mercredi 29 novembre 2006

Les demandes d'asile en hausse

Lire la dépêche de l'ATS
Le nombre de demandes d'asile a augmenté en octobre, pour la sixième fois consécutive.

Au total, 1230 demandes ont été déposées, soit 198 (19%) de plus que le mois précédent, a annoncé mardi l'Office fédéral des migrations (ODM). En comparaison annuelle, la hausse atteint 34%.

Interner des requérants reviendrait à créer de petits Guantánamo

Hier dans les colonnes de 24 heures, le conseiller d'Etat vaudois UDC Jean-Claude Mermoud imaginait un «centre spécial» pour requérants difficiles. Membre de SOS Asile, Christophe Tafelmacher répond .

- Comment réagissez-vous à une telle idée?
- Si de tels camps se concrétisaient, ce serait des zones de non-droit, de petits Guantánamo helvétiques. Mais je n'ai pas l'impression que ça se fera. C'est de la poudre aux yeux électorale qui occulte les vrais problèmes.

- Qui sont?
- Le cercle vicieux de notre politique. La Suisse a une des lois sur l'asile les plus dures d'Europe. Il n'y a plus aucun accueil, les gens sont sous pression dès leur arrivée, soumis à interdiction de travail. Après leur avoir rendu la vie impossible, l'UDC dénonce ensuite leur délinquance. Je trouve ça fort de tabac, c'est une logique complètement délétère.

- Mais n'est-ce pas toute la politique d'asile qui souffre des requérants délinquants qu'on ne peut expulser?

- Oui, mais c'est exactement ce qu'on cherche. On mise sur le tout répressif, en n'admettant, par exemple aucun réfugié de Sierra Leone. Il y a eu là-bas une des pires guerres civiles du monde, avec des exactions, des enfants soldats… La bonne réponse serait d'alphabétiser, d'occuper, de former ceux qui sont là, venant de ce pays. On résoudrait la plus grande partie des problèmes qui se posent.

- A quel prix?

- Mais combien nous coûtent les mesures de contrainte, l'escalade sécuritaire, la répression? Je serais curieux d'avoir une vraie statistique.

- Que dites-vous aux habitants de Bex qui vivent très concrètement les désagréments d'un centre?
- Je félicite le groupe d'appui aux requérants qui s'est constitué parmi eux. Je constate que presque un Bellerin sur deux (47%) a voté pour garder le centre. Les requérants sont des humains à la vie déchirée, il faut les autoriser à se construire un avenir.

mardi 28 novembre 2006

Courrier des lecteurs de 24heures

L’UDC tombe le masque
En s’attaquant à la loi antiracisme, l’UDC se dévoile, montrant sa face la plus hideuse. Le signal est clair: le racisme est un barbarisme qui ouvre la porte aux débordements les plus choquants. L’extermination des juifs par les nazis, le génocide au Rwanda ne sont que deux exemples dans une liste interminable d’atrocités. En grande majorité, ceux qui soutiennent ce parti ne sont pas racistes. A eux d’ouvrir les yeux et de désavouer le noyau dur de cette formation politique. Pour les autres partis, il n’est plus question de tergiverser: il faut renoncer à toute alliance avec l’UDC

