mercredi 2 décembre 2009

Des milliers de déçus s’élèvent contre le refus des minarets


LAUSANNE | Répondant à l’appel du Mouvement de lutte contre le racisme, entre 3000 et 5000 personnes se sont rassemblées hier soir à Lausanne.


Céline Rochat | 02.12.2009 | 00:10

«Halte au racisme! Toutes et tous contre Blocher et Freysinger!» Les quelque 3000 manifestants, selon la police lausannoise, 4500 à 5000, selon les organisateurs, scandaient des slogans on ne peut plus clairs. Ils sont descendus de la cathédrale à la mosquée de Lausanne, deux lieux symboliques choisis par le Mouvement de lutte contre le racisme (MLCR) comme départ et arrivée du cortège.

Dans la foule dense, beaucoup de jeunes, mais également des mamans. «Oui, c’est un geste symbolique de venir avec mes enfants, a déclaré Nathalie Magnin, encore très émue par le résultat tombé dimanche. J’ai honte de ces votations. J’espère que les générations suivantes seront plus tolérantes.»

Derrière elle, un groupe de filles marche bougies en main. Certains sifflent. «On n’est pas un pays de fascistes, déclare Sébastien Duperrex. Ce n’est pas comme ça qu’on veut que les communautés étrangères nous perçoivent.»
«Il y a eu une manipulation très forte de la part de l’UDC, affirme Claire Ansermet. Je peux comprendre ceux qui ont peur, mais que le peuple ait viré à ce point-là et vote contre des valeurs démocratiques, c’est grave.» Au milieu des anonymes, quelques visages connus.

Dans le rang des politiques, le popiste Josef Zisyadis n’a pas manqué le rendez-vous. «C’est un vote catastrophique pour la liberté humaine. Si on cherche la cohérence, ne faudrait-il pas interdire aussi tous les clochers?» A ses côtés, son camarade le municipal lausannois Marc Vuilleumier confirme. «Ce vote exclut des gens de la société. Et on voit déjà le résultat du mouvement. L’UDC a eu la main, maintenant ils veulent le bras.»

Plus bas, la conseillère nationale socialiste Ada Marra se révolte. «Je tenais à montrer mon soutien aux musulmans de Suisse qui n’ont pas mérité ça. On a inscrit la discrimination dans la Constitution et ce n’est pas anodin.»

Reconnaissance
Dans la masse, la barbe blanche d’Amir ressort. L’Iranien est venu pour montrer sa peine. «Ce résultat, avec 57% de oui à l’interdiction des minarets m’a fait mal au cœur. Je me fais du souci pour mes enfants.» A quelques pas, Rachid Yekkour, conseiller communal pulliéran, et Tahar Elwardi avancent en débattant. «Durant toute cette campagne, on a assisté à un faux débat. L’UDC a fait peur aux citoyens pour s’attaquer aux voiles et aux lieux de culte. En tant que Suisses et musulmans, nous avons été très touchés par ce refus. Alors ce soir, nous disons merci à tous ceux qui ont répondu présent. C’est tout de même rassurant.»

Minarets: Genève prend acte dans la douleur


VOTATION | La plupart des élus sont d’avis qu’il faut contre-attaquer sur le terrain politique. Les radicaux dégainent les premiers.

© LAURENT GUIRAUD | Plus de 1000 personnes se sont réunies mardi en début de soirée sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre, entourant deux minarets de papier. Deux jours après le oui à l’initiative anti-minarets, elles ont manifesté leur solidarité avec les musulmans et leur rejet du racisme.
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MARC GUÉNIAT | 02.12.2009 | 00:00

Dimanche, l’onde de choc a traversé la Suisse. Comme la plupart des opposants à l’initiative, le président du Parti radical genevois, Hugues Hiltpold, prenait acte de ce vote qu’à l’exception de l’extrême droite, la classe politique a unanimement qualifié de discriminatoire. Dès lundi, le conseiller national revenait pourtant à la charge en proposant une initiative parlementaire pour contourner l’effet du choix de la vox populi. L’idée étant de remplacer dans le nouvel article constitutionnel «minarets» par «édifices religieux», afin d’offrir «à la population une alternative qui ne soit pas discriminatoire», résume le radical.

Et concrètement, la compétence d’autoriser lesdits «édifices» reviendrait aux communes. Autrement dit, libre à elles d’ériger des minarets sur leur territoire.

Naturellement, une telle initiative constitue en soi un camouflet pour le peuple suisse. Elle est donc prématurée, pour le libéral Pierre Weiss, qui préférerait «ramener un peu de sérénité dans ce débat». Le député juge «urgent de ne rien faire pour ne pas empirer la situation», rappelant que l’interdiction de la burqa est déjà pratiquement à l’ordre du jour.

Quant au vote des Genevois, Pierre Weiss s’en félicite, estimant que leur tolérance doit être mise en évidence afin de limiter les dégâts sur la Genève internationale et le tourisme. Mais l’essentiel de cette tâche revient selon lui à la Confédération.

