vendredi 30 mai 2008

Schengen se précise pour les aéroports suisses

Lu dans le Nouvel Obs

AP | 29.05.2008 | 21:34

La voie est libre pour permettre l'application des accords de Schengen et de Dublin dès novembre prochain dans les aéroports suisses. Le Conseil national a approuvé jeudi les modifications nécessaires des lois sur les étrangers et l'asile. Le camp rose-vert a échoué dans ses tentatives d'assouplir le système.

La révision législative doit permettre au "code-frontières Schengen" d'entrer en vigueur le 1er novembre prochain et ainsi de mettre en oeuvre intégralement l'acquis de Schengen/Dublin. Kurt Fluri (Parti radical démocratique) a rappelé que le peuple avait accepté les accords de Schengen/Dublin en juin 2005. Une procédure commune entre tous les Etats membres permet de mieux combattre la criminalité internationale et l'immigration illégale, a-t-il avancé.

En vertu du nouveau droit, le renvoi aux frontières extérieures de Schengen -soit pour la Suisse, dans les aéroports- de personnes en situation de séjour illégal sera notifié au moyen d'un formulaire standard précisant les voies de recours. La gauche a en vain tenté de préciser que la décision soit formulée dans une langue compréhensible par la personne concernée.

Le camp rose-vert n'a pas eu plus de succès pour obtenir la garantie d'une assistance juridique aux personnes refoulées. "A force de durcir les lois, on en arrive à alimenter les activités des passeurs", a regretté Ueli Leuenberger.

Le PS et les Verts n'ont par ailleurs pas réussi à empêcher la délégation à des tiers du traitement des données biométriques. Ces tiers sont le plus souvent des compagnies privées de sécurité, a précisé Antonio Hodgers (Verts). "Qui dit élargissement du cercle des utilisateurs dit augmentation du risque d'abus de l'utilisation de ces données extrêmement confidentielles et sensibles". La Confédération délègue déjà la prise d'empreintes digitales dans les centres d'accueil, a rétorqué Eveline Widmer-Schlumpf. En outre, le Préposé fédéral à la protection des données a donné son aval.

Moudonnois au Palais fédéral

Suisses et étrangers, ils étaient plus de cent, hier, au départ de Moudon, pour découvrir les institutions politiques helvétiques, et rencontrer Micheline Calmy-Rey.
Devant le Palais fédéral, une foule colorée agite écharpes et maillots de foot. L’Euro aurait-il déjà commencé? Non, ce sont des Moudonnois, emmenés par le Groupe Suisses-étrangers. Ils sont venus à Berne, à Fribourg et à Avenches pour «découvrir les institutions politiques du pays». Cent personnes ont répondu pré­sent pour cette leçon de civisme grandeur nature. «On a été un peu surpris de cet engouement, nous attendions un petit groupe», avouent les organisa­teurs.
Clou de la journée: la rencon­tre avec Micheline Calmy-Rey dans un salon du Palais fédéral. Les Moudonnois ont saisi l’occa­sion pour lui poser des ques­tions, allant de «Pourquoi la Suisse a-t-elle accepté l’indépen­dance du Kosovo?» à «Comment voyez-vous le rôle de la Confédé­ration sur le plan international»? Il faut dire qu’ils adorent «leur» présidente: venue à Mou­don en mars 2007, elle avait à nouveau rencontré le Groupe Suisses-étrangers au Grütli, le 1er Août. «Calmy-Rey? C’est une grande vedette», affirme Souley­mane avec sérieux. Beaucoup d’étrangers ont choisi d’être du voyage, et pas seulement pour rencontrer l’ex­présidente. «Ma femme et moi sommes originaires du Yémen. Nous venons découvrir des pay­sages, une culture et la politique suisse», explique un participant. A quelques pas de là, un groupe d’élèves arbore le look tecktonik. Douze d’entre eux viennent de l’Etablissement sco­laire de Moudon, et une ving­taine du Belvédère, à Lausanne, accompagnés de leur enseignant Fathi Othmani. «Nous avons étu­dié le système politique suisse en classe.» Gratuite pour tous, la manifes­tation a obtenu le soutien de la commune de Moudon et du can­ton.
SARAH BOURQUENOUD

