lundi 25 janvier 2010

Mariages censurés par la raison d'Etat

Depuis belle lurette, l'amour est admis comme fondement du mariage. Et pourtant, une raison d'Etat s'apprête à priver toute une catégorie de la population de cet acquis emblématique de la liberté individuelle. Dès le 1er janvier 2011, les officiers d'état civil refuseront de célébrer une union lorsque l'un des deux fiancés réside illégalement en Suisse. Editorial et articles de Michaël Rodriguez et Rachad Armanios dans le Courrier.

Le but plus ou moins avoué de cette réforme est de fermer le dernier interstice permettant à des clandestins de régulariser leur séjour. Si les mariages fictifs étaient seuls en cause, Berne aurait d'abord analysé un premier tour de vis au mariage, instauré en 2008. Il permet déjà aux officiers d'état civil de refuser toute union de complaisance, quitte à porter un désagréable soupçon sur des projets de vie sincères.

Alors qu'il devrait rester un acte célébrant une volonté de vie commune, le mariage devient un outil de plus dans l'arsenal législatif de politique migratoire. Les officiers d'état civil joueront même les auxiliaires de la police des étrangers en dénonçant tout fiancé clandestin. A l'inverse, idéalement, le mariage ne devrait pas être utilisé uniquement pour obtenir des papiers. Mais à qui la faute? La Suisse s'est érigée en forteresse. Seuls les étrangers bardés de diplômes ou originaires d'un cercle restreint de pays ont des chances d'y être accueillis. Quant aux clandestins, ils peuvent de moins en moins espérer une régularisation, fussent-ils en Suisse depuis quinze ou vingt ans! Hypocrite, cette politique du réduit national n'en reste pas moins cohérente: en privant ces migrants de statut et de droits, la Suisse peut puiser dans un réservoir inépuisable de main-d'oeuvre corvéable à merci.

Après le durcissement des lois sur l'asile et les étrangers, cette réforme marque un nouvel épisode d'une sombre machination visant à «effacer» virtuellement une partie de la population. Des migrants qui se retrouvent privés de certains droits fondamentaux, comme le droit au mariage, pourtant garanti par la Constitution fédérale et plusieurs textes internationaux.

Le mécanisme est connu: au nom de la lutte contre les «abus», on met sur pied un système d'abus institutionnalisé. Après avoir toléré une violation de la liberté religieuse en laissant passer l'initiative anti-minarets, la Suisse bafoue le droit au mariage. Ignorant le rappel à l'ordre du Comité des droits de l'homme des Nations Unies, elle fait à nouveau figure d'Etat-voyou en matière de droits fondamentaux. Cette dérive met en évidence une grave lacune du système helvétique: l'absence de Cour constitutionnelle, qui aurait la compétence d'invalider un texte s'il n'est pas conforme au droit supérieur.

La Suisse a beau enfermer les sans-papiers dans une non-existence administrative, on continuera d'en côtoyer tous les jours. Au point de pouvoir en tomber amoureux. C'est pourquoi la réforme du Code civil, votée l'été passé les yeux fermés par la droite, n'est pas seulement une énième privation à leur égard. La logique d'exclusion qui a gangrené les Suisses se retourne désormais contre leur propre liberté: avant d'accepter la bague de fiançailles, Juliette aura intérêt à demander ses papiers à Roméo.



CES MARIAGES CENSURÉS PAR LA RAISON D'ÉTAT


LE COURRIER - Paru le Lundi 25 Janvier 2010

MICHAËL RODRIGUEZ

Dès 2011, sans autorisation de séjour, il ne sera plus possible de se marier en Suisse. Cette atteinte au droit au mariage est passée presque inaperçue, car les milieux militants n'ont pas lancé de référendum.

Pas de papiers, pas de mariage: dès le 1er janvier 2011, les officiers d'état civil ne célébreront plus d'union sans s'être assurés que les deux fiancés séjournent légalement en Suisse. Héritage du XIXe siècle, ancré dans la Constitution fédérale et plusieurs textes internationaux, le droit au mariage s'apprête à subir un sévère coup de rabot.

L'événement est entouré d'une assez grande discrétion: aucun référendum n'a été lancé contre la modification du Code civil suisse, adoptée en juin 2009 par la majorité de droite du Conseil national (123 oui, 68 non et 3 abstentions) avec le soutien du Conseil fédéral. La Suisse rejoint ainsi le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Norvège et le Danemark, qui connaissent déjà des dispositions similaires. A noter que le durcissement concerne aussi les candidats au partenariat enregistré.

La réforme, lancée par une initiative de l'UDC Toni Brunner, a été défendue dans un premier temps au nom de la lutte contre les mariages de complaisance. Mais elle a ensuite été dotée d'un nouvel intitulé, plus proche de son objectif réel: «Empêcher les mariages en cas de séjour irrégulier.» Car elle touche tous les sans-papiers et recalés du droit d'asile, que leur projet de mariage soit inspiré ou non par l'amour. S'ils veulent tout de même convoler en Suisse, les migrants sans statut légal n'auront en principe pas d'autre choix que de retourner dans leur pays d'origine. Et d'y attendre un hypothétique visa en vue du mariage.

En restreignant de manière aussi radicale l'accès au mariage, la Suisse fait-elle fi d'un droit fondamental? «Cette révision est tout à fait conforme aux garanties fondamentales», affirme Michel Montini, avocat et adjoint scientifique à l'Office fédéral de l'état civil. «Comme le Conseil fédéral l'a souligné, les nouvelles dispositions devront être appliquées dans le respect du principe de proportionnalité. Cela signifie que, compte tenu de leur situation concrète, certaines personnes pourront obtenir une autorisation de séjour en vue du mariage.» Une possibilité qui ne vaudra toutefois que pour les cas individuels d'une extrême gravité, précise-t-on à l'Office fédéral des migrations.

Conforme au droit international?

La compatibilité de la réforme avec le droit fédéral et international est pour le moins contestée. Plusieurs juristes, à l'instar de la professeure genevoise Marie-Laure Papaux Van Delden, l'ont sérieusement mise en doute. Mais il y a plus: dans un rapport d'octobre 2009, le Comité des droits de l'homme de l'ONU demandait à la Suisse de «revoir d'urgence sa législation afin de la rendre conforme au Pacte [international relatif aux droits civils et politiques]». Ce texte stipule que «le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à l'homme et à la femme à partir de l'âge nubile». L'injonction des Nations Unies, qui ne semble guère avoir fait de bruit sur la scène politique, est restée lettre morte.

Soutenue par tous les partis de la droite et du centre, la révision du Code civil a aussi recueilli l'approbation de la grande majorité des cantons (21 sur 26). Vaud, Genève, Neuchâtel, Berne et Schaffhouse sont les seuls à s'y être opposés. Dans sa réponse à la consultation, le Conseil d'Etat vaudois – à majorité de droite – fait valoir que «les personnes en séjour illégal qui souhaitent véritablement se marier ne doivent pas être privées de cette possibilité, ni se heurter à des obstacles insurmontables ou à des procédures chicanières».

