vendredi 3 août 2007

Le doute doit profiter au requérant dépourvu de papiers

Seules les demandes d'asile manifestement infondées peuvent faire l'objet d'une non-entrée en matière lorsque leur auteur est dépourvu de papiers. Le Tribunal administratif fédéral (TAF) le précise dans une nouvelle jurisprudence.

[ats] - Il désavoue l'Office fédéral des migrations (ODM). Satisfaite de voir que ses critiques étaient justifiées, l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) a exprimé sa satisfaction après avoir rappelé le durcissement légal intervenu cette année.

Depuis le 1er janvier, une demande d'asile se heurte à une décision de non-entrée en matière si le requérant ne remet pas aux autorités dans un délai de 48 heures ses documents de voyage ou ses pièces d'ientité. Des exceptions ne sont admises que si des motifs excusables sont rendus vraisemblables pour expliquer l'absence de papiers.

Pour le TAF, cela signifie que la procédure expéditive de non-entrée en matière est inadaptée dans tous les cas qui requièrent des compléments d'enquête. Un refus d'entrer en matière ne peut être opposé à un requérant que pour autant que sa demande apparaisse "manifestement infondée".

Si la qualité de réfugié du requérant ne peut être écartée après une première audition, l'ODM doit entrer en matière. Les questions factuelles ou juridiques seront examinées dans le cadre de la procédure ordinaire.


jeudi 2 août 2007

Adem Salihi

L’ancien employé communal de Bassins réagit après que le Conseil d’Etat a refusé d’envoyer son dossier à ­Berne. Il dit n’avoir pas trahi la Suisse en touchant une premièrere aide au retour en 2000.



Adem Salihi est un homme blessé après l’annonce d’une première aide au retour de 2400 deutsche mark touchée en 2000 ( 24 heures du 25 juillet). Il réagit donc vigoureusement aux propos de Philippe Leuba, cité dans Le Matin. Le conseiller d’Etat estimait que l’ancien employé communal avait trahi la Suisse en omettant de dire avoir touché cette somme et en revenant clandestinement quelques semaines plus tard en Suisse.
­Si quelqu’un m’avait expliqué qu’il s’agissait d’argent venant de votre pays, je ne l’aurais pas accepté, souligne-t-il. Je croyais que c’était une aide humanitaire. Je n’ai pas trahi la Suisse. A l’époque, il explique avoir utilisé les deutsche mark – représentant 1600 francs suisses – pour regrouper sa famille, alors que sa femme é­tait dans un camp en Turquie et ses enfants dans un autre en Macédoine.
L’ancien employé communal de Bassins raconte sa version des faits. Il é­tait impossible de trouver du travail au Kosovo, alors j’ai laissé le solde de l’argent à ­ ma femme et je suis retourné en Suisse, se souvient-il. J’ai agi pour sauver ma famille, dans un pays qui venait de sortir de la guerre. Adem Salihi ne veut surtout pas que cette affaire d’aide au retour complique le traitement de dossier. ­"Pour prouver ma bonne foi, je suis prêt­ à restituer les deutsche mark que j’ai touchés!" Dans tous les cas, Adem Salihi devrait rester en Suisse jusqu’au 1er octobre. D’ici là, il n’a pris aucune décision sur un éventuel recours contre le refus du Conseil d’Etat d’envoyer son dossier à ­Berne. ­Je suis fatigué par la procédure. Je ne sais pas si mon avenir est ici en Suisse, dans un autre pays ou au Kosovo… ­
RAPHAL EBINGER dans 24 Heures

Adem Salihi s'explique

"Non, je n'ai pas voulu trahir la Suisse", affirme le requérant débouté, chouchou de la commune de Bassins


«Aujourd'hui, explique Adem Salihi,
il est facile de juger mon attitude.

Mais ce que j'ai fait, c'était pour sauver ma famille
dans un pays qui venait de sortir de la guerre.»


Drôle de rebondissement la semaine dernière dans le dossier d'Adem Salihi. Philippe Leuba, le nouveau conseiller d'Etat, révélait que le requérant débouté avait bénéficié en 2000 d'une aide au retour (2000 deutsche Mark, soit 1600 fr.) de la Suisse. Pour le libéral fraîchement élu, cela signifiait que le Kosovar de 42 ans était désormais indéfendable, car il avait trahi un accord passé avec la Suisse en revenant clandestinement dans le pays.

