vendredi 4 février 2011

Un cybercafé pour les migrants et les Bellerins

Un espace internet a été inauguré à l’EVAM. Population locale et requérants peuvent s’y rendre gratuitement.

Les résidents de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) de Bex sont désormais connectés au reste du monde, via internet. Six postes ont été installés dans une annexe indépendante du centre.

Du lundi au vendredi, toute personne âgée de plus de 12 ans peut désormais profiter du relais internet et vaquer à ses occupations informatiques à raison d’une demi-heure par jour. «C’est une politique développée à la fois pour que les migrants gardent un lien avec leur pays d’origine, dans l’optique d’un retour, et à la fois pour s’intégrer ici», explique Pierre Imhof, directeur de l’EVAM.

La gestion du cybercafé, ouvert trois heures par jour, est assurée par des résidents en programme d’occupation. Ils veillent à ce que tout fonctionne et à ce que les règles soient suivies. Dix commandements sont affichés dans la salle internet. On y lit notamment: «Tu n’emploieras pas l’ordinateur pour nuire à autrui.»

Particularité de ce cybercafé: il est ouvert à la population bellerine. «J’espère que les gens vont venir et que ça va faire tomber des barrières entre des populations qui ont tendance à s’ignorer», lâche Alain Michel, municipal en charge de la sécurité publique.

Le centre EVAM de Bex a connu par le passé de gros problèmes liés au deal de drogue. Ceux-ci ont parfois causé des tensions au sein de la cité du sel. Ouvrir l’espace internet aux Bellerins représente donc un moyen «d’estomper les préjugés liés au manque de connaissance de l’autre», selon Alain Michel.

Après les EVAM de Renens en 2007, suivi de Moudon, d’Yverdon, de Sainte-Croix et de Lausanne, Bex participe dorénavant à la réduction de la fracture numérique des migrants. Le coût de l’opération est négligeable, puisque la totalité du matériel est issu de la récupération. A Leysin, l’ouverture d’un espace similaire est prévue pour le 2 mars.

Cindy Mendicino dans 24 Heures

Informations: tél. 024 463 03 43

PLR et UDC au coude à coude sur la mendicité

mendicité vd afficheLes libéraux-radicaux lausannois ont lancé hier leur initiative communale pour interdire l’aumône par métier. L’UDC se frotte les mains.

«Cette initiative, c’est un trait de génie des libéraux-radicaux… en notre faveur!» Claude-Alain Voiblet, candidat UDC à la Municipalité, se frotte les mains. «Que les libéraux-radicaux récoltent les signatures, nous récolterons les voix», dit-il en substance.

Dès la semaine prochaine, la rivalité entre les deux partis gagnera la rue. Le PLR lancera lundi une campagne d’affichage, financée par le PLR Suisse. Deux jours plus tard, l’UDC mettra ses propres placards invitant à signer l’initiative. Les deux affiches sont quasi identiques (voir ci-contre ). Toutes deux disent «Stop (à la) mendicité». Celle de l’UDC parle de «qualité suisse», celle du PLR, «d’amour de la Suisse». Ces affiches proviennent pourtant de deux partis qui ont refusé de s’allier pour les élections communales. «Cette initiative va dans le bon sens, nous la soutenons, mais il sera difficile d’aboutir», estime toutefois Claude-Alain Voiblet. L’UDC aidera donc à la récolte des signatures. Mais elle refuse de siéger dans le comité. Elle revendiquera volontiers la paternité en cas de réussite, mais laissera, le cas échéant, le PLR assumer sa défaite.

8333 signatures à récolter d’ici au 3 mai

«C’est vrai que le thème de la mendicité était jusqu’à peu profilé UDC, reconnaît Mathieu Blanc, président du comité d’initiative et candidat à la Municipalité. Maintenant, nous avons repris le leadership sur le sujet. On peut appeler ça du suivisme, pour moi, cela fait partie du jeu politique.» L’UDC ne sera pas seule à soutenir l’initiative. Les Vert’libéraux devraient faire de même. Le PDC, par contre, ne suivra pas.

Les libéraux-radicaux devront récolter 8333 signatures pour faire aboutir leur initiative communale. La récolte de signatures a officiellement commencé hier. Elle durera jusqu’au 3 mai. Le parti ne veut plus que Lausanne soit «la dernière oasis de la mendicité», en faisant allusion aux interdictions qui existent dans les cantons de Neuchâtel, de Genève et de Fribourg, ou la région de la Riviera.

