vendredi 16 avril 2010

La droite a enfin pu s’attaquer à la formation des sans-papiers

La Municipalité a répondu, hier soir, à deux interventions déposées afin de dénoncer son «pari de l’illégalité», engagé afin d’ouvrir l’accès à l’apprentissage pour les sans-papiers. En plénum, les libéraux-radicaux et l’UDC ont tenté d’exiger un retrait du préavis. En vain. Un article de Gérald Cordonier dans 24 Heures.

Lausanne réactions apprentissage sans-papiersCliquez pour agrandir l’image

Ambiance inhabituelle, hier soir, à l’Hôtel de Ville. Aux côtés de médias venus en grand nombre, une délégation de sans-papiers – emmenée par son collectif de défense – avait fait le déplacement afin d’assister à la première discussion «autorisée» au sein du Conseil communal de Lausanne sur le brûlant dossier de l’accès à l’apprentissage pour les jeunes clandestins.

Voilà près de deux mois que – congé de Pâques et manœuvres municipales obligent – la classe politique attendait de pouvoir se saisir du sujet. Impatiente d’entendre enfin la réponse de son exécutif aux demandes d’explication formulées par le libéral-radical Mathieu Blanc et par l’UDC Claude-Alain Voiblet, tous les deux surpris du «pari de l’illégalité» légitimement consenti par la Municipalité afin de faire avancer la cause des jeunes clandestins.

«La Municipalité renonce à développer un long préambule au débat qui se fera en temps voulu, lorsque le préavis arrivera à l’ordre du jour, a d’emblée précisé le directeur de la Jeunesse, Oscar Tosato. Mais elle relève que ses propositions ont obtenu un gros soutien du Grand Conseil vaudois, du Conseil national et même de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf.» Avant de tout de même répondre succinctement aux nombreuses questions posées par les deux élus de droite, le municipal socialiste a, aussi, assuré que l’exécutif s’attachera à privilégier, si possible, des solutions légales afin de permettre aux jeunes de suivre un apprentissage. A la tribune, les Verts, les socialistes et A Gauche toute! sont montés pour soutenir largement la cause des sans-papiers.

Méthodes contestées

De l’autre côté de l’hémicycle, les réactions ont été tout autres. Si le conseiller communal libéral-radical Guy-Pascal Gaudard a réclamé, à la tribune, que la ville améliore son offre de formation pour tous les jeunes – «avec ou sans papiers» –, ses homologues de droite ont surtout montré leur désapprobation face aux méthodes défendues par Oscar Tosato et ses confrères. «En proposant une méthode illégale, la Municipalité a voulu faire un coup politique qu’on peut dire réussi, a lancé le libéral-radical Mathieu Blanc. Mais elle a aussi donné de faux espoirs aux jeunes sans-papiers qui ne pourront pas travailler une fois leur formation terminée.» «La gauche lance un faux débat, a quant à lui affirmé Claude-Alain Voiblet. Elle cherche, en réalité, une régularisation générale des sans-papiers.»

Au cours de ce premier débat, le PLR, soutenu par l’UDC, a tenté d’exiger que la Municipalité retire son préavis. Dans une résolution finalement refusée par 56 voix contre 21, la droite souhaitait, également, que la Municipalité ne puisse plus jamais, à l’avenir, adopter de préavis dont le contenu serait déclaré illégal. En vain. D’ici à un ou deux mois, une fois terminés les travaux de la commission nommée pour traiter de la proposition municipale, le Conseil communal devra donc dire s’il accepte ou non que des jeunes clandestins puissent suivre un apprentissage au sein de l’administration lausannoise .

Nigeria setzt Ausschaffung faktisch ausser Kraft

Neue Hiobsbotschaft für die Schweiz: Nach dem Tod eines Asylbewerbers nimmt Nigeria nur noch Landsleute zurück, die eine Freiwilligkeitserklärung unterschreiben. Kaum einer tut das.

