mardi 25 janvier 2011

Des passagers d'un avion filment et contestent l'expulsion brutale d'un étranger

Le 20 janvier à Roissy, un homme de nationalité malienne doit être expulsé. Monté de force dans un avion de ligne d’Air France, l’homme se débat et crie. Des passagers protestent, d’autres filment la scène… Résultat : deux escouades de la police aux frontières (Paf) débarquent et interpellent quatorze voyageurs, onze d’entre eux finissent en garde à vue et sont désormais passibles de poursuites judiciaires. En exclusivité, les Inrocks se sont procuré trois vidéos de la scène.

l est environ 16h, jeudi dernier à Roissy. Les passagers du vol AF 3096 à destination de Bamako ont quasiment tous embarqué. Muni d’un fin brassard orange, un fonctionnaire de l’Unité nationale d’escorte, de soutien et d’intervention (Unesi) de la police aux frontières (Paf) passe alors dans les rangs des voyageurs. Dans ses mains, des tracts qu’il distribue aux passagers en guise d’avertissement. S’ensuit un petit laïus quelque peu différent de celui habituellement récité par les hôtesses de l’air.

"Un expulsé va entrer dans l’avion, il risque de crier pendant cinq minutes mais tout ira bien après. Ne faites rien, car vous encourez l’expulsion de l’avion (et des sanctions pénales précisées dans le tract)."

Quelques minutes passent. Tout à coup, la porte arrière gauche de l’appareil s’ouvre. Entourée de trois autres policiers, une personne de nationalité malienne arrive en hurlant. "Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Laissez-moi descendre !" Un quatrième agent de la Paf filme la scène sans interruption. Cette disposition est devenue obligatoire depuis la mort successive –dans des conditions similaires– de deux expulsés en décembre 2002 et janvier 2003.

"Good afternoon ladies and gentlemen…"

Tandis que le commandant de bord entame un "Good afternoon ladies and gentlemen…", les policiers attachent l’homme qui se débat de toutes ses forces sous le regard médusés des voyageurs. Certains sortent leurs téléphones portables ou appareils photos et commencent à filmer la scène. Un steward puis l’un des agents de la Paf leur affirment que c’est interdit. Peine perdue.


Un passager d'un vol Air France filme une expulsion 1/3
envoyé par lesinrocks. - L'info internationale vidéo.


Expulsion (2) : arrivée dans l'avion suite
envoyé par lesinrocks. - L'actualité du moment en vidéo.


Expulsion (3) : des passagers se lèvent et protestent
envoyé par lesinrocks. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

A-t-on le droit de filmer ce genre de scène dans un avion ? Comme le rappelle un article de Slate, filmer des policiers dans l’exercice de leurs fonctions –à quelques exceptions près– n’est pas interdit.

Un membre de la Paf de Roissy nous a assuré que filmer dans un avion sans l’autorisation du commandant de bord était prohibé. Une chargée de communication d’Air France nuance, pour ne pas dire dément, cette affirmation.

"Si nous refusons les demandes de vidéos dans le cadre de tournages, nous n’intervenons pas dès lors que c’est l’œuvre de privés (passagers lambdas). Et même en cas de diffusion, la politique de la maison est claire : nous nous abstenons de porter un jugement."

Seul maître à bord, le commandant peut en revanche demander l’interdiction de filmer s’il estime que cela peut nuire à la sécurité du vol. D’après les passagers interrogés par les Inrocks, il ne l’a pas fait.

Quelques passagers debout

Comme si l’annonce initiale du policier devait se changer en prophétie, quelques passagers se lèvent, notamment un groupe composé d’une dizaine d’Allemands.

L’ambiance est tendue, le personnel naviguant ne parvient même pas à compter les passagers. "Qu’a fait cet homme ?", demande un voyageur. On lui répond : "C’est un criminel"

Une source policière jointe hier semble contredire ce propos. L’expulsé serait sous le coup d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) de la préfecture de Haute-Garonne. Comprendre : une décision administrative et non judiciaire.

Un à un, les Allemands sont évacués

Alors que certains passagers sont toujours debout, l’avion commence à rouler sur le tarmac. Quelques instants plus tard, le commandant de bord décide d’immobiliser l’avion. Vers 17h, toujours par la porte arrière de l’avion, ce sont cette fois deux groupes de cinq policiers qui entrent avec des casques et des boucliers, chacun une main posée sur l’épaule du collègue de devant. Un passager décrit la scène :

"Au début, un tel déploiement de policiers surarmés a fait rigoler tout le monde. Puis, un par un, les membres du groupe d’Allemands sont évacués. Ensuite, l’un des policiers en civil désigne trois autres personnes qui ont filmé la scène, elles sont également débarquées."

Bilan : quatorze personnes interpellées, dont onze placées en garde à vue jusqu’à 22h. Un policier, en contact avec des collègues de la Paf de Roissy indique les motifs juridiques des interpellations de ces "passagers qui –selon eux– étaient agressifs et outrageants" : entrave à la circulation aérienne, outrage et rébellion.