Philippe Junod,
Romanel


Souvenons-nous de nos valeurs
A propos de l’article intitulé «L’UDC se cherche des alliés pour torpiller la norme antiraciste» (24 heures du 17 novembre 2006):
S’il fallait encore une initiative démagogique pour montrer le vrai visage de l’UDC (ou tout au moins de sa composante dominante zurichoise), la dernière en date le dévoile à l’évidence. Tous les parents élèvent leurs enfants dans le respect de limites qui résultent de notre culture, voire de notre croyance, et qui permettent la vie communautaire, familiale et sociale, dans la paix et le respect de l’autre.
Il en est de même à une plus grande échelle pour la cohabitation entre êtres humains de provenance, de croyance et de culture différentes. La norme antiraciste y veille précisément et fixe les limites au-delà desquelles le respect de l’autre dans son identité et son intégrité serait compromis et avec lui, puisque dépourvue de ces limites indispensables, cette liberté d’expression que l’UDC, tout à coup, prétend défendre.
Il serait temps que tout le monde comprenne dans quelles eaux troubles de triste mémoire ce parti puise ses idées, sinon son comportement politique. Il serait temps également que les partis de la droite traditionnelle se souviennent de leurs valeurs de base, qu’ils affirment et défendent leur vraie identité, au lieu de courir après un concurrent qui les dépasse sur leur droite avec le succès facile inhérent à tout populisme
Hans Gutscher,
Préverenges


Utile contre l’UDC?
Dans la nature il existe une barrière d’espèce qui détermine que l’accouplement ne peut se faire que dans une même espèce. Les merles entre eux, par exemple.
Certains cas sont moins nets, mais l’issue est presque toujours stérile, comme c’est le cas du mulet. Chez l’homme, il n’y a qu’une espèce, nous sommes tous interféconds. Il n’y a donc qu’une race. Donc, une loi qui condamne le racisme est un non-sens.
L’UDC veut supprimer la norme antiraciste du Code pénal suisse. Cependant cet article se justifie lorsque l’intelligence est absente.
L’UDC fait campagne contre lui pour pouvoir se permettre de devenir et de rester raciste et de décréter ensuite que dans toute l’espèce humaine il y a des genres plus «méritants» que d’autres. Des Africains paresseux, par exemple et à l’opposé, justement les membres de l’UDC qui seraient évidemment la crème du lait.
Ainsi, on pourrait recommencer à définir des catégories d’hommes et de sous-hommes, exploiter ceux-ci sans vergogne, voire les exterminer sans états d’âme. Tout cela a déjà été réalisé et c’est précisément contre cela que lutte la norme antiraciste. Toutefois, je suis d’accord avec eux: supprimons cette norme pour pouvoir enfin dire sans risques ce que nous pensons des penseurs et ténors de l’UDC…
Maurice Badoux,
Monthey

La politique d'intégration des migrants à Bâle Ville

Lire absolument le dossier de Swissinfo, interview de Thomas Kessler délégué à l'intégration
Avec des affaires comme celles du viol de Zurich, la Suisse est en train de se réveiller brutalement de décennies d'inaction en matière d'intégration.

C'est la conviction de Thomas Kessler, délégué à l'intégration de Bâle-Ville. Selon lui, il faut agir vite pour combler les graves lacunes accumulées.

L'expérience de Bâle-Ville, pionnier en matière d'intégration, permet de démonter les mécanismes d'intégration et de non-intégration.

Lien vers le bureau de l'intégration à Bâle

Des sandwiches pour toute aide d’urgence, c’est contraire au principe de la dignité humaine

Lire ce courrier des lecteurs d'Anne Torracinta dans la Tribune de Genève:
«Quiconque est dans une situation de détresse et n'est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d'être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine». Ainsi est formulé l'article 12 de la Constitution fédérale qui fonde le droit de chacun à une aide en situation de détresse.

C'est sur la base de cet article que le Grand Conseil devra prochainement adopter un projet de loi concernant les personnes dont la demande d'asile a fait l'objet d'une décision de non-entrée en matière (NEM)...

Editorial de 24heures


Voici l'éditorial de Laurent Busslinger sur le projet de centre pour les requérants difficiles:
Puisqu'on n'arrive pas à venir à bout de ceux qui trafiquent la drogue, éloignons tous les requérants d'asile.» Voilà ce qu'ont décidé dimanche la majorité des votants de Bex. Cela s'appelle jeter le bébé avec l'eau du bain. C'est une solution simpliste, qui oublie que tous les problèmes de drogue du bourg ne viennent pas du centre Fareas. Et que ceux qui sont hébergés dans le centre ne sont pas tous – et de loin – des trafiquants.

