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lundi 18 octobre 2010
Vaud expulse le plus, mais accorde aussi le plus de permis humanitaires
Double record pour le canton: c'est celui qui expulse le plus de délinquants étrangers, mais aussi celui qui octroie le plus de permis humanitaires, affirme Philippe Leuba. Le conseiller d'Etat, tenant d'une politique migratoire à la fois à la fois «stricte et ouverte», combat l'initiative de l'UDC.
Extrait du Journal télévisé de la TSR
Le canton Vaud expulse le plus d’étrangers délinquants, mais octroie aussi le plus grand nombre de permis humanitaires, a affirmé Philippe Leuba. Le conseiller d’Etat a mis en garde contre l’initiative de l’UDC soumise au peuple fin novembre.
Le canton de Vaud mène une politique migratoire à la fois «stricte et ouverte», a déclaré lundi Philippe Leuba, en charge du Département de l’intérieur. Stricte à l’encontre des étrangers qui ne respectent pas l’ordre juridique et ouverte envers ceux qui font l’effort de l’intégration.
Entre 2008 et le 30 septembre 2010, 373 personnes ont été renvoyées pour des motifs pénaux, a indiqué le ministre lors de son traditionnel point de situation sur la migration. A l’inverse, sur 1240 demandes de régularisations à titre humanitaire, 730 personnes ont obtenu un permis B.
Interrogé sur l’initiative de l’UDC demandant le renvoi des étrangers criminels, Philippe Leuba a clairement manifesté son désaccord avec ce texte soumis au peuple le 28 novembre. Il a souligné sa préférence pour le contre-projet, qui correspond «pratiquement» à la politique vaudoise.
ATS relayé par 24 Heures
Rue89 publie un fichier “Roms” de la gendarmerie
« Des fichiers de Roms, il n'y en a jamais eu », assurait le 9 octobre à Rue89 le général Morel. L'ancien responsable entre 1997 et 2004 de l'OCLDI (Office central de lutte contre la délinquance itinérante) entendait ainsi contredire les documents internes à son service publiés deux jours plus tôt par LeMonde.fr et Rue89, faisant état de nombreuses mentions d'un « fichier Mens » (Minorités ethniques non-sédentarisées), un fichier de Roms illégal car non-déclaré et ethnique.
Rue89 s'est cependant procuré une nouvelle preuve attestant de la réalité de la collecte de telles informations au sein de la gendarmerie nationale : un programme informatique recensant les Roms, non-déclaré à la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Sur la page d'accueil de ce programme, sous l'intitulé « fichiers », figure le nom « Roms ».
L’initiative à l’UDC, le vide pour les autres
Editorial de Thierry Meyer, rédacteur en chef de 24 Heures, à propos des prochaines votations sur le renvoi des criminels étrangers.
Un parfum de tragédie grecque flotte sur la Suisse politique. Depuis trois ans, et le succès massif de l’UDC aux élections fédérales, toute personne normalement constituée qui s’intéresse un peu à la chose publique sait que l’expulsion immédiate et sans nuance des criminels de nationalité étrangère est un sujet capable de rencontrer une forte adhésion populaire.
A six semaines du vote sur cet objet sensible, un sondage confirme ce probable verdict de manière éclatante. Et tout se passe comme si les adversaires de l’initiative contemplaient, bouche bée, la déferlante s’abattre sur eux.
Il a pourtant été dit et répété que ce texte posait, dans son application, un problème fondamental de libre circulation des personnes, concept auquel la Suisse a adhéré et dont elle tire les bénéfices. Il a aussi été dit et répété que les questions de criminalité étrangère nécessitaient des réponses claires, rapides et efficaces, dans le cadre des lois existantes. Mais rien n’y fait: nous assistons à la piteuse débandade d’une grande majorité des partis et des lobbies, mélange de résignation, de confusion et de lâcheté, qui attend le triomphe de l’UDC comme la neige en novembre.