"La vidéo réalisée par les policiers est désormais sous scellés, entre les mains du procureur du tribunal de grande instance de Bobigny en charge de l’affaire. C’est à lui de décider des poursuites à engager."

Le seul membre du parquet de Bobigny qui a accepté de s’exprimer –anonymement– a précisé que ce genre de cas était rare. Selon lui, si les expulsions sont monnaie courante, "dans la majorité des cas, les passagers n’interviennent pas".

Geoffrey Le Guilcher dans les Inrocks


Sur Rue89, des Maliens réagissent aux images de leur compatriote expulsé par la France: "C'est humiliant !" (26 / 01 / 2011)

Günter Wallraff expérimente le racisme au quotidien

Dans Noir sur blanc, le journaliste Günter Wallraff, déguisé en Somalien, éprouve la xénophobie des Allemands. Un documentaire édifiant à découvrir sur Arte.

Le Noir est un individu de race humaine et de taille agréée par les plus hautes autorités sanitaires, auquel le Blanc rechigne à louer une place de camping. Normal : le Noir ne se déplace qu'en tribu avec des sacs bourrés de tam-tam, pour faire des ribouldingues infernales. Et de chèvres vivantes pour ripailler au petit déj'. Que des embarras tout ça. Alors qu'il serait si bien dans une case. En Afrique. 

C'est ce qui ressort de Noir sur blanc, le documentaire choc de Pagonis Pagonakis et Susanne Jäger. Le journaliste blanc Günter Wallraff s'y est grimé en Somalien, peinture noire et perruque crépue, et a écumé l'Allemagne pendant un an. En caméra cachée. Pour dresser un état des lieux du racisme dans son pays. Il est accablant. Effarant. Entre humiliations, insultes et coups. "Dans un train, entouré de 600 fans de foot ivres morts, j'ai cru mourir, se souvient Wallraff. C'est une policière qui m'a sauvé. Mais il n'y a qu'en me déguisant en Noir que je peux comprendre ce qu'il subit. Mon but est de dénoncer une certaine réalité et de faire changer les choses." 

Outre-Rhin, lors de sa sortie en salles, en 2009, Noir sur blanc a fait scandale. Xénophobes, les Allemands ? Allons donc. Et puis tourner ça en douce... "C'est la polémique habituelle, mais, en caméra ouverte, Wallraff n'aurait jamais obtenu ces réactions. Pour ce sujet, sa méthode d'investigation est justifiée", estime le producteur Hervé Chabalier. Qui en connaît un rayon sur la question : il s'est fait allumer comme un réverbère dès la première diffusion des Infiltrés, sur France 2. "L'infiltration est parfois la seule manière de révéler la vérité, poursuit-il. Mais elle ne doit pas devenir systématique et il ne faut pas que le journaliste crée une mise en scène. Son rôle est de chercher des dysfonctionnements, pas de les provoquer." 

Au pire, un psychopathe ; au mieux, un loufiat

En l'occurrence, Wallraff n'a qu'à apparaître pour susciter le rejet. Il s'assied sur un banc près de deux vieux, ils se barrent. Il se pose dans une barque, les passagers lui commandent des bières. Le Noir est, au pire, un psychopathe, au mieux, un loufiat. "Rien ne me surprend : c'est ce que les Noirs vivent chaque jour en France, aujourd'hui, commente Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran). Le racisme bestial, comme la xénophobie banale." Lozès avoue quand même avoir serré les poings en regardant Noir sur blanc. Il trouve nécessaire de montrer aussi ce racisme "de petite intensité" que nul ne voit à moins d'être "de l'autre côté de la barrière". Il dit que les politiques ne font aucune proposition constructive pour lutter contre la discrimination et que les Français sont "dans le déni". Et de conclure : "Il faut une prise de conscience. Elle passe aussi par ce genre de film". Après le tournage, Wallraff a eu des cauchemars pendant six mois. Pour les Noirs, le cauchemar ne cesse jamais. 

Sandra Benedetti dans l'Express

Demandeurs d'asile: l'UE contrainte de revoir ses règles

Finlande, Danemark, Allemagne : les uns après les autres, les Etats européens suspendent les renvois de réfugiés vers la Grèce à la suite d'une décision de justice qui contraint l'UE à reconsidérer ses règles en matière de traitement des demandes d'asile.

La Cour européenne des droits de l'homme a fait souffler un vent de panique en condamnant vendredi la Belgique à verser 20.000 euros à titre de dédommagement à un demandeur d'asile afghan renvoyé en Grèce conformément à une règlementation de l'Union européenne, dite "Dublin II" : celle-ci prévoit que toute demande d'asile soit examinée dans le premier pays d'accueil dans l'Union européenne. La Cour a fondé sa décision sur le fait que les demandeurs d'asile sont systématiquement placés en détention en Grèce et sont souvent brutalisés par la police. En outre, très peu de demandes aboutissent. La décision fait désormais jurisprudence et tous les demandeurs d'asile renvoyés en Grèce par d'autres pays européens en vertu de la règlementation sont pratiquement assurés d'avoir gain de cause s'ils saisissent la justice.

