mercredi 2 juin 2010

Berne refuse de surveiller les imams en Suisse

Créer un organe ad hoc pour contrôler les prédicateurs musulmans. La proposition de l’UDC a été enterrée hier par le Conseil des Etats. Motion inutile et discriminatoire, qui jetterait de l’huile sur le feu, ont tranché les élus. Un article de Martine Clerc, Berne, dans 24 Heures.

imams surveillance

L’islam des caves gangrène-il la Suisse? Le spectre des musulmans radicaux hante un certain nombre de parlementaires de droite. Mais pas au point d’accepter la création d’un organe spécifique de contrôle des imams, afin d’«expulser les prêcheurs de haine». Adoptée par le National en mars sans avoir été débattue, la motion de Lukas Reimann, conseiller national UDC (SG), a été enterrée hier par le Conseil des Etats. Pour éviter l’arrivée de prédicateurs extrémistes, le texte demandait la mise en place d’un système dans lequel seuls les imams titulaires d’une autorisation pourraient exercer dans notre pays. Sésame qu’ils n’obtiendraient qu’en cas de respect de l’ordre juridique et des droits constitutionnels suisses.

Demander à la Confédération de contrôler les imams? Cela ne fait aucun sens pour Robert Cramer, conseiller aux Etats Vert genevois: «Cela revient à créer une sorte de «police des religions», comme on peut en voir à l’œuvre en Iran! Sans compter que cet organe de contrôle aurait été totalement inutile. Il existe déjà en Suisse des lois permettant de sanctionner les appels à la haine ou à la violence.» Ada Marra, conseillère nationale (PS/VD), se réjouit du vote des sénateurs: «Après le vote antiminaret, l’UDC n’arrête pas de faire des lois d’exception. Tout le monde veut lutter contre les imams extrémistes, mais il s’agit d’une petite minorité.»

Soulagement à la mosquée
Les imams ne seront ainsi pas davantage surveillés que les pasteurs ou les rabbins. Stéphane Lathion, spécialiste de l’islam, respire: «Si cet organe s’était contenté de ne surveiller que les imams, il se serait clairement agi de discrimination. De quoi alimenter le climat actuel de méfiance et de suspicion envers tous les musulmans.» A la mosquée de Lausanne, également, on applaudit. «Notre imam est suisse, d’origine libanaise. Il connaît la culture helvétique et prêche en arabe et en français, explique Tawfiq El Maliki, porte-parole du lieu. A Lausanne, le dérapage de notre imam lors de ses prêches n’est simplement pas envisageable car, comme tous les fidèles, il adhère sans réserve aux principes défendus par la mosquée, qui sont: le dialogue et la recherche de l’harmonie.»

Le parlement, hier, a donc suivi le Conseil fédéral, lequel assurait que l’arsenal législatif et policier est suffisant et qu’il est inutile de stigmatiser davantage les musulmans. Et ce, malgré les prêches inquiétants tenus ces derniers mois dans certaines mosquées de Suisse – à Fribourg et à Bâle, notamment – dont la presse s’est fait l’écho. En décembre dernier, l’hebdomadaire Die Weltwoche allait plus loin, révélant le contenu d’un rapport classé confidentiel par le Conseil fédéral: sur les 200 mosquées que compte la Suisse, douze auraient une interprétation radicale de l’islam, notent les experts.

Le PLR pour des «écoutes» préventives
Pour surveiller efficacement les imams, il faut que la police puisse agir à titre préventif, clame le Parti libéral radical (PLR). Sa solution: modifier la loi sur les mesures de sécurité intérieure pour permettre aux services de renseignement, par exemple, d’installer des écoutes dans les lieux privés, même lorsqu’une enquête judiciaire n’est pas en cours. Car actuellement, les services secrets suisses ne sont pas autorisés à écouter les prêches des imams. Une proposition, en son temps, refusée par l’UDC.

«Le projet était excellent, mais l’opinion publique n’était pas prête. On était trop proches de l’affaire des fiches, estime le vice-président de l’UDC – et policier – Yvan Perrin. Aujourd’hui, je soutiendrais le projet du PLR, car une prise de conscience est en cours.» Le conseiller national regrette le rejet de la motion de son collègue: «A terme, le risque est de voir arriver en Suisse davantage d’imams à l’islam rigoriste.»