La criminalité et la sécurité sont pourtant des domaines bien trop importants pour être laissés à une seule formation politique, qui en a fait son fonds de commerce. La gauche ne sait encore pas comment empoigner un problème qu’elle a trop longtemps préféré ignorer, tandis que le centre-droite se noie dans ses contradictions, et n’arrive même pas à soutenir le contre-projet qu’il a élaboré à la hâte pour rendre «eurocompatibles» les desseins de l’initiative dite des «moutons noirs».
En fait de moutons, les opposants à l’initiative de l’UDC ont l’air d’une escouade de poulets sans tête.
Islam dans la société: la droite déchirée
Alors que la chancelière Angela Merkel déclare que le «multiculti» a échoué, le président se rend ce lundi en Turquie en plein débat sur la place des musulmans en Allemagne.
Tandis que le chef de l’Etat allemand Christian Wulff se rend ce lundi en Turquie, la chancelière Angela Merkel a durci le ton sur l’intégration des étrangers. Lors d’un discours samedi devant les Jeunesses conservatrices (JU), elle a déclaré que le projet de «société multiculturelle» avait définitivement échoué. «Le multiculti est mort!», a-t-elle insisté sous les applaudissements nourris.
Ce constat d’échec du «multiculturalisme» n’est pas nouveau. La gauche et les écologistes, qui avaient prôné les sociétés parallèles vivant dans un respect mutuel, ont fait machine arrière ces dernières années. Mais les déclarations de la chancelière interviennent dans un contexte particulier, à cinq mois d’élections régionales importantes dans le Bade-Wurtemberg et après la parution, début septembre, du brûlot anti-islamique de Thilo Sarrazin.
Le livre de l’ancien membre social-démocrate du directoire de la Bundesbank est un succès de librairie avec déjà plus de 700 000 exemplaires vendus. Depuis, l’Allemagne est plongée dans un débat enflammé sur l’intégration et la place de l’islam dans la société.
Les langues se sont déliées et les conservateurs ont repris à leur compte les positions de Thilo Sarrazin. Horst Seehofer, le patron de la droite bavaroise (CSU), a pris la tête de la fronde en réclamant la semaine dernière un arrêt de l’immigration «turque et arabe». Une vraie provocation au moment même où Angela Merkel recevait le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. «Nous sommes en faveur d’une société avec la culture allemande comme référence identitaire», a-t-il répété samedi. «Nous avons un million d’immigrés qui refusent de s’intégrer […] Il ne doit plus y avoir d’immigration issue de milieux culturels qui rejettent notre culture», a ajouté Alexander Dobrindt, le secrétaire général du parti. Enfin, la jeune ministre CDU de la famille, Kristina Schröder, a réclamé un débat sur le «racisme musulman» contre les Allemands.
La chancelière pense quant à elle que «l’islam fait partie de l’Allemagne», se rangeant derrière les déclarations controversées du chef de l’Etat lors de la cérémonie anniversaire des vingt ans de la réunification. «Plus de 2500 imams officient chaque semaine dans les mosquées. Ignorer la réalité n’est pas une réponse aux problèmes qui nous attendent», a-t-elle déclaré samedi. La chancelière a pris une nouvelle fois en exemple Mesut Özil, le footballeur allemand d’origine turc de l’équipe nationale. «Ce n’est pas le seul exemple d’une intégration réussie», dit-elle.
Sa position divise profondément les conservateurs. «La chancelière désoriente nos adhérents. Avec elle, il ne sera pas possible de gagner des voix», ont critiqué au cours du week-end des responsables des Jeunesses conservatrices.
Par ailleurs, plusieurs sondages inquiétants – mais sans nouveauté – ont attisé la controverse sur la place de l’islam dans la société. La Fondation Friedrich-Ebert, proche du Parti social-démocrate (SPD), a publié une enquête révélant que 37% des Allemands étaient favorables à «une Allemagne sans islam». Environ 13% des Allemands prôneraient même un «Führer» pour diriger le pays. Ils étaient 15,4% il y a quatre ans… On ne constate aucune évolution significative concernant le racisme. «Le niveau de la xénophobie est même moins élevé qu’en 2002 et 2004», constatent les experts.
