jeudi 29 octobre 2009
«Nous, musulmans, réclamons une place dans la société»
«Nous, musulmans, réclamons une place dans la société»
Paru le Jeudi 29 Octobre 2009PORTES OUVERTES - L'Union des organisations musulmanes de Genève prend position contre l'interdiction des minarets et annonce une journée portes ouvertes. Une première.
Face à l'initiative visant à interdire les minarets, les musulmans ont jusqu'ici plutôt fait profil bas (lire en page 7). Mais, à un mois du scrutin, l'Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG) monte sur le ring. Cet organe fédérant onze associations religieuses et culturelles du canton n'avait plus jamais fait parler de lui depuis l'annonce de sa création en 2006. Il aura fallu l'initiative fédérale lancée par des membres de la droite dure et chrétienne pour faire réapparaître cette faîtière censée donner une voix commune et représentative aux musulmans du canton. Hier, elle dénonçait un texte clairement «islamophobe». Elle annonçait aussi une journée portes ouvertes le 7 novembre permettant aux Genevois de mieux connaître les activités des associations musulmanes[1].
«C'est la première fois que des musulmans prennent officiellement position dans une votation. Cela montre notre volonté de nous inscrire dans le système suisse. L'UOMG pourrait se prononcer à l'avenir sur d'autres scrutins», commente sa nouvelle vice-présidente, la Genevoise Lucia Dahlab, convertie à l'islam il y a vingt ans.
L'initiative va à l'encontre des lois et des valeurs suisses, dénonce-t-elle. «Si on interdit les minarets, la Constitution obligera d'interdire aussi les clochers, sinon ce serait une discrimination religieuse inacceptable», relaie Hani Ramadan, directeur du Centre islamique des Eaux-Vives.
Une tradition importante
«Le minaret n'est pas une prescription religieuse, mais une tradition architecturale et culturelle très importante, reprend MmeDahlab. Il n'est pas un symbole politico-religieux et n'a rien d'agressif. Se sentir reconnu permet de s'intégrer. On ne peut pas rejeter les musulmans et leur reprocher ensuite de ne pas s'intégrer. Nous réclamons une place dans la société.»
Cette «campagne de stigmatisation» en suit bien d'autres depuis une dizaine d'années: «C'est dur à vivre. On a le sentiment d'être manipulé», témoigne MmeDahlab. Selon cette femme voilée, le climat s'est durci: «On me dit de retourner chez moi, alors que je suis genevoise. On doit sans cesse montrer qu'on n'est pas dangereuse. En classe, un adulte a dit à ma fille: 'C'est parce que tu fais ramadan que tu n'arrives pas à réfléchir?'»
Aux citoyens craignant l'imposition de la charia, Hani Ramadan répond: «Même si tout croyant place la loi de Dieu au-dessus de celle des hommes, cela ne contredit pas le principe islamique qui impose de se conformer aux lois du pays de résidence.» «Je suis enseignante et la règle m'impose d'ôter mon voile au travail. Je le fais, même si je me sens humiliée», confie MmeDahlab.
La burqa, un «faux problème»
Le concept d'une islamisation rampante l'irrite: «Les musulmans sont des gens qui travaillent et élèvent leurs enfants. Ils forment 5% de la population et seuls 10% sont des pratiquants voulant vivre tranquillement leur foi.»
«Les musulmans sont une partie de la solution, ajoute Adel Mejri, de la Ligue musulmane. Nous sommes prêts à résoudre les difficultés qui se posent, mais autour d'une table, pas dans une ambiance de guerre.» La prochaine attaque de l'UDC portera sur le «faux problème» qu'est la burqa, parie-t-il. Sur ce point, il estime qu'une femme doit pouvoir choisir son habit, burqa comme minijupe.
Même avis de MmeDahlab, qui ne se reconnaît pas dans l'image de femme soumise qu'on lui renvoie. «Laissez les musulmanes porter elles-mêmes leurs revendications», demande-t-elle.
