dimanche 26 avril 2009

70% d'étrangers dans les prisons

Une semaine avant le congrès extraordinaire de l'UDC sur la politique d'asile et quelques jours après les doutes unanimement émis sur les solutions d'Eveline Widmer-Schlumpf pour enrayer le problème, la statistique sur la surproportion d'étrangers enfermés rallume le débat.

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samedi 25 avril 2009

En Italie, la guerre du kebab est déclarée

Les «restaurants ethniques» et produits de bouche importés sont attaqués sur plusieurs fronts. Un article d’Olivier Bot dans 24 Heures.

kebabEn Italie, la pizza berlusconienne se dit cernée par les kebabs. Cette semaine, le conflit culinaire s’est cristallisé à Milan, avec le vote, mardi, d’une loi lombarde encadrant strictement la «vente à emporter». Et avant-hier, avec un repas de protestation organisé par les opposants dev ant un Döner kebab turc. Sur le net, cette guerre picrocholine a vite rebondi. Le réseau Facebook comporte désormais des pages du «Couscous clan», qui défend la cuisine ethnique en Italie, et celles de la «Ligue antikebab». Au nationalisme de bouche répondent les appels à «la désobéissance gastronomique».

«Xénofoodiste»

Cette guerre des mets a été déclenchée au plus haut niveau de l’Etat. Par le chef lui-même, Silvio Berlusconi, qui a qualifié récemment le kebab de «menace intérieure». Son ministre de l’Agriculture, Luca Zaia (Ligue du Nord) suppliait déjà, au mois de décembre, ses compatriotes de «renoncer aux ananas» qu’ils apprécient à Noël, au prétexte que ce fruit est importé. Les élus de la cité médiévale de Lucca, près de Florence, ont eux voté par 23 voix contre 11, en février dernier, l’interdiction de toute ouverture de «restaurants ethniques» dans leur cœur historique, au motif qu’ils «trahissent l’héritage culinaire toscan».

Davide Boni, chef de la délégation lombarde de la Ligue, balaie le soupçon de racisme culinaire, déclarant que ces mesures visent à «mettre de l’ordre dans l’espace public» et «à garantir la sécurité alimentaire».

vendredi 24 avril 2009

La moitié de la population ne la soutient pas


L'initiative contre les minarets ne devrait pas obtenir l'aval des Suisses, selon un sondage.


Les minarets ne plaisent pas à une partie des Suisses. (Photo: Keystone)

Quelque 49 % des personnes interrogées se sont prononcées contre une telle interdiction, tandis que 37 % se disent favorables et 14 % indécises.

Le refus s'observe dans toutes les tranches d'âges et transcende les sexes et les confessions. D'après l'institut de sondage Isopublic, les jeunes, les hommes, les riches, les citadins et les personnes sans confessions rejettent encore plus nettement l'initiative contrairement aux femmes et aux personnes à revenu modeste ou vivant à la campagne par exemple.

Le soutien au texte se trouve surtout dans les cercles proches de l'UDC. A l'opposé, les sympathisants du PS refusent clairement l'initiative, à l'instar des électeurs PDC et PLR.

Plus de 40 % des sondés ne veulent pas interdire la construction de minarets en Suisse pour des raisons de liberté religieuse. Environ 23 % estiment qu'il faut adopter une attitude de tolérance vis-à-vis de cette question et une personne sur huit considère l'initiative comme inutile, car elle n'apporte pas de solution.

Les partisans de l'initiative jugent quant à eux que les minarets ne passent pas dans le paysage helvétique ou que les pays islamiques ne tolèrent pas non plus la construction d'églises chrétiennes. La peur d'un islam trop influent ressort aussi des arguments.

Le sondage révèle également que 17, respectivement 18 % des sondés ne peuvent argumenter leur acceptation ou refus de l'initiative. Celui-ci a été mené auprès de 1000 personnes en Suisse romande et alémanique par l'institut Isopublic pour le compte du journal «reformiert». La votation sur l'initiative contre les minarets aura lieu au plus tôt en novembre. 