L’échauffement des esprits inquiète néanmoins les 4 millions de musulmans qui vivent en Allemagne (environ 5% de la population). «Le débat a quelque chose de positif, car nous pouvons enfin nous expliquer», estime l’iman de la mosquée Khadija à Berlin-Pankow, Abdul Basit Tariq. «Mais les campagnes de haine risquent de déclencher des réactions violentes parmi les extrémistes musulmans», craint-il. «Imaginez un attentat en Allemagne ou en Europe. Ce serait une catastrophe pour nous tous», dit-il.
Les organisations de la communauté turque ont demandé des excuses à Horst Seehofer pour ses propos jugés «irresponsables». La communauté juive s’est invitée dans un débat qui, selon elle, se «radicalise». Le secrétaire général du Conseil central des Juifs d’Allemagne y voit un «danger pour la cohésion sociale». Le débat actuel est «sans rapport avec le sujet, hypocrite et hystérique», insiste Stephan Kramer. «Horst Seehofer nous prépare un terrain favorable à l’extrémisme», ajoute le chef du groupe parlementaire écologiste, Jürgen Trittin.
Dans ce contexte, le discours mardi du président de la République fédérale allemande sera très attendu devant le parlement turc.
Christophe Bourdoiseau, Berlin, pour le Temps
L’Allemagne se dépeuple et fait fuir ses musulmans
Paradoxe: le pays se plaint des immigrés au moment où ils se font rares. Et quand l’économie en a le plus besoin.
Pas un jour ne passe sans que les immigrés, l’intégration, l’islam, n’alimentent les polémiques en Allemagne. Ce week-end, la chancelière Angela Merkel a d’ailleurs enterré le modèle multiculturel et posé des conditions aux immigrants (lire ci-contre) . Pour tenter de calmer le jeu. Car le livre choc de Thilo Sarrazin mettant en garde ses concitoyens contre l’invasion musulmane a déjà été vendu à un million d’exemplaires!
Horst Seehofer, chef de la démocratie chrétienne bavaroise, veut stopper l’immigration arabe et turque. «Les étrangers viennent chez nous pour abuser de l’Etat social», estiment trois Allemands sur dix, selon une récente étude sur «le développement des idées d’extrême droite». Guido Westerwelle, ministre des Affaires étrangères et chef du Parti libéral, estime qu’il faut vérifier la contribution de chaque nouvel immigré à l’Allemagne.
Autant de débats qui semblent dépassés à la lecture des dernières statistiques officielles. Elles révèlent que, en 2008, pour la première fois depuis vingt-quatre ans, le nombre de personnes qui quittent l’Allemagne a dépassé celui des nouveaux arrivants. Une tendance confirmée en 2009 avec 721 000 immigrants, contre 734 000 partants.
Des chiffres inquiétants car les projections démographiques officielles, qui annoncent une réduction spectaculaire de la population active au cours des décennies à venir, partent d’un solde d’immigration positif de 100 000 à 200 000 nouveaux arrivants par année! «Un chiffre qui devrait même s’élever à 500 000 chaque année», estime Klaus Zimmermann, président de l’Institut économique allemand de Berlin (DIW). Si l’Allemagne, en dépit de son maigre taux de natalité, «veut conserver tout son potentiel économique».
Entrepreneurs inquiets
Contrairement aux craintes de Horst Seehofer et de Thilo Sarrazin, les nouveaux arrivants viennent aujourd’hui d’Europe de l’Est, et non de Turquie ou du monde arabe. En 2009, 130 000 d’entre eux venaient de Pologne, 56 000 de Roumanie, 29 000 de Bulgarie. Trente mille seulement venaient de Turquie, autant que des Etats-Unis.