En ordre dispersé, les Etats de l'UE décident en conséquence de traiter les demandes incombant normalement à la Grèce. "Les gouvernements ont la trouille, car des milliers de plaintes pourraient être déposées", a commenté lundi un responsable européen sous couvert de l'anonymat. Après le Danemark dimanche, la Finlande a renoncé lundi à renvoyer les demandeurs d'asile arrivés sur son territoire via la Grèce. La Suède avait pris les devants en novembre 2010. L'Allemagne avait suivi, en décidant de suspendre les renvois pendant un an. L'Autriche a pour sa part vu sa marge de manoeuvre en matière de renvois limitée par la Cour Constitutionnelle. "Beaucoup d'autres pays devraient suivre", a prédit le responsable européen.

La Grèce se frotte les mains d'être ainsi soulagée. La secrétaire d'Etat chargée de l'Immigration, Anna Dalaras, a salué lundi l'"approche positive" des partenaires européens sur "la question de la levée de Dublin II". Avec des dizaines de milliers d'Afghans ou d'Irakiens entrés ces dernières années par la Turquie voisine, le pays s'estime exposé à une charge disproportionnée en matière d'asile et veut remettre en cause la règle actuelle.

La Commission européenne voit ce mouvement conforter aussi sa position. Depuis des mois, elle propose en effet aux gouvernements de réviser les accords de Dublin, mais se heurte au refus de la majorité des Etats, conduits par l'Allemagne et la France. "La Commission a proposé un mécanisme d'urgence" permettant de suspendre les renvois de demandeurs d'asile dans le pays où ils sont entrés dans l'UE lorsque ce pays est confronté à des difficultés, notamment des afflux massifs, a estimé Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée du dossier.

Selon l'Agence européenne de surveillance des frontières extérieures (Frontex), plus des trois quarts des 40.977 personnes interceptées au cours du premier semestre 2010 sont entrées via la Grèce en provenance de Turquie. Le refus de toute dérogation à la règle du traitement des demandes dans le premier pays de passage bloque aussi depuis un an l'ambitieux projet de doter l'UE d'un régime commun pour le droit d'asile à l'horizon 2012. "On va voir ce que les Etats vont décider. Maintenant ils ne peuvent plus s'en laver les mains en renvoyant les demandeurs arrivés par la Grèce", a souligné le responsable européen.

L'UE a enregistré près de 250.000 demandes d'asile entre juillet 2009 et septembre 2010. Plus de la moitié -183.000- ont été déposées dans six pays : Allemagne, France, Suède, Belgique, Royaume-Uni et Pays-Bas.

Christian Spillman, Bruxelles, AFP

La "Norvégienne de l'année" non grata en Norvège

Une jeune demandeuse d'asile russe, désignée "Norvégienne de l'année" après avoir écrit un livre sur sa vie de sans-papiers, a été expulsée de Norvège lundi, à l'issue d'une saga qui a tiraillé le gouvernement et ému l'opinion publique pendant deux semaines.

Agée de 25 ans, Maria Amelie, le pseudonyme sous lequel elle a écrit son ouvrage "Norvégienne illégale", vivait en situation irrégulière en Norvège depuis que sa famille originaire d'Ossétie du Nord avait été définitivement déboutée de sa demande d'asile en 2004. Elle a été arrêtée lundi matin quand elle s'est présentée à un commissariat d'Oslo conformément à ses obligations imposées par son régime de contrôle judiciaire. "Je suis fatiguée et j'ai peur", a dit la jeune femme brune en descendant de voiture, munie d'une petite valise rouge, à la cohorte de journalistes qui l'attendaient. Arrêtée sans opposer de résistance, Maria Amelie a été placée dans un vol Aeroflot pour Moscou, accompagnée de son petit ami norvégien.

Madina Salamova --son vrai nom-- avait été désignée "Norvégienne de l'année" en décembre par l'hebdomadaire Ny Tid. Le jury estimait qu'elle avait "donné un visage à ceux qui n'en ont pas" en acceptant de mettre sa situation en péril avec la parution de son ouvrage censé sensibiliser les lecteurs aux conditions des sans papiers.

Arrivée en 2002 en tant que mineure en Norvège où elle a passé plus d'un tiers de son existence, Maria Amelie est considérée comme un exemple d'intégration réussie --elle a décroché un master sous une fausse identité-- même si elle était contrainte de vivre dans la clandestinité. "La plupart des gens pensent que je suis norvégienne. Je parle norvégien, je pense norvégien et je rêve en norvégien", a-t-elle dit aux médias locaux. La jeune femme a été arrêtée par la police le 12 janvier alors qu'elle venait de faire une intervention dans une école. Libérée après quelques jours, elle était depuis sous contrôle judiciaire.

