mardi 1 février 2011

Des enfants envoyés illégalement en Europe pour obtenir les aides

Des enfants algériens sont envoyés en Europe, et notamment en Espagne, à bord d'embarcations de fortune afin de profiter des dispositions sociales favorables pour les enfants mineurs, a déploré lundi à la radio chaîne III un haut responsable algérien, Halim Benatallah.

"Il y a beaucoup de parents chez nous qui ont tendance à exporter leurs enfants mineurs dans les embarcations de harraga (clandestins), c'est tout à fait déplorable", a déclaré le secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la communauté nationale à l'étranger, qui était interrogé en duplex depuis Berlin. "Imitant en cela des pratiques suivies par des pays voisins, les parents essaient d'exploiter les bonnes dispositions des lois des pays envers les enfants mineurs qui sont pris en charge, a ajouté M. Benatallah. Et alors, il lancent leurs enfants dans des embarcations".

Une fois arrivés sur les côtes européennes, ils sont alors pris en charge par des associations comprenant notamment des femmes algériennes, a-t-il indiqué. Et lorsque celles-ci contactent les parents en Algérie, "ils refusent de les reprendre". "Ils préfèrent que leurs enfants restent là-bas et à la limite, ils coupent les communications téléphoniques", a expliqué M. Benatallah.

Le haut responsable n'a pu fournir de chiffres "mais des cas commencent à se multiplier et cela commence à interpeller notre communauté sur place", a-t-il noté, qualifiant ces parents d'"irresponsables". Le 19 janvier, le secrétaire d'Etat avait fourni des chiffres généraux pour l'Espagne, indiquant que plus de 1.400 clandestins algériens avaient été expulsés de ce pays en 2010. Il n'a pas cité de chiffres pour ceux qui n'arrivent jamais à bon port et meurent noyés.

S'ils sont arrêtés au départ de l'Algérie, les candidats à l'émigration clandestine sont passibles de six mois de prison en vertu d'une loi votée en 2009 qui punit aussi les passeurs à des peines pouvant aller jusqu'à 20 ans de détention.

AFP

Belgique: 26 demandeurs d'asile en grève de la faim

Vingt-cinq personnes ont entamé dimanche une grève de la faim au centre fermé 127bis à Steenokkerzeel, a-t-on appris d'Oscar Flores, porte-parole de la Coordination contre les Rafles, les Expulsions et pour la Régularisation (CRER). Une autre personne y jeûne en signe de protestation depuis déjà 13 jours.

Dimanche, les vingt-cinq grévistes de la faim avaient décidé d'entamer leur action après l'interdiction par la direction de l'accès au préau, en raison d'une manifestation au cours de laquelle 80 cartes de téléphone ont été fournies aux réfugiés. Quarante demandeurs d'asile avaient commencé une grève de la faim dimanche en signe de protestation, mais seulement vingt-cinq d'entre eux ont continué le mouvement. Les 120 Afghans qui occupent un bâtiment rue de la Concorde à Ixelles, et qui avaient cessé leur grève de la faim après une semaine, prévoient par ailleurs de manifester tous les matins à partir de mercredi devant le Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides (CGRA). "Ils avaient obtenu du CGRA un réexamen de leur demande d'asile et de protection subsidiaire mais ils n'ont toujours rien vu venir", regrette Oscar Flores. En outre, vingt-six sans-papiers sont en grève de la faim depuis 54 jours rue des Chartreux à Bruxelles. Ils demandent une carte blanche avec un séjour d'un an et un permis de travail C. "Leur état de santé est critique. Certains ont développé des séquelles rénales qui pourraient devenir irréversibles", prévient une autre association de soutien aux sans-papiers, le Collectif de Résistance aux Expulsions/Déportations. (LEE)

La Suisse accepte un contingent de 35 réfugiés, dont 30 Irakiens

La Suisse accepte un contingent de 35 réfugiés, soit 30 Irakiens et 5 Palestiniens, a annoncé Simonetta Sommaruga. La ministre de Justice et Police l'a fait savoir mardi lors d'une conférence de presse pour ses 100 jours au Conseil fédéral.