«Nous ne visons pas les personnes qui demandent de l’argent pour aller dormir à la Marmotte, mais bien ceux qui s’adonnent à la mendicité par métier», précise Mathieu Blanc. C’est-à-dire les personnes qui, «notamment par la fréquence, le temps consacré ou le caractère organisé de leur activité, visent à retirer un gain régulier de la mendicité.» Selon Mathieu Blanc, l’interdiction ne vise pas spécifiquement les Roms.

Pour Martine Fiora-Guttmann, conseillère communale membre du comité d’initiative, il ne se passe pas une semaine sans que les commerçants lausannois ne se plaignent des mendiants. «J’en ai un quasi tous les jours sur l’escalier de mon hôtel. Nous essayons de le chasser, mais il revient tous les jours. Les hôtes de nos villes sont étonnés. Ce n’est pas très bon pour le tourisme.»

Julien Magnollay dans 24 Heures

"Coteau Fleuri est juste une solution de secours"

vd pc lausanneHier, 22 requérants ont été déplacés de Nyon à Lausanne. Leur cas révèle les incohérences du régime de l’aide d’urgence.

Smajic Sanel a perdu le peu de moral qui lui restait. Comme ce Bosniaque qui a raconté son parcours dans nos colonnes (24 heures d’hier), 21 autres requérants déboutés ont été déplacés hier matin par l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM). Logés jusqu’ici à Nyon, ils passeront désormais leurs nuits à l’abri de protection civile de l’école de Coteau Fleuri, dans le quartier lausannois des Boveresses.

«Pas une vie»

Dès qu’il a découvert ce nouveau dortoir, Smajic a rendu la clé du casier où il aurait pu ranger ses quelques affaires. «Je ne reste pas. Ici, ce n’est plus une vie», souffle-t-il, abasourdi. A Nyon aussi, il était hébergé dans un abri PCi. Mais là-bas, l’aménagement des lieux lui permettait de préserver une certaine intimité. Et il n’était pas obligé de quitter les lieux au matin pour n’y revenir que le soir.

Alors, à midi, dans la «structure de jour» des Boveresses, Smajic profite encore du repas frugal (un thé, un sandwich mou, une pomme, une barre chocolatée) servi aux requérants à titre d’aide d’urgence. Puis il s’en va, sans dire où il compte dormir ce soir.

Ses 21 compagnons d’infortune resteront à Coteau Fleuri. Mais eux aussi, après avoir parcouru leur nouvel abri, ont protesté contre la dégradation des conditions de leur hébergement.

La situation des «NEM»

Directeur de l’EVAM, Pierre Imhof ne comprend que trop bien. A son arrivée en 2004, il s’était donné pour priorité de renoncer aux abris PCi, mal adaptés à des hébergements qui durent des mois, voire des années. Le dernier de ces lieux avait été fermé la même année. C’était l’abri de Coteau Fleuri, celui-là même que Pierre Imhof doit utiliser une nouvelle fois aujourd’hui.

«On n’a pas d’autre choix», explique le patron de l’EVAM. Après un pic, en 2008, le nombre des requérants d’asile arrivant dans le canton de Vaud s’est stabilisé. Tous statuts confondus, ils sont aujourd’hui près de 4500. Le problème, pour l’EVAM, c’est que lorsque leur demande d’asile se solde par une «non-entrée en matière» (NEM), beaucoup restent en Suisse. Etant en «situation irrégulière», ils n’ont droit qu’à une aide d’urgence, conformément aux règles imposées par la Confédération en 2008.

Neuf cents requérants déboutés sont actuellement assistés par l’EVAM. Ce sont les «papiers blancs», comme ils se désignent eux-mêmes en extirpant d’une poche le dérisoire formulaire qu’ils doivent obtenir du Service cantonal de la population pour être pris en charge par l’EVAM.

Conséquence inévitable, les structures d’accueil de l’EVAM sont saturées. Rares, très rares sont les communes qui acceptent de contribuer à la résolution du problème. Par rapport au reste du canton, la ville de Lausanne fait déjà plus que sa part. Elle a néanmoins accepté de remettre à disposition les locaux de Coteau Fleuri, où 50 «NEM» au maximum trouveront un lit.

