dimanche 20 août 2006

"Le paradis n'est pas assez grand pour tout le monde"

Bluewininfo et Swissinfo reviennent sur le discours de Christoph Blocher lors du Congrès des Suisses de l'étranger, qui se tenait à Bâle. M. Blocher était en terrain conquis, puisque la veille, le Conseil acceptait par 38 voix contre 26 un durcissement des lois sur l'asile et les étrangers.

«Le paradis n'est suffisamment grand pour tous», a lancé Christoph Blocher
(Stephano Iori)

La proportion d'étrangers dans le pays atteint presque 22%, a rappelé le chef du Département de justice et police dans son allocution. Malgré ce chiffre élevé, il n'y a pas de conflits ouverts comme en France, a-t-il relevé. Il n'y a pas non plus de banlieues ghettos.
La Suisse ne peut pourtant pas accueillir tous ceux qui cherchent du travail, a estimé M. Blocher pour défendre la nouvelle loi sur les étrangers. Celle-ci règle les conditions nécessaires aux ressortissants non européens pour obtenir une autorisation de séjour. Elle permet également de lutter contre l'immigration et le séjour illégaux, a-t-il affirmé.
Il s'agit aussi de limiter les abus commis au nom de la tradition humanitaire, a poursuivi le Zurichois. Selon lui, la majorité des personnes demandant l'asile ne sont pas des réfugiés. "Un grand nombre d'entre eux souhaitent profiter du niveau de vie élevé de la Suisse. Ils vivent de l'aide sociale", a affirmé M. Blocher.
A ses yeux, le principal problème est que la majorité des demandeurs d'asile entrent en Suisse sans papiers d'identité en règle. La nouvelle loi sur l'asile veut les inciter à coopérer sous peine de non-entrée en matière. Le texte veut également favoriser l'intégration de ceux qui sont réellement persécutés.
Le conseiller fédéral était en pays conquis. La veille, le Conseil des Suisses de l'étranger (CSE), qui avait ouvert le congrès, s'était prononcé en faveur des deux nouvelles lois.

samedi 19 août 2006

Les chiffres savent aussi mentir

Editorial de Didier Estoppey, dans le Courrier

Christoph Blocher fait profil bas. Après avoir usé de méthodes de pitbull pour entrer au Conseil fédéral, le tribun de l'UDC se pare tout à coup de la dignité de sa charge. Et se dérobe de la plupart des débats télévisés auxquels il est invité à causer asile, prétextant que son devoir n'est pas de mener campagne, mais d'informer. Chiffres à l'appui.


