lundi 7 mars 2011

Berne persiste à expulser à la dure ses requérants

La Suisse ligote de la tête aux pieds les requérants expulsés sur les vols spéciaux. Elle contrevient ainsi à de nouvelles directives européennes. Depuis la mort d'un Nigérian en 2010, l'Office des migrations (ODM) engage des médecins sur les vols. Mais ces médecins ne sont pas formés pour ce type d’interventions.

renvoi forcé technique

En Suisse, ces images sont connues: des requérants expulsés,le casqués, ligotés, attachés à des chaises à porteur, que l’on embarque dans des avions à destination de leur pays d’origine. Les retours forcés, pourtant, se pratiquent très différemment dans bon nombre de pays européens.

L’Allemagne, la Grande-Bretagne, les pays scandinaves ou encore l’Autriche ont renoncé à ligoter systématiquement les requérants renvoyés à bord de vols spéciaux. Les requérants de ces pays sont certes entourés de policiers, mais pour la plupart, ils se déplacent tout à fait librement.

"On attache environ 5% des personnes expulsées de force, et encore, uniquement avec des menottes que l’on enlève généralement une fois dans l’avion", relève Günter Ecker, observateur des droits de l’homme sur les vols autrichiens. "Les mesures de contrainte doivent être les plus légères possible, afin de limiter les risques pour la santé des personnes expulsées."

"Comme des saucissons"

C’est également ce que dit une directive européenne en vigueur depuis le début de l’année, et qui prône la proportionnalité. La Suisse, signataire des accords de Schengen/Dublin y est soumise. Mais Berne n’a encore rien changé dans sa pratique. Casque, attaches aux poignets, aux chevilles et fixation au siège de l’avion. Ces méthodes étonnent les observateurs européens, pour qui les pratiques helvétiques ne devraient pas être "une procédure standard".

D’autant que la méthode suisse est à hauts risques, selon le président de la Commission fédérale contre la torture, qui a lui-même accompagné des vols en qualité d’observateur. "Les mesures sécuritaires suisses ne sont pas adaptées au cas par cas", souligne Jean-Pierre Restellini. Dans le cas de vols de 12, 13, 15 heures, avec des personnes ligotées comme des saucissons, le risque d’une thrombose mortelle, par exemple, ne peut être écarté."

SOS Médecins à la rescousse

Depuis la mort, il y a un an, d’un Nigérian lors de son expulsion, l’Office fédéral des migrations (ODM) assure la présence d’un médecin lors des vols. Mais trouver des praticiens prêts à assumer cette responsabilité a été difficile. Ce sont finalement les urgentistes de SOS Médecins, à Genève, qui ont accepté d’accompagner une bonne partie de la cinquantaine de vols annuels, pour 1200 francs par jour. Le monde médical s’interroge toutefois sur les compétences de SOS Médecins en la matière.

"J’espère que cela permettra d’éviter une nouvelle catastrophe, mais je n’en suis pas sûr", prévient Jacques de Haller. Pour le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), "les pressions des institutions, de la police et des autorités sont extrêmement fortes et il faut pouvoir y résister. Je pense que faire un accompagnement sans formation spécifique est malhonnête et ne correspond pas aux exigences de la profession."

Chez SOS Médecins, on n’a reçu ni formation spécifique, ni cahier des charges précis. Bien souvent, le médecin accompagnant ne reçoit même pas le dossier médical des personnes expulsées. "SOS Médecins est parfaitement armé, se défend Pierre Froidevaux. On connaît ces situations, on intervient régulièrement dans des postes de police, on connaît la situation légale et les situations de privation de liberté."

Berne en retard

Du côté des autorités, on se dit satisfait des prestations, et on ne compte pas changer de procédure en ce qui concerne l’immobilisation des requérants: "Les mesures et le dispositif que nous utilisons sont certifiés pour ne pas menacer la sécurité et l’intégrité physique, assure Eveline Gugger, vice-directrice de l’ODM. Et nous les utilisons aussi pour la sécurité de la personne expulsée, afin qu'elle ne mette pas en danger sa propre santé."

Par ailleurs, selon la directive européenne, dont la Suisse a eu connaissance voilà deux ans, l’ODM aurait dû nommer des observateurs attitrés, chargés de suivre les vols spéciaux et d’adresser des recommandations aux autorités, à partir du 1er janvier 2011. Mais Berne a pris du retard. Pour l'instant, la commission nationale de prévention de la torture pallie ce manque, mais attend elle aussi de pied ferme la nomination d’observateurs attitrés.