Résumant ses premières impressions dans sa nouvelle fonction, elle a parlé de journées agitées puisqu'il a fallu gérer deux campagnes en vue d'autant de votations fédérales. Elle a souligné qu'elle se sentait bien au sein du Département fédéral de Justice et Police.

En acceptant ce contingent de réfugiés, la ministre répond ainsi à une requête exprimée par le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) Antonio Guterres lors d'un symposium organisé le 20 janvier à Berne. En acceptant ce contingent de réfugiés, la Suisse peut étayer sa tradition humanitaire, a déclaré Mme Sommaruga.

Celle-ci a précisé que la décision pour de petits contingents de réfugiés sera du ressort de son département. En revanche, le Conseil fédéral devra statuer pour les contingents plus importants.

A son accession à la tête de ce département, certains ont parlé d'un département "B", comme pour désigner un département de deuxième zone. Mme Sommaruga a précisé mardi qu'il s'agit d'un département B pour "bedeutendes Departement" (un département majeur).

Prostitution de mineurs

"Mon slogan durant ces 100 jours a été: j'écoute", a déclaré la socialiste bernoise avant d'ajouter: "ce processus n'est pas terminé!". Elle a ensuite donné les grandes lignes de son action pour ces prochains mois.

D'ici la fin de l'année, elle souhaite notamment pouvoir présenter au Conseil fédéral un projet afin d'interdire la prostitution aux mineurs dès 16 ans. Ce genre de prostitution "se développe de façon effrayante".

ATS

lundi 31 janvier 2011

Stop à l'acharnement contre les étrangers

«Contre le racisme, la politique d'immigration du gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers : mobilisons-nous !»: Olivier Le Cour Grandmaison lance un appel en vue d'une mobilisation «unitaire et nationale» en mai prochain. A la veille de l'examen du projet de loi Besson-Hortefeux par le Sénat, il analyse pour Mediapart quatre ans de stigmatisation des étrangers.

« Bien sûr, nous savons tous qu'une immigration maîtrisée est un enrichissement pour la vie de la cité (...). Mais il y a aussi le pire, produit en grande partie par trente années d'une immigration non gérée : les cités ghettos, les squats, les phénomènes de bandes, les violences urbaines, comme celles que la France a connues il y a deux ans, lors de l'automne 2005. Pour beaucoup de nos compatriotes, l'immigration est une source d'inquiétudes. Ils y voient une menace pour leur sécurité, pour leur emploi, leur mode de vie. » B. Hortefeux. 18 septembre 2007. Assemblée nationale.
« Si on ne maîtrise pas les flux migratoires, on organise le collapse de notre système d'intégration, les ghettos aux portes de nos villes. » N. Sarkozy. Intervention télévisée du 17 novembre 2010.

Cette semaine, Brice Hortefeux défendra au Sénat le projet loi de l'ancien ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, Eric Besson, appelé à exercer d'autres responsabilités ministérielles après avoir servi la politique souhaitée par le chef de l'Etat avec un zèle remarquable mais sinistre. Ce projet vise, entre autres, à étendre la déchéance de la nationalité pour les Français naturalisés depuis moins de dix ans condamnés pour meurtre d'agents dépositaires de l'autorité publique, conformément aux injonctions démagogiques de Nicolas Sarkozy exposées lors du discours de Grenoble, qui fut le prélude à une nouvelle offensive sécuritaire et à la chasse aux Roms. Peu après ces mâles propos présidentiels, rappelons à ceux qui ont la mémoire courte et par trop hexagonale que le Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale (CERD) s'est officiellement inquiété de ces orientations. De même, le rapporteur de la session, l'Américain P-R. Prosper, qui constatait « une recrudescence » des actes racistes en France et l'absence d'une « vraie volonté politique » pour les combattre. Admirable bilan !