«Un retour à la case départ»

De son côté, le président du Parti socialiste genevois, René Longet, s’il doute de la pertinence de la démarche d’Hugues Hiltpold, relève qu’elle a le mérite de montrer «que ce vote n’est pas immuable et qu’il ne faut pas l’accepter comme tel: ce qui a été fait peut être défait». Il rappelle à cet égard que la Suisse a discriminé les juifs pendant un siècle en interdisant l’abattage rituel. En ce sens, le résultat de dimanche constitue «un retour à la case départ». Plus que tout, le socialiste redoute une récupération du vote par les extrêmes droites européennes, dont certaines se sont déjà manifestées en applaudissant la Suisse des deux mains.

Premier citoyen du canton, le démocrate-chrétien Guy Mettan se soucie surtout des répercussions internationales du scrutin. «En perdant le soutien d’un quart, voire d’un tiers des pays du monde, la Genève internationale ne sera plus en bonne posture pour négocier une implantation par exemple», note le député. C’est pourquoi il faut impérativement «calmer le jeu et expliquer notre démocratie à l’extérieur» et «reprendre le combat politique à l’intérieur.»


Mille personnes se mobilisent

Une foule compacte a envahi hier soir le parvis de la cathédrale. Un bon millier de personnes, où la jeunesse était fortement représentée, ont répondu à l’appel de plusieurs organisations pour condamner l’initiative contre les minarets, acceptée dimanche par le peuple. Deux minarets de papier dressés sur les pavés et des centaines de bougies ont accompagné cette veillée durant laquelle une vingtaine d’orateurs ont pris la parole.

«Dimanche noir», «jour de honte», «date sinistre». Le vote du 29 novembre a ébranlé les consciences, mis à mal les confiances. «Nous n’avions pas imaginé que l’initiative pouvait passer, reconnaît Karl Grünberg de SOS-Racisme. Nous avons fait une erreur d’appréciation.» Au Conseil fédéral, on reproche de ne pas avoir invalidé l’initiative. La classe politique est vilipendée pour avoir laissé libre champ «aux discours haineux» de l’UDC. «Le danger, c’est l’UDC qui dresse des barrières entre les gens, non pas les musulmans», a déclaré une jeune intervenante.

«Dimanche matin, je me suis réveillée Suisse, avec les mêmes droits et devoirs que mes compatriotes, témoigne une jeune musulmane. Dimanche soir, je n’avais plus les mêmes droits.» «Ces droits qui sont le résultat d’une patiente conquête, a rappelé l’écologiste Marguerite Contat-Hickel. Et qui sont les garants de la paix entre les religions.»

«Racisme», «discrimination» étaient sur toutes les lèvres. Des haut-parleurs sortait le slogan: «Ni racisme ni xénophobie; nous sommes tous des musulmanes et des musulmans!» repris, quoiqu’assez timidement, par la foule.

Le président du Conseil d’Etat David Hiler et le modérateur des pasteurs ont apporté leur message de soutien.

Que faire? Les orateurs annoncent que «le racisme va se développer, d’autres mesures discriminatoires seront prises». Ils enjoignent les musulmans à ne pas se replier. Surtout, ils veulent «défaire dans l’honneur ce qui a été fait dans le déshonneur». Certains évoquent une contre-initiative, d’autres la voie judiciaire. En attendant, l’imam de la mosquée du Petit-Saconnex souhaite installer le minaret de papier devant son édifice. Et une jeune étudiante a encouragé la foule à «fabriquer plein de petits minarets à installer sur l’arbre de Noël»

L'interdiction de minarets en Suisse est "discriminatoire" pour l'ONU


AP | 01.12.2009 | 12:46

Le Haut commissaire de l'ONU pour les droits de l'Homme, Navi Pillay, a estimé mardi que l'interdiction de la Suisse d'ériger des minarets était discriminatoire et la mettait en infraction avec la loi internationale. Elle a condamné "l'exploitation de la peur de l'étranger" qui a porté ce vote, et son résultat qui "divise profondément".

L'initiative "contre la construction de minarets" dont l'Union démocratique du centre (UDC), parti populiste de droite, est à l'origine, a été approuvée dimanche par 57,5% des électeurs suisses.

La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a reconnu mardi que le gouvernement était "très préoccupé" par ce vote. En Grèce pour une réunion de l'OSCE, Micheline Calmy-Rey a jugé que "les limitations de la coexistence de différentes cultures et de différentes religions mettent également en danger notre sécurité".

La Turquie, qui aspire à devenir membre de l'Union européenne, a estimé que l'interdiction de minarets adoptée en Suisse violait les libertés et les droits humains fondamentaux.

Dans un communiqué, le ministère turc des Affaires étrangères a souligné mardi que le vote helvétique avait suscité une déception. Il a appelé la Suisse à corriger cette décision, faisant état de l'inquiétude des plus de 100.000 Turcs vivant en Suisse.

