lundi 10 janvier 2011

Religion et service public, une question européenne

laurence ferrari voiléeLes entreprises publiques suisses misent sur le prag-matisme en matière de voile. En Europe on s’interroge aussi.

Alors que la question de l’engagement d’une jeune journaliste portant un foulard islamique (lire nos éditions de la semaine dernière ) agite la direction de notre service public audiovisuel (SSR), les autres entreprises en main de la Confédération – comme les CFF, Swisscom, La Poste ou Skyguide – n’ont pas élaboré de directives particulières, selon la SonntagsZeitung d’hier, sauf en cas de contacts avec la clientèle. Par exemple, chez Swisscom, la question des prières quotidiennes pour les musulmans est réglée de manière pragmatique, au cas par cas.

Et qu’en est-il des débats dans les autres pays? Coup de projecteurs avec nos correspondants en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne .

Romain Clivaz et les correspondants de 24 Heures

voile europe tv

dimanche 9 janvier 2011

52 Irakiens expulsés de Norvège

52 irakiens, qui séjournaient en Norvège illégalement, ont été embarqués à bord d'un avion les ramenant dans leur pays, a rapporté l'agence de presse norvégienne NTB samedi.

L'avion a atterri à Bagdad samedi matin, a annoncé l'agence. Ces citoyens irakiens, qui résidaient dans le pays illégalement depuis deux ans, se sont vus refuser le droit d'asile. Ne souhaitant pas revenir en Irak de leur propre chef, ils y ont été contraints par la police nationale d'immigration norvégienne, a annoncé son chef, Ingrid Wirum,

"Il est important de signaler qu'il n'est pas acceptable de résider en Norvège illégalement", a souligné M. Wirum.

Trouvé sur CRIonline (Radio Chine International)

Projet contesté pour lutter contre les sans-papiers

Le Conseil fédéral est en train d'examiner une mesure pour débusquer les sans-papiers qui risque de faire parler d'elle. Il s'agirait d'obliger les enseignants à dénoncer leurs élèves clandestins afin de remonter jusqu'à leurs parents. Les profs se disent outrés.

Le projet en est encore au stade de l'ébauche mais il fait déjà scandale parmi les enseignants.

Le Conseil fédéral, qui cherche des solutions pour limiter l'immigration clandestine, a ajouté à son catalogue une mesure choc: obliger les professeurs à dénoncer les élèves sans-papiers afin de débusquer leurs parents, révèle Le Matin Dimanche.

Un tollé chez certains profs

Un groupe de travail est actuellement chargé d'examiner la faisabilité de cette proposition. Or, la scolarisation des enfants sans-papiers est un acquis en Suisse et cette mesure pourrait tout remettre en question.

L'idée provoque un tollé chez les enseignants, qui dénoncent un "effrayant retour en arrière" et envisagent la désobéissance civile. Plus que tout, certains professeurs craignent que les familles sans-papiers n'osent plus envoyer leurs enfants à l'école.

D'autres, à l'image de l'UDC Oskar Freysinger, qui est enseignant à Sion, se disent prêts à obéir. "Soit ces enfants et leurs parents ont de bonnes raisons d'être en Suisse et ils peuvent rester, soit ce n'est pas le cas et il faut les renvoyer".

Le groupe de travail en charge du dossier va évaluer ce projet d'ici la fin de l'année, notamment en regard de la Convention internationale des droits de l'enfant.

On estime le nombre de clandestins entre 100'000 et 300'000 personnes en Suisse, dont quelques milliers d'enfants. A Neuchâtel par exemple, 80 cas de jeunes clandestins sont recensés chaque année.

Trouvé sur le site de la RSR

Pierre Imhof: "Les solutions existent pour éviter les tensions"

pierre imhofPierre Imhof est responsable de l’accueil des migrants dans le canton de Vaud depuis 2004. Il réagit à la bagarre générale qui a eu lieu au foyer de Nyon (VD) mardi soir.

Une nouvelle rixe dans un centre de requérants. La routine?
De cette ampleur-là, c’est exceptionnel. De par le nombre de requérants impliqués et les moyens de police mobilisés (ndlr: onze patrouilles de la gendarmerie, et trois policiers ont été blessés). Il y a de temps en temps des bagarres, des coups de couteau, des interventions pour trafic de drogue. Mais entre peu de personnes. Cette fois-ci, c’était proche de l’émeute.