Mais, côté européen, on parle d’harmoniser les procédures de renvoi. Et si un consensus est trouvé, la Suisse n’aura pas d’autre choix que de s’y plier.

Ron Hochuli pour la RSR


renvoi forcé coût

RSR


Extrait du journal télévisé de la TSR du 6 mars 2011

Le foyer pour requérants suscite l’ire d’un notable

Ancien président de la commune, Albert Arlettaz critique l’hébergement de demandeurs d’asile au domaine des Barges. Il s’explique.

vouvry albert arlettaz

L’intervention de l’UDC était prévisible; par voie de pétition, la section du Haut-Lac demande au Conseil d’Etat valaisan de renoncer à loger des requérants d’asile à Vouvry (24 heures du 2 mars) . Voir l’un des notables les plus respectés du village monter au créneau, en revanche, a de quoi surprendre. Mais Albert Arlettaz assume sa prise de position, publiée ces derniers jours dans les pages de courriers des lecteurs du Nouvelliste et de 24 heures . Selon lui, affecter une partie du domaine agricole des Barges à l’hébergement de candidats réfugiés est une hérésie pure et simple.

Aujourd’hui à la retraite, Albert Arlettaz était président de Vouvry lorsque l’Etat du Valais a décidé d’acquérir ces 165 hectares, situés au beau milieu de la plaine du Rhône. C’était en 1998. Novartis, le géant agrochimique héritier de Ciba-Geigy, cherchait à se séparer du vaste domaine qu’il exploitait depuis la Seconde Guerre mondiale. Le canton a déboursé 13,2 millions de francs pour rafler la mise. Novartis, puis Syngenta, sont alors devenus locataires de 57 hectares. Le reste a été dévolu aux grandes cultures et à la formation des agriculteurs.

domaine des barges vouvry

Potentiel économique

Selon Albert Arlettaz, l’accueil de requérants d’asile viole le droit foncier rural, qui stipule qu’aucun immeuble ne peut être soustrait à une entreprise agricole. Faux, répliquent les autorités valaisannes. Car la loi prévoit une exception «lorsqu’une tâche d’intérêt public doit être remplie». Et l’occupation de candidats réfugiés en est une, insiste le canton. Tout en soulignant qu’aucun changement d’affectation ne sera nécessaire, puisque le centre occupera uniquement des bâtiments existants, et déjà voués à de l’hébergement.

Second argument de l’ancien président de Vouvry: la décision du Conseil d’Etat bafoue la vision stratégique qui a motivé le rachat des Barges. Alors député radical, il siégeait au sein de la Commission des finances du Grand Conseil, qui s’était démenée pour convaincre les élus. «Une telle surface, aussi bien située, c’était une opportunité unique. Si le parlement a voté oui à l’unanimité, c’est en raison du potentiel de développement économique du domaine. Nous imaginions que la création d’un pôle industriel ou technologique serait possible quelques décennies plus tard. Aujourd’hui, en y logeant des requérants, on perd de vue cet objectif visionnaire.»

Le gouvernement, pour sa part, estime que le potentiel économique des Barges reste intact. Pour l’heure, la vocation agricole des lieux n’est en rien modifiée. Les vingt à trente candidats réfugiés qui y seront logés effectueront divers travaux: agriculture, horticulture, élevage de petit bétail, etc. Par ailleurs, le domaine restera ouvert aux élèves de l’Ecole cantonale d’agriculture.

Albert Arlettaz aurait-il une dent contre les demandeurs d’asile? «Pas du tout.» Il est loin de cautionner la pétition de l’UDC, qui brandit le spectre de l’insécurité et du trafic de drogue. «A Vouvry, nous avons toujours eu une tradition d’asile, souligne celui qui fut à la tête de l’exécutif durant près de vingt ans. Notre politique progressiste en matière sociale a attiré de fortes communautés étrangères. Personnellement, je n’ai rien contre le fait d’accueillir des requérants dans la commune. Mais pas aux Barges. Pas au mépris des décisions politiques passées.»