Le Conseil de l'Europe avait critiqué la mesure lundi, estimant par la voix de son secrétaire général Thorbjorn Jagland, qu'elle touchait à "la liberté d'expression, à la liberté de religion et à l'interdiction de toute discrimination, qui sont garanties par la Convention européenne des droits de l'Homme".

"Si la Cour européenne des droits de l'Homme était saisie d'une requête, ce serait à elle de décider si l'interdiction de construire de nouveaux minarets est compatible avec la Convention", avait-il ajouté.

Mardi, la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI), organe indépendant du Conseil de l'Europe spécialisé dans les droits de l'homme, a exprimé sa "profonde préoccupation" concernant les résultats de l'initiative populaire suisse.

Le taux de 57,5% "en faveur de l'interdiction et le fait que l'appel du Conseil fédéral et d'autres acteurs clés à voter contre a été ignoré, sont difficilement conciliables avec les efforts faits afin de combattre les préjugés et les discriminations dans le pays ces dernières années", a-t-elle considéré dans un communiqué, ajoutant que ce vote aboutirait à une "discrimination envers les musulmans" et porterait "atteinte à leur liberté de religion".

L'ECRI a invité les autorités helvétiques à "examiner attentivement les conséquences de ce vote" et à "faire ce qui est en leur pouvoir afin de trouver une solution qui soit conforme au droit international des droits de l'Homme"

L'UDC veut s'attaquer aux «errements» de la politique d'asile


Le groupe UDC aux Chambres fédérales demande une session extraordinaire sur la politique d'asile, des étrangers et de migration, après le succès de l'initiative populaire anti-minarets.

Le résultat de la votation a montré une importante insatisfaction du peuple, qui n'accorde plus sa confiance au Conseil fédéral en la matière, a communiqué mardi l'UDC.

L'Union démocratique du centre (UDC) estime qu'il est urgent de prendre des mesures contre les criminels étrangers et les «errements» de la politique d'asile. Le parti réaffirme qu'il faut dénoncer et renégocier l'accord de libre circulation avec l'Union européenne (UE).

mardi 1 décembre 2009

L'initiative est discriminatoire pour l'ONU


Navi Pillay, Haut-Commissaire aux droits de l'homme, condamne une décision "tout-à-fait malheureuse".Navi Pillay, Haut-Commissaire aux droits de l'homme, condamne une décision "tout-à-fait malheureuse". [Reuters]

Minarets: interdiction discriminatoire pour l'ONU

L'interdiction des minarets décidée dimanche par le peuple suisse est "clairement discriminatoire", a affirmé mardi la Haut-Commissaire aux droits de l'homme Navi Pillay. Elle a regretté un vote qui "risque de mettre le pays en contradiction avec ses obligations internationales".

Dans un communiqué d'une page, la Haut Commissaire affirme que l'interdiction des minarets est "discriminatoire, divise profondément et est une décision tout-à-fait malheureuse pour la Suisse". "J'hésite à condamner un vote démocratique", ajoute Navi Pillay, "mais je n'ai aucune hésitation à condamner des campagnes politiques alarmistes anti-étrangers qui ont lieu dans certains pays, y compris la Suisse, et qui contribuent à produire de tels résultats".

Lundi, un porte-parole du Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme avait précisé: "Des experts sont en train d'examiner la question sur le plan légal".

Lors de la campagne, des experts de l'ONU avaient mis en garde les autorités fédérales à plusieurs reprises en raison du caractère discriminatoire de l'initiative.

Droits de l'homme oubliés

La Haut-Commissaire note que le gouvernement suisse n'a pas soutenu l'initiative, mais souligne que l'interdiction d'une construction associée à une religion est clairement discriminatoire.

«Des politiciens qui ont proposé ce texte ont affirmé qu'il ne visait pas l'Islam ou les musulmans», poursuit Navi Pillay. «D'autres ont affirmé que l'interdiction des minarets pourrait améliorer l'intégration. Ce sont des affirmations étranges quand le symbole d'une religion est visé», ajoute la Haut-Commissaire de l'ONU.

Elle se déclare «triste» que de tels arguments aient eu un écho suffisant auprès d'une large proportion de citoyens suisses de manière à leur faire oublier leur soutien de longue date aux droits de l'homme. «Des politiques basées sur la xénophobie et l'intolérance sont extrêmement troublantes, où qu'elles se produisent», souligne l'ex-juge sud-africaine et juge au tribunal international sur le génocide au Rwanda.

Contraire au Pacte de l'ONU

«Je demande à tout le monde dans tous les pays de considérer cette question de la discrimination de manière extrêmement sérieuse. Si on leur permet de se développer, la discrimination et l'intolérance non seulement nuisent considérablement aux membres du groupe visé, mais aussi divisent la société dans son ensemble», affirme encore la Haut-Commissaire.

Elle rappelle que la conférence de l'ONU sur le racisme, organisée à Genève en avril dernier, a mis en évidence l'augmentation des incidents d'intolérance raciale et religieuse, dont l'islamophobie et l'anti-arabisme, et a relevé de manière plus spécifique la stigmatisation des personnes basées sur leur religion et leurs croyances.

