mercredi 14 novembre 2007

Mendicité à Genève, le plan qui fâche


Lire aussi l'article du Temps
«Solidarité sociale» ou «sacré tour de vis»: les visées du plan varient considérablement selon les sensibilités politiques des responsables.
Le plan anti-mendicité du can­ton et de la ville de Genève est lancé. Les autorités l’ont pré­senté hier. Il se déroulera en deux phases: jusqu’au 1er dé­cembre, police, agents de sécu­rité municipaux (ASM), voirie et services sociaux interviendront massivement sur le terrain. Un recensement sera effectué, les ponts sous lesquels dorment les mendiants seront évacués, des solutions temporaires d’héberge­ment seront proposées.
Dans un deuxième temps, un groupe d’îlotage communautaire composé à parts égales de gen­darmes et d’ASM prendra le re­lais. Le volet répressif du plan consistera à expulser les men­diants qui contreviennent à la loi sur les étrangers.
Voilà pour le cadre. La tona­lité du plan, elle, différait sensi­blement selon que l’on écoutait Laurent Moutinot, conseiller d’Etat, ou Pierre Maudet, con­seiller administratif. Le premier, socialiste, dit vouloir lutter con­tre la mendicité, pas contre les mendiants. Avant de parler «lutte contre les infractions» et «respect de la tranquillité publi­que », il insiste sur la «solidarité sociale» et le «respect de la dignité». Rappelant qu’aucun réseau mafieux n’existe, qu’aucun mendiant rom n’est impliqué dans une affaire pénale grave, il réaffirme que «tendre la main ne saurait être une infrac­tion » et qu’il est «naturel que ces défavorisés tentent leur chance ailleurs» qu’en Rouma­nie.
Le second, radical, adopte un ton plus sec. Il évoque «un sacré tour de vis», une répression «as­sez dure», et espère «créer une situation d’inconfort» pour les mendiants. L’idée-clé lui parais­sant être de «limiter l’attracti­vité » de Genève.
Comme la Brigade des squats

La disparition des campe­ments sous les ponts devrait être la première conséquence visible du plan. «Il faut que personne, en hiver, ne passe la nuit sous un pont. C’est inacceptable et indi­gne », déclare Pierre Maudet. Les mendiants seront invités à re­joindre deux abris de la protec­tion civile. Le premier, aux Eaux­Vives, existe déjà. Il est tradition­nellement ouvert à tous les types de SDF. Une centaine de person­nes peuvent y dormir. Le second ouvrira à Carouge et comptera une cinquantaine de lits. Il sera destiné aux femmes et aux en­fants. Tous ne pourront rester que dix nuits, durant lesquelles ils devront trouver une «solution durable».
Jusqu’au 1er décembre, un large recensement des men­diants sera mené. Puis, le groupe d’îlotage communautaire se mettra en branle. Cette dizaine d’agents aura pour mission de connaître le milieu, d’y trouver des relais afin de faire passer le message de la police. Bref, ils travailleront sur le modèle de la Brigade des squats.
Si les autorités s’opposent aux amendes, elles auront recours à la répression via la loi sur les étrangers. Celle-ci stipule que les ressortissants roumains, entre autres, peuvent être expulsés après 90 jours s’ils sont touris­tes, et sans délai s’ils ne peuvent justifier d’un moyen de subsistance.


Dès vendredi, les mendiants seront
recensés et les sites où ils dorment
seront évacués par la voirie.
Michel Perret


Un article signé Jérôme Faas dans 24 Heures

Lire l'article du Matin sur le même sujet

mardi 13 novembre 2007

Islam: la Suisse passe son examen


Le délégué de l'OSCE effectue une visite en Suisse pour examiner la situation des musulmans. Lire l'article du Courrier

Le fromager kosovar sera renvoyé samedi

Avdulla Hakaj, le fromager kosovar des caves de la Tzintre et de Bulle (FR), quittera la Suisse samedi depuis l'aéroport de Zurich.