Nachdem am 17. März auf dem Flughafen Kloten ein Ausschaffungshäftling starb, hat die Schweiz sämtliche Sonderflüge sofort gestoppt. Zuerst soll der Todesfall geklärt werden. Das reicht Nigeria jedoch nicht. Weil er den Schutz seiner Landsleute gefährdet sieht, hat der afrikanische Staat Sofortmassnahmen eingeleitet, die das Rücknahme-Abkommen mit der Schweiz faktisch aushebeln, wie Recherchen von Tagesanzeiger.ch/Newsnetz belegen. Das Abkommen wurde 2003 nach langem Seilziehen von der damaligen Bundesrätin Ruth Metzler ausgehandelt.

Neuerdings müssen nigerianische Asylbewerber mittels Unterschrift bestätigen, dass sie bereit sind, in ihr Heimatland zurückzukehren. Das hat Folgen: Denn nigerianische Asylbewerber kommen grösstenteils ohne gültige Reisepapiere in die Schweiz. Und nur wenn die nigerianische Landesvertretung ihren Ausreisepflichtigen Ersatzpapiere ausstellt, ist eine Rückführung mit dem Flugzeug möglich.

Asylbewerber verweigern Unterschrift

Die Neuregelung verunmöglicht faktisch die Ausschaffung von Nigerianern, weil sich die Asylbewerber meistens weigern, die «Freiwilligkeitserklärung» zu unterzeichnen. «Für diese Personen erhalten wir von der nigerianischen Botschaft keine Ersatzpapiere», erklärt Bruno Zanga, Leiter des Ausländeramts des Kantons St. Gallen. «Dies hat zur Folge, dass die von uns verfügte Ausschaffungshaft recht schnell unverhältnismässig wird und wir die Haft nicht aufrechterhalten können.» Mit anderen Worten: Die Behörden sind gezwungen, die abgewiesenen Asylbewerber auf freien Fuss zu setzen.

Letztes Jahr beantragten 1’800 nigerianische Staatsangehörige in der Schweiz Asyl. Laut dem Chef des Bundesamts für Migration, Alard Du Bois-Reymond, kommen 99,5 Prozent von ihnen ohne die geringste Chance, in der Schweiz bleiben zu können. Sie kommen nicht als Flüchtlinge hierher, sondern um illegale Geschäfte zu machen. Unter den gegebenen Umständen ist die Schweiz nicht mehr in der Lage, diese Leute in ihre Heimat zurückzuschaffen – unabhängig davon, ob sie am Stopp der Sonderflüge festhält, oder nicht. «Unsere Erfahrungen mit Ländern, die ebenfalls eine Freiwilligkeitserklärung verlangen, zeigen, dass die Rückkehrquote sehr rasch gegen Null strebt», erklärt dazu Bruno Zanga, Chef des Ausländeramts St. Gallen.

Nigeria will Neuverhandlungen

Auf Anfrage teilt die nigerianische Botschaft in Bern mit, dass man nun mit der Schweiz das Rücknahme-Abkommen neu verhandeln wolle: «Bis dahin müssen die Bürger freiwillig zurückkehren.» Weitere Auskünfte gebe man gegenüber den Medien keine, so die Auskunft eines gewissen Herrn Nze, wie sich der Botschaftsmitarbeiter am Telefon bezeichnet. Einen Vornamen will er nicht nennen. Der Botschafter Martin Uhomoibhi sei nicht erreichbar.

Das Bundesamt für Migration (BfM) bestätigt die Neuregelung, spielt das Problem aber herunter. «Im Moment finden keine Sonderflüge zur Rückführung statt, deshalb ist diese Situation derzeit ohne grosse Folgen», erklärt Sprecher Urs von Arb. Ob der sofortige Entscheid des Bundes zur Aussetzung der Ausschaffungsflüge richtig war, will von Arb nicht kommentieren. Dass der Entscheid aufgehoben werde, sei zwar möglich, «steht derzeit aber nicht zur Diskussion.»