La Haut Commissaire rappelle aussi que, le 3 novembre, le comité des droits de l'homme de l'ONU a exprimé sa préoccupation à propos du vote organisé le 29 novembre en Suisse et «la campagne de publicité inflammatoire en faveur du oui».

Le comité des droits de l'homme, composé de 18 experts indépendants, a clairement indiqué que l'initiative, si elle était adoptée, mettrait la Suisse en contradiction avec les articles 2, 18 et 20 du Pacte de l'ONU sur les droits civils et politiques, conclut Navi Pillay.

Les anti-minarets veulent encore serrer la vis


Tombes chrétienne et musulmane voisinant dans un cimetière suisse.
Tombes chrétienne et musulmane voisinant dans un cimetière suisse. (Keystone)

Après avoir réussi à imposer l'interdiction des minarets, l'Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice) veut aller plus loin encore pour empêcher l'«expansion» de l'islam en Suisse. Diverses interdictions sont à l'étude.

Au lendemain de sa victoire contre tous les autres partis, l'UDC ne lâche pas «le morceau». «Les citoyens ont montré clairement qu'il veulent stopper le pouvoir pris par l'islam politique en Suisse au prix de nos lois et de nos valeurs, déclare Adrian Amstutz, conseiller national UDC bernois. Les musulmans doivent être encouragés à s'intégrer à notre société.»

La lutte contre les mariages forcés et les mutilations sexuelles des femmes, l'interdiction du port de la burka en public et des dispenses de cours de natation pour les enfants musulmans doivent, selon l'UDC, désormais être mis en bonne place de l'agenda politique.

Adrian Amstutz indique que son parti va lancer différentes propositions dans ce sens au Parlement. Il s'agit toujours de lutter contre «l'islamisation rampante de la société suisse».

L'UDC envisage même de supprimer l'autorisation de carrés musulmans existant dans les cimetières de certaines villes, comme Zurich. Le président du parti, Toni Brunner, a insisté: les musulmanes de Suisse ne peuvent pas aller au travail avec un foulard sur les cheveux.

Pas de sociétés parallèles

Les Suisses ne veulent pas de sociétés parallèles, c'est l'enseignement du scrutin de dimanche, a encore dit Toni Brunner.

Le parti en profite aussi pour promouvoir une autre de ses initiatives, qui réclame le renvoi du pays d'immigrés qui enfreignent les lois suisses ou qui abusent de l'aide sociale. La date du vote n'est pas encore connue.

D'autres partis se préoccupent aussi des droits des femmes. Le Conseil fédéral lui-même veut lutter contre les mariages forcés. Les démocrates-chrétiens ne veulent pas des burkas.

L'UDC jubile. «Jusqu'ici, nos propositions ont été refusées ou affaiblies, note Adrian Amstutz. Le gouvernement et les autres partis comprennent peut-être enfin qu'ils doivent faire quelque chose.»

Le parti a aussi d'ores et déjà averti qu'il ne tolérerait pas de report dans la mise en vigueur de l'initiative anti-minarets.

«Ceux qui se demandent si elle peut entrer en vigueur ou non révèlent de graves lacunes dans la compréhension des droits populaires.»

Poursuivre malgré tout

Si la Cour européenne des droits de l'homme décide que l'interdiction des minarets est illégale, l'UDC est d'avis que la Suisse devrait suspendre son adhésion. Mais cette possibilité a d'ores et déjà été exclue par Micheline Calmy-Rey, ministre des affaires étrangères.

A Langenthal (canton de Berne), où un projet de minaret est en cours, les musulmans ont décidé de poursuivre malgré tout. Ils sont prêts à aller en justice pour cela.

De nombreux experts, cités lundi par l'Agence télégraphique suisse, sont en outre d'avis que les juges européens basés à Strasbourg démontreront que l'initiative est non conforme aux droits de l'homme.

La Suisse compte actuellement quatre minarets et environ 200 lieux de prières musulmans