Communiqué de presse de la Commission fédérale contre le racisme


Berne, 24.04.2009 - Conférence mondiale contre le racisme: un succès malgré tout

La Commission fédérale contre le racisme CFR estime que, malgré la tentative d'instrumentalisation, la Conférence mondiale contre le racisme est un succès et souligne l'importance du document final qui a été adopté. Encouragés par cette réussite, tous les pays, y compris la Suisse, devraient maintenant s'efforcer de mettre en oeuvre le processus de Durban et d'élaborer des programmes d'action nationaux. En ce qui concerne la Suisse, il importe que les politiciens se mobilisent davantage pour lutter contre le racisme, faire cesser l'hostilité à l'encontre des minorités et favoriser la protection des migrants, des requérants d'asile et des réfugiés.La Commission fédérale contre le racisme CFR juge que la Conférence d'examen de Durban, qui s'est tenue à Genève du 20 au 24 avril, a été un succès, malgré le scandaleux discours prononcé par le président iranien, discours incendiaire qu'elle condamne énergiquement. Le document final de la conférence adopté par les participants est capital pour la suite du travail de lutte contre le racisme à l'échelle internationale et pour les obligations contractées par les Etats. Cette déclaration finale contient de nombreux points d'une importance majeure pour mieux protéger à l'avenir les victimes de racisme et combattre l'impunité du racisme. Le fait de n'avoir pas montré du doigt certains pays en particulier et d'avoir occulté pour l'occasion les violations des droits de l'Homme d'autres Etats est un exploit diplomatique en soi. Il faut saluer le fait que le texte condamne expressément les idéologies hostiles à certains groupes religieux - sans restreindre la liberté de s'exprimer sur les religions (par. 12-13, 54, 58, 68-69), qu'il contienne des mesures contre la traite des personnes (paragraphes 91 à 93), évoque la grande vulnérabilité des femmes et des enfants et la discrimination multiple (par. 85 à 89) et mentionne aussi pour la première fois la protection des travailleurs domestiques (par. 79).En amont de cette conférence, la CFR a publié son évaluation de la mise en oeuvre en Suisse du Programme et plan d'action de Durban I (www.ekr.admin.ch/aktuell). Elle estime que dans le document final qui vient d'être adopté, le paragraphe 53, qui traite de la nécessité de mobiliser la volonté politique des acteurs concernés, essentielle pour éliminer le racisme, de même que le paragraphe 68, qui exhorte à lutter contre la montée de l'hostilité dirigée contre des minorités ethniques revêt une importance particulière pour la Suisse. La Suisse devrait par ailleurs prêter une attention particulière au paragraphe 75, qui demande d'éradiquer le racisme à l'égard des immigrés, des requérants d'asile et des réfugiés en adoptant des programmes de formation continue à l'intention de toutes les autorités compétentes en la matière et en interdisant le profilage fondé sur des critères raciaux (par. 102).

jeudi 23 avril 2009

Les assises de l’immigration face à un thème délicat demain à Bex

Les assises de l’immigration face à un thème délicat demain à Bex

INTÉGRATION - Experts, politiques et gens de terrain s’exprimeront en un lieu chargé émotionnellement depuis quelques années.

Bex a défrayé plus souvent qu’à son tour la chronique des faits divers violents, notamment liés aux tensions avec ses requérants d’asile. Ce n’est évidemment pas un hasard si la Chambre cantonale consultative des immigrés (CCCI) a choisi ce lieu pour y organiser, demain à la grande salle, les 7es Assises vaudoises de l’immigration, sur le thème délicat de la criminalité des étrangers. «La volonté est d’aller dans des régions du canton où, précisément, les questions peuvent se poser», explique Magaly Hanselmann, coordinatrice au Département de l’intérieur en matière d’intégration des étrangers et de prévention du racisme. «Il ne faut pas ranger tout le monde dans le même panier. On sous-estime beaucoup la population de Bex, qui fait preuve de pragmatisme. » Avec pour thème «criminalité et étrangers: entre réalité et stigmatisations», cette journée s’inscrit dans l’actualité, juste après la consultation sur le contre-projet indirect à l’initiative pour le renvoi des criminels étrangers.

Ne risque-t-elle pas d’être tendue? «L’idée de ces assises, c’est de mettre les gens ensemble, d’apporter des éléments de compréhension, de prendre de la distance par rapport à une thématique très émotionnelle».