Patrick Monay dans 24 Heures

Un café internet au centre EVAM de Leysin

evam leysin internet

24 Heures

L'armée patientera avant d'aller sur la frontière

Ueli Maurer estime qu’il n’y a pas de raison, actuellement, d’envoyer des troupes au sud du pays pour contrer un afflux de réfugiés

Le ministre de la Défense Ueli Maurer ne voit pas de nécessité d’envoyer l’armée suisse à la frontière sud pour le moment. Le conseiller fédéral UDC contredit ainsi son parti dans un entretien publié par le SonntagsBlick hier.

Le Conseil fédéral discutera de la question d’une possible intervention de l’armée la semaine prochaine. Mais pour l’heure, on n’en prend pas le chemin, selon Ueli Maurer. C’est qu’il n’y a tout simplement pas plus de réfugiés que d’ordinaire. Cependant, si la volonté politique existait, l’envoi de soldats pour surveiller les frontières est envisageable, affirme Ueli Maurer.

L’armée aide aujourd’hui déjà les gardes-frontière. «Nous faisons voler des drones et des hélicoptères munis de caméras infrarouges», indique le chef de la Défense. Il estime «que de telles actions peuvent être renforcées». Il faudrait cependant pour cela que davantage de personnes soient mises à disposition pour ce genre de mission. Leur nombre se monte à l’heure actuelle à quelques centaines. Si le Conseil fédéral se décide pour un tel service, certains soldats devront effectuer deux cours de répétition par an.

Contrairement à ce qui s’est passé dans les années 1990 lors de l’arrivée de la vague de réfugiés d’ex-Yougoslavie, l’armée ne peut plus offrir de places d’hébergement, selon Ueli Maurer. Entre-temps, l’armée a vu son budget et ses effectifs diminuer de moitié. «Nous ne sommes plus préparés à ce genre de situation», ajoute le ministre de la Défense. Pour Ueli Maurer, la Suisse doit accueillir le moins possible de réfugiés économiques. Même si l’on accueillait 10 000 à 20 000 réfugiés, cela ne résoudrait pas les problèmes de l’Afrique.

ATS relayée par 24 Heures

Le camp de réfugiés de Ras Jédir, à la frontière tuniso-libyenne, continue de s'agrandir

Le camp de toile de Ras Jédir à la frontière tuniso-libyenne s'agrandit de jour en jour pour faire face à un possible nouvel afflux de travailleurs étrangers en provenance de Libye, même si le flot des réfugiés s'est tari au cours du week-end.

Situé en Tunisie, à sept kilomètres de la frontière libyenne, le camp de transit, géré par l'armée tunisienne, est loin d'être saturé: conçu pour accueillir 20.000 personnes, il en héberge actuellement 15.000. Mais le site poursuit sa croissance, comme en témoigne la construction d'un nouvel entrepôt de stockage. Les responsables de l'aide humanitaire expliquent qu'ils doivent être prêts à faire face à tout nouvel afflux de civils.

Plus de 213.000 travailleurs migrants ont fui la Libye depuis le début de la révolte contre le régime de Moammar Kadhafi, d'après l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Au total, 110.000 se sont réfugiés en Tunisie, 90.000 en Egypte et 3.000 au Niger.

La plupart de ceux qui ont gagné la Tunisie ont déjà été rapatriés dans leur pays, notamment de nombreux Egyptiens. Les 15.000 occupants actuels du camp de Ras Jédir sont originaires d'une vingtaine de pays, mais la grande majorité (12.000) sont des Bangladais en attente de leur évacuation.

Leur gouvernement a demandé l'aide de la communauté internationale pour leur rapatriement, qui devrait commencer mardi à raison de quatre vols par jour vers Dacca, selon Nick Vandervyver de l'OIM.

En attendant, les bénévoles du camp tentent de répondre aux besoins des réfugiés. Si nombre de ces volontaires sont tunisiens, ils comptent parmi eux au moins un Américain: David Lennhouts, qui vit en Tunisie depuis sept mois, est chargé de transporter de la nourriture jusqu'à la zone de restauration. D'autres font la plonge ou distribuent des assiettes en plastique aux réfugiés, qui font la queue pour recevoir leurs repas.

"Je suis heureux de travailler avec les gens ici", dit M. Lennhouts. "Je leur dis que nous sommes tous les mêmes, nous avons tous les mêmes besoins et nous devons nous occuper les uns des autres."

Le camp a de plus en plus des allures de village avec sa grand-place et son hôpital de campagne. Les organisations humanitaires ont planté des tentes arborant leurs emblèmes, et trois entrepôts, en fait d'immenses tentes, ont été installés.