Les partis chrétiens exploitent le filon

LA FICELLE ÉTAIT ÉNORME

LA FICELLE ÉTAIT ÉNORME

Paru le Mardi 01 Décembre 2009
KARL GRÜNBERG*

ContrechampMINARETS - Au lendemain du plébiscite de l'initiative anti-minarets, les milieux antiracistes et leurs soutiens lancent un appel de solidarité avec les musulmans. Pour Karl Grünberg, d'ACOR SOS Racisme, la propagande des initiants renvoie aux heures les plus sombres de la Suisse des années trente.
«Nous ne sommes pas racistes, nous combattons l'islamisation rampante.» Les islamophobes ont tiré sur une énorme ficelle et la Suisse s'est réveillée lundi matin avec la gueule de bois. Une très large majorité de citoyen-ne-s suisses – 57,7% – a voté l'interdiction de construire des minarets que revendiquaient, avec le soutien de l'UDC, des politiciens islamophobes. L'opinion publique internationale découvre avec effroi cette Suisse xénophobe que nous connaissons bien. Les moutons noirs avaient écoeuré. L'inscription d'une disposition antimusulmane dans la loi stupéfie. Depuis des années les identitaires européens font de l'islamophobie leur cheval de bataille. La Suisse qu'ils découvrent aujourd'hui leur donne des ailes. Du Vlaams Belang à la Lega Nord, elle ouvre l'appétit aux nationalismes xénophobes. Empêtré dans son débat sur l'identité nationale. Sarkozy n'en demandait pas tant.
Le vent du boulet en a décoiffé plus d'un. Mais qui l'a tiré, où est-il tombé? De nombreux commentaires attribuent ce résultat à une information insuffisante sur les musulmans en Suisse, à une démystification insuffisante des peurs qu'ils soulèveraient.
Oui, dès demain toutes celles et tous ceux qui sommes engagé-e-s dans la lutte contre le racisme et les discriminations, nous ne pourrons pas nous limiter à combattre la peur qu'éprouveront de nombreux musulmans. Nous devrons mettre un accent tout particulier sur la lutte contre cette peur qui a conduit de nombreux-se-s citoyen-ne-s à soutenir une disposition raciste.
Mais qui donc, sinon des politiciens racistes et xénophobes, a patiemment, systématiquement, alimenté ces peurs en manipulant les rumeurs et les fantasmes? Mais pourquoi la majorité de la classe politique ne s'est-elle pas explicitement attaquée à ce racisme? Pourquoi ne l'a-t-elle pas clairement dénoncé? Faut-il reconnaître une part de responsabilité?
La globalisation de l'économie mondiale ébranle les Etats et les sociétés. Dans le monde entier se développe la conviction que les identités nationales, culturelles ou religieuses constitueraient des obstacles à l'avance de son rouleau compresseur.
Qu'il surgisse dans le monde musulman ou dans l'occident dominateur, le fantasme du clash des civilisations en est le fruit. La défense de valeurs universelles et le développement de nouvelles solidarités sont évidemment nécessaires.
Le syllogisme identitaire d'Oskar Freysinger, conseiller national UDC, est évocateur: «L'islam est milliardaire. Cette 'puissance étrangère' grouille de pauvres, cache des terroristes. Les musulmans 'nous' envahissent. Chacun connaît un camarade de classe, un voisin, un collègue musulman... En Suisse, l'islam ne pose apparemment aucun problème: c'est précisément la preuve du danger qu'il représente. Il faut interdire la construction de minarets pour 'leur' montrer qu'on n'est pas dupe.» La ficelle était énorme. Comment se fait-il qu'un tel truc ait pu marcher?
Cette propagande hélas a très bien marché dans le passé. Et pas seulement en Allemagne. En Suisse, les juifs ont dû attendre 1867 pour obtenir l'égalité des droits. Le droit d'initiative date de 1892 et la première initiative antisémite, de 1893. La Loi sur le séjour et l'établissement des étrangers (LSEE, l'ex-LEtr) légalisera dès 1931 la lutte contre «l'enjuivement». - La manipulation: Le musulman (le juif) ressemble à Madame ou Monsieur tout le monde et voilà bien la preuve qu'il se cache, qu'il dissimule l'âme noire que dévoile la caricature! Le racisme, faut-il le rappeler, est «la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression». (Albert Memmi, 1964).
- Déguiser la victime en agresseur: Malheureusement la lutte pour le contrôle des ressources en gaz et en pétrole conduit l'Occident à multiplier dans le monde arabo-musulman (Afghanistan, Irak) des guerres que son rapport à la Palestine conduit Israël à soutenir. Au XIXe siècle, la diffusion du christianisme et du progrès avaient été brandies pour justifier le pillage colonial. Celui-ci se réclame aujourd'hui de la démocratie et du droit des femmes.
- Insécurité réelle et prétendu «sentiment d'insécurité»: La peur du chômage et de la régression sociale, mais aussi l'incertitude face à l'avenir se déclinent de plus en plus sur le mode de l'insécurité... Les partis gouvernementaux acceptent ces désastres comme une fatalité sans les combattre. Tous accusent un bouc émissaire: le mendiant, le réfugié, le délinquant étranger multirécidiviste, le Rom, le Maghrébin... le musulman. CQFD. I
* ACOR SOS RACISME



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Les islamophobes l'ont-ils emporté?