Actions sur la durée

Des experts reconnus, criminologues, sociologues, journalistes, viendront donner leur éclairage et proposer des outils de réflexion, tandis qu’une table ronde réunira des hommes et des femmes politiques. «Le but est d’aborder la question avec une certaine diversification, sans s’inscrire dans un courant politique ou un autre, d’élargir le débat. »

Ces assises seront marquées par la remise, pour la première fois, du Prix du Milieu-du- Monde», sous la forme d’un chèque de 5000 francs attribué à une collectivité ou une personne privée, suisse ou étrangère, qui s’est illustrée dans l’intégration des étrangers et la prévention du racisme.

L’échange d’opinions, c’est bien, mais, au-delà de la prise de conscience, quelles réalisations concrètes peuvent-elles être mises en place? Magaly Hanselmann: «Nous n’allons pas présenter des actions ponctuelles, mais sur la durée. Il s’agit de projets qui vont se poursuivre jusqu’en 2011. Par exemple à Yverdon, sous la forme d’un forum organisé dans trois quartiers, dont celui de la gare, où plusieurs faits divers regrettables se sont produits. Le but de ces forums est de rechercher ensemble des solutions pour l’utilisation de lieux publics, où les gens se croisent sans jamais se parler. »

GEORGES-MARIE BÉCHERRAZ

La migration est-elle un crime ?

mercredi 22 avril 2009

La police cantonale genevoise intègre le taser à son arsenal

Voir la vidéo du journal de 19:00 de la TSR

Voir également le commentaire de Jean Sanchez, chef adjoint de la police cantonale genevoise

Intégration

Avec ses 40 % d’étrangers, la ville de Moudon a su développer un bon système d’ intégration.

Voir la vidéo diffusée au journal de 19:00 de la TSR

40 000 Irakiens demandeurs d'asile


LE MONDE | 21.04.09 | 14h57  •  Mis à jour le 21.04.09 | 14h57

n 2008, pour la deuxième année consécutive, le nombre de nouveaux demandeurs d'asile dans les pays industrialisés a augmenté : selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), ils étaient quelque 383 000, soit une hausse de 12 % par rapport à 2007. L'année 2006 avait, elle, enregistré le plus faible nombre de demandes d'asile depuis vingt ans (307 000). Ce regain s'explique évidemment par les conflits ou troubles traversés par les pays concernés. Les demandes d'asile des Afghans ont ainsi explosé, avec une hausse de 85 % par rapport à 2007, de même que celles des personnes provenant du Zimbabwe (+ 82 %), de Somalie (+ 77 %) et du Nigéria (+ 71 %). Bien que le nombre de demandeurs d'asile en provenance d'Irak recule de 10 % par rapport à 2007, ce pays fournit encore, en 2008, le plus gros contingent de requérants, qui sont au nombre de 40 500.

Parallèlement, le nombre de pays d'accueil s'est élargi, "probablement à cause de l'introduction de politiques d'asile plus strictes dans les pays traditionnels", relève le HCR. Avec 49 000 nouvelles demandes, soit 13 % de l'ensemble des requêtes déposées dans les pays industrialisés, les Etats-Unis restent le premier pays de destination des requérants, suivis par le Canada (36 900), la France (35 200), l'Italie (31 200) et le Royaume-Uni (30 500).

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La police genevoise s'arme de Tasers pour ses interventions

LE COURRIER Mercredi 22 avril 2009

La police genevoise adopte le Taser mais promet d’être sage

La police du canton de Genève se met au Taser. Elle a récemment acheté trois de ces pistolets électriques pour un montant total de près de 6500 francs. Anticipant les critiques, la police a adopté des règles d’utilisation plutôt strictes. Seuls les membres du groupe d’intervention de la gendarmerie pourront employer cette arme, et uniquement dans certains cas précis. Du côté des ONG, on déplore un mauvais signal donné aux autres cantons romands. Genève est le premier d’entre eux à s’équiper de Tasers.

