jeudi 25 novembre 2010

"Moi, Kader, bosseur et bientôt renvoyé de Suisse"

Micromécanicien et pompier, le requérant Ivoirien Kader Dosso sera renvoyé. Le Tribunal administratif fédéral a rendu sa décision.

kader dosso 2

A Sainte-Croix, même au sein de la section de l’UDC, Kader Zoumana Dosso (33 ans) est perçu comme un modèle d’intégration. Lors des festivités du 1er Août, ce requérant d’asile ivoirien arrivé en Suisse en 2008 a eu l’honneur de prononcer un discours devant les autorités municipales et la population. Actif sur le plan professionnel dans une entreprise de micromécanique, où il est apprécié, pompier volontaire et ancien bénévole de l’Ecole de cirque, il ne ménage pas sa peine pour servir la collectivité.

«Moi, Kader, bosseur et bientôt renvoyé de Suisse»

kader dosso 1«Il y a Ivan, le violeur qui sera bientôt Suisse et il y a Kader, le bosseur qui sera bientôt renvoyé de Suisse», parodie-t-il avec un humour qui cache mal son dépit. La semaine passée, ce célibataire a reçu une lettre du Tribunal administratif fédéral qui l’a bouleversé. Statuant sur la décision de renvoi formulée par l’Office fédéral des migrations contre laquelle l’Ivoirien avait fait recours, cette instance a confirmé la mesure d’expulsion. Définitive, cette décision n’offre aucune possibilité de recours. Le tribunal juge que l’intéressé «n’a pas rendu hautement probable qu’un retour dans son pays l’exposerait à des traitements contraires aux engagements internationaux signés par la Suisse».

Kader Dosso n’est pas de cet avis. S’il a fui la Côte d’Ivoire – pays d’Afrique de l’Ouest qui vit une crise politico-militaire depuis 2002 –, c’est parce que sa vie y était en danger à cause de son origine ethnique. «Je militais dans l’opposition. Mon frère a été tué pour des raisons politiques», indique-t-il. A la veille du second tour de l’élection présidentielle, prévue dimanche, les dissensions tribales entre le Nord et le Sud sont toujours vives.

A Sainte-Croix, la décision de renvoi du requérant d’asile suscite un émoi indéniable. «C’est dégueulasse! Il travaille, parle très bien le français, s’engage pour le village et il va se faire renvoyer», s’insurge une jeune maman. Une femme d’une cinquantaine d’années s’emporte: «A cause de cette décision débile, c’est la première fois de ma vie que je suis tentée de me mettre en marge de la loi.»

Dans la cour enneigée du Collège de la gare, des gamins lancent un «Salut Kader», en apercevant le requérant d’asile. Il leur répond avec un sourire qui ne trahit pas la déception et l’incompréhension qui l’habitent. «On me laisse m’attacher à une région et à des gens et après on veut m’expulser.»

renvoi ste-croix opinions

Abdoulaye Penda Ndiaye dans 24 Heures

Show de police contre un squat de demandeurs d'asile à Nice

Une spectaculaire opération de police, avec fracas de portes d'entrée et fouille en règle du bâtiment, s'est déroulée jeudi à l'aube dans le squat occupé par 115 demandeurs d'asile dans le centre de Nice dont Rue89 vous parlait déjà la semaine dernière, dans un reportage que nous reproduisons ci-dessous.

Selon Emmanuelle Gaziello, élue communiste niçoise, qui s'est rendue sur place à 6 heures du matin jeudi, les policiers lui ont déclaré que cette opération était « destinée à vérifier que tout était bien en sécurité dans cet immeuble ». Pourquoi alors avoir cassé la porte d'entrée, demande l'élue.

A 6h30, les policiers sont repartis bredouille. Une opération d'autant plus surprenante que deux jours avant, une audience en référé en justice avait décidé de… renvoyer l'affaire à une audience ultérieure pour que les juges puissent statuer sur le fond, estimant qu'il n'y avait pas d'urgence.