Unsichere Rechtslage

Durch die Vertragsänderung Nigerias ist die Rechtslage jedoch so unsicher, dass die zuständigen Haftrichter in den Kantonen auch dann nigerianische Häftlinge wieder freilassen müssen, wenn die Sonderflüge erneut aufgenommen werden. Auch der Bund drängt deshalb auf Neuverhandlungen mit dem afrikanischen Staat. «Wir brauchen ein neues Rückübernahme-Abkommen mit Nigeria», erklärte der Chef des Bundesamts für Migration, Alard Du Bois-Reymond, vor Kurzem gegenüber der «NZZ am Sonntag». Man sei auf die Mithilfe der nigerianischen Behörden angewiesen und wolle die gute Zusammenarbeit mit ihnen vertiefen.

Von Simon Eppenberger und David Vonplon(Tagesanzeiger.ch/Newsnetz)

Le Nigeria n’accepte plus le retour forcé de ses requérants

Après la mort d'un demandeur d'asile en voie d'expulsion le mois dernier à Kloten, le Nigeria a décidé de n'accueillir ses ressortissants que s'ils sont volontaires au retour.

Presque aucun pays n'agit de la sorte, note le "Tages-Anzeiger", qui révèle l'information sur son site. Le Nigeria estime en effet que la sécurité de ses ressortissants n'est plus garantie lors de leur renvoi au pays, une fois leur demande d'asile rejetée. Lagos a récemment pris des mesures urgentes, qui rendent presque caducs les accords de renvois signés avec Berne en 2003. Depuis peu, les requérants nigérians déboutés doivent s'engager par écrit qu'ils sont volontaires au retour pour que leur pays les accepte.

Difficile de dire quelles conséquences aura ce geste du Nigeria. Pour l'heure, l’Office fédéral des migrations (ODM) a suspendu les vols de rapatriement vers Lagos. Les expulsions ne reprendront que lorsque la cause du décès du Nigérian mort le 17 mars sera connue. Une enquête est en cours.

LeMatin.ch & les agences

Incendie au centre pour requérants des Tattes

tattes incendie

jeudi 15 avril 2010

Légère baisse du nombre des demandes d’asile au premier trimestre 2010

Un total de 3700 demandes d'asile ont été déposées au cours du premier trimestre 2010, soit 169 de moins qu'au trimestre précédent (-4,4%). Par rapport au premier trimestre 2009, la baisse est de 25,1% (-1238 demandes).

Le léger recul par rapport au trimestre précédent est avant tout lié aux conditions saisonnières, a indiqué l'Office fédéral des migrations (ODM). Les mois d'hiver sont traditionnellement moins propices que l'été à l'arrivée de migrants.

Depuis le printemps 2009, le nombre de demandes d'asile déposées en Suisse s'est stabilisé à un niveau compris entre 1050 et 1350 par mois, des écarts momentanés étant possibles dans les deux sens. Le principal pays de provenance au cours de la période sous revue a une nouvelle fois été le Nigéria, devant l'Erythrée et l'Ex-République yougoslave de Macédoine.

Au cours du premier trimestre, 7075 demandes d'asile, soit 44,8% de plus qu'au trimestre précédent (+ 2188), ont abouti à une décision de première instance. Au total, 3263 ont donné lieu à une décision de non-entrée en matière (NEM), 2270 à une décision négative, 1145 à l'octroi de l'asile et 397 sont devenues sans objet et ont été classées.

ATS

mercredi 14 avril 2010

Le renvoi des étrangers en débat

Jeudi, la Commission des institutions politiques du Conseil national se penchera sur l’initiative de l’UDC «pour le renvoi des étrangers criminels» et le contre-projet direct adopté le 18 mars par la Chambre des cantons. La gauche est dans l’embarras: faut-il refuser le contre-projet et prendre ainsi le risque que l’initiative passe seule devant le peuple ?

