié, seul ou avec sa famille, en prévoyant une protection spéciale et une assistance humanitaire4 .
Que signifie la notion d’intérêt supérieur de l’enfant dans le dossier des familles expulsées? Avant d’ordonner le départ d’une famille, il faut évaluer les conséquences que cela peut avoir sur chaque enfant. Les années d’adolescence passées en Suisse, par exemple, ont une grande importance pour leur intégration, comme le Tribunal fédéral et la Commission de recours en matière d’asile5 l’ont relevé.
Il est également primordial de faire écouter l’enfant par du personnel qualifié, avant de décider d’un renvoi. L’Etat doit assurer à l’enfant, en fonction de sa maturité, le droit d’exprimer librement son opinion sur toute ques-6
tion l’intéressant . Récemment, le Tribunal fédéral a fixé la nécessité d’entendre l’enfant dès 6 ans révolus, en cas de jugement de divorce. C’est aussi dès 6 ans que des mineurs doivent être écoutés par l’Office des migrations, pour apprécier les effets d’un rapatriement dans des lieux dont ils ne savent parfois plus la langue. Le canton qui exécute une expulsion nettement plus tard entendra l’enfant à son tour, en tenant compte de son degré présent de maturité.
La Fondation Terre des hommes s’inquiète des conséquences, sur une personne mineure, de mesures de contrainte prises à l’encontre de ses parents. Il est indispensable d’analyser, pour chaque cas, les effets de l’incarcération d’un des parents sur les enfants.
Première organisation suisse d’aide à l’enfance, Terre des hommes vous demande de mettre enfin en œuvre les dispositions de la Convention des droits de l’enfant dans toute décision qui concerne les moins de 18 ans. Parce que ces familles sont ici depuis très longtemps, elles doivent pouvoir rester.
1 Constitution de la Confédération suisse, article 5 alinéa 4.
2 Convention relative aux droits de l’enfant CDE, art. 3 al. 1.
3 art. 2 CDE.
4 art. 22 CDE.
5 Revue ASYL 1996-1 et 1997-2, JICRA 1998-3.
6 art. 12 CDE.
Les vacances sont finies pour les enfants des "523"
François Othenin-Girard rend compte de la rentrée scolaire des enfants des requérants déboutés dans 24heures.
Lire l'article
Hier, une soixantaine d'enfants du groupe des requérants déboutés ont repris le chemin de l'école, une semaine après le retour sur la scène politique vaudoise du problème des «523».
La loi les expulse mais la Constitution protège leur éducation: telle est la situation ambiguë d'une soixantaine d'enfants du groupe des «523» en âge de scolarité. Le Château a voulu maintenir une ligne ferme sur les renvois mais il se veut plus tolérant lorsqu'il s'agit d'école.
Le DFJ défend «une politique qui n'a pas changé depuis les années 80» et une Constitution vaudoise (art. 36) qui garantit à tous un droit à l'école. «Les enfants y vont jusqu'au moment de leur départ, quel que soit leur statut, qu'ils soient sans papiers, déboutés, ou en attente d'une décision», explique Chantal Ostorero, collaboratrice personnelle d'Anne-Catherine Lyon. «Quand un enfant est là, l'Etat doit s'en occuper.» En revanche, la situation change quand les mineurs sortent «du giron de l'Etat», explique Philippe Martinet. Ce député Vert déplore qu'une adolescente des «523» n'ait pas pu finaliser son contrat d'apprentissage de vendeuse.
Visiblement, cette politique a eu son effet: «A ma connaissance, tous les enfants ont recommencé l'école, y compris ceux dont les familles sont installées dans le refuge de Chailly depuis la semaine dernière», estime Cesla Amarelle pour la Coordination Asile.
Au fait, combien d'enfants sont-ils concernés? Le DFJ, qui ne tient pas de registre, n'offre pas de chiffres. Même son de cloche à Lausanne: «Nous ne savons pas combien il y a d'enfants lausannois dans ce groupe», déclare le municipal Oscar Tosato.
On parle d'une soixantaine d'enfants en âge de scolarité dans un groupe de 270 personnes, dont un tiers de mineurs, selon l'organisation humanitaire Terre des hommes ( 24 heures du 19 août ).
Pour ceux qui ont choisi de se mettre à l'abri dans le refuge de Saint-Nicolas de Flue à Chailly, il a fallu trouver des solutions. Le municipal lausannois Oscar Tosato explique que, après règlement des formalités, deux élèves pourront retourner dès mercredi dans leur ancienne classe à Lausanne. «Leur droit au repas de midi sera maintenu et ils retrouveront leurs petits copains.» Par ailleurs, pour trois enfants de Vevey installés dans ce même refuge, une place sera à disposition dans une école de Chailly .