Paradoxes de l’urgence

Pierre Imhof n’a pas changé d’idée depuis 2004: «C’est une solution de secours.» Elle ne servira d’ailleurs que pour l’hébergement de célibataires. Si le directeur de l’EVAM n’y recourt qu’à contrecœur, c’est aussi pour des raisons économiques: «Paradoxalement, le système de l’assistance d’urgence coûte beaucoup plus cher que les autres formules d’hébergement.»

Pierre Imhof s’explique: «Nous ne devons fournir à ces migrants rien de plus qu’une aide matérielle.» Un lit, les repas, des soins si nécessaires. Mais jamais d’argent. Ce dispositif implique un encadrement onéreux. Exemple: un requérant en cours de procédure touche 8 francs par jour pour ses repas, tandis que les trois repas que l’EVAM sert aux NEM coûtent en moyenne 25 francs.

«Nos charges se réduiraient aussi si nous pouvions construire pour disposer de locaux adaptés à nos besoins», poursuit Pierre Imhof. Mais les oppositions sur le plan communal rendent tout projet immobilier des plus incertains.

Autant dire que, hier, dans l’atmosphère confinée de l’abri de Coteau Fleuri, les 22 requérants et la direction de l’EVAM n’étaient pas loin de partager les mêmes états d’âme.

Daniel Audétat dans 24 Heures


vd requérants aide projet vie

La SSR renonce à règlementer le port du voile face à la rareté des cas

Il n’y aura pas de directive nationale sur le port de signes religieux pour les journalistes. Mais en Suisse romande, la RTS a dû trancher.

Un média de service public peut-il compter dans ses rangs une journaliste portant un foulard islamique? Confrontée à ce dilemme, la Radio Télévision Suisse (RTS) – Radio et Télévision suisse romande – doit désormais se débrouiller seule. Car à Berne, malgré ses promesses, la SSR renonce finalement à trancher dans ce délicat dossier qui suscite le débat. Origine du malaise: la postulation à la Radio suisse romande, en fin d’année dernière, d’une étudiante en journalisme qui porte le hijab ( 24 heures des 6-7 janvier ).

Dimanche dernier, Roger de Weck, le nouveau directeur général de la SSR, a ainsi annoncé à la NZZ am Sonntag qu’aucun règlement ne serait élaboré au niveau national: «Une directive est complètement inutile aussi longtemps que, sur 6100 employés, il y a un cas à résoudre toutes les années bissextiles. Tant que l’on a affaire à de rares cas isolés, c’est aux supérieurs qu’il appartient de décider, en s’appuyant sur le sens commun et en considérant les intérêts de l’entreprise et du service public.» Et Roger de Weck de conclure: «Il y a suffisamment de règles à la SSR, pour ne pas dire trop.»

Cette prise de position est aux antipodes des promesses faites par la SSR, en janvier, d’élaborer des «directives claires» sur le port de signes religieux dans les médias de service public du pays. Une prise de position était attendue d’ici au printemps, promettait-on.

La direction de la RTS n’a donc pas eu d’autre choix que de trancher par elle-même. Verdict? Les journalistes amenés à exercer leur métier sur le terrain, lors d’interviews, de conférences de presse ou d’apparition à l’écran, devront s’abstenir d’afficher des signes d’appartenance ostentatoire. Mais la religion n’est pas seule touchée: «Cela concerne aussi bien le port d’un foulard islamique que l’expression d’un symbole politique ostentatoire ou d’appartenance à une association», explique Manon Romerio, directrice de la communication à la RTS. Qui conclut: «Le ou la journaliste est tenu de présenter une apparence d’impartialité à son interlocuteur et au public.» Cette pratique, qui relevait jusqu’ici d’une règle non écrite dans la profession, sera désormais «précisée si besoin par les rédactions en chef concernées».

Quant à l’aspirante journaliste voilée, elle a pour l’heure reçu une réponse négative à l’une de ses deux postulations à la Radio suisse romande. «Elle ne correspondait pas aux critères de base» (en termes de formation), note la RTS. Pour la deuxième, la sélection est encore en cours.