La situation a-t-elle été rapidement maîtrisée?
Il y a encore eu de l’excitation deux jours après. Elle s’explique par l’incompréhension des migrants. La rumeur courait que le ressortissant nigérian arrêté – accusé d’avoir donné le coup de couteau, avec un canif – avait été exécuté. J’ai pu leur expliquer que la procédure pénale avait été respectée. Que leur compatriote avait un avocat. Je leur ai surtout rappelé qu’une bagarre générale, des coups de couteau, même suite à un vol présumé, c’est inadmissible. Ces requérants ont une méconnaissance de notre système juridique, ils se méfient des institutions. Mes explications les ont toutefois raisonnés.

Comment expliquez-vous la rixe?
C’est révélateur des conditions de l’asile en Suisse, qui sont, pour certaines personnes qui n’y répondent pas, très restrictives. Ce centre d’accueil de Nyon est situé temporairement dans un abri de la protection civile. Nous ne pouvons pas y placer des familles, des femmes ou des enfants. Du coup, il n’y a que des jeunes hommes célibataires. Ce sont des cas dits de Dublin en attente du renvoi dans le pays européen où ils ont déposé leur première demande d’asile. L’attente, l’absence de projet d’avenir en Suisse, la promiscuité, les éventuelles tensions entre communautés expliquent en partie ce qui s’est passé.

Il y a quand même un agresseur?
Evidemment. Ces requérants sont responsables de ce qu’ils font dans le centre, et nous y veillons.

Mais les conditions de vie à Nyon ne contribuent pas au calme?
Les solutions existent pour éviter les tensions. Je le répète: les bagarres sont rares dans le canton. Grâce à une politique de dialogue et de collaboration, tant avec les migrants qu’avec les autorités locales et la police. Une juste répartition entre hommes célibataires et familles dans les différents lieux d’accueil vaudois favorise la tranquillité. Pour y parvenir à Nyon, nous devons fermer l’abri PCi après avoir construit un nouveau bâtiment. Mais deux oppositions bloquent ce projet (ndlr: un élu UDC et une élue radicale font opposition). Ce serait aussi une économie financière. Un abri PCi n’est pas conçu pour accueillir des requérants indéfiniment.

Ces deux oppositions vous coûtent donc cher?
Elles nous coûtent cher, financièrement et humainement.

Propos recueillis par Dominique Botti dans le Matin

samedi 8 janvier 2011

Le nouveau visage de la migration

femme migranteLes femmes représentent désormais la moitié de la population migrante. Droits des travailleurs domestiques, transfert de capital social, protection des enfants, cette nouvelle donne pose bien des questions.