Son cas a mobilisé les Norvégiens qui ont manifesté par milliers pour qu'elle puisse rester dans le pays, fait la Une des journaux et déchiré la coalition de gauche au pouvoir. Formation dominante du gouvernement, le parti travailliste a refusé de faire une exception, pour ne pas être accusé de faiblesse par la droite populiste, principale force d'opposition qui prône une politique d'immigration ultra-restrictive. Membre de la coalition, la Gauche socialiste plaidait, elle, pour que Maria Amelie reste, faisant valoir le manque persistant de personnes hautement qualifiées dans un pays où le taux de chômage tourne autour de 3,5%. "Il ne faut pas récompenser les personnes qui choisissent la clandestinité et qui vivent illégalement depuis longtemps dans ce pays", a tranché le Premier ministre travailliste Jens Stoltenberg. "Chacun est égal devant la loi", a-t-il dit la semaine dernière devant le Parlement.

Sous la pression de l'opinion, le gouvernement a cependant accepté d'entrouvrir la porte du territoire: il a annoncé qu'il allait changer la loi pour permettre aux demandeurs d'asile déboutés, une fois revenus dans leur pays, de postuler pour un permis de travail en Norvège sans avoir à passer par une période de quarantaine. Mais un retour en Norvège, où l'attend un poste de journaliste, ne devrait pas être possible avant plusieurs semaines, le temps pour le gouvernement d'amender la loi et pour la jeune femme de réunir les papiers nécessaires. En attendant, son entourage nourrit des craintes pour sa sécurité en Russie.

Les parents de Maria Amelie avaient fui l'Ossétie du Nord, une petite république du Caucase russe, après avoir fait l'objet de menaces de la mafia locale en vue d'obtenir le remboursement d'une dette, selon les médias norvégiens.

Pierre-Henry Deshayes, Oslo, AFP

dimanche 23 janvier 2011

Grèce: nouvelles grèves de la faim de demandeurs d'asile

Des demandeurs d'asile afghans et palestiniens ont entamé de nouvelles grèves de la faim à Athènes pour réclamer le statut de réfugiés, après un mouvement similaire mené à l'automne par des Iraniens, a-t-on appris vendredi auprès de leur comité de soutien.

Sept de ces grévistes, des Afghans s'étant cousu la bouche, dont une femme, ont participé vendredi à un rassemblement devant le parlement avec plusieurs dizaines d'autres réfugiés des trois pays, a constaté l'AFP. Deux Palestiniens ont pour leur part été hospitalisés affaiblis par leur jeûne entamé mi-décembre, a affirmé leur comité de soutien. Parmi les manifestants, l'Iranien Sahab Khosyavi a indiqué être sans réponse à sa demande d'asile depuis huit ans.

Pour soutenir leurs revendications, ces réfugiés campent par groupes depuis décembre dans le centre d'Athènes, les Afghans devant le siège du rectorat de l'université, les Iraniens et Palestiniens dans des locaux de l'Ecole polytechnique, siège de la contestation de la jeunesse grecque. Confrontées depuis septembre à des mouvements similaires menées par 50 demandeurs d'asile iraniens, les autorités avaient fini par leur donner satisfaction.

Le pays s'apprête aussi à mettre sur pied un "Service d'asile" censé mettre au niveau l'offre en la matière, et écluser les 47.000 demandes en souffrance depuis des années, à la demande notamment du Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU très critique depuis des années envers Athènes.

La loi votée la semaine dernière sur ce dossier, prévoit parallèlement un durcissement des mesures contre les sans-papiers, estimées entre 350.000 et 500.000 dans le pays, faute de toute régularisation depuis 2005 et de gestion cohérente des flux migratoires que vaut à la Grèce sa position géographique de porte d'entrée sur le continent européen. Réagissant à ce tour de vis, quelque 300 migrants réunis dans une coordination ont annoncé le lancement d'une grève de la faim à partir de mardi, avec des rassemblements à Athènes et Salonique (nord).

AFP

Ils ont fui parce qu'ils s'aimaient

Au Pakistan, Ali* a épousé par amour Sanila*, promise à un autre par son père. Grâce à la fondation lausannoise Surgir, ils ont échappé au crime d’honneur et se sont réfugiés en Suisse.

Elle est petite, menue, avec un beau visage à la peau claire et des lèvres qu’elle mordille en fixant le sol. Lui, c’est un gaillard robuste à l’air affable, de ceux qui triment derrière le comptoir d’un fast-food pour des clopinettes, mais avec le sourire.

Téléphones en cachette
Sanila, 24 ans, et Ali, 30 ans, se sont mariés par amour. Dans leur pays, le Pakistan, ce n’est pas la norme. Sanila et Ali ont failli mourir, pourchassés durant deux ans par sa tribu à elle, qui la destinait à un autre. Aidés in extremis par la fondation lausannoise Surgir, qui lutte contre les crimes d’honneur, les voilà désormais réfugiés en Suisse, à des années-lumière de leur pays et de leur culture, saufs, mais confrontés à une autre réalité: le déracinement.