Alors qu'à Bassins (VD) les habitants continuent à fortement soutenir leur «chouchou», l'ancien employé de la commune se dit attaqué dans son honneur. Adem tient absolument à ce que tout le monde sache qu'il est honnête. Avec l'aide de son comité de soutien, il livre sa version des faits.

Vous reconnaissez donc avoir touché les 2000 DM en janvier 2000?
Oui. A l'époque, ma maison avait brûlé et tout mon village était détruit. C'était la guerre. Après des recherches, j'ai appris que ma famille avait fui. J'ai dû repartir au Kosovo pour aller chercher ma femme et ma fille qui s'étaient réfugiées dans un camp en Turquie et mes trois autres enfants en Macédoine.

Et donc vous aviez besoin d'argent?
Oui, pour les faire revenir. C'est la Croix-Rouge qui m'a donné cet argent à Pristina, et personne ne m'a jamais dit que ça venait de la Suisse et que je ne pourrais plus revenir. J'ai pensé qu'il s'agissait d'une aide humanitaire. Aujourd'hui, je regrette d'avoir accepté cet argent. Pour prouver ma bonne foi, je suis prêt à tout rembourser, même le double, s'il le faut, si cela peut me permettre de rester en Suisse. Je suis quelqu'un d'honnête et de travailleur.

Pourquoi avez-vous décidé de revenir clandestinement en Suisse?
Ma famille était à nouveau réunie. Mais impossible de trouver un travail. J'étais pourtant prêt à tout accepter. Alors, j'ai laissé le peu d'argent qui restait à ma femme et je suis revenu. D'ici, je pouvais envoyer à ma famille un peu d'argent. Pour moi, c'était la seule façon de les faire vivre modestement.

Vous ne pensez donc pas avoir trahi la Suisse?
Non! Aujourd'hui, il est facile de juger mon attitude. Mais ce que j'ai fait c'était pour sauver ma famille dans un pays qui venait de sortir de la guerre. Difficile dans une situation pareille de garder son sang-froid et de prendre le temps de se demander d'où venaient les deutsche mark. Je n'ai jamais voulu trahir la Suisse.

Une attente insoutenable

Aujourd'hui, Adem ne travaille plus comme jardinier à la commune. Il continue cependant à rendre des petits services aux habitants de Bassins. Il vit dans l'angoisse de recevoir une convocation au Service de la population qui lui proposera, selon la promesse de Philippe Leuba, une nouvelle aide au retour et qui lui fixera une date de renvoi. Adem a décidé de maintenir son recours contre ce renvoi en se basant sur de nouveaux éléments. Il se dit gravement malade et rappelle que son épouse a décidé de demander le divorce.


Un article de Fabian Muhieddine paru dans le Matin

Huitante Vaudois de tous les pays au Grütli


Les dizaines de Moudonnois du groupe Suisses-Etrangers qui ont répondu à l’invitation de Micheline Calmy-Rey ont fait sensation sur la prairie mythique.


JEAN-PAUL GUINNARD | Excursion patriotique. Partie de la place de l’Europe,
la délégation a fait sensation dès son arrivée sur le lac des Quatre-Cantons.
Johann Niklaus Schneider-Amman, l’un des industriels qui ont sauvé la fête en finançant sa sécurité,
comme la présidente de la Confédération, lui ont réservé un accueil chaleureux.
MOUDON, LE 1er AOÛT 2007

Beda est venu au Grütli avec le Groupe Suisses- Etrangers de Moudon et région. Requérant d’asile ivoirien, il ne s’est pas laissé impressionner par la meute de photographes entourant Micheline Calmy-Rey. Muni de son petit appareil de photo, il s’est d’abord fait repousser par un garde du corps, mais la présidente de la Confédération l’a remarqué. «Elle m’a tendu la main, on s’est regardés dans les yeux et j’ai eu l’impression qu’elle me disait: on t’accueille à bras ouverts», raconte, sous le coup de l’émotion, le jeune homme de couleur. «Je n’aurais jamais pu approcher comme ça le président ivoirien, maintenant c’est sûr, la Suisse, c’est mon pays.»