Des alignements de centaines de tentes blanches forment la zone d'habitation, où se sont constitués des "quartiers", comme celui de ces familles somaliennes qui avaient obtenu l'asile en Libye et se retrouvent à nouveau déplacées. Au total, une trentaine de familles vivent dans le camp et reçoivent l'aide de psychologues bénévoles tunisiens.

Environ 1,5 million de travailleurs étrangers sont encore en Libye, mais on ignore combien pourraient encore fuir. Des réfugiés en Tunisie racontent que certains de leurs amis avaient peur d'entreprendre le dangereux voyage vers les pays voisins ou n'en avaient pas les moyens financiers.

M. Vandervyver estime que malgré la chute des arrivées de réfugiés ce week-end, il est trop tôt pour parler d'une stabilisation de la situation à la frontière tuniso-libyenne. "La situation est tellement (...) volatile que tout peut arriver", prévient-il. "Nous devons nous assurer", ajoute-t-il, que tout le monde reste mobilisé "pour pouvoir répondre" à tout nouvel afflux de réfugiés.

AP et le Nouvel Observateur

dimanche 6 mars 2011

L’Italie peu portée sur la rétention

En cas de demande d’asile ou lorsque les centres d’identification et d’expulsion sont pleins, les clandestins sont «libérés» de toute surveillance policière.

«Le risque d’une fuite massive vers l’Italie est évident. Nous avons envoyé une mission humanitaire pour éviter ce risque mais il y a des dizaines de milliers de désespérés qui ne savent pas où aller» : Après la révolution tunisienne et face à la crise libyenne, le ministre italien de l’Intérieur, Roberto Maroni, continue de scruter avec une vive préoccupation la frontière sud de la péninsule. Il n’a en revanche pas réagi aux propos de son homologue Claude Guéant sur la porosité présumée de la frontière italo-française. «Pour l’instant, nous n’avons pas de commentaire à faire sur les propos du ministre français», qui, vendredi, dans les Alpes-Maritimes, a demandé aux autorités transalpines de «retenir» les migrants tunisiens qui, après l’étape italienne, cherchent à franchir la frontière française.

«Demande d’asile»

A Rome, on choisit pour l’heure le mutisme et l’on se contente de fournir des chiffres concernant les 6 200 Tunisiens arrivés entre janvier et février sur la petite île de Lampedusa. Alors qu’ils ont été pour la plupart transférés dans différents centres en Sicile, en Calabre ou dans les Pouilles, un peu plus de 1 100 d’entre eux ont présenté une demande d’asile et 1 060 se sont déclarés prêts à le faire. «En principe, un immigré qui présente une demande d’asile doit rester sur le territoire italien le temps que son dossier soit examiné, explique l’expert Sergio Briguglio. En réalité, celui-ci peut facilement tenter de quitter le pays.»

«Les centres où ils sont placés ne sont pas des camps, on ne peut pas vraiment empêcher un demandeur d’asile de sortir d’Italie», confirme-t-on de source policière. Quant aux autres immigrés, ils sont placés dans des centres d’identification et d’expulsion en attendant formellement d’être extradés. Mais là encore, explique Sergio Briguglio, «si ces centres sont déjà pleins, les préfets peuvent faire sortir les clandestins en leur intimant l’ordre de quitter le territoire pour retourner dans leur pays dans les cinq jours». En pratique, il est impossible de vérifier si l’ordre est exécuté.

«Fardeau»

En coulisses, une association italienne d’aide aux immigrés estime ainsi qu’un millier de Tunisiens auraient déjà pris la direction de la France, destination préférée des nouveaux migrants. «Il est évident qu’après tout le battage médiatique autour de Lampedusa, les migrants cherchent à passer par d’autres routes et d’arriver, par exemple, directement en Sicile, sans être interpellés, puis de remonter l’Italie vers le nord», indique un spécialiste français.

Alors que l’Italie, située en première ligne, a demandé, en vain, que ses partenaires européens acceptent de partager «le fardeau» de l’immigration clandestine en accueillant une partie des arrivants, Rome a fait savoir qu’elle s’apprêtait à mettre en place des structures un peu partout dans le pays pour faire face à un éventuel «exode biblique» depuis l’Afrique du Nord. Mais ces centres ne devraient toutefois pas faire l’objet d’un contrôle policier particulier…

Eric Jozsef, Rome, dans Libération

samedi 5 mars 2011

Les Africains bloqués en Libye sont en grand péril, dit le HCR

Les travailleurs africains immobilisés en Libye sont les plus vulnérables d'entre les étrangers qui cherchent à fuir le pays, a déclaré samedi le chef du Haut Commissariat de l'Onu pour les réfugiés (HCR) en estimant que des milliers de vies étaient en danger.