«Le nombre de Turcs qui quittent l’Allemagne aujourd’hui est supérieur d’un tiers à celui de ceux qui y arrivent, souligne Memet Kilic, expert des Verts pour l’immigration. Un nombre croissant de jeunes très qualifiés ne trouvent plus la République fédérale attractive. Ils préfèrent les Etats-Unis, le Canada, ou Istanbul pour les jeunes Turcs. Le sentiment du pays d’accueil à leur égard est aussi déterminant que les lois en vigueur ou le niveau des salaires.»
Or, «les entreprises allemandes manquent déjà de 59 000 à 70 000 ingénieurs et techniciens supérieurs», constate Reiner Klingholz, expert démographe. Et les pays d’Europe de l’Est, qui ont les mêmes problèmes démographiques que l’Allemagne, ne lui serviront pas de réservoir de main-d’œuvre. Nombre de Polonais retournent déjà chez eux, où les conditions de vie et de travail leur sont plus favorables.
L’Allemagne aura donc toujours besoin des immigrés du monde musulman, des Turcs en particulier. Mais les polémiques actuelles n’y préparent guère les Allemands .
Michel Verrier, Berlin, pour 24 Heures
Les opposants à l’initiative de l’UDC ont-ils capitulé ?
Selon un sondage publié hier, l’initiative des «moutons noirs» pourrait l’emporter avec 62% des suffrages.
Plus de 62% de soutien! Il y a bien longtemps qu’un projet UDC n’avait pas eu un sondage aussi favorable à six semaines du vote. Selon les chiffres de la SonntagsZeitung publiés hier, l’initiative pour l’expulsion des étrangers criminels remporterait non seulement un large succès, elle risque surtout de battre le contre-projet.
Rien d’étonnant dans ces résultats. Alors que l’UDC occupe le terrain à coups d’une campagne à plusieurs millions, les autres partis semblent avoir déserté le débat. Et ce n’est pas fini: ces prochaines semaines, la formation de Christoph Blocher remettra la compresse. «Nous n’arrêtons pas de recevoir des dons pour cette campagne», se réjouissait hier dans la presse Adrian Amstutz (UDC/BE).
Comment expliquer l’immobilisme des autres forces politiques face à cette machine de guerre? Chez les libéraux-radicaux (PLR), la situation tourne même au ridicule. Alors que le PLR s’est toujours battu pour le contre-projet, l’initiative remporterait 73% des voix dans ses rangs! Pourtant, ses ténors continuent à être invisibles… «Nous manquons de moyens, se défend Isabelle Moret, vice-présidente romande. Nos affiches, par exemple, ont été fabriquées à l’interne par le secrétariat, sans agence de communication.» Et effectivement, le budget des trois partis du centre-droite – PLR, PDC et PBD – s’élève pour l’instant à 180 000 francs. Et les 150 000 francs, qui, selon nos informations, viennent d’être recueillis par les Amis du PLR, ne changeront pas grand-chose à l’affaire.
Investisseurs réticents
Le centre-droite a toutes les peines du monde à convaincre les milieux économiques à investir dans cette campagne. Même Eveline Widmer-Schlumpf a pointé ce problème du doigt, hier, dans une interview accordée au SonntagsBlick . Elle reproche notamment à EconomieSuisse de ne pas mettre un centime dans la bataille. Johann Schneider-Ammann (PLR), l’entrepreneur à succès devenu il y a peu conseiller fédéral, essaie lui aussi de convaincre les milieux économiques. Il aurait même approché Kaspar Villiger pour tenter d’obtenir des fonds d’UBS. Mais les arguments à sa disposition semblent bien faibles. Il ne peut que brandir la menace d’éventuelles mesures de rétorsion de l’Union européenne en cas d’acceptation du texte de l’UDC, dont la compatibilité avec la libre circulation des personnes est remise en cause par de nombreux experts.
PDC et PS aussi absents
Avec le Parti démocrate-chrétien, le Parti socialiste est l’autre grand absent de cette campagne. C’est que le parti est divisé entre les adeptes du double non, et ceux qui veulent limiter les dégâts en militant pour le contre-projet. La semaine dernière dans une interview accordée au Temps , Christian Levrat expliquait carrément qu’il préférait garder ses cartouches pour les initiatives à venir du PS.