Près de huitante personnes accompagnaient Beda dans son voyage. Des Moudonnois, suisses ou étrangers, ainsi qu’une bonne délégation de la Fareas. Pour soutenir la démarche de la présidente, pour se rendre sur la prairie mythique, ou simplement pour s’offrir une journée de détente.

Au petit matin, l’ambiance était bon enfant: Jacques, requérant camerounais, se lançait à haute voix dans l’hymne national… et s’arrêtait à la fin du premier couplet, comme la plupart des Suisses. Sur le bateau, Silvana, réfugiée kosovare, essayait de maîtriser sa peur: son dernier voyage sur l’eau était clandestin et très mouvementé. Mais l’occasion d’offrir une balade en Suisse à ses cinq enfants était trop belle pour s’en priver.

Sponsor aux anges

Sur le pont supérieur, Johann Niklaus Schneider-Amman, l’industriel qui finance avec Nicolas Hayek les frais de sécurité de la journée, découvre cette délégation avec étonnement: «Je ne sais pas comment ils ont fait pour obtenir 80 places. Mais la présence de tous ces gens à bord me réjouit. C’est un symbole de la vie de notre pays, de son système démocratique et multiculturel.»

L’arrivée au Grütli a réservé son lot de surprises: «J’imaginais quelque chose de grand, d’impressionnant», avouait Perparim, presque déçu. «Mais ce pâturage est justement ce qui fait que la Suisse n’est pas un pays comme les autres», lui répliquait Manuel. A l’ombre des sapins, le groupe a partagé un repas de midi composé de l’inévitable bratwurst, mais aussi de croquettes de morues et de tortillas. Tout un symbole qui a aidé à oublier la bouteille de Saint-Saph’ payée 46 francs sur le bateau.

«Voilà les Moudonnois!»

A la fin de la partie officielle, quelques membres du groupe ont approché la présidente pour lui remettre un cadeau. Les voyant arriver, l’ambassadeur Roberto Balzaretti, conseiller diplomatique de la présidente, lance: «Ah! Voilà les Moudonnois! Pas de problème, allez-y, tout le Conseil fédéral vous connaît.» Et de faire signe au service de sécurité qu’ils pouvaient laisser passer. La présidente de la Confédération a aussi immédiatement reconnu ceux qu’elle avait côtoyés lors de sa rencontre avec la population vaudoise en avril dernier. «Et j’ai croisé vos bus décorés sur l’autoroute ce matin», a-t-elle encore ajouté avant d’être happée par la foule.

Sur le chemin du retour, les échanges d’anecdotes et de photos allaient bon train. Mais seul Beda pouvait se vanter de posséder sur son appareil une photo en très gros plan de Micheline Calmy-Rey: «Elle a vraiment pris la pose pour moi. Je n’en reviens toujours pas!»

SYLVAIN MULLER GRÜTLI | 01 Août 2007 | 23h48 pour le quotidien 24 Heures

  • "Grütli sans crânes rasés et présidentes très applaudies" sur swissinfo

  • "Calmy-Rey prône l'intégration au Grütli" sur la TSR

Rencontre avec des patriotes

Témoignages que l'on retrouve dans le Temps, dont celui de Manuel Jose Antunes Lima de Moudon:

«L'intégration. Je suis vice-président du groupe Suisse-étrangers de Moudon et région. Nous sommes venus en groupe, parce que c'est la fête nationale et parce que Micheline Calmy-Rey nous a rendu visite quand elle est venue à Moudon. Parmi nous, il y a des Italiens, des Somaliens, des Kosovars, des Roumains, des Bulgares et des Suisses. Moi-même je suis Portugais. Mais j'habite ici, je partage la vie de tous les jours, les problèmes des Suisses. Je trouve normal de partager aussi leur fête nationale.»