Comment l'école vaudoise accueille les enfants qui ne parlent pas français

Les écoliers étrangers sont la cible de politiciens suisses. D’un côté, l’UDC veut leur faire suivre des cours de langue avant même d’être scolarisés. De l’autre, le conseil­ler national genevois Hugues Hiltpold (PRD) propose de fixer un quota maximal d’élèves non francophones par classe. Un article de Laure Pingoud dans 24 Heures.

Des idées qui font bondir la conseillère d’Etat vaudoise An­ne- Catherine Lyon. «Ce sont des propositions extrêmement discriminatoires qui stigmati­sent les étrangers. Une des va­leurs de l’école publique est d’accueillir tous les enfants. Et en matière d’accueil des allo­phones (ndlr: personne de lan­gue étrangère), Vaud possède des dispositifs importants pour lesquels il investit 12 à 15 mil­lions de francs par année.»
Cours et classes d’accueil

Dans ce domaine, pas de rè­gles, mais de grands principes: gérée par les établissements, la prise en charge varie selon les lieux et les besoins. Et les solu­tions diffèrent fortement entre un établissement de campagne et Lausanne, qui a mis en place un important dispositif pour re­cevoir les quelque 150 à 250 élèves non francophones qui ar­rivent par année, auxquels s’ajoutent les enfants d’ici qui ne parlent pas français.
En général, à l’école enfantine et en primaire, les enfants qui ne parlent pas français reçoi­vent des cours intensifs de lan­gue en étant intégrés en classe régulière. Au secondaire, ils sont souvent regroupés entre allophones dans des classes d’accueil. «L’intégration à tout prix est contre-productive. Plus on avance dans le cursus, plus il est difficile de concilier les exi­gences du français et des autres branches. Ces classes permet­tent de tenir compte des compé­tences et pas que des connais­sances linguistiques, en vue de la meilleure orientation en classe régulière», souligne Gé­rard Dyens, chef du Service des écoles lausannois. Présentes dans les villes, les classes d’ac­cueil sont moins courantes à la campagne, où elles sont com­pensées par des cours.
Mais à quel moment les élèves inscrits en classes d’accueil rejoi­gnent- ils leurs camarades fran­cophones? Après six mois, le plus souvent une année. Excep­tionnellement deux ans. Cette décision repose en grande partie sur le maître d’accueil, qui oriente l’écolier en fonction de ses progrès, de ses résultats et de sa future classe, de concert avec son futur enseignant et le conseil de direction. Il continuera de bénéficier de cours d’appui.
Des situations délicates

Ce système n’empêche toute­fois pas des situations délicates. A Lausanne, certaines classes enfantines ou primaires peu­vent ainsi compter plus de 50% d’élèves qui ne parlent pas fran­çais. «L’enseignement devient plus difficile, ce qui nuit à l’éga­lité des chances», estime en tout cas Hugues Hiltpold, qui justifie ainsi l’idée des quotas. Le député vaudois écolibéral Jacques-André Haury estime aussi que la question de la ré­partition des élèves peut se po­ser, même s’il trouve le disposi­tif actuel de qualité.
Risible et inapplicable, réagit Gérard Dyens. «Il faudrait mul­tiplier les classes à Lausanne! Et comment définir un allophone? Sans compter qu’on ne peut pas repérer a priori les étrangers qui sont nés en Suisse, mais ne parlent pas français.» De son côté, le président de la Société pédagogique vaudoise, Jacques Daniélou, admet que certaines situations sont difficiles. «La question n’est pas taboue, mais la solution est ridicule. Les me­sures vaudoises fonctionnent.» Un avis partagé par Pierre Tha­rin, président de l’Association vaudoise pour une école crédi­ble, qui a lancé l’initiative Ecole 2010. Et Jacques Daniélou d’ajouter: «C’est aussi un pro­blème d’urbanisme.»
Des efforts à faire