Dans ces conditions, Yvan Perrin, vice-président de l’UDC, se frotte évidemment les mains. «Tout le monde sait que les électeurs veulent un tour de vis. Et du coup, personne n’a envie d’aller au casse-pipe. L’argument financier n’est que l’excuse que les autres partis mettent en avant à chaque fois qu’ils sentent que les choses ne vont pas bien se passer.»
Voilà qui promet de beaux règlements de comptes le soir de la votation .
Fabian Muhieddine dans 24 Heures
dimanche 17 octobre 2010
Renvoi d’étrangers: l’initiative l’emporterait avec plus de 60 %
Si les Suisses avaient voté dimanche, l'initiative de l'UDC sur le renvoi des étrangers criminels l'aurait emporté par 61,5% des voix, selon un sondage publié dimanche par la "SonntagsZeitung". Le contre-projet du parlement aurait également eu de bonnes chances de passer.
Le texte de l'UDC est rejeté par 30% des personnes interrogées. Environ 8% n'ont pas encore d'avis. Le journal dominical pronostique un effritement du soutien à l'initiative d'ici la votation le 28 novembre prochain, mais le texte devrait continuer de recueillir une majorité.
Le contre-projet qui prévoit également un durcissement en matière de renvoi mais dans les respect des droits de l'homme, a reçu le soutien de 46,3% des personnes interrogées contre 37,2% qui y sont opposés. Compte tenu du nombre encore élevé de sans-avis, un 'oui' reste possible.
A la question subsidiaire qui permet de trancher en cas de double 'oui', l'initiative arrive de peu en tête: 46% des sondés préfèrent l'initiative de l'UDC et 45% se prononcent pour le contre-projet selon la "SonntagsZeitung".
Le sondage a été réalisé du 14 au 16 octobre auprès de 1011 personnes. Le taux d'erreur n'est pas précisé.
ATS
Extrait du Journal de 19:30 de la TSR
samedi 16 octobre 2010
Expulsions, les chiffres de la discorde
Le nombre de renvois de délinquants étrangers pourrait tripler, selon des chiffres officiels mais contestés.
Le département d’Eveline Widmer-Schlumpf a-t-il mesuré toute la portée de son annonce? On peut en douter après la récente diffusion d’estimations chiffrées relatives au nombre de renvois de délinquants étrangers qu’une acceptation de l’initiative sur le renvoi rendrait possible à l’avenir.
Selon ces chiffres, l’initiative de l’UDC, sur laquelle les Suisses se prononceront en novembre, ferait plus que tripler le nombre d’expulsions prononcées contre des délinquants étrangers. De 350 à 400 à l’heure actuelle, les renvois passeraient à 1500 si les Suisses devaient dire «oui» le 28 novembre. Une approbation du contre-projet opposé par les Chambres en guise de moyen terme conduirait au renvoi de quelque 750 à 800 condamnés étrangers.
Ces différences s’expliquent par le cercle des délinquants concernés – plus ou moins large selon le droit actuel, l’initiative ou le contre-projet – et le niveau des peines encourues justifiant une expulsion. Elles reposent également sur l’automaticité ou non du renvoi, la loi actuelle ne prévoyant en règle générale que la possibilité de retirer l’autorisation de séjour d’un ressortissant étranger condamné pour des infractions d’une certaine gravité. L’initiative, elle, ne laisse aucune marge aux autorités, qui auront le devoir de retirer l’autorisation de séjour dans les cas prévus par le texte soumis au vote populaire.
Les chiffres ont été établis en partie sur la base d’une étude de l’Association des services cantonaux de migration. «Ils étaient initialement destinés aux commissions parlementaires chargées d’examiner l’initiative et le contre-projet», explique Albrecht Dieffenbacher, chargé du dossier à l’Office fédéral des migrations (ODM). Ils ont circulé entre les parlementaires, et l’administration a finalement jugé préférable de les rendre publics maintenant, plutôt que d’être accusée de taire certains éléments d’information, justifie en substance Albrecht Dieffenbacher.