"Il y a des centaines de milliers de travailleurs africains en Libye et très peu sont apparus aux frontières", a dit Antonio Guterres lors d'une interview à la chaîne Al Djazira.

"Nous avons reçu des appels téléphoniques de personnes qui sont dans une situation désespérée et craignent de quitter leurs habitations. C'est le sort de ces communautés africaines à l'intérieur de la Libye qui nous préoccupe le plus actuellement", a-t-il dit.

Le recrutement de mercenaires africains par Mouammar Kadhafi a semé le soupçon dans l'opinion libyenne envers toute personne originaire d'Afrique subsaharienne, a noté Guterres.

Il a dit que le nombre de réfugiés arrivant chaque jour de Libye en Tunisie était tombé à 1.800 vendredi, contre environ 15.000 précédemment, et qu'il était "assez faible" samedi.

On observe une présence militaire et policière massive du côté libyen de la frontière et il est difficile de savoir si des personnes tentant de gagner la frontière sont arrêtées en cours de route, a-t-il ajouté.

Selon Guterres, plusieurs milliers d'Africains attendent de pouvoir prendre l'avion à l'aéroport de Bengazhi, mais certains n'ont pas été admis à bord des navires que divers pays ont envoyés en Libye pour en évacuer leurs propres ressortissants.

Il a engagé les pays voisins et la communauté internationale à faire leur possible pour venir en aide aux Africains.

"Je crois que des milliers de vies, des centaines de milliers de vies sont en danger", a dit le chef du HCR. Au cas où la Libye basculerait dans une guerre civile proprement dite, "un nombre massif de Libyens" pourraient aussi tenter de s'enfuir, a-t-il ajouté.

Mark Trevelyan, Philippe Bas-Rabérin dans l'Express

Guerre programmée autour du passeport à croix blanche

sommaruga naturalisationSeuls les étrangers bien intégrés et avec un permis C pourront demander la nationalité suisse.

«L’obtention d’un passeport suisse doit être l’étape ultime de l’intégration dans notre pays.» La phrase est revenue plusieurs fois, hier, dans la bouche de Simonetta Sommaruga, véritable leitmotiv pour expliquer un projet qui promet de polariser: la révision totale de la loi sur la nationalité.

Pour la conseillère fédérale, l’actuelle procédure de naturalisation est trop complexe, trop lente, et surtout appliquée de manière trop différente d’un canton à l’autre. La nouvelle loi veut donc remettre de l’ordre dans tout cela et préciser ce qui est demandé aux étrangers qui souhaitent obtenir un passeport suisse.

Premier critère fixé: le permis de séjour. Seuls les étrangers au bénéfice d’un permis C pourront déposer une demande. Aujourd’hui, 14% des naturalisés ne possédent pas un tel permis. A l’avenir, toutes ces personnes seront exclues. «Cela va faire baisser le nombre des procédures», estime Mario Gattiker, directeur suppléant de l’Office des migrations.

Deuxième critère: l’intégration. Les étrangers devront satisfaire à tout une série de conditions, notamment le respect de la sécurité et de l’ordre public, ainsi que des valeurs de la Constitution fédérale. Ils devront aussi pouvoir communiquer dans une des langues nationales et montrer leur volonté de participer à la vie économique du pays.

«Nous avons tous intérêt à une intégration réussie», a martelé la conseillère fédérale socialiste, pourtant peu à l’aise pour expliciter cette notion. Y aura-t-il des tests écrits de langue? Etre au chômage exclut-il d’obtenir la naturalisation? Et si un père de famille refuse que sa fille participe aux cours de natation de l’école, se voit-il d’emblée recalé? Autant de questions embarrassantes que la cheffe du Département fédéral de justice et police a préféré éluder.

Troisième critère: la durée de séjour. Il faut aujourd’hui douze ans de résidence en Suisse; à l’avenir, huit ans seront suffisants. Mais cela ne sera possible que pour les ressortissants de l’Union européenne, des Etats-Unis et du Canada, qui seuls peuvent obtenir un permis C après cinq ans déjà, alors que pour la majorité des étrangers, dix ans sont nécessaires.

