lundi 13 octobre 2008

Suicide d'un demandeur d'asile au centré fermé de Vottem

Un demandeur d'asile de nationalité serbe, dont la demande de séjour en Belgique a fait l'objet d'une réponse négative, s'est suicidé dimanche au centre fermé pour étrangers de Vottem.

Le jeune homme, qui avait également demandé au début du week-end à pouvoir changer de section au sein du centre, avait été interpellé le 26 septembre dernier à la suite d'un contrôle dans le Thalys reliant Paris à Bruxelles, indique le Collectif de résistance aux centres pour étrangers (CRACPE) dans un communiqué. L'association, qui précise en outre ne pas connaître la situation personnelle de ce jeune homme, dénonce l'existence des centres fermés pour étrangers et appelle à leur fermeture. (GFR)

Transfert des détenus étrangers

Le nombre de cas où un condamné étranger a pu être livré à son pays d'origine pour y purger le solde de sa peine contre son gré reste dérisoire. La procédure est complexe et trop d'Etats boudent un accord international récent.

Ce n'est pas la panacée, on le savait, mais ce n'est même pas le soulagement attendu. Du moins pas encore. L'UDC n'était pas la seule, à droite, à voir dans le «transfèrement» des détenus étrangers dans leur pays d'origine pour y purger le solde de leur peine un bon moyen pour réduire la forte part d'étrangers dans les prisons suisses (plus de 70% dans les établissements fermés).

Lire cet article signé Denis Masmejan dans le Temps

samedi 11 octobre 2008

Le leader de l'extrême droite autrichienne Jörg Haider se tue sur la route

A lire sur Swissinfo

"Nous avons été les héros involontaires de la Fortesse"

Ils s’appellent Koffi, Nadine, Fahad, Pierre-Olivier. Blancs ou Noirs, fonctionnaires, aumônier, exilés, ils ont croisé la caméra de Fernand Melgar au Centre d’enregistrement pour requérants d’asile de Vallorbe. Le documentaire choc attire les foules au cinéma. Que sont devenus ses «acteurs»? Un article signé Martine Clerc dans 24 Heures, Florian Cella et Odile Meylan pour les photographies.

Ce jeune Togolais qui re­cherche son papa en Suisse. Ces Securitas qui enfilent leurs gants de latex et procèdent à la fouille des nouveaux arrivants. Mais aussi cette prière africaine qui se transforme en liesse entre les murs austères du Centre d’enre­gistrement et de procédure de Vallorbe (CEP). Ces tranches de vie, quelque 12 000 spectateurs les ont vues au cinéma dans La forteresse, documentaire du Lausannois Fernand Melgar, primé au Festival de Locarno. Le film figure depuis trois se­maines parmi les cinq longs­métrages les plus populaires en Suisse romande.
Tous les «acteurs» de Melgar ont en commun leur passage à Vallorbe entre décembre 2007 et février 2008. Ils s’y sont croisés 20, 40, 60 jours maxi­mum, y ont déballé leur vie dans l’espoir de voir s’ouvrir la citadelle helvétique. Que sont­ils devenus? Départ à Vallorbe pour rencontrer ceux qui sont restés. Au-dessus du village, la forteresse de béton paraît im­prenable, n’entrouvrant ses grilles qu’à la faveur d’une lon­gue série d’autorisations offi­cielles.
Rendez-vous est pris avec Mostafa Aouiss, employé du centre. Dans le film, il récure les lavabos sans perdre de sa gouaille. «Le film est touchant, j’ai versé une larme», commen­te- t-il. Enfant de Casablanca, il se voit un peu comme le «psy­chologue de la bande»: «Je fais partie de la basse caste du centre, je ne représente pas la guillotine comme les employés de la Confédération. Les requé­rants osent me poser des ques­tions sur la vie ici, sur la procé­dure. Je leur donne parfois des cigarettes. Les Africains m’ap­pellent cousin! Par contre, je n’ai pas beaucoup de volontai­res pour m’aider. Ils croient qu’en Suisse on va tout leur donner.» Souriant, l’ancien ins­tit, débarqué en Suisse il y a plus de vingt ans par amour pour une Payernoise, ne rêve que d’une chose, empocher son deuxième pilier et ouvrir une guest house dans le Sud maro­cain.