A cela s'ajoute le durcissement des conditions d'entrée et de séjour des étrangers puisque le projet Besson-Hortefeux a pour objectif de limiter une fois encore leurs prérogatives. De plus, prenant prétexte de l'adoption par le Parlement de Strasbourg de la directive « Retour », aussi appelée « directive de la honte », votée le 12 juin 2008 et condamnée par plusieurs chancelleries –Argentine, Chili, Brésil notamment– et chefs d'Etats étrangers comme le président bolivien Evo Morales, le gouvernement s'apprête à porter la rétention à quarante-cinq jours et à autoriser les préfets à prononcer à l'encontre des expulsés une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ce qui revient à établir une sorte de double peine. Enfin, ce projet doit permettre la création de « zone d'attente flottante » où les étrangers concernés seront soumis à des procédures accélérées et dérogatoires au droit commun.

L'ensemble de ces dispositions prouve ceci : la disparition du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, contrairement à ce qui fut dit ici et là par des commentateurs pressés, ne change strictement rien aux orientations de ce gouvernement qui persévère dans la stigmatisation des étrangers et des sans-papiers, et ne cesse de proposer des mesures toujours plus restrictives à l'encontre des allochtones qui résident en France ou cherchent à s'y installer. A preuve, au lendemain du dernier remaniement ministériel, un conseiller de l'Elysée affirmait que le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, allait utiliser les « mêmes locaux » et les « mêmes services », et, pour être sûr de bien se faire comprendre, le premier ajoutait : « Il n'y aura aucun changement de la politique » en matière d'immigration. Quant à l'actuel occupant de la Place Beauvau, il déclarait vouloir mettre « ses pas » dans ceux d'Eric Besson en saluant son action passée lorsqu'il dirigeait le ministère aujourd'hui supprimé. Bref, quelques changements de façade alors que rien ne change sur le fond cependant que le rattachement de l'immigration au ministère de l'intérieur contribue à entretenir sans fin le préjugé selon lequel « la gestion des flux migratoires » est d'abord et avant tout une affaire de police en raison des nombreux troubles à l'ordre public que ces « flux » sont supposés engendrer. Et c'est ainsi que perdure, sous une autre forme, une administration ad hoc chargée d'appliquer les orientations que l'on sait.

Continuité donc de la politique mise en œuvre antérieurement qui, « grâce » aux efforts des ministres, préfets, policiers et gendarmes, s'est traduite par 29.796 expulsions en 2008, 27.000 en 2009 et près de 28.000 en 2010. Formidables résultats en effet qu'illustre aussi le fait qu'en 2009 plus de 300 enfants –deux fois plus qu'en 2004 selon un rapport accablant et circonstancié de la Cimade publié au mois d'octobre de l'année dernière– ont été placés en centre de rétention au mépris de la Convention internationale sur les droits de l'enfant pourtant ratifiée par la France. Le plus jeune des retenus dans la douce France présidée par Nicolas Sarkozy et gouvernée par François Fillon ? Un nourrisson de sept mois et ses parents, heureusement remis en liberté par un juge messin qui a estimé que cette situation était constitutive d'un « traitement inhumain et dégradant » contraire à la Convention européenne des droits de l'homme. De son côté, le commissaire européen des droits de l'homme, Thomas Hammarberg, a écrit à l'ancien ministre de l'Immigration, Eric Besson, pour s'élever contre ces pratiques et lui rappeler que « la place d'un enfant n'est pas en rétention ». Réponse de ce dernier : « l'accueil des familles avec des mineurs se fait dans des centres adaptés » !