Martine Clerc dans 24 Heures


ssr port voile

jeudi 3 février 2011

Quatre ONG demandent une réforme de l'aide d'urgence

Berne Quatre ONG actives dans le domaine de l'asile en Suisse montent au créneau pour demander une réforme de l'aide d'urgence. Les quelque 5800 requérants déboutés soumis à ce régime doivent vivre avec une somme variant entre 4,30 et 12 francs par jour, dénoncent-elles.

"Notre campagne vise à sensibiliser le public et le monde politique à la situation précaire et indigne dans laquelle vivent les personnes soumises à l'aide d'urgence", expliquent jeudi Amnesty International (AI), l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), l'Observatoire du droit d'asile et des étrangers (ODAE) et Solidarités sans frontières. L'opération prendra fin en juin 2011 avec la remise d'une pétition à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

En excluant de l'assistance sociale les requérants auxquels on refuse l'asile, le régime d'aide d'urgence visait à décourager les nouvelles demandes et à faire partir les personnes déboutées, ajoutent les organisations. Or "l'effet dissuasif du système n'est absolument pas démontré, puisque seules 12 à 17% des personnes à l'aide d'urgence quittent la Suisse de façon contrôlée".

Pour l'Office des migrations, vu que seulement 15% des personnes à l'aide d'urgence la perçoivent encore après une année, c'est que la majorité d'entre elles ont quitté la Suisse, expliquent les ONG. Mais "c'est une illusion de croire que tout ceux qui sont sortis de l'aide d'urgence ont également quitté la Suisse", répond Susanne Bolz, responsable du service juridique de l'OSAR.

Les quatre ONG s'inquiètent surtout du non-respect de droits fondamentaux dans le régime de l'aide d'urgence. Les faibles sommes allouées ne permettent pas de "vivre dignement", dénonce par exemple Claudia Dubacher, secrétaire générale de l'ODAE.

L'accès aux soins médicaux aussi est problématique. En effet, il arrive que les demandes de traitements ne soient pas examinées par du personnel médical, mais par des employés des centres d'urgence. Enfin, les enfants concernés par ce système n'ont pas forcément la possibilité de suivre une scolarité normale.

ATS

Des mamans s’inquiètent de l’arrivée de requérants

L’hébergement de migrants en phase de renvoi à côté d’une école suscite des protestations.

De l’esplanade qui prolonge le complexe scolaire de Coteau Fleuri, sur les hauteurs du quartier lausannois des Boveresses, la vue embrasse les Alpes. Les 50 requérants d’asile déboutés qui seront hébergés dès aujourd’hui dans l’abri de protection civile de l’école ne pourront pas en profiter. Responsable du secteur lausannois de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), Pascal Rochat prépare les pancartes qui dissuaderont ses pensionnaires d’accéder au préau de l’établissement, où quelque 400 enfants sont scolarisés.

Cette interdiction n’a pas suffi à rassurer la quinzaine de mamans du quartier qui, hier en début de soirée, ont manifesté devant l’abri. La mobilisation a commencé il y a une semaine, à l’initiative de Maria Gonzalez. «J’ai découvert il y a dix jours sur le Teletext que 50 requérants d’asile célibataires seront logés ici.»

Maria Gonzalez n’en a su davantage que lundi, lorsque ses enfants lui ont remis une circulaire distribuée en classe. Elle avait été rédigée par la direction de l’école en concertation avec l’EVAM. Tous en attente de renvoi, les requérants placés à Coteau Fleuri ne recevront qu’une assistance d’urgence. Ils ne passeront que la nuit dans l’abri, qui sera surveillé par deux agents de sécurité et un intendant. Ils obtiendront leurs repas dans une maison du quartier, où ils pourront passer la journée en présence d’assistants sociaux.

Pétition lancée

Les mamans des Boveresses restent inquiètent. Elles ont lancé une pétition. Avec une exigence, que résume Maria Gonzalez: «Les migrants de l’abri de Coteau Fleuri doivent être déplacés dans un lieu éloigné de toute école.»

Directeur de l’EVAM, Pierre Imhof a profité de la manifestation pour nouer le dialogue avec les mamans. Mais pas question de renoncer à ce nouveau lieu d’hébergement: «Nous en avons bien trop besoin.»

Le nombre des requérants en instance de renvoi ne cesse d’augmenter. Ils sont désormais près de 900 dans le canton, dont une bonne partie de célibataires. Depuis 2008, ils n’ont plus droit qu’à une aide d’urgence.

