mercredi 30 décembre 2009

Avant, l’étranger c’était l’Italien, maintenant, c’est le musulman

Minarets, voiles, crucifix… Le religieux n’a pas cessé de s’inviter dans le champ politique en 2009. Le regard du sociologue Jörg Stolz. Un article de Patrick Chuard dans 24 Heures.

© FRANCESCA PALAZZI | ​Pour le sociologue Jörg Stolz, directeur de l’Observatoire des religions en Suisse, «l’affirmation des valeurs chrétiennes est souvent une manière de faire du patriotisme, de dire qui nous sommes».

Directeur de l’Observatoire des religions en Suisse (ORS), le sociologue zurichois Jörg Stolz a suivi de près l’actualité 2009. Et pour cause: rarement la religion aura autant occupé les débats publics. Outre le vote sur les minarets et les polémiques sur l’islam, les jeunes socialistes neuchâtelois se disputent sur des questions de laïcité, le Valais réaffirme son attachement aux crucifix, le Parti évangélique lance une initiative populaire pour inscrire les valeurs chrétiennes dans la Constitution… Le directeur de l’ORS – créé il y a tout juste dix ans à l’Université de Lausanne – livre quelques réflexions.

– Les débats religieux en politique marquent-ils un retour de la religion?
– Je ne crois pas. La baisse de la pratique religieuse est constante. Toujours plus de gens accordent de l’importance à la spiritualité, mais sans lien avec un groupe ou une Eglise. Cela va de pair avec l’individualisation de notre société, où les gens apprécient de moins en moins qu’on leur dise ce qu’ils doivent croire ou faire. En revanche, le thème religieux est très présent dans les débats politiques et dans les médias, mais c’est une chose différente. Sur la question des minarets, au fond, j’observe que le débat n’a pas vraiment changé depuis des décennies: qu’est-ce qui relève de l’identité suisse et qu’est-ce qui est étranger? La problématique s’est simplement transformée, elle a pris une tournure religieuse.

– Il s’agirait donc d’une question identitaire transposée dans le domaine religieux?
– Tout à fait, du reste les arguments sont restés les mêmes: nous devons défendre notre culture, les migrants venant d’autres cultures ne peuvent pas s’intégrer, il faut être plus ferme, etc. Pour désigner l’autre, dans les années 70, on disait Italien, maintenant c’est musulman.

– Tout de même, l’islam pose des questions uniques, comme l’interdiction de mariages mixtes ou la remise en question de l’égalité hommes-femmes.
– Mais ce n’est pas nouveau, ni propre à l’islam. Au sein du catholicisme romain une femme ne peut pas devenir prêtre. Beaucoup de mouvements, des groupes évangéliques conservateurs ou des juifs ultraorthodoxes notamment, estiment fortement que les femmes doivent rester à la maison. Les Témoins de Jéhovah s’opposent aussi aux mariages mixtes. Certains groupes au sein de l’islam peuvent poser problème, je ne le nie pas, mais on ne peut pas dire que les musulmans en général ne peuvent pas être intégrés. La pratique dans beaucoup d’endroits en Suisse prouve le contraire.

– L’affirmation des valeurs chrétiennes se fait plus présente en politique. A quoi l’attribuez-vous?
– Selon moi, c’est souvent une façon de faire du patriotisme, de dire qui nous sommes. J’y vois un combat fortement identitaire. Pendant la campagne antiminarets, l’UDC a lutté avec l’Union démocratique fédérale (UDF), qui porte des valeurs religieuses. Il existe une parenté certaines entre leurs programmes politiques. Mais pour autant je n’ai que rarement entendu l’UDC jouer la carte de «nous, les chrétiens». C’était toujours «vous, les musulmans». Mais là encore, cela ne change rien à la situation réelle de la religion. Un fossé toujours plus grand sépare d’ailleurs «les vrais croyants» de la société, qui, elle, se sécularise. Les gens qui sont croyants paraissent de plus en plus étranges aux autres, ils semblent extraordinaires. Mais ils ne changent pas, c’est la société qui change.


«La Suisse n’est pas laïque»

– Pourquoi les Eglises traditionnelles ont-elles été si présentes dans le débat sur les minarets et se sont-elles engagées contre l’initiative?
– Deux réponses. D’abord, on pouvait interpréter cette initiative comme une attaque contre la religion tout court. C’est la place même de la religion dans la société qui était en jeu. De ce point de vue, quand la France a interdit le voile musulman dans les écoles, elle s’est montrée moins discriminatoire, car elle a interdit aussi tous les autres signes ostentatoires, comme la kippa et les grandes croix. L’autre réponse, c’est le dialogue interreligieux entamé par les religions. L’enjeu aujourd’hui est la paix entre elles, c’est ce que veulent les fidèles, les sondages le montrent.

