samedi 17 octobre 2009

Lancement d’un projet de lutte contre l’émigration clandestine à Saint-Louis du Sénégal

Un projet communautaire de lutte contre l’émigration clandestine a été lancé jeudi à Goxu-Mbathie, sous-quartier de la Langue de Barbarie, à Saint-Louis, où habitent des pêcheurs grands promoteurs des voyages à hauts risques.

Ce projet est financé par l’ambassade de la Grande Bretagne à hauteur de 15 millions de FCFA pour une durée de huit mois. Il va s’atteler à mener des activités de sensibilisation contre l’émigration clandestine, selon Cheikh Fall, président du conseil de quartier.

Il s’agit notamment de développer des actions de sensibilisation de masse. Mais, ajoute M. Fall, la proximité sera aussi utilisée avec des visites dans les maisons et autres lieux de travail de cette zone habitée notamment par des pêcheurs.

Saint-Louis a été la zone de départ mais aussi d’arrivée des migrants clandestins, a rappelé M. Fall selon qui, ce projet va, dans sa phase active, encourager l’éducation des jeunes de ce quartier en les aidant à mener des études sans difficultés.

Dans l’objectif de lutter contre la déperdition scolaire qui ne laisse pas beaucoup de choix aux jeunes que l’exil, 100 élèves seront spécialement dotés en fournitures scolaires.

Le projet est soutenu au plan technique par le partenariat Lille-Saint-Louis et l’Union culturelle et sportives Diambar. Il financera aussi la formation professionnelle de 40 jeunes de Goxu-Mbathie et mettra en place des guichets d’information contre l’émigration clandestine.

Agence de Presse Sénégalaise

jeudi 15 octobre 2009

L'islam de Suisse, modéré mais silencieux

Lu dans l'Echo Magazine

Les musulmans de Suisse sont-ils la cinquième colonne d'une invasion intégriste programmée ou n'aspirent-ils qu'à vivre en bons citoyens, respectueux de l'Etat de droit? Face aux fantasmes, les faits, têtus et hélas pas assez entendus.

L'islam fait peur. Depuis la «vague verte», les mouvements islamistes enhardis par la révolution iranienne en 1979, et surtout les attentats du 11 septembre 2001, le souvenir de plus de 1300 ans d'incompréhensions, de rivalités théologiques et de guerres a été ravivé dans la conscience collective occidentale (mais aussi dans les autres aires de civilisation) et la hante au point d'obérer les fructueux échanges passés entre le monde islamique et l'Europe.

Passé conflictuel

Cette réalité historique, globalement négative, personne ne peut la nier. Sauf qu'à force de ressasser cette antienne, on souffre de myopie et on reproduit la logique stérile de l'affrontement entre des civilisations perçues comme des blocs uniformes et immuables. C'est la thèse du «clash des civilisations» de Samuel Huntington (1927-2008). Selon ce fameux politologue étatsunien, le monde actuel s'expliquerait par un affrontement entre des ensembles continentaux définis par des critères culturels et religieux. Cette vision structure le débat de fond sur la place de l'islam en Suisse, car elle postule que la foi des musulmans serait incompatible avec les valeurs démocratiques dont l'Europe s'est fait le parangon. Vraiment?

«Il y a un problème lorsque l'on parle de l'islam de façon générale», explique Stéphane Lathion, enseignant et président du GRIS, le Groupe de recherche sur l'islam en Suisse. «On se heurte toujours à une vision abstraite, culturaliste et théorique qui essentialise les musulmans en les considérant comme tous pareils. Bien entendu, il faut comprendre les réactions des gens lorsqu'ils voient des images violentes associées à cette religion. Mais il faut aller au-delà d'une première lecture émotionnelle afin de ne pas laisser les préjugés prendre souche.»

Myopie intellectuelle

Démystifier: voilà ce qui fait défaut dans le débat ayant trait à l'islam. Bien entendu, cela ne revient pas à nier le cancer intégriste qui ronge le monde musulman. Ni l'angélisme ni la diabolisation ne sont bonnes conseillères. Dressons d'abord ce constat infaillible: cette religion n'est pas un bloc homogène qui avancerait d'un seul tenant, hier à la pointe du cimeterre, aujourd'hui de façon larvée, à la conquête du continent des héritiers de Charles Martel, le roi de France qui stoppa l'avancée musulmane à Poitiers en l'an 732.