Obligés de dénoncer

Autre volet de la réforme: les officiers d'état civil seront aussi tenus de dénoncer à l'autorité de police des étrangers les fiancés en situation illégale. Ces derniers seront du coup des candidats à l'expulsion. «La cohérence de l'activité étatique s'en trouve accentuée», se réjouissait la commission des institutions politiques du Conseil national dans son rapport sur le projet de révision.

L'ancienne conseillère nationale libérale Suzette Sandoz, juriste spécialisée dans le droit du mariage, se dit quant à elle «horrifiée» par cette consécration de la délation. «L'utilisation d'une autorité civile, l'officier de l'état civil, indispensable à l'exercice du droit fondamental au mariage, pour dénoncer à la police une personne même en situation illégale en Suisse équivaut à la mise sur pied d'une police d'Etat comme dans les pires régimes totalitaires», écrivait-elle dans une chronique publiée il y a une semaine dans la NZZ am Sonntag.

Pour Michel Montini, cette disposition n'a rien d'extraordinaire: «La communication de l'identité des fiancés est logique. Aujourd'hui déjà, tout mariage d'étrangers est communiqué. C'est le cas également pour les mariages qui n'ont pas pu aboutir parce que l'officier d'état civil a refusé son concours.» I


«Les sans-papiers se battront encore»

Michaël Rodriguez

L'étau se resserre autour des sans-papiers. Avec la restriction de l'accès au mariage, c'est une des rares voies de régularisation qui se ferme. Contrairement à de nombreux autres pays (Italie, Espagne, Etats-Unis, etc.), la Suisse a toujours refusé de procéder à des régularisations collectives, même limitées à certaines catégories de clandestins.

Les autorités fédérales accordent en revanche, sur proposition des cantons, des permis humanitaires pour les «cas individuels d'une extrême gravité». Mais la pratique de l'Office fédérale des migrations (ODM) étant très sévère, les sans-papiers se risquent de moins en moins à sortir de l'ombre pour déposer une demande. En 2009, ils étaient 543 à obtenir un permis humanitaire, sur une population totale de 100 000 à 150 000 personnes. La situation s'apparente donc à une impasse.

«Les sans-papiers sont les esclaves de notre époque. On ne peut pas fonctionner sans eux et on le sait, mais on ne veut surtout pas qu'ils apparaissent!» analyse le conseiller national démocrate-chrétien Jacques Neirynck, l'un des seuls parlementaires du centre-droit à avoir refusé le durcissement du droit au mariage. Pour l'élu vaudois, «la Suisse devient de plus en plus un Etat de non-droits de l'homme».

Comment accuse-t-on le coup du côté des militants? «Même si le contexte est très difficile, les sans-papiers continueront à se battre pour leur régularisation», affirme Jean-Michel Dolivo, du Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers. Pour le militant, qui siège au Grand Conseil vaudois dans les rangs d'A gauche toute, il s'agit en priorité de mener des actions de proximité: «C'est en montrant qu'ils sont là, ce qu'ils font, que l'on pourra commencer à contrer cette politique toujours plus discriminatoire.»

La cause des sans-papiers n'a pas connu que des échecs: le Grand Conseil vaudois a accepté en novembre dernier une initiative parlementaire visant à leur permettre d'accéder à la formation professionnelle. A Genève, la mobilisation du Conseil d'Etat en faveur des travailleurs de l'économie domestique est sans doute pour quelque chose dans le nombre élevé – par rapport aux autres cantons – de régularisations individuelles.

Pourquoi n'y a-t-il pas eu de véritable fronde contre la révision du Code civil? «Au parlement fédéral, tout ce qui touche au domaine de l'immigration passe sous le rouleau compresseur de la droite, de sorte que la gauche n'ose même plus faire de propositions», note Myriam Schwab, assistante sociale à la Fraternité, un service du Centre social protestant qui tient une permanence pour les sans-papiers. «La plate-forme nationale pour les sans-papiers, dont nous sommes membres, a été la seule à se bouger. Mais nous nous y sommes pris beaucoup trop tard.»

Les sans-papiers qui veulent se marier pourront-ils se rendre dans leur pays d'origine pour y demander un visa? «Cela va être la croix et la bannière, prévient Myriam Schwab. Par exemple, s'ils n'ont pas de ressources financières suffisantes, ils n'obtiendront pas de visa.» Or, l'obligation de quitter la Suisse les privera justement des revenus liés à leur travail. «Si l'homme est étranger et la femme établie en Suisse avec des enfants à charge, ce sera quasiment impossible», décrit l'assistante sociale. En quittant la Suisse, les sans-papiers sont souvent frappés d'une interdiction d'entrée sur tout le territoire Schengen. «Parmi ceux qui s'y sont risqués, on a vu des situations où la démarche dure plus de deux ans avant que la famille soit réunie», relate Myriam Schwab. MR


«On touche à l'intimité»

Rachad Armanios

Claude Ruey, conseiller national libéral (VD), figure parmi les rares élus de droite à avoir refusé la révision du Code civil aux Chambres fédérales.

Est-il légitime de restreindre l'accès au mariage pour toute une catégorie de personnes?

Claude Ruey: Le mariage est un droit éminemment personnel, qui touche à l'intimité. Le restreindre pour des questions de politique d'immigration est inadmissible. Qu'on intensifie la lutte contre les mariages blancs, d'accord. Mais pas en portant atteinte à l'intégrité des personnes avec une mesure antilibérale. S'il y a des tricheurs qui mentent sur le but de leur mariage, il faut les punir, mais seulement eux. On ne peut mettre tout le monde en prison parce qu'il y a des voleurs dans la société!

Les sans-papiers pourront se marier s'ils retournent dans leur pays d'origine pour y faire une demande de visa.

C'est un sophisme, car on ne leur donnera pas de visa.

Est-ce le rôle des officiers d'état civil de dénoncer à la police des étrangers l'identité des fiancés dont le séjour en Suisse est illégal?

Non. En Suisse, on admet que les enfants sans-papiers aillent à l'école. Ce principe de séparation des sphères doit être le même concernant l'accès au mariage.

Pourquoi n'y a-t-il pas eu lancement d'un référendum?

A cause de la cuisante défaite, en 2006, qui a consacré le durcissement des lois sur l'asile et les étrangers. Les militants se sont dits qu'il n'y avait quasiment pas de chance de succès.

Pourtant, cette fois, la liberté des Suisses est également atteinte...

C'est vrai, cette mesure porte atteinte à l'institution du mariage, donc aussi aux Suisses sincèrement amoureux de personnes sans permis! C'est là une conséquence d'une forme «d'absolutisation» ou de «divinisation» de la notion d'abus, un petit ballon dont on a fait une montgolfière. A droite, je suis un des rares élus à avoir refusé cette restriction. C'est que mes collègues, à force de boire le poison à petite dose pour s'immuniser, se sont empoisonnés.