– La Suisse doit-elle craindre pour sa laïcité?
– Mais la Suisse n’est pas du tout laïque! C’est une méconnaissance des faits. La Constitution fédérale est neutre – hormis l’invocation divine – et renvoie la question de la religion aux cantons. Et chaque canton a des pratiques différentes. Pour certains, il n’y a pas du tout de séparation Eglise-Etat. Je ne pense pas que ce fait va changer dans notre avenir immédiat. Si la Suisse devient encore plus séculière et multireligieuse, il y aura deux options possibles: soit on sépare l’Etat de la religion pour toute la Suisse – je n’y crois pas –, soit on estime que d’autres communautés religieuses peuvent être reconnues. Et je pense que l’islam, un jour, le sera.

mardi 29 décembre 2009

Minarets: le Parlement arabe lance un appel à la Suisse

Le Parlement arabe, un organe de la Ligue arabe, a appelé "le peuple suisse à reconsidérer sa décision erronée" interdisant les minarets. Il affirme que ce vote risque "d'attiser le racisme en Europe".

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Le minaret de Wangen-bei-Olten (archives) Photo : Keystone

 

La décision helvétique "traduit les sentiments de haine et d'animosité envers l'islam et les musulmans qu'éprouvent les groupes de la droite extrémiste et raciste en Europe", affirme le Parlement dans une décision adoptée au terme d'une réunion de trois jours au Caire.

"Nous souhaitons que le peuple suisse reconsidère sa décision erronée qui risque d'attiser le racisme en Europe (..) alors que nous avons besoin en ce moment de développer la coopération et le dialogue constructif entre les croyants de toutes les religions", ont affirmé les parlementaires arabes.

Le Parlement arabe est un organe de la Ligue arabe. Il est composé de 67 députés, issus de 22 pays, et est présidé par Nabih Berri, le président du parlement libanais. Ses membres se réunissent au Caire en attendant que son siège soit établi à Damas.

ATS

Un requérant d'asile érythréen poignarde un compatriote


Lors d'une bagarre entre deux Erythréens dans un centre de requérants d'asile à Gelterkinden (BL), un des deux protagonistes, âgé de 30 ans, a poignardé son adversaire de 28 ans. L'auteur des coups de couteau a été placé en détention provisoire.

La dispute a débuté par un échange de coups de poings. Ses causes ne sont pas connues, a indiqué vendredi la police. Le plus âgé des deux requérants d'asile a finalement asséné plusieurs coups de couteau dans le dos de son compatriote. Ce dernier a été conduit à l'hôpital. Une procédure pénale a été ouverte contre son agresseur.

dimanche 27 décembre 2009

Le vote suisse contre les minarets correspond-t-il à l'idéal démocratique ?

« »
Amine Alaoui

Samedi 26 décembre 2009

“Rappelons que les pires régimes totalitaires du siècle dernier ont été, au début au moins, élus démocratiquement, dans des pays pas très éloignés de la Suisse d’ailleurs. Ces régimes utilisaient la propagande afin de stigmatiser certaines communautés et légitimer la discrimination”

D’aucuns prétendent que le vote suisse contre les minarets ne vise pas la Tradition musulmane dans son ensemble, mais plutôt un certain «islam politique». Or, il va sans dire que les minarets ne sont pas plus le symbole d’un islam politique ou extrémiste que le seraient les clochers d’églises d’une lecture fondamentaliste du christianisme. On ne peut donc dissocier ce vote de la question, plus générale, de la présence musulmane en Occident. En effet, force est de constater qu’au-delà du symbole architectural, ce n’est pas qu’en Suisse que la présence visible des musulman(e)s suscite un débat.

Certains invoqueront, par ailleurs, la réciprocité pour expliquer voire légitimer le vote contre les minarets en territoire Suisse. Cet argument est problématique à plusieurs niveaux : En premier lieu, il sous-entend qu’il y a un « clash » entre deux civilisations (occidentale et musulmane) totalement exclusives et hermétiques. Ce qui est bien entendu doublement faux. Ensuite, il suppose l’existence de deux catégories de citoyens : une qui regroupe les « véritables » citoyens avec des droits et devoirs reconnus et une seconde catégorie de citoyens qui ont les mêmes droits que les premiers sauf qu’ils sont conditionnels aux politiques de pays étrangers. Aussi, il serait paradoxal pour une démocratie de «marchander» avec ces citoyens les droits et libertés de ces derniers et entrer dans une compétition d’obscurantisme avec les États à majorité musulmane les plus totalitaires.