L'intervention policière est peut-être plus à rapprocher de la manifestation d'extrême droite qui s'est produite le 13 novembre devant le squat, et dont nous avions déjà raconté les détails.

Lire la suite de cet article de Jean-Baptiste Malet sur Rue89

Référendum: la Suisse appliquera-t-elle le programme du FN ?

La Suisse serait-elle en train de devenir le royaume des référendums anti-étrangers ? Dimanche, le peuple helvétique est appelé à se prononcer sur un texte de loi qui vise à priver de droit de séjour les étrangers condamnés pour un délit grave. Pour Gilbert Casasus, professeur en études européenne à l'Université de Fribourg, une partie de l'électorat se radicalise..

En cette fin de novembre, la Suisse s’apprête à vivre un dimanche électoral auquel elle nous a malheureusement trop habitués depuis quelques années. Après les référendums sur l’asile, l’accueil des étrangers et l’immigration en 2006 et celui sur l’interdiction des minarets en 2009, voilà que le peuple suisse va vraisemblablement se prononcer pour la privation du droit de séjour pour les criminels étrangers, « indépendamment de leur statut et de tous leurs droits à séjourner en Suisse ». Sont visées notamment toutes les personnes qui « ont été condamnées par un jugement entré en force pour meurtre, viol, ou tout autre délit sexuel grave, pour un acte de violence d'une autre nature tel que le brigandage, la traite d'êtres humains, le trafic de drogue ou l'effraction; ou si elles ont perçu abusivement des prestations des assurances sociales ou de l’aide sociale ».

Fruit d’une initiative populaire, déposée comme à l’accoutumée par ladite Union Démocratique du Centre (UDC), ce référendum ne laisse planer aucun doute sur l’idéologie profondément xénophobe de ce parti. Parce que conscient des effets négatifs que pourrait entraîner l’adoption de ce texte par le peuple, le Conseil fédéral, soit le gouvernement suisse, a décidé de proposer « un contre projet » destiné à « préciser les motifs de révocation, (à) tenir davantage compte du degré d’intégration lors des décisions (et à) réserver le principe constitutionnel de la proportionnalité des mesures prises par l’autorité et le droit international public ». Toutefois, parce que trop proche de l’initiative de l’UDC, ce contre projet est également combattu par une grande partie de la gauche et par l’ensemble des organisations de défense des droits de l’homme.

De même, nombre de juristes s’insurgent contre l’initiative de l’UDC. Ils la jugent contraire à plusieurs clauses de la Convention européenne des droits de l’homme et en contradiction parfaite avec les accords de libre circulation des personnes que la Confédération helvétique a conclus avec l’Union Européenne. Celle-ci a d’ailleurs d’ores et déjà manifesté ses plus vives inquiétudes et menacé Berne à demi-mot de remettre en cause l’avenir des négociations bilatérales qu’elle a menées depuis une dizaine d’années avec la Confédération helvétique. Enfin, de nombreuses voix s’élèvent contre cette initiative, la considérant tout simplement comme inapplicable car se heurtant, et heureusement, à trop de garde-fous et de recours juridiques.

Mais tous ces avertissements ne semblent pas faire mouche. De plus en plus, les étrangers, criminels ou non, deviennent les parfaits boucs-émissaires d’une Suisse repliée sur elle-même. Alors qu’elle doit sa prospérité au plus de 1,8 million d’immigrés qu’elle accueille sur son territoire, la Confédération helvétique n’est donc pas à l’abri d’un racisme, par nature honteux et dégradant. Notamment promu par un parti de plus en plus proche de l’extrême droite, il gagne du terrain chez un électorat que l’on n’aurait jamais soupçonné, il y a quelques années, de sympathies xénophobes. Ainsi de nombreux citoyens, électeurs de la droite traditionnelle, désirent désormais apporter leur suffrage à l’initiative de l’UDC.