Qui sont en effet les musulmans de Suisse? Des Arabes sunnites intégristes, des terroristes en puissance, des agents voilés d'un «complot islamique mondial»? Ces clichés indisposent Bashkim Iseni, spécialiste de la diaspora balkanique en Suisse: «La majorité des musulmans sont des Européens originaires des Balkans (voir encadré p. 20), notamment des albanophones, qui pratiquent un islam confiné à la sphère privée. Ils ne considèrent pas la religion comme le vecteur primordial de leur identité». Autrement dit, c'est l'exact contraire du portrait-robot du musulman barbu qui suscite au mieux le soupçon, au pire la crainte et le rejet.

«L'extrémisme religieux ne correspond pas à l'écrasante majorité des pratiquants quotidiens de l'islam», ajoute Hugues Hiltpold, conseiller national radical genevois, très attentif aux questions de laïcité et de paix religieuse. Ueli Leuenberger, président des Verts suisse et ancien directeur de l'Université populaire albanaise (UPA) à Genève, renchérit: «L'islam en Suisse ne correspond pas à l'image que l'on en a. Des gens entretiennent avec cette religion un rapport quasi pathologique qui confine au déni de réalité. Il est évident que l'islam balkanique est attaché à la modernité. Le problème, c'est qu'on ne veut pas voir cette population immigrée ni sa relation tout à fait paisible avec sa religion».

Ouverture balkanique

Bashkim Iseni précise: «C'est un islam qui vient de loin. La présence des Turcs dans les Balkans durant cinq siècles a joué un rôle fondamental dans son élaboration. Les Ottomans ont officialisé le rite hanéfite, le plus libéral des quatre écoles juridiques de l'islam, qui prône l'accomodement avec la réalité établie. De fait, l'islam balkanique s'est façonné dans un esprit d'ouverture et de syncrétisme. Le soufisme, la voie mystique, s'y est aussi beaucoup développé. De même que l'islam bektashi, jugé hétérodoxe, voire hérétique par d'autres musulmans, mais auquel les populations balkaniques, notamment albanophones, sont particulièrement attachées.»

Les drames du 20e siècle ont aussi joué leur rôle. «A la chute de l'Empire ottoman, les musulmans du sud-est européen sont devenus des minorités qui se sont adaptées au nouvel ordre des nations. Sous le communisme, la laïcisation, très poussée en ex-Yougoslavie, qui magnifiait la figure du scientifique et de l'ouvrier plutôt que l'imam, et l'athéisme d'Etat de l'Albanie anti-religieuse d'Enver Hodja ont rétrogradé la question de la foi dans la sphère intime.»

Depuis très longtemps déjà, l'approche du fait religieux par un musulman d'origine balkanique est donc similaire à celle d'un citoyen de confession catholique ou protestante. «Les contradictions internes à l'islam balkanique reflètent son esprit de diversité et de tolérance. La foi y est vue comme la partie d'un tout, conforme aux valeurs démocratiques et humanistes.» En Suisse, l'islam majoritaire est donc déjà «euro-compatible» avec les valeurs libérales et humanistes du Vieux-Continent. N'en déplaise à celles et ceux qui croient que cette religion y est par nature rétive. «L'islam de Suisse existe déjà. Son problème, c'est qu'il est celui de la majorité silencieuse», précise Bashkim Iseni. Une allusion au problème de la représentativité des musulmans, qui ne se reconnaissent pas forcément dans les figures institutionnelles et médiatiques qui parlent en leur nom.

Vers la réforme de l'islam

La constitution de cet islam moderne est aussi d'origine extra-européenne, note Ahmed Benani. Ce politologue et enseignant lausannois pointe le processus capital du «passage à l'Ouest de l'islam. Les musulmans arabophones établis en Europe sont interpellés par la réalité dans laquelle ils évoluent. Confrontés à l'altérité, certains sont déstabilisés, d'autres se replient sur eux-mêmes. Mais ils ne peuvent pas faire l'impasse sur le questionnement du patriarcat religieux, les rapports entre hommes et femmes, le droit des individus». Inévitable, cette adaptation à la modernité se fait sur plusieurs modes. Elle touche d'ailleurs le monde musulman dans son ensemble, mondialisation oblige. «Car les mêmes mutations se répercutent dans un univers d'économies et d'idées globalisées.»