Comment résoudre le problème des sans-papiers en Suisse?

La législation est paranoïaque. Et schizophrène, puisque la Suisse a recours à cette main-d'oeuvre pour le travail au noir ou au gris. Il faut donc faciliter les régularisations au cas par cas ou par types de situation. Mais je suis contre une régularisation généralisée, car ce serait une incitation à la triche. RA


Des pratiques cantonales à 180°

Rachad Armanios

L'Association suisse des officiers d'état civil approuve que les étrangers sans permis de séjour soient bientôt exclus des procédures de mariage en Suisse. De même, la faîtière salue l'obligation qui sera faite à ses membres de dénoncer à la police des étrangers tout candidat au mariage séjournant illégalement en Suisse, une façon d'améliorer «enfin» la collaboration avec celle-ci.

Beatrice Rancetti, présidente de l'association et officier d'état civil à Bâle-Campagne, justifie: «Marier des clandestins pose problème, car c'est une façon de soutenir l'illégalité.» L'autre avantage du changement est qu'il unifiera des pratiques cantonales variées, entre des cantons tolérants et d'autres, comme le sien, très sévères, explique la Bâloise.

«Aujourd'hui, certains cantons n'entrent déjà pas en matière sur les demandes de mariage de personnes en situation illégale, confirme Michel Montini, adjoint scientifique à l'Office fédéral de l'état civil. Pour ce faire, ils se basent sur l'obligation de produire un certificat de domicile, qui n'a pourtant pas pour but d'établir la légalité du séjour. Cette pratique n'était pas correcte du point de vue du Conseil fédéral.»

En Suisse romande, le Valais n'usurpe pas sa réputation de sévérité: «Nous demandons déjà aux étrangers sans permis valables de rentrer dans leur pays pour mettre leurs papiers en conformité», déclare Jacques de Lavallaz, chef du Service de la population et des migrations. «C'est très utile, car souvent ces gens doivent demander depuis chez nous des documents qui, ensuite, ne peuvent être validés, voire sont des faux.»

Quant à dénoncer les fiancés, le Valais le fait automatiquement: état civil et migration sont dans un même service, sans aucune cloison administrative. M. de Lavallaz: «Lorsqu'un clandestin dépose une demande de mariage dans un bureau régional d'état civil, celle-ci est ensuite traitée d'un point de vue du de l'état civil, mais aussi de la police des étrangers. Soit on l'informe qu'il doit régulariser ses papiers dans son pays, soit on prend les mesures nécessaires.» C'est-à-dire? «On le renvoie.» Logiquement, en Valais, il y a «très peu» de demandes de mariage impliquant un clandestin, communique notre interlocuteur.

Cette politique qu'il juge «courageuse» provoque un tourisme du mariage vers les cantons plus ouverts. A cet égard, Genève se distingue. «Il y a tous les jours des sans-papiers qui ouvrent une procédure de mariage», témoigne André Gafner, président de l'Association genevoises des officiers d'état civil. Le Code civil permet aux fonctionnaires de procéder à des auditions en cas de soupçon de mariage blanc (lire ci-dessus), mais «les refus sont très rares. C'est une volonté politique, du moins sous l'ère Moutinot, de ne pas aller contre un mariage. Pourtant, c'est effarant, on voit des gens qui ne connaissent même pas le nom ou l'âge de leur conjoint! On est très laxistes.»

Le conseiller d'Etat socialiste Laurent Moutinot, qui a pris sa retraite en faveur d'une libérale, explique: «Je suis opposé aux filtres quand le but est de contrôler l'immigration via le mariage. Il faut toutefois le refuser quand le cas est vraiment crasse, soit un mariage forcé, acheté ou complètement bidon. Mais dès lors que les fiancés se connaissent et ont une capacité de discernement, cela ne me regarde pas.»

André Gafner se dit mitigé au sujet de la réforme à venir: «D'un côté, je l'approuve, car nous voyons régulièrement des couples pour qui nous avons des soupçons sur la faisabilité ou le but du mariage, trop de gens demandent l'annulation de l'union après avoir cru à l'amour de leur vie. Mais d'un autre côté, pour ceux dont l'amour est sincère, on sait bien qu'il leur est très difficile de retourner chez eux pour demander des documents. Ces gens sans permis sont parfois à Genève depuis quinze ans, ils travaillent, paient des impôts. Jusqu'où faudra-t-il jouer aux délateurs? On ne veut pas être traités de xénophobes.»

Dans le canton de Vaud, Jean Ferrario, chef de la Division état civil, souligne un paradoxe face à l'obligation de dénonciation: «Lorsque la justice casse les décisions négatives que nous rendons, elle nous dit de ne pas aller trop loin en jouant à la police des étrangers. Car l'immigration n'est pas notre tâche.»

Rachel Coutaz, qui officie à Sion, ne se pose pas les mêmes cas de conscience: «Ce n'est pas moi qui signe les ordres de renvoi.» RACHAD ARMANIOS



LA TRAQUE AUX ABUS MANIFESTES

Michaël Rodriguez et Rachad Armanios

Les durcissements de l'accès au mariage se succèdent. Il y a deux ans, entrait en vigueur une modification du Code civil. Elle stipule que les officiers d'état civil refusent leur concours s'ils sont manifestement face à un mariage de complaisance. Les autorités n'ont pas encore fait de bilan de cette réforme.

Selon des estimations de l'Office fédéral de l'état civil, il y a eu en 2004 entre 500 et 1000 mariages de complaisance en Suisse. Durant la même période, on enregistrait 18 000 mariages binationaux.

«Pour qu'un officier d'état civil refuse de célébrer un mariage, il faut que l'abus de droit saute aux yeux, explique Michel Montini, adjoint scientifique à l'Office fédéral de l'état civil. Ce n'est pas à l'officier d'état civil de mener une enquête. On part du principe que les fiancés sont de bonne foi. Les refus restent donc l'exception.»

Chez les officiers d'état civil, l'application de cette mesure a suscité un certain malaise. «C'est bien joli, mais s'il y a le moindre doute, si un conjoint me dit 'mais je l'aime!', je dois accepter l'union», critique Rachel Coutaz, qui travaille à Sion. «C'est une tâche très difficile, surtout à Genève où on a affaire à une multitude de nationalités et de langues, ajoute l'officier d'état civil André Gafner. On nous a balancé ça sans nous former, tout repose sur nos épaules.»

Dans le canton de Vaud, Jean-François Ferrario, chef de la Division état civil, affirme que la formation a été dûment donnée. «Mais c'est vrai que la tâche est délicate. Il existe toute une clientèle pour qui il nous semble exister un grand déséquilibre dans le couple. Mais ce n'est pas pour autant qu'on peut en déduire un mariage de complaisance.» Les critères qui poussent à exiger une audition sont une grande différence d'âge, le fait que les époux ne parlent pas la même langue ou encore la présence de personnes marginalisées (drogue, prostitution...).