mardi 31 juillet 2007

Retour à l'expéditeur pour l'UDC

En marge de la campagne de l'UDC et de ses envois tous-ménages, il est bon de lire cette opinion, parue dans le Temps:

http://www.kaleidoscopeiow.co.uk/Boomerangs/boomerangLeft.jpg

Absente du Grütli, mais présente dans les boîtes aux lettres, ainsi peut-on résumer la position de l'UDC à l'occasion de la fête nationale. Si les citoyennes et citoyens critiques envers la politique et les méthodes des amis de Christoph Blocher savaient s'organiser, certaines opérations de marketing a priori fort habiles pourraient se retourner contre le parti, passé maître dans ce genre d'exercice. Il en va ainsi pour le courrier tous-ménages expédié à l'occasion du 1er Août afin de récolter des signatures pour l'initiative populaire demandant l'expulsion des délinquants étrangers. On sait que l'UDC a reçu à cette fin une contribution d'un sponsor romand, aussi anonyme que généreux. Cela pourrait ne pas suffire, si tous ceux qu'indispose cette démarche se donnaient le mot.

C'est la NZZ am Sonntag qui lève ce lièvre dans sa dernière édition. Les esprits malins appellent d'ores et déjà à bien renvoyer à l'UDC son courrier pré-affranchi, mais avec un formulaire vierge de toute signature. Il en coûterait au parti de 70 à 80 centimes par envoi. Si les 4,5 millions de ménages ayant bénéficié des sollicitations de l'UDC suivaient ce conseil, la facture se monterait à 3,6 millions de francs pour le parti. Et cela sans récolter beaucoup de signatures supplémentaires. Le geste généreux du sponsor anonyme, qui a déboursé 500000 francs pour permettre à l'UDC d'exprimer de la sorte son patriotisme, pourrait en fin de compte se révéler coûteux pour son bénéficiaire. La Poste, sans doute, ne s'en plaindrait pas.

D.S. Miéville, Berne
Mardi 31 juillet 2007

Jusqu’où laisserons-nous aller?

AFFICHES DE L’UDC

L'image “http://members.lycos.nl/kreeft92/hpbimg/wol%20wel.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Je suis totalement outré par la dernière affiche d’un parti suisse connu pour son ouver­ture d’esprit et son raisonne­ment profond… qui, afin de promouvoir sa dernière initia­tive, représente trois moutons blancs expulsant hors de la Suisse un mouton noir.
Cette affiche scandaleuse vient s’ajouter à une liste s’agrandis­sant chaque année. Il me semble que les bornes sont dépassées depuis longtemps et qu’il est temps de mettre fin à ces images aussi insultantes envers les étrangers que simplificatrices.
Nicolas Füllemann,
Cossonay
Dans le courrier des lecteurs du 24 Heures

L­e «f­aux m­endiant » a u­ne h­istoire

L­’abuseur d­e l­’aide s­ociale e­st d­evenu u­ne s­tar d­e l­a c­ampagne é­lectorale. P­our l­’historien J­akob T­anner, c­ette f­igure, r­éelle e­t f­antasmée, a f­ait s­on a­pparition e­n S­uisse d­urant l­es a­nnées 1­980.

Le s­oufflé n­’est p­as r­etombé. A­u c­ontraire, i­l c­ontinue d­e g­onfler.
L­’abuseur d­e l­’aide s­ociale, d­éjà a­u c­oeur d­e l­a v­otation s­ur l­’assurance i­nvalidité (A­I), o­ccupe t­oujours l­e d­evant d­e l­a s­cène. B­ouc é­missaire d­es é­lections f­édérales d­e c­et a­utomne, i­l f­ait s­e r­envoyer d­os à d­os c­eux q­ui, a­ngéliquement, n­e c­roient p­as à s­on e­xistence e­t c­eux q­ui, l­ucrativement, e­n f­ont l­’ennemi n­uméro u­n d­e l­a s­écurité d­u p­ays.
C­e week­e­nd e­ncore, l­’abuseur a f­ait p­arler d­e l­ui: d­e n­ouvelles v­oix s­e s­ont é­levées p­our a­ssou-plir l­a p­rotection d­es d­onnées f­iscales d­es c­lients d­es s­ervices s­ociaux. N­otamment d­ans l­a S­onntagsZeitung, c­elle d­e W­alter S­chmid, l­e p­résident d­e l­a C­onférence s­uisse d­es i­nstitu-tions d­’action s­ociale. Le s­ocialiste Pierre­Y­ves M­aillard, c­hef d­e l’A­ction s­ociale d­u c­anton d­e V­aud, s­’est a­ussi d­it f­avorable à u­n a­ccès f­acilité à c­ertaines d­onnées. H­istoire d­e d­ébusquer l­es a­buseurs. M­ais d­’où v­ient l­e f­raudeur? I­ntervie w d­e l­’ h­isto-rien J­akob T­anner, p­rofesseur à l­’Université d­e Z­urich e­t m­embre d­e l’ex­c­ommission B­ergier.