«Assumer la diversité intra-religieuse et intra-communautaire est le défi, l'enjeu citoyen de cet islam européen», ajoute Stéphane Lathion. «Pour cela, des 'accomodements raisonnables', qui consistent à arriver à un 'consensus minimum acceptable' dans le cadre de l'Etat de droit, permettraient de favoriser le dialogue social et une meilleure intégration. Cette démarche pragmatique est d'ailleurs propre à la culture politique suisse. Elle favorise des arguments rationnels – dire oui ou non à une demande permet de fixer des limites saines – et non une démarche de confrontation.»

Ahmed Benani rappelle une idée dans l'air, aux accents prophétiques: les «Lumières» de l'islam viendront de l'Europe. Il cite des croyants et islamologues éclairés, actuels: Mohammed Arkoun, Abdennour Bidar, Rachid Benzine et Malek Chebel. Des figures émergentes, laïques, modérées voire progressistes, qui démentent les craintes sur les musulmans. «Des personnalités qui remettent en question le magistère doctrinal des Etats musulmans et des télévangélistes genre Tariq Ramadan. Cette réforme en Europe naîtra de la confrontation-discussion entre islam implanté et islam transplanté, mais également d’une meilleure connaissance des autres traditions monothésistes et bouddhiste et, last but not least, de la sécularisation, voire de l’athéisme. Il est impératif d’intégrer dans nos réflexions et débats la mondialisation du religieux et ses effets collatéraux: le métissage culturel et donc l’enrichissement de la pensée.»

Laïcs et modernes

L'Association suisse des musulmans pour la laïcité (ASML) cherche à combler ce manque. Son président, Henri-Maxime Khedoud: «La représentation des musulmans n'appartient pas aux seuls religieux. Nous sommes des citoyens laïcs et démocrates, rien à voir avec un islam des ténèbres, des caves et des sous-sols! Les études prouvent que 90% des personnes d'origine musulmane sont non-pratiquantes, soit une variable conforme à la moyenne suisse des autres religions. Nous ne voulons pas être assimilés à des gens qui ne nous correspondent pas ni être stigmatisés en raison de notre origine».

Président de l'Union des associations musulmanes de Fribourg, Mohamed Batbout souhaite que cette meilleure représentation des croyants se fassent «dans un souci d'harmonisation, pas de mise au pas. Il faut trouver une façon de rendre cette diversité enrichissante dans l'unité. C'est autant un travail qu'un objectif permanent. Les recettes ne sont pas compliquées: éviter les préjugés, profiter de l'autre en termes positifs, valoriser les ressources culturelles de chacun et ne pas être dans une logique de rivalité». Un travail qui peut prendre du temps et qui se fait néanmoins au jour le jour.

Intégration sociale

Bashkim Iseni: «S'ils sont touchés par les débats sur l'islam, les musulmans balkaniques ne se sentent pas concernés comme les autres. Ils ne voient pas l'intérêt de s'engager sur la place publique. Jusqu'à la fin de la guerre du Kosovo, ils étaient pour ainsi dire en attente, dans le couloir. Mais comme cette question nationale est réglée, ils sont désormais dans la pièce principale de la 'maison Suisse', leur pays d'adoption, où ils veulent simplement vivre, travailler et être heureux».

«On constate ainsi l'émergence d'une nouvelle génération née en Suisse et qui en maîtrise parfaitement les cultures et les langues. Tels les imams Mustafa Molla, de la ville de Berne, Neziri Rejhan à Kreuzlingen (Thurgovie) ou encore Bekim Alimi à Wil (Argovie).» En Suisse romande, on n'observe pour l'instant pas la même tendance. «Le vrai problème est de toute façon l'intégration socio-professionnelle», recadre Bashkim Iseni. La religion n'est jamais qu'un masque jeté sur des problématiques fondamentales comme l'emploi et la reconnaissance sociale. Il y a trente ans, on considérait les immigrés italiens comme «inassimilables» en raison de leur latinité et de leur catholicité...