Mais des efforts restent à fournir. Pour Gérard Dyens, il faudrait davantage appuyer l’ap­prentissage du français chez les petits et soutenir les enseignants des classes hétérogènes. A quoi le Département de la formation rétorque qu’il ne refuse pas de fournir des ressources. «C’est vrai, admet Gérard Dyens. Mais il faudrait une volonté politique claire. On attend quelque chose de plus dynamique qu’une sim­ple réponse aux demandes du terrain, souvent dépassé par l’ampleur de la tâche.» Anne-Catherine Lyon con­cède d’ailleurs que l’on peut toujours faire mieux. Mais elle défend le cadre actuel, qui laisse une grande latitude aux établis­sements. «Il faut avoir une ap­proche pragmatique. Ce sont les enseignants qui connaissent le mieux la situation dans les clas­ses. »

Un après-midi en classe d'accueil à Lausanne

«Eh, j’ai entendu qu’on parlait portugais par ici!» interpelle Dolma Buzzi. «Et comment Angelica va vous comprendre?» Penchée sur les cahiers d’un groupe d’élèves, l’enseignante lève le nez pour remettre à l’ordre Soraia et Filipa, assises plus loin avec leur camarade polonaise.
Cet après-midi, les onze ado­lescents de 13 à 15 ans de la classe d’accueil du collège lausannois de Villamont travaillent par équipes sur les conjugaisons, en fonction de leur niveau. «En fin d’année, il y a de grandes différences entre les élèves», explique Dolma Buzzi. Ils avaient pourtant un point commun à leur arrivée, l’été dernier: ils ne comprenaient pas le français. «La maîtresse nous parlait, mais on ne savait pas ce qu’elle voulait», se sou­vient Filipa. Depuis, ils suivent dix-sept périodes de français par semaine.
L’ambiance est détendue, mais studieuse. Haylen et Moises préparent un dialogue qui les exerce à l’usage du conditionnel.
Pendant ce temps, cinq élèves planchent sur un exercice plus basique. Dolma Buzzi les inter­roge un par un. «Mais parle-moi, dit-elle doucement à l’une d’entre eux. Si tu ne dis rien, je ne sais pas si c’est parce que tu ne m’as pas compris ou que tu ne con­nais pas la réponse. Je ne vais pas te manger, les autres non plus.» Les choses ne sont pas toujours aisées pour certains déracinés. «C’était difficile au début… et ça l’est toujours. Ici, c’est trop différent», note Joana, de Lisbonne.
De leur côté, Angelica, Soraia et Filipa se chamaillent, dans la bonne humeur, pour rédiger un conte. Histoire d’exercer le passé simple et l’imparfait. «Madame, ça veut dire quoi perdu de vue?
On dit comment lorsque quel­qu’un se croit beau et fort?» questionnent les jeunes filles.
Pendant ce temps, Alicia, arrivée dans la classe il y a un mois, exerce les verbes être et avoir sur un programme infor­matique.
L’heure de la sonnerie appro­che. Moises et Haylen jouent leur saynète sous les applaudisse­ments. Le trio de conteuses récite son histoire. Une faute pour les premiers, deux pour les secondes. «C’est vraiment bien pour un premier récit!» se féli­cite Dolma Buzzi.
L’année prochaine, les trois jeunes filles devraient d’ailleurs rejoindre une classe de voie baccalauréat, où elles viennent de faire un stage concluant.
Certains élèves iront dans une autre section, alors que d’autres feront encore un bout de par­cours en classe d’accueil.