Il parle, elle se tait, comme cela se fait là-bas. Il commence dans un bon français, puis poursuit en anglais, qui lui vient plus spontanément. Cousins éloignés, Ali et Sanila se sont connus à travers leur famille. Alors qu’elle termine l’école, ils entament une relation à distance, avec toutes les précautions que l’on prend dans un pays où une femme peut mourir pour avoir adressé la parole à un homme. Ils se téléphonent en cachette, il se rend chez ses voisins pour la regarder de loin. D’une maison à l’autre, ils se font des signes de la main.

Mais la relation ne peut se construire: le père de Sanila, 17 ans alors, veut la marier à un homme de 44 ans, déjà uni à une première femme et futur polygame. «Je me suis dit qu’ils allaient détruire sa vie», explique Ali. Ils partent dans une autre ville, il l’épouse. Mais le père de Sanila l’accuse de kidnapping et fait appel à la jirga, un tribunal tribal, qui décide que le couple doit être tué. Alors que d’autres «rendent la fille» pour sauver leur peau, Ali s’enfuit avec sa femme.

Deux ans. C’est le temps qu’ils ont passé à se cacher, de ville en village, et jusqu’en Malaisie, sans autre ressource que la solidarité de leurs connaissances. Elle se dissimule sous son voile, il laisse pousser sa barbe, dans l’espoir de ne pas être reconnu. Pour survivre, ils vendent leurs alliances. Mais ceux qui les pourchassent sont nombreux et déterminés. En 2008, un ami journaliste qui les aide est assassiné par des tueurs, à deux kilomètres de sa rédaction.

Permis humanitaires
C’est à travers une organisation locale que la Fondation Surgir apprend leur situation. Après de nombreuses démarches, elle obtient des permis humanitaires pour Ali et Sanila, dont elle sera responsable jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes financièrement. Le plus vite possible, espère Ali, qui voudrait ouvrir un commerce à l’aide d’un microcrédit – universitaire, il travaillait comme vendeur au Pakistan. Mais il lui faut aussi soutenir sa famille restée au pays, qui, fait rare, a refusé de le renier, et qui pâtit encore de la fuite du couple tout en priant pour lui.

Dans le petit studio où ils se sont installés, Sanila concède qu’elle souffre parfois de solitude. Ou plutôt, c’est Ali qui l’admet pour elle: «Sa famille lui manque». Elle sourit, ne le contredit pas. Ici, ils ont chacun un ami, lui, un Suisse, elle, une Pakistanaise, à qui elle doit mentir sur son passé, de peur d’être localisée par sa famille. Lorsqu’elle ne travaille pas comme femme de ménage chez des privés, elle surfe sur Internet ou fait la cuisine. Depuis qu’il est arrivé, son mari a pris du poids, parce qu’il se «détend». «On essaie d’être heureux», confie Ali, pour qui l’important est d’être resté en vie. Selon la Commission des droits de l’homme du Pakistan, 647 femmes et 250 hommes ont été victimes de crimes d’honneur en 2009. Pour Ali, c’est en partie son éducation qui les a sauvés: sans parler trois langues du pays et l’anglais pour fuir en Malaisie, ils n’auraient jamais tenu deux ans.

Pour le couple, c’est dur, très dur, encore aujourd’hui, et cela se voit. Pourtant, Ali ne regrette rien. Ce sont ses sentiments pour Sanila qui l’ont poussé à agir, mais pas seulement. Il était déjà en révolte contre la loi des tribus, qu’il considère sans rapport avec sa religion, l’islam. Pour son pays, il rêve d’égalité entre hommes et femmes. En le regardant parler ainsi, les bras croisés, on se dit que voilà, ce doit être ça, le courage, celui qui change le monde.

Demain, Ali reprendra son travail au fast-food.

Camille Krafft dans le Matin

* Prénoms d’emprunts

Grèce: réunion sur la situation dans les grands ports suite à l'immigration clandestine

Le ministre de la Protection du Citoyen, Christos Papoutsis, a présenté jeudi un plan intégré pour les problèmes que connaît Patras avec les immigrés clandestins, lors d'une réunion avec le chef de Région de la Grèce occidentale, M. Katsifaras, et le maire de la ville, M. Dimaras, l'occasion d'affirmer aussi que la Grèce respectera ses obligations conformément au traité de Schengen.

"Nous devons tous prendre conscience, a affirmé le ministre, que personne ne sortira de Patras, d'Igoumenitsa et d'autres ports et aéroports de Grèce vers l'Europe. La Grèce respectera entièrement ses obligations vis-à-vis du Traité de Schengen, de nos partenaires de l'Union européenne".

Cette réunion a fait suite aux graves incidents à Patras récemment, des immigrés clandestins essayant de quitter la Grèce pour l'Italie en s'embarquant illégalement sur les ferryboat effectuant le trajet Patras-Ancone ou Venise.

M. Papoutsis s'est engagé à renforcer les moyens et effectifs dans les deux ports notamment - Patras et Igoumenitsa - affrontés à des situations difficiles en raison des flux de clandestins, faisant aussi mention d'un durcissement radical contre les passeurs et tout leur réseau.