Une femme voilée agressée à Bâle

femme voilée agressée Bâle

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Requérant mort à Zürich: famille indemnisée

mort requérant ZH

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mardi 1 juin 2010

Le racisme plus présent, plus violent

Le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, rendu public hier, dresse un constat alarmant de l’état de la xénophobie en France

« On assiste à une augmentation préoccupante du nombre de manifestations racistes », constate Marc Leyenberger, rapporteur de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Au total, 1 026 actes ont été décomptés en 2009, contre 467 en 2008, soit une hausse de 11,6 %, selon le rapport 2009 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, présenté hier par la CNCDH.

UNE TOLÉRANCE CROISSANTE AU RACISME

Le passage à l’acte semble aussi un phénomène croissant. Le nombre de violences est passé de 97 en 2008 à 220 en 2009, dont 59 % sur des personnes physiques. Les menaces et actes d’intimidation ont atteint le chiffre de 806 en 2009, contre 370 l’année précédente. Cette « flambée » ne traduit pourtant qu’une partie de la réalité. Les chiffres utilisés par la CNCDH, qui sont fournis pas le ministère de l’Intérieur, sont presque exclusivement basés sur les dépôts de plainte dans les commissariats et les gendarmeries. Ils laissent de côté les très nombreux cas dans lesquels « les victimes du racisme hésitent encore à dénoncer les violences, menaces ou intimidations subies ».

« Comme les années précédentes, les membres de la communauté maghrébine sont les plus touchés », puisqu’ils ont subi un peu plus de 30 % du volume global des violences et des menaces racistes, note le rapport de la CNCDH. L’antisémitisme a aussi connu une hausse importante. Les menaces et actes de violence contre la communauté juive ont ainsi augmenté de 77,5 % par rapport à 2008, notamment au début de 2009, en lien avec l’offensive israélienne sur Gaza.

« Les Français justifient de plus en plus les actes racistes », s’alarme Marc Leyenberger. Le sondage réalisé à la demande de la CNCDH montre une chute de près de 10 % du nombre de personnes demandant une condamnation pénale pour les délits de xénophobie – sauf à l’égard des Noirs, pour lesquels le chiffre a au contraire augmenté. Paradoxalement, alors qu’au fil des ans, un nombre croissant de sondés se déclare « pas raciste », beaucoup, « lorsqu’on en vient à des cas particuliers, semblent avoir tendance à trouver des justifications à la manifestation du racisme ».

TENSIONS EXACERBÉES PAR LA CRISE

Ainsi, une part croissante de Français – 8 points de plus qu’en 2008 – se dit d’accord avec l’affirmation selon laquelle « il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France ». Ils sont 50 % à estimer que les difficultés d’intégration sont d’abord le fait du manque d’effort des personnes d’origine étrangère. « Tout cela est lié à un contexte économique dans lequel les immigrés et les étrangers redeviennent le réceptacle du malaise social », souligne le rapporteur. La crise économique a exacerbé la compétition et les ressentiments propices au racisme. Ainsi, « les personnes défavorisées économiquement ou celles qui sont le moins diplômées ont plus tendance à se déclarer racistes  ». Mais les membres de la CNCDH se sont aussi inquiétés de « la montée des expressions du racisme dans les milieux politiques et véhiculés par les médias ». Ils constatent « une dérive dans le langage », qui finit par rendre normal l’utilisation de termes qui nourrissent le racisme.

Un article signé Camille Bauer dans l’Humanité

Le racisme explose en France

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a rendu public, hier le 31 mai 2010 son rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.
Pour ce qui est de l’état de l’opinion, le rapport relève un paradoxe connu : les français se déclarent individuellement plus tolérants envers l’« autre », nous constatons que c’est vrai, mais dans le même temps les personnes sondées admettent la persistance du racisme dans l’ensemble de la société, ce qui n’est pas moins vrai.
Nous apprécions « l’autre » à condition que cet autre n’interfère pas trop dans notre sphère privée.
Plus crûment, nous aimons bien « l’autre » sauf lorsqu’il s’agit de l’accepter trop près de nous...
cncdh.jpgPour ce qui concerne les actes racistes et xénophobes, c’est carrément l’explosion : Le rapport recense 1026 faits en 2009, contre 467 en 2008 et 321 en 2007.
Le plus inquiétant c’est que les actes rapportés sont de plus en plus violents : si on en comptait 97 en 2008, on en compte...220 en 2009.
Concernant les violences et menaces antisémites, c’est hélas là aussi à une hausse que l’on assiste : 815 faits ont été enregistrés en 2009 contre 459 en 2008.
Et encore, le rapport ne reprend que les faits recensés par le ministère de l'Intérieur, et le ministère de la Justice après traitement de l'affaire.
Or nous les responsables associatifs voyons tous les jours que non seulement toutes les victimes ne portent pas plainte, mais qu’elles ont tendance à ne plus le faire en raison, hélas, 3 fois hélas, des suites généralement réservées aux plaintes.
Qui peut vraiment être étonné de cette tendance à l’augmentation des violences à caractère raciste en France ?
Qui peut vraiment être surpris dès lors que les autorités qui devraient faire progresser la concorde et la cohésion se comportent quelques fois comme les véhicules de nos préjugés racistes ?