ACOR, SOS RACISME

A l'époque nazie, sévissait en Suisse une politique contre «l'enjuivement». Aujourd'hui, certains parlent d'«islamisation rampante» de la Suisse, obtiennent l'interdiction de la construction de minarets, déjà, des mosquées sont souillées. Que se passera-t-il demain? Quel résultat choquant! Quel manque de confiance entre le peuple et le gouvernement! Quel gâchis cette peur de nombreux Suisses vis-à-vis de la communauté musulmane! Ce succès qu'elle n'attendait pas étonne l'UDC, ses politiciens identitaires sont débordés. Aujourd'hui, grâce à eux, la Constitution suisse est la seule constitution antimusulmane au monde.
Suivant Lausanne, quelques villes suisses avaient compris l'enjeu et condamné la campagne du comité antiminarets. Elles sont restées isolées. Leur volonté de chasser le racisme de l'espace public n'a pas été suivie. Elles dénonçaient le danger que des droits fondamentaux soient violés et n'ont pas été écoutées. Aucune coalition ne s'est constituée pour combattre l'islamophobie.
Plutôt que d'affronter clairement l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques, but réel des initiants, la grande majorité des adversaires de l'initiative avaient exprimé leurs propres doutes à l'égard de l'islam. La conseillère fédérale Evelyn Widmer Schlumpf avait envisagé il y a quelques jours l'interdiction de la burqa.
Pourquoi tant de complaisance? Peut-on oublier la vieille politique d'Überfremdung (altération excessive de l'identité) qui a servi des années 1920 aux années 1940 à la lutte contre «l'enjuivement» du pays? Peut-on oublier que les autorités suisses ont attendu 1995 pour critiquer cette politique? Peut-on ignorer qu'elles ont fait adopter, en 2006, une 1oi sur les étrangers inspirée de cet esprit: elle limite l'accès de la Suisse «aux ressortissants des pays qui ont les idées européennes (au sens large)».
Après des années de propagande, le résultat est là. «Nous ne pouvons pas être racistes, la religion n'est pas une race» ricanaient les Baettig, Freysinger, Perrin. Et les juifs sont-ils une race? Et n'est-ce pas le racisme qui les a assassinés par millions? Et depuis quand les races existent-elles? Contre la science, seuls les racistes croient à leur existence.
La prétendue «délinquance étrangère» fait les choux gras des médias. Elle fait grimper les scores des politiciens qui manipulent le sentiment d'insécurité plutôt que de combattre l'insécurité réelle, le chômage, le prix de la santé, la détresse des personnes âgées. Le vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin devait fêter la démocratie, il nous montre un champ de ruines. Chômage et régression sociale, logements hors de prix ou introuvables, service public et prestations délabrés. Les retraites s'effritent, le futur de nos enfants est incertain.
Comment la Suisse pluriculturelle progressera-t-elle contre les fantasmes et les préjugés que nourrissent ceux qui divisent ses citoyen-ne-s en communautés opposées? Comment la minorité musulmane en Suisse devra-t-elle vivre avec l'image haineuse et repoussante qu'a glissée dans l'urne une large majorité du corps électoral?
Aux côtés des musulmans comme de toutes les autres minorités nous ne pourrons pas nous limiter à combattre les discriminations, nous devrons travailler à faire connaître la réalité, à dissiper les peurs.
ACOR SOS Racisme rejoint l'appel à manifester aujourd'hui, mardi 1er décembre, à 18 h contre l'islamophobie rampante et contre toutes les formes du racisme de la Cathédrale Saint-Pierre à la mosquée du Petit-Saconnex.
Dès demain nous engagerons le combat pour abolir l'article de la honte, l'article islamophobe, pour réunir les victimes de toutes les stigmatisations et toutes les personnes attachées à la justice et à l'égalité des droits, pour engager le combat contre toutes les discriminations. KARL GRÜNBERG, ACOR SOS RACISME
TARIQ RAMADAN, PRÉSIDENT DU EUROPEAN MUSLIM NETWORK, BRUXELLES
Note : * Rassemblement mardi 1er décembre à 18 h sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre à Genève: «Ni racisme, ni discrimination, nous sommes toutes et tous des musulmans». Le rassemblement sera suivi d'une veillée.
Soutiennent cette action: ACOR SOS Racisme, Fondation de l'Entre-Connaissance, Paroisse et Espace Saint-Gervais/Pâquis, Droits Pour Tous, solidaritéS, United Black Sheep, Union des organisations musulmanes de Genève, Appel spirituel de Genève, Plateforme inter-religieuse de Genève, Syndicat SIT (liste non exhaustive).



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VEILLÉES PROTESTATAIRES

ACOR, SOS RACISME



En Suisse romande

Pour marquer le désaccord avec les résultats du vote contre la construction de minarets, diverses initiatives spontanées, soutenues par les milieux antiracistes, ont fleuri en Suisse. Aujourd'hui 1er décembre, une veillée de 15 minutes, aux bougies ou flambeaux, est organisée dans les grandes villes. Les participants sont conviés à amener leurs bougies, qui seront symboliquement allumées pour «dire non à une Suisse d'exclusion, non à l'intolérance religieuse».
> Genève: Rassemblement à 18 h sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre, suivi d'une veillée.
> Lausanne: Rassemblement à 17 h 30 sur le parvis de la cathédrale, marche jusqu'à la mosquée, passage de Montriond 14, suivie d'une veillée qui se terminera vers 19 h.
> Sion: Rassemblement de 19 h à 19 h 15 place de la Planta.
> Neuchâtel: Rassemblement de 19 h à 19 h 15 près de la Fontaine avant la Montée au Château.
> La Chaux-de-Fonds: Rassemblement de 19 h à 19 h 15 à L'espacité.
> Fribourg: Rassemblement de 19 h à 19 h 15 place Python.
Infos complémentaires: http://www.facebook.com/event.php?eid=206833432111&index=1