Le texte de l’UDC.Les étrangers sont privés de leur titre de séjour, peu importe leur statut, et de tous leurs droits de séjourner en Suisse s’ils ont été condamnés par un jugement entré en force pour meurtre, viol, ou tout autre délit sexuel grave, pour un acte de violence d’une autre nature tel que le brigandage, la traite d’êtres humains, le trafic de drogue ou l’effraction ou s’ils ont perçu abusivement des prestations des assurances sociales ou de l’aide sociale: voilà ce que l’UDC prévoit d’inscrire dans la Constitution. Pour le parti, ces étrangers doivent être expulsés et frappés d’une interdiction d’entrer sur le territoire allant de cinq à quinze ans. En cas de récidive, elle sera fixée à vingt ans. L’initiative a récolté 200 000 signatures en un temps record.

Le contre-projet.Selon le projet accepté par les sénateurs, sont privés de leur droit de séjour et renvoyés les étrangers qui ont commis un assassinat, un meurtre, un viol, un brigandage qualifié, une prise d’otages, de la traite qualifiée d’êtres humains, une infraction grave à la loi sur les stupéfiants ou une autre infraction passible d’une peine privative de liberté d’un an au moins. De même que ceux qui sont condamnés par un jugement entré en force pour une autre infraction à une peine de deux ans au moins ou à plusieurs peines privatives de liberté ou à des peines pécuniaires s’élevant au total à 720 jours ou 720 jours-amendes au moins en l’espace de dix ans. Sont aussi concernés ceux qui ont été condamnés à dix-huit mois pour une escroquerie ou une autre infraction ayant trait à l’aide sociale, aux assurances sociales ou à des contributions de droit public, ou pour une escroquerie d’ordre économique. Il est aussi inscrit dans la Constitution que les objectifs d’intégration des étrangers doivent être pris en compte et que la décision du renvoi est prise «dans le respect des droits fondamentaux et des principes de base de la Constitution fédérale et du droit international».

La suite? Après les Etats, ce sera au National de trancher. Sa commission se réunit jeudi. Le contre-projet pourrait en sortir remodelé.

Valérie de Graffenried dans le Temps

La crise économique fait le jeu de l’extrême droite en Hongrie

Le parti Jobbik devrait faire son entrée au parlement. Une épreuve délicate pour les conservateurs qui dirigeront le prochain gouvernement.

Après le Danemark, les Pays-Bas et l’Italie, l’extrême droite marque des points en Europe centrale. Avec 16,7% des voix au premier tour des législatives hongroises, le Jobbik, une formation ouvertement xénophobe et antisémite, est assuré de faire son entrée au parlement à l’issue du second tour, prévu le 25 avril.

Sa percée ne constitue pas vraiment une surprise. Aux européennes de juin 2009, le parti avait déjà séduit 14, 8% des votants. La performance enregistrée dimanche confirme la tendance. Le Jobbik, qui représentait en 2006 2% des électeurs, se hisse maintenant au troisième rang des partis hongrois, à moins de trois points des socialistes du MSZP, les grands vaincus du scrutin.

Son succès s’analyse à la fois comme un vote de protestation contre la médiocre situation économique du pays et comme une manifestation de défiance envers une classe politique jugée incompétente, arrogante et corrompue. En ce sens, la stratégie du parti et de son jeune leader, Gabor Vona, 31 ans, ne s’éloigne guère de celle qui réussit ailleurs au Front national français ou à la Ligue du Nord italienne.

Antisémitisme revendiqué

Les tenants de l’extrême droite hongroise se distinguent davantage par la stigmatisation virulente des multinationales, des investisseurs étrangers, de «l’alliance entre New York et Tel-Aviv». Par un antisémitisme revendiqué. Par l’exécration des populations tsiganes: «L’animosité entretenue contre les Roms confère au parti une bonne part de sa singularité», observe Zoltán Bécsi, professeur associé au Geneva School of Diplomacy and International Relations. Il convient d’ajouter aussi le déploiement des miliciens tout de noir vêtus de la garde hongroise: un passé condamné à «hiberner» sous le régime communiste refait surface, ajoute M. Bécsi.

Le phénomène ne doit pas être pris à la légère, estime-t-il: «Il y a dans le pays des forces convaincues que la démocratie ne fonctionne pas, qu’elle n’a pas sa place en Hongrie.»