Avdulla Hakaj «a un don,
dit son patron, il vit le fromage».
Charly Rappo/arkive.ch

«Je ne l'ai encore dit à personne de ma famille au Kosovo.» Avdulla Hakaj, le fromager kosovar qui a salé les gruyères et vacherins fribourgeois dans les caves de la Tzintre à Charmey (FR) durant l'été et travaillé dans celles de Bulle (FR) pendant l'hiver, a été sommé de quitter la Suisse samedi 17 novembre. La police l'attendra à l'aéroport de Kloten à Zurich pour s'assurer de son départ.

Pétition sans effet

Une décision qu'Avdulla a apprise hier matin, lors d'une entrevue avec la police des étrangers à Fribourg. Le soutien de ses amis suisses et la pétition signée par 600 personnes pour le faire rester en terres fribourgeoises n'auront pas suffi. Il aurait d'ailleurs déjà dû partir le 20 juin, mais, en raison de la saison des fromages d'alpage qui battait son plein, il avait obtenu un délai jusqu'à cet automne («Le Matin» du 7 juillet).

Et une fois arrivé au Kosovo, dans son village d'Istog, à 70 km de Pristina, que fera cet homme de 36 ans? Son patron, Nicolas Esseiva, dit de lui qu'«il a un don», qu'«il vit le fromage». Projette-t-il alors d'utiliser ses compétences acquises en Suisse pour ouvrir une fromagerie là-bas? «Non, ce ne sera pas possible, car je n'ai pas de moyens. Je vis depuis onze ans et demi en Suisse sans jamais être retourné au Kosovo. Ma vie est donc ici. C'est vraiment dur de devoir partir.»

Du côté des autorités fribourgeoises, Erwin Jutzet, conseiller d'Etat socialiste en charge de la Sécurité et de la justice, avait expliqué au «Matin» le 8 juin dernier que, juridiquement, il n'y a pas d'autre solution que le renvoi pour Avdulla: «Son dossier a déjà été examiné et refusé dans les cantons de Genève et du Valais.» Le conseiller d'Etat avait pourtant jeté les bases d'un espoir: «Il faut qu'il demande un visa suisse depuis là-bas avec le soutien de l'ambassade sur place. Mais nous ne pouvons pas lui donner 100% de garantie de réussite.»

Un article de Stéphane Berney dans le Matin

Observateur de l'OSCE en Suisse

«Si un observateur cherche les problèmes, il en trouvera!»
Un expert de l’OSCE se penche sur la situation de la communauté islamique dans notre pays. Analyse de la sociologue Mallory Schneuwly Purdie.


Mallory Schneuwly Purdie est
aussi sociologue à l’Observatoire des
religions à l’Uni de Lausanne.

Les quelque 330 000 musulmans de Suisse font l’objet d’une atten­tion particulière. Représentant de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Eu­rope) contre l’intolérance et les discriminations envers les mu­sulmans, Ömür Orhun visite no­tre pays jusqu’à demain. Mallory Schneuwly Purdie, vice-prési­dente du Groupe de recherche sur l’islam en Suisse (GRIS), ré­pond à nos questions.
– La situation des musulmans dans notre pays est-elle si inquié­tante?
– Dans les relations avec les musulmans, deux choses sont importantes: la garantie de la liberté religieuse et le respect de notre constitution par cette com­munauté. De ce point de vue, les choses se passent en général sans problème. Mais si un obser­vateur cherche les problèmes, il en trouvera! Le port du voile n’est pas toujours accepté et on observe des discriminations, no­tamment à l’emploi. Mais comme beaucoup de choses se passent au niveau cantonal, on peut difficilement généraliser. D’autre part, il y a certainement chez nous des musulmans radi­caux, comme ailleurs en Europe. Actuellement, l’opinion publique étrangère est frappée par l’initia­tive contre les minarets. Cepen­dant, les vrais enjeux sont les mêmes un peu partout: il s’agit d’intégrer une population margi­nale économiquement.
– En Suisse, il semble que le regard sur cette communauté s’est durci…
– Cela s’explique par un con­texte général de remise en ques­tion. Quand un pays traverse une crise identitaire, il a besoin de se trouver un ennemi. Pen­dant longtemps, c’était le péril rouge. Maintenant, c’est le péril vert.
– Est-ce particulier à notre pays?
– Non. La particularité, dans notre pays, tient au fait que cette communauté est très hété­rogène. En Suisse, les musul­mans sont originaires aussi bien des Balkans, de Turquie, du bassin méditerranéen que du Moyen-Orient. Du coup, ce groupe peine à s’organiser. Ses membres n’ont pas de langue en commun et parfois, il existe des tensions entre eux. Même la façon d’être musulman peut être très différente suivant que vous êtes originaire d’un ancien Etat communiste ou d’un ré­gime islamique!
Un article de Caroline Zuercher pour 24 Heures