Car c’est bel et bien au centre-droit que se joue l’avenir politique de la Suisse. Officiellement qualifiés de « bourgeois », les partis de la droite centriste n’arrivent guère plus à se positionner au sein d’un échiquier politique qu’ils ont dominé durant plusieurs décennies. Parce qu’incapables de rompre leurs alliances nationales, cantonales et locales avec l’UDC, ils sont même prêts à abandonner leurs propres idées pour faire allégeance à celles de l’Union Démocratique du Centre. Si les chrétiens-démocrates, souvent fidèles aux principes humanistes de la religion, s’opposent en grande majorité à cette initiative, il n’en est pas toujours ainsi chez certains libéraux et chez nombre de leurs électeurs dont beaucoup se reconnaissent dans les thèses de la droite dure. Déjà très proches des milieux patronaux et fervents partisans du néolibéralisme économique, ces libéraux, que l’on nomme « radicaux » en Suisse romande, prennent désormais leurs distances vis-à-vis de positions qui naguère avaient fait leur force.

Il y a quelques semaines, ils ont renoncé à leur engagement européen et renvoyé aux calendes grecques une adhésion éventuelle de la Suisse à l’Union européenne. Quant aux idées de la philosophie libérale, elles sont de plus en plus reléguées au second plan. Reste alors aux libéraux, dignes de ce nom, le soin de se démarquer de l’UDC et de ne pas tomber dans le piège que celle-ci tend avec succès aux responsables de leur parti. Car en Suisse, comme partout ailleurs en Europe, la démocratie ne saurait accepter la remise en cause de l’État de droit et les atteintes portées aux libertés individuelles qui s’appliquent à chaque citoyen, quelle que soit sa nationalité.   

Marianne2 offre sa tribune à Gilbert Casasus, professeur en études européennes à l'Université de Fribourg

mercredi 24 novembre 2010

Référendum, vent de populisme

Faut-il expulser les étrangers condamnés pour des crimes graves ? C’est la question à laquelle les Suisses devront répondre dimanche prochain lors d'un referendum. L'UDC, l'Union démocratique du centre, a mené une campagne agressive contre ceux qu’elle désigne comme des « moutons noirs ».

Les invités de l'émission Focus sont:

  • Pascal SCIARINI, Directeur, Département de science politique, Université de Genève, en direct de Genève, Suisse
  • Vincent DEFAIT, Correspondant France 24, en direct de Genève, Suisse

Émission préparée par Charlotte Oberti, Kate Williams et Patrick Lovett pour France24

Un visage sur les migrations

que fais-je iciL'hôtel de ville de Bailleul accueille une exposition consacrée à des portraits de migrants. Nadège Fagoo et Émilie Lenancker les ont réalisés l'hiver dernier auprès de clandestins de passage au camp médical bailleulois. Récit à deux voix de leur démarche.

Expression grave ou sourire éclairé, les portraits captent l'oeil du visiteur dans le hall de l'hôtel de ville de Bailleul. Vingt-cinq hommes, des Afghans de 12 à 36 ans, racontent leur histoire personnelle, leur périple. Cette galerie de portraits, Que fais-je ici ?, est présentée jusqu'à demain.

À l'origine de la démarche, Nadège Fagoo, photographe à l'agence Light Motiv à La Madeleine, et Émilie Lenancker, professeur d'anglais. Les deux Bailleuloises ont rejoint l'association Flandre terre solidaire l'automne dernier, au moment de l'ouverture du camp sanitaire Intermed. S'est alors dessinée l'envie de « garder une trace de leur passage ».

Nadège Fagoo, épaulée d'Émilie Lenancker à la traduction, a imaginé des rencontres illustrées de portraits. De ces entretiens, menés de décembre au printemps, elles ont récolté des récits forts, émouvants. qu'elles ont voulu transmettre. La semaine de la Solidarité qui se profilait a été le déclencheur de l'exposition.