«Mesures suffisantes»

Les structures débordent. En décembre déjà, la Municipalité de Lausanne a accepté que 50 d’entre eux soient hébergés dans l’abri des Boveresses. Directeur de l’établissement primaire de la Sallaz, dont relève Coteau Fleuri, Michel Rosselet était hier soir des plus sereins: «Les mesures de sécurité nous semblent largement suffisantes.»

Après avoir bu un café avec Pierre Imhof à l’issue de leur manifestation, les mamans ont accepté de participer à un groupe de contact.

Daniel Audétat dans 24 Heures


local loin école


A la rencontre des trois pensionnaires de Coteau Fleuri

coteau fleuri requérants

L'aide d'urgence: une voie sans issue

Quatre organisations actives dans le domaine de l’asile, Amnesty International, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, l’Observatoire du droit d’asile et des étrangers et Solidarités sans frontières lancent le 3 février 2011 une campagne nationale pour demander une profonde réflexion sur le régime de l’aide d’urgence auquel sont soumis près de 5'800 requérants déboutés de l’asile.

centre aide urgence zurich

Le régime de l’aide d’urgence entraîne, selon les quatre organisations, un isolement social extrême, de nombreuses tracasseries administratives et une précarisation qui empêche les personnes qui y sont soumises de vivre dans la dignité. Les conditions sont particulièrement pénibles à vivre pour les personnes les plus vulnérables telles que les personnes âgées, les personnes traumatisées, les femmes enceintes ou seules avec un enfant ou encore les mineurs non-accompagnés. L’effet dissuasif de ce système n’est d’ailleurs absolument pas démontré, puisque seuls 12 à 17% des personnes à l’aide d’urgence quittent la Suisse de façon contrôlée.

«Notre campagne vise à sensibiliser le public et le monde politique à la situation extrêmement précaire et indigne dans laquelle vivent les personnes soumises au régime de l’aide d’urgence», a déclaré Claudia Dubacher, Secrétaire générale de l’Observatoire suisse du droit d’asile et des étrangers. «Il faut que la population suisse se rende compte de ce que représente le fait de vivre avec une somme variant entre 4.30 et 12 francs par jour ou son équivalent en bons d’achats. C’est tout bonnement impossible de vivre dignement dans de telles conditions.»

Les quatre organisations réclament une profonde réflexion sur le système de l’aide d’urgence qui doit absolument prendre mieux en compte la situation des personnes vulnérables. Les droits fondamentaux doivent être respectés, notamment le droit à l’éducation et celui de vivre dans la dignité qui est régulièrement bafoué pour les personnes à l’aide d’urgence. Les quatre organisations vont interpeller les autorités fédérales et cantonales en ce sens au cours des prochaines semaines.

«Le régime de l’aide d’urgence est mis en œuvre de manière très diverse selon les cantons et des inégalités tout à fait arbitraires sont ainsi créées», a affirmé Susanne Bolz, cheffe du service juridique de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés. «Ceci ressort clairement d’une étude que nous venons d’actualiser.» Dans certains cantons, il n’est que très peu tenu compte de la vulnérabilité particulière de certaines personnes, comme les familles avec des enfants en bas âge, les femmes seules ou enceintes et les personnes âgées. Les cantons n’utilisent pas assez la marge de manœuvre dont ils disposent et ne tiennent que trop peu compte des situations individuelles.

Qazem Alizada, membre de l’association Bleiberecht à Berne a vécu deux ans sous le régime de l’aide d’urgence et supporté quotidiennement le manque de dignité. «En tant que représentant de Solidarité sans frontières, il est très important pour moi de donner une voix à ceux et celles qui vivent aujourd’hui cette situation. Le plus pénible avec l’aide d’urgence est le découragement permanent, lié au fait que l’on n’existe plus sur le papier. Il est impossible dans ces conditions de se déplacer, nous sommes prisonniers et vivons sans cesse dans la peur de la prison même si nous n’avons commis aucun délit.»

L’exclusion de l’assistance sociale se voulait une mesure dissuasive pour faire baisser le nombre de demandes d’asile et celui des procédures extraordinaires, et surtout pour que les personnes déboutées de l’asile quittent notre pays. L’Office des migrations affirme que puisque seuls 15% des personnes à l’aide d’urgence la perçoivent encore après une année, la majorité d’entre elles aurait quitté la Suisse. Mais seuls 12 à 17% des personnes à l’aide d’urgence ont quitté la Suisse de manière contrôlée, ce qui démontre que l’exclusion de l’aide sociale n’a pas eu l’effet dissuasif escompté.