Sachant que pour parvenir aux résultats précités, les services de police et de gendarmerie doivent procéder à un nombre d'arrestations au moins trois fois plus élevé, cela signifie que depuis 2007 près de 280 000 étrangers ont été interpellés soit 250 par jour. Chaque heure qui passe, 10 personnes sont visées par les contrôles des forces de l'ordre. Un tel acharnement est inédit sous la Cinquième République ; il ravale les quelques charters organisés par Charles Pasqua, lorsqu'il sévissait place Beauvau, au rang de gesticulation sans lendemain. Aux bricolages populistes, xénophobes et déjà racoleurs de cet ancien ministre, a succédé un véritable dispositif politique, juridique, administratif et policier impitoyable, conçu et organisé pour traquer, rafler et expulser ceux qui sont désignés comme de nouveaux ennemis intérieurs jugés responsables de nombreux maux sécuritaires et sociaux qu'il faut conjurer au plus vite pour sauver la France des périls supposés menacer sa cohésion, sa tranquillité et son identité.

Relativement à l'immigration, les gouvernements qui se sont succédé depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, en 2007, sont trop longtemps demeurés forts de la faible riposte et des initiatives nécessaires mais trop souvent dispersées des gauches parlementaires et radicales, des syndicats de salariés, d'étudiants et de lycéens, et des associations diverses. Les uns demandent la régularisation des travailleurs en situation irrégulière, les autres celle de jeunes « clandestins » inscrits dans des établissements scolaires et universitaires alors que tous sont victimes d'un même acharnement et d'un même arbitraire. Contre cette politique gouvernementale, qui porte atteinte à des droits fondamentaux, menace gravement le droit d'asile et ruine l'existence des étrangers visés, ces actions demeurent insuffisantes. La résistance doit désormais s'organiser dans toute la France. Tel est le sens de l'Appel pour une mobilisation nationale et unitaire contre le racisme, la politique d'immigration du gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers.

MediaPart


Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire) a notamment publié sous sa direction Douce France. Rafles. Rétentions .Expulsions, Seuil/Resf, 2009.

Pour signer l'Appel et prendre connaissance de l'ensemble des signatures collectives et individuelles: http://www.reseau-terra.info/wordpress/?p=641

Etats-Unis: 779'000 sans-papiers reconduits à la frontière, un record

Les autorités américaines ont expulsé le chiffre record de 779 000 immigrés clandestins au cours des exercices budgétaires courant d'octobre 2008 à septembre 2010, a annoncé lundi Janet Napolitano, la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure.

«Au cours des exercices budgétaires 2009 et 2010, les services de l'immigration et des douanes (ICE, selon son sigle en anglais) ont expulsé de notre pays plus de migrants illégaux qu'au cours de nulle autre période», a indiqué Mme Napolitano lors d'un discours. Elle a ajouté que, durant l'exercice budgétaire 2010 qui s'est terminé en septembre de l'an dernier, 195 000 sans-papiers ayant commis des infractions ont été expulsés, ce qui constitue un autre record, selon elle. Janet Napolitano a souligné que l'une des priorités du président Barack Obama était d'expulser «les sans-papiers criminels et ceux qui représentent une menace» pour la population.

Aux États-Unis, la plupart des sans-papiers, qui seraient environ 12 millions, viennent d'Amérique latine. Toujours au cours des exercices budgétaires couvrant 2009 et une bonne partie de 2010, les autorités américaines ont saisi 282 millions de dollars, soit 35% de plus que par rapport aux deux exercices budgétaires précédents, et 6800 armes destinées au crime organisé au Mexique, a ajouté Mme Napolitano.

La secrétaire à la Sécurité intérieure a présenté ces chiffres à El Paso, une ville du Texas située à la frontière avec le Mexique, d'où provient la majeure partie de la drogue qui entre aux États-Unis.

AFP

Des migrants exploités et brutalisés dans le désert du Sinaï: mobilisation à Rome

Une retraite aux flambeaux aura lieu dans la soirée du mardi 1er février devant le Capitole à Rome pour demander la libération des réfugiés retenus en otage depuis deux mois par des bandes de bédouins dans le désert du Sinaï, à la frontière israélienne.