Le 2 décembre dernier, les Nations Unies ont adopté dans la Convention de 1990 sur les travailleurs migrants de nouvelles directives concernant les travailleurs domestiques, qui sont en majorité des femmes. Au même moment, plus de cent experts de quelque cinquante pays se réunissaient au Sénégal pour une conférence intitulée «La face féminine de la migration», organisée par Caritas Internationalis. Pendant longtemps, la migration a été considérée comme une question purement masculine. Or, on constate aujourd'hui une croissance du nombre de femmes s'établissant seules, sans leur famille, dans diverses régions du monde – elles représentent la moitié des 214 millions de migrants, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ce phénomène soulève des problématiques encore inexplorées, auxquelles les politiques de migrations sont appelées à faire face. Martina Liebsch, directrice des politiques de Caritas Internationalis, rentre de Saly, au Sénégal. Après une année passée à organiser la conférence, elle porte un regard positif sur ces trois jours. Entretien.
Pourquoi Caritas a-t-elle organisé
cette conférence?
Martina Liebsch: De plus en plus de femmes migrent seules, souvent pour soutenir leur famille qui reste dans les pays d'origine. Dans les secteurs dominés par les femmes, comme le ménage ou les soins de santé, la demande de travailleurs dans les pays de destination est en hausse. Or, les politiques de migration négligent cette réalité. Les femmes migrantes sont confrontées à des risques et à des défis spécifiques et se retrouvent souvent dans des situations de vulnérabilité.
En quoi la migration féminine est-elle différente de la masculine?
De manière générale, les femmes ont tendance à être considérées plutôt comme un objet que comme un sujet de droit. Elles vivent souvent une double discrimination: dans leur pays d'origine, le contexte est parfois déjà difficile en raison d'une inégalité des droits. Elles décident de partir chercher une vie meilleure, ajoutant à leur statut de femme celui de migrante. En outre, le voyage dans des conditions irrégulières les vulnérabilise davantage. La problématique de la migration féminine débouche sur bien d'autres questions, comme la traite des femmes et des enfants, les familles «transnationales», mais aussi le transfert du capital social.
Qu'entendez-vous par «transfert du capital social»? Peut-on y voir un aspect positif de la migration féminine?
Oui. L'un des buts de notre conférence était aussi de mettre en relief les aspects positifs de cette migration spécifique. Pensons à l'apport des femmes migrantes aux communautés d'accueil en termes de compétences sociales. Dans leur pays d'origine, il arrive qu'elles rentrent chez elles enrichies de leurs expériences et élaborent un réseau transnational spécifique aux femmes, créant des associations pour les femmes migrantes. Malheureusement, il reste toujours des zones d'ombre: les femmes émigrées qui aident financièrement leurs familles restées au pays ont-elles le pouvoir d'administrer ces fonds et d'en assurer leur bonne utilisation? Dans certains contextes de division sociale, comment le mari gère-t-il la situation? Si l'argent envoyé permet un accès à une meilleure éducation, l'enfant vivant dans une famille monoparentale ou avec ses grands-parents, souvent dépassés, sera-t-il finalement réellement mieux éduqué? Nous sommes face à un cercle vicieux.
Que pensez-vous des nouvelles directives onusiennes adoptées en décembre dernier?
Ces nouvelles recommandations représentent un bon pas en avant. Caritas a travaillé avec le comité des travailleurs migrants, qui veille à l'application de la Convention de 1990. Il faut savoir que le travail à domicile n'est règlementé que dans dix-neuf pays. En Inde, par exemple, aucune loi ne concerne ce sujet. Dans bien des pays, il n'est même pas reconnu comme travail salarié. Des conditions de travail correctes, un nombre maximum d'heures de travail, un jour de congé par semaine, la liberté de se plaindre – dans beaucoup de pays, cela n'existe pas. Bien des femmes souffrent de situations précaires ou de mauvais traitements, deviennent victimes de trafic humain et ne bénéficient d'aucune protection. La Convention des travailleurs migrants fait partie des traités sur les droits de l'homme, droits qui s'adressent également aux domestiques. C'est ce que soulignent ces nouvelles directives.

Le Courrier

Cachez ce voile qu'on ne saurait entendre

Tiens, une nouvelle polémique liée au voile islamique... Cette fois, ce sont les médias du service public qui sont au coeur du débat. L'affaire a été révélée par la Tribune de Genève. Une Neuchâteloise portant le hidjab, le foulard islamique qui enserre le visage, brigue un poste de journaliste à la Radio suisse romande, mettant la SSR en émoi. Le voile est-il compatible avec le devoir de neutralité religieuse de l'institution étatique? Celle-ci est empruntée, car elle n'a pas de directives sur le port de symboles religieux. Elle devra donc rapidement trancher.

Mais déjà les preux défenseurs de la laïcité, à gauche comme à droite, émettent l'avis selon lequel aucune exception ne saurait être admise. Une belle bande d'hypocrites, tant le principe, en Suisse, semble valable uniquement lorsqu'il s'agit de l'islam. Pour preuve: depuis belle lurette, la SSR sous-traite aux Eglises ses émissions d'actualité religieuse, à la radio comme à la télévision. Ce lien entre Eglises et Etat, même s'il est moins visible qu'un bout de tissu, est solidement institutionnalisé. En théorie, la relation incestueuse, avec le risque d'un prosélytisme conscient ou inconscient, est beaucoup plus flagrante que l'engagement d'une journaliste voilée. Mais personne n'a jamais trouvé à y redire.