La Suisse, laboratoire de l'islamophobie

La Suisse, laboratoire de l'islamophobie

Paru le Lundi 30 Novembre 2009
RACHAD ARMANIOS

SuisseHier, la crainte du péril vert s'est exprimée par un raz-de-marée en faveur de l'interdiction des minarets. L'ampleur inattendue de ce succès de la droite dure et chrétienne est à la mesure du coup de poing reçu par les défenseurs d'une Suisse fondée sur le respect des minorités. En étant le premier pays occidental à inscrire une telle discrimination religieuse dans sa Constitution, elle met à mal l'Etat de droit, basé sur l'équité de traitement.
Ainsi, paradoxalement, la victoire populaire d'hier grâce aux outils de la démocratie est une défaite de cette dernière. La Cour européenne des droits de l'homme aura probablement à se prononcer sur la validité du nouvel article. Mais même si Strasbourg devait l'annuler, le mal est fait.
L'uppercut cogne les principaux partis, les milieux économiques et les Eglises, tous désavoués. Mais il va en premier lieu au Conseil fédéral et au parlement. Ils avaient refusé d'invalider l'initiative, au motif qu'elle ne violait pas le noyau dur des droits humains. Ce manque de courage politique était justifié par une confiance dans le bons sens du peuple. C'est raté, même si le gouvernement voulait croire, hier, que le scrutin «ne constitue pas l'expression d'un rejet de la communauté musulmane, de sa religion ou de sa culture». La méthode Coué pour tenter de calmer le jeu sur la scène internationale.
Car le monde entier, stupéfait, a observé le berceau du droit humanitaire se muer en laboratoire de l'islamophobie. Mais ce n'est pas hier que la xénophobie a gangrené les esprits. Le scrutin sur les minarets s'inscrit dans une longue liste de votes d'exclusion, dont le durcissement du droit des étrangers et de l'asile, ou le refus de la naturalisation facilitée. En habituant les Suisses à chercher des boucs émissaires, le gouvernement et la majorité de droite portent une responsabilité dans le fiasco de ce dimanche. Sa particularité étant qu'au ressentiment contre l'immigration de populations musulmanes, se mêle une défiance et des craintes contre une religion qui dépassent le contexte helvétique. En imposant dans les urnes l'image figée d'un islam conquérant, incompatible avec la laïcité et insoluble dans les démocraties occidentales, la droite populiste a pris en otage la majorité des croyants qui désirent vivre leur foi dans le respect des lois.
Les musulmans sont donc mis au défi de convaincre que leur religion ne se résume pas à sa caricature fondamentaliste. Ou à un islam conservateur, tant il est vrai que les musulmans libéraux peinent à offrir une alternative dans le paysage religieux et médiatique.
Plutôt qu'un tentant repli identitaire, les musulmans de Suisse doivent s'unir avec les adversaires de l'exclusion. La tâche sera ardue, tant les cartouches de l'extrême droite sont inépuisables.

Pourquoi ce rejet des minarets?


L’acceptation massive de l’initiative traduirait un certain malaise. Ce n’est pas sur l’architecture des mosquées que l’on a voté, mais sur tout un système de valeurs

Muriel Jarp - le 30 novembre 2009, 22h53
Le Matin

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Stupéfaction, consternation. L’heure est à l’analyse et à la réflexion. Comment l’initiative a-t-elle pu être acceptée par 57,5% des votants, alors que les sondages annonçaient le contraire.

Ignorance et méfiance
Les hypothèses sont multiples. Tout d’abord, la communauté musulmane est «très, très mal» comprise des Suisses, comme l’explique Mallory Schneuwly Purdie de l’Observatoire des religions en Suisse (ORS). Une communauté discrète que l’on assimile pourtant souvent à des «intégristes» pour les arabophones, ou à des «délinquants» pour la communauté balkanique. Selon Fawzia al-Ashmawi, experte en islamologie auprès de l’Unesco, les déprédations commises dans les banlieues françaises ont aussi joué un rôle. «Or les musulmans de Suisse sont très différents de ceux de France. Jamais ils n’ont brûlé de voitures.» Sans parler de l’affaire Kadhafi, et ce d’autant que la votation coïncidait avec les 500 jours de détention des otages. «Bien sûr que ça a joué un rôle. C’est un pays islamique, dirigé par un dictateur, qui retient deux Suisses!» s’exclame Naïm Sinanovski du centre islamique de Sion. Des clichés d’autant renforcés que beaucoup de Suisses n’ont probablement jamais discutés avec des musulmans. «Vous avez vu les résultats à Appenzel Rhodes-Intérieures, lance Hisham Maizar, président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse. Je peux vous assurer qu’il n’y a pas foule de musulmans là-bas.»