La police genevoise s'arme de Tasers pour ses interventions

Paru le Mercredi 22 Avril 2009 - PHILIPPE BACH    

SECURITÉ - Trois pistolets électriques ont été acquis par les forces de l'ordre. Leur usage est réservé aux cas extrêmes, en lieu et place d'une arme à feu.
 

La nouvelle a éclipsé les autres aspects de la conférence de presse annuelle de la police genevoise visant à faire le point sur les activités des forces de l'ordre et sur l'évolution en matière de sécurité, telle que l'ont établie les statisticiens du quai des Brômes[1].

Trois Tasers X-26 ont été acquis par la police genevoise pour le prix de 2150 francs l'unité. Il s'agit d'un armement réservé aux polices ou aux armées. Une arme dite de neutralisation momentanée tout de même assez éloignée de ce qui peut être acquis sur le marché libre de certains pays.

Seize gendarmes du groupe d'intervention ont été formés au maniement de ces engins. Ces derniers utilisent une technologie appelée EMD (pour Electro-Muscular Disruption ou Perturbation électro-musculaire). Deux fils reliés à des hameçons envoient un courant de 50000 volts durant cinq secondes dans le corps du sujet qu'il est prévu d'immobiliser. Résultat de ce choc, il est tétanisé et tombe à terre. «Ce n'est pas douloureux en soi, mais extrêmement oppressant», concède l'un des gendarmes du groupe d'intervention. Qui a été lui-même immobilisé à l'aide d'un Taser.

L'état-major de la police était présent au grand complet hier. Il a insisté sur le caractère exceptionnel des engagements de cette arme controversée. Même si, Benoît Kuchler, chef criminaliste, se veut rassurant. Selon lui, bien employé, le Taser n'est pas dangereux. Une abondante littérature scientifique ne met pas en évidence de problèmes cardiaques particuliers. Du moins en France.

Du bon emploi

Quid des morts évoqués notamment par des rapports d'Amnesty International? «Il faut savoir que l'emploi du Taser n'est pas approprié pour les cas psychiatriques avec des crises de démence», explique M. Kuchler. «Quel que soit le type de contraintes alors utilisé – et elles sont parfois indispensables –, cela peut mettre en danger la vie du malade.» Il évoque des décès imputés au seul enfermement d'une personne en crise. Bref, pour lui, les décès constatés aux Etats-Unis relèvent probablement d'un emploi inapproprié de cette arme.

Le Taser que la police genevoise entend utiliser est fort éloigné du recours banalisé pratiqué aux Etats-Unis. «Cela doit être une alternative à l'arme à feu», précise Daniel Oguey, commandant de la gendarmerie adjoint. Selon les chiffres de la police genevoise, l'an passé, dans une douzaine d'interventions, l'emploi du Taser aurait pu se justifier.

Selon la doctrine d'engagement, quatre types d'intervention sont évoqués: le cas de forcenés, de suicidaires, d'individus en crise de démence qui mettent en danger leur vie ou celle d'autrui et les mutineries en prison. En revanche, pas question d'utiliser un Taser dans le cadre d'expulsion de réfugiés déboutés.

Un cadre réglementaire relativement strict a été prévu: les engins sont munis de minicaméras, qui permettront de documenter les interventions. Enfin, l'utilisation d'un Taser sera conditionnée à l'autorisation de l'officier responsable d'une intervention. I

[1] De fait, les chiffres de la criminalité à Genève sont relativement stables. Les cambriolages augmentent de 20% – des effectifs viennent d’être déplacés pour faire face à cette recrudescence – mais le nombre de meurtres diminue, tout comme le nombre de morts sur les routes.

«Il y a un risque de banalisation»

MARIO TOGNI 

«C'est un mauvais signal.» Porte-parole d'Amnesty International Suisse, Manon Schick ne voit pas d'un bon oeil l'acquisition de trois pistolets électriques Taser par la police genevoise, la première à faire le pas en Suisse romande. Après avoir publié, fin 2008, un rapport faisant état de plus trois cents cas de décès liés – indirectement – à l'utilisation de ces armes aux Etats-Unis entre 2001 et 2008, l'organisation réclamait un moratoire sur l'achat et l'usage des pistolets à électrochocs en Suisse. «Au moins en attendant d'avoir davantage de garanties.»