Les onze élèves de la classe d’accueil de Villamont doivent parler français s’ils ne veulent pas être remis à l’ordre par leur professeur. C’est la seule langue que tous ces enfants venus des quatre coins du monde ont en commun. LAUSANNE, LE 27 MAI 2008
PHOTOS CHRIS BLASER

»Comme Vaud, les autres cantons romands privilégient l’intégration en classe régulière
Dans les grandes lignes, le dispositif d’accueil proposé par les cantons romands aux élèves non francophones répond au même esprit. L’idée est de privilégier l’intégration en classe régulière, accompagnée de cours chez les plus petits, alors que les classes d’accueil sont plus fréquentes au niveau secondaire.
Mais il y a des différences.
COURS D’APPUI L’intensité des mesures d’accompagnement aux élèves diverge selon les lieux. Pour les élèves de la 1re à la 4e année intégrés dans les classes régulières, le canton de Berne propose ainsi une à deux périodes d’appui durant six mois, alors que Genève offre un enseignement à mi-temps en structure d’accueil.
CLASSES D’ACCUEIL Exceptionnelles en primaire, elles sont courantes pour les grands élèves, du moins dans les villes. Seul le Valais n’offre aucune classe d’accueil, «essentiellement pour des raisons démographiques», précise Michel Nicolet, collaborateur scientifique de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de Suisse romande et du Tessin.
ENFANTINE Le canton de Vaud fait partie des rares cantons offrant des cours de français dès l’école enfantine. «Mais je pense que cela devrait bientôt se faire partout», note Michel Nicolet. Ces dernières années, l’école a en effet pris conscience qu’il était aussi important de donner des bases solides aux tout-petits, pour leur éviter d’apprendre un français approximatif.

Un article de Laure Pingoud pour 24 Heures

La mère d' un jeune acteur d'"Entre les murs" régularisée

La mère d'un des jeunes acteurs du film "Entre les murs", Palme d'or du 61e Festival de Cannes, a été régularisée, mercredi 28 mai, à Paris, ont annoncé le réalisateur Laurent Cantet et le Réseau éducation sans frontières (RESF).

Lire l'article du Monde

Le retour des mendiants roms

La police craint un afflux de mendiants roms pendant l'Eurofoot, des mendiants que le Matin nous présente comme "toujours plus violents".