La conférence de presse donnée hier par le conseiller fédéral pour commenter le «deuxième rapport annuel de monitoring NEM» offre un très bel exemple de la manière dont le magistrat et ses services savent utiliser les chiffres pour travestir les réalités et mener leur propagande. Argument choc de Christoph Blocher: la suppression de l'aide sociale, depuis avril 2004, aux requérants frappés de non-entrée en matière (NEM) n'a pas généré la hausse de la criminalité escomptée par certains. On peut donc sans crainte étendre ce régime sec à l'ensemble des requérants déboutés en acceptant la nouvelle loi sur l'asile le 24 septembre. On est heureux d'apprendre, venant de celui qui il y a peu encore menait campagne sur fond d'affiches nauséabondes faisant un lien direct entre couleur de peau et criminalité, qu'il n'y a désormais plus lieu de s'inquiéter.
Mais rien ne prouve, dans les chiffres avancés, que les requérants privés d'aide sociale ne doivent pas, pour survivre, recourir à quelques expédients prohibés par la loi. Le rapport se borne à constater «qu'aucune statistique ne prouve que la criminalité a augmenté». Et même s'il affirme que la proportion de «NEM» pincés par la police est moindre que pour l'ensemble des requérants, il n'avance aucun chiffre pour l'étayer.
Ce n'est là qu'une des multiples imprécisions ou contradictions du document. Le communiqué l'accompagnant va jusqu'à affirmer que le fait que deux tiers des requérants estampillés «NEM» n'aient jamais recouru à l'aide d'urgence est la preuve qu'ils ont quitté la Suisse, alors que Christoph Blocher a été obligé de reconnaître le contraire en conférence de presse: seuls 19% de ces requérants ont vu leur départ enregistré.
Le rapport, qui se félicite du caractère dissuasif du nouveau régime et met abusivement à son compte la diminution des requêtes –un phénomène observé dans toute l'Europe–, n'explique pas pourquoi, malgré un nombre de requérants estampillés NEM toujours plus bas, les demandes d'aide d'urgence sont toujours plus nombreuses. Ni pourquoi la durée de la même assistance –un phénomène qui ressort clairement du précédent rapport de monitoring, mais que le nouveau gomme curieusement– ne cesse d'augmenter.
Quant aux requérants qui renoncent à une telle aide, les explications sont multiples. Le rapport lui-même suggère que ceux qui craignent un renvoi préfèrent ne pas quémander, une assistance pouvant se résumer à un accompagnement dans un charter. Et affirme cyniquement que les délais toujours plus brefs dans lesquels sont prononcées les non-entrées en matière permettent souvent de rendre la décision exécutoire avant que le requérant ne soit attribué à un canton: «Cette manière de procéder réduit encore la probabilité que ces personnes sollicitent l'aide d'urgence dans les cantons.» CQFD, Monsieur Blocher.

Autosatisfaction de Blocher

24 Heures revient sur l'autosatisfaction du ministre du DFJP, qui tire un bilan positif de la situation de l'asile dans notre pays, deux ans après la suppression de l'aide sociale aux NEM.



A un mois des votations, Christoph Blocher tire un bilan positif de la suppression de l’aide sociale aux requérants frappés d’une non-entrée en matière. Le même jour, l’OSAR sort un rapport contradictoire.

Christoph Blocher s’en dé­fend. Mais à un mois des votations sur l’asile et sur les étrangers, le rapport publié hier n’est pas aussi inoffensif qu’il voudrait le faire croire. Le minis­tre UDC tire un bilan positif de la suppression de l’aide sociale aux requérants d’asile frappés d’une décision de non-entrée en ma­tière (NEM). Selon le conseiller fédéral, cette mesure — qui s’étendra à tous les requérants déboutés si la révision de la loi sur l’asile est acceptée par le peu­ple — n’a eu que des effets positifs depuis qu’elle est entrée en vi­gueur le 1er avril 2004.

42 millions économisés
Cela a permis de diminuer les dépenses de 42 millions de francs (sur 92 millions économisés en tout dans le domaine de l’asile), ainsi que le nombre de demandes d’asile. Sans pour autant débou­cher sur une explosion de la cri­minalité et sans que les personnes privées d’aide sociale ne sombrent dans la clandestinité, comme le redoutaient les milieux de l’asile. Pour Christoph Blocher, le fait que près des deux tiers des per­sonnes frappées de NEM n’auraient jamais demandé l’aide d’urgence est bien «la preuve qu’elles ont immédiatement ob­tempéré à leur obligation de quit­ter la Suisse». Une assertion jugée inepte par ces mêmes milieux de l’asile, qui estiment que ces per­sonnes pourraient aussi bien avoir disparu dans la nature.
En outre, selon le rapport de monitoring publié hier, le report de charges sur les cantons s’est fait sans douleur, les indemnités forfaitaires versées par la Confé­dération (passées de 600 francs à 1800 francs le 1er avril pour chaque personne bénéficiant de l’aide d’urgence) étant jugées suffisantes. Seuls les coûts struc­turels ont augmenté. Les can­tons ne sont pas aussi optimis­tes. Tant Vaud que Genève sont ainsi favorables à l’augmentation jusqu’à 6000 francs du forfait fédéral, en consultation. «Sur la durée, nous ne savons pas si nous allons pouvoir tenir avec les actuels 1800 francs», s’in­quiète Eric Etienne, directeur adjoint au Département gene­vois de la solidarité et de l’em­ploi. «Il y a là un gros point d’interrogation.» Le conseiller d’Etat vaudois Jean-Claude Mermoud, lui-même UDC, partage ces doutes. «La Con­fédération doit prendre en charge les coûts structurels», estime le magistrat. «On ne peut pas faire d’aide d’urgence sans structure, sans personnel. Or, les indemnités actuelles ne suffisent pas.» L’extension de la suppression de l’aide sociale à tous les requérants déboutés étant un des points cen­traux de la votation du 24 septem­bre, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) a également sorti hier son propre rapport. Le­quel conclut que l’accès à l’aide d’urgence n’est pas garanti partout — notamment dans les cantons de Schwyz, des Grisons et du Jura — et que la nature de cette aide varie fortement d’un canton à l’autre. Christoph Blocher a vertement fustigé ce rapport, qualifié de peu sérieux. «Le ton monte», note Yann Golay, porte-parole de l’OSAR. Et de renvoyer la balle. «Depuis que Christoph Blocher est là, les rapports de la Confédéra­tion sont devenus des instruments pour vendre la politique du gou­vernement.»