La manifestation est organisée par un groupe d’ONG, dont le Centre Astalli, la branche italienne de Jesuit refugee service et l’agence Habescia pour la coopération au développement. Elles dénoncent le silence des pays européens et réclament un véritable plan d'aide et d'intervention. Hélène Destombes.

Le nombre de réfugiés aux mains des pillards n’a cessé d’augmenter. Ils proviennent essentiellement de la Corne de l’Afrique, pour la plupart d’Erythrée et d’Ethiopie. Depuis au moins 2007, des bandes de trafiquants d’êtres humains sévissent dans la région. Ils rançonnent et brutalisent les migrants tombés en leur pouvoir. Les témoignages font état de viols, tortures, chantage, trafic d’organes : les ONG s’efforcent d’attirer l’attention de l’opinion publique sur l’horreur vécue par ces réfugiés. « Il est temps que l’Europe se réveille » ! lance un des promoteurs, Christopher Hein, directeur du Conseil italien pour les Réfugiés. Il pointe du doigt l’attitude des Etats européens qui ferment leurs frontières.
Selon EveryOne Group, les trafiquants seraient liés au Hamas, et la police égyptienne a choisi de ne pas intervenir. La frontière de 240 kilomètres de l'Égypte dans le Sinaï est une zone militaire réglementée accessible seulement au personnel autorisé. Au cours des dernières années, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté le long de la frontière des milliers de demandeurs d'asile et de migrants et beaucoup d'entre eux ont été déférés devant des tribunaux militaires. L’instabilité qui règne actuellement en Egypte risque d’entraver tout effort visant à obtenir la libération des otages. A Rome, mardi soir, des manifestants vont défiler en silence, à la lumière des flambeaux, pour dénoncer et témoigner.

Radio Vatican


Ecouter le sujet d'Hélène Destombes

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RealAudio

L'odyssée des réfugiés iraniens

Devant un parterre d'irréductibles défenseurs des droits humains, Sylvia Festel, militante d'Amnesty International, a présenté, au Forum, le film Pour un instant la liberté.

Le long-métrage de Arash T.Riahi, sorti sans bruit sur les écrans en 2009, tire sa force de son authenticité, inspiré de faits réels et en partie autobiographique. Il croise les parcours de trois groupes d'Iraniens, hommes, femmes et enfants, qui fuient leur pays au prix des pires épreuves, humiliations et sévices, réfugiés en Turquie en attente du statut de réfugiés, qui aboutit parfois au bout de plusieurs années et échoue souvent. Ce film jette un autre regard sur le sort des clandestins, qui ne tiennent que par l'espoir de liberté.
Indignée par les graves atteintes aux droits humains et les expulsions en violation des obligations de la Turquie en vertu de la Convention européenne des Droits de l'Homme, Amnesty lance une campagne de pétitions pour le respect du droit d'asile en Turquie. Une campagne qui devrait trouver écho dans d'autres régions du monde, voire même en France, comme le souligne l'organisation indépendante.

Trouvé dans l'Union Champagne/Ardenne/Picardie


Vers la bande-annonce du film

samedi 29 janvier 2011

La traversée la plus dangereuse au monde

L’année passée, 20.000 clandestins venus d’Amérique centrale ont été enlevés par des narcotrafiquants tandis qu’ils traversaient le Mexique.

Ils l'appellent "la Bête". Ces dernières années, ce train de marchandises qui parcourt le Mexique terrorise les candidats à l’immigration clandestine aux Etats-Unis. Au bout du trajet, pour les uns, le rêve américain. Pour les autres, un cauchemar. Tout au long du voyage, les migrants sont la cible du crime organisé mexicain… et des autorités. Ils sont attaqués, frappés, dépouillés, enlevés en masse, torturés, violés… Avec toujours le même objectif : leur soutirer un numéro de téléphone pour rançonner les familles restées au pays. "Ils se sont rendu compte que les pauvres aussi pouvaient rapporter gros", explique le prêtre Alejandro Solalinde, fondateur d’une auberge qui accueille les migrants dans l’Etat d’Oaxaca. Avec une rançon de 2.000 euros en moyenne, le bénéfice peut atteindre 40 millions d’euros par an.