« Des interviews se sont révélées bouleversantes, nous n'imaginions pas leurs parcours si dramatiques. » Des extraits bruts, sans fioritures, volontairement courts pour être percutants, accompagnent les photos de Nadège Fagoo, prises sur le vif pendant les entretiens. « Les gens m'ont dit de partir ou je serais tué », témoigne Mohammed, 24 ans. « Depuis que je suis né, je n'ai jamais connu le bonheur », raconte Mustapha, 19 ans. « Tout le monde dit que l'Europe est le pays des droits de l'homme, mais pas pour les migrants », note l'un d'eux. Ces histoires ont un élément commun : « Ces hommes ont tout quitté, pleins d'espoir. Arrivés ici, certains voient leurs espoirs déçus, ils s'attendaient à être accueillis à bras ouverts avec des papiers. En parallèle, ils sont reconnaissants des actions de solidarité qui ont été mises en place », note Nadège Fagoo. « Ils sont tous attachés à leur pays. Beaucoup gardent espoir d'une vie meilleure », complète Émilie Lenancker.

Les deux Bailleuloises impliquées dans le milieu associatif - Émilie Lenancker préside le collectif artistique La Sauce -, ou politique - Nadège Fagoo est adjointe au maire à Bailleul - reconnaissent que leur sentiment de révolte a été moteur. « Notre but n'était pas de faire un album photo », précise l'enseignante. « Nous voulions parler au sens large de l'immigration, du problème des sans-papiers, du gouvernement et de sa politique dure sur l'immigration », indique la photographe. En filigrane, aussi, la volonté de « titiller » les Bailleulois, les inciter à s'interroger sur l'immigration « un problème auquel on n'est pas confronté au quotidien ».

Enfin, elles rendent hommage au mouvement de solidarité qui s'est enclenché l'an dernier, lors de l'installation du camp, rapprochant les associations.

Quelle suite à ce travail ? « On ne se projette pas encore », répond Émilie Lenancker. Il est d'ores et déjà fixé, en revanche, que l'exposition se déplacera. Elle est attendue au cinéma L'Univers à Lille, du 15 au 19 décembre. •

Exposition visible dans le hall de l'hôtel de ville de Bailleul jusqu'à demain.

Les affres de l'immigration inspirent la trilogie de Toussaint Dembélé

Sans avoir été directement victime des affres de l’immigration clandestine, Klémagha Toussaint Dembélé ne se sent pas moins concerné. A la faveur de l’exposition, dont le vernissage a eu lieu le 11 novembre 2010, au « Bla bla » de l’Hippodrome, nous avions eu l’occasion d’apprécier la force de l’influence de l’immigration clandestine sur son travail artistique.

Installé sur du sable, assis sur une caisse, tenant avec sa main droite, sa tête symbolisée par un téléviseur, Waka habillé en haillon laisse transparaître toute la misère qu’il a subie. De loin et de prime abord, vous pourrez penser que c’est un modèle qui pose pour la circonstance, tant il a tout d’un être humain. Mais, Waka, même traduisant la réalité, parce que symbolisant la misère subie par un proche de son concepteur est une œuvre d’art qui expose le talent exceptionnel de celui qui est parti pour être un as du multimédia et des installations artistiques. « Waka, ce sont les deux premières syllabes du nom de celui qui m’a inspiré cette œuvre et à qui j’ai voulu rendre hommage », nous indiqué Klémagha Toussaint Dembélé.

A peine sorti du conservatoire, ce jeune artiste malien a décidé d’inscrire son nom en lettres d’or dans la catégorie des grands artistes plasticiens de ce pays. Au lieu de s’exprimer par la peinture, comme c’est de coutume dans notre pays, le jeune artiste sorti major de sa promotion en juin 2010, du Conservatoire de Bamako, s’est spécialisé dans le multimédia et les installations artistiques. Ses œuvres qui seront exposées jusqu’au 16 décembre 2010, au « Bla bla » à l’Hippodrome, sont de nature à nous rassurer que cet artiste n’a pas fait le mauvais choix. Son talent est d’autant plus impressionnant qu’il innove par l’utilisation du fil de fer. Imaginez l’ingéniosité qu’un artiste peut déployer pour faire des tableaux figuratifs avec des fils de fer. C’est ce qu’a fait, dans une parfaite réussite, Toussaint Dembélé alias Klémagha ou le nom de Dieu en langue Minianka.