Le résultat malheureux de ce référendum soulève également de profondes interrogations quant aux relations que les musulmans Occidentaux ont pu tisser, dans leurs entourages respectifs, avec leurs concitoyens non musulmans: collègues, amis, voisins et parfois même, membres de la famille. Est-ce à dire que ces relations se sont majoritairement soldées par un échec? Ou peut-être, qu’au contraire, le résultat du vote s’explique par le fait qu’une majorité de ceux qui ont voté oui n’ont jamais connu un(e) musulman(e) de près? Ces questions sont légitimes et il faut tenter d’y répondre.

Cependant, il ne faudrait pas -au nom de la règle de la majorité simple- sacraliser le résultat de ce vote.C’est que la démocratie ne se résume pas aux urnes. Le système démocratique doit d’abord garantir un traitement équitable envers tous les citoyens. Le principe « Un(e) citoyen(e), une voix » n’est donc pas une fin en soi mais un moyen d’assurer justement, ce traitement équitable. Dès lors, soumettre les droits d’une minorité au vote de la majorité ne relève plus de la démocratie mais plutôt de la « dictature de la majorité ». Dire ou insinuer le contraire c’est trahir l’idéal démocratique par méconnaissance de celui-ci ou pire, par calcul politique, démagogie et populisme.

Rappelons que les pires régimes totalitaires du siècle dernier ont été, au début au moins, élusdémocratiquement, dans des pays pas très éloignés de la Suisse d’ailleurs. Ces régimes utilisaient la propagande afin de stigmatiser certaines communautés et légitimer la discrimination. Les massacres commis par ces systèmes contre des millions de personnes ciblées uniquement en raison de leur confession religieuse (les juifs), leur origine ethnique (les Tsiganes) ou leurs convictions politiques (les communistes) ont marqué de façon tragique la seconde guerre. La liste des atrocités commises par ces régimes ne se limite malheureusement pas à cela.

Dans ce côté-ci de l’Atlantique, nous avons choisi de soutenir les démocraties Européennes dans la guerre qui s’en ait suivi. Et pourtant, nous avons également fait le choix d’interner dans des camps des citoyens Canadiens uniquement parce qu’ils étaient d’origine japonaise, allemande ou italienne. Ainsi, l’Histoire récente nous enseigne que si les acquis d’aujourd’hui sont importants, ils sont aussi fragiles.

Le jour où « les hommes vivront d’amour » semble hélas bien lointain.

Le site Internet de la commune de Vermes piraté



Selon le responsable du site Internet de la commune, Yvan Rais, la plate-forme Internet du village a subi hier soir une attaque d’un hacker, un pirate informatique sur Internet. Yvan Rais nous a expliqué que la page d’accueil du http://www.vermes.ch/ était redirigée vers une autre page présentant une mosquée avec des minarets. La photo était accompagnée de messages en anglais et en arabe. Selon Yvan Rais, tout est rentré dans l’ordre vers 19h. A noter qu'Yvan Rais a écrit au fournisseur d'accès du site, et au Conseil communal pour les informer de la situation.

300 sites Internet touchés en Suisse

Début décembre, suite à la votation sur les minarets en Suisse, plus de 300 sites Internet avaient déjà subi des attaques de pirates informatiques, avec la même image de mosquée. Des lecteurs du quotidien gratuit «20 Minutes» avaient notamment signalé de telles attaques.
Selon le journal, ces attaques auraient lieu en représailles de la votation sur les minarets. Nous avons contacté la police cantonale jurassienne. Mais aucun cas du genre n’a été annoncé pour l’instant dans le Jura. Selon nos informations, le site de la commune de Porrentruy aurait aussi été touché début décembre.

vendredi 25 décembre 2009

Quel dialogue tenir après le vote sur les minarets?

Quel dialogue tenir après le vote sur les minarets?