Ecoutez la séquence du Journal du Matin sur La Première, avec l'interview de Gérard Dyens, chef du Service des écoles primaires et secondaires de la ville de Lausanne.
Lire l'article
Hier, une soixantaine d'enfants du groupe des requérants déboutés ont repris le chemin de l'école, une semaine après le retour sur la scène politique vaudoise du problème des «523».
La loi les expulse mais la Constitution protège leur éducation: telle est la situation ambiguë d'une soixantaine d'enfants du groupe des «523» en âge de scolarité. Le Château a voulu maintenir une ligne ferme sur les renvois mais il se veut plus tolérant lorsqu'il s'agit d'école.
Le DFJ défend «une politique qui n'a pas changé depuis les années 80» et une Constitution vaudoise (art. 36) qui garantit à tous un droit à l'école. «Les enfants y vont jusqu'au moment de leur départ, quel que soit leur statut, qu'ils soient sans papiers, déboutés, ou en attente d'une décision», explique Chantal Ostorero, collaboratrice personnelle d'Anne-Catherine Lyon. «Quand un enfant est là, l'Etat doit s'en occuper.» En revanche, la situation change quand les mineurs sortent «du giron de l'Etat», explique Philippe Martinet. Ce député Vert déplore qu'une adolescente des «523» n'ait pas pu finaliser son contrat d'apprentissage de vendeuse.
Visiblement, cette politique a eu son effet: «A ma connaissance, tous les enfants ont recommencé l'école, y compris ceux dont les familles sont installées dans le refuge de Chailly depuis la semaine dernière», estime Cesla Amarelle pour la Coordination Asile.
Au fait, combien d'enfants sont-ils concernés? Le DFJ, qui ne tient pas de registre, n'offre pas de chiffres. Même son de cloche à Lausanne: «Nous ne savons pas combien il y a d'enfants lausannois dans ce groupe», déclare le municipal Oscar Tosato.
On parle d'une soixantaine d'enfants en âge de scolarité dans un groupe de 270 personnes, dont un tiers de mineurs, selon l'organisation humanitaire Terre des hommes ( 24 heures du 19 août ).
Pour ceux qui ont choisi de se mettre à l'abri dans le refuge de Saint-Nicolas de Flue à Chailly, il a fallu trouver des solutions. Le municipal lausannois Oscar Tosato explique que, après règlement des formalités, deux élèves pourront retourner dès mercredi dans leur ancienne classe à Lausanne. «Leur droit au repas de midi sera maintenu et ils retrouveront leurs petits copains.» Par ailleurs, pour trois enfants de Vevey installés dans ce même refuge, une place sera à disposition dans une école de Chailly .
Ecoutez la séquence du Journal du Matin sur La Première, avec l'interview de Gérard Dyens, chef du Service des écoles primaires et secondaires de la ville de Lausanne.
lundi 22 août 2005
Quand on NEM...tome 6
« Je ne souhaiterais pas
à mon pire ennemi
de vivre ce que je vis ici. »
Témoignages autour des personnes
ayant reçu une décision NEM
(Non-Entrée en Matière sur leur demande d’asile),
mises à la rue par les mesures fédérales d’allègement
Tome 6, 15 juillet 2005
A l’heure où ces témoignages paraissent, un arrêt du Tribunal administratif vaudois du 15 juin 2005 a changé provisoirement la situation des personnes ayant reçu une décision de « Non-Entrée en Matière ». Selon cet arrêt, la discrimination en matière d’aide sociale concernant ces personnes n’a aucune base légale. Cela signifie que le Canton de Vaud a l’obligation de les réintégrer dans les structures d’aide prévues pour les requérant-e-s d’asile.
Un projet de loi sera prochainement soumis au Grand Conseil Vaudois. Ce sera l’occasion, nous l’espérons, de questionner le bien-fondé d’une politique faisant pression sur des personnes en portant atteinte à leurs conditions de vie. Les témoignages autour de personnes ayant reçu une décision « NEM » vous invitent à cet indispensable débat.