Ainsi, le débat actuel sur l'islam reproduit les peurs xénophobes d'hier en les parant d'un vernis culturaliste alimenté par un passé de contentieux. Autres temps, mêmes mœurs! Fait également regrettable: ce discours de la méfiance ravive la mémoire d'un christianisme identitaire – le «nous» contre «vous» – alors que l'on vit dans une ère individualiste et post-chrétienne marquée par le «supermarché des religions». Le deuil de l'antique Christianitas, la chrétienté, a pourtant été fait par les chrétiens au cours du 20e siècle grâce notamment au concile Vatican II et à la réflexion théologique menée par le monde protestant.

Au moment de voter le 29 novembre, il ne sera pas inutile de se souvenir de ce cruel paradoxe. Si le christianisme moderne, libéré du mythe d'une chrétienté homogène, est pluraliste, acquis à la laïcité et au dialogue interreligieux, pourquoi glisser dans l'urne un bulletin qui résonne comme un réflexe rétrograde?

Thibaut Kaeser

La paix religieuse en danger

L'initiative populaire contre la construction de minarets met en péril la paix religieuse. Forte de cette conviction, Eveline Widmer-Schlumpf a appellé les Suisses à repousser ce texte "contraire aux droits de l'homme" le 29 novembre.

-Eveline Widmer-Schlumpf (Photo: Keystone archives)

De l'avis de la ministre de la justice, l'initiative n'est pas un instrument approprié pour contrer l'extrémisme religieux. Elle risque au contraire de servir la cause des fanatiques.

"Nous exigeons des musulmans qui vivent en Suisse qu'ils respectent en tous points nos lois et notre ordre social. En contrepartie, nous devons leur accorder le même traitement qu'aux autres habitants du pays en matière de liberté de croyance et ne pas les dicriminer dans la pratique de leur religion", a déclaré la conseillère fédérale.

Celle-ci juge "totalement inacceptables" les affiches des partisans de l'initiative et déplore la publicité gratuite dont profitent les initiants grâce à la polémique sur ces visuels. Il n'est toutefois pas question pour la ministre de la justice d'intervenir.

Les communes sont compétentes en la matière, et non la Confédération, a relevé Mme Widmer-Schlumpf. De plus, une affiche s'inscrit dans le débat d'idée et la discussion précédant un scrutin.

(ats)

L’Allemagne revoie 14’000 réfugiés au Kosovo

L'Allemagne finalise avec le Kosovo un accord pour renvoyer chez eux jusqu'à 14.000 réfugiés kosovars, en particulier des Tziganes, qui avaient fui la guerre du Kosovo à partir de 1999, a annoncé Berlin mercredi.
Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a confirmé qu'un tel accord était en préparation, qu'il devrait être signé dans le courant de l'automne et qu'il pourrait concerner jusqu'à 14.000 personnes. "Elles ne seront pas renvoyées d'un coup", a-t-il assuré.
Sur ces 14.000 personnes, près de 10.000 sont des Roms (Tziganes).
L'accord prévoit que Pristina reprenne les réfugiés de la guerre - essentiellement des Roms - ne disposant pas d'autorisation de séjour formelle, qu'ils soient nés au Kosovo ou y aient vécu, et qui sont en possession de documents officiels de l'ex-province yougoslave ou dont il est prouvé par d'autres moyens qu'ils ont bien vécu au Kosovo.
Sur les 55.000 Kosovars qui vivent en Allemagne, plus de la moitié sont arrivés entre 1998 et 2000 en raison de la guerre au Kosovo, dont nombre de Roms, selon le gouvernement. (belga/acx)

GB: une quarantaine de demandeurs d’asile bientôt renvoyés en Irak

Selon plusieurs organisations humanitaires, une quarantaine de demandeurs d'asile irakiens au Royaume-Uni vont être renvoyés dans le sud de leur pays. Ce type de rapatriement serait une première depuis le début de la guerre d'Irak en 2003.