En constante hausse
Le nombre de personnes soumi­ses au nouveau régime ayant solli­cité l’aide d’urgence est en cons­tante augmentation, peut-on par ailleurs lire dans le rapport de monitoring. Elles étaient 908 au 1er trimestre 2006, contre 746 l’an­née précédente à la même période et 394 au 2e trimestre 2004, date de l’entrée en vigueur de la dispo­sition privant les NEM de l’aide sociale. Le canton de Vaud se dis­tingue en particulier: l’effectif des bénéficiaires de l’aide d’urgence est «monté en flèche», passant de 56 au 2e trimestre 2005 à 104 au 1er trimestre 2006. Cette progres­sion est la conséquence d’un arrêt du Tribunal administratif.

SUR LE MÊME SUJET:
  • Une politique d'asile qui n'a pas fini de diviser sur le site de Swissinfo (liens utiles, audio, rappel du contexte, avis de l'ONU sur la politique d'asile suisse, etc.)
  • Résumé du rapport contradictoire de l'OSAR: La pratique des cantons en matière d’exclusion de l’aide sociale demeure largement problématique. C’est ce qui ressort d’un nouveau rapport publié aujourd’hui par l’Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR). L’accès à une aide de première nécessité n’est pas partout garanti. Et la situation des personnes particulièrement vulnérables s’avère souvent intenable. L’OSAR appelle donc les cantons à respecter la dignité humaine. Elle rejette l’extension prévue de l’exclusion de l’aide sociale car cette mesure pousse les personnes qui en font l’objet dans l’illégalité et la misère et n’apporte aucune solution au retour des requérants d’asile déboutés.

  • Nothilfe im Asylbereich, le rapport de l'OSAR, 74 pages, en allemand
  • Asile: le bilan contesté de l'aide d'urgence : l'article que le Temps consacre à la satisfaction de M. Blocher

Le conseiller fédéral UDC était satisfait de pouvoir démentir les craintes de maintes Cassandre ( Keystone)


L'atmosphère n'est pas bonne

Le Conseil des Suisses de l'étranger dit oui à la loi sur l'asile (extraits de l'article paru sur Swissinfo)

Le Conseil des Suisses de l'étranger réuni à Bâle s'est prononcé de façon étonnamment claire en faveur de la loi sur l'asile. Un sujet soumis au peuple le 24 septembre prochain.

Le conseil des Suisses de l'étranger réuni à Bâle

( ... ) Vendredi, la discussion sur les nouvelles lois sur l'asile et les étrangers a suscité des interventions passionnées. Les opposants au double projet de loi ont constaté qu'elles représentent une rupture avec la tradition humanitaire de la Suisse. Certains ont aussi estimé que la détention en vue de renvoi, applicable aux jeunes également, n'est pas conforme aux règles onusiennes sur les droit de l'enfant.