Lire l' article

jeudi 29 mai 2008

Tract du piquet devant le Grand Conseil Vaudois

Ricardo Lumengo, un Biennois bien ordinaire


article d'ALAIN WALTHER
Q
u’est-ce qu’ils lui trouvent tous? A l’automne dernier, médias japonais, africain, espagnol, britannique, français, américain, ont fait le déplacement à ­Bienne. Pourquoi ce battage international autour de l’élection d’un conseiller national socialiste?
L’heureux é­lu est entré en politique il y a un quart de siècle en Angola, il est aujourd’hui le premier conseiller national d’origine africaine.­Je suis Biennois, donc Bernois, donc Suisse. Ce sont toujours les autres qui me rappellent la couleur de ma peau. Moi-même, je compte la faire oublier. Lors de la célébration du 1er Mai dernier à Langenthal (BE), des racistes anonymes lui ont rappelé encore une fois que sa peau avait un taux costaud de mélanine. Après son discours, Ricardo Lumengo a essuyé un jet de bananes.­Des bananes aujourd’hui, a-t-il déclaré à­ chaud au
Blick, mais qu’est-ce que cela sera demain?­Une insulte,­a fait mal. Teinte de racisme, encore plus mal.Déja aggressé par un skin dans la rue, honni par le Parti suisse de la liberté, le politicien ne changera rien­ à son comportement. Ricardo Lumengo n’a qu’un credo: lutter contre les injustices sociales en tous genres. Alors, demander à ­ce partisan d’une Suisse multiculturelle ce qu’il pense de l’initiative UDC sur les naturalisations serait s’exposer à ­une lapalissade.
Va pour la notorité si elle permet de transmettre ses idées. Et rester un Biennois bien ordinaire. Celui qui va danser à ­l’Eden pour la musique africaine, au Coco pour les rythmes latinos. Dansant toujours lorsqu’il
va au culte­ à l’église africaine de Bienne.L’endroit est très oecuménique, j’aime y chanter.Le conseiller national, parfois guindé dans un costume haut boutonné pour cause de rendez-vous avec des diplomates ­ Berne, se veut ­flexible dans l’habillement. Veste de cuir, jeans, T-shirt, les Biennois le reconnaissent de toute façon et rappellent l’élu­ leur bon souvenir. Ricardo Lumengo est conseiller juridique chez Multimondo (centre d’intégration et d’échange pour la population indigène et allogène). Alors, en flânant, il écoute. Femmes battues, litiges au travail, requérants déboutés… Voilà son quotidien. Avec une mère catholique pratiquante et un père instituteur et membre de l’Armée du Salut, on prend soin des autres chez les Lumengo. ­Mon père, je m’inspire de lui, j’ai suivi son exemple.Le paternel, Miguel Lumengo, a fait quatre ans de prison en Angola. Militant du Front national de libération de l’Angola (FNLA), c’est le même Front qui l’a emprisonné, le jugeant trop libéral. Le fils a entamé des é­tudes de chimie puis, à ­20 ans, sentant un mauvais vent se lever, il s’enfuit. Après trois jours à ­Lisbonne, il a peur des espions du pouvoir angolais, il opte pour la Suisse, discrète et alors hospitalière. Aujourd’hui le conseiller national Lumengo ne donnerait que peu de chances d’intégration au requérant Ricardo compte tenu des nouvelles lois sur l’asile.
­J’ai toujours é­té au bon endroit au meilleur moment.Quand l’adversité frappe, Ricardo Lumengo rebondit et en profite pour apprendre huit langues. Ses parents sont exilés au Zaïre, il apprend le lingala et le français. Pour l’anglais, des réfugiés sud-africains lui mettent le pied à ­l’étrier. La présence des instructeurs cubains
à Luanda lui ouvre la voie de l’espagnol. Cela tombe bien, au foyer pour requérants d’asile de Fribourg, ses copains sont Argentins et Chiliens.
En ce temps-là, regrette le conseiller national, les requérants avaient le droit de travailler. Comme il n’tait ­pas trop bon comme manoeuvre sur les chantiers, tout en faisant ses ­études de droit, il travailla comme plongeur dans un restaurant d’Ulmiz (FR) et chez Micarna. L’homme politique n’a pas perdu de vue les copains de ce temps-là. Même s’ils sont restés­ à l’usine.Au foyer, on a passé tellement d’heures ensemble devant la télévision, se souvient celui qui est devenu un notable.
­
SéDENTAIRE

Pendant ses années fribourgeoises, le parlementaire est resté dans le même quartier. Quant ­à Bienne, sa ville depuis treize ans, il n’envisage plus de la quitter et vit toujours dans le même appartement.








La CEDH autorise la condamnation à mort des séropositifs


La Cour Européenne des Droits de l'Homme autorise la condamnation à mort des
séropositifVEs étrangerEs
publié en ligne : 29 mai 2008