Trouvé sur “Noir tout simplement”, le blog de Patrick Lozès relayé par le Nouvel Observateur

L’Italie interdit aux couples raciste d’adopter

La cour de Cassation italienne interdit désormais l'adoption aux couples ne souhaitant pas adopter d'«enfant de couleur».

Cette décision de justice a été prise à la suite d'un recours d'une association de protection des enfants contre un couple de Siciliens qui voulait adopter uniquement des mineurs de type européen.

Le couple avait indiqué dans une lettre au tribunal des mineurs de Catane (Sicile) être disposé à accueillir jusqu'à deux enfants, d'un âge non supérieur à 5 ans, sans distinction de sexe et de religion, mais non disposé à accueillir des «enfants à la peau foncée, ou divers de ceux typiquement européens, ou accusant un retard mental».

En vertu du jugement de la Cour de Cassation, le magistrat du tribunal des mineurs qui examine les requêtes d'adoption «doit exclure la légitimité des limitations posées par les demandeurs en fonction de l'ethnie».

Mais la Cour va encore plus loin et ajoute que le magistrat doit aussi se poser la question de savoir si ce genre de limitations ne rend pas tout simplement inopportun de laisser un tel couple «raciste» adopter un enfant.

Le tribunal de Catane avait jugé le couple «apte» à l'adoption d'enfants répondant aux critères définis, mais l'association de protection avait dénoncé «une évidente discrimination raciale», suivie en cela par le parquet de la Cour de Cassation qui avait demandé l'annulation de la décision du tribunal sicilien.

Carlo Giovanardi, sous-secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil des ministres italien et président de la Commission pour les adoptions internationales, s'est immédiatement félicité de cette décision, qu'il a qualifiée de «correcte».

Source AFP dans Libération

Journée mondiale des réfugiés 2010

Journée mondial des réfugiés 2010

Vers le site de l’OSAR

Cercle de silence

Cercle silence Nyon

24 Heures

lundi 31 mai 2010

Musa Selimi est-il un tricheur qu’il faut renvoyer au Kosovo ?

Selimi famille A près vingt ans passés à Genève, Musa Selimi est sous la menace d’une expulsion notifiée par l’Office fédéral des migrations (ODM). Lui, son épouse et leurs deux enfants ont bientôt épuisé tous les recours de la procédure. Parfaitement intégré, employé parfait, mais sans autorisation de séjour, Musa Selimi suscite un élan de solidarité impressionnant à Carouge, où il vit, et dans le canton. Deux conseillers nationaux genevois, l’UDC Yves Nidegger et le socialiste Jean-Charles Rielle, débattent du cas. Propos recueillis par Eric Budry dans 24 Heures.

– M. Nidegger, pourquoi ne pas régulariser la situation des membres de la famille Selimi?

– Tout simplement parce que le Tribunal administratif fédéral a rendu une décision et qu’elle est exécutoire. Le problème, c’est que M. Selimi est utilisé par les mauvais perdants du référendum contre la loi fédérale sur les étrangers (LEtr), qui a été approuvée par le peuple en 2006. Ils utilisent ce cas pour tenter de démontrer que cette loi serait inique. Mais c’est un très mauvais exemple.

– Et vous, M. Rielle, pourquoi pensez-vous qu’il faut éviter l’expulsion?

– La régularisation n’était possible qu’en invoquant le cas de rigueur pour l’obtention d’un permis humanitaire. Or les conditions sont si strictes qu’elles ne sont presque jamais remplies. La loi est perverse et scélérate en ce sens qu’elle ne permet pas d’expulser des gens qui sont venus chez nous uniquement pour commettre des délits graves et qu’elle contraint à expulser des personnes parfaitement intégrées. Il faut donc la changer, en introduisant par exemple la notion de prescription. C’est ce que nous allons proposer au Conseil national, avec Luc Barthassat, mon homologue PDC.

– M. Nidegger, pourquoi dites-vous que Musa Selimi est un mauvais exemple?

– S’il avait été un homme seul, célibataire, il aurait obtenu sa régularisation. Mais comme il était marié et que son épouse et ses jeunes enfants vivaient tous au Kosovo au moment de sa demande, ses attaches essentielles se situaient clairement dans ce pays. C’est pour cette raison que l’ODM ne pouvait accepter son cas. Entre une fiche de paie et sa famille, où est l’attache humainement la plus forte?