«Le régime de l’aide d’urgence avait dès le départ pour objectif de faire disparaitre les gens des statistiques, c’est là aujourd’hui son unique succès » à déclaré Susanne Bolz. «C’est une illusion de croire que tout ceux qui sont sortis de l’aide d’urgence ont également quitté la Suisse. Le système n’incite pas les gens à partir volontairement et crée au contraire des conditions humainement insupportables notamment parce que ce sont les personnes particulièrement vulnérables qui y restent soumises à long terme.»

Quatre cantons, les Grisons, Zurich, Berne et Vaud seront plus particulièrement ciblés , à titre d’exemple, par la campagne au cours des prochaines semaines. Ce choix ne signifie aucunement que la situation ne pose aucun problème dans les autres cantons.

Informations générales:

Depuis le 1er avril 2004, les requérants d’asile frappés d’une décision de non-entrée en matière sont exclus de l’aide sociale. Depuis le 1er janvier 2008, l’exclusion concerne également tous ceux qui ont reçu une décision d’asile négative définitive.  5800 personnes en moyenne étaient soumises au régime de l’aide d’urgence que leur garantit la Constitution fédérale.

L’aide d’urgence comprend en théorie l’hébergement dans un logement simple, le plus souvent collectif, la remise de produits alimentaires et d’articles d’hygiène, les soins médicaux urgents et d’éventuelles autres prestations indispensables.

Amnesty International

Un requérant d'asile accuse un gendarme de vol et d'abus d'autorité

Les faits remontent au 1er février 2007. Une patrouille débarque dans un foyer de requérants d’asile. Elle entre dans une chambre où les habitants sont soupçonnés de trafic de stupéfiants. Elle y trouve de l’argent: 1000 francs. L’un des gendarmes saisit 600 francs parce que C., Guinéen, n’a pas payé une ancienne amende. Le policier établit une quittance.

Il saisit encore 250 francs, une avance sur les contraventions futures (une pratique courante, semble-t-il, à l’époque au sein de la police). Il établit également une quittance, antidatée celle-ci. Restent 150 francs. Que sont-ils devenus? C. affirme que le gendarme les a volés. Le gendarme répond qu’il les a replacés sur le frigo. Depuis deux ans, C., par l’intermédiaire de son avocat, Me Jean-Pierre Garbade, demande l’inculpation du policier pour vol et abus d’autorité. Silence du côté du juge d’instruction chargé de l’enquête. C’est contre cette absence de décision et ce silence interprétés comme un refus d’inculper que Me Garbade a fait recours hier.

Il signale que le gendarme en question est, dans la même procédure, poursuivi pour faux (il aurait notamment falsifié la signature d’un requérant d’asile sur un procès-verbal d’audition). L’avocat évoque d’autres abus au sein de la police: des disparitions de portables, de drogue, d’argent. Il déplore le fait qu’«on laisse faire et qu’on n’inculpe pas». A ses yeux «il ne faut pas soustraire ces abus» au débat judiciaire. Et dans le cas de son client, il demande non seulement l’ouverture d’une enquête contre le gendarme mis en cause mais la récusation du procureur Graber et du procureur général Zappelli chargés de ce dossier. Il doute de leur impartialité.

De l’autre côté de la barre, Me Olivier Jornot, avocat du policier, rappelle que les trafiquants de stupéfiants n’aiment pas trop les gendarmes, ni leurs chiens, ni le fait qu’on leur saisisse des mobiles ou de l’argent. Or, ce 1er février 2007, son client n’a fait que son travail dans ce foyer de requérants d’asile. Il avait le droit d’encaisser des contraventions. Il a d’ailleurs remis tout l’argent à la caisse du poste de police le jour même.

Et il n’a pas volé les 150 francs restants. La phrase que C. lui attribue: «Je les prends pour mes frais et ceux de mon chien!» est totalement fantaisiste. Il n’aurait jamais prononcé des mots pareils devant deux autres gendarmes qu’il ne connaissait pas. Pour l’avocat, le juge, aujourd’hui procureur, a eu bien raison de ne pas inculper son client.

La Chambre pénale de recours rendra sa décision ultérieurement.