La Fédération internationale des réfugiés irakiens a indiqué que les Irakiens actuellement détenus dans des centres de rétention britanniques ont été prévenus d'un retour prochain dans le sud de l'Irak. Ce retour pourrait intervenir dès mercredi.
Des Irakiens avaient déjà été renvoyés dans le nord de l'Irak. Toutefois, si cette nouvelle opération était menée à  son terme, ce serait la première fois que des demandeurs d'asile sont rapatriés dans le sud du pays et à Bagdad depuis le début de la guerre. "Le gouvernement force ces gens au retour dans un pays dévasté par une guerre qu'il a lancée", a protesté la Fédération, qui a appelé à une manifestation dans le centre de Londres. Les autorités britanniques "essaient d'agir en secret (...) Nous appelons tout le monde à résister à ces expulsions de toutes les façons possibles", a-t-elle ajouté en indiquant que de nombreux réfugiés craignent d'être victimes d'actes de violence après leur retour.
Maurice Wren, directeur de l'organisation caritative Asylum Aid, a estimé auprès du quotidien The Independent que "contraindre des civils irakiens à embarquer à bord d'un vol charter à destination de Bagdad (était) inhumain". En effet, "de nombreux Irakiens ont fui la persécution sous Saddam (Hussein), ou le risque d'être tués pendant l'insurrection, et ont vécu au Royaume-Uni avec leurs familles depuis des années", a-t-il ajouté.
Le ministère britannique de l'Intérieur a indiqué qu'il ne commente pas les détails ou le calendrier des opérations de reconduction de demandeurs d'asile.

Lu dans France Soir

mercredi 14 octobre 2009

Les Eglises protestantes complètent leur argumentaire contre l’initiative des minarets

La FEPS complète aujourd’hui par un dépliant son argumentaire contre l’initiative des minarets: un paquet en trois parties à commander gratuitement.

La Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) s’engage pour la paix religieuse, et elle publie depuis plus d’un an des arguments décisifs contre l’initiative des minarets. Elle publie aujourd’hui un dépliant qui complète son argumentaire.
«L’interdiction des minarets ne résout aucun problème. Elle en crée de nouveaux.» En six arguments, le dépliant présente les objections principales à l’initiative des minarets. «L’initiative populaire ‹ Contre la construction de minarets› est discriminatoire et elle marginalise. Elle met en danger la cohésion sociale et la cohabitation pacifique des religions dans notre pays» affirme Thomas Wipf, président du Conseil de la FEPS : «c’est pourquoi l’initiative doit être clairement rejetée. C’est ce que nous voulons faire comprendre aux votants.»
Le dépliant complète désormais cet engagement de la FEPS: il y a un an déjà, ont paru l’argumentaire de base « Entre clocher et minaret » et les brèves « 10 questions et réponses » sur l’initiative. Tous ces documents peuvent être commandés dès maintenant gratuitement en un seul paquet ou séparément sur www.feps.ch/shop. Ils sont aussi téléchargeables, avec d’autres textes sur ce thème:

Requérants volontaires pour nettoyer la forêt

Un groupe de demandeurs d’asile débroussaille durant toute la semaine un pâturage au col des Etroits. Une initiative de la Municipalité, et une première pour le foyer EVAM. Un article de 24 Heures.

image Six résidents du foyer EVAM de Satine-Croix effectuent jusqu’à vendredi un travail d’utilité publique dans un pâturage de la commune. Photo OLIVIER ALLENSPACH.

Ils sont six à regrouper et à brûler les branches – restes d’une importante coupe d’arbres – dans un pâturage communal au col des Etroits, sur les hauts de Sainte-Croix. Et à les entendre, ces requérants d’asile âgés de 25 à 35 ans sont ravis de quitter quelques jours leur foyer EVAM afin d’effectuer un travail d’utilité publique.

«Bien sûr qu’on veut travailler! explique un jeune Erythréen. Dans mon pays, j’étais dans l’agriculture, j’aime ça. Et puis, ne faire que dormir et manger toute la journée, ce n’est pas possible.» Un enthousiasme partagé par son compatriote, Goitom: «S’il y avait plus souvent ce genre d'initiative, je participerais. Ça permet de se vider la tête, de ne pas tourner en rond et de ne pas toujours dépendre de l’EVAM.»

«Ballon d’essai»

C’est la Municipalité de Sainte-Croix qui a eu l’idée de proposer pour la première fois un «programme d’activité» aux demandeurs d’asile. «Ça leur permet de participer à un effort pour la collectivité», réagit le responsable accueil et socialisation du foyer EVAM, Pascal Rochat. Les requérants ne se sont pas fait prier, et certains volontaires attendent leur tour pour s’activer en forêt. «C’est du pur altruisme et ça leur permet de se sentir utile pour la communauté. En général, ils ne refusent jamais ce genre de propositions», explique l’intendant de l’EVAM, Christophe Chollet.