Juste en passant

24 Heures nous apprend que Christoph Blocher a été la cible volontaire d'un taser. Alors que le parle­ment n’arrive pas à se mettre d’accord sur le recours au taser lors de l’expulsion de person­nes séjournant illégalement en Suisse, le conseiller fédéral a voulu savoir de quoi on parle. Il n’a pas toutefois pas voulu commenter son expérience...

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Fusillade au Centre islamique

Un forcené armé d'un fusil d'assaut a blessé une personne, hier soir, au Centre culturel islamique de la rue du Jura. Il a été interpellé à sa sortie du bâtiment.


Après le coup de feu, la gendarmerie
cantonale et les forces de police de l’Ouest
lausannois sont rapidement intervenu et
ont pu maîtriser le forcené. ERIC JAQUEROD

Un carnage semble avoir été évité de justesse, hier soir, à Crissier. Aux environs de 19 h 30, un forcené armé d'un fusil de l'armée suisse un FAS 90 a pénétré dans le Centre culturel islamique de la rue du Jura 7. Une vingtaine de personnes se trouvaient dans le lieu de culte situé dans une cour intérieure, à deux pas du centre-ville de Renens. Des témoins, qui ont assisté à la scène, ont expliqué avoir vu l'enragé tirer des coups de feu et blesser au thorax l'un des hommes présents. Rapidement, le tireur fou a pu être immobilisé par les fidèles réunis dans le lieu de prière.

Arrivées sur place quelques minutes seulement après le forfait, la gendarmerie cantonale et les forces de police de l'Ouest lausannois ont pu interpeller l'auteur de la fusillade, à l'intérieur même du bâtiment. Une fois à l'extérieur, le forcené a encore tenté de se libérer. Il a pu être maîtrisé par les policiers qui l'ont emmené sous les yeux des curieux.

Les cinq véhicules médicalisés qui avaient été sollicités ont quitté Crissier une fois le blessé embarqué, vers 20 h 15. Le dispositif de sécurité est resté, quant à lui, en place jusqu'à l'arrivée de la Sûreté qui a mené l'audition des témoins sur les lieux-même du forfait. En début de soirée, aucune information n'a été divulguée par la gendarmerie. Ni sur les raisons qui ont poussé l'homme à proférer un tel acte, ni sur l'origine du criminel en possession d'une arme militaire.

Un article de Gérald Cordonier dans 24 Heures

Virus vert sombre

Les représentants de l'UDC sont à l'écoute du peuple, à l'image d'Yvan Perrin, interviewé par Serge Enderlin: «La plainte d’une population fatiguée par le laxisme ambiant, par l’angélisme d’une gauche archaïque et d’une droite centriste sans projet. Il faut nommer les choses par leur nom. 70 % des détenus sont des étrangers. C’est pour cela que nous avons fait une affiche avec des moutons noirs. Ceux qui ne respectent pas nos lois n’ont rien à faire chez nous.»

lundi 12 novembre 2007

Mahomet et l'immigration au coeur des élections danoises

Lire l'article du Temps
Le Parti du peuple, populiste et xénophobe, continue d'exploiter la peur de l'immigré. Le premier ministre Anders Fogh Rasmussen espère néanmoins pouvoir compter sur le nouveau parti d'un député d'origine syrienne.

Tables rondes sur l’islam

Jusqu’au printemps, des rencontres thématiques sur l’islam en Suisse auront lieu à Lausanne. Une démarche saluée par le canton.
Un article de Marco Ferrara dans 24 Heures.