Koffi Hor Afemenusui et Fernand Melgar devant les Galeries du Cinéma, Lausanne

Le requérant Koffi Hor Afemenusui et Fernand Melgar devant les Galeries du Cinéma, à Lausanne.

De Vallorbe à la Suède
Autre jour, sur un quai de la gare de Vallorbe. «Je suis Dja­mel, dans le film, il paraît que l’on me voit téléphoner à mon fils. Je veux vous voir», m’a-t-il soufflé la veille depuis la cabine téléphonique du CEP. Dans le pays depuis un an, errant de centre en centre, Djamel Benabderrahmane, un Algérien, vient de déposer une nouvelle demande d’asile, accompagné de son épouse et de sa petite fille. «La Suisse va m’aider à récupérer mes autres enfants, prisonniers dans une secte en France», martèle-t-il. A cran, l’homme se hisse une fois de plus dans un train, en partance pour Coire cette fois-ci, où se poursuit sa procédure.
Retrouver la trace des de­mandeurs d’asile qui ont peuplé La forteresse est une course au long cours. Face au juridisme tâtillon de l’Office fédéral des migrations, il faut recouper les informations au compte-gout­tes. Koffi Hor Afemenusui, le Togolais qui, dans le film, re­cherchait sa famille, est au­jourd’hui hébergé à Lausanne dans un centre de l’EVAM (ex-Fareas). Sa demande d’asile refusée, un recours lui permet de rester encore en Suisse. Ses parents, il les a retrouvés à Payerne. Un peu plus serein, il y berce son neveu nouveau-né. Mais il tempête face à «l’injus­tice »: «Mes parents ont un per­mis B et mes petites soeurs ont bénéficié d’un regroupement fa­milial. Moi, à 24 ans, on me dit que je suis trop vieux.» En début de semaine, le jeune homme a vu pour la première fois La forteresse dans un ci­néma lausannois. Emu, il est resté sans voix.
Le voyage en Europe des exi­lés est tortueux, suivant la car­tographie politique de l’asile. Irak, Turquie, Grèce, Suède, France… avec des passages en prison pour séjour illégal, le périple de Fahad Khammas est passé par Vallorbe. Ce jeune traducteur pour l’armée améri­caine à Bagdad, se disant pour­chassé par les islamistes pour traîtrise, est aujourd’hui en Suède, où il a déposé une nou­velle demande d’asile. «Dans le village, il n’y a que des gens aux cheveux blonds», sourit-il à l’autre bout du fil. N’empêche, l’étudiant se dit usé par son voyage. Il aurait souhaité finir ses études d’ingénieur à l’EPFL. Peine perdue. La Confédération lui a signifié une non-entrée en matière (NEM) et l’a renvoyé par la force dans un vol spécial, après une détention adminis­trative à Frambois (GE). En vertu des Accords de Dublin, l’Irakien a été refoulé dans le pays de l’Union européenne où il avait déposé sa première de­mande.
Le visage des fonctionnaires
Responsables du difficile tri des requérants, Caroline Roth et Nadine Scholl sont collabo­ratrices scientifiques de l’Office fédéral des migrations chargées de la procédure d’asile à Val­lorbe. Instants poignants dans le documentaire: un Somalien raconte son voyage dans l’enfer du désert pour rejoindre l’Eu­rope, assurant, par nécessité, avoir mangé le cadavre d’un enfant décédé durant la traver­sée de la Méditerranée. De l’autre côté du bureau, devant les caméras, Nadine Scholl tranche: la traversée du désert ne lui semble pas vraisembla­ble dans ces circonstances-là. Comment en être sûre? Com­ment protéger les requérants de l’arbitraire? «Cette décision a été prise après quatre heures d’audition fédérale, explique cette collaboratrice expérimen­tée. Quand nous rendons une décision négative, nous n’avons pas de doute.» Caroline Roth précise: «Si notre rôle implique une certaine fermeté, il re­quiert aussi l’empathie néces­saire à l’établissement d’un rap­port de confiance, notamment dans le cas des migrantes su­bissant des persécutions liées au sexe.»