– Le cas est-il aussi indéfendable, M. Rielle?

– J’ai une lecture complètement différente. Je vois un homme qui a quitté, il y a vingt ans, son pays et a construit sa vie ici. Il y a trouvé sa place en contribuant au développement économique de notre canton et y a construit un projet qui, à un moment, a inclus de vivre avec sa famille. L’expulser serait un message désastreux adressé aux clandestins. Il signifie: «Restez cachés ou on vous expulsera.»

– Etes-vous, M. Nidegger, indifférent au fait que la demande a été appuyée

par le canton de Genève?

– Je crois que si le fonctionnaire de l’Office cantonal de la population avait su que M. Selimi avait une épouse et des enfants au Kosovo, il n’y aurait pas eu de préavis genevois favorable. Et puis, dans ce domaine, c’est la Berne fédérale qui décide. Elle peut s’écarter du préavis cantonal, l’application du droit est ainsi harmonisée entre les cantons et c’est bien normal.

– M. Rielle, pensez-vous que Musa Selimi a triché?

– Le seul «crime» qu’on lui reproche, c’est d’avoir fait venir sa famille, en 2005, afin qu’elle vive dans un contexte plus favorable. Est-ce un «crime» que de vouloir voir grandir ses enfants? Ce sont des années qui ne se rattrapent pas. C’est pour cela que je dis que l’application de la loi ne va pas et qu’il faut impérativement changer cette loi.

– Ce n’est certainement pas votre avis, M. Nidegger?

– Non, et je trouve le message de M. Rielle très dangereux. Il dit: «Nous autres, parlementaires, nous méprisons la loi.» Un élu peut vouloir modifier une loi mais, en attendant, il doit respecter celle qui est en vigueur. Surtout si elle a été approuvée par le peuple. Le peuple est-il aussi scélérat?

– Votre réaction, M. Rielle? selimi chronologie

– Cette attaque est grave. Je respecte la démocratie et la loi, mais lorsque son application démontre des effets pervers et qu’il y a des dérives, il est normal qu’il y ait des résistances. Je souhaiterais que l’on parle moins de droit et davantage d’éthique.

– Votre conclusion, M. Nidegger?

– J’invite M. Rielle à déposer sa modification de loi. On verra bien s’il trouvera une majorité à Berne.

– La vôtre, M. Rielle?

– Permettre à des gens de vivre dignement chez nous avec leurs familles, c’est un combat. Et je le revendique.

samedi 29 mai 2010

La Suisse pâtit toujours du vote sur les minarets

minarets langenthalLes tensions internationales à propos de l’interdiction de construire de nouveaux minarets en Suisse semblent s’être apaisées. Mais les experts estiment que, six mois après la votation populaire, l’image de la Suisse à l’étranger s’est détériorée.

Le 29 novembre 2009, les Suisses avaient voté pour une interdiction de construire de nouveaux minarets sur le sol national. Cette décision a soulevé des protestations dans le monde entier, notamment dans les pays musulmans, aux Nations Unies et au Conseil de l’Europe. En revanche, elle avait été saluée par les partis les plus conservateurs de l’échiquier politique européen.
Une fois passée la première vague de protestations au lendemain du vote, cette décision a continué de provoquer des critiques officielles, quoique de manière plus sporadique. Ainsi, en mars dernier, le rapport annuel du Secrétariat d’Etat américain sur les droits de l’homme a cité ce vote comme exemple de discrimination envers les musulmans en Europe.
En mars toujours, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, basé à Genève, a adopté une résolution proposée par l’Organisation de la conférence islamique et qui qualifie cette interdiction de «manifestation d’islamophobie».
Mais il existe également des signes montrant que les tensions ont diminué. Revenu récemment de Syrie et du Liban où il avait participé à des dialogues interreligieux, le secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques suisses, Erwin Tanner, a eu l’impression que ce dossier «appartenait au passé».
Par ailleurs, la Cour européenne des droits de l’homme, qui planche actuellement sur six recours contre l’interdiction des minarets, a indiqué n’avoir reçu que deux plaintes en avril, contre 50 par jour à la fin janvier.