Le garde forestier Stéphane Clot se dit d’ores et déjà très satisfait de l’effort fourni par les nouvelles recrues. «Ils travaillent très consciencieusement. Cette semaine, c’est un ballon d’essai, mais on peut très bien envisager de reconduire l’expérience.»

Hier, on interdisait les clochers

Christian van Singer, conseiller national écologiste, est l’invité de la rubrique Opinion de 24 Heures, à propos de l’initiative contre la construction de minarets.

Les initiants qui veulent interdire la construction de minarets en Suisse n’ont rien inventé.

En 1536, les Bernois occupant le canton de Vaud décrétaient l’interdiction complète du culte catholique, sauf dans le district d’Echallens, bailliage commun de Berne et Fribourg.

Les catholiques lausannois devront attendre trois siècles pour bâtir, en 1832, leur première église, Notre-Dame du Valentin, et encore, sans pouvoir ériger un clocher!

Une loi de 1810 leur avait enfin accordé la possibilité d’ouvrir une salle de culte, mais à condition que l’édifice n’ait pas l’apparence extérieure d’une église. «Le bâtiment où se célébrera le culte n’aura ni cloche, ni clocher, ni aucun signe extérieur de sa destination.»

Une interdiction semblable était aussi en vigueur dans d’autres cantons à majorité protestante.

Les préjugés à l’encontre des catholiques y étaient vivaces, on leur reprochait, comme aux musulmans aujourd’hui, de dépendre de l’étranger, de ne pas respecter la liberté de conscience et la liberté de la presse, d’avoir trop d’enfants… On critiquait le caractère autoritaire et passéiste d’une religion ne respectant pas la liberté individuelle!

Et certains cantons catholiques appliquaient les mêmes restrictions aux protestants: on tolérait des lieux de culte pour les confessions minoritaires, mais sans clocher.

Ces discriminations ont précédé et favorisé la guerre de religion du Sonderbund, entre les cantons catholiques, conservateurs, et les cantons protestants, plus progressistes.

Même si, la guerre terminée, la Constitution vaudoise de 1861 a assuré la liberté de culte, ce n’est qu’en 1935 que Notre-Dame du Valentin eut son campanile.

J’espère que l’initiative «contre la construction de minarets», lancée pour des motifs politiciens, n’exacerbera pas les tensions interreligieuses, dépassées depuis longtemps en Suisse.

On ne peut nier qu’il y ait des musulmans fanatiques, qui n’apprécient pas nos institutions et n’ont aucune envie de s’intégrer: ils aimeraient importer chez nous burqas et charia… Mais ils sont une petite minorité, et l’interdiction des minarets, loin d’être un signal contre ces extrémistes, risque de contribuer à la marginalisation et à la radicalisation de nombreux jeunes musulmans, qui ne comprendraient pas cette inégalité de traitement. C’est en refoulant les gens dans la marginalité qu’on les pousse au fanatisme.

De nombreux pays à majorité musulmane, tels l’Indonésie, acceptent la construction d’églises avec un clocher. Nous n’allons quand même pas imiter les plus intolérants, qui l’interdisent!

Le ciel suisse est assez vaste pour qu’à côté de milliers de clochers se dressent quelques minarets!

Respectons les principes fondamentaux de notre Constitution. Egalité devant les lois, libertés religieuses: tous les croyants respectueux de nos lois doivent pouvoir pratiquer leur foi.

La paix des religions et une intégration réussie sont dans l’intérêt de tous. Et des facteurs de la paix civile.

Quant aux extrémistes, qu’ils soient religieux ou politiques, ce n’est, hélas, pas l’interdiction des minarets qui les empêchera de sévir. Le non à l’initiative s’impose.

Indigne des valeurs de notre pays

Hani Ramadan, directeur du centre islamique de Genève, livre également son opinion concernant l’initiative anti-minarets, dans les colonnes de 24 Heures.

Puis-je vous parler de la Suisse vraie, de la Suisse authentique et profonde, celle que j’ai appris à connaître depuis que j’y suis né?

J’ai le souvenir d’une brave maîtresse d’école primaire, Mme Dubois, qui, après les cours donnés à l’Ecole Trembley à Genève, nous envoyait quelquefois faire les commissions d’une femme âgée et malvoyante. Cette dame enseignait dans une institution laïque, certes, mais, à travers son instruction, elle avait le mérite d’ouvrir nos petits cœurs à la détresse des plus démunis, au nom de valeurs chrétiennes ou humanistes qui ont nourri nos esprits d’une lumière ineffaçable.