*****
Près de l’abri PC à Lausanne, où logent les personnes avec « NEM » qui se sont annoncées pour l’aide d’urgence, il y a une école. Une enseignante est intriguée de voir chaque matin des personnes sortir du souterrain, et attendre… Elle croit se souvenir qu’un tel lieu n’est prévu que pour un hébergement exceptionnel et ponctuel urgent. Un matin, elle va à la rencontre des personnes émergeant du souterrain. La conversation s’engage, elle apprend que plusieurs de ses interlocuteurs vivent là depuis des mois, pour éviter d’être carrément à la rue. Leur programme de la journée ? S’annoncer au bureau cantonal pour obtenir le bon pour la nuit suivante. En attendant, passer au lieu d’accueil des Eglises… Pas de projet, pas d’occupation, pas de perspective, pas de travail ni de formation bien sûr…
Elle les accompagne, pour demander des explications sur cette solution minimale : elle peine à croire que les autorités puissent trouver normal d’héberger des personnes durablement dans un abri souterrain… L’attitude des responsables du lieu d’accueil de l’Eglise l’étonne : ceux-ci se réjouissent que pour le moment l’abri PC soit aussi ouvert en journée ! N’avoir nulle part où aller en journée, même si on a un toit pour la nuit, ce n’est pas enviable… L’enseignante ne sait plus si elle doit s’indigner ou se réjouir du système minimal mis en place : « dans d’autres cantons, il n’y a même pas d’hébergement en abri PC… » !
(Lausanne, printemps 2005)
*****
« Je parle au nom de tous mes frères qui vivent la même situation que moi.
Notre vie est une vie de peur. Nous ne savons pas ce que demain sera et quelle direction aura notre vie. Il est impossible d’avoir une vie organisée. On ne peut pas dire : demain nous ferons ceci, la semaine prochaine nous ferons cela.
Nous avons entre 16 et 40 ans. Actuellement aucun de nous ne sait comment envisager sa vie. Quelques-uns dorment au Sleep-in, quelques-uns chez des amis, d’autres dehors. Notre situation est très grave. Personne n’aime souffrir. Nous souffrons une torture psychologique. La plus grande difficulté est de trouver le sommeil pendant la nuit.
Je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi de vivre ce que je vis ici.
Si Dieu n’était pas là, je n’arriverais pas à supporter. C’est Dieu qui m’aide et me donne des gens sur mon chemin pour m’aider. Il y a à Yverdon quelque bonnes personnes envers lesquelles je suis très reconnaissant. Je sais que le peuple d’Israël a aussi souffert en Egypte. J’ai confiance en Dieu qu’Il va m’ouvrir une porte. »
*
« Une fois je marchais dans la rue. Je ne cherchais pas de problème. La police m’a arrêté. Ils m’ont fouillé. J’avais seulement 5 Fr dans ma poche. Ils m’ont demandé d’où venait cet argent. Ils m’ont conduit au poste de police. Je leur ai demandé pourquoi, ce que j’avais fait de mal. Ils m’ont mis en prison pour trois semaines. Après, ils se sont excusés. »
« Je dormais dans le sous-voie à côté du Centre Fareas des Casernes. Un policier m’a dit : « Tu dois partir ». J’ai marché dans la ville jusqu’à 7 h. Je me suis faufilé dans le Centre Fareas sans qu’on me voie. J’ai été vers mes compatriotes dans la cuisine. Ils m’ont donné à manger. J’ai pu prendre une douche. Le soir, à 5 h, quand le Sécuritas est venu pour contrôler les papiers, j’ai dû partir. J’ai marché toute la nuit jusqu’au matin.
Un autre jour, j’ai vu une dame, avec un petit chien. Elle a acheté un morceau de poulet à la boucherie. Elle a mis le morceau dans la bouche de son chien. Moi, je n’avais pas mangé depuis trois jours. »
(témoignages partagés lors de la messe à Yverdon, le 25 juin 2005)
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Merci d’avoir lu ces témoignages.
Les tomes 1, « Un seul programme, enlever la couleur » ; 2, « C’est arrivé près de chez vous ! » et 3, « Dans le froid – Hors du temps » sont encore disponibles. Vous désirez les recevoir ? Vous souhaitez être tenu-e au courant de la suite ?
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A Aigle, la fête des couleurs sous la pluie

Parmi la vingtaine de productions qui se sont succédé sur la scène du petit chapiteau, le groupe Las Parrandas — du Venezuela — a apporté une note très colorée.
Dans 24heures Edition Chablais, Corinne Feuz rends compte de la 5eme fête dess couleurs organisée par le centre culturle de la Planchette.
La pluie persistante a eu raison du cortège en ville, qui devait avoir lieu samedi. Mais pas de la manifestation, ni de l’enthousiasme qu’elle génère auprès des communautés étrangères qui y participent. Quant au public, il est toujours plus étoffé de Suisses.
Samedi, 18 h 30, quartier de la Planchette. Les yeux clos, le petit bonhomme africain dort dans une étoffe bigarrée, confortablement pelotonné sur le dos de sa maman. Sous le chapiteau étoilé, la température monte d’un cran. Alors qu’à l’extérieur une fine pluie tombe toujours. Sur scène, la communauté albanaise danse à l’invitation du chanteur Isufu Hajvulla et de Behqieti Heqiat, au piano. Les notes de ce dernier sont quelque peu discordantes, mais le public, métissé, n’en a cure.