Et à raison: nos confrères, engagés par les Eglises catholique et protestante, prouvent jour après jour qu'ils sont d'abord des professionnels des médias avant d'être des employés d'Eglise. Avec tact, ils parviennent à garder la distance professionnelle requise entre les actualités religieuses qu'ils couvrent et leur employeur, ainsi que leurs appartenances et convictions religieuses. Reste que les moyens médiatiques engagés par les Eglises ne sont pas anodins: le but est de faire vivre la Parole. Avec l'aide, donc, du service public. Vous avez dit laïcité?

S'agissant d'une musulmane voilée, tout se gâte: elle serait forcément suspecte, incapable de distance critique. Le garde-fou des Devoirs et droits du journaliste ne serait plus valable. Le constat est désolant: tels les taureaux dans l'arène, nos braves politiciens ne voient que le fichu sur la tête, pas ce qu'il y a dedans. Pourtant, la jeune femme a déjà effectué un stage de deux mois à la Radio romande. Croyez-le ou non, elle a même pu interroger des interlocuteurs sans créer d'émeutes!

Quant aux auditeurs, une longue réflexion permet de constater qu'ils ne devraient pas être gênés par un voile qu'ils ne verront jamais. Reste que la question de l'image véhiculée par le service public mérite de poser des jalons clairs. Et justement, à la télévision, une présentatrice, ou même une journaliste, ne doit pas arborer de signes religieux. Mais l'atteinte à la liberté religieuse ne saurait aller beaucoup plus loin.
Le comble, c'est l'émoi que l'on constate chez certains journalistes par ce qu'ils considèrent comme une intolérable atteinte à la séparation des sphères. Venant d'une profession qui pratique sans sourciller la navette entre le monde politique et celui censé l'observer, cela mérite d'être relevé. L'avantage du voile, c'est peut-être qu'il permet d'afficher la couleur...

Edito de Rachad Armanios dans le Courrier

«Dénoncer des enfants? Un effrayant retour en arrière!»

Le Conseil fédéral veut lutter contre l’immigration clandestine. Mais obliger les enseignants à dénoncer des élèves clandestins va à l’encontre de tous les principes. Tollé.

«Si on oblige les enseignants à dénoncer des enfants, je ne vois qu’une solution: la désobéissance civile!» Le ton est donné. Georges Pasquier, président du Syndicat des enseignants romands, n’entre pas en matière une seule seconde sur l’idée émanant du Conseil fédéral de passer par les salles de classe pour débusquer les élèves sans papiers, et donc leurs parents.

Le Conseil fédéral touche là à l’école, dont le devoir est de délivrer un enseignement gratuit, sans discrimination. Il s’en prend à l’enfant, dont l’éducation est un droit qui n’est pas lié à son statut. Et évidemment à l’enseignant, dont le rôle est d’accompagner ses élèves sur le chemin du savoir… et non du retour forcé.

Contre tous les principes

Un groupe de travail de l’administration est actuellement chargé d’examiner la faisabilité de cette mesure lancée parmi d’autres pour lutter contre l’immigration clandestine (lire ci-dessous). Mais obliger les enseignants à la délation irait à l’encontre de tous les principes défendus actuellement.

La scolarisation des enfants sans papiers n’est plus une revendication de militants depuis une vingtaine d’années. Il s’agit d’un acquis, intégré dans des conventions internationales, lois fédérales et cantonales, directives. «Le remettre en cause revient à vouloir retirer le droit de vote aux femmes», explose Tania Ogay, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Fribourg.

En Suisse, on estime le nombre de sans-papiers entre 100 000 et 300 000. Par déduction, le nombre d’enfants concernés pourrait s’élever à quelques milliers. Neuchâtel recense environ 80 cas par an. Le canton le sait car il rembourse les frais de scolarité aux communes scolarisant des enfants de parents clandestins, soit 250 francs par élève et par an. Des données qui ne sont en aucun cas utilisées pour déloger les parents.

Pas forcément au courant
De leur côté, les enseignants ne sont pas forcément informés du statut de leurs élèves. «Nous le découvrons par hasard», explique Brigitte Roth, enseignante à Renens (VD), qui se souvient du parcours d’une fillette latino. «Lorsqu’elle est arrivée, elle n’avait aucune notion acquise. Elle avait vécu en Allemagne, en Italie. On a pu l’intégrer dans une classe spéciale. Si tel n’avait pas été le cas, la famille serait partie une nouvelle fois.» Pour Brigitte Roth, ce ne sont pas ces enfants qui posent le plus de problèmes, mais ceux dont les parents ne s’occupent pas, suisses ou étrangers.