Gamin, je rendais visite le samedi à mon ami Pascal, dont je devais apprendre bien plus tard qu’il était le petit-fils d’un journaliste suisse célèbre, René Leyvraz, père de Jean-Paul, qui fut également mon professeur de philosophie à l’Université de Genève. Sa grand-mère, Hélène Leyvraz, nous recevait et nous offrait un goûter fait de pain et de chocolat.

Un jour que du haut de mes 12 ans je m’abstenais de manger, elle m’en demanda la raison: «Je suis musulman et je jeûne.» Alors, elle me regarda droit dans les yeux et me dit: «C’est très bien d’avoir une religion qui impose ainsi des restrictions.» Son expression était volontairement admirative. L’expression qu’un adulte prend pour encourager un enfant.

Plus tard, je fis mon école de recrues. Ne pouvant pas consommer une viande illicite pour le musulman, j’emportai en fin de week-end quelques conserves pour la semaine. Je fus convoqué bientôt par un responsable gradé. Celui-ci me reçut avec le plus grand respect. Il me signifia que, puisque je ne pouvais consommer la viande proposée, il me restituerait la somme affectée quotidiennement à la nourriture de chaque recrue (5 ou 10 francs).

Je lui ai fait savoir que ce n’était pas nécessaire, mais j’ai été impressionné par les scrupules de cette administration, qui traite chaque individu selon ce qui lui est dû.

J’ai enfin un quatrième souvenir, beaucoup plus récent: un message relatif à l’initiative populaire «contre la construction de minarets» du 27 août 2008, signé par le président de la Confédération, Pascal Couchepin, et par la chancelière Corina Casanova. Le Conseil fédéral remarquait entre autres que dans les Etats voisins il n’existe aucune discrimination religieuse au niveau des mosquées.

«L’exposé de la situation juridique en Allemagne, en France, en Italie et en Autriche montre qu’aucun de ces pays n’applique de règles particulières à la construction de mosquées ou de minarets. L’érection et l’utilisation de ces édifices sont soumises aux dispositions générales en matière de construction et aux règles en matière d’aménagement du territoire, de protection des monuments, d’urbanisme et de nuisances sonores. Dans nul de ces Etats, la construction de minarets n’est interdite ni restreinte par rapport à celle d’autres édifices religieux.»

Aussi loin que l’on regarde, au niveau du peuple comme au niveau de ses responsables et de ses dirigeants, la Suisse rejette toutes les formes de discrimination. Il serait absurde aujourd’hui d’en faire, au sein de l’Europe, une exception se distinguant par des relents de xénophobie.

N’en trahissons donc pas les principes au nom de la peur et des préjugés.

Asile: juges surpris en flagrant délit de contradiction

Autorité de recours en matière d'asile, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a été pris en flagrant délit de contradiction. Appelé à statuer à deux reprises sur la même question, il a rendu des jugements inverses.

Les deux cas concernent deux cousins de nationalité iranienne, tous deux opposants au régime de Téhéran. Déboutés par l'Office fédéral des migrations (ODM), qui n'était pas entré en matière sur leur deuxième requête d'asile en 2007, ils avaient recouru au TAF, où leurs dossiers ont atterri devant deux Cours différentes.

Si l'une avait accepté le recours de l'un des cousins et avait considéré que son cas devait retourner à l'ODM afin que le requérant iranien puisse être auditionné, l'autre avait sèchement rejeté le recours.

Face à deux jugements contradictoires, qui concernent deux Iraniens susceptibles de devoir affronter les mêmes risques de persécution en cas de renvoi dans leur pays, leur avocat avait adressé une plainte au Tribunal fédéral (TF) pour dénoncer une inégalité de traitement.

Autorité de surveillance, le TF a indiqué dans un arrêt que son intervention n'est plus opportune. Conscient d'avoir quelques problèmes de communication interne à résoudre, le TAF a empoigné le problème.

En juin dernier, les Cours concernées ont adopté de nouvelles mesures pour éviter de se contredire à nouveau et l'ont fait savoir au TF. Satisfait de ces explications, Mon Repos conclut que la plainte est sans objet.

ats