Pas de sanctions

Au départ, la Suisse craignait des réactions violentes ou un boycott économique de la part des pays musulmans, comme ce fut le cas en 2006 après l’affaire des caricatures de Mahomet au Danemark. Mais six mois après le vote, force est de constater qu’il n’en est rien.
«Les réactions des organisations et des pays musulmans ont été très virulentes sur la forme, mais, à quelques exceptions près, la plupart du temps modérées sur le fond; il n’y a pas eu d’appel au boycott de la part de gouvernements ou de politiciens», déclare Adrian Sollberger, porte-parole du ministère suisse des Affaires étrangères. Selon lui, l’image de la Suisse reste globalement «bonne et stable».
A ce propos, le porte-parole signale un récent sondage réalisé par l’université de St-Gall («Swissness Wordwide 2010»), concluant que l’interdiction des minarets a eu peu d’impact sur les produits et les services suisses. Ce qui est également confirmé par le Secrétariat d’Etat à l’économie. «Nous n’avons pas connaissance de problèmes impliquant des entreprises suisses dans des pays musulmans à cause de ce vote», déclare sa porte-parole Rita Baldegger.

Campagne d’information

Adrian Sollberger est d’avis que les réactions très modérées des pays musulmans s’expliquent par la campagne d’information «active» que la diplomatie suisse a menée avant le vote auprès des responsables politiques, religieux et de la société civile dans les pays musulmans. Le gouvernement suisse a du reste entretenu des contacts intensifs avec les ministres des Affaires étrangères européens et les Etats membres de l’Organisation du conseil islamique.
L’ancien ambassadeur François Nordmann estime que cet exercice semble avoir permis de réduire les tensions. A son avis, la nomination de l’ancien ministre suisse de l’Economie Joseph Deiss à la présidence de la 65e Assemblée générale de l’ONU ainsi que la réélection de la Suisse au Conseil des droits de l’homme démontrent qu’il n’y a pas d’hostilité envers la Suisse.
«Mais il est évident que l’image internationale de la Suisse, qui se présente elle-même comme un modèle en matière de droits humains, a été écornée, tempère François Nordmann. Cela nous a forcés à nous montrer plus modestes.»
Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen, estime également que les tensions ont diminué. Mais cela serait davantage dû au temps qui passe qu’aux efforts diplomatiques.
Mais il y a plus inquiétant, selon Hasni Abidi: le citoyen lambda du monde arabe n’a toujours pas compris les enjeux du vote. «Je reviens d’une tournée dans les Etats du Golfe. Chaque fois que nous parlions de la Suisse, les gens affirmaient ne pas comprendre pourquoi les Suisses avaient voté de cette manière. L’image de la Suisse a pris un sacré coup», affirme le chercheur.

Pionnier

Yves Lador, conseiller en droits de l’homme à Genève, estime que l’impact international de ce vote «pernicieux» a été mesuré durant ces six derniers mois, mais qu’il aurait certainement des répercussions négatives à long terme.
«C’est comme une infection. Elle est présente, elle nous fait mal mais ne nous empêche pas de fonctionner. Cependant, elle pourrait brusquement se développer et nous diminuer fortement.»
Tandis que la Suisse continue à bénéficier du soutien européen, certains pays n’hésiteront pas à brandir l’«atout»» des minarets lors de futures discussions bilatérales, affirme Yves Lador.
Tant Hasni Abidi qu’Yves Lador s’inquiètent de la perception du vote suisse à l’étranger et de la manière dont il influence le débat sur l’islam dans d’autres pays européens.
«Quand vous lisez dans les journaux arabes des articles au sujet des campagnes anti-burqa en Belgique ou en France, tous parlent de la Suisse comme d’un pays pionnier qui a osé quelque chose avant les autres», affirme Hasni Abidi.
Dans toute l’Europe, les débats sur l’islam se multiplient. La France va devenir le deuxième Etat à imposer une interdiction du voile intégral après la Belgique, si le projet de loi est accepté par le Parlement en juillet.
Dans le land allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, deux groupes d’extrême droite, largement inspirés de la campagne et des affiches de l’Union démocrate du centre (UDC / droite conservatrice), ont appelé cette semaine à une interdiction des minarets.
Au début du mois, le Parlement du canton d’Argovie a adopté une motion pour l’interdiction de la burqa dans l’espace public. Mardi dernier, la section genevoise de l’UDC a lancé une nouvelle proposition pour interdire la burqa sur le plan cantonal. Un comité constitutionnel va examiner la question l’année prochaine. Elle pourrait ensuite être soumise à votation populaire en automne 2012.
«Nous sommes en train de nous contaminer les uns les autres, affirme Yves Lador. Une interdiction de la burqa à Genève détruirait le tourisme en provenance du Moyen-Orient. Si cela devait arriver, l’impact serait pire que l’interdiction des minarets.»

Simon Bradley, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Samuel Jaberg et Olivier Pauchard)

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