Directeur du Cycle d’orientation de Pérolles, à Fribourg, Marcel Jaquier aime les belles histoires, celles d’enfants qui ont gravi les échelons en partant d’un statut de sans-papiers. «J’ai accueilli une élève albanaise qui est actuellement en train de finir son doctorat!» Aujourd’hui, il se dit effaré par l’idée de demander aux enseignants de dénoncer ces enfants. «C’est dans l’air du temps, malheureusement», déplore-t-il. «Mais c’est aussi un terrifiant retour en arrière. Cela fait vingt ans que je suis directeur d’école, et jamais on n’a osé remettre en question un acquis, pour lequel je m’engagerais à 150% s’il fallait de nouveau le défendre», poursuit-il.

Les années Schwarzenbach
Si Marcel Jaquier réagit aussi vivement, c’est qu’il a vécu les années Schwarzenbach, du nom de ce conseiller national qui, dans les années 1970, a lancé une série d’initiatives contre les étrangers. Tout un climat qu’a également connu Raymond Durous, ancien enseignant à Lausanne, auteur de plusieurs ouvrages sur la question. «Un jour, ma maîtresse m’a traité de sale Italien, raconte-t-il. En apprenant ce qui se tramait à Berne, je me suis demandé si ce que nous avions vécu pouvait se répéter.»

Georges Pasquier reconnaît que certains enseignants pourraient accepter de dénoncer des élèves. «Il y a certains que l’illégalité dérange», estime-t-il. Et le conseiller national UDC valaisan Oskar Freysinger, enseignant à Sion, ne s’en cache pas: il le ferait. «Pour un enfant, vivre dans l’illégalité est aussi très dommageable psychologiquement. Il ne s’agit pas d’épurer l’école, mais de définir le statut des gens. Soit ces enfants et leurs parents ont de bonnes raisons d’être en Suisse et ils peuvent rester, soit ce n’est pas le cas et il faut les renvoyer.»

Est-ce aussi simple? Enseignant à Leytron (VS), David Evéquoz est pour sa part convaincu de l’effet inverse: «Les parents n’oseront plus envoyer leurs enfants à l’école. C’est la clandestinité qu’on renforce!»


L’IDÉE VIENT D’UN CONSEILLER FÉDÉRAL ET PAS DE L’ADMINISTRATION

UN GESTE POLITIQUE
Le projet d’obliger les enseignants ou leur direction à dénoncer les enfants sans papiers aux autorités n’est pour l’instant qu’une piste de réflexion, mais une piste qui remonte à une décision politique. «Cette proposition ne vient pas de l’administration mais fait suite à une procédure de corapport au sein du Conseil fédéral», fait savoir Dieter Biedermann, porte-parole de l’Office fédéral de la justice.

C’est donc sur proposition d’un ministre que, lors de sa séance du 22 décembre 2010, le Conseil fédéral a intégré «la chasse aux enfants clandestins» au mandat plus large d’évaluation de mesures pour traquer les sans-papiers. Un mandat qui incombe désormais à un groupe de travail composé de fonctionnaires, qui va évaluer, d’ici à la fin de l’année, la faisabilité de la mesure, notamment en regard de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Confidentialité des affaires du Conseil fédéral oblige, il est difficile de savoir lequel des sept ministres a demandé au Département de justice et police de Simonetta Sommaruga d’examiner s’il était envisageable d’appeler les enseignants à la délation. Beaucoup imaginent mal que cette proposition choc vienne du camp bourgeois, quand bien même les libéraux-radicaux proposaient cette semaine encore de fermer davantage le robinet de l’immigration. Tous les regards se tournent donc vers le seul UDC du gouvernement, Ueli Maurer. Son parti thématise depuis plusieurs mois les conditions-cadres de l’école et répétait dans un communiqué de presse paru le 20 décembre son rigorisme en matière d’immigration illégale. La chasse aux sans-papiers figure même en bonne place du nouveau programme politique de l’UDC, adopté sur la paille de Coinsins (VD) par les délégués.