Manon Schick nuance toutefois son propos: «Nous ne sommes pas contre le Taser en général, mais son utilisation nécessite une réglementation très stricte. A priori cela semble être le cas à Genève, c'est plutôt rassurant.» Seul le groupe d'intervention de la gendarmerie, après formation, sera habilité à y recourir. Et dans certains types d'intervention (lire ci-dessus). Selon l'ONG, le Taser ne devrait toutefois être employé qu'en dernier recours, au même titre que l'arme à feu de service. Or il y a un risque de banalisation, pointe sa porte-parole: «Il s'agit bien d'une arme potentiellement létale. Si le Taser devenait un simple moyen pour calmer des forcenés, ce serait très grave.»
 
Damien Scalia, président de la section genevoise de la Ligue suisse des droits de l'homme, abonde: «Le fait que cette arme soit perçue comme non mortelle risque d'élargir le spectre de son utilisation. On réfléchit plus longtemps avant de sortir une arme à feu qu'un pistolet électrique. Il y a des risques de dérapage.» Le militant s'interroge tout autant sur son utilité. «En milieu carcéral (une des utilisations potentielles, ndlr), par exemple, la police a toujours trouvé des moyens d'intervenir sans avoir à sortir ses armes. Je doute qu'il y ait une réelle nécessité.»

Par ailleurs, Damien Scalia rappelle que des instances internationales comme le Conseil de l'Europe considèrent les armes à électrochocs comme de potentiels «instruments de torture», dans la mesure où elles provoquent des souffrance aiguës. «Mais j'ose espérer que ça ne sera pas le cas de la part de la police genevoise», précise-t-il.
Manon Schick craint également un effet boule de neige en Suisse romande. «En ouvrant la voie, Genève risque d'encourager d'autres polices à recourir au Taser, alors que plusieurs cantons avaient décidé d'y renoncer.»

Mario Togni

Commentaire

Un mauvais signal

PHILIPPE BACH    

L'achat de Tasers par les forces de l'ordre genevoises n'est pas des plus opportuns. Oh, certes, un cadre réglementaire strict a été édicté. Mais on a mis le doigt dans l'engrenage et il y a toujours à craindre de la banalisation d'une telle arme.
 
Car, quelles que soient les belles promesses faites hier, on voit dans d'autres villes et dans d'autres pays, ces pistolets électriques faire partie de l'attirail de base des policiers. Avec les bavures qu'on connaît. D'où un moratoire sur la généralisation de ces engins exigé par Amnesty International.

C'est un bien mauvais signal que Genève envoie aux autres cantons romands. Et un fier service qu'il rend à l'entreprise Taser, qui pourra se targuer, dans sa propagande, d'avoir séduit la capitale des droits de l'homme.
 
Hier, on nous a présenté le pistolet électrique comme une alternative à l'arme à feu. Mais il sera toujours plus tentant d'utiliser une telle arme plutôt que de donner l'ordre d'abattre une personne représentant un danger. Paradoxalement, en étant – théoriquement – non létal, le Taser peut être utilisé plus fréquemment. Partant, son incorporation dans l'arsenal des forces de l'ordre peut accroître la violence de l'Etat, qui devrait pourtant rester l'exception.



Publié par 24 heures (http://www.24heures.ch)

La police genevoise adopte le Taser

SÉCURITÉ | Le pistolet à décharge électrique ne sera utilisé que dans des cas très particuliers, assure l’état-major.

FEDELE MENDICINO | 22.04.2009 | 00:03

«Le Taser nous permettra dès aujourd’hui d’éviter l’usage d’une arme à feu et l’emploi de la force physique», se réjouit Monica Bonfanti, cheffe de la police. Depuis hier, le groupe d’intervention de la gendarmerie dispose de trois Taser, un pistolet dit de «neutralisation momentanée». Fonctionnant à faible ampère (intensité de 50 000 volts), cette arme permet en effet de paralyser temporairement la personne visée. C’est la première fois en Suisse romande qu’une telle arme, très controversée, entre dans l’arsenal policier.