Reste que Hani Ramadan s'est illustré en défendant la lapidation des femmes adultères. L'exposer face à des adversaires qui réduisent l'islam à la burqa, n'est-ce pas verser de l'eau à leur moulin?
«Cette polémique est complètement dépassée et malvenue», répond-il. Sur le fond, il distingue ce que permet d'envisager la doctrine et ce que les musulmans, qui ne visent pas à imposer leurs points de vue, peuvent vivre en Suisse.
Les portes ouvertes sont organisées avec le soutien de la Plate-forme interreligieuse et du Bureau de l'intégration. Malgré des «crispations liées à ses difficultés institutionnelles», la Mosquée du Petit-Saconnex prendra part à l'opération de séduction, explique MmeDahlab, répondant à la place de l'imam de la mosquée, Youssouf Ibram, absent hier. I
Un «oui» serait un coup dur pour la diplomatie suisse
Pour la diplomatie suisse, un «oui» à l'initiative contre la construction de minarets le 29 novembre serait problématique.
L'initiative contre la construction de minarets ne rencontre pour l'instant que peu d'intérêt à l'étranger, selon le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Les médias des pays musulmans n'en parlent pas beaucoup.
«Lorsqu'elle y est thématisée, c'est en général de manière différenciée et factuelle», indique le DFAE. La plupart des médias ont traité le sujet sur le ton de l'étonnement. «Quelque chose d'extraordinaire vient de la neutre Suisse!» serait l'idée qui caractérise le mieux la teneur des articles, selon Tamer Aboalenin, correspondant en Suisse de la chaîne de télévision arabe «Al Jazeera».
Selon M.Aboalenin, les médias proches des autorités font preuve de plus de retenue. «Pour les pays musulmans, cette initiative est considérée comme une affaire intérieure à la Suisse», explique-t-il. Un avis renforcé par le fait que le gouvernement helvétique a pris très clairement position contre le texte. /ats
Si la sécurité du pays et de ses ressortissants ne devrait pas en être affectée, sa crédibilité serait mise à mal.
Il serait incompréhensible qu'un pays qui s'engage activement pour la protection des minorités discrimine une communauté religieuse à l'intérieur même de ses frontières, explique Tamer Aboalenin, correspondant à Berne de la chaîne de télévision arabe «Al Jazeera». Les diplomates suisses tentent dans plusieurs pays musulmans de résoudre les conflits en prônant la cohabitation entre les cultures, poursuit le journaliste.
«La Suisse se disqualifierait en tant que médiateur impartial et garant des principes humanitaires», renchérit Kurt Spillmann, professeur à l'EPFZ, spécialisé dans l'étude des conflits.
Sans oublier les effets sur le travail du CICR dans les pays musulmans, sur Genève en tant que siège des organisations internationales ou sur les quelque 10'000 Suisses vivant dans un pays majoritairement musulman, ajoute le diplomate à la retraite André von Graffenried, ancien ambassadeur de Suisse en Algérie.
Une aubaine pour Kadhafi
Une interdiction des minarets pourrait aussi compliquer la situation avec la Libye. Selon Tamer Aboalenin, Mouammar Kadhafi y verrait une bonne occasion de présenter la Suisse sous un mauvais jour. Il pourrait aussi utiliser ce vote pour prouver que Berne est contre l'islam.
Un «oui» n'aurait pas seulement des conséquences négatives dans les pays musulmans. Cela affecterait aussi l'image de la Suisse dans le monde occidental, qui tend actuellement vers une politique de dialogue avec l'islam, souligne encore André von Graffenried.
Ambassades parées
Le Département fédéral des affaire étrangères (DFAE) est bien conscient de ces répercussions. Il n'a donc pas attendu pour prendre les choses en main, en misant surtout sur la communication. «Les ambassades sont prêtes», indique son porte-parole Adrian Sollberger. «Elles disposent de tous les éléments pour faire un bon travail d'information et entretiennent activement leur réseau de contacts.»