Driss Semlali souligne qu’il n’organise qu’une
série de tables rondes. Si les associations
musulmanes le décident,cela pourrait être
le début d’une plate-forme.
Archive Studio Curchod

Les musulmans du canton veulent renforcer leur in­tégration et balayer les préjugés. Pour discuter de leurs visions de la société, plurielles au sein de leur communauté, ils ont inauguré samedi une série de tables rondes qui se tien­dront à Lausanne jusqu’au prin­temps. Acteurs institutionnels ou associatifs, une quarantaine de personnes ont échangé leurs points de vue au Casino de Montbenon, invités par Driss Semlali, président de l’Associa­tion Orient-Occident. Comme le syndic de Vevey, Laurent Ballif, ou le député Pierre Zwahlen.
Politisation des enjeux
«La campagne des élections fédérales a démontré une forte politisation des enjeux, notam­ment sur les étrangers en Suisse», note Magaly Hansel­mann, coordinatrice cantonale à l’intégration et à la prévention contre le racisme, elle aussi pré­sente. Constatant que l’occasion électorale n’a pas réussi à réunir autour d’une table les acteurs concernés, la responsable a en­couragé l’ouverture du dialo­gue. Elle qui prône une gestion pragmatique des différences est favorable à des procédures de négociation entre autorités et associations, en vue de résoudre d’éventuels conflits, comme l’existence d’un cimetière mu­sulman à Lausanne. Quant à savoir si la communauté doit se doter d’une plate-forme perma­nente et institutionnalisée, sui­vant les cas neuchâtelois ou français, Magaly Hanselmann estime que cela relève avant tout de la volonté des musul­mans vaudois et reconnaît que «la confiance ne se construit que pas à pas».
Face à la même question, Driss Semlali souligne qu’il n’organise qu’une série de dé­bats sur les femmes musulma­nes en Suisse, la formation des imams ou la compatibilité entre islam et modernité, entre autres. Et laisse le soin aux divers acteurs de réfléchir à un tel objectif.
Dans le canton, on dénombre 25 000 musulmans. Une popula­tion en hausse, originaire avant tout des Balkans, de Turquie et de l’Afrique du Nord, puis du Moyen-Orient. Si le rendez-vous de samedi a déjà compté sur la présence de l’Association des Suissesses musulmanes, du Con­seil islamique suisse et de Swiss Musslim, Driss Semlali se veut confiant quant à la participation future de l’Union vaudoise des associations musulmanes, afin de réunir tous les acteurs. La séance s’est terminée par une conférence de l’analyste maro­cain Abdelhak Azzuzi sur l’islam et la démocratie.

Prix suisse de l'intégration 07: trois projets récompensés

Trois projets ont reçu le Prix suisse de l'intégration 07 à Soleure: le centre pour migrantes Crescenda à Bâle, le projet éducatif "Spielgruppe-plus" à Zurich et "Teamplay" pour la formation des entraîneurs de football.


Cette photo a gagné le prix
de la photo de presse Suisse en 2004
Pierre-Yves Massot


Les trois projets récompensés (10'000 francs chacun) touchent à des domaines très différents. Cela prouve que l'intégration joue un rôle important dans tous les aspects de la vie quotidienne, professionnelle et des loisirs, souligne la Commission fédérale des étrangers (CFE) qui décerne les prix pour la deuxième et peut-être dernière fois.

Le projet "Teamplay" a pour objectif d'encourager l'intégration des étrangers dans les milieux sportifs. Caritas et l'Association suisse de football (ASF) ont élaboré des modules de formation continue pour les entraîneurs de football.
"Spielgruppe-plus" est un projet-pilote de l'instruction publique du canton de Zurich. Il s'adresse aux enfants de trois à cinq ans et vise à améliorer les connaissances d'allemand à travers des jeux avec des moniteurs spécialement formés.
Le centre Crescenda a été fondé à Bâle en 2005. Il forme et encadre des migrantes qui désirent créer leur entreprise. "La grande force" de ce projet est qu'il "met moins l'accent sur les obstacles qu'il n'encourage de manière ciblée les forces et les potentiels des participantes", souligne la CFE.
Au total, 130 projets ont été inscrits au concours. Seules 17 candidatures provenaient de la Suisse romande et 5 du Tessin. Le jury espère que ces deux régions seront mieux représentées lors d'un prochain concours.

Une dépêche de l'ATS parue dans 24 Heures