Légende: A Genève, la Fondation culturelle islamique vandalisée après le vote sur les minarets.
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La ministre suisse de la Justice a rencontré quelques responsables d’associations musulmanes dans le but de «poursuivre et d’élargir le dialogue avec la communauté musulmane». Des personnes engagées de longue date dans le rapprochement des communautés en Suisse soulignent les limites de cette approche.
Près d'un mois après le vote sur l’interdiction des minarets, Eveline Widmer-Schlumpf a reçu six personnalités représentants la Fédération d’organisations islamiques de Suisse, la Coordination d’organisations islamiques de Suisse et la Fondation de l’entre-connaissance créée par Hafid Ouardiri, l’ancien porte-parole de la mosquée de Genève.«La ministre a souligné que la décision du peuple restreignait la liberté, pour les musulmans, de manifester leur croyance en érigeant des minarets, mais ne touchait pas leur droit de professer leur foi et de pratiquer leur religion. Elle a exposé que la décision populaire était l’expression de problèmes, mais offrait une chance de mener un vaste débat public», précise un communiqué de son ministère.
Un signal politique
Après avoir rappelé que ses rencontres avaient été lancées par Christoph Blocher, le prédécesseur d’Eveline Widmer-Schlumpf, Stéphane Lathion y voit un légitime signal politique. «Le point positif est que le gouvernement montre ainsi son intérêt et sa volonté de mieux comprendre les communautés musulmanes de Suisse. Mais il ne faudrait pas donner à ces associations un pouvoir de représentativité qu’elles n’ont pas», relève le président du Groupe de recherche sur l'islam en Suisse, un institut créé en 2002 et engagé dès ses débuts sur le terrain associatif.Autre personnalité engagée de longue date dans les questions d’intégration et de dialogue culturel et politique entre communautés, Ahmed Benani abonde: «Le gouvernement qui n’a pas une grande connaissance de l’Islam en tant que tel a tendance à les considérer comme les représentants, parce qu’il a besoin d’interlocuteurs.»Et le politologue d’origine marocaine d’enfoncer le clou: «La question de la représentativité est un faux problème. Car en Suisse, la communauté musulmane n’existe pas en tant que telle. Ceux qui parlent en son nom représentent une extrême minorité.»Pour autant, les rencontres menées par la ministre de la Justice ont leur utilité. «En Suisse, ce sont ce type d’associations et de fédérations qui organisent le culte musulman, à défaut d’une structure hiérarchisée et d’un clergé qui n’existe pas en Islam.»De fait, la Fédération d'organisations islamiques de Suisse est présente dans la plupart des cantons suisses et collabore avec près de 150 centres islamiques en Suisse, selon son président Hisham Maizar, l’un des six représentants reçus par Eveline Widmer Schlumpf.
Prime au religieux
«Mais le risque d’une telle démarche est de renforcer les organisations religieuses, insiste Stéphane Lathion. Car il y a des communautés musulmanes qui n’ont pas la religion comme priorité. Il ne faudrait donc pas que Berne légitime ainsi certaines associations au détriment d’autres. Il est essentiel de séparer ce qui relève du culte musulman du reste (culturel, social ou autre). En effet, la grande majorité des musulmans de Suisse ne va pas à la mosquée et ne se reconnait pas dans les organisations existantes. Or, les responsables d’association ont beaucoup de peine à admettre que beaucoup de leur coreligionnaires ont un rapport distant avec l’Islam.»«En effet, il ne faut jamais oublier que la majorité des musulmans de Suisse viennent d’Europe, c’est-à-dire des Balkans», rappelle de son coté Ahmed Benani.Autrement dit, leurs expériences historiques, politiques et culturelles sont très différentes de celles de leurs coreligionnaires issus des pays arabes qui occupent le plus souvent la direction des associations musulmanes en Suisse.Dès lors, l’attitude du gouvernement ressemble à une forme d’injonction paradoxale que les psychiatres connaissent bien. «On reproche à certains musulmans de verser dans le communautarisme, tout en exigeant de l’ensemble des personnes issues d’un pays musulman qu’elles se mettent en communauté», pointe ainsi Stéphane Lathion.
Sortir de la discrimination
Pour surmonter ce piège, Ahmed Benani avance une première idée qui commence à circuler: «Il devient urgent de reconnaitre l’Islam comme culte d’utilité publique. Avec sa nouvelle constitution, le canton de Vaud l’a fait pour le judaïsme. Il faut s’inspirer de cet exemple unique en Suisse.»Et le politologue lausannois d’ajouter: «Il est nécessaire d’organiser une riposte citoyenne au niveau des communes, des cantons et de la Confédération. Comme le disent beaucoup de musulmans pratiquants ou non, le religieux en Suisse doit faire l’objet d’une égalité de traitement, quelle que soit la confession.»«Ainsi le problème de la discrimination posé par la proposition de loi sur les minarets serait surmonté. Cette reconnaissance étendue aux religions non-chrétiennes permettrait de détacher la question du religieux des questions politiques et idéologiques et contribuerait à couper l’herbe sous les pieds des agitateurs de tout poil et de tous ceux qui ne manqueront pas de produire un discours victimaire, après le vote sur les minarets.»Faut-il dès lors casser la loi sur les minarets devant la Cour européenne des droits de l’homme? Stéphane Lathion n’en est pas sûr. «Mais nous somme encore dans l’urgence. Comme me l’a dit une personnalité musulmane de Suisse, la pression de la base est immense, en particulier chez les jeunes, depuis le vote sur les minarets. Il fallait agir.»
Privilégier le niveau local
Quoi qu’il en soit, le chantier ouvert par le vote sur les minarets s’inscrit sur le moyen et long terme. «Comme c’est la coutume en Suisse, l’essentiel du travail doit se faire au niveau des communes et des cantons», assure Stéphane Lathion.Selon le chercheur, la Commission fédérale des migrations (CFM) montre la voie, elle qui organise le 23 janvier prochain une rencontre avec des représentants des communautés musulmanes sur une base citoyenne et non religieuse. Et Stéphane Lathion de conclure: «Il ne s’agit pas de nier l’élément religieux qui peut parfois être problématique, mais il ne faudrait pas se confiner dans cette dimension, surtout si elle se résume à un catalogue de problèmes.Ce qui ne représente de loin pas le vécu des personnes issues du monde musulman vivant en Suisse.»