On voit aisément le parti que l’UDC peut tirer de ces estimations dans une campagne qui promet de ne pas faire dans les nuances. La publication de tels chiffres, à quelques semaines d’un scrutin populaire, donc durant une période où les autorités ont le devoir d’informer le plus objectivement possible, soulève nombre d’interrogations.
Celles-ci sont d’autant plus sérieuses que les ordres de grandeur cités par l’ODM doivent être fortement relativisés, comme le reconnaît Albrecht Dieffenbacher. Les chiffres n’indiquent que les renvois prononcés, mais ne disent encore rien de leur exécution concrète, dont on sait qu’elle est souvent compromise en pratique.
Par ailleurs, les 1500 renvois auxquels conduirait l’acceptation de l’initiative ont été estimés sans tenir compte des obstacles que constitueraient, quoi qu’en disent les initiants, certains engagements internationaux auxquels la Suisse risque de ne pas pouvoir se soustraire, en tout cas pas durablement. Parmi ceux-ci, il faut compter non seulement le principe du non-refoulement, qui interdit de renvoyer un étranger vers un pays où sa vie ou son intégrité physique seraient mises en danger, mais aussi l’accord sur la libre circulation des personnes conclu avec l’UE qui, sans interdire absolument tout renvoi d’un ressortissant européen pour des raisons de sécurité publique, le soumet néanmoins à des exigences particulièrement élevées.
Ainsi, le Tribunal fédéral a confirmé l’obligation de quitter la Suisse d’un Italien condamné pour une longue liste d’infractions, allant du brigandage à main armée au trafic de cocaïne. Mais dans un autre cas, la plus haute juridiction helvétique a estimé qu’un broker milanais devait pouvoir entrer librement en Suisse malgré une condamnation pour abus de confiance. A cette occasion, les juges, s’alignant sur la jurisprudence des autorités européennes, avaient souligné qu’une dérogation à la libre circulation des personnes ne pouvait se justifier que si une menace «actuelle, effective et d’une gravité suffisante» était portée aux «valeurs fondamentales de la société».
Denis Masmejan dans le Temps
“La Suisse, un modèle pour la droite populiste en Europe”
Les droites radicales enchaînent les succès électoraux en Europe. Faut-il en avoir peur? Les réponses de Damir Skenderovic, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Fribourg. Selon lui, une société d’exclusion est en cours de préparation.
Dans une bande dessinée diffusée aux électeurs, il se posait en défenseur de la capitale autrichienne et encourageait un jeune Viennois armé d’un lance-pierres à en «coller une au Mustafa». Dimanche passé, Heinz-Christian Strache, 41 ans, le leader du Parti de la liberté (FPÖ) de feu Jörg Haider, a créé la surprise en s’arrogeant 27% des suffrages au scrutin municipal/régional de Vienne. Ce succès n’est que le dernier d’une série de trophées électoraux remportés par les partis à la droite de la droite en Europe cette année. Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Fribourg, Damir Skenderovic* suit de près cette évolution.
Le Temps: Percée du FPÖ à Vienne, entrée de l’extrême droite au parlement suédois en septembre, gouvernement soutenu par Geert Wilders aux Pays-Bas… L’extrême droite est-elle devenue incontournable sur l’échiquier politique européen?
Damir Skenderovic: Si sa présence n’est pas nouvelle, on peut parler d’un élargissement. Récemment encore, les partis de droite populiste étaient tenus à distance. Et puis, à la fin des années 1990, le FPÖ est devenu en Autriche un parti de gouvernement. Ces partis sont de plus en plus des acteurs avec lesquels on considère que l’on peut travailler. En outre, après avoir beaucoup investi depuis des années, ils profitent aujourd’hui d’un savoir-faire acquis, ils ont des services de communication efficaces, ils savent recruter du monde.