En 2009, l'administration vaudoise a effectué 120 auditions pour 3600 unions célébrées, dont les deux tiers impliquaient au moins un étranger. Parmi les candidats au mariage, 311 étaient des sans-papiers. Les auditions ont débouché sur 50 abandons de la procédure. «Elles font prendre conscience que le mariage débouchera peut-être sur des complications», se félicite M. Ferrario. En outre, 17 décisions négatives ont été rendues. Quatre ont été cassées sur recours par le Tribunal administratif. Le Tribunal fédéral, lui, traite chaque année environ 100 recours liés à un mariage fictif. RA/MR


samedi 23 janvier 2010

Mesures réalistes?


Mathieu Cupelin - le 22 janvier 2010, 23h12
Le Matin

20 commentaires

Le Conseil d'Etat genevois est-il à côté de la plaque avec son nouveau plan destiné à protéger les enfants contre la mendicité? Plusieurs juristes répondent par l'affirmative. Les mesures annoncées mercredi, qui visent à sanctionner les parents qui font mendier leurs enfants, à scolariser les enfants mendiants et à placer en foyer les plus fragilisés d'entre eux, seraient inapplicables et ne tiendraient pas la route sur le plan juridique.

La nouvelle politique du gouvernement à l'égard des mendiants rencontre une assez large adhésion dans le monde politique genevois. Et aussi au sein de la population, d'après les réactions recueillies sur le site Internet du «Matin». Mais un doute revient dans le discours de certains observateurs: ces mesures ne seraient-elles que de la poudre aux yeux? Les autorités compteraient sur l'effet d'annonce pour faire partir les mendiants de Genève? Car faire condamner les parents et leur retirer la garde de leurs enfants sous prétexte qu'ils mendient ne sera pas chose aisée.

Exemple: le Service de protection des mineurs (SPMi) peut décider de retirer un enfant à la garde de ses parents par mesure d'urgence. Mais cette décision doit être avalisée par le Tribunal tutélaire. Cette instance ne peut statuer que si l'enfant est domicilié dans le canton ou si Genève peut être considérée comme son lieu de séjour habituel, explique Me Corinne Nerfin, spécialiste du droit de la famille. Ce n'est pas le cas des petits mendiants que l'on trouve dans les rues de Genève, qui ont généralement une adresse en Roumanie. Toutes les décisions du tribunal pourront donc faire l'objet de recours sous ce biais-là.

«L'état a-t-il consulté des juristes?»
«Il est certain que nous contesterons chaque décision», prévient déjà Me?Dina Bazarbachi, présidente de l'association Mesemrom, qui défend les intérêts des Roms. L'avocate est persuadée qu'elle pourra faire annuler tous les retraits de garde. Elle s'étonne même que le Conseil d'Etat n'ait pas «réfléchi davantage». «Il semble prendre des décisions sans consulter des juristes pour savoir si elles sont applicables.»

Structures saturées

Quant à savoir si les parents pourront être condamnés pour avoir mis la vie de leur enfant en danger en le faisant mendier ou en l'exposant au grand froid, Me Anne Reiser, spécialiste du droit de la famille, se dit «très dubitative». Il faudra non seulement prouver une réelle mise en danger, mais aussi faire reconnaître que l'auteur avait l'intention de mal agir et un mobile égoïste. Le facteur culturel pourra aussi être plaidé pour expliquer le comportement des parents. «Un parent suisse qui ferait la même chose serait certainement condamné. Mais, là, je demande à voir», affirme l'avocate.

Sur le plan pratique, il ne sera pas facile de faire demeurer des enfants roms dans un foyer. Les structures d'accueil sont déjà saturées. Et les enfants pourront facilement s'en échapper: «Les foyers sont des structures ouvertes, il n'y a pas de gardien, c'est un milieu éducatif», indique Olivier Baud, secrétaire général de la Fondation officielle de la jeunesse. Autre aspect problématique du placement d'un enfant: son coût, plus de 200'000 francs par année. «L'Etat a-t-il les finances et les places d'hébergement nécessaires?» se demande Anne Reiser.

Scolariser les petits mendiants ne sera pas non plus une mince tâche. Ils seront intégrés à des classes d'accueil déjà surchargées. Il faudra aussi s'assurer qu'ils fréquentent assidûment leur classe. Peut-être en les faisant accompagner par des éducateurs. «Le dispositif scolaire pour les accueillir est prêt. Mais il faudra peut-être réfléchir à une structure de prise en charge plus globale» que pour les autres élèves, indique Jean-Luc Boesiger, un responsable du Département de l'instruction publique.

Une arrestation surprenante
Les raisons de l'arrestation de la mère rom interpellée jeudi matin à l'Armée du Salut de Genève en compagnie de ses trois enfants sont maintenant connues. Elle devait purger 22 jours de prison pour n'avoir pas payé une série d'amendes, confirme la police genevoise. Ce motif fait bondir l'association Mesemrom.

Sa présidente, Me Dina Bazarbachi, rappelle qu'en décembre un arrêt de la Cour de justice avait annulé l'ensemble des amendes distribuées aux Roms, car elles n'avaient pas été notifiées correctement. Dès lors, les détentions pour non-paiement des amendes devenaient illicites. Après l'intervention de l'avocate, la mère a été libérée hier déjà et elle a pu récupérer ses enfants, qui avaient été placés en foyer. Dina Bazarbachi ne compte pas en rester là. «Je vais déposer une action en responsabilité contre l'Etat, pour demander réparation pour tort moral et détention illicite.» Le pouvoir judiciaire n'était pas en mesure hier soir de s'exprimer sur l'ordre d'écrou qui visait la femme.

Les clandestins de Corse transférés en centres de rétention

Une partie des 124 clandestins découverts sur une plage de Corse ont été transférés dans des centres de rétention administrative du continent.

Des organisations de défense des droits de l'Homme, dont la Ligue des droits de l'Homme (LDH), dénoncent une procédure expéditive portant atteinte aux droits de ces candidats à l'asile, visés par un avis de reconduite à la frontière.

Au total, 57 hommes, 29 femmes, dont cinq enceintes et une handicapée, 38 enfants, dont neuf nourrissons, devaient être pris en charge.

Le ministère de l'Immigration a fait savoir samedi, au lendemain de la découverte des migrants qui disent être des Kurdes venant de Syrie, que chacun d'eux aurait droit à "une évaluation individuelle de sa situation".

"A l'arrivée dans ces centres, ces personnes bénéficieront des services d'un interprète, d'une visite médicale, d'une information sur les dispositifs d'aide au retour volontaire et d'une assistance juridique dans l'exercice de leurs droits", précise le ministère dans un communiqué.