C’est dire l’ampleur de la tâche du prochain gouvernement de droite. Fort de 52, 7% des voix au premier tour, le parti conservateur Fidesz exclut toute collaboration avec le Jobbik. Obtiendra-t-il, le 25 avril, la majorité des deux tiers, nécessaire pour mener à bien les réformes dont le pays a besoin?

JEAN-FRANÇOIS VERDONNET dans 24 Heures

mardi 13 avril 2010

“L’aide sur place est la voie du futur”

Eduard Gnesa, ambassadeur extraordinaire pour les migrations, sort de son silence. Selon lui, l'heure n'est plus à l'accueil de contingents de réfugiés, mais à l'aide sur place. Un article de Christiane Imsand dans le Nouvelliste.

Eduard Gnesa, un travail d’ambassadeur essentiel à la politique migratoire de la Suisse.  KEYSTONE/A

Ancien directeur de l'Office fédéral des migrations, Eduard Gnesa a quitté le Département fédéral de justice et police (DFJP) pour celui des affaires étrangères (DFAE). Depuis le 1er septembre 2009, il est ambassadeur extraordinaire pour la collaboration internationale en matière de migrations. Le poste est délicat, à la charnière de plusieurs départements, et le Haut-Valaisan a longtemps préféré rester dans l'ombre (cf notre édition du 9 avril). Hier, il a accepté pour la première fois de s'exprimer sur ses nouvelles fonctions. Interview.

Pour quelle raison le Conseil fédéral a-t-il créé votre poste?

Il voulait d'une part optimiser et intensifier sa présence sur la scène internationale, d'autre part renforcer la collaboration entre les trois départements concernés par la politique des migrations, à savoir les départements des Affaires étrangères, de Justice et Police, et de l'Economie. Jusqu'alors, c'était le groupe de travail interdépartemental pour les migrations qui assurait la coordination. Le gouvernement a décidé de lui donner un prolongement mobile en nommant un ambassadeur.

Vous êtes le premier à occuper ce poste. Qui fixe votre cahier des charges?

C'est le groupe de travail que je viens de mentionner. Il comprend notamment le directeur de l'Office fédéral des migrations, le directeur de l'aide au développement, et le chef de la division politique IV des affaires étrangères, chargée des droits de l'homme et des migrations. L'objectif est de défendre les intérêts de la Suisse dans le cadre de partenariats migratoires comme ceux que nous avons avec la Serbie, la Bosnie et le Kosovo, de promouvoir des programmes de protection dans des régions où il y a de nombreux réfugiés, d'améliorer la collaboration avec l'Union européenne et de représenter la Suisse dans les organisations internationales.

Le DFJP et le DFAE n'ont pas forcément la même approche de la politique des migrations. Le premier est axé sur une politique d'asile toujours plus restrictive, le second sur les droits de l'homme. Un problème?

Non. La Suisse n'a pas à avoir honte de sa politique des réfugiés. Près de 20% des requérants obtiennent ce statut, sans compter les admissions provisoires. Nous développons en parallèle la notion de partenariat migratoire qui a été inscrite dans la nouvelle loi sur les étrangers. Les échanges doivent profiter aux deux parties. C'est pourquoi par exemple nous ouvrons le dialogue aussi bien sur les accords de réadmission que sur les problèmes de visa, de formation, de développement ou de documents d'identité.

D'où viennent les migrants actuellement?

C'est lié aux demandes d'asile. Il y a une dizaine d'années, les demandes venaient essentiellement de personnes fuyant la guerre des Balkans. Depuis quelques années, nous assistons à une vague de migrants en provenance d'Afrique du Nord et d'Afrique sub-saharienne. La politique du Conseil fédéral est de les aider en soutenant les gouvernements qui accueillent des réfugiés. Il y a par exemple près de deux millions de Somaliens au Kenya. Nous avons un projet commun avec le Danemark dans la région. Au Maroc, nous finançons un projet de retour volontaire des candidats à l'émigration.

Et les réfugiés climatiques?

C'est une perspective à long terme. On ne va pas assister du jour au lendemain à l'arrivée d'une vague de migrants fuyant la sécheresse, mais la Suisse se prépare à ce nouveau défi.