"Le train a été arrêté par des hommes armés. Ils ont enlevé une quarantaine d’hommes et de femmes." Ce témoignage d’un jeune migrant centraméricain date du 16 décembre dernier. Comme des milliers d’autres, il tentait d’entrer aux Etats-Unis par le Mexique, effectuant ce qu’Amnesty International appelle "la traversée la plus dangereuse du monde".

"Ils nous frappaient avec un morceau de bois très lourd"

Selon l’ONG britannique, 20.000 enlèvements de migrants surviennent chaque année, soit plus de cinquante par jour. Le trafic est d’autant plus juteux qu’il jouit d’une impunité absolue. "Ils sont illégaux et craignent d’être renvoyés dans leur pays d’origine, ils ne portent donc pas plainte, précise le prêtre. Personne ne s’en préoccupe." Tout au moins jusqu’à ces derniers mois: deux scandales ont obligé le gouvernement mexicain à reconnaître, du bout des lèvres, la gravité de la situation. Le 23 août 2010, dans un ranch de San Fernando, près de la frontière avec les Etats-Unis, l’armée découvre les corps de 72 migrants, la plupart originaires d’Amérique centrale. D’après le témoignage d’un survivant, le groupe aurait été enlevé par les Zetas, un des cartels les plus violents du Mexique, et ses membres exécutés après avoir refusé de s’enrôler comme passeurs de drogue ou tueurs.

En décembre dernier, dans le sud du Mexique, c’est un groupe de 40 migrants qui est à son tour enlevé par des hommes armés. Les gouvernements du Salvador, du Guatemala et du Honduras tapent enfin du poing sur la table. Ils dénoncent les constantes violations des droits de l’homme dont les migrants sont victimes et exigent du Mexique une enquête. Un mois plus tard, toujours aucune nouvelle des 40 migrants. La hautcommissaire des Nations unies aux droits de l’homme Navi Pillay s’est dite, la semaine dernière, "profondément préoccupée" par leur sort ainsi que "par les menaces de mort reçues par un éminent défenseur des droits de l’homme mexicain", le père Solalinde. Elle exhorte les autorités mexicaines à "une enquête approfondie et transparente sur les circonstances entourant l’enlèvement et sur les allégations de mauvais traitements et d’abus de la part de la police et des agents de migration".

Pour le père Solalinde, comme pour plusieurs associations de défense des droits de l’homme, les responsabilités sont évidentes: "Il s’agit des Zetas et de fonctionnaires corrompus." L’équipe de l’auberge a précieusement archivé des centaines de témoignages filmés. Les méthodes, les lieux, les agresseurs… sont les mêmes dans des dizaines de récits. "Ils me demandaient le numéro de mes parents. Comme je n’ai pas voulu le leur donner, ils ont dit qu’ils allaient s’amuser avec moi…", raconte Daniel, un adolescent de 15 ans. Guillermo porte, lui, les marques de son long passage à tabac, le bas de son dos, ses fesses et ses cuisses ne sont qu’un énorme hématome. "On avait les mains et les pieds attachés, ils nous laissaient sans manger, sans boire, sans dormir. Ils nous frappaient avec un morceau de bois très lourd." Membres des cartels ou policiers, les criminels sont identifiés. Mais le discours officiel tente de reléguer ces enlèvements à un problème entre migrants centraméricains. "Ils cherchent à cacher que les chefs de ce négoce sont mexicains et que ce sont des hauts fonctionnaires", dénonce le prêtre qui, la semaine dernière, a rencontré le ministre de la Sécurité publique. "Il a beaucoup parlé, pour exposer des chiffres qui n’ont rien à voir avec la réalité. Je suis sorti de l’entretien en me demandant de quel côté il était."