Un groupe de dix réfugiés, six adultes et quatre enfants, a été accueilli au centre de rétention de l'aéroport Lyon-Saint-Exupéry, a-t-on appris auprès de la préfecture du Rhône.

Assistés par des représentants d'associations, ils ont déposé un recours contre le préfet de Corse. Il devait être examiné dimanche par un juge de la détention et des libertés.

Le centre de rétention du Canet, à Marseille, a pris en charge 11 personnes, dont cinq enfants, et neuf autres étaient attendues samedi après-midi, a précisé la police de l'air et des frontières.

"DES GENS QUI N'ONT RIEN À PERDRE"

Un autre groupe était attendu au centre de Cornebarrieu, près de Toulouse. Lille a été évoquée parmi les destinations possibles, mais la préfecture s'est refusée à confirmer ou infirmer l'information.

Le transfert par avion des migrants avait débuté samedi à 07h00 depuis la base de Solenzara (Haute-Corse).

"Il y a eu des moments de tension", a raconté à la presse le maire socialiste de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci.

"Même les plus hauts représentants de l'Etat n'étaient pas très à l'aise ce matin. C'était des moments difficiles, mais ça s'est bien passé on va dire", a-t-il ajouté.

Certains des migrants ont brandi durant la nuit des feuilles de papier sur lesquelles ils avaient notamment écrit en anglais "Liberté" ou "Ici est notre maison".

"Ils ont refusé d'aller sur les lits de camp, ils ont fait un sit-in dans les tribunes du gymnase. Selon leurs propos, ils fuient un pays où ils sont apatrides, ils n'ont pas de carte d'identité, pas de passeport, ils n'ont pas été scolarisés", a dit à la presse une interprète bénévole qui leur a parlé.

"Ce sont des gens qui n'ont à rien à perdre".

Fatigués, mais paraissant en bonne santé, les clandestins, débarqués sur la plage de Paragano, près de Bonifacio, avaient été regroupés vendredi dans un gymnase de cette ville de Corse-du-Sud. Ils semblent avoir été débarqués par un passeur.

"SCANDALE HUMANITAIRE"

Les autorités françaises ont tenté de reconstituer leur périple.

"Ils seraient partis de Syrie pour aller en camion jusqu'en Tunisie. De là, ils auraient pris un cargo qui les aurait déposés en Corse", a dit à la presse Thomas Pison, procureur de la République d'Ajaccio.

"C'est en Tunisie qu'ils auraient eu des contacts avec des passeurs. D'après les déclarations, ils auraient payé entre 2.500 euros et 10.000 euros le passage", a-t-il précisé.

Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a précisé vendredi qu'un bateau suspect avait été repéré dans les eaux internationales de la Méditerranée, au large de la Sardaigne. Les autorités italiennes devaient le contrôler.

Une information judiciaire a été ouverte en France pour "aide à l'entrée d'étrangers en bande organisée" et Paris a transmis une demande d'entraide pénale à l'Italie.

La France n'avait pas connu un tel débarquement de clandestins sur ses côtes depuis 2001, quand quelque 900 Kurdes s'étaient échoués sur une plage du Var à bord d'un vraquier.

André Paccou, délégué de Corse de la Ligue des droits de l'Homme, a dénoncé samedi "un scandale humanitaire".

"Une fois de plus, la France bafoue le droit d'asile", a-t-il dit à des journalistes.

"Nous avons affaire à des réfugiés, à des femmes et des hommes qui demandent le droit d'asile. (...) Ils doivent pouvoir accéder à cette procédure librement".

Le préfet de Corse, Stéphane Bouillon, a assuré que sa décision n'était "pas faite pour nuire aux gens".

"Elle est faite à partir du moment où nous constatons qu'il y a dans un gymnase des personnes fragiles avec des enfants. Nous considérons qu'il n'est pas possible de les laisser dans ce gymnase dans des conditions de sécurité et de salubrité qui ne sont pas convenables", a-t-il dit à la presse.

La Corse ne dispose pas de centres d'accueil pour migrants.

Pour le directeur général de France Terre d'Asile, les demandes de droit d'asile ont peu de chances d'aboutir.

"Il va falloir que nous introduisions des recours contre ces mesures préfectorales - nous avons 48 heures pour le faire - et en même temps pouvoir déposer les demandes d'asile. Donc tout va être beaucoup plus compliqué", a dit Pierre Henry sur France 3.

Sophie Louet avec correspondants de province

vendredi 22 janvier 2010

Il n'est pas question d'arracher des enfants à leurs parents


La police genevoise est satisfaite de sa nouvelle prérogative qui lui permet de signaler les enfants qui accompagnent les mendiants au Service de protection des mineurs (SPMi).

Pour le responsable du dossier à la police Claude Pahud, «c'est une bonne nouvelle».

Dans une interview accordée vendredi au «Temps», M. Pahud relativise la dureté de la mesure, qui vise essentiellement les Roms. «Il n'est pas question d'arracher des enfants à leurs parents, de casser des liens». Pour le policier, l'unique but recherché est de protéger les enfants, «en particulier sur le plan sanitaire».

Les gendarmes ne vont pas prendre l'enfant de force. «On emmène les parents et l'enfant au poste, puis l'on fait intervenir le SPMi. Celui-ci, pendant que la police auditionne les parents, dresse un bilan de santé de l'enfant, puis prononce s'il le faut une clause péril», a expliqué M. Pahud.

A Genève, une quinzaine d'enfants, du bébé au mineur de 17 ans, sont concernés par la nouvelle directive. «Ces chiffres fluctuent», a averti M. Pahud. Actuellement, environ 70 adultes mendiants sont recensés en ville, «contre 150 à 200 durant l'été et l'automne 2009».

Dans «Le Matin», le conseiller d'Etat genevois Charles Beer a rappelé que les mesures prises mercredi par le gouvernement ne visaient pas à discriminer une communauté. «L'intention n'est pas de s'en prendre aux enfants, mais bien de les protéger», a souligné le magistrat socialiste.

Scolarisation des enfants de Roms: une arrestation sème le trouble


Une mère a été arrêtée et ses trois enfants placés au Service de la protection de la jeunesse. Les autorités de Genève appliqueraient-elles déjà leur nouvelle politique envers les enfants qui mendient? Soit faire intervenir le SPMI en vue de les scolariser de force, voire de les placer en foyer?

Dominique Botti et Mathieu Cupelin - le 21 janvier 2010, 22h16
Le Matin

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La maman et ses trois enfants, apparemment originaires de Cenade, en Roumanie, dormaient dans les locaux de l'Armée du Salut du quartier de Saint-Jean. «Des policiers ont débarqué à l'aube, raconte un gardien des locaux d'urgence. Ils ont embarqué la famille. Je la connais bien. Ce sont des Roms qui mendient, comme beaucoup d'autres. Je n'ai jamais eu de problème avec eux.»