Selon le directeur de l'Office fédéral des migrations Alard du Bois-Reymond, la plupart des Nigérians viendraient en Suisse pour faire des affaires illégales. Vous partagez cette analyse?

Ce qui est sûr, c'est que seule une immigration contrôlée permet de limiter le développement de la criminalité. Je soutiens l'idée d'une task force pour analyser la situation. Par ailleurs, nous devons pouvoir continuer à discuter avec le Gouvernement nigérian pour qu'il continue d'accepter le retour de ses propres ressortissants. Dans ce contexte, nous devons veiller à développer notre partenariat migratoire avec ce pays.

Pour dissuader les Nigérians de venir en Suisse?

Pas seulement. Mais, entre autres, pour les informer. Il faut qu'ils sachent ce qui les attend s'ils viennent en Suisse. Nous avons déjà fait une campagne de ce type au Cameroun.

Vous évoquez des programmes de protection. Qu'entendez-vous par là?

Je vous citerai l'exemple de la Syrie où je me suis rendu récemment.

Ce pays abrite plus d'un million de réfugiés irakiens alors qu'il a déjà accueilli des centaines de milliers de Palestiniens et que la sécheresse pousse les Kurdes syriens vers Damas. La Suisse a tout intérêt à lui apporter son aide.

Celle-ci prend différentes formes. Nous soutenons aussi bien des programmes pour la protection des réfugiés que la construction d'écoles destinées aux enfants irakiens et syriens. Il y a aussi des programmes de formation et un projet pour lutter contre la traite des femmes. Je suis persuadé que cette aide sur place est la voie du futur. Actuellement, le Conseil fédéral ne souhaite plus accueillir d'importants contingents de réfugiés.

La forteresse Europe a-t-elle définitivement fermé ses portes?

Les problèmes démographiques que connaissent tous les pays européens pourraient modifier la donne. En fonction des besoins, la Suisse pourrait accueillir de nouvelles catégories de personnel qualifié. Pensez aux infirmières qui commencent à faire défaut.

L'aide sur place permet à la Suisse d'avoir une bonne image. Mais n'est-ce pas une goutte d'eau dans la mer par rapport aux besoins?

Ce n'est pas seulement le montant qui compte.

Un de mes interlocuteurs m'a déclaré que la Suisse n'était pas l'un des plus grands donateurs mais que c'était l'un des plus fiables. Elle tient ses promesses et cela lui attire le respect.

Les Nigérians viennent-ils en Suisse pour dealer ? Controverse

Le directeur de l’Office fédéral des migrations affirme qu’une majorité de requérants d’asile du Nigeria viennent en fait en Suisse pour s’y adonner à des activités criminelles. Les statistiques policières montrent qu’ils sont nombreux à être actifs dans le trafic de cocaïne. Un article de 24 Heures signé par Serge Gumy.

requérants nigérians polémique

«Avec 1800 demandes l’an dernier, les Nigérians constituent le plus fort effectif des requérants d’asile – 99,5% d’entre eux sans la moindre chance de pouvoir rester en Suisse. Ils ne viennent pas ici comme réfugiés, mais pour y faire des affaires illégales.» Alard du Bois-Reymond a lancé un pavé dans la mare dimanche. Pour le nouveau directeur de l’Office fédéral des migrations, en poste depuis le début de l’année, le Nigeria constitue même le problème numéro un de l’asile en Suisse. Et il promet de l’empoigner avec fermeté.

Présents dans la coke
Les requérants d’asile du Nigeria sont-ils tous des criminels? «Pour ce qui concerne le trafic de cocaïne de rue, les dealers proviennent à 99,5% d’Afrique de l’Ouest, explique Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale vaudoise. Depuis deux ou trois ans, les Nigérians se sont ajoutés aux francophones du Burkina Faso, de Guinée-Bissau et de Guinée-Conakry. Clairement, ces gens viennent chez nous pour trafiquer. Ils arrivent en Suisse formés et sont opérationnels assez vite.»