Quant à la sécurité des représentations suisses à l'étranger, le DFAE ne se montre pas particulièrement inquiet. Aucun plan spécial n'est prévu. «La Suisse a un dispositif général de sécurité valable pour toutes les ambassades en cas de crise pouvant affecter ses propres ressortissants. Ce plan sera aussi applicable si des problèmes liés à l'initiative surviennent», précise le porte-parole.
Attaque terroriste
Pourtant, on ne peut pas exclure un embrasement, comme cela avait été le cas dans l'affaire des caricatures danoises. «Comme pour les caricatures, il y a un risque que l'initiative soit instrumentalisée par les fondamentalistes», note André von Graffenried.
Un avis nuancé par Tamer Aboalenin. «Le gouvernement et la majorité des grands partis suisses ont eu une ligne claire et l'ont rejetée depuis le début», explique-t-il. «Le gouvernement danois s'était quant à lui montré très arrogant. Le premier ministre avait refusé de discuter avec les ambassadeurs des pays musulmans, ce qui avait été perçu comme une insulte.»
Le journaliste estime donc que la Suisse ne court pas de danger. Le professeur Spillmann abonde. «Il ne faut pas craindre des conséquences directes pour la sécurité du pays, comme par exemple une attaque terroriste».
Dans l’ombre des clochers d’Istanbul
Le beffroi de l’église Saint-Antoine, à Istanbul. (Mustafa Ozer / AFP)
La situation des chrétiens en terre d’Islam est souvent évoquée en marge du débat sur les minarets. Mais quelle est-elle exactement? Reportage dans un des pays musulmans qui, par ses structures démocratiques et sa proximité de l’Europe, se rapproche le plus de la Suisse
«Pas de problème!» Au téléphone déjà, Gül Hanim * tient à écarter toute ambiguïté. Membre de la minuscule communauté chaldéenne (moins d’un millier de membres), elle a mené sans accroc une carrière de sportive de haut niveau – «Peut-être parce que j’ai un prénom turc», concède-t-elle toutefois.
Les prénoms signent encore souvent, en Turquie, l’appartenance religieuse. Et confèrent aux membres des minorités cette touche d’exotisme sur laquelle peut se construire, plus sournoise, une représentation du chrétien ou du juif comme étranger. Anna Maria Aslanoglu, étudiante en histoire, choisit d’y voir le côté positif de la différence: à chaque nouvelle rencontre, elle doit expliquer qu’elle est«roum» – romaine – le nom donné à la minorité orthodoxe grecque. A Istanbul, l’explication n’a pas besoin d’être longue: «Tout le monde sait que certains Turcs sont chrétiens ou juifs.»
Besson, fantassin d’une offensive ultraréactionnaire
Lu dans l'Huma
République contre « identité nationale », accueil et droit d’asile contre « immigration choisie », codéveloppement contre Europe forteresse, égalité contre discrimination… Et si, finalement, l’offensive de la droite menée au pas de charge par Éric Besson se retournait contre elle, en contribuant à une clarification idéologique salutaire sur les fondamentaux de la République ? Après le tollé provoqué dans la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la résurgence de la notion même d’identité nationale, puisée dans les tréfonds de la droite la plus réactionnaire, la création inédite en République d’un ministère en charge de cette question semblait s’être banalisée avec le temps. Tout le monde donnait du « Monsieur le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale » à Éric Besson sans que cela ne choque plus grand monde. Les réactions à son annonce d’un « grand débat » sur « l’identité nationale » et « la fierté d’être français », le 2 novembre prochain, montrent que ce concept n’est pas rentré dans les mœurs.