Et pourtant, il est difficile d'en vouloir aux citoyens qui ont prôné, puis ratifié dans l'urne, cette solution. Depuis combien de temps s'entendent-ils dire que la dégradation bien réelle du climat local n'est due qu'à une minorité? Et depuis combien de temps constatent-ils que rien ne vient à bout de cette minorité? Depuis assez longtemps, en tout cas, pour ne plus vouloir faire dans la nuance.

C'est en ayant cela à l'esprit qu'il faut écouter Jean-Claude Mermoud. «Enfermons les requérants délinquants dans un camp…» Débarrassé de sa terminologie précautionneuse faite de «centre spécial», et d'«assignation à résidence», voilà bien ce qu'il souhaite. Et cela fait mal aux oreilles. Sauf dans les souvenirs scouts, le camp est sur ce continent de sinistre mémoire. Surtout lorsqu'il est proposé par un parti nationaliste comme l'UDC, et qu'il cible des populations définies.

Et pourtant, là encore, il est difficile de balayer la réflexion sans autre. Au-delà de toutes ses difficultés, sans doute ses impossibilités légales d'application, cette proposition désagréable dit quelque chose de simple. C'est qu'il faut agir si l'on veut éviter les amalgames. Pour garder du sens à l'asile, qui est l'accueil de gens fragiles et pourchassés; pour garder du sens à l'ouverture aux autres, fussent-ils très différents de couleur de peau ou de religion, il faut isoler la minorité qui utilise ces honorables dispositions comme paravent à sa délinquance. Pour que l'asile ne soit pas une crispation sans fin, il faut écarter ceux qui y sèment le trouble.

Un camp pour isoler les requérants difficiles


Lire l'article de 24heures ci-dessous et la dépêche de l'ATS
Après le vote de Bex, Jean-Claude Mermoud dévoile son projet: l’«assignation à territoire» des requérants délinquants, dans un centre à l’écart de la population. Reste à trouver le lieu prêt à les accueillir.
Les Bellerins ne veulent plus du centre Fareas ouvert chez eux en 1982. Par 53,43% des voix, ils ont exigé dimanche le rachat par la commune de ce bâtiment. Techniquement, les choses pourraient traîner, mais politiquement, il est impossible d'ignorer cette volonté. Entretien avec Jean-Claude Mermoud, conseiller d'Etat en charge de l'asile.

Votre parti, l'UDC, a lancé et gagné ce référendum. Que lui dites-vous?