On observe par ailleurs un processus d’adaptation du programme des partis de centre droit à l’agenda politique de la droite populiste. L’UMP de Nicolas Sarkozy en France, radicaux et démocrates-chrétiens en Suisse n’hésitent plus à parler immigration ou intégration de manière exclusionniste. Plus important encore, avec l’européanisation des médias, certaines thématiques deviennent transnationales.
– Ce glissement de la droite classique vers l’extrême droite a été saisissant en France ces derniers mois. A quoi tient-il?
– Il est lié bien sûr à la question du pouvoir, à la manière dont on pense le gagner ou le conserver. Mais l’opportunisme n’explique pas tout; il y a aussi un fond idéologique. Nicolas Sarkozy n’est pas nouveau venu sur ces thématiques, elles participent de la manière dont il imagine la société.
– Les droites populistes d’Europe ont chacune leurs spécificités. Mais elles semblent toutes se rejoindre sur l’islamophobie. Est-ce la grande nouveauté?
– Tout à fait. Pour différentes raisons, les attentats du 11 septembre 2001 ou la politique internationale, un rejet de l’islam s’est développé au niveau mondial. Mais il ne faut pas oublier que déjà au milieu des années 1990, l’UDC distribuait à Zurich des brochures contenant des propos islamophobes. Le fait nouveau est que cette thématique s’est transnationalisée avec la diffusion dans toute l’Europe d’arguments qui n’avaient pas cours avant sur le continent. Le livre de Thilo Sarrazin est frappant à cet égard (ndlr: dans un pamphlet récent intitulé L’Allemagne court à sa perte, grand succès d’édition, Thilo Sarrazin, membre du SPD et ex-membre du directoire de la Bundesbank, juge que l’Allemagne «s’abrutit» sous le poids des immigrés musulmans).
– Frappant? C’est-à-dire?
– Ce livre marque un retour au biologisme, selon lequel le comportement des gens est déterminé génétiquement. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale on n’imaginait pas que ce genre d’argument puisse refaire surface à grande échelle.
– Le développement du sentiment islamophobe est-il aussi lié à la crise économique?
– Plus que la crise, c’est sa perception qui est importante. On ne peut par exemple pas vraiment dire que la Suisse est en crise économique. L’histoire a régulièrement montré que lorsqu’une crise est perçue, quelles qu’en soient les raisons (économiques ou autres…), la tentation est grande de chercher des boucs émissaires et des solutions toutes simples. On pointe les musulmans et on dit que l’Etat providence ne marche pas parce qu’il y a trop d’abus, ou que par leur faute l’insécurité est trop grande. Les partis socialistes pourraient entrer dans le débat en parlant économie, travail, inégalités et reconnecter la crise à ses vraies raisons. Ils ne le font pas.
– Il y a presque un an, la Suisse votait l’interdiction des minarets. Depuis, le débat sur l’interdiction de la burka a traversé de nombreux pays. Cette votation a-t-elle fait sauter un tabou en Europe?
– Oui, mais il n’y a pas que le vote anti-minarets. De manière générale, la Suisse joue un rôle de modèle pour la droite populiste en Europe. Par exemple, le Vlaams Belang belge ne manque pas une occasion d’applaudir aux succès de l’UDC. C’est un modèle de parti sachant gagner des voix en misant sur un agenda exclusionniste; elle a tout un savoir-faire (jeu internet, affiches) qui permet de mobiliser sur de telles thématiques. Voyez sa dernière campagne! Avec l’effet «transnational» des médias, la votation sur les minarets a suscité un immense débat en Europe. Dans d’autres pays on a pensé: «Oui, le peuple suisse a osé dire cela.» La Suisse est d’autant plus un acteur qu’elle est perçue comme un pays modéré, un pays de respect. L’UDC, en outre, n’est pas un outsider, mais est un parti de gouvernement, un parti accepté avec lequel on peut collaborer sur fond de concordance.