Catherine Focas dans la Tribune de Genève

mercredi 2 février 2011

Dans le quotidien des demandeurs d'asile

Dans les centres d'accueil européens, les demandeurs d'asile vivent dans la précarité, la promiscuité et l'incertitude du lendemain. Chacun s'organise à sa manière en attendant d'être autorisé à rester ou pas, le plus souvent… Reportage en Allemagne.
Les nuits se suivent et se ressemblent dans les centres pour demandeurs d’asile en Europe. Ici en Allemagne, dans les chambres, les pensionnaires dorment sur des lits en fer à étage. L’administration les rassemble généralement par groupes de six ou huit en fonction de leurs nationalités, couleur de peau, régions d'origine ou religions. Certaines chambres regroupent exclusivement des Gambiens, des Nigérians, des Somaliens, des Afghans, des Irakiens… Elles se transforment dès lors assez souvent en ‘villages’, où presque tous les occupants parlent le même dialecte ou la même langue.

Le partage est ici une règle d’or. Il n'est pas rare que les occupants d’un même couloir se prêtent un accessoire de cuisine. Quant aux mégots de cigarette et aux briquets, ils passent d’une main à l’autre. Mais tout n'est pas gratuit, loin de là… Fauchés, les demandeurs vendent tout ce qu'ils possèdent pour s'acheter des cigarettes ou avoir de quoi cuisiner. Certains vont de chambre en chambre proposer des vêtements à 1 euro, des portables de grandes marques à 20 euros ou des montres à des prix parfois symboliques.

Les candidats à l'asile reçoivent 40 euros par mois de l’administration pour renouveler leurs accessoires de toilette et téléphoner à leurs familles. Ils en font généralement un tout autre usage… Les 72 heures qui suivent les jours de ‘paie’, la bière achetée en ville coule à flot dans les chambres et des bagarres éclatent quelquefois, nécessitant l’intervention de la police. ‘Ici, c'est un No man's land. Chacun pense qu'il peut faire ce qu'il veut !’, estime un Somalien. Un Gambien ajoute : ‘Avant mon départ, on m'avait dit que j'aurais ici une chambre pour moi tout seul et environ 400 euros le mois. J'avais prévu d'envoyer la moitié de cet argent au pays. Mes 40 euros ne me permettent même pas de fumer à volonté…’

La promiscuité est parfois pesante. Les bruits incessants dans les couloirs perturbent le sommeil et la tranquillité. Malgré l'interdiction, des demandeurs y jouent au ballon, font de la musique, dansent et rient jusque tard dans la nuit. ‘C'est notre seul moyen de rester connecté au pays et d'éviter le stress. Que pourrions-nous bien faire d'autre ici en attendant que notre situation soit examinée par les autorités ?’, justifie un jeune Algérien.

En mal de nouvelles du pays, les demandeurs fréquentent régulièrement les cybercafés de la ville. Il n’est pas rare d'entendre certains, qui, seuls dans leurs lits, se lamentent sur la réalité de la vie en Europe. ‘Si j'avais su, je n'aurais jamais quitté mon pays !, crie un Nigérian. J'ai dû emprunter de l'argent pour le voyage, croyant trouver ici du travail à tous les coins de rue. Et me voilà coincé, sans papiers’. Certains demandeurs ont marché dans le désert, traversé la Méditerranée dans des pirogues artisanales et transité par de nombreux pays avant d'entrer en Europe.

Le récit qu'ils doivent faire aux autorités pour justifier leur présence et obtenir le statut de réfugié et un titre de séjour en embarrasse plus d’un. ‘Nous devons, à chaque fois, apporter des preuves et nous n'en avons pas’, s’inquiète un Somalien. Un point sur lequel s’appuient souvent les autorités pour rejeter la plupart des demandes. ‘Des gens arrivent, se présentent comme originaire de tel ou tel pays, mais n'ont aucune pièce pour justifier cette nationalité. Ils vous racontent des histoires abracadabrantes et rocambolesques sur les motifs de leur départ sans être en mesure d'en apporter la moindre preuve’, explique, sous anonymat, un fonctionnaire d'un centre d’accueil allemand pour demandeurs d’asile.