J'ai déjà dit que c'est une victoire locale, qui n'influence pas forcément la décision du canton. Mais ce résultat sera l'un des facteurs les plus importants de ma réflexion. J'espère que l'UDC comprendra qu'il faut un peu de temps. La solution de facilité consistant à fermer le centre n'est pas envisageable sans autre.
Mais cette fermeture est-elle possible aujourd'hui?
Pas aujourd'hui. Un déplacement de population nous prendrait des semaines. Ce serait faisable, mais des raisons financières et politiques s'y opposent. L'amortissement du centre n'est pas fini. Et que se passerait-il avec les personnes déplacées? Pourquoi d'autres communes les accepteraient mieux que Bex?
N'est-il pas urgent de rééquilibrer la répartition des requérants d'asile dans le canton?
Absolument. La Loi sur l'aide aux requérants d'asile, la LARA, est enfin entrée en vigueur. On peut aller vers les communes, on va le faire. A part ça, obtenir d'elles des centres collectifs restera très dur. Or, les centres collectifs sont nécessaires. L'encadrement et la distribution des prestations y sont plus rationnels que dans des appartements.
La LARA reste très peu contraignante. Elle dit: «Les communes de plus de 2000 habitants doivent collaborer à la recherche de possibilités d'hébergement.» Ne peut-on être plus exigeant?
Ce serait à coup sûr plus facile pour le chef du Département et pour la Fareas. Le canton de Berne impose l'accueil à ses communes. Ce n'est pas ce qui a été choisi ici, Le Grand Conseil n'a pas suivi les amendements en ce sens. Mais si on n'arrive pas à trouver de solution, cette alternative n'est pas exclue. Si après Bex, ce sont Crissier, Leysin ou Sainte-Croix qui refusent des centres, il faudra une clé de répartition plus dure.
Le total des requérants diminue. Va-t-il aussi diminuer à Bex?
Non. Soit on ferme le centre, soit on le maintient avec plus de cent personnes. Sinon, on ne peut plus assurer une surveillance continue, un contrôle des entrées, etc. Mais la meilleure piste serait d'y mettre des familles. Ce qui apaiserait bien les tensions.
Ne faut-il pas miser sur des centres plus petits, comme celui de Vevey?
C'est une éventualité. Mais le problème, ce ne sont pas cent requérants ensemble, mais les vingt parmi eux qui posent de gros problèmes. Il faudrait un centre d'accueil spécial pour ces requérants difficiles. Ce serait la meilleure solution et l'idéal serait que ce centre soit à l'écart de la population. Si une commune m'en propose un, je discute demain avec elle.
Vous voulez bien dire regrouper ces requérants dans une sorte de camp?
C'est la seule solution. Avec une assignation à territoire, puisqu'on n'a pas forcément le droit de les empêcher de sortir. Mais la législation permet en revanche une telle assignation. Et puis, une surveillance nettement plus forte de ce centre-là serait envisageable. Mais encore une fois, il faut le trouver. Personne ne nous l'a proposé.
Le programme du centre droite insiste, lui, sur l'aide au retour. Que proposez-vous de faire?
On voudrait mieux convaincre ces gens qu'ils doivent partir, et si possible pas entre deux gendarmes. Nous ne sommes pas aidés par les intégristes de l'asile, qui essaient toujours de faire croire aux concernés qu'ils pourront rester. Le meilleur avenir pour ces familles est dans leur pays. Il faut que les esprits se modifient, ce qui permettrait de mieux utiliser l'argent consacré aux mesures de contrainte.
«Il faut plus de fusions de communes»

L. BU.

lundi 27 novembre 2006

Une telle personne devrait quitter le pays

Lire l'article du Matin sur les déclarations de Christoph Blocher
Selon Christoph Blocher, le viol collectif de l'école de Seebach est lié au problème de l'intégration des étrangers. Il veut éviter une «psychologisation» du viol collectif

Un groupe de scout lutte contre le racisme

Lire l'article de Michel Duperrex dans 24heures
Des jeunes ont œuvré contre la peur ou la haine des étrangers ce week-end à Yverdon-les-Bains. Cette action s’inscrivait dans le cadre d’une campagne du Conseil de l’Europe.
Tous différents, Tous égaux… C'est avec ce slogan que les scouts du Grand chêne d'Yverdon abordaient les passants samedi sur la place Pestalozzi, afin de les sensibiliser aux problèmes d'intolérance et de discrimination.

Dans le cadre d'une campagne du Conseil de l'Europe, une caravane «Stop au racisme» a été aménagée en stand d'information. Après avoir sillonné la Suisse allemande, elle circule actuellement en Suisse romande. Dans chaque ville visitée, un groupe local – par exemple les scouts, la paroisse ou une autre association – prend possession des lieux pour quelques heures et s'occupe de l'animation et de l'information.

Ces groupes sont toujours coachés par un professionnel. Alessandra Parente, la coordinatrice romande de cette action était présente samedi à Yverdon pour épauler les jeunes et répondre aux questions. «La caravane va dans les écoles, les marchés ou les festivals. Nous essayons aussi d'être présents dans les lieux plus «chauds», comme à Bex, que nous visiterons prochainement», souligne Alessandra Parente. «Ici à Yverdon, les scouts ont fait preuve d'une excellente capacité d'organisation. On voit bien qu'ils se sentent concernés par ce sujet».