"Le gouvernement de M. Papandreou a la forte volonté, la détermination de matérialiser un programme qui progressivement restaurera la sécurité en ville et garantira la qualité de la vie des citoyens", a conclu M. Papoutsis.

ANA, Athens news agency

samedi 22 janvier 2011

Le dernier recours des requérants déboutés

A Lausanne, des personnes menacées de renvoi occupent des refuges depuis plus de cent jours. Un abri fragile où ont atterri Teka et Diallo, après plusieurs années passées à lutter. Témoignages.

L'avenir du refuge pour les requérants d'asile menacés de renvoi est incertain. Alors que l'abri ouvert le 13 décembre à la paroisse catholique du Saint-Esprit va fermer, des négociations étaient toujours en cours, hier, entre la délégation des Eglises réformée et catholique et la Coordination asile et migration Vaud (CAMIV) pour déterminer un nouveau lieu d'hébergement. Elles se poursuivront jusqu'à lundi au moins. Plus de cent jours après l'ouverture d'un premier abri à Lausanne et après plusieurs déménagements dans des locaux paroissiaux, le refuge pourrait être déplacé la semaine prochaine à Morges, a-t-on seulement appris.
Le refuge de la paroisse du Saint-Esprit compte actuellement deux occupants, Teka et Diallo. Un troisième requérant, hébergé depuis six semaines, l'a quitté ces derniers jours, la décision de renvoi le concernant ayant été frappée d'un effet suspensif.
Pour Teka et Diallo en revanche, la possibilité d'être arrêté en vue d'un renvoi est bien réelle. Le premier avait déposé une demande de régularisation au terme de l'article 14 de la loi sur l'asile (autorisant la délivrance d'un permis B pour «cas de rigueur»), qu'il s'est vu refuser en juin dernier. Ses voies de recours sont désormais épuisées. Pour Diallo cependant, une demande de permis humanitaire sera encore effectuée à Berne dans les semaines à venir.
Dans le canton, une quarantaine de personnes déboutées sont dans la même situation, rappelle Graziella de Coulon. La représentante de la Coordination asile espère un geste politique en leur faveur. Elle annonce la constitution d'un comité de soutien pour appuyer une nouvelle demande de régularisation collective. Des députés sont notamment sollicités pour y participer.

Arnaud Crevoisier dans le Courrier


Un «Européen» sans papiers

A 40 ans, Teka a passé la moitié de sa vie en Europe. Natif de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), il a connu la trajectoire typique des jeunes Africains venus sur le Vieux-Continent avec le rêve d'une vie meilleure.

Un voyage «vers l'espoir» qu'il a préparé dès la fin de sa scolarité, en travaillant dans le petit commerce de rue. Issu d'une famille de six enfants, Teka n'imaginait pas connaître la dure réalité d'une vie de sans-papiers. Il quitte Kinshasa en 1990 en raison d'un climat politique qu'il ne supporte plus. Il passe par l'Angola et le Portugal avant d'arriver en Espagne. Il y séjourne douze ans, durant lesquels il travaille sans interruption. En juillet 2002, il demande l'asile en Suisse. Refus. Pour Teka, qui parle le lingala, le français, l'espagnol et le portugais, c'est l'incompréhension. «Depuis ma jeunesse, j'essaie de convaincre les Européens que je suis européen depuis l'âge de 20 ans», dit-il.

Teka est hébergé dans un abri PC à Begnins, puis dans un centre de l'Evam à Bex. Dès 2007, il séjourne au Centre de requérants d'asile à Vevey. Au début, son permis N lui permet de travailler. Il est d'abord «médiateur à la cuisine» du centre Evam durant un an. Ensuite, il travaille une autre année comme aide de cuisine au Casino de Montreux. Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile, il perd son droit au travail. En 2009, il reçoit une convocation de la Direction générale de la migration (DGM) à Berne, afin de rencontrer une délégation de son pays d'origine en vue de son retour. Les représentants congolais décident de lui délivrer un laisser-passer pour retourner au Congo. Cependant, Teka a peur: ses soeurs ont reçu la visite de la police et elles ont dû confirmer ce qu'il avait déclaré. Elles sont dorénavant surveillées et son dossier est entre les mains de la police congolaise. Le 16 février 2010, Teka est arrêté à Renens en vue de son expulsion. «Ils m'ont incarcéré dans une prison pour des criminels à Berne. J'étais seul dans une cellule. Puis j'ai été conduit à l'aéroport de Kloten pour être expulsé de force, sans mes affaires, sans rien.» Teka résiste pour ne pas rentrer au Congo. La police lui met les menottes et l'amène au poste. Après deux semaines de prison à Berne, il est conduit à Frambois. Après la mort du Nigérian et la suspension des renvois forcés, la Coordination asile Vaud demande la libération de Teka ainsi que de tous les autres détenus vaudois de Frambois; elle obtient gain de cause, aidée en cela par un arrêt du Tribunal fédéral. «Quand je suis sorti de la prison, dit Teka, je n'étais pas bien. Je n'arrivais pas à dormir par peur de la police. Pour nous, la police, ça signifie voyager dans des fourgonnettes, des wagons cellulaires, attendre dans des containers... Cela signifie aussi le vol spécial de Zurich. Partout, on est menottés. Même à l'audience.» Les mots et le regard de Teka portent aujourd'hui les séquelles des prisons, des cellules et des menottes. «J'ai vu presque toute l'Afrique, même des blancs, (il parle des ressortissants de pays de l'Est, ndlr), menottés dans ces wagons cellulaires. Nous étions comme des marchandises.» Aujourd'hui, l'accueil, même précaire, dans les locaux paroissiaux lui offre un répit. «Ici au refuge, on est bien» dit-il.