Un pont entre les cultures
«C’est la fête», glisse Ulada, un jeune Serbe, assis parmi les premiers rangs. Que lui apporte-t-elle? «C’est juste une fête… et c’est bien», confie encore le jeune homme. Quelques rangées derrière, Heidi est venue avec une amie. La Suissesse, déjà présente la veille, habite sous-gare, mais pas du côté de la Planchette. Pourquoi s’est-elle déplacée? «J’ai beaucoup d’amis étrangers. Je suis venue pour eux, pour leur montrer que j’étais là.» Au fil des ans, le nombre d’Helvètes qui prennent part à la manifestation instaurée pour créer des liens entre les Aiglons, les Chablaisiens et les communautés étrangères semble s’étoffer.
Responsable du Service communautaire de la Planchette et organisateur de la fête aux côtés de nombreux bénévoles, Serge Paccaud semble pourtant déçu de la participation des Aiglons: «J’ai envie de dire qu’on les aura à la longue.» A ses côtés, Alice Paschoud positive: «Les gens du coin reviennent année après année. Ça s’élargit. Ils sont contents que cela existe. Que cela reste simple, accessible.» Un sentiment fortement relayé au sein des communautés. Entre deux ventes de beignets de bacalhau, Sofia — une jeune Portugaise autrefois établie à la Planchette et désormais installée à Villeneuve —, glisse: «C’est une fête sympathique, une façon de rencontrer les gens.»
Parmi les représentants des communautés étrangères qui proposaient les spécialités de leurs pays, comme ceux qui sont montés sur scène, les visages sont ceux de la Planchette. Et de bien au-delà. Le réseau des communautés a à nouveau fonctionné afin de trouver groupes et coups de main nécessaires à la fête.
La communauté helvétique s’est mariée aux couleurs le temps de la fête. Et durant la semaine précédente, lors des ateliers de jeux et de création proposés à l’enseigne de «Quartier Animés». Samedi, en fin de matinée, alors que le cortège en ville venait d’être annulé, André Bader — membre du Service communautaire — confiait: «Jamais nous n’aurions eu un cortège aussi étoffé. Avec aussi une couleur suisse — la Fanfare municipale d’Aigle et les Fifres et Tambours de Montreux —, c’était parfaitement bigarré!»
Panser la plaie et passer à autre chose

Une dizaine d'organisation appellent à une manifestation de soutien aux sans-papiers, aux interdits de travails et aux déboutés en cette fin de semaine, alors que 24heures publie un éditorial très clair de Jacques Poget en première page de toutes ses éditions, il demande la régularisation de ces cas.
Le voici dans son intégralité:
Jour de rentrée pour les écoliers! Y compris pour les enfants de ces requérants d’asile qu’on appelle les «523» (aujourd’hui moins de 170). Entameront-ils l’année scolaire? Resteront-ils terrés dans des refuges? Seront-ils, avec leurs mères, délogés par la police malgré le barrage des manifestants et emmenés comme les colons de Gaza?
C’est tout ce que voulait éviter la majorité du Conseil d’Etat, décidée à agir pendant l’été. Pour de multiples raisons, il n’en fut rien, voici donc la situation pourrie, les refuges en effervescence, les Eglises inquiètes, beaucoup de citoyens révoltés et d’autres, très nombreux, indignés qu’on n’applique pas la loi.
Laquelle? La donnée légale elle-même est bouleversée: par la motion Melly, le Grand Conseil interdit expressément au Conseil d’Etat de procéder aux renvois. Est-ce bafouer le droit fédéral? Pas dans la mesure où les expulsions découlent moins de la loi que d’une directive administrative qui l’interprète. Cette dernière oblige-t-elle les cantons «souverains» à exécuter des décisions qu’ils réprouvent?
Le bon sens demande que M. Blocher voie que dans cette affaire il apparaît comme le bailli, ou «juge étranger», qu’il déteste tant. Mais d’abord que les quatre conseillers d’Etat de centre droite décident que doit cesser cette situation délétère, qui divise la société et mine le gouvernement; les trois minoritaires ne pourront pas s’en tenir à une pseudo-rupture de collégialité. Ils ont laissé l’été à leurs collègues, il est temps de panser cette plaie. Régulariser.
Pour mieux s’occuper des vrais problèmes du canton, plus graves que 170 habitants de plus ou de moins. Et, afin d’éviter de nouveaux drames (in)humains, s’assurer qu’on saura dorénavant donner aux nouveaux requérants des réponses rapides, justes et dignes sur le sort qu’on leur réserve.
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