L’immigration vécue comme une menace
L’immigration menace-t-elle « l’identité nationale » ? Qu’est-ce, d’ailleurs, que l’« identité nationale » ? Y a-t-il une bonne façon d’être français et une mauvaise, comme le sous-entend le lancement d’une campagne d’« instruction civique » pour les adultes et l’obligation faite aux mineurs de « chanter la Marseillaise » ? Autant de questions qui refont surface à la suite de l’initiative du ministre. Sans parler du port de la burqa présenté comme « contraire à l’identité nationale » par Éric Besson, s’écartant de l’interrogation légitime qu’il soulève sur la condition des femmes.
Premier présupposé que la gauche et nombre d’intellectuels s’attachent à démonter : l’association des termes d’« immigration » et d’« identité nationale », comme si la première constituait en soi un « problème » qui menacerait la seconde. « Jamais la France n’a lié sa nature au rapport aux étrangers. Elle a toujours considéré l’apport des autres nationalités comme une chose positive (…) avec une condition simple : l’adhésion à des valeurs communes », commente Vincent Peillon (PS) dans Libération d’hier. Les artifices de Besson évoquant le « vivre ensemble », les « principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité », et son rappel de « l’apport de l’immigration à l’identité nationale » ne font pas illusion : c’est bien une conception restrictive et exclusive de la nation et de son « identité » qu’il promeut, où l’étranger est désigné comme un corps à « intégrer » et à « assimiler », avec la proposition « un contrat d’intégration républicaine pour les étrangers entrant et séjournant sur notre territoire » et celle d’un « entretien d’assimilation » préalable aux naturalisations. L’historien Patrick Weil, auteur du livre Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution (Éditions Grasset, 2002), s’élève contre cette présentation, conteste vigoureusement qu’il n’y ait « qu’une seule façon d’être français ». Le chercheur du CNRS dénonce une « volonté d’encadrer quelque chose qui a toujours été très divers et très fluide ».
Au-delà, c’est la résurgence même du concept d’« identité nationale » qui est récusée, comme l’a fait Gérard Noiriel, président du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) dans son livre À quoi sert l’identité nationale ? (Éditions Agone, 2007). « Résurgence et non apparition », commentait dans nos colonnes l’historien Alain Ruscio (l’Humanité du 10 novembre 2007). « Ce discours et cette pratique ont des racines, de Barrès à Vichy. Il s’agit donc bien, avec les thématiques actuelles, d’un discours réactionnaire. » Pour Gérard Noiriel, l’identité nationale correspond au syllogisme suivant : « L’identité française, c’est l’identité des Français, et l’identité nationale, c’est l’identité de la nation. Tout ce qui est beau, bon, intelligent et humain est français. CQFD. » L’autre versant du raisonnement « est que tout ce qui n’entre pas dans ce cadre est mis en danger », souligne Alain Ruscio. Avec pour corollaires les expulsions massives et la mise en place de quotas d’« immigration choisie » sur des critères économiques aux relents néocoloniaux, mais aussi la notion de droit d’asile vidée de son sens, confondue avec l’immigration ordinaire, qui a « pour effet de tirer les critères de l’asile vers ceux, restrictifs, de la police administrative de l’entrée, du séjour et de la reconduite à la frontière, ce qui est inadmissible » (Anicet Le Pors, auteur de Que sais-je ? Le droit d’asile. Éditions PUF).