La maman a été arrêtée. Et les enfants ont été placés au SPMI. Hier soir, ils étaient toujours dans les mains des services de l'Etat. Les autres membres de la famille n'avaient pas pu les récupérer. Un garçon de 13 ans a par ailleurs été appréhendé dans la rue et emmené au SPMI plus tard dans la journée.

Pour le gardien de l'Armée du Salut, les autorités genevoises ont commencé leur nouvelle politique lancée mercredi par le conseiller d'Etat genevois Charles Beer (voir encadré). «Je ne sais pas si c'est bien ou mal de forcer un enfant à aller à l'école. Mais au moins on s'occupe d'eux.»

Les associations de défense des Roms ont aussi hier envisagé le pire, tout comme les Roms que «Le Matin» a rencontrés à Genève. Pierre*, arrivé récemment de Roumanie, analyse: «Si c'est vrai, les autorités ont fait ce qu'elles avaient dit. Mais cela signifie-t-il que je n'ai plus le droit de me promener avec mes enfants dans la rue?» Pierre constate que Genève devient invivable. «C'est beaucoup mieux en France.»

Un défenseur des Roms, qui tient aussi à garder l'anonymat, confirme cette pression récente des autorités. «Il y a un durcissement évident. Beaucoup de Roms cherchent aujourd'hui à aller en France. Mais pour cela, il faut de l'argent.»

Le premier-lieutenant Claude Pahud tente de calmer le jeu. «L'arrestation à l'Armée du Salut n'a rien à voir avec les nouvelles mesures du Conseil d'Etat.» Il s'agirait d'une opération de routine, visant une personne qui était recherchée pour une infraction à la loi sur le séjour des étrangers.

Cette version officielle est contestée par Dina Bazarbachi, présidente de l'association Mesemrom. «C'est la première fois, depuis 2004, que des enfants sont emmenés au SPMI. Et pourquoi ne sont-ils pas rendus à leur famille?» conclut la responsable, qui a immédiatement envoyé une lettre au Conseil d'Etat.

* Prénom d'emprunt

«Tant mieux s'ils ne sortent plus mendier»

Au lendemain de l'annonce de nouvelles mesures visant à scolariser les enfants mendiants et à placer en foyer ceux que leur mode de vie mettrait en danger, le conseiller d'Etat Charles Beer justifie une nouvelle fois sa décision. Il dément tout d'abord que l'interpellation de la mère et des trois enfants soit liée à cette nouvelle politique. «Mais qu'il y ait des inquiétudes parmi les Roms, je peux le comprendre. Encore une fois, il ne s'agit pas de mesures de rétorsion contre une communauté. Je ne peux dire qu'une seule chose: les lois s'appliquent à tout le monde. L'intention n'est pas de s'en prendre aux enfants, mais bien de les protéger.» Le magistrat socialiste ne reviendra pas en arrière, persuadé que ces mesures sont «profondément justes». «Je ne comprends pas que l'on puisse douter de l'opportunité d'une action visant à empêcher que des enfants se retrouvent à mendier.»

Si les enfants concernés évitent de sortir mendier de peur d'être appréhendés, «cela me convient bien, je préfère s'ils peuvent rester quelque part au chaud». Le chef du Département de l'instruction publique rencontrera lundi les responsables des foyers et des classes d'accueil qui accueilleront les enfants mendiants.

Drogues: razzia dans un centre pour requérants d'asile à Aarau


La police a arrêté jeudi à Aarau cinq requérants d'asile nigérians et en a interpellé huit d'origine africaine. Elle a découvert 140 g de cocaïne, 200 g de marihuana et 7000 francs dans le centre où logeaient les suspects. Ce lieu était une plaque tournante du trafic de drogue destiné aux adolescents.

Les requérants arrêtés sont âgées de 20 à 36 ans. Ils étaient recherchés par la police ou frappés d'une mise en détention administrative en vue d'une expulsion. L'un d'entre eux détenait des biens volés, indique la police argovienne.

Les huit personnes interpellées provisoirement sont des ressortissants guinéens et nigérians âgés de 18 à 40 ans. Trois d'entre eux sont soupçonnés de trafic de drogue et cinq autres de recel ainsi que d'autres délits.

Derrière la réalité de la coke, il reste l’espoir des hommes


ASILE | La police valaisanne a interpellé onze dealers africains ces derniers mois. Ils étaient pour la plupart hébergés dans le Chablais, au foyer pour candidats réfugiés de Collombey. 24 heures y a passé une demi-journée.

© GÉRALD BOSSHARD | Evarest (27 ans, Nigérian) reste lucide: «Si j’ai fui, c’est à cause des tensions politiques. Mais je vois que je n’ai aucun avenir en Suisse. Alors je suis content de rentrer au pays.»
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Patrick Monay | 22.01.2010 | 00:02

«Nous sommes à Collombey, en Suisse.» Alli, Nigérian de 26 ans, répète minutieusement la phrase que lui souffle François, l’enseignant. C’est un matin comme les autres, à l’unité d’accueil pour candidats réfugiés. Au programme: deux heures de cours de français. Quatorze élèves sont assis dans la salle. Ils viennent presque tous d’Afrique de l’Ouest.

C’est dans ce foyer chablaisien qu’étaient hébergés sept des 11 hommes arrêtés l’an dernier pour trafic de cocaïne (lire ci-dessous). Y a-t-il encore des dealers parmi les 38 hommes qui vivent dans ces baraquements de bois? Le mois dernier, dans Le Nouvelliste, les patrons de deux bars situés dans les environs affirmaient avoir fait déguerpir des requérants, qu’ils soupçonnaient de vendre de la drogue. «Des cas isolés, réplique Pierre-André Genoud, responsable de l’unité. Je connais tous les pensionnaires. C’est l’avantage d’une petite structure.» Emile Blanc, chef de la section asile du Service valaisan de l’action sociale (SAS), tient aussi à nuancer: «Dans leur très grande majorité, les personnes dont nous nous occupons (ndlr: 1700 hommes, femmes et enfants) ont un comportement tout à fait correct.»

A Collombey, cinq employés assurent l’encadrement des demandeurs d’asile. «Nous surveillons toutes les allées et venues, assure Pierre-André Genoud. Le règlement est strict concernant les visiteurs. Le soir et la nuit, il y a toujours un veilleur qui fait le boulot. Et nous collaborons étroitement avec la police.» Par exemple en lui signalant les plaques d’immatriculation de voitures suspectes.

La responsabilité du personnel s’arrête aux abords immédiats du foyer. «A peine arrivés, certains requérants reçoivent par la poste, de la part de Dieu sait qui, un abonnement CFF demi-tarif, témoigne Pierre-André Genoud. Quand ils partent pour Lausanne ou Sion, impossible de dire ce qu’ils vont y faire.»