L'aumônier Pierre-Olivier Heller

«Souvent, nous devons accompagner la désillusion, les espoirs brisés » PIERRE-OLIVIER HELLER, AUMÔNIER DU CENTRE


«Ils ont besoin de chaleur humaine»
Arrivant à pied à la forte­resse, Pierre-Olivier Heller, aumônier au centre, a l’air sou­cieux. «On se sent démunis, on ne peut qu’écouter. Et pourtant, ils n’arrêtent pas de venir nous voir, ils parlent, ils parlent. Ils ont besoin de chaleur humaine. Souvent, nous devons accompa­gner la désillusion, les espoirs brisés.» L’ancien pasteur d’Yverdon accompagne par sa foi les décisions fédérales, mais garde farouchement ses distan­ces. «L’ODM voulait un jour nous offrir un repas à Berne. J’ai refusé. Je ne veux pas leur être redevable d’une quelcon­que manière.» Et les autres «protagonis­tes »? Bouleversant sur les écrans, le couple de Colom­biens, José Moreno et son épouse, Alice, dont l’un des fils a été assassiné, habite au­jourd’hui près d’Aarau, avec un permis B. Les anciens colocatai­res de Koffi, Fahad et les autres, sont peut-être encore en Suisse, peut-être clandestins, peut-être toujours sur les chemins de l’exil.
L’an dernier, 10 844 person­nes ont cherché asile dans no­tre pays, 1537 l’ont obtenu et 1645, déboutés, ont reçu une admission provisoire. Pour 2008, les demandes sont en hausse. Quelque 13 000 à 14 000 requérants viendront probablement, jusqu’à la fin de l’année, frapper aux portes de la forteresse helvétique.

Voeux de Ramadan

Le 24 septembre dernier, dans le courrier des lecteurs de 24 Heures, M. David Vaucher s'interrogeait au sujet des voeux de Pascal Couchepin aux Musulmans de Suisse à l'entrée du Ramadan:

"Est-ce le rôle du président d’un Etat laïque?"
Après le port du voile de Miche­line Calmy-Rey en Iran, voici que Pascal Couchepin participe, en sa qualité de président de la Confédération, aux festivités du ramadan.
Rappelons-nous: au début du mois, Pascal Couchepin avait pour la seconde année consécu­tive communiqué publiquement ses voeux officiels aux musul­mans de Suisse à l’occasion du ramadan. Position étonnante, compte tenu du fait qu’il n’a jamais fait de telles déclarations pour les chrétiens à l’occasion de Noël ou de Pâques ni aux juifs en celle du Yom Kippour.
Décidément, peu lui importe l’avis de la majorité des Suisses non désireux de voir leur pays faire de telles courbettes à l’islam. (…) Par ses propos et son com­portement, il ne fait nullement la révérence à un groupe de personnes en tant que tel, mais à ceux seuls qui suivent les préceptes de l’islam. Radicaliser la population musulmane et l’appeler à suivre de tels précep­tes est un objectif des islamistes des Frères musulmans. Est-ce le rôle du président d’un Etat laïque qui, de plus, a dévolu aux cantons les affaires religieuses?
Il ferait mieux de se pencher sur les dangers de l’islam lors­qu’il est vraiment suivi et non d’encourager à sa pratique assidue, ce qui n’est, par ailleurs, aucunement sa tâche.
David Vaucher,
président du Mouvement suisse contre l’islamisation, Orbe

shadock mécontentsToujours dans 24 Heures, voici la réponse d'un lecteur:

"M. Couchepin ignore notre Constitution"
Je félicite l’auteur de cette lettre pertinente. Depuis bien des années, certains conseillers fédéraux ignorent volontaire­ment que la Constitution fédérale commence par ces mots: «Au nom de Dieu tout- puissant»; ils obéissent à leur propre opinion au lieu de se plier à la volonté du peuple souverain.
C’est le cas, en particulier, de Mme Micheline Calmy-Rey et, plus encore, de M. Pascal Couchepin. Or, au sens du serment constitutionnel, cha­que membre assermenté des autorités fédérales, cantonales et communales doit faire abs­traction de ses opinions et se conformer à la Constitution qui détermine les droits, les fonctions et les devoirs de tous. En démocratie directe et chrétienne, le plus grand admi­nistrateur ne possède pas plus de droits que le plus petit des administrés.
Conclusion: ce n’est donc pas du tout le rôle du prési­dent de la Confédération d’adresser ses voeux officiels aux musulmans de Suisse à l’occasion du ramadan.
Olivier Cossy,
UDC Lavaux-Oron, Chexbres


jeudi 9 octobre 2008

[France] Un sans-papiers libéré rattrapé par le zèle policier

Un sans-papiers libéré rattrapé par le zèle policier

LIBERATION.FR - Société 9 octobre 2009 6h51
De notre correspondant à Orléans MOURAD GUICHARD

Lorsqu’il sort du tribunal de Bobigny, ce mardi 30 septembre, Ismaël, ressortissant congolais sans papiers, mais travaillant en France depuis sept ans, est un homme libre. Maurice Amouyal, son patron, s’est engagé à effectuer les démarches pour obtenir sa régularisation et Stéphane Maugendre, son avocat, se félicite que la cour ait assorti d’un sursis sa peine de prison pour «rébellion». Ismaël venait de refuser un embarquement vers le Congo après un mois passé au centre de rétention du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne).

C’était sans compter sur le zèle des policiers du commissariat voisin de Mitry-Mory, les mêmes qui l’avaient arrêté trois mois auparavant. Au sortir de son lieu de travail, moins de vingt-quatre heures après sa libération, Ismaël est de nouveau arrêté et placé en garde à vue. Visiblement, les policiers ne connaissent pas la récente décision de justice.

«En droit strict, Ismaël était en état de récidive dès la sortie du tribunal», explique Stéphane Maugendre, par ailleurs président du groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). «La seule parade à cette aberration juridique est la dépénalisation pure et simple du séjour irrégulier et du refus d’embarquement.»

Pour le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) qui a suivi ce dossier, la situation d’Ismaël relève de l’ubuesque. «Voici un homme qui travaille en France depuis sept ans, paye régulièrement ses impôts jusqu’à la redevance télé et dont le patron affirme la nécessité de le garder en contrat à durée indéterminée (CDI), insiste Marie Montolieu, présidente d’un comité local parisien. Cet homme n’a pas eu la chance de travailler pour un grand restaurant parisien et de bénéficier de la publicité actuelle qui est faite pour la régularisation collective des sans-papiers.»

Ismaël, qui a été libéré jeudi dernier et qui a repris son travail le lendemain, ne comprend pas les raisons de cette deuxième garde à vue. «Dans leur ordinateur, les policiers auraient dû avoir les éléments», estime-t-il. «Durant la garde à vue, sans doute pour justifier leur prise, ils ont insisté pour que je reconnaisse que j’avais volé ce qui était contenu dans mon sac.» Résigné, son patron explique : «Nous repartons à zéro. Son CDI a été cassé et il a perdu toute son ancienneté. Il est aujourd’hui comme un nouvel entrant dans la boîte.»

[Suisse] Selon l'ODM, la hausse des demandes d'asile n'est pas alarmante

SUISSE : «La hausse des demandes d'asile n'est pas alarmante»

Date de parution: Jeudi 9 octobre 2008
Auteur: Valérie de Graffenried, Berne


– La conseillère d'Etat Karin Keller-Sutter (PRD/SG) estime que la Confédération devrait, vu la situation, n'envoyer les requérants dans les cantons qu'après une décision en première instance, soit après 30 à 60 jours au lieu de quelques jours seulement...
– Nous le faisons déjà, dans la mesure du possible. Voilà pourquoi nous avons augmenté les capacités d'accueil de trois centres d'enregistrement pris en charge par la Confédération. Je comprends les revendications de Karin Keller-Sutter. Mais le Tribunal fédéral nous a précisément reproché, dans certains cas, de garder trop longtemps certains requérants dans les centres d'enregistrement, surtout lorsque la procédure s'avère compliquée...