«Fausse amélioration»

«C’est une fausse amélioration, s’insurge la socialiste vaudoise Ada Marra, qui se bat pour la naturalisation facilitée des étrangers de la troisième génération. Dans les faits, on pénalise les étrangers pauvres et mal formés.» A l’UDC, la critique est inverse: pas question d’accepter une réduction de la durée de séjour, s’indigne le parti. Le Neuchâtelois Yvan Perrin, président de la commission qui traitera du dossier, nuance. Selon lui, en insistant sur les exigences d’intégration, le projet va dans le bon sens, et, avec quelques aménagements, il pourrait convenir à son parti. A moins qu’il ne cumule les oppositions de droite et de gauche, et capote au parlement. Un scénario que redoute la libérale-radicale vaudoise Isabelle Moret, plutôt satisfaite des grandes lignes de la future loi .

Judith Mayencourt dans 24 Heures

Guéant demande à l'Italie de "retenir" les migrants tunisiens

Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a demandé vendredi aux autorités italiennes de «retenir» sur leur territoire les migrants tunisiens arrivés de Tunisie depuis janvier et cherchant à se rendre d’Italie en France.

«Nous souhaitons obtenir de nos amis italiens qu’ils jouent le jeu de la règle européenne. C’est la responsabilité du pays d’accueil. Nous leur demandons de retenir les personnes qui se présentent chez eux et qu’ils reprennent celles qui leur sont renvoyées», a déclaré M. Guéant lors d’un point presse à la préfecture des Alpes-Maritimes.

Le ministre de l’Intérieur a précisé que sur les 436 migrants clandestins, pour la plupart des Tunisiens, arrêtés en février dans les Alpes-Maritimes, 250 avaient été reconduits en Italie. «Les Italiens jouent le jeu. Nous attendons qu’ils le jouent complètement», a prévenu M. Guéant. Le ministre de l’Intérieur est en déplacement vendredi dans les Alpes-Maritimes et à la frontière franco-italienne en raison d’un afflux jugé exceptionnel de migrants tunisiens venus d’Italie depuis un mois.

AFP relayée par Libération

vendredi 4 mars 2011

L’Italie limite les réadmissions de requérants venant de Suisse

Rome va limiter le nombre des réadmissions de requérants d’asile de la Suisse vers l’Italie grâce à une interprétation minutieuse de l’accord de Schengen-Dublin.

L’Italie limite le nombre des réadmissions de requérants d’asile de la Suisse vers l’Italie. Pour ce faire, Rome s’appuie sur une interprétation minutieuse de l’accord de Schengen- Dublin, qui règle les réadmissions.

Celui-ci fixe le principe selon lequel les requérants peuvent être renvoyés dans le premier pays dans lequel ils ont déposé une demande d’asile. Il stipule également que le premier pays d’asile est compétent pour déterminer les modalités de transport et le lieu d’arrivée lors des procédures de réadmission.

L’Italie utilise cette disposition pour limiter le nombre de transferts. Ainsi, la Suisse ne peut envoyer que trois personnes par jour à l’aéroport de Rome, a indiqué vendredi Michael Glauser, porte-parole de l’Office fédéral des migrations. Il confirmait une information parue jeudi dans l’«Aargauer Zeitung» et la «Südostschweiz» et vendredi dans la «Berner Zeitung».

Toutefois, la pratique n’est pas nouvelle, précise Michael Glauser. Les restrictions touchant l’aéroport de Rome sont ainsi en vigueur depuis 2009. Le porte-parole relève en outre que d’autres phénomènes compliquent les renvois. Rome n’accepte ainsi que les réadmissions effectuées par voie aérienne.

Les compagnies aériennes, elles, n’acceptent qu’un nombre limité de requérants par vol pour des raisons de sécurité, au maximum 5 personnes. Et les requérants eux-mêmes disparaissent parfois une fois reçu leur avis d’expulsion.

Malgré ces obstacles, le nombre de requérants renvoyés en Italie est relativement élevé, a indiqué Michael Glauser. En janvier 2011, 117 personnes ont été renvoyées. Et au total, entre décembre 2008 et fin janvier 2011, ce sont 2354 personnes qui ont été réadmises.

ATS relayée par la Tribune de Genève