– Q­uand l­’abuseur d­e l­’aide s­ociale a-­t-­i­l f­ait s­on c­oming o­ut m­édiatique e­n S­uisse?
– C­ette f­igure e­st a­pparue d­ans l­es a­nnées 1­980 et 9­0, l­ors d­e l­a f­ocalisation s­ur l­a p­olitique d­’asile. I­l y a b­ien s­ûr d­e v­rais a­buseurs, m­ais l­e d­iscours a v­ite e­mprunté s­a p­ropre d­ynamique. A­vant c­ette p­ériode, o­n s­e c­oncentrait s­ur l­’immigration d­es t­ravailleurs é­trangers, q­ui «v­olaient » l­e t­ravail d­es S­uisses.
C­e f­ut l­e c­as d­urant l­’ère S­chwarzenbach, l­es a­nnées 6­0.
A­utrement d­it – e­t c­’est l­à l­e p­aradoxe – l­es p­remiers m­outons n­oirs, l­es t­ravailleurs é­trangers, o­nt l­argement c­otisé à l­’aide s­ociale. P­uis, l­a s­ituation s­’est r­enversée: o­n s­oupçonne c­eux q­ui n­e t­ravaillent p­as d­e r­ecevoir d­es p­restations i­llégales.
– P­ourquoi c­ette é­volution?
– U­ne d­es p­réconditions à l­’apparition d­u m­outon n­oir d­e l’a­ide s­ociale e­st p­récisément u­n E­tat s­ocial f­ort. C­e q­ui n­’était p­as l­e c­as d­e l­a S­uisse d­urant u­ne b­onne p­artie d­u X­Xe s­iècle. D­urant l­es a­nnées 1­950, l­es r­entes d­e r­e t­raite é­taient f­aibles e­t l­es e­ntreprises s­urveillaient s­trictement l­e d­euxième p­ilier. E­t c­e n­’est q­u’à p­artir d­e 1­976 q­ue l­es s­alariés o­nt d­û s­’affilier à l­’assurance c­hômage. D­ans l­es a­n-nées 6­0, l­es p­restations s­ociales s­e s­ont é­largies. M­ais o­n o­bservait d­avantage l­es a­bus d­ans l­es a­utres p­ays, n­otamment e­n I­talie. E­nsuite, v­ers 1­980, e­st a­pparue u­ne n­ouvelle c­onception d­e l’i­ndividu. S­tipulant q­ue c­hacun d­oit s­e p­rendre e­n c­harge.
– L­a f­igure d­e l­’abuseur n­’a d­onc p­as t­raversé l­es s­iècles?
– T­elle q­u’on l­a c­onnaît a­ujourd’hui, n­on. M­ais c­er t­ains s­téréotypes s­ont t­rès v­ieux: a­u M­oyen A­ge, o­n d­istinguait d­éjà l­es v­rais m­endiants d­es f­aux.
L­es p­remiers p­âtissant d­e l­a m­alhonnêteté d­es s­econds.
D­’autres g­roupes s­ociaux o­nt é­galement é­té a­ccusés d­e s­’enrichir s­ur d­es f­rais d­e l­a «c­ommunauté n­ationale »; p­ar e­xemple, o­n a­ccu­sait l­es J­uifs d­e f­aire d­e l­’argent s­ur l­e d­os d­es S­uisses.
– P­ourquoi c­e t­hème d­e l­’abus est-­i­l r­abâché p­ar d­es p­artis c­omme l­’UDC?
– L­’UDC a l­ongtemps f­ocalisé s­on d­iscours c­ontre l­’Europe. O­r l­e p­arti n­’est p­lus a­ussi s­oudé s­ur c­ette q­uestion, c­ertains m­embres a­yant d­es i­ntérêts c­ommerciaux a­vec l­’UE. D­epuis q­uelques a­nnées, l­’UDC a c­hoisi l­a s­écurité i­ntérieure c­omme t­hème. L­e 1­1 s­eptembre 2­001 a r­enforcé c­e d­iscours.