Lire la suite de l'Interview

Forte hausse des demandes d'asile

Le nombre des deman­des d’asile a augmenté de près de 40% au 3e trimestre 2008.

référencement, statistiques et indexation efficace Cette hausse est perceptible depuis le début de l’année. Les requêtes ayant abouti entre janvier et fin septembre ont également crû par rapport à la même période en 2007. D’après la statistique publiée hier par l’Office fédéral des migrations (ODM), 4406 demandes d’asile ont été déposées de juillet à septembre, soit 1247 (39,5%) de plus qu’au cours du deuxième trimestre. Avec 704 nouvelles requêtes, l’Erythrée reste, ces trois derniers mois, le principal Etat d’origine des personnes en quête d’un asile en Suisse. Les jeunes de ce pays fuient un régime procédant à des enrôle­ments forcés et arbitrai­res.
La Somalie figure au deuxième rang.
L’Office n’explique en revanche pas la hausse des cas venant de Serbie et du Kosovo, la situa­tion ne s’y étant pas détériorée.
Pour faire face à la hausse des demandes, un nouveau tour de vis se profile dans le droit d’asile. La conseillère fédérale Eveline Widmer­Schlumpf a annoncé récemment vouloir abroger la possibilité de déposer une requête dans une ambassade suisse.

24 Heures

Statistiques en matières d'asile (ODM)

Statistiques du 3ème trimestre 2008 (juillet, août, septembre)

Commentaire de la statistique du 3ème trimestre 2008

mercredi 8 octobre 2008

[Belgique] Les sans papiers ravivent la mémoire de Semira Adamu

Belgique : Les sans papiers ravivent la mémoire de Semira Adamu

Samedi dernier, plusieurs dizaines de sans papiers ont pris d’assaut les rues de la capitale européenne à l’occasion d’une marche honorifique en la Mémoire de Sémira Adamu. La campagne lancée sous le label "10-20-60" se veut surtout commémorative de plusieurs dates importantes dans la politique migratoire en Belgique.

10 ans déjà que Sémira Adamu alors âgée de 20 ans trouvait la mort lors de la 6ème tentative d’expulsion par les gendarmes belges. C’était le 22 septembre 1998 lors d’un renvoi vers le Nigeria dont les circonstances avaient été particulièrement violentes. La nigériane de 20 ans avait été étouffée par un coussin maintenu sur son visage écrasé sur les genoux d’un homme en tenue.

Les expulsions violentes sont-elles terminées ou banalisées?  Où en est l'accueil des femmes dans la fuite de situations humiliantes et destructrices dans leur pays d'origine ?... Les questions restent tant nombreuses que préoccupantes selon plusieurs mouvements de soutien aux illégaux dans le royaume.

20 ans déjà que la Belgique a ouvert son premier centre fermé. Le pays en compte six pour l’instant.  Et avant, comment faisait-on ?  Et aujourd'hui comment cela se passe-t-il ? Y a-t-il eu évaluation en 20 ans ? Que veut construire le ministre actuel ? Les questions sont inquiétantes et d'une brûlante actualité toujours selon les manifestants.

60 ans déjà qu'existe la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.  Est-elle appliquée à tous, aux étrangers, aux demandeurs d'asile en Belgique, en Europe ? Cette DUDH ratifiée par la Belgique devrait rester un guide et un garde-fou dans les politiques et leur application, dans les règlements et les directives. Est-ce le cas ? Se sont interrogés les manifestations.

Pour les manifestants, à travers les trois chiffres 10-20-60, une multitude de questions peuvent être abordées. A l’analyse, un parallèle peut facilement être établi entre l’injustice dont avait été victime Semira Adamu et la situation générale actuelle des demandeurs d’asile en Belgique.

Les manifestations se sont poursuivies à Ixelles où un concert géant était organisé. Plusieurs groupes d’artistes ont soutenu le mouvement notamment, Musiek Singe, Nez cassé et autres Code Rouge.

On le voit, la manifestation ne revêtait pas uniquement l’aspect affectif suite à la mort tragique de Adamu, mais elle permettait aussi de rappeler que le combat des sans papiers continuent. C’est donc à dessein que la foule a scandé à répétition que ‘’l’indifférence tue’’. Un message adressé à la ministre en charge des questions de migration.