Ihsan Kurt dans le Courrier

En 2007, les ministres suédois voulaient stopper les réfugiés irakiens

Des télégrammes diplomatiques américains transmis par WikiLeaks au quotidien suédois Svenska Dagbladet font état, vendredi 21 janvier, des efforts de plusieurs ministres suédois pour limiter l'arrivée de réfugiés irakiens en Suède. Ces documents, qui font beaucoup de bruit en Suède, sont publiés alors même que le royaume scandinave se livre en ce moment à des séries d'expulsions de demandeurs d'asile irakiens déboutés qui ont provoqué des manifestations dans plusieurs villes de Suède et des dizaines d'arrestations.

suède max bildt

Carl Bildt, ministre conservateur des affaires étrangères, auraient, selon WikiLeaks, demandé à l'Irak de reprendre les demandeurs d'asile refoulés, faute de quoi la Suède ne rouvrirait pas l'ambassade à Badgad. AP/Andy Wong

Mercredi, vingt Irakiens ont été déportés vers le centre de l'Irak, après que leur recours auprès de la cour européenne des droits de l'homme a été rejeté. Le gouvernement suédois a déclaré que la situation générale s'était améliorée en Irak et que les chrétiens d'Irak ne craignaient plus de risque de persécution. Une décision très durement critiquée par le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés, qui a répliqué que la fuite actuelle de milliers de chrétiens était une indication du contraire.

Vingt-cinq manifestants ont été arrêtés mercredi matin devant le bureau de l'Agence des migrations à Märsta près de Stockholm. La veille, près de Göteborg, dans l'ouest, la police avait arrêté 70 manifestants qui se trouvaient près d'un camp de transit afin d'empêcher l'expulsion d'un groupe d'Irakiens. La Suède a répondu aux critiques en disant que chaque cas était étudié individuellement.

"Pauvres et peu éduqués"

Les autorités sont nettement plus silencieuses s'agissant des informations ressortant des télégrammes diplomatiques. Au cours d'une visite en Irak en 2007, Carl Bildt, ministre conservateur des affaires étrangères, et Tobias Billström, son homologue chargé de l'immigration, au cours d'entretiens avec des officiels américains, avaient exprimé leur souci vis-à-vis de l'ampleur de l'immigration irakienne en Suède. Selon les ministres, cette immigration était tellement importante que l'opinion suédoise réclamait maintenant une politique d'immigration plus dure.

Au cours de cette rencontre, Carl Bildt avait insisté, selon les médias suédois, pour que l'Irak accepte les demandeurs d'asile refoulés. Dans le cas contraire, aurait dit Carl Bildt, la Suède ne rouvrirait pas d'ambassade à Bagdad. Selon les ministres, l'opinion suédoise bougeait à cause de plusieurs cas de crimes d'honneur. Les ministres constataient aussi que beaucoup des Irakiens arrivés en Suède étaient souvent pauvres et peu éduqués, et donc encore plus difficiles à assimiler en Suède.

Aucune de ces déclarations n'a été ni confirmée ni commentée par les ministres concernés mais les réactions sont nombreuses en Suède. Le Conseil constitutionnel devrait être saisi. "Je ne veux pas croire qu'ils ont dit quelque chose d'aussi abominable", a réagi Cecilia Wikström, députée européenne libérale, du même camp politique que les ministres. "Les conservateurs se sont adaptés aux forces xénophobes", a critiqué Bodil Ceballo, des Verts.

L'accord entre l'Irak et la Suède avait été signé en 2008, l'ambassade de Suède à Bagdad a rouvert ses portes il y a tout juste un an. Entre 2007 et 2010, quelque 30 000 Irakiens ont demandé l'asile en Suède. Environ les deux-tiers d'entre eux ont obtenu le droit de rester.

Olivier Truc, correspondant à Stockholm, Le Monde

Maria Amelie, la nouvelle héroïne des sans-papiers de Norvège

maria amelieToute la Norvège a parlé de Maria Amelie cette semaine. Le cas de cette clandestine de 25 ans est en train d’ébranler la coalition au pouvoir et force tout le monde à relancer la discussion sur un thème longtemps balayé sous le tapis: celui de l’immigration.