Très impliqués


En effet, Alix, Anthony, Sara et leurs amis, adeptes de Baden Powell, se sont beaucoup impliqués dans ce projet. Ils ont préparé du thé à la menthe et des pâtisseries de différents pays. Ils se sont documentés et Frank a même concocté un questionnaire. «Qu'est-ce que le racisme, comment est-il né, pouvez-vous citer diverses formes de racisme?», interroge le document.

«Les gens s'arrêtent volontiers, ils achètent un badge, un livre ou des pâtisseries. Par contre, pour remplir le questionnaire ils sont plus réticents, ils ont peur de se tromper…», regrette Sara.

Bex accepte l'initiative pour fermer le centre de la FAREAS

La commune de Bex a accepté à une faible majorité une initiative de l'UDC visant à fermer le centre pour requérants d'asile de la Fareas, situé au coeur du village. Cette initiative était combattue par les autres partis politiques et par les autorités communales. Ce vote n'a pas de valeur contraignante pour les autorités, mais politiquement, c'est un signal clair.
Ecoutez la séquence de Forum

Voir la séquence de l'émission Mise au Point

Lire l'article de Michael Rodriguez dans le Courrier

Sur le même sujet l'article d'Elisabeth Eckert dans la Tribune de Genève

Lire l'article de 24heures

Il est 14 heures passées de quelques minutes au Restaurant de l'Hôtel de Ville, à Bex. Les poings de Charles-Henri Grept, chef de file du Comité d'initiative, claquent sur la table en signe de joie: «On est bon!» Les résultats, qui viennent de parvenir à son oreille, plaident en faveur de l'action «Pour que Bex retrouve sa sérénité».

Les Bellerins ont accepté par 53,43% des voix la requête des initiants demandant le rachat et la réaffectation du bâtiment de la Fondation vaudoise pour l'accueil des requérants d'asile (Fareas). Taux de participation: 56,9%, dont 738 étrangers au bénéfice du seul droit de vote communal. Et ce sont 167 bulletins qui ont fait la différence: «On pensait que cet écart serait moindre», se félicite de plus belle l'UDC Charles-Henri Grept. «C'est une victoire de la démocratie!»

«Ras-le-bol»

C'est un André Corboz triomphant et distribuant les étreintes de circonstance qui fait irruption dans la brasserie, accompagné des siens. L'homme avait défrayé la chronique en écrivant des propos xénophobes sur un mur de la ville. «On a fait les affichages en famille, lâche-t-il, attablé face à sa fille de 16 ans. C'est un vote historique, la première initiative communale du genre, ajoute-t-il. Je suis curieux de voir comment les autres villes hébergeuses vont s'opposer à l'avenir.»

Les arguments qui ont fait mouche? «La descente de police le 9 novembre dernier. Ça a pesé dans la balance, analyse à chaud Eliane Comte, présidente du parti agrarien local. Lors de la récolte de signatures, beaucoup de gens, des personnes âgées notamment, ont exprimé leur ras-le-bol face à des gens qui crachent par terre, qui salissent la rue.»

Pour l'ex-municipal UDC Pierre-Yves Rapaz, la victoire s'apprécie d'autant plus que la campagne fut chahutée. Et de pointer du doigt les «fausses vérités» brandies par la gauche.

Entre sérénité, déception et réflexions sur l'avenir

A la table municipale, on disserte sur les résultats du scrutin autour d'un pichet de rouge. L'humeur est sereine. «Je pensais que la population accepterait l'initiative à 70%», déclare le syndic socialiste Michel Flückiger. Ce qui lui donne à espérer un renversement de situation. Car le rachat du bâtiment, auquel la municipalité n'était pas favorable, se heurte encore à des obstacles (lire ci-dessous).

L'heure est à la déception et à la colère pour Irène Chaubert: «Cette votation surfe sur les sentiments de peur des gens, déplore la présidente du Groupe d'appui aux requérants (GAR). Les initiants ont fait passer cette votation pour un sondage. Or un vote ne donne pas un signal, mais une directive qu'il faut assumer.»