Depuis l’accord gouvernemental de mars 2008, Annemie Turtelboom n’a toujours pas rendu public la circulaire de régularisation espérée par les 100.000 illégaux qui vivent en Belgique.

© Camer.be : Hermann Oswald G’nowa
http://www.camer.be/index1.php?art=3238
Paru le 22-09-2008 15:07:49

[France] Sans papiers et sans témoins : La Cimade écartée des centres de rétention

Sans papiers et sans témoins : La Cimade écartée des centres de rétention

Lundi 29 septembre 2008

Le gouvernement a retiré à l’association son monopole d’accès aux centres de rétention. Par qui et comment seront contrôlées les conditions d’enfermement pour étrangers ?

Par Florence Aubenas

Cette année, un dossier aride et déprimant est en train de devenir l’ouvrage culte, qu’on se passe entre journalistes, politiques ou associatifs. C’est le dernier rapport de la Cimade sur la situation des sans-papiers dans les centres de rétention, où ils attendent leur expulsion. La raison de son succès est aussi sinistre que les 296 pages qui composent l’édition 2007 : ce rapport est le dernier. D’ailleurs, la Cimade, seule association autorisée en France a travailler dans les centres de rétention depuis leur création en 1984, risque elle-même d’en être expulsée l’année prochaine.

Depuis plusieurs mois, en effet, les contestations se multiplient autour de ces centres, qui sont peu à peu devenus un des emblèmes de la politique des « quotas d’expulsion », mise en oeuvre par le ministre Brice Hortefeux. Dans ce contexte, les rapports annuels de la Cimade étaient plus que jamais l’unique lucarne sur la vie quotidienne en ces lieux d’enfermement. Aurait-on su sans elle qu’un bébé de 3 semaines avait été mis en rétention, il y a quelques mois, à Rennes ? Que lacets, ceintures, briquets, stylos sont généralement confisqués, l’accès au téléphone improbable, alors qu’il devrait être libre ? Que le Coran est saisi car « il pourrait servir à allumer un feu » ? Ou bien que, en février dernier à Vincennes, des « étrangers retenus » avaient été forcés de regagner leur chambre, chassés par une soixantaine de policiers, dont un armé de Taser ? Deux ont fini à l’hôpital, une enquête est en cours.

L’éviction de la Cimade, cette « association-symbole, sérieuse et reconnue, est une tentative de mise au pas du secteur associatif », analyse Pierre Henry, qui dirige la tout aussi sérieuse France Terre d’Asile. De son côté, un policier explique : « Dans l’imaginaire des politiques, s’en prendre à la Cimade fait clairement partie des représailles contre les protestataires. Les gouvernants ne sont plus dans la logique classique où cohabitent pouvoirs et contre-pouvoirs. Aujourd’hui, l’Etat dit : avec moi ou contre moi. »

Au ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, les choses ne sont pas dites de cette manière. Guillaume Larrivé soutient qu’il s’agit surtout de « mettre fin à un monopole ». Mille chinoiseries techniques enrobent en effet la mise à l’écart de l’association, obligeant à un décryptage tellement ennuyeux qu’il découragerait presque l’indignation, et c’est d’ailleurs là tout le talent de l’Administration. Pour comprendre, il faut donc se résigner à lire l’appel d’offres, publié fin août au « Journal officiel », pour un marché public de 4 millions d’euros au total : celui-ci édicté que l’ensemble des 25 centres de rétention en France ne seront plus confiés à un seul organisme, comme c’était le cas depuis vingt-cinq ans pour la Cimade, mais désossés en 8 lots géographiques, faisant chacun l’objet d’un agrément différent, et limité à une durée d’un an. Autrement dit une manière de tester, mettre en concurrence et choisir entre différentes associations.

A la clé, c’est encore et toujours le fameux enjeu des « quotas d’expulsion » qui se joue, dont l’objectif est fixé à 26 000 pour 2008. Dans cette course au chiffre, « tout est bon pour essayer de faire tomber les obstacles et opérer le maximum de reconduites, quitte à contourner la loi », explique Marc-Antoine Lévy, avocat à Evry. En France, si les chiffres de la rétention ont en effet explosé entre 2000 et 2007, passant de 13 centres à 25, de 17 000 personnes retenues à 35 000, d’une durée d’enfermement autorisée de 12 jours à 32, un seul indicateur refuse obstinément de bouger : le taux d’expulsion.