jeudi 24 décembre 2009

Menacé dans son pays, un Malien albinos obtient le statut de réfugié en Espagne

Dans son malheur, Abdoulaye Coulibaly, un Malien de 22 ans, a doublement de la chance : il ne s'est pas noyé en mer en émigrant vers l'Espagne et il vient de se voir délivrer des papiers. Mieux, il a obtenu le statut de réfugié. Le ministère de l'intérieur espagnol vient de le lui accorder en raison des craintes de persécutions que lui fait courir au Mali la couleur de sa peau : blanche. Albinos, M. Coulibaly souffre de cette maladie génétique caractérisée par une absence de pigmentation de la peau, et associée en Afrique à des préjugés et à des pratiques de sorcellerie.

L'artiste malien Salif Keita lit un poème à des enfants albinos à Bamako en janvier 2009, au cours d'un show télévisé pour aider la population albinos. Photo AFP/HABIB KOUYATE

"On a essayé de m'enlever à deux reprises pour utiliser mon corps, a-t-il déclaré au quotidien El Pais du 22 décembre. J'ai eu très peur. Je sais qu'on a coupé les doigts (...) ou la tête à d'autres albinos pour des rituels." En mars, l'embarcation bondée où il avait pris place entre la Mauritanie et les Canaries, est tombée en panne de moteur. "Un de mes compagnons a hurlé que c'était de ma faute", témoigne-t-il encore.

La multiplication des meurtres d'albinos en Afrique de l'Est a suscité une récente mobilisation internationale. L'association SOS albinos, fondée en 1990 par le chanteur malien Salif Keita, lui-même "Noir à la peau blanche" selon son expression, mène ce combat, exigeant des gouvernements des poursuites judiciaires contre les agresseurs.

A l'automne dernier, la justice tanzanienne a prononcé sept condamnations à mort à l'encontre de meurtriers d'albinos. Depuis deux ans, près de soixante meurtres de ce genre ont été recensés en Tanzanie et au Burundi

Les enquêtes ont montré que les tueurs agissent pour le compte de sorciers qui utilisent le sang ou les membres de personnes albinos pour confectionner des potions ou des gris-gris. En Afrique de l'Ouest, les albinos sont censés être dotés de pouvoirs surnaturels ; dans l'est du continent, ils sont réputés porter chance.

Abdoulaye Coulibaly n'est pas le premier albinos à bénéficier du droit d'asile en Europe. En 2005, en France, la commission de recours des réfugiés l'a accordé à un Malien "menacé de mort" après avoir été "la cible de convoitises de la part de féticheurs en raison de l'intérêt des milieux politiques à la recherche de pouvoir".

La décision faisait état des "vertus tant magiques que thérapeutiques associées à sa peau et à ses organes". Salif Keita n'a pas fini de dénoncer "l'ignorance" qui sous-tend ces croyances, et de chanter, comme il le fait dans son dernier album : "Je suis un Noir, ma peau est blanche. Et moi j'aime bien ça. C'est la différence qui est jolie."

Philippe Bernard dans le Monde

mardi 22 décembre 2009

Sans-papiers, ils veulent apprendre le français

L'association Itinérance dispense des cours de français trois fois par semaine aux sans-papiers demandeurs d'asile. Ils progressent vite pour avancer dans cette nouvelle vie.

Ils ne sont que deux. Un Russe et un Afghan. Vite rejoints par quatre autres hommes, jeunes et élégants. Ils sont passés auparavant à l'accueil de jour se doucher, prendre un café. Se réchauffer. Ils ont à peine 20 ans ou un peu plus et se retrouvent comme sur les bancs de l'école. Pour certains, c'est même la première fois.