Au « Bla bla » où il expose actuellement avec Amadou Sanogo, un autre jeune peintre malien non moins talentueux, les visiteurs n’auront aucune difficulté à remarquer la signature de Klémagha. « Waka », son œuvre emblématique qui trône avec beaucoup de fierté au « Bla bla », est un message artistique de la condamnation de l’immigration clandestine et de toutes les misères qui poussent la jeunesse africaine à se jeter sur les routes incertaines qui devaient les conduire vers un Eldorado qui n’existe en réalité nulle part, mais qu’ils croient trouver en Europe. « J’ai un ami d’enfance bijoutier de son état qui a tenté de s’exiler par voie terrestre en Europe.

Courage aidant, avec certains compagnons d’infortune, il est parvenu sur une plage espagnole, après avoir traversé le désert malien et le Maroc. Arrêté par les gardes côtes espagnoles, ils seront jetés dans le Sahara sans repère. Et, c’est après 4 jours de faim, de soif, mais surtout de marche, que les survivants de la bande vont arriver à un poste frontalier malien du côté de Taoudéni où le bijoutier sera secouru par un de ses amis devenu gendarme et en poste à la frontière », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’il a décidé d’utiliser le fil de fer pour traduire la résistance de son ami. L’artiste a poussé la symbolique jusqu’à utiliser du fil de fer rouillé. « Comme la rouille finit par avoir raison du fil de fer le plus solide, le choc subi par mon ami bijoutier finira par le détruire un jour », a-t-il ajouté. « Waka » dont la position exprime la pose qu’il observe actuellement dans sa famille est assis sur une male qui symbolise selon l’artiste le sac du voyageur, mais contient le lecteur DVD qui permet de faire défiler des images sur l’écran du téléviseur, représentant la tête de « Waka ».

Intitulé aliénation, le film qui défile dans la tête de « Waka » traduit le traumatisme dont il a été victime. Là aussi, le fil de fer a été mis à contribution pour réaliser des images filmées où des maisons, le luxe, des voitures, des mobylettes et tous les biens éphémères de notre monde s’entrechoquent. « Aucun objet, mieux qu’un téléviseur ne pouvait symboliser la tête de Waka, pour la simple raison que c’est à travers lui que les jeunes Africains découvrent cette Europe où tout semble facile », a-t-il indiqué. A signaler que « Waka » est un élément d’une trilogie dont les deux autres sont : « Les guetteurs d’espoir » et « Le naufragé ». Réalisées avec du fil de fer, toutes ces œuvres traitent de l’immigration clandestine.

« Les guetteurs d’espoir » est un tableau qui représente trois jeunes derrière un mûr en grillage et qui cherchent la petite faille pour passer de l’autre côté. Quant à l’œuvre « naufragé », elle traduit l’un des grands risques qui hantent tous les émigrants clandestins : la noyade dans une mer déchaînée qui fait d’une bouchée les embarcations de fortune.

Assane Koné dans le Républicain (Mali), relayé par Maliweb

"Cette police de la pensée est inquiétante"

christophe reymond centre patronalLe Centre patronal prône le double non sur le renvoi des criminels étrangers. Son directeur, Christophe Reymond, s’en explique.

A quelques jours du scrutin sur les moutons noirs de l’UDC, le conservateur Centre patronal joue ses propres cartes et se démarque du reste de la droite. Il s’oppose à l’initiative et son contre-projet, qu’il juge contraire au fédéralisme en instaurant une politique d’intégration en mains de Berne. Un double non dans le sillage de la gauche. Mais les arguments divergent, avec une différence de taille: à la question subsidiaire l’organisation patronale préfère le texte de l’UDC.