Effacer l’héritage républicain
Un traitement sécuritaire de la question migratoire se met ainsi en place, qui participe d’un mouvement plus vaste de la mise au pas de pans entiers de la société englobée dans une nouvelle « classe dangereuse », comme le montre la « criminalisation » du mouvement social. « L’identité nationale ne se joue plus sur des gènes bleu-blanc-rouge. Est étranger aujourd’hui celui qui n’est pas culturellement et économiquement calibré sur le parfaitement intégré. (…) Je parlerais plus de “prolétariophobie” à l’échelle mondiale que de xénophobie », expliquait Jean-Pierre Alaux, du Gisti, dans l’Humanité du 5 avril 2008. Plus fondamentalement, cette campagne lancée par Éric Besson, à l’instigation du chef de l’État, s’inscrit dans une offensive idéologique globale ultraréactionnaire qui vise à effacer l’héritage républicain forgé depuis la Révolution française par les forces progressistes et les luttes populaires. Un héritage fondé sur une conception ouverte de la nation, fondée sur la citoyenneté, l’égalité, la laïcité, la paix et le codéveloppement, et dans lequel s’inscrivent la résistance contre le nazisme, les acquis sociaux du Conseil national de la résistance (CNR) qui entendaient assurer à tous les moyens d’une existence décente sans conditions de revenus ni d’origine, le combat pour la décolonisation et, plus récemment, la lutte pour la régularisation des sans-papiers et pour la mémoire de l’esclavage.
Illustration de cette régression gravissime, Nicolas Sarkozy ne vient-il pas d’exalter, hier, à Poligny (Jura), « l’identité nationale » au travers du « rapport des Français à la terre » ? Une phrase aux relents inquiétants, de celles de Pétain et son « la terre ne ment pas »… Avec Sarkozy à sa tête, la droite parachève un remodelage du pays qu’elle pare du nom de République, mais qui s’en éloigne dans les faits et dans l’idéologie, et dont les jalons les plus symboliques sont la loi de février 2005 sur l’aspect « positif » de la colonisation, le discours de Dakar du chef de l’État prétendant que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire », les entorses à la laïcité, ou encore la liquidation méthodique des conquêtes sociales de la Libération.
Sébastien Crépel
mercredi 28 octobre 2009
Les clandestins arrivant sur les côtes italiennes sont moins d'1% des immigrés
Les immigrés clandestins débarquant sur les côtes du sud de l'Italie représentent moins de 1% des quelque 4,3 millions d'étrangers résidant en Italie en 2008, a annoncé mercredi l'organisation catholique Caritas dans son rapport annuel sur l'immigration en Italie.
"La part des immigrés clandestins qui débarquent en Sicile ne représente qu'un pourcentage infime des étrangers résidant en Italie. Il faut arrêter de ne parler que de cela", a dit un responsable de Caritas, Franco Pittau, lors d'une conférence de presse.
Le procès de la haine raciale
Yves Petignat dans le Temps
L’assassin d’une Egyptienne voilée et enceinte en plein tribunal en juillet dernier est jugé depuis lundi à Dresde. Ce crime xénophobe avait provoqué un tollé dans le monde arabe
Le procès met mal à l’aise l’Allemagne et alourdit encore le climat entre les cultures. A Dresde, joyau culturel et ancienne capitale de Saxe, un homme de 28 ans, Alex Wiens, comparaît depuis lundi pour l’assassinat il y a quatre mois, en plein tribunal, d’une jeune femme égyptienne voilée, Marwa El Sherbini, 31 ans, enceinte de trois mois.
C’est le procès de la haine raciale pure. Mais c’est aussi celui de la relative indifférence de l’opinion publique allemande devant les relents de fanatisme anti-musulman qui couvent dans sa société. C’est aussi un douloureux rappel pour les autorités politiques, y compris pour la chancelière Angela Merkel, qui avaient mis du temps avant de prendre conscience des dégâts d’image, de l’horreur et de l’émotion suscitées en Egypte et dans les pays arabes par cet assassinat.
Victime de sa foi
Des dizaines de journalistes du monde musulman assistent à ce procès placé sous très haute sécurité. Ce crime avait provoqué une vague de protestations chez les musulmans pour lesquels la jeune femme est considérée comme une martyre, victime de sa foi et de l’intolérance envers le port du voile. En Egypte, de nombreux prédicateurs ont exigé la peine maximum contre l’assassin et des menaces planent sur le procès.
mardi 27 octobre 2009
Schwarzenbach: les années noires de la politique migratoire suisse
Schwarzenbach: les années noires de la politique migratoire suisse
Paru le Mardi 27 Octobre 2009ÉCONOMIE - Entre les années soixante et septante, les initiatives de James Schwarzenbach embrasent l'opinion. Retour sur un discours xénophobe qui continue de faire la fortune politique des tribuns populistes.