Après quelques semaines en centre d'accueil, les demandeurs sont généralement affectés dans un camp où ils guettent la décision finale. En attendant le droit de séjourner ou non, certains courent après les Européennes, espérant un hypothétique mariage ou devenir parent d'un enfant, ce qui, croient-ils, leur donnera plus de chances de rester. Une ultime tentative, le plus souvent vaine…

Oumarou Doukali, Syfia, pour WalFadjri

Le village belge va accueillir 400 demandeurs d'asile

«Le tourisme est notre ressource première. C’est l’activité économique principale. Professionnels et villageois craignent évidemment qu’en terme d’image, Herbeumont paie le prix fort», explique la bourgmestre.

«Nous allons donc dresser un état des lieux des réservations (hôtels, gîtes, campings) à cette même date en 2010 et comparer avec 2011. Nous ferons également un bilan à la fin de la saison. S’il s’avère que nous avons pâti de l’installation du centre, évidemment, nous demanderons des aides compensatoires. Ce n’est pas gagné : rien n’est prévu dans la loi. Mais s’il le faut, nous nous battrons » a déjà prévenu Catherine Mathelin.

La sécurité
Il n’y a qu’une policière municipale «de proximité» à Herbeumont. Ce sont donc les policiers et forces de l’ordre des villes voisines (Bouillon, Florenville, Bertrix…) qui seront amenées à intervenir en cas de problème. «Moi qui avais l’habitude de ne pas fermer à clef, je sais ce qui me reste à faire», soupire une commerçante. «Ce ne sont pas délinquants» plaide l’élue. "Certes. Mais que vont-ils faire de leurs journées ? N’y aura-t-il pas des problèmes entre familles de nationalités différentes ? Et s’il y a des frictions avec des gens d’ici ?" s’inquiète la patronne d’un café. Un de ses clients enchaîne : «S’ils s’énervent dès qu’on les regarde de travers comme c’est déjà arrivé ailleurs !» Un autre client évoque lui le risque de voir certains «travailler au noir pour des salaires de misère». Un dernier évoque la proximité de la France (on est ici à 20 km de Sedan) : «Je suis certain que certains n’auront qu’une envie : c’est de passer la frontière et de filer vers le tunnel sous la Manche.» Dans ce café, la même phrase revient sans cesse : «On n’est pas racistes. Mais 400 dans un village de 500 habitants, c’est de la folie.»

L’emploi
C’est le personnel du centre Eurovillage qui assurera la restauration et l’entretien (9 employés).Par ailleurs, la Croix-Rouge va embaucher une vingtaine de personnes (notamment des travailleurs sociaux à même d’accompagner les demandeurs d’asile dans leurs démarches, et les encadrer au quotidien – cours de langue, informatique, etc.

Qui ?
Ces 400 demandeurs d’asile représentent environ 40 nationalités (Europe de l’est, Balkans, Afrique).  Il y a de personnes seules et des familles. Les enfants seront scolarisés sur place (dans le centre même) et les plus de 12 ans accueillis dans des collèges à Bertrix et Florenville.
On recense 20.000 demandeurs d’asile en Belgique.

Comment ?
Ce centre d’accueil est prévu pour fonctionner un an. «Mais j’ai des doutes : le délai d’instruction des demandes d’asile est en Belgique de 12 à 15 mois en moyenne», nuance la bourgmestre. En pratique, la question des «sans papiers» et des «demandeurs d’asile» est gérée par le gouvernement fédéral (un dossier réparti entre plusieurs ministères). La gestion des centres est déléguée à la Croix-Rouge.

Eurovillage
Composé d’un bâtiment principal abritant des chambres de type hôtelier et des services communs, ainsi que de plusieurs dizaines de bungalows (en fait, des petits chalets recouverts d’ardoise), Eurovillage a été construit il y a une bonne vingtaine d’années sur les hauteurs du village (à 1,5 km du centre). Il est géré par une société privée (à capitaux flamands). Sa capacité théorique est de 270 places. Ces derniers jours, des lits ont été ajoutés dans les bungalows pour atteindre les 400 places. «Pour les dirigeants d’Eurovillage, c’est tout bénéfice. L’Etat paie rubis sur l’ongle, et le taux de remplissage sera de 100 % !» commente un hôtelier situé dans le cœur du village. Mais cette formule est au final moins coûteuse pour le gouvernement (par rapport à des hôtels «classiques»).

L'Union Champagne/Ardenne/Picardie