A vos yeux, l’article sur l’intégration du contre-projet constitue une atteinte au fédéralisme. Cela suffit-il à prôner son rejet, au risque de favoriser une proposition UDC dont vous ne voulez pas?

Les arguments institutionnels sont toujours forts et quand on foule aux pieds la répartition des tâches entre cantons et Confédération, nous n’avons pas d’états d’âme. De surcroît, ce projet sur l’intégration est en soi très mauvais.

Les défenseurs du contre-projet vantent le caractère mesuré de leur texte. Que lui reprochez-vous?

Ce n’est pas tant le volet sur le renvoi des délinquants étrangers qui s’avère problématique, d’autant qu’il correspond grosso modo à la pratique vaudoise actuelle. Mais si l’on prend le temps de se pencher sur l’article consacré à l’intégration, on est atterré par son côté prêchi-prêcha, ou inquiet de ses aspects quasi orwelliens. Comment demander à chacun, étranger ou Suisse, de vivre «en accord avec la société»? Puisqu’on demande de respecter les «valeurs fondamentales de la Constitution», va-t-on rééduquer ceux qui entonnent l’Internationale parce qu’ils en appellent à un régime qui contrevient à la liberté économique? Il faut s’opposer à cette police de la pensée. D’autant que le texte envisage une mise en œuvre de cette politique, avec des principes fixés par la Confédération et une mise au pas des cantons récalcitrants.

Pour vous, la loi actuelle sur le renvoi des délinquants étrangers n’a pas besoin d’être changée?

Non. En tout cas, dans le canton de Vaud, on pratique une politique de fermeté, tout en renonçant à des renvois pour des motifs humanitaires et familiaux. Cela me conforte dans l’idée qu’on peut dire deux fois non.

Mais pourquoi privilégier l’initiative UDC à la question subsidiaire?

Il faut choisir entre la peste et le choléra. L’avantage de l’initiative, si l’on peut dire, c’est qu’elle est contraire à de nombreux textes internationaux. Sa mise en œuvre devra forcément en tenir compte et aboutira probablement à une solution assez proche du contre-projet. Avec cependant cet avantage de ne pas prévoir en sus un programme fédéral de normalisation des personnes et d’alignement des cantons.  Laure Pingoud

Laure Pingoud dans 24 Heures

mardi 23 novembre 2010

Le défi européen de l'immigration clandestine

Le mois dernier, Athènes demandait l'aide de ses partenaires européens pour faire face à l'afflux de clandestins. En 2010, plus des trois quart des personnes arrêtées dans l'Union pour entrée illégale sont passées par la Grèce. La réponse de Bruxelles n'a pas tardé : FRONTEX, l'Agence européenne de surveillance des frontières extérieures.

Quand la nuit tombe sur Orestiada, sur les bords du fleuve Evros, dans le nord de la Grèce, les patrouilles s’éveillent. Dès 20 heures, des policiers venus de toutes l’Europe s’arment de caméras et de jumelles thermiques, embarquent dans des jeep et hélicoptères spécialisés, et commencent la traque. Leur proie : des immigrés clandestins venant par la frontière turque. 10 minutes de marche d’un pays à l’autre et des centaines de migrants la traversent chaque jour. La Grèce en a interpellé plus de 33 000 depuis le début de l’année et est dépassée. Elle a fait appelle en urgence à Frontex, la police en frontière pour déclencher l’opération RABIT (unité d’intervention rapide) au plus vite. Résultat, 175 policiers de 26 pays européens se concentrent pendant deux mois sur la région pour créer un mur européen.

Après dix jours d’action, les chiffres "ont considérablement baissés", affirme un agent français de FRONTEX, "à mon arrivée, ils étaient 300 à venir par jour, maintenant, ils sont un peu moins d’une centaine", explique-t-il. Ses collègues ne sont pas aussi habitués à voir tant de monde via l’écran noir et blanc reproduisant les prises de vues des caméras thermiques. "Pour moi c’est indescriptible, c’est dur ", se confie un agent hongrois "d’un côté je dois faire mon travail, de l’autre, j’ai de la peine en voyant toutes ces personnes venues d’Afghanistan ou d’ailleurs".