En 1968, James Schwarzenbach, conseiller national du parti xénophobe «l'Action Nationale», lance une série d'initiatives afin de réduire de 10% le taux d'étrangers en Suisse. Sa campagne met en garde les citoyens suisses contre le risque de surpopulation étrangère en se servant d'arguments tels que l'atteinte à l'identité culturelle suisse et la surchauffe économique. Mais pourquoi renvoyer les travailleurs immigrés dans leur pays alors que la Suisse est en pleine expansion économique? Selon l'instigateur des initiatives, le statut de saisonnier serait la solution au besoin de main-d'oeuvre croissant de la Confédération. Retour sur la politique migratoire suisse de la fin des années soixante. La Suisse, dès la fin de la seconde guerre mondiale, est en pleine expansion économique et son développement implique un besoin de main-d'oeuvre étrangère toujours croissant. L'Italie, avec qui la Confédération entretient des accords depuis la fin du XIXe siècle est une source sûre – à l'époque, on se méfie des pays trop éloignés, comme la Grèce, la Turquie ou la Yougoslavie – et un gisement de travailleurs. La péninsule italique s'accommode par ailleurs de ce transfert de migrants qui lui permet, en maintenant dans son territoire une certaine stabilité sociale et économique, de prévenir la menace communiste.
Les «accords» de la colère
Mais à partir de 1960, l'Italie, qui voit la demande suisse croître d'année en année, exige une révision des accords de 1948 afin d'améliorer le statut des travailleurs italiens. Ne pouvant se passer de cette main-d'oeuvre, la Confédération est obligée d'entrer en matière. En 1964, un nouvel accord est signé: une autorisation de séjour annuelle est accordée aux travailleurs saisonniers après cinq ans, ainsi que la possibilité de changer de lieu de travail après le même nombre d'années pour les détenteurs d'un permis de séjour. Enfin, pour ces derniers, le délai d'attente pour une demande de regroupement familial passe de 36 à 18 mois.
Ces nouveaux accords déclenchent une réaction violente auprès des partis xénophobes qui traitent le gouvernement fédéral de «marionnette du gouvernement italien». L'«Überfremdung» est le mot-clé de leur campagne par laquelle ils dénoncent la trop grande pression des étrangers sur la vie économique, intellectuelle et spirituelle de la Suisse. Le travailleur migrant non seulement contribue à la surchauffe économique en consommant les biens et les logements des Suisses, mais menace de porter atteinte à l'identité culturelle helvétique. Le Conseil fédéral, en réponse à ces attaques, instaure deux mesures de «double plafonnement» afin de réduire de 5% le personnel étranger. Les travailleurs immigrés doivent par ailleurs demander une autorisation de séjour depuis leur propre pays. Mais ces mesures ne sont pas adaptées à l'économie du pays et freinent le développement des entreprises. Elles sont abandonnées en 1967.
Surenchère xénophobe
C'est alors que survient la première initiative xénophobe contre la pénétration étrangère menée par le Parti démocrate du canton de Zurich. Cette initiative propose un article plafonnant le nombre d'étrangers à 10% de la population. Le Conseil fédéral invite le peuple à rejeter la proposition allant à l'encontre des besoins de l'économie suisse et lance un contre-projet afin de réduire malgré tout l'effectif des travailleurs étrangers. L'initiative ayant subit un échec est retirée en mars 1968.