V­ALENTINE Z­UBLER B­ERNE
Un article paru dans 24 Heures

dimanche 29 juillet 2007

Dès lundi dans vos boîtes à lettres ...

http://lemaninblack.bleublog.ch/files/images/2007/7/mob459_1184341206.jpg

... l'initiative de l'UDC, distribuée dans chaque ménage, grâce à la générosité (500'000 CHF) d'un anonyme entrepreneur romand.

Pourquoi certains jeunes Kosovars dérapent en Suisse

«Le Matin Dimanche» l'a constaté sur place: la délinquance des jeunes Kosovars n'a pas l'origine culturelle que lui prêtent les théories populistes. Pourtant, les problèmes existent en Suisse, où des faits divers impliquant des adolescents albanais sont relayés dans les médias. Pourquoi cette rupture? Des spécialistes suisses et kosovars répondent.

Une série de faits divers impliquant
des jeunes Kosovars ont été médiatisés
ces dernières années. Toutefois,
seule une petite minorité d'adolescents
albanais pose problème

C'était il y a quelques années, lors d'un congrès en Suisse. Fëllëza Kadiu, juge pour mineurs au Kosovo, prenait de plein fouet les propos d'une homologue helvète. «Ces jeunes Kosovars délinquants, on ne sait plus quoi en faire. Et vous?». La magistrate albanaise a tiqué, puis répondu: dans la province sous protectorat international, la délinquance des mineurs n'est pas pire qu'ailleurs.

Ce fait, «Le Matin Dimanche» l'a constaté lors d'un reportage publié il y a deux semaines. Malgré un taux de chômage avoisinant les 60%, la province parvient à juguler sa délinquance juvénile, avec l'aide des ONG. Clé de cette maîtrise, entre autres: le fonctionnement clanique de la société, qui induit une régulation sociale. «C'est difficile d'être un délinquant au Kosovo. On est vite remis à l'ordre par un oncle ou un voisin», confirme Baton Haxhiu, journaliste à Pristina et intellectuel de renom.

Perte du réseau social
De quoi ébranler la théorie de «violence d'origine culturelle», brandie par les populistes suisses après chaque fait divers. Ces derniers existent pourtant, impliquant des jeunes Kosovars. Des cas retentissants de viols collectifs et de profanation d'église ont été médiatisés ces deux dernières années en Suisse alémanique. Une minorité d'Albanais est concernée. Mais si le problème n'est pas culturel, d'où vient-il?

Il est une conséquence de la «situation migratoire», pour employer un terme sociologique. Les familles qui émigrent en Suisse perdent leur réseau social fort. «L'immense majorité des Kosovars établis chez nous vient de la campagne, où ils vivent parfois à vingt ou trente dans deux ou trois maisons», rappelle Ueli Leuenberger, conseiller national Vert à Genève et fondateur de l'Université populaire albanaise. «Chez nous, ils se retrouvent catapultés dans une société où la famille, c'est papa, maman et les enfants.»

Conséquence: le clan disloqué ne peut plus jouer son rôle de régulateur, selon Baton Haxhiu, qui a vécu quatre ans près du lac de Bienne: «Chez vous en Suisse, on n'a pas peur du clan, mais de la loi. Certains jeunes originaires du Kosovo se disent peut-être: «Ce n'est pas grave si je fais des bêtises, personne ne me connaît.»

Image du père écorchée
Pilier de la société, l'image du père est également écorchée par la migration. «Contrairement aux Portugais et aux Espagnols, les Kosovars de Suisse ont vécu un regroupement familial tardif, après dix ou vingt ans», explique Ueli Leuenberger. «Tant qu'il vit ici et sa famille au Kosovo, le père est assimilé au Père Noël qui distribue toutes les richesses.» Son véritable statut en Suisse, souvent peu enviable, est découvert brutalement par les enfants lors du regroupement. «J'ai assisté à des scènes très dures, des adolescents disant à leur père: «ça fait vingt ans que tu es en Suisse, regarde comment tu vis!», raconte Ueli Leuenberger. Dans une communauté où la relation père-fils est sacrée, ces réactions font mal à l'autorité parentale.