L’AVIS DE L’EXPERT DOMINIQUE FÖLLMI
Ancien conseiller d’Etat genevois (PDC), il avait fait accepter la scolarisation des clandestins à la fin des années 1980

Dominique Föllmi, vous êtes resté dans les mémoires parce qu’en 1986 le conseiller d’Etat que vous étiez avait accompagné une petite clandestine turque à l’école, pour éviter que la police ne l’arrête. Comment réagissez-vous à l’idée qu’on puisse reprendre la traque?
Je suis scandalisé et je promets de monter au créneau pour qu’on abandonne tout de suite cette réflexion. Je vais prendre des contacts avec les politiciens fédéraux et avec la direction du PDC. Bien sûr, pour l’instant, ce n’est qu’un embryon de proposition, mais que l’on ose seulement penser à cette mesure est quelque chose de condamnable et de choquant. C’est un retour en arrière. On remet en question 25 ans de réflexion pour intégrer ces enfants à l’école.

Quelles étaient les circonstances de votre geste en 1986?
Quelqu’un m’avait appelé pour me signaler le cas d’une famille turque qui avait été arrêtée par la police. Le père avait été renvoyé par avion et la mère mise en garde à vue car on ne pouvait pas l’expulser puisqu’on ne savait pas où était sa fille. Elle était en colonie de vacances. Des amis de la famille l’avaient cachée quelque temps. A la rentrée des classes, j’ai décidé d’aller la chercher et de l’accompagner à l’école car j’étais certain que la police viendrait l’arrêter. Cette enfant avait finalement pu terminer son année scolaire, mais, moi, j’avais passé un mauvais quart d’heure dans mon canton et j’avais même été convoqué à Berne par le ministre de Justice et Police de l’époque, Arnold Koller.

Quelles furent les conséquences?
A l’époque se posait le problème des saisonniers, qui n’avaient pas droit au regroupement familial et qui étaient quand même rejoints par leur famille. Le canton de Genève a finalement reconnu le droit de ces enfants à être scolarisés en 1989 et la mesure a fait tache d’huile. Tous les cantons ont fini par suivre.

Le ton se durcit de nouveau dans le domaine de l’immigration. Pensez-vous que cette proposition ait une chance dans le contexte actuel?

C’est tout simplement impensable que les enseignants puissent obtempérer si cette idée devait se concrétiser. Aucun d’entre eux ne peut accepter moralement de faire de la délation. Cela va contre leur éthique, contre leur métier qui est de former, et pas de dénoncer. L’UDC parle beaucoup d’école et d’étrangers, c’est le moment ou jamais avec ce sujet de se saisir du problème et de dire stop. J’ai l’espoir que les Suisses vont réagir. Ils ne peuvent pas rester insensibles au sort de ces enfants.

Article signé Magali Goumaz et Stéphanie Germanier dans le Matin

vendredi 7 janvier 2011

Il se présente au poste de police pour demander l'asile

Un ressortissant serbe s’est présenté jeudi soir au poste de police avec sa fille âgée de sept ans et a demandé l’asile politique.

La police municipale de Saint-Gall a dû traiter jeudi soir un cas exceptionnel. Un ressortissant serbe s'est présenté avec sa petite fille pour demander l’asile. Des investigations ont cependant montré qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt dans son pays d’origine. Il a finalement été placé en détention en vue de son extradition alors que sa fille a été prise en charge par une organisation de protection de l’enfance.

Trouvé dans le Matin

mercredi 5 janvier 2011

Des barbelés à la frontière de l'Europe ?

La Grèce veut clôturer un tronçon de sa frontière avec la Turquie pour lutter contre l’immigration clandestine. L’Europe s’inquiète. Reportage.

Le paysage est superbe, mais dur et sauvage. Nous sommes en Grèce, en Thrace occidentale, frontalière de la Turquie. Du chemin de terre où des clandestins relâchés des camps de rétention attendent le bus, on voit les minarets d’Edirne la turque, à moins de 5 kilomètres du clocher du village grec de Nea Vissa.

Youssef, 24 ans, vient d‘être libéré du camp de Filakio ce matin, Il est déçu par la Grèce. «  Si j’avais su que c’était comme ça, je ne serais pas venu. Hier on nous a sortis tous, un par un. Ils en ont frappé quelques-uns, pour rien, sinon on n’a pas trop à se plaindre, on n’est pas dans notre pays quand même ».