– Mais vous le mettriez sur le même plan que d’autres partis de la droite populiste européenne?
– Dans une perspective comparative, l’UDC est très proche du FPÖ de l’époque de Jörg Haider, ou des Partis du progrès en Scandinavie. La Lega italienne et le Vlaams Belang belge diffèrent par leur aspect régionaliste, mais l’agenda en matière d’immigration est le même que celui de l’UDC.
– Et avec le Front national français?
– Le FN a une organisation très forte avec un pied dans l’extrême droite dure, alors que l’UDC a toujours veillé à se maintenir à distance de l’extrême droite, comme par exemple avec le PNOS en Suisse alémanique, lié aux skinheads.
– Jimmy Akesson, chef de l’extrême droite suédoise, a 31 ans. La montée en Europe touche-t-elle surtout les jeunes, les aînés ayant en mémoire la Seconde Guerre mondiale?
– La discussion est en train d’émerger sur ce sujet. Tous les partis rajeunissent leur leadership en Europe et l’extrême droite prend de plus en plus l’allure d’une contre-culture jeune avec ses musiques, ses vêtements, ses symboles. Quant à l’enseignement de l’histoire, c’est un point très important. En Suisse, il y a eu un grand débat ces dernières années sur la baisse du nombre d’heures d’histoire enseignées aux jeunes: elle occupe une place moins importante qu’autrefois dans le curriculum pédagogique. Paradoxalement, on assiste à un renouvellement de l’intérêt des jeunes pour l’histoire médiévale avec les jeux de rôle ou d’ordinateur. Le système d’éducation devrait profiter de cette tendance et s’engager de nouveau plus dans l’enseignement historique, aussi sur le XXe siècle.
– Doit-on s’inquiéter de cette présence renforcée de l’extrême droite dans le débat politique?
– Il est inutile de dramatiser en disant que la démocratie est en danger. Les institutions démocratiques sont trop fortes et trop anciennes pour être menacées. Même en Europe de l’Est, l’intégration européenne les a stabilisées. En revanche, il est inquiétant de constater que des valeurs sur lesquelles cette démocratie est basée, le pluralisme ou les droits de l’homme, sont violées lorsque l’on désigne les Roms, les étrangers, les musulmans ou les Noirs. On est en train de préparer une société de discrimination et l’effet cognitif sur ces gens constamment pointés du doigt est très inquiétant.
– Ces derniers temps, il est régulièrement fait référence aux années trente. Est-ce pertinent?
– Je ne pense pas que l’on puisse comparer; le contexte d’alors était différent. Mais une certaine imagerie de l’autre utilisée aujourd’hui est semblable aux années trente, telle celle du bouc émissaire, ou les stéréotypes de culture, de religion.
* The radical right in Switzerland. Continuity and change, 1945 -2000, Berghahn Books, 2009.
Angélique Mounier-Kuhn dans le Temps
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LEXIQUE
«L’extrême droite» n’est pas un univers homogène, rappelle Damir Skenderovic, qui propose une typologie de la «droite radicale», famille politique composée de trois courants. Le premier, prépondérant, est celui des partis de droite populiste. On y trouve l’UDC, la Lega ou le FPÖ. Ils ont en commun trois caractéristiques: «Ils mettent toujours le «peuple» en avant. Ils ne manient pas un discours de racisme classique, mais insistent sur les différences culturelles. Ils ne recourent pas aux mêmes moyens que l’extrême droite, qui mène des actions directes.»
L’historien distingue ensuite «la nouvelle droite», mouvement intellectuel apparu dès la fin des années 1960, dont «le discours sur le «différentialisme culturel» a été très influent». Sa figure de proue en France est Alain de Benoist.
Le troisième courant est l’extrême droite, dont le Jobbik hongrois ou le NPD allemand sont emblématiques. Elle accueille de multiples groupuscules caractérisés par leur agressivité: skinheads, négationnistes, néofascistes, ou nationaux révolutionnaires en France.