Léonore Mahieux, correspondante à Mexico pour Le Journal du Dimanche

Un Ticket pour se glisser dans la peau d'un clandestin

Avec Ticket, le public est invité à vivre une expérience théâtrale hors du commun. Le spectateur se retrouve au coeur de la réalité des migrants clandestins qui cherchent à fuir leur pays. Déconseillé aux personnes cardiaques, aux femmes enceintes et aux moins de 16 ans, Ticket embarque 80 spectateurs pour un voyage à hauts risques dont ils ne ressortiront pas indemnes, le regard radicalement changé sur ces hommes et ces femmes qu'on nomme les clandestins.

ticket

Ticket raconte de manière hyperréaliste le calvaire des migrants clandestins. Ouest-France

Quatre séances sont organisées, les 9 et 10 février. La première, à 20 h le mercredi, affiche déjà complet. Le public a rendez-vous à l'Embarcadère, avant de suivre les comédiens de la compagnie Intérieur Brut vers un endroit tenu secret où ils embarqueront pour 45 minutes de docu-fiction théâtral. Une expérience inédite où le spectateur devient acteur d'une réalité le plus souvent inhumaine. Entassés, dans le noir, la peur au ventre, telle est la réalité des migrants clandestins, prêts à tout pour rejoindre cette vieille Europe qu'ils considèrent comme leur Eldorado. Passeur, hommes en armes et supplications de ceux qui n'ont plus ni papiers ni identité, rendent l'atmosphère irrespirable.

Présenté au festival d'Avignon en 2009, côté off, Ticket n'a laissé indifférent ni le public ni les critiques. « Expérience à vivre d'urgence », « électrochoc », « acte citoyen », la presse s'est largement fait l'écho de ce moment unique où la réalité se vit l'espace d'une petite heure.

Pour mettre au point Ticket, Jack Souvent, le metteur en scène, a longuement enquêté à Calais auprès de personnes venues clandestinement d'Afrique. Il est aussi allé à la rencontre de ceux qui ont échoué et a travaillé avec un sociologue. Il en a tiré plusieurs heures de sons radiophoniques dont des extraits seront diffusés lors du spectacle. « On n'a qu'un seul but, dit-il : Provoquer une prise de conscience. » Alors, oserez-vous le voyage ?

Mercredi 9 et jeudi 10 février, à 20 h et à 21 h, à l'Embarcadère. Réservations au service culturel (tél. 02 40 80 86 05) ou sur le site de la ville (www.saintsebastien.fr).

Les incohérences de la politique d'asile en ligne de mire

La conseillère fédérale veut que la Suisse renoue avec sa tradition humanitaire et promet une plus grande collaboration avec le HCR. Mais elle juge aussi nécessaire de raccourcir les procédures et de faciliter les renvois.

Elle veut travailler plus étroitement avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et serait prête à renouer avec la tradition des contingents, abandonnée en 1996. Mais Simonetta Sommaruga entend aussi raccourcir les procédures d’asile, faciliter les renvois et remédier au fait que seuls 20% des réfugiés reconnus ont un travail, ce qui dénote un problème d’intégration. «Car la Suisse a besoin d’une politique d’asile crédible», dit-elle.

C ’est ce qu’elle a souligné, très clairement, le 20 janvier à Berne, à l’occasion du quatrième symposium sur l’asile. La responsable du Département de justice et police (DFJP) donnera mardi une conférence de presse sur ses 100 premiers jours au Conseil fédéral. Mais elle n’a pas attendu cet évènement pour dévoiler ses premières impulsions en matière de politique d’asile et des étrangers.