Et les chiffres, que disent-ils? Selon l’Office fédéral de la statistique, 585 Nigérians ont été prévenus de trafic de stupéfiants en 2009 en Suisse (9% du total), dont 462 pour trafic de cocaïne (22% du total). Par ailleurs, dans le canton de Vaud, selon le juge d’instruction cantonal Jean Treccani, 17 des 97 dossiers de trafic de stupéfiants actuellement ouverts (toutes substances confondues) concernent des ressortissants de cet Etat.

Juges et policiers l’affirment: pour renvoyer ces trafiquants, le plus difficile consiste à établir leur identité. Quand ils y parviennent, le Nigeria ne rechigne pas à reprendre ses ressortissants. Les renvois forcés vers Lagos ont toutefois été suspendus depuis la mort à Zurich d’un requérant de 29 ans lors de son renvoi, le 17 mars dernier. «Ces propos provocateurs, inacceptables et racistes visent précisément à faire diversion de cette mort tragique», accuse Dozie Celeste Uguchukwu, président de la diaspora nigériane en Suisse.

«Un refrain connu»
«Je suis convaincu moi aussi que les Nigérians jouent un rôle important dans le trafic de cocaïne. Mais les déclarations d’Alard du Bois-Reymond sont extrêmes, déplore Beat Meiner, secrétaire général de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Pauvreté, violences ethniques: la situation au Nigeria est très difficile. Ces personnes viennent en Europe avant tout pour gagner leur vie. Quant à M. du Bois-Reymond, il entonne un refrain connu: «Tous dehors!» Mais nous sommes inquiets: ces propos généraux annoncent-ils que la Suisse n’examinera plus les demandes d’asile de Nigérians à l’avenir?»

«Cette manière de se focaliser sur le Nigeria m’a choqué.» Le propos, tout aussi outré, est signé… Yvan Perrin, vice-président de l’UDC Suisse. «L’ordre de grandeur de 99,5% cité par le directeur de l’ODM décrédibilise tout le reste du discours, qui est juste.» Pour le conseiller national, la sortie fracassante d’Alard du Bois-Reymond vise à montrer que sa cheffe, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, tient une ligne dure sur l’asile. Une tentative de donner des gages alors que le peuple votera en 2011 sur une initiative de l’UDC pour l’expulsion des criminels étrangers.

Sur le même sujet, lire “Le Nigérian, nouvel ennemi public n°1 ?” dans le Matin

“Les clandestins sont là, ils sont utiles”

Jean-Jacques Gauer, directeur du Lausanne-Palace, soutient la Municipalité sur l’ouverture de l’apprentissage aux enfants de sans-papiers. Un article signé Alain Walther dans 24 Heures.

Jean-Jacques Gauer Lausanne Palace

Cet après-midi, la ville de Lausanne prendra le chemin du Château. La Municipalité viendra défendre devant une délégation du Conseil d’Etat son point de vue sur l’ouverture de l’apprentissage aux enfants de sans-papiers. Le soir, le débat continuera devant le Conseil communal. Dans une grande entreprise lausannoise, on est tout ouïe. «La Municipalité lausannoise a raison, il faut en finir avec cette mascarade. Ces enfants, ces jeunes ont été à l’école ici, vivent ici. Notre monde est le leur. Il faut tout faire pour les intégrer dans les entreprises, dans la vie.»

Ces propos, Jean-Jacques Gauer, directeur du Lausanne-Palace, les tient haut et fort, avec à ses côtés Rose Martinez, directrice des ressources humaines, et Jacques Staempfli, directeur adjoint. Le Lausanne-Palace compte en ce moment quelque 320 employés. Les membres de la direction du Lausanne-Palace ne redoutent pas de parler ouvertement de cette problématique, d’autant qu’il y a six ans elle a payé le prix fort pour avoir employé des sans-papiers.