Chaque jour, 140 à 150 migrants arrivent de Turquie

Il est Tunisien mais lors de son interrogatoire par les agents de la Frontex, l’Agence de surveillance des frontières extérieures de l’Europe, il a menti : pour pouvoir rester en territoire européen, il s’est déclaré Palestinien. Il rêve de venir en France. Il fait partie des 140 à 150 migrants sans papiers qui franchissent à pied ou à la nage la frontière turco-grecque quotidiennement.

Avant l’arrivée des unités de la Frontex, appelées à l’aide par Athènes pour faire face à cette vague d’immigration sans précédent, ils étaient 300 chaque jour à franchir l’Evros, le fleuve qui fait office de frontière naturelle entre les deux pays. Beaucoup trop pour la Grèce qui, elle-même en crise, dit avoir atteint ses limites d’accueil de clandestins.

«  Le pays n’en peut plus », a indiqué le ministre en charge de l’immigration Christos Papoutsis dimanche avant d’annoncer la clôture de cette frontière par des barbelés.

L’Union européenne émet beaucoup de réserves sur cette initiative. Ce serait une première depuis la création de l’espace Schengen.

Sur place, on a aussi un doute ; «  Le problème, explique un officier autrichien, c’est qu’il n’y a aucune coopération entre l’armée grecque et la police et les unités de la Frontex qui ont d’autres priorités. Ici tout est plus compliqué car la frontière avec la Turquie est sensible. On marche sur des œufs ».

Un autre militaire n‘y va pas par quatre chemins : «  En face, ils (les Turcs) ne font pas leur boulot et nous ici on ne peut rien faire d’autre que de cueillir les migrants qui arrivent pour les emmener au camp ».

Agir a été pris ce matin. Comme les autres, il est épuisé, affamé, assoiffé. Parqué dans un bus avec une dizaine de Somaliens terrassés par la fatigue, il veut témoigner.

Pendant 18 mois, il a servi de guide aux marines américains, aux soldats hollandais britanniques et français en Afghanistan. Les talibans ont commencé à lui chercher noise. «  Je sais que je suis venu illégalement mais je n’avais pas d’autre solution ». Agir veut aller dans les pays dont il a aidé les soldats. «  C’est à eux de faire quelque chose pour moi, non ? »

De simples prières pour les noyés dans le fleuve

Au moins, il est vivant. Beaucoup meurent noyés dans cette quête de l’Eldorado européen. L’imam de la région se charge de les enterrer quand on retrouve les corps, sinon il fait la prière des morts au-dessus du fleuve. Ce vieil homme qui porte son turban avec fierte est en colère, contre la Grèce, la Turquie, l’Europe. «  Ce qui se passe ici est inhumain. »

Ioanna, volontaire de Médecins sans frontières, ne dit pas autre chose : «  Ce que j’ai vu dans ces camps est innommable. Ils sont surpeuplés. Les toilettes sont bouchées en permanence, les femmes et les enfants dorment souvent à même le sol ».

MSF, Médecins du Monde, Amnesty International et le Haut Commissariat aux Réfugiés évoquent la possibilité d’une crise humanitaire en Grèce.

Le risque existe que la population se tourne vers les extrémistes

Kostas, habitant de Nea Vissa, s’emporte : «  Dès qu’il va faire beau, la Frontex ne servira qu’à jouer au taxi entre la frontière et les camps. On n’en peut plus. Je ne leur veux pas de mal mais on ne peux plus les accueillir ».

A 900 kilomètres de là, à Athènes où échouent ces damnés de la terre, on en arrive au même constat. D’autant qu’aux dernières élections un néonazi a été élu conseiller municipal dans le quartier d’Agios Pantelimonas, en voie de ghettoïsation. Pour les Athéniens, c’est un signe qu’il ne faut pas négliger.

Angélique Kourounis, correspondante en Grèce, pour DNA

lundi 3 janvier 2011

La traque aux clandestins africains

Des milliers de réfugiés, notamment soudanais et érythréens, sont arrivés récemment après avoir traversé le Sinaï. Le gouvernement israélien évoque une «menace stratégique» et est en train de créer un immense camp dans le désert du Néguev.