« Quel jour sommes-nous ? » demande Christine, l'une des bénévoles, au Russe Mickaël. Ce dernier s'applique. La prononciation est hésitante, les « r » roulent dans sa bouche. Il écrit la date. Se trompe. Se rattrape, l'air grave de celui qui prend son rôle très au sérieux.

« M ». « Ma ». « Maman ». « É ». « École ». Claude, une autre bénévole, a ouvert son livre sur la table. Un ouvrage d'apprentissage du français. Face à elle, Nazar-Ghul, 25 ans, ne se départit pas de son sourire. Il est Afghan et ne parlait pas un mot de français quand il est arrivé ici. Il ne parle pas l'anglais non plus. Difficile de se comprendre alors. Mais on y arrive. « Ils font de vrais efforts, lance Josiane. Ils sont motivés. » Tous ont pris la décision de rester vivre en France et ont fait une demande d'asile. Ils sont aidés dans leurs démarches administratives et dans leurs déplacements par les bénévoles de l'association Itinérance. « Nous leur demandons de vraiment s'investir dans cet apprentissage de la langue française », précise Claudie Rault-Verprey, présidente de l'association. La langue est un sésame dans un pays étranger. Un sésame parmi d'autres. Ces cours ont été mis en place en novembre 2008 et ont lieu trois fois par semaine.

« A cause des Talibans »

Face à nous, il y a ce jeune homme qui semble si confiant. Semble, seulement. Il parle anglais. Dawood Wardak est né voilà 22 ans dans la province de Kaboul. Il accepte de se confier. Sur ce froid glacial qui le trouve sous sa tente dans un camp : « oui, c'est dur de dormir de dehors. Mais nous faisons confiance à Allah. » Claudie Rault-Verprey précise : « Le fait de faire une demande d'asile devrait leur permettre d'être pris en charge avec un accompagnement social et d'avoir un logement. Ce n'est pas le cas. » Dawood Wardak dit que ce cours est « essentiel » pour lui et que ces femmes bénévoles sont comme des « mères ». Pourquoi a-t-il quitté l'Afghanistan ? « A cause des Talibans. » Etait-il persécuté ? Il me regarde et sourit : « Tu sais, même si tu avais trois ou quatre heures pour parler avec moi, je ne pourrais pas te raconter toute mon histoire. C'est très long. Puis-je te faire confiance ? » On devine le long voyage qui l'a mené ici. La méfiance. La peur. Il ajoute : « Nous parlons anglais toi et moi. En Afghanistan, parler anglais est un délit pour les Talibans. Je ne pourrais pas le faire. »

Le matin de ce jour, la France annonçait qu'elle avait renvoyé en charter des réfugiés afghans dans leur pays.

Sabrina Rouillé dans Ouest-France

Un roman sur la situation des réfugiés en Suisse romande


LIVRE Corinne Desarzens a voulu faire coller «Le gris du Gabon», son dernier roman, à la situation des requérants d’asile en Suisse romande, «où la situation a considérablement empiré en 2009.»

ÉTIENNE DUMONT 21.12.2009 18:36

Il y a juste vingt ans, Corinne Desarzens sortait en Suisse romande son tout premier roman. «Il faut se méfier des paysages» racontait sur trois générations (au moins!) et deux continents une histoire extraordinairement complexe. «Je sais. On me reproche toujours d’écrire des livres où l’on se perd dans l’histoire.» N’empêche que le lecteur n’y perdait pas son temps, ce qui est l’essentiel. Seize autres volumes ont succédé à ce premier ouvrage. Presque tous ont paru chez Michel Moret, à l’Aire veveysanne. C’est d’ailleurs le cas pour «Le gris du Gabon», où la Vaudoise se souvient qu’elle a été journaliste avant de passer au roman, forme plus avouée de fiction.

- Comment ce livre sur les requérants d’asile est-il né?

Sur le plan de la forme, je dirais avec le perroquet qui lui a donné son titre. J’ai découvert sur un site Web cet oiseau ni très grand, ni très coloré, qui apprend à parler plus facilement que les autres perroquets. Il est très intelligent, le gris du Gabon! Il apportait en plus un élément africain et une assonance intéressante. Suivant comme on le prononce, «gris» devient «cri».

- Pourquoi avoir choisi la forme romanesque afin de parler du drame que vivent en Suisse les requérants d’asile?