En centre de rétention, une personne sur deux, environ, ne peut en réalité pas être légalement reconduite et finit donc par être libérée. Or près de 40% de ces décisions relèvent de magistrats. Mais qui s’occupe de l’exercice délicat des recours devant les tribunaux ? Qui monte les dossiers ? Qui tient le rôle complexe à la fois de juriste, de traducteur et de conseiller dans les centres de rétention, sans lequel l’accès à la justice deviendrait, de fait, impossible pour une population parfois analphabète, souvent non francophone et en tout cas jamais spécialiste en procédure ? La Cimade, dont la mission est précisément de garantir « l’accès aux droits ». « Lui faire barrage est une manière de tarir les audiences devant les magistrats, continue Me Lévy. Je serais curieux de voir quel sera désormais le taux de recours quand la Cimade ne s’en occupera plus. En tout cas, c’est le noyau dur des droits de l’homme qui est attaqué. » Plusieurs associations ont déjà été contactées par le ministère pour répondre à l’appel d’offres. La Croix-Rouge a sobrement refusé. France Terre d’Asile ne « fera rien sans s’être concertée avec la Cimade ».

D’autres, en revanche, sont tentées par le marché, mais la plupart entendent très différemment leur mission. « Nous n’avons pas l’habitude de contester ce que dit le gouvernement : nous sommes des gestionnaires purs et durs, explique Jocelyn Baillez, de l’Aftam, spécialisée dans l’hébergement social. On met les textes en musique, point à la ligne. Nous proposerons sans doute l’ouverture d’une permanence d’information sur les sites où sera distribuée la documentation fournie par le ministère. » Également sollicité, l’Ordre de Malte, qui, depuis 1999, travaille avec des déboutés du droit d’asile préparant leur retour au pays. « Nous avons de bonnes relations avec les pouvoirs publics, quelle que soit leur couleur politique, souligne Alain de Tonquedec. Si nous postulons, nous ne pensons pas mettre le juridique en avant, plutôt l’humanitaire pour que les gens rentrent chez eux dans des conditions décentes et avec dignité. » Née d’une scission avec la Cimade, Forum Réfugiés envisage aussi d’envoyer son dossier, tout en reconnaissant que « le petit monde associatif est bien emmerdé par cette histoire, selon Olivier Brachet. Je ne soutiens pas le gouvernement actuel mais je ne pense pas non plus qu’il s’agisse d’un régime nazi. Nous ne postulons pas avec l’état d’esprit de dire : les expulsions et la rétention sont anormales. Notre position serait plutôt comment faire des expulsions respectueuses. Il ne faut pas laisser les centres de rétention se refermer sur eux-mêmes. »

Enfin, et c’est tout à fait nouveau, l’appel d’offres exige désormais des associations « confidentialité » et « neutralité ». Mais « si une association veut publier un rapport, elle pourra le faire », reprend Guillaume Larrivé. Sera-ce une raison susceptible de rompre le contrat ? « Cela dépend de ce que dira le rapport. » Dans les centres de rétention, en tout cas, on regrette déjà la Cimade. Qui ? Les sans-papiers ? Non, les policiers et les gendarmes qui gèrent les sites. « Il faut qu’il y ait des contrôles : c’est une garantie indispensable », réclame, par exemple, Yannick Danio, du syndicat l’Unsa Police. De son côté, un autre gradé estime que « ça va être bouillant, si la Cimade s’en va. Surchargés, les centres sont devenus un concentré de désespoir, où des gens prêts à tout pour rester en France se retrouvent face à des policiers qui ont l’impression de faire un boulot de merde, en remplissant wagons et statistiques. Tous partagent le même sentiment d’injustice. La Cimade arrive à servir de tampon entre les deux, parce que les étrangers la vivent comme réellement indépendante. »

La clôture de l’appel d’offres est fixée au 22 octobre.

Florence Aubenas

hebdo.nouvelobs.com