Un héritage difficile
«Nous avions hérité en 1996, rappelle le directeur, d’une pratique qui à l’époque était courante, connue et tolérée par les autorités.» Trois autres grands établissements d’ailleurs avaient été pincés pour les mêmes raisons par les autorités cantonales. Page tournée avec la «conscience tranquille» pour le trio. Il n’y a plus de sans-papiers au Lausanne-Palace. Reste le problème qui embarrasse la société helvétique: le droit à l’apprentissage pour des enfants scolarisés. Devançant le pavé dans la mare de la Municipalité de la capitale vaudoise, le Lausanne-Palace est déjà passé des paroles aux actes en soutenant un jeune sans-papiers. Il a pu aller au bout d’une formation professionnelle équivalente à un apprentissage CFC. «Notre employé a même terminé, précise Jacques Staempfli, avec les félicitations du jury.»

D’abord employé au «gris» (charges sociales et impôts payés), le jeune Equatorien, né en 1981, a travaillé dans les cuisines de 2001 à 2009 – année où il fut expulsé après avoir vu sa demande de permis de séjour refusée par Berne – malgré le soutien favorable du canton de Vaud.

«C’était la moindre des choses que notre entreprise défende un employé comme lui», souligne le directeur de l’établissement, qui regrette que cette «perle» ne soit plus aux fourneaux. La direction ne s’est pas préoccupée de savoir si d’autres patrons vaudois faisaient le même choix éthique: «L’application de cette loi avec une telle fermeté, c’est de l’aveuglement inhumain, cela suffit pour réagir.» En passant, Jean-Jacques Gauer ne se fait pas d’illusions sur l’efficacité des galas de charité censés lutter contre la misère à l’étranger. «Avec les sans-papiers, le problème est devant notre porte. Voilà la priorité.»

«Ces gens sont utiles»
Quant à l’avenir, le Lausanne-Palace croit en la régularisation des sans-papiers qui payent comme leurs patrons impôts et charges sociales. «Il faut cesser de nous mentir à nous-mêmes. Ces gens-là sont là, sont utiles et leur régularisation n’ouvrira pas les vannes de l’immigration sauvage.»

Le taureau par les cornes
Découvrant le soutien du Lausanne-Palace, Oscar Tosato, municipal (enfance, jeunesse et éducation), applaudit des deux mains. «Nombre de restaurants et petites entreprises lausannoises nous ont déjà apporté leur soutien. Elles nous remercient d’avoir pris le taureau par les cornes en mettant le doigt sur les vrais problèmes.» Bémol en forme de regret, le municipal constate que le soutien vient du terrain – des membres des associations patronales – mais pas des secrétariats patronaux, qui sont d’un avis opposé.


Formé, indispensable mais expulsé

Il a tout pour plaire à un patron. Motivé, «une vraie éponge: Mauricio regarde, écoute et, tout de suite, comprend tout», disent ses employeurs. A 29 ans, Mauricio Catota a déjà une longue carrière derrière lui. Sous contrat (impôts et charges sociales payés) depuis 2001, le jeune homme a grimpé tous les échelons. En 2009, le voilà promu numéro deux de la brigade de la Brasserie du palace. Il dirige 12 personnes et doit avoir l’œil pendant le coup de feu. Le cuisinier a vu ses efforts couronnés par les félicitations du jury, en 2008, après avoir suivi des cours de formation professionnelle. Mais, l’année dernière, l’employé modèle a été expulsé. Avec son épouse, Adriana, et le petit Maurice, né en juillet 2008 au CHUV, il a dû quitter la Suisse.

Mauricio Catota n’a pas trouvé de travail dans son pays. Il suit actuellement un cours de perfectionnement professionnel à Buenos Aires, en Argentine. Ensuite, il déposera une demande de visa pour revenir en Suisse. A Lausanne, ses parents et ses deux frères l’attendent. Car Mauricio est le seul des Catota à ne pas avoir obtenu un permis. «Il y a cinq ans, précise Rose Martinez, directrice des ressources humaines du Lausanne-Palace, nous avons déposé une demande de permis.» La demande a été soutenue par le canton de Vaud, mais repoussée par Berne. Le Lausanne-Palace a pris un avocat pour défendre son employé.