Alli, lui, dit ne pas pouvoir se déplacer. Comme la moitié des hommes accueillis entre ces murs, il a vu sa demande d’asile rejetée. Son statut de «requérant débouté» lui donne droit à l’hébergement et à la nourriture, mais rien de plus. «Je n’ai pas d’argent pour voyager, se désole-t-il en anglais. Du coup, les cours de français qu’on nous donne ne me sont pas très utiles.» Arrivé à Collombey il y a deux mois, le jeune Nigérian se sent seul. Il préfère ne pas penser à son pays, «instable et plein de problèmes».

Emile Blanc souhaiterait pouvoir offrir à Alli et aux autres personnes déboutées les mêmes conditions qu’aux requérants dont le dossier est en cours de procédure. Car ces derniers ont la possibilité, après trois mois de séjour en Suisse, de se former et de travailler. «Un gage de stabilité et d’intégration, estime le fonctionnaire valaisan. L’occupation, c’est le meilleur moyen d’éviter les problèmes d’incivilité et de délinquance.»

Peinture, menuiserie ou cuisine: le Valais gère plusieurs ateliers pratiques à Vétroz, près de Sion. Après y être passés, plusieurs candidats réfugiés intègrent les équipes de maintenance du SAS, qui assurent notamment l’entretien des foyers d’accueil et des quelque
500 appartements que l’Etat loue dans tout le canton pour les requérants. A la clé, une «prime de motivation» mensuelle de 300 francs, qui s’ajoute aux 160 francs qui leur sont alloués en guise d’argent de poche.

«Faute de mieux», l’ingénieur fait la cuisine
A Collombey, plusieurs de ces ouvriers achèvent la rénovation des locaux, pinceau en main. Il y a aussi l’équipe chargée de la subsistance, autour de Thomas, le chef cuisinier valaisan. Parmi les sept requérants qui la composent, Redwan, un Syrien de 27 ans, arrivé ici l’an dernier. «J’aime beaucoup ce que je fais, confie-t-il en préparant des chaussons aux pommes. J’ai pu apprendre le français. J’espère pouvoir rester en Suisse et pratiquer ce métier.»

Aloys, citoyen du Burundi, se montre moins enthousiaste. A 33 ans, cet ingénieur électricien fait la cuisine, «faute de mieux». Une fois son service terminé, il rentre à vélo dans son studio, à Monthey. Il regarde la télé et espère que son recours, déposé il y a plus d’un an, fera aboutir sa demande d’asile. «Ma femme est réfugiée en Ouganda. Je n’ai que de très rares contacts avec elle. Pourvu qu’elle puisse me rejoindre un jour…»

La drogue? Aloys écarte la question. «Je ne fume même pas. Ce qui se passe peut-être ici, je le lis dans les journaux, comme tout le monde. La police est venue un jour, mais je ne sais pas pourquoi. De toute façon, cela ne me concerne pas.»

jeudi 21 janvier 2010

MIGRANTS, UNE AFFAIRE SYNDICALE

MIGRANTS, UNE AFFAIRE SYNDICALE

Paru le Mardi 19 Janvier 2010
NATACHA DAVID/CSI*

ContrechampMAURITANIE-SÉNÉGAL - Très exposée aux flux migratoires, la Mauritanie est à la fois un pays de transit vers l'Union européenne et un pays d'accueil de migrants ouest-africains. Dans le cadre d'un partenariat bilatéral mauritano-sénégalais, les syndicats se sont imposés comme des acteurs clés dans la gestion des migrations.
Nouakchott a des allures de grand chantier... où les travailleurs et travailleuses immigrés sont partout. Dans le bâtiment, les garages, les ateliers de tôlerie ou de menuiserie, les petits commerces, les restaurants, ou encore le transport routier et les services domestiques. En semaine, le long du boulevard de l'Ambassade de France du centre ville, c'est un va et vient permanent de camions qui viennent chercher les clandestins pour des chantiers, et de particuliers à la recherche d'un «boy» ou d'un chauffeur. Le dimanche, l'église toute proche et ses abords sont pleins à craquer de tous ces ressortissants ouest-africains partis à la recherche d'une vie meilleure. Au nord du pays, Nouadhibou, capitale économique, abrite aussi des communautés étrangères importantes, dont une majorité de Sénégalais. Sur les quais du port, des centaines de travailleurs errent dans tous les sens à la recherche d'un travail journalier. Certains ont déjà tenté la traversée clandestine vers l'Espagne mais ont été refoulés par les marines espagnoles ou marocaines. D'autres se sont fait avoir par des soi-disant «passeurs» qui leur ont pris leur argent.
La Mauritanie a pourtant longtemps ignoré la problématique de l'immigration dont les effets ont longtemps été très peu perceptibles dans ce pays constitué d'une grande zone désertique, avec des frontières très perméables et une côte atlantique de 700 km. Les rares flux migratoires visibles étaient constitués par les entrées et sorties de ressortissants maliens et sénégalais venus, à partir de ces deux pays frontaliers, travailler en Mauritanie.
«Durant les quatre décennies qui ont suivi l'indépendance (proclamée en 1960), ce n'était pas un sujet de préoccupation. La législation n'a d'ailleurs pas bougé, si ce ne sont les conventions bilatérales conclues avec les pays voisins concernés. Mais ces dernières années, le renforcement des contrôles aux frontières de l'Afrique du Nord a détourné toutes les routes de l'immigration qui partaient au préalable directement du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie et de la Lybie pour rejoindre l'Europe par l'Espagne et l'Italie», explique Mamadou Niang, de la Confédération générale des travailleurs de Mauritanie (CGTM).
Cette nouvelle donne s'est traduite par un déplacement des migrations vers les régions sahariennes et subsahariennes. Les interpellations de ressortissants indiens, pakistanais et bangladeshi dans le nord de la Mauritanie à la frontière du Sahara occidental ont révélé l'existence d'un flux migratoire important et insoupçonné jusque là. Cette nouvelle réalité de zone de transit de la Mauritanie vers l'Europe méridionale a été accentuée par la nouvelle route Nouakchott-Nouadhibou qui relie l'Afrique du Nord à l'Afrique de l'Ouest et par l'existence de la «route de l'espoir» entre Néma (frontière avec le Mali) et Nouakchott qui traverse le pays d'Est en Ouest.
Outre cet essor du transit migratoire vers l'Europe, la Mauritanie est aussi une zone où de plus en plus de migrants viennent s'établir. «Il y a un mouvement de circulation de personnes naturelle entre nos deux pays, qui sont aussi des pays d'accueil de nombreux autres pays pour des migrants occupés pour la plupart dans l'économie informelle. Une importante frange d'immigrés traverse la frontière sénégalo-mauritanienne à pied. Il s'agit généralement d'ouvriers agricoles, de domestiques placés par des intermédiaires, d'aventuriers en quête d'emploi qui longent le fleuve à la nage ou dans des pirogues. Les confréries maraboutiques contribuent également au mouvement de travailleurs en favorisant le passage clandestin de la frontière lors de pèlerinages ou défilés religieux. Dans le secteur de la pêche, les pêcheurs originaires de Saint Louis du Sénégal sont très largement majoritaires en Mauritanie», explique Mamadou Niang.
En raison de son développement économique fondé notamment sur l'exploitation de ressources minières, halieutiques et plus récemment pétrolières, la Mauritanie attire en effet davantage de travailleurs migrants. Les 300 000 travailleurs, chiffre estimé, qui y résident proviennent d'autres pays africains, mais aussi d'Asie, notamment en raison de l'essor des investissements chinois.
Violences et guerres, aléas climatiques, attrait aveugle d'une image mirobolante de l'économie mauritanienne, mais plus que tout pauvreté systémique, sont les causes de ces migrations. La prolifération d'intermédiaires pour le recrutement est un autre paramètre qui facilite l'afflux de travailleurs et travailleuses migrants. Par ailleurs, l'accès à l'emploi en Mauritanie est relativement facile pour les migrants car les structures de contrôle (bureaux d'emploi et inspection du travail) n'ont pas les moyens d'assurer un contrôle réel.
«D'une conception aujourd'hui dépassée, Le décret de 1964-65 est fondé sur le souci des pouvoirs publics nouvellement indépendants d'affirmer leur souveraineté interne, aujourd'hui en déphasage avec les engagements internationaux de la Mauritanie qui a ratifié la convention internationale de l'ONU (1990) sur les droits des travailleurs migrants et de leurs familles», regrette Mamadou Niang. Son aspect répressif à l'égard des migrants clandestins et son silence sur le droit protecteur des migrants contrastent avec la pratique des pouvoirs publics qui reconnaissent aux migrants, conformément à la Constitution, plusieurs garanties fondamentales. Via le code du travail (2004), les travailleurs immigrés en ordre de permis de travail sont protégés par le principe de non discrimination qui leur confère les mêmes droits que ceux des travailleurs mauritaniens, notamment en matière de sécurité sociale. L'emploi illégal de travailleurs migrants tombe sous de coup de la loi de 2003 portant sur la répression de la traite des personnes. «Nous sensibilisons les autorités pour qu'elles ne privilégient pas les mesures sécuritaires mais prennent également en compte les droits des migrants en ratifiant les Conventions 97 et 143 de l'OIT et en procédant à une adaptation des lois nationales. Vu l'absence actuelle de synergie entre les différentes instantes concernées (notamment les trois ministères concernés), nous demandons la mise en place d'un organe tripartite pour la gestion de la migration sous forme d'un observatoire national», ajoute Mamadou Niang.
En matière de liberté syndicale, tout travailleur étranger peut librement adhérer et constituer un syndicat professionnel. Mais pour accéder aux fonctions de direction d'un syndicat, il doit justifier au moins cinq années consécutives d'exercice sur le sol mauritanien de la profession défendue par le syndicat. I
Note : * Confédération syndicale internationale. Les textes de cette page sont parus dans Vision syndicale (n° 16 – Décembre 2009), le magazine mensuel de la CSI.