Du côté des avis favorables, l'idée est de rendre la Suisse moins attractive pour les délinquants. Et de se donner les moyens de s'occuper des requérants d'asile qui en ont vraiment besoin. «C'est une responsabilité à l'égard des Suisses, on ne peut pas donner le message que le pays peut accueillir tout le monde», justifie Thérèse Meyer, présidente du groupe parlementaire des Suisses de l'étranger et députée démocrate chrétienne (PDC / centre droit).

( ... ) Au final, 38 délégués contre 26 ont appuyé les durcissements des lois sur l'asile et les étrangers. "C'est clair, l'atmosphère n'est pas bonne, expliquait après les débats Remo Gysing, député socialiste. J'attendais un résultat plus serré." ( ... )

Lire l'intégralité de l'article de Swissinfo

Un requérant débouté s’adresse au Parlement

Brève de

LAUSANNE Le député vert Luc Recordon a pris la défense de Gabriel Amisi (de son nom complet Rukeratabaro Gabriel-Pascal Amisi), un demandeur d’asile originaire de la République démocratique du Congo (RDC) dont la requête a été rejetée par Berne. Hier matin, il l’a accompagné au secrétariat du Grand Conseil vaudois afin de remettre au président Jean-Marie Surer un paquet de 1159 signatures s’opposant au renvoi du Congolais débouté.

vendredi 18 août 2006

Blocher satisfait des mesures prises


Deux ans après la suppression de l'aide sociale aux requérants d'asile frappés d'une décision de non entrée en matière (NEM), le ministre de la justice Christoph Blocher tire un bilan positif de la situation.


Lire la suite sur tsr.ch : article de fond, analyse du TJ

Le rapport du DFJP : "Le deuxième rapport annuel de monitoring NEM confirme l'efficacité des mesures mises en place et infirme les prédictions négatives redoutées."

Sur la RSR : archives audio et vidéo sur le sujet

Nous ne voterons pas sur des statistiques

Editorial de 24 heures par Thierry Meyer


SIGNE BURKI
ASILE: LA GUERRE DES CHIFFRES

La question des abus en matière d’asile, et celle de l’intégration des étrangers, au coeur de la votation cardinale du 24 septembre prochain, sont toutes deux propices aux affrontements chiffrés. Car entre admissions provisoires, chiffres mensuels, tendance à long terme et renvois définitifs, l’étalage des statistiques à disposition tient quasiment du supermarché où chacun, quelle que soit sa position, y trouve son compte.
Pas étonnant dès lors, dans le climat passionnel qui préside à cette campagne, que les deux camps brandissent péremptoirement des pourcentages contradictoires, en se
traitant mutuellement de menteurs et de manipulateurs. Les chiffres sont là pour lester une opinion, la marquer du sceau de la vérité vraie, rendre des arguments irréfutables. Et en matière de chiffres, la créativité des politiques, gouvernants compris, dépasse souvent celle des meilleurs fiscalistes… Il serait faux de nier tout impact statistique dans le débat sur l’asile et les étrangers. L’essor de l’UDC et de ses thèses s’est concrétisé sur fond de guerres yougoslaves et d’afflux de réfugiés vers la Suisse. Mais le fond de la question qui nous est posée le 24 septembre n’est pas là.
Conséquence d’un changement de la donne géopolitique, le reflux constant et massif du nombre des requérants d’asile, observé dans l’Europe entière depuis quelques années, ne saurait du reste servir de justification a posteriori d’un durcissement politique. Ni de disqualification automatique des révisions soumises au peuple le mois prochain.
Le scrutin du 24 septembre ne porte pas sur des chiffres, si importants soient-ils, mais sur un principe: la révision de la loi sur l’asile, en particulier, franchit-elle la
ligne de rouge de l’admissible en matière de traitement des êtres humains? Ou, à l’opposé, contribue-t-on à favoriser une immigration économique clandestine et hypocrite, bacille de drames en devenir, en votant non?
Aucun chiffre, aucun pourcentage ne parviendra à trancher ces interrogations essentielles. Les convaincus iront puiser là où ils trouveront confirmation de leurs perceptions réciproques. Et les indécis seront encore plus déroutés par l’abondance contradictoire des statistiques. Prêts à s’en remettre à leur émotion plutôt qu’à leur raison.