En 1969, le conseiller national James Schwarzenbach entre en scène et lance la seconde initiative avec son parti «Action nationale contre la pénétration étrangère». Dans tous les cantons, à part Genève, la population immigrée ne devra dépasser les 10% et les entreprises ne pourront plus licencier de travailleurs suisses. Cette nouvelle proposition, qui implique une réduction d'environ 200 000 travailleurs, met à nouveau le Conseil fédéral dans une situation économiquement et diplomatiquement dangereuse. Ce dernier tente à nouveau d'éviter l'initiative qui gagne du terrain auprès de l'opinion publique en proposant un contre-projet. L'initiative est rejetée à 54% avec un record de participation. Le Conseil fédéral doit néanmoins réduire l'immigration qui atteint son premier million en 1970 avec 50% d'Italiens.
Enfin, la dernière initiative Schwarzenbach «contre l'emprise étrangère et le surpeuplement de la Suisse» ordonne le départ de 500 000 travailleurs étrangers avant la fin de l'année 1977. Elle sera évincée par 65,8% des voix. Il est intéressant de noter que les trois initiatives xénophobes qui ont été lancées dans le courant des années 1960-70 ne visaient pas une transformation du statut des saisonniers, ces derniers étant admis en Suisse sans aucune limitation. Chaque printemps, ce sont des milliers de saisonniers qui arrivent quotidiennement en Suisse, laissant leur famille, leurs enfants afin d'apporter leur force de travail en échange d'un salaire. Ils resteront jusqu'au début de l'hiver.
A l'écart de la société
Les travailleurs saisonniers, par définition, ne s'installent jamais sur le territoire suisse. Leur durée de travail est de neuf mois (elle se prolongera dans de nombreux cas jusqu'à onze mois et demi) et leur contrat est renouvelable d'année en année. Pendant l'hiver, ils ont l'obligation de rentrer dans leur pays. C'est l'occasion pour ces travailleurs de retrouver leur famille dont ils ont dû se séparer durant presque une année. En Suisse, les travailleurs saisonniers vivent à l'écart de la société, dans des baraquements à la périphérie des centres urbains. Devant assumer un loyer, et des impôts, et en raison d'un salaire peu élevé (environ 3 fr. 50 de l'heure), le strict minimum est dépensé durant le séjour en Suisse et le maximum est envoyé à la famille restée au pays.
Certains travailleurs viennent accompagnés de leurs femmes, à condition que celles-ci soient également en possession d'un contrat de travail. Les enfants issus de cette union doivent par contre rester au pays, et souffriront pendant de longs mois l'absence de leurs parents. S'ils naissent en Suisse, ils sont immédiatement rapatriés. Mais combien de femmes ont travaillé jusqu'au dernier jour en cachant leur grossesse? Combien d'enfants italiens sont nés sur le territoire suisse et ont vécu cachés dans le silence, en attendant leurs parents?
Certaines familles ayant leur villa aux abords des baraquements de travailleurs se plaignent de cette population essentiellement masculine, marginalisée et sans famille, à l'aspect souvent négligé (économies obligent), qui ne maîtrise pas parfaitement la langue. I
Note : *Historienne
LE PRINCIPE DE ROTATION DE MAIN-D'OEUVRE
Les initiatives Schwarzenbach ne s'appliquent pas aux travailleurs saisonniers. Le principe de rotation de main-d'oeuvre est préféré pour son caractère réversible et transitoire et cela par crainte d'un retournement conjoncturel. Les différentes restrictions adoptées par la Suisse (ci-contre) cherchent à couper dès la racine toute volonté d'établissement en Suisse, ou toute possibilité d'intégration. En outre, cette forme de main-d'oeuvre offre des avantages économiques non négligeables, car le gouvernement suisse n'a à prendre en charge aucune dépense sociale.