Fawzia al-Ashmawi note aussi une certaine condescendance des Suisses. Phénomène qu’elle explique par des raisons historiques, les premiers musulmans arrivés en Suisse étant des ouvriers saisonniers, Maghrébins ou Turcs, à qui l’on confiait les «sales boulots». «L’attitude était très différente avec les Portugais ou Espagnols, du fait qu’ils étaient chrétiens», se souvient-elle.

Suisse repliée
Du côté de la Suisse, il ne faut pas négliger la période de crise qu’elle traverse. Economique, bien sûr, mais aussi politique et familiale ou encore scolaire. Un sentiment de fragilité parcourt la population. «On ne sait peut-être plus qui on est, mais on sait qui on n’est pas», analyse la chercheuse de l’ORS. En l’occurrence, des musulmans caricaturés comme misogynes, violents ou encore intégristes. La peur – infondée – d’une immigration incontrôlée est aussi latente, estiment les spécialistes. Doit-on y voir de la xénophobie? «Peut-être pas de la xénophobie, nuance Mallory Schneuwly Purdie, mais si la population suisse était perçue comme conservatrice et s’ouvrait à son rythme, cette votation traduit un certain repli sur elle-même.»

Christianisme en berne
La question se pose aussi quant à notre identité religieuse. «Le christianisme, dans sa forme institutionnelle, recule. On s’est battus, en Suisse et en Europe, contre le pouvoir de l’Eglise. Se retrouver face à une communauté religieuse qui, au contraire, demande une visibilité, ça remet en question tout ce combat», analyse Mallory Schneuwly Purdie. Une visibilité croissante de l’islam, avec de jeunes fidèles qui fréquentent volontiers les mosquées, voilà en effet de quoi questionner notre religiosité.

Craintes des femmes
On le voit, l’objet du vote a été largement dépassé. Ce n’est pas sur un aspect architectural que l’on a voté, mais sur tout un système de valeurs. «C’est vrai, estime Naïm Sinanovski. Tous les débats étaient hors sujet. Les minarets n’en ont occupé qu’un petit pourcentage.» Parmi ces débats, celui de la situation de la femme dans l’islam, récupéré par l’UDC. Si quelques féministes, à l’instar de la Thurgovienne Julia Onken, se sont mobilisées pour le oui, ce sont plutôt des cas isolés, relève Silvia Ricci Lempen. «Dans les cantons romands, il n’y a, à ma connaissance, pas eu de féministe qui se soit profilée en faveur de l’initiative. Mais il n’est pas impossible que des femmes, surtout des régions conservatrices, se soient laissé influencer par l’idée assez abstraite que la femme musulmane était soumise.» La féministe dénonce là un discours simpliste de l’UDC qui veut embarquer les femmes dans l’islamophobie. «Je trouve incroyable que ceux qui s’opposent aux crèches utilisent de manière utilitariste ce droit des femmes», dénonce-t-elle. Quant à la burqa, l’invasion n’est pas pour demain: «Jamais je n’ai rencontré de femme portant la burqa en Suisse, tonne Fawzia al-Ashmawi, même pas aux mosquées de Genève.» Impossible pour l’heure de préciser si la participation féminine a été massive, les analyses devraient être disponibles d’ici à deux mois, précise-t-on à l’institut GSF de Berne. Tout au plus sait-on que «les régions rurales et l’électorat de droite» se sont plus mobilisés pour cette votation.

Musulmans invisibles
La communauté musulmane aurait-elle dû mieux communiquer? «A voir, répond Mallory Schneuwly Purdie. Il faut aussi aller à sa rencontre. Si les musulmans prennent la parole, on leur reprochera de prendre trop de place.» Ce que confirme le président du centre islamique de Sion. S’il n’y a pas encore eu de véritable journée portes ouvertes, Naïm Sinanovski précise que «la porte est ouverte. Mais c’est vrai qu’on ne va pas placarder partout que tout le monde est bienvenu au repas du ramadan.» La peur qu’un affichage trop visible soit mal interprété le retient, avoue-t-il. En revanche, Hisham Maizar, président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse, estime, lui, qu’ils auraient dû plus s’impliquer. «Les Suisses ne vont pas venir à notre rencontre par curiosité, ce n’est pas dans leur nature, et je comprends», explique-t-il. Et de déplorer une confusion entre l’islam traditionnel et politique: «Ce n’est pas un islam politique que nous vivons ici. Nous faisons très attention à ce qu’il n’y ait aucun excès dans la communauté.»

Sondages trompeurs
Quant à l’establishment politique, il s’est peut-être trop reposé sur le sondage GSF – qui prédisait un rejet à 53% – et a négligé d’écouter la population. Or ce chiffre de 53% était à prendre avec des pincettes pour un sujet si émotionnel, analyse Marie-Hélène Miauton, directrice de l’institut de sondage MIS Trend. «C’était une marge bien trop courte pour affirmer quoi que ce soit, d’autant qu’il faut compter avec les indécis et ceux qui n’ont pas envie de dire ouvertement leur choix sur un thème si tabou.»