«Ne jouez pas au justicier, laissez-nous agir selon les règles en ­vigueur.» Dans une déclaration dramatique improvisée le 22 dé­cem­bre, Benyamin Netanyahou a appelé ses concitoyens à ne pas s’en prendre physiquement aux milliers de réfugiés africains qui affluent depuis quelques mois dans l’Etat hébreu. L’appel du premier ministre fait suite à la tentative d’incendie volontaire d’un appartement d’Ashdod dans lequel huit Soudanais s’étaient retrouvés enfermés le 16 décembre. Il répondait également aux manifestations qui se multiplient dans le sud de Tel-Aviv pour exiger l’expulsion de ces «étrangers qui nous apportent la délinquance et les maladies».

Dans la nuit du 13 au 14 décembre, Israël a déjà expulsé par charter 150 clandestins soudanais, et d’autres rafles devraient suivre. Cette mesure radicale fait partie d’une politique mise au point par le ministre de l’Intérieur, Elie Yishaï (Shas). Dans ce cadre, le gouvernement israélien a entamé il y a un mois la construction d’une nouvelle «barrière de sécurité» qui serpentera le long de la frontière égyptienne. Les unités spéciales de la police chargées de traquer les clandestins ont été renforcées et un camp géant de 10 000 places est en cours d’établissement dans le désert du Néguev.

Selon Elie Yishaï, les immigrés africains constitueraient «une menace stratégique plus grave que les Palestiniens», parce que les clandestins ne sont pas juifs et qu’ils «véhiculent le sida».

«Cas de viol et de torture»

Combien sont-ils? Nul ne le sait précisément. A Eilat, la station balnéaire israélienne la plus fréquentée, la municipalité affirme qu’ils représentent environ 10% de la population de la ville (30 000 habitants). Principalement des réfugiés soudanais (Darfour) et érythréens. Mais l’on trouve également de nombreux Ghanéens, Congolais et Nigérians à Beer-Sheva, à Tel-Aviv, et à Ashdod où s’est d’ailleurs développé un «quartier soudanais».

«La phase la plus terrible du voyage pour se rendre en Israël, c’est la traversée du désert du Sinaï car les Bédouins censés nous guider tentent souvent de nous dépouiller. Il y a eu des cas de viol et de torture», raconte Samara, une chrétienne du Darfour employée comme femme de ménage dans un quartier branché de Tel-Aviv. «Le long de la frontière avec Israël, les gardes égyptiens tirent à vue [ndlr: 30 morts depuis le début de l’année]. Quant aux militaires israéliens, certains proposent de l’eau mais la plupart nous laissent en plan au milieu de nulle part.»

Car l’armée israélienne refuse le plus souvent de prendre en charge les clandestins interpellés. Elle se contente de les repousser de l’autre côté de la frontière égyptienne en sachant qu’ils risquent la mort. Au début de novembre, un officier de réserve a toutefois refusé d’exécuter un ordre de renvoi qui concernait 13 Africains exténués, dont plusieurs enfants. «Je ne pouvais pas faire une chose pareille. Je serai peut-être puni, mais je pourrai me regarder dans un miroir», a-t-il déclaré en apprenant qu’il serait traduit devant une juridiction militaire pour insubordination.

Originaire du Congo, Mathias s’est installé en Israël avec un visa de touriste. Il réside depuis lors dans un taudis que se partagent neuf autres compagnons d’infortune. «C’est dur mais nous ne dormons pas sur les trottoirs comme beaucoup d’autres et l’on ne se plaint pas, affirme-t-il. Chaque matin, on attend dans un parc qu’un entrepreneur nous embarque pour travailler sur les chantiers. En général, il paie 20 euros pour quinze heures de travail. Ce n’est pas beaucoup mais, avec ça, j’ai de quoi manger pour une semaine en faisant attention.»

Au fil des opportunités, le Congolais a ainsi nettoyé des restaurants pendant la nuit, coulé du béton et trié des légumes dans une épicerie de quartier. «Le patron de ce magasin ne me payait pas, mais il me donnait de la marchandise, se rappelle-t-il. Depuis mon arrivée, je sais que je n’ai aucun avenir ici, mais j’ai toujours trouvé du travail. J’ai vraiment beaucoup de chance par rapport à d’autres qui mènent une vie de chien.»

Serge Dumont dans le Temps