Résumons l’affaire qui commence en 2002 : Venus d’Ossétie du Nord, Maria Amelie et ses parents demandent asile à la Norvège, qui la leur refuse la même année. Maria Amelie est encore mineure quand ses parents décident de ne pas obtempérer à l’ordre de quitter le sol norvégien.

C’est donc en situation de clandestinité, que Maria Amelie va apprendre le norvégien et exercer un boulot de femme de ménage, comme bon nombre de femmes immigrantes, avec ou sans papiers.

Mais Maria Amelie va plus loin : elle va finir ses études secondaires avec les plus hautes distinctions, réussir sans problème ce qui serait l’équivalent du cégep et finalement obtenir une maîtrise en sciences et technologies à l’Université de Trondheim.

Jusqu’ici tout va bien. Les autorités norvégiennes sont peut-être strictes, mais on rencontre toujours des gens prêts à aider, ou à simplement fermer les yeux.

L'année dernière, Maria Amelie publie un livre, Ulovlig norsk ("Illégalement Norvégienne") où elle raconte son expérience en souhaitant sensibiliser la population au sort des quelques milliers de sans-papiers qui habitent la Norvège; elle est déclarée « Norvégienne de l'année » par la revue Ny tid (Temps nouveau).

Et voilà qu’arrive cette soirée du 12 janvier dernier.

Maria Amelie est invitée à prononcer une conférence à l’école Fridtjof Nansen de Lillehammer. Fridtjof Nansen - il faut le noter - premier à atteindre le pôle Nord, également humaniste et grand défenseur des réfugiés. Haut-commissaire pour les réfugiés de la Société des Nations en 1921, prix Nobel de la paix en 1922 et instigateur du passeport Nansen qui permit à des milliers de déportés, réfugiés ou apatrides de retrouver ailleurs une situation de légalité.

C’est donc lors de cette conférence, à l’occasion d’une pause où Maria Amelie se trouve à l’extérieur de l’école Fridtjof Nansen, que huit policiers l’arrêtent et l’embarquent sans lui laisser le temps d’aller chercher ses affaires.

Huit policiers pour Maria Amelie ? C’est ce que tous les médias ont rapporté, mais la police a répliqué qu’ils n’étaient que cinq. Quoi qu’il en soit, ils ne lui ont pas laissé le temps d’aller chercher ses affaires et la cour a par la suite déclaré que l’opération policière avait manqué de doigté et de "musicalité".

Depuis l’arrestation, des milliers de Norvégiens armés de chandelles sont descendus dans les rues de Oslo, Trondheim ou Bergen pour demander au gouvernement de ne pas déporter Maria Amelie. Des offres d’emplois ont suivi et même la Statoil, la pétrolière de l’État, lui a offert un poste.

Des divisions ont éclaté au sein de la coalition gouvernementale, entre le parti socialiste qui souhaite l’annulation de l’ordre de déportation et le parti des travailleurs qui se veut réaliste : le règlement, c’est le règlement et y faire une exception ne serait pas équitable pour les autres clandestins…

Quant aux partis d’opposition, le parti chrétien souhaite qu’on offre la résidence à Maria Amelie mais soutien que le gouvernement se servira de cet exemple pour montrer au reste du monde comme il est difficile de s’établir en Norvège.

À droite, le parti conservateur, d’ordinaire peu sensible à la situation des réfugiés et demandeurs d’asile, trouve quand même dommage que Maria Amelie doive partir parce qu’elle correspond selon eux au profil d’immigrant idéal, celui de travailleur qualifié. Le parti réclame quand même des ajustements quant aux règles qui prévalent dans le cas de demandeurs d’asile mineurs qui deviennent majeurs pendant l’étude du dossier.

La droite populiste, le mal nommé "Parti du Progrès" (FrP) qui ne rate jamais une occasion de réclamer des lois plus sévères contre l’immigration, marche sur des œufs, de peur de se mettre à dos la vague de sympathie populaire à l’égard de Maria Amelie. En bon populiste, le parti s’interroge à savoir pourquoi la Norvège devrait abriter des terroristes notoires comme ce mollah Krekar, supposément menacé de mort en Irak, et se départir de Maria Amelie, qui s’est bien intégrée aux valeurs norvégiennes et qui a reçu une éducation norvégienne (possible qu’elle soit largement plus éduquée que la plupart des électeurs de ce parti).
Dans le même souffle, on déclare que toute cette bonne intégration n’est pas valide, puisqu’elle a été acquise dans l’illégalité.

Maria Amelie est toujours dans l’attente d’être renvoyée en Russie. Après une semaine d’incarcération à Trandum, le centre carcéral de l’immigration près de l’aéroport d’Oslo, elle a pu retrouver sa liberté sous condition de se rapporter à la police sur une base quotidienne.

Pression populaire oblige, il est possible qu’on assouplisse les règles pour favoriser son retour rapidement. Une autre raison pour Maria Amelie de se consoler : les ventes de son livre explosent comme jamais.

En attendant, le règlement c’est le règlement.

Bruno Fortin, agence science presse