A Paris, un nouveau point de chute pour les exilés afghans


Candidats à l'asile ou au départ pour l'Angleterre, ils transitent depuis longtemps dans le Xe arrondissement. La mairie leur ouvre un nouveau centre (temporaire) d'hébergement et appelle l'Etat à assurer ses responsabilités.

.B.

Une centaine d'exilés ont dormi dans l'ancien hôpital ces deux dernières nuits.

Une centaine d'exilés ont dormi dans l'ancien hôpital ces deux dernières nuits.

«à l'hôtel» ou «dehors, dans le froid», près du square Villemin, de l'autre côté du boulevard, dont ils avaient été chassé l'été dernier. Ou quai de Valmy, un peu plus loin.

Cette nuit et les suivantes, ces hommes qui ont des mois, des années d'errance derrière eux, auront au moins un toit: depuis dimanche soir, un nouveau lieu, l’ancien hôpital Saint-Lazare, est ouvert pour accueillir «les exilés du 10e arrondissement» de Paris. Au fil des ans, le quartier est devenu le point de passage obligé pour les candidats au passage en Angleterre ou à l'asile en France. Au nombre de quelques centaines, ils sont plus nombreux encore depuis le démantèlement de la «jungle» à Calais.

L’ancien hôpital, destiné à terme à devenir une médiathèque, a été prêté par la Mairie de Paris jusqu’au 31 mars. La gestion quotidienne est assurée par Emmaüs. Les locaux peuvent accueillir une centaine de personnes, avec un système de carte de manière à identifier qui revient chaque nuit, entre 18h30 et 8 heures. En enfilade le long d'un vaste couloir, plusieurs salles d'une trentaine de lits de camp chacune. Au bout, la cuisine. Suivront bientôt des douches, une salle de soins coordonnée par Médecins du monde, un accompagnement pour les démarche administratives, des cours de français... Réfugiés ou demandeurs d'asile, les occupants sont jeunes (26 ans de moyenne d'âge), «particulièrement disciplinés», selon les membres d'Emmaüs sur place, et connaissent pour certains des maladies liées à leur errance: infections respiratoires, maladies cutanées, traumatologie due à la chute des camions...

«Ce lieu, on l'ouvre à la place de l'Etat»

L'association voit l'endroit comme un «lieu de mise à l'abri», pas seulement un toit pour la nuit. «Il ne s'agit pas de créer un lieu communautaire mais d'accueillir dans des conditions dignes une population qui, de fait, est là, dehors», résume Frédérique Kaba, qui pilote l'action d'Emmaüs pour l'arrondissement. «L'objectif est aussi de les orienter vers des structures plus pérennes qui ont vocation à les accueillir, comme les Cada (Centres d'accueil pour demandeurs d'asile)».

Samedi, dans un communiqué, le ministre de l'Immigration Eric Besson avait pris acte de l'ouverture annoncée du lieu, la qualifiant de «solution de mise à l’abri exceptionnelle et temporaire» qui a «vocation à être refermée dès que les conditions climatiques seront redevenues favorables».

Ce qui n'a pas manqué de faire bondir Didier Cusserne, délégué général de l'association Emmaüs: «Comment ose-t-il annoncer la fermeture d'un centre dont il n'est pour rien dans l'ouverture ?»

Car l'ensemble des acteurs le répète, c'est ici à l'Etat de«prendre ses responsabilités». «Eric Besson parle d'un nouveau Sangatte, mais ce nouveau Sangatte, c'est lui qui l'impose! Ce lieu, on l'ouvre à la place de l'Etat parce qu'il faut bien que quelqu'un accueille ces exilés, qui sont là depuis 2002», relève le maire (PS) du Xe, Rémi Féraud, qui réclame de longue date à l'Etat de débloquer des places d'hébergement.