Dans le village voisin de Vissa, le ton est tout aussi lourd. La Grèce accueille 90% de l’immigration clandestine européenne et ses habitants n’en sont pas fiers, à l’image de Dimitri. Il profite de notre présence et de la caméra pour exprimer sa colère. "Je ne suis pas raciste, je leur donne à manger quand je les croise, mais ils sont trop nombreux. Les gens doivent comprendre qu’il ne s’agit pas d’une frontière grecque ici, mais d’une frontière européenne, alors qu’ils prennent des mesures en fonction !", s’alarme t-il.

Ces immigrés clandestins passent par la Grèce, et non par la Bulgarie voisine, pour profiter de l’espace Schengen. Ils espèrent profiter ainsi de la libre circulation des personnes pour arriver dans le nord de l’Europe et se construire un meilleur avenir.

Au petit matin, les immigrés clandestins qui ont réussit à passé à travers les filets de la police pullulent. La plupart sont épuisés, affamés et ont soif. Ils demandent d’être arrêté par la police pour être placé dans un centre d’accueil et recevoir les soins nécessaires.

Direction Fylakio, l’unique centre d’accueil de la région. Impossible de filmer les cellules, mais les témoignages et images extérieurs sont caractéristiques. 500 personnes y sont parquées pour 300 places de disponibles dans des conditions sanitaires parfois hors normes. Hommes, femmes, enfants, bébés, exilés d’Afghanistan, du Maghreb ou de Somalie, sont entassés dans ce centre aux allures de camp, entouré de barbelés et surveillé par de nombreux policiers.

L’espace Schengen impose aux autorités grecques de les relâcher au minimum après deux jours de détention. Des centaines de migrants repartent donc avec pour seul bagage un certificat de nationalité leur donnant un mois pour quitter le territoire. Ils feront donc tout pour rejoindre Athènes. Le bus, coute 60 euros, le train, 37 pour douze heures de route. Ceux qui n’ont pas assez d’argent marcheront...

Un article trouvé sur France24

Italie: rapatriement de 68 clandestins extracommunautaires en une semaine

Les autorités italiennes ont procédé, durant la semaine dernière, au rapatriement de 68 ressortissants extra communautaires en situation illégale, a annoncé le ministère italien de l'intérieur.

Il s'agit essentiellement de citoyens tunisiens, égyptiens et marocains entrés clandestinement sur le territoire italien, a indiqué la même source sur son site Internet précisant que les rapatriements ont été opérés par voie aérienne.

Chaque semaine, plusieurs dizaines de personnes originaires de différentes régions du monde sont expulsées vers leur pays par les autorités italiennes qui, depuis quelques mois, ont durci la législation régissant l'immigration clandestine.  En vertu de cette législation, la clandestinité est désormais érigée en délit passible d'une amende pouvant atteindre 10 mille euros assortie d'une expulsion immédiate.

Dimanche, l'agence de presse italienne ANSA avait annoncé l'interception par les services italiens de lutte contre l'immigration clandestine d'un bateau transportant 137 immigrants illégaux d'origine irakienne, au large de Crotone, en Calabre (sud).

Lundi dernier, les mêmes services avaient intercepté, au large des côtes de Lecce, également dans le sud, une embarcation avec à son bord 19 clandestins d'origine kurde, dont quatre mineurs. Le renvoi dans leur pays des clandestins est opéré dans le cadre du projet "defender" destiné à renforcer la prévention et la répression de la criminalité sur le territoire européen.

Casafree

Rencontre avec les Roms de Genève

Malgré des conditions de vie très difficiles, les Roms préfèrent rester en Suisse plutôt que de rentrer au pays.

Journal de la TSR