Du côté du canton, hier, tant Pierre Imhof, directeur de la Fareas, que le conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud prenaient acte de cette décision. «Il faudra l'intégrer dans les réflexions futures de l'exploitation du bâtiment», mentionnait le premier.

Plus tranchant, l'homme politique répétait: «Il y a trois alternatives. La première est de renforcer la sécurité du centre et de poursuivre les veilles dans la rue. La deuxième de changer sa population en plaçant des familles déboutées plutôt que des célibataires. La troisième enfin est sa fermeture. Cette alternative demande du recul. Financièrement d'une part: on parle toujours de 6,25 millions de francs pour cet immeuble mais il convient d'y retrancher une part d'amortissement. Politiquement enfin. Il s'agit de mesurer l'impact par rapport aux autres communes qui accueillent des requérants…»
Malgré le débat, malgré le oui, ce vote ne résout rien

Commentaire

CORINNE FEUZ

53,43% de voix qui disent oui à l'initiative de l'UDC demandant le rachat et la réaffectation du bâtiment de la Fareas: un signal «très fort à la Municipalité, au canton et à la Confédération», comme le clamait hier le comité d'initiative? Mais quel signal? Dans une commune – un «gros village» de 5925 habitants – qui avait très largement accepté le durcissement de la loi sur l'asile, et qui depuis des mois, sinon des années, se cristallise autour de son centre de requérants, le message sorti de l'exutoire électoral que constituait ce scrutin est pour le moins flou. Bien sûr, les initiants ont gagné, par une marge qui ne souffre aucune discussion. Ils ont pour eux de s'être fait entendre en lançant la première initiative communale du canton de Vaud, et d'avoir ainsi amené le débat sur la place publique. Un débat avant tout émotionnel. Pour l'avoir trop souvent conduit avec des arguments qui surfent sur la peur des gens, et des raccourcis hasardeux qui veulent que derrière chaque requérant se cache un dealer, l'UDC a encore renforcé cet élément.

Pourtant, malgré la forte mobilisation, malgré la descente spectaculaire, voici deux semaines, de la police vaudoise au centre de la Fareas, une petite moitié des votants bellerins n'a pas vu dans la proposition des initiants la solution aux problèmes de trafic de drogue et d'insécurité qui minent leur communauté. Au final, même si désormais la Municipalité a le mandat de se débarrasser du centre, rien n'est résolu.
La messe n’est pas encore dite

E. B.

Le verdict du jour revient-il à fermer le centre de la Fareas? Telle est la volonté proclamée par le comité d'initiative «Pour que Bex retrouve sa sérénité». La réalité est plus complexe. Le crédit nécessaire au rachat des murs doit être approuvé par le Conseil communal. «Compte tenu de l'écart enregistré en ce jour – moins élevé que ce que je prévoyais – la Municipalité va probablement émettre un préavis négatif», indique Michel Flückiger. Un refus de la part de l'organe délibérant reviendrait à faire capoter le projet, note le syndic.

Autre inconnue: l'élu n'était pas en mesure d'affirmer hier, si oui ou non, l'Etat de Vaud, propriétaire du bâtiment, prévoyait de s'en séparer. Ceci, malgré un prix articulé de 6,25 millions de francs, assorti de conditions sur son affectation à l'asile jusqu'en 2026. Si la Municipalité tient à perpétuer la tradition d'accueil de la cité, elle a exigé de réduire à trente le nombre de pensionnaires du centre (ce à quoi s'oppose catégoriquement le canton). Voilà qui donne du grain à moudre aux initiants, pour qui le domaine serait alors trop spacieux. Incompatible, vraiment? «J'ai une réponse toute faite, réplique un Michel Flückiger facétieux. On serait d'accord d'y accueillir toute la direction de la Fareas»…