Les lois définissant le statut même du saisonnier ne laissent pas de possibilité de développement professionnel ou personnel ou aucun moyen pour ce dernier de se créer une place dans la société. Le saisonnier est une force de travail. A la douane, il doit obligatoirement procéder à la visite médicale. Est-ce par souci pandémique, ou pour s'assurer de la pleine forme des ouvriers qui bâtiront la Suisse de l'avenir? Le statut de saisonnier fut aboli en 2002 seulement, par la signature des accords bilatéraux avec l'Union européenne. Aujourd'hui, les travailleurs italiens sont pour la plupart naturalisés. Les autres ont obtenu un permis d'établissement.
Un long chemin a été parcouru jusqu'à la reconnaissance de ces travailleurs. Il en fut de même pour les Espagnols puis pour les Portugais. Actuellement, la conjoncture à changé et l'Europe enchaîne les crises économiques. Or, la Suisse devra toujours faire appel à la main-d'oeuvre étrangère, n'en déplaise aux partis xénophobes qui attribuent au travailleur étranger ou frontalier tous les maux de la Suisse. Reste toutefois le cas des travailleurs de l'ombre, les clandestins: si le statut de saisonnier à bel et bien disparu légalement, on peut se demander si la Suisse ne continue pas à profiter d'une force de travail dont elle ignore la charge. En refusant de reconnaître l'apport économique du travail des personnes sans statut légal, le gouvernement suisse n'est-il pas à nouveau en train d'exploiter une forme de main-d'oeuvre sans avoir à en assumer les frais? PCT
297 immigrés secourus au bout de 3 jours en mer
Au total 297 immigrés clandestins ont été secourus après avoir passé trois jours en mer au large de la Sicile mais l'un des passagers est mort pendant le voyage, ont annoncé lundi les garde-côtes de Catane, dans le sud de l'Italie.
"Le bateau a été secouru par trois vedettes des garde-côtes siciliennes. Parmi les 298 immigrés à bord arrivés dans le port de Pozzalo (sud de la Sicile) en soirée, on a trouvé le corps d'une personne morte", a indiqué à l'AFP Antonio Richichi l'un de leur porte-parole.
Sur le bateau se trouvaient 46 femmes, dont 4 seraient enceintes, et 29 enfants. Les premiers clandestins arrivés à Pozzalo semblaient très éprouvés selon l'agence Ansa, et une dizaine d'entre eux a directement été conduit à l'hôpital.
Il avait été particulièrement difficile de leur porter secours en raison du mauvais temps et de différends de compétence territoriale entre Malte et l'Italie.
"Comme toujours, l'Italie a fait son devoir", s'est félicité le ministre des Affaires étrangères Franco Frattini. L'Italie a escorté le bateau et fourni des vivres et des médicaments aux personnes à bord", a ajouté le ministre.
Pour Roberto Di Giovan Paolo, sénateur du Parti démocrate, ce bateau "à la merci de la mer pendant 48 heures en attendant l'établissement des compétences" fournit au contraire la preuve de "l'incapacité de l'Italie de faire respecter tout type d'accord sur le secours des migrants".
Des clandestins à bord du bateau avaient appelé les garde-côtes italiens au secours vendredi matin. Ils se trouvaient à ce moment-là dans les eaux libyennes. Un pétrolier italien, en route vers la Libye, a alors été contacté pour secourir les immigrés.
Les clandestins auraient dû être reconduits vers les côtes libyennes comme prévu par un accord entre les deux pays mais les intempéries et le mauvais état du bateau, surchargé, ont empêché l'opération.
Le pétrolier, et plusieurs vedettes libyennes arrivées en renfort, ne sont pas parvenus à prendre à bord les immigrés, mais des vivres leur ont été lancés. Entre-temps, le bateau est passé samedi dans les eaux territoriales maltaises, mais Malte a refusé d'intervenir, la loi prévoyant que le pays qui a reçu l'appel au secours se charge d'envoyer de l'aide.
L'Italie a conclu un accord avec la Libye pour refouler les candidats à l'immigration, très critiqué par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui a dénoncé les retours forcés de réfugiés ayant des raisons valables pour demander l'asile en Europe.
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