Elle devra aussi rapidement empoigner le dossier des sans-papiers, casse-tête fédéral depuis des années. Lors de sa séance du 22 décembre, le Conseil fédéral a évoqué l’idée d’obliger les maîtres d’école à dénoncer les enfants sans papiers. L’idée a très vite provoqué une levée de boucliers. Un groupe de travail, chargé de réfléchir à toute une série de mesures pour régler le problème des clandestins, est censé se pencher sur la question. Il livrera ses conclusions avant la fin de l’année. Il compte aussi s’attaquer au problème des personnes sans statut légal qui cotisent à l’AVS, situation qu’Eveline Widmer-Schlumpf avait qualifiée d’«intolérable» devant le National en mars 2010.

A la marge

Simonetta Sommaruga aurait-elle pu elle-même mettre sur le tapis la chasse aux enfants clandestins? Certains le pensent. Très pragmatique, elle s’est souvent démarquée sur ces questions du courant majoritaire du PS. Au parlement, elle a approuvé le contre-projet sur le renvoi des étrangers criminels, une fois le chapitre sur l’intégration ajouté, et après avoir tenté d’invalider l’initiative de l’UDC, en l’assumant. Alors que la plupart de ses collègues socialistes l’ont fait en se pinçant le nez.

C’est aussi elle qui, dans ses thèses consignées dans le livre Für eine moderne Schweiz, rédigé en 2005 avec Rudolf Strahm, relevait que le PS a réagi avec dix ans de retard sur les questions migratoires. Et qu’il a trop longtemps ignoré la problématique des étrangers mal intégrés. En 2001, elle avait, dans le provocant Manifeste du Gurten, été jusqu’à prôner une «limitation de l’immigration».

Simonetta Sommaruga, résolue à résoudre les incohérences de l’asile pour éviter que la droite dure n’en profite pour se profiler, ose donc aborder des questions jugées iconoclastes dans son parti. Et se montrer dure avec les étrangers qui ne devraient pas rester en Suisse. Mais des proches assurent que la Bernoise est tout à fait contre l’idée de s’en prendre aux enfants sans papiers. Et qu’elle ne croit pas qu’elle puisse être applicable. Voilà qui rassure son camp. Selon nos informations, c’est Ueli Maurer qui a demandé au DFJP d’étudier cette option controversée.

Les contingents de réfugiés? Ces dernières années, le HCR a régulièrement demandé à la Suisse d’accueillir des groupes de réfugiés qui ne peuvent ni rentrer chez eux ni trouver la protection nécessaire dans le premier pays d’accueil. Sans succès. En 2009, l’instance onusienne a même publié un livre-plaidoyer (LT du 16.02.2009), envoyé aux conseillers fédéraux et aux parlementaires. La porte semble désormais se rouvrir avec Simonetta Sommaruga. «Même si aucune promesse n’a été formulée, nous avons senti une certaine ouverture de sa part», confirme Susin Park, la responsable du Bureau suisse du HCR.

Fermeture progressive

Lors des événements de Hongrie en 1956 ou ceux de Tchécoslovaquie en 1968 par exemple, le Conseil fédéral avait accepté des groupes importants de réfugiés, sans les faire passer par la case «procédure individuelle». Puis la hausse des demandes d’asile individuelles en provenance des Balkans a mis fin à la pratique. Depuis 2005, la Suisse accepte des petits groupes de réfugiés proposés par le HCR. Mais en 2005 par exemple, il ne s’agissait que de dix Ouzbeks.

En 2007, Micheline Calmy-Rey, alors présidente, avait défendu au Conseil fédéral l’idée d’accueillir 500 Irakiens. En vain. Malgré cela, la Commission fédérale pour les questions de migration continue d’exiger que la Suisse accueille 200 à 300 réfugiés du HCR par an.

Ce sera un test pour Simonetta Sommaruga. Saura-t-elle se montrer convaincante? Si elle veut éviter une claque devant le Conseil fédéral, elle pourra toujours décider d’accueillir un groupe inférieur à 100 individus. Car en dessous de ce seuil, elle peut agir sans l’aval de ses collègues.

Valérie de Graffenried dans le Temps