Le 27 mai 2008, la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) a estimé
qu'expulser une personne séropositive vers un pays où elle ne pourrait pas
avoir accès aux médicaments et aux soins n'était pas contraire aux droits
humains : il ne s'agirait pas, selon l'arrêt rendu
[<http://www.actupparis.org/article3368.html> ], d'un « traitement humiliant
ou dégradant » tel que le définit l'article 3 de la Convention Européenne
des Droits de l'Homme
Ainsi la Grande-Bretagne pourra expulser vers l'Ouganda Mme N., âgée de 34
ans, et séropositive, atteinte de deux maladies opportunistes liées au VIH
dont le syndrome de Kaposi. Pourtant selon le rapport de l'ONUSIDA paru en
2006, en Ouganda - où près de 10% de la population est infectée par le VIH -
les traitements antirétroviraux sont à la charge des malades. Les
médicaments à eux seuls coûtent au moins 42 dollars par mois dans un pays où
le revenu moyen est de 23 dollars, autant dire que seule une petite partie
de la population y a accès. La probabilité pour que Mme N. ait accès à des
soins adaptés en Ouganda est donc très faible. En leur absence, les
expertises médicales estiment son espérance de vie entre un et deux ans.
Ces faits, la Cour les reconnaît : oui, l'accès aux traitements sera «
aléatoire », oui, elle est promise à une mort certaine, mais non, il ne
s'agit pas de « circonstances exceptionnelles » qui pourraient justifier
l'opposition à son expulsion. Plus largement, la Cour considère que « la
réduction significative de l'espérance de vie n'est pas en soi suffisante
pour emporter violation de l'article 3 ». Comment une décision qui limite le
temps d'existence d'une personne ne peut-elle pas être considérée comme un
traitement humiliant et dégradant ?
Cette décision est d'autant plus grave qu'elle provient de la Grande
Chambre, l'instance la plus élevée de la CEDH. Ses décisions ne peuvent
faire l'objet d'appel et cet arrêté est désormais la jurisprudence la plus
haute en Europe pour tous les cas d'expulsion de malades. La condamnation à
mort par expulsion des malades est donc autorisée et cautionnée par la Cour
Européenne des Droits de l'Homme, censée être la garante des droits
fondamentaux. Il s'agit donc d'un recul historique pour les malades.
Les motivations de la Cour sont claires : il ne s'agit pas de préserver les
droits fondamentaux mais d'éviter de « faire peser une charge trop lourde
sur les Etats ». Derrière cette allégation, il y a le spectre d'une
immigration thérapeutique massive de migrantEs du Sud venant vers le Nord
pour bénéficier de soins « illimités et gratuits ». Derrière le cynisme de
l'argumentation, la réalité est tout autre.
En France, le droit au séjour pour raisons médicales existe depuis 10 ans [2
<http://www.actupparis.org/article3368.html> ], il protège de l'expulsion
les personnes atteintes de maladies graves et qui ne peuvent se soigner dans
leur pays d'origine et leur accorde un droit au séjour pour suivre un
traitement médical. Le nombre de demandes de titres de séjour pour soins est
resté stable d'année en année et toutes les études montrent que l'immense
majorité des personnes qui en bénéficient a découvert ou a contracté sa
pathologie sur le territoire français [3
<http://www.actupparis.org/article3368.html> ].
Fondé sur des faits erronés et des motivations contraires aux objectifs de
la Cour, ce jugement est inacceptable.
Association de malades du sida, nous rejetons ce jugement scandaleux.
Nous exigeons :
que la Grande-Bretagne suspende toute procédure d'expulsion à l'encontre
de Mme N. et lui délivre un titre de séjour pour raisons médicales,
que le gouvernement français prenne position contre cette expulsion et
demande l'extension du droit au séjour à l'ensemble de l'Europe,
que les parlementaires européenNEs se mobilisent pour faire rentrer dans
le droit européen les principes d'inexpulsabilité et de régularisation des
étrangerEs malades ne pouvant se soigner dans leur pays.
Notes
[1 <http://www.actupparis.org/article3368.html> ] L'arrêt est consultable
sur le site de la CEDH <http://www.echr.coe.int/echr>
[2 <http://www.actupparis.org/article3368.html> ] Depuis 1997, grâce à la
mobilisation des associations, dont Act Up-Paris, la loi garantit en France
qu'un malade ne peut légalement plus être expulsé vers un pays où il ne
pourra obtenir les traitements et le suivi médical que requiert son état de
santé.
[3 <http://www.actupparis.org/article3368.html> ] Cf. le rapport du Comité
Médical pour les Etrangers (COMEDE) 2007, le rapport de l'ODSE (Observatoire
du Droit à la Santé des Etrangers) qui fait le bilan des dix ans du droit au
séjour pour soins (parution le 3 juin 2008)
Source : http://www.actupparis.org/article3368.html
Appel du réseau TERRA à ouvrir un chantier national de recherche, débat et réflexion
sur les orgines des nationalismes, xénophobies et discriminations et les causes de leurs
exacerbations périodiques dans l’histoire de l’humanité

Aéroport : Les conditions de détention dans le collimateur des associations