D’une part pour le confort de la lecture. Il faut qu’il y ait une carotte au bout du bâton. De l’autre, parce qu’un document m’aurait obligé à tout dire. A m’appesantir. L’élément «vitesse» me semblait ici important. Il fallait écrire rapidement, parce que l’actualité bouge sans cesse. Le lecteur doit aussi pouvoir avancer à grandes enjambées, sans s’achopper à chaque chiffre, en plus contestable.

- Votre mari s’occupe de réfugiés depuis vingt ans.

C’est un élément parmi d’autres. Marc arrive avec les faits à table. C’est le versant raisonnable. Le monde de l’immigration, qui a atteint la Suisse avec les saisonniers des années 1950, je le perçois davantage sous forme de sensations. Il y a les souvenirs qui jouent, bien sûr, mais tout le monde sait que nous avons une mémoire en grande partie rêvée.

- Qu’entendez-vous par là?

Mon livre n’est pas écrit pas une militante. Je me base sur des contacts personnels. Des observations. Je me penche sur des détails. Les choses entendues. Je montre le phénomène des réfugiés tel que les gens le perçoivent. Je me branche sur l’actualité en évitant de donner des brèves de comptoir.

- Mais il y a tout de même la réalité!

La réalité, c’est que les conditions des requérants se sont terriblement durcies durant cette dernière année. Il a parfois suffi pour ça de changer deux mots dans un règlement. Enfourner des hommes par dizaines dans un sous-sol, comme ici à Nyon, c’est vraiment une nouveauté chez nous. Ces réfugiés, qui sont là pour un temps supposé bref, mais qui peut durer, vivent dans des conditions qu’on n’admettrait pas pour des animaux. Il s’agit, hélas pour eux, d’êtres humains.

- Un exemple

J’ai assisté au transport d’un requérant qu’on emmenait à Zurich. Il était attaché dans un fourgon, avec la tête plaquée au fond, comme s’il ne devait pas voir le paysage. En vous racontant ça, je réalise que je suis restée bien trop «correcte» dans mon livre. J’aurais pu parler de rafles et même de déportations. On envoie des requérants en Italie sans même savoir s’il y a quelqu’un pour les accueillir et sans se demander ce qu’ils deviendront. Certains ne trouvent personne à la gare d’arrivée et doivent mendier l’argent du billet de retour. Je connais au moins un cas.

- Mais pourquoi avoir ajouté un perroquet, une fillette qui disparaît, d’étranges messieurs d’un certain âge?

Je ne voulais pas que réfugiés et personnages fictifs produisent un effet de placage. Il fallait élargir l’horizon. Je me suis servie d’autres faits réels. Le perroquet, qui mesure à peine 30 centimètres, apportait sa vie. J’avais gardé en archives, car je conserve beaucoup de coupures de presse, l’affaire d’une petite fille disparue en Suisse allemande. Ces faits extérieurs sont venus nourrir l’histoire, qui ressemble du coup à la vie. La vie est faite de tas de morceaux qui ne vont pas ensemble. On s’y perd. Il est donc normal, pour revenir à votre première question, de se perdre dans un livre.

- Vous dites avoir un peu bâclé «Le gris du Gabon»

Mais c’est vrai! Il fallait que le roman colle à l’actualité Je devais en plus compter le temps de sa fabrication technique. Je ne pouvais pas me permettre qu’il paraisse en 2010, voire en 2011. On a pris du retard, à cause d’une disquette envolée. Mais finalement, tout a presque été dans les temps. Prévu pour le 5 novembre, le livre est sorti le 20…

- Quelle suite lui donner?

Pour moi, qui ai été frappé par ces hommes aux allures de princes qu’ont les Erythréens ou les Ethiopiens, il me fallait aller voir sur place. J’ai parcouru le Nord der l’Ethiopie fin 2009. Je retourne en janvier pour découvrir le sud du pays, dont la vallée de l’Omo. Un endroit dont je ne connaissais même pas le nom auparavant.

- Avec une perspective de livre?

Je vais écrire quelque chose.


lundi 21 décembre 2009

Révision totale de la loi sur la nationalité

http://www.admin.ch/ch/f/gg/pc/pendent.html#DFJP

Révision totale de la loi sur la nationalité

Consultation
Autorité: Conseil fédéral Forme: procédure écrite

Le projet de la révision a pour but d' assurer une large cohérence avec la nouvelle loi sur les étrangers (LEtr) en ce qui concerne les exigences posées aux étrangers en matière d’intégration et de connaissances linguistiques; améliorer les instruments de prise de décision, afin de garantir que seuls les étrangers qui sont bien intégrés obtiennent la nationalité suisse; réduire les charges administratives des autorités communales, cantonales et fédérales en simplifiant et harmonisant les procédures et en clarifiant leurs rôles respectifs en matière de naturalisation.