Les forces de l’ordre se sont voulues rassurantes, hier, lors de la présentation de leur rapport annuel: l’usage de cette arme sera des plus limité. Exemple? Maîtriser des forcenés sur la voie publique, un suicidaire, une personne démente et menaçante, ou des prisonniers dans le cadre d’une mutinerie. «Cela représente potentiellement au maximum une quinzaine d’interventions par an, estime Benoît Kuchler, chef criminaliste. Les 16 hommes du groupe d’intervention ont été spécifiquement formés par l’Institut suisse de police.»

«Le Taser ne sera pas utilisé pour les expulsions d’étrangers, a souligné le conseiller d’Etat Laurent Moutinot, responsable du Département des institutions. Je sais bien qu’Amnesty s’est opposé à l’introduction généralisée du Taser, mais nous en ferons une utilisation ciblée et réglementée.» Ainsi, un officier de police devra préalablement valider son usage et un rapport devra être adressé à la cheffe de la police après l’intervention, précise le service de presse. A noter que l’arme est équipée de fléchettes dispensant la décharge électrique et d’une minicaméra. Les images permettront de démontrer, si besoin, la légitimité de l’intervention.

Quant aux risques sur la santé, le policier calme le jeu en citant des tests indépendants du SAMU et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich: «Aucun effet physiologique postérieur à l’utilisation n’a pu être mis en évidence sur les sujets testés.» Un médecin sera toutefois présent lors de chaque intervention. «Il pourrait par exemple être amené à retirer les fléchettes si celles-ci avaient touché une partie sensible comme les yeux ou les parties génitales.»

Quoi qu’il en soit, la personne qui «goûtera» au courant du Taser doit s’attendre à être groggy durant plusieurs minutes. Période durant laquelle elle subira encore quelques contractions musculaires, des vertiges et des pertes de mémoire. «Cela pourrait avoir a priori un effet dissuasif sur les sujets visés, affirme Benoît Kuchler. On peut s’attendre à une baisse importante des lésions (de 70% à 90%) par rapport à l’usage d’armes traditionnelles et à l’usage de la force.»

Comme le confirme Monica Bonfanti, le Taser (2150 francs la pièce) a déjà été introduit en Suisse alémanique, comme à Berne, à Bâle et à Zurich. «La police genevoise en fera l’un des usages les plus restrictifs de Suisse. Une utilisation de cette arme telle qu’elle a été faite à l’aéroport de Vancouver est inimaginable.» Un immigré polonais y était décédé en octobre 2007 après avoir reçu deux décharges de Taser.

Appel au moratoire

La police genevoise donne un très mauvais signal, réplique Amnesty International. «Cela pourrait conduire plusieurs autres polices romandes à faire de même, regrette Manon Schick, porte-parole de l’organisation de défense des droits de l’homme. En décembre 2008, nous avions publié un rapport recensant 330 victimes du Taser aux Etats-Unis. Ces décès sont intervenus entre 2001 et 2008. Il s’agissait notamment de personnes qui souffraient déjà de problèmes cardiaques, de drogues ou de femmes enceintes. Contrairement à ce que prétend son fabricant, cette arme est létale.» Amnesty préconise donc un moratoire sur le Taser «en attendant des études indépendantes et exhaustives».

Vaud attend le futur commandant de la police

Jacqueline de Quattro, cheffe du Département vaudois de la sécurité et de l’environnement, est favorable à une utilisation, très cadrée, du Taser. Toutefois, elle ne prendra aucune décision précipitée. Elle tiendra compte des règles de prudence émises par la Conférence suisse des directeurs de justice et police. Surtout, elle attend la nomination du nouveau chef de la police, qui pourrait avoir lieu au cours du mois prochain.

Jacqueline de Quattro entend avoir son accord afin qu’il y ait une unité de doctrine entre les forces de police et le département. A ce moment-là seulement un règlement pourrait être soumis au Conseil d’Etat. Le porte-parole de la police cantonale Jean-Christophe Sauterel estime aussi que la balle est dans le camp des politiques. Selon lui, la police souhaite également des règles strictes: le Taser ne serait accessible qu’aux forces spéciales. Son usage ne pourrait avoir lieu sans l’aval du commandant de police ou, à défaut, de l’officier qui le remplace.

J. FD