Une situation exacerbée par la prise de pouvoir de l'enfant sur ses parents, du fait qu'il maîtrise mieux la langue et s'intègre plus facilement. «Je discute souvent ici avec des parents kosovars complètement perdus», confirme l'animateur des «Zèbres» Jean-Marc Richard, qui était au Kosovo avec Terre des hommes et «Le Matin Dimanche». Et qui dit parents perdus et perte d'autorité, dit risques de dérapage accrus pour l'adolescent.

S'il est lié à la migration, le problème est également socio-économique. Car le jeune se retrouve confronté à notre société de consommation, et au mirage d'une «vie facile» incompatible avec son statut social. «J'ai rencontré un jeune Kosovar à Valmont (ndlr: centre de détention pour adolescents du canton de Vaud)», se souvient Jean-Marc Richard, qui interviewe des ados pour son émission. «Il m'a raconté qu'il était arrivé ici, qu'il avait vu l'argent, les bagnoles. Il voulait tout, et tout de suite. Incapable de satisfaire ses besoins légalement, il a commencé à voler.» La dérive a lieu en groupe, souvent. «Héritage du clan, la bande compense un manque de statut social», relève Olivier Guéniat, chef de la police de Sûreté neuchâteloise. «Certains jeunes ont ainsi l'illusion d'exister, et cela devient vite la loi du plus fort. Mais les Kosovars n'ont pas l'exclusivité de ce type d'engrenage.» Ce faible statut social hérité de parents peu éduqués, la deuxième génération devrait pouvoir le combler par l'école. Une gageure, selon Philippe Wanner, professeur de démographie à l'Université de Genève. «Les jeunes Kosovars de 20-25 ans souffrent d'un fort déficit d'éducation». Ainsi, rares sont ceux qui vont plus loin que l'école obligatoire. Et pour ceux qui cherchent ensuite à s'intégrer professionnellement, la discrimination à l'embauche a été prouvée il y a quelques années. «A formation égale, les jeunes des Balkans arrivent moins bien à faire valoir leurs acquis», note Philippe Wanner. «On soupçonne que la discrimination est encore plus forte aujourd'hui, à cause de la stigmatisation.»

Communauté désunie en Suisse
Pour faire face à ces problèmes, la communauté kosovare de Suisse, plutôt désunie, semble peu armée. Tirant parti de son expérience, Jean-Marc Richard ébauche des solutions. «Il faudrait mettre en place un système de «grands frères» comme dans les banlieues françaises, qui aideraient ces jeunes à prendre place dans la société. Il faudrait aussi donner des moyens à la société civile. Je lance un appel aux jeunes Kosovars bien insérés pour qu'ils montent des projets d'intégration.»

«Le fait divers n'est pas emblématique d'une situation»

«Le fait divers n'est pas emblématique d'une situation», rappelle Olivier Guéniat, chef de la police de Sûreté neuchâteloise, à propos des délits médiatisés impliquant des adolescents kosovars. Pourtant, les statistiques de la délinquance ne montrent-elles pas une surreprésentation des jeunes originaires des Balkans? «Non. Ces chiffres doivent être calculés en fonction de l'importance démographique de la population. Si l'on prend le cas de Neuchâtel, on constate que les catégories d'étrangers les plus représentées sont d'abord les Français et les Portugais, les Italiens, puis les ressortissants de Serbie et Monténégro et les Espagnols. Cela correspond à la proportion de ces populations dans le canton.» Choqué par la proposition de Christoph Blocher de renvoyer au pays les mineurs délinquants avec leur famille, Olivier Guéniat met en garde contre une utilisation abusive des chiffres de la délinquance. «Le mode de saisies des données varie selon les cantons. Une uniformisation est en cours à l'Office fédéral des statistiques. Nous y verrons plus clair en 2010.»