Date limite: 22.03.2010

Documents à télécharger:

Loi actuelle : RS 141.0
Projet soumis à consultation : http://www.admin.ch/ch/f/gg/pc/documents/1883/Vorlage.pdf
Rapport explicatif : http://www.admin.ch/ch/f/gg/pc/documents/1726/Bericht.pdf
Lettre d'accompagnement cantons
Lettre d'accompagnement partis
Destinataires
Questionnaire



LE TEMPS

«La naturalisation devrait être l’ultime étape d’une intégration réussie»

Par Denis Masmejan, Berne
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Eveline Widmer-Schlumpf veut abréger la durée de résidence nécessaire pour obtenir le passeport suisse, mais exiger en contrepartie une intégration plus profonde

Eveline Widmer-Schlumpf propose de remodeler entièrement la loi sur la nationalité. Elle a obtenu l’aval du Conseil fédéral pour mettre en consultation une révision complète du texte actuel. La conseillère fédérale veut raccourcir la durée du séjour en Suisse nécessaire pour obtenir le passeport à croix blanche de 12 à 8 ans, tout en relevant le niveau des exigences relatives à l’intégration des candidats au passeport suisse.

La naturalisation ne devrait être que l’ultime étape, couronnant une intégration réussie, est venue expliquer Eveline Widmer-Schlumpf jeudi devant la presse. Il est légitime d’attendre des candidats à l’obtention de la nationalité suisse qu’ils déploient au moins autant d’efforts qu’en exige cette loi pour l’octroi d’une autorisation d’établissement, a justifié la ministre de la Justice à propos d’un thème qui reste, trois semaines après le vote sur les minarets, particulièrement sensible. Des préoccupations similaires ont déjà amené le Conseil national, en mai dernier, à approuver sans opposition une motion de commission allant dans le même sens.

Le respect de la Constitution

Dès lors, les candidats à la naturalisation ordinaire doivent obtenir au préalable un permis C, ce qui suppose que leur intégration ait déjà été prise en compte, comme l’exige désormais la législation sur les étrangers. La loi actuelle sur la nationalité ne définissant pas avec suffisamment de précision ce qu’il faut entendre par intégration, les critères requis doivent être harmonisés avec la législation sur les étrangers, propose Eveline Widmer-Schlumpf.

Les candidats devront ainsi, par leur comportement, témoigner du respect des principes fondamentaux de la Constitution, comme ils devront être aptes à communiquer dans une langue nationale, se montrer désireux de participer à la vie économique et prêts à se former en conséquence.

Encourager les plus rapides

Au nombre des valeurs que les candidats sont appelés à partager s’ils veulent devenir citoyens suisses, le rapport explicatif du Conseil fédéral cite les droits de l’homme, mais aussi «le monopole de la puissance étatique» et l’égalité de l’homme et de la femme – avertissements à peine dissimulés aux tenants de la pratique de la charia ou du port de la burqa. Il convient par ailleurs d’encourager une intégration rapide et d’abréger à cette fin à 8 ans la durée actuelle de 12 ans de séjour en Suisse. Le projet entend par là encourager la naturalisation de ceux qui s’intègrent le mieux.

Eveline Widmer-Schlumpf souhaite également harmoniser les durées minimales de résidence exigées par les cantons et les communes. Elle propose deux variantes. La première, la plus respectueuse des compétences cantonales, se contente de prescrire que les cantons ne peuvent exiger une résidence plus longue que celle qui est nécessaire pour une intégration réussie et que le séjour dans un autre canton doit être pris en compte de manière appropriée. La seconde variante fixe à trois ans au maximum la durée de résidence que les cantons et les communes peuvent exiger sur leur territoire.

Le projet mis en consultation ne confère aux candidats aucun droit à la naturalisation, a précisé la ministre de la Justice. Il laisse les cantons libres de décider du choix de l’organe compétent pour octroyer le droit de cité et ne remet en particulier pas en cause la naturalisation par les assemblées de commune, a-t-elle également souligné.

Sécurité intérieure

Il n’en reste pas moins qu’il renforce de manière non négligeable l’encadrement de la procédure de naturalisation par le droit fédéral. A des fins de simplification, les dispositions proposées départagent plus clairement les compétences respectives de la Confédération et des cantons que ne le fait le droit actuel. La première se voit ainsi reconnaître la responsabilité de déterminer si un candidat a des antécédents pénaux ou représente une menace pour la sécurité intérieure ou extérieure, tandis que les cantons examineront ce qui relève de l’échelon local: poursuites, incidents scolaires, etc.