THIERRY
MEYER

Sur le même sujet, lire les développements de Caroline Zuercher: "L’abus d’arithmétique partisane pollue la campagne sur l’asile

Arithmétique partisane


L’abus d’arithmétique partisane pollue la campagne sur l’asile

Sur cent requérants, combien sont finalement accueillis par la Suisse? La question semble simple, mais les réponses sont multiples. Les chiffres sont-ils objec­tifs?
Les derniers épisodes de la campagne sur la loi sur l’asile semblent montrer le contraire. Suivant qu’ils se con­centrent sur le court ou le long terme, qu’ils comptabilisent ou non les personnes admises provi­soirement, partisans et oppo­sants du durcissement font dire aux statistiques officielles tout et son contraire. Une «guerre des chiffres», mise en évidence, hier, par l’ATS.
Tout est parti d’une lettre ouverte adressée par le conseiller national Claude Ruey aux mem­bres du comité bourgeois contre la loi sur l’asile, intitulée «L’arith­métique à Bonzon ou comment l’UDC abuse les citoyens». Le libé­ral vaudois n’a pas digéré les pro­pos tenus par la conseillère d’Etat UDC Rita Fuhrer, le 26 juillet lors d’une conférence à Berne. La Zu­richoise avait alors déclaré: «Nous sommes toujours confron­tés à quelque 10 000 nouvelles de­mandes d’asile par an dont 75% au moins sont abusives.» Sur le court ou sur le long terme? Faux, s’exclame Claude Ruey! Se basant sur les statistiques de l’Office fédéral des migrations (ODM), le Nyonnais affirme au contraire qu’«en 2005, 53,9% des demandes ont été au bénéfice d’admissions provisoires ou de la protection statutaire des réfu­giés ». Le Vaudois va encore plus loin en soulignant que, pour jan­vier à juin 2006, ce taux est de près de 70%. Conclusion du con­seiller national: «Ces chiffres sont accablants pour l’UDC qui per­siste à vouloir tromper le peuple en imaginant des abus et en les multipliant mensongèrement.» Rita Fuhrer n’était pas atteigna­ble, hier. «Je suis certain que ses chiffres sont corrects», souligne pour sa défense Simon Glauser, porte-parole adjoint de l’UDC. Alors, qui a raison? «Notre of­fice! » répond, à l’ODM, Brigitte Hauser. Selon cette porte-parole, tout dépend du regard porté sur les statistiques. Car si les chiffres de Claude Ruey sont corrects, il ne faudrait pas limiter l’analyse à la seule année 2005, «ce d’autant plus que, l’an dernier, nous avons connu des changements de la si­tuation dans les pays d’origine et dans la pratique de la Commis­sion suisse de recours en matière d’asile (CRA)». Avec ou sans admissions provisoires? Brigitte Hauser, dont l’Office dépend du Département de jus­tice et police, préfère donc pren­dre de la hauteur. Et sur le long terme, «un tiers des requérants, environ, obtiennent notre protec­tion (en tant que réfugié ou sous la forme d’une admission provi­soire, n.d.l.r.) », tranche-t-elle.
Mais il en faut plus pour dé­sarmer Claude Ruey! Tout en relevant la relative imprécision de cette déclaration, le libéral souligne que Rita Fuhrer, en utilisant le terme «toujours», «parle bien d’aujourd’hui et pas de la longue période». Les inter­prétations varient donc. Une autre preuve? «A fin juillet, 85% des requérants n’ont pas été reconnus comme réfugiés (sta­tistique depuis le début de l’an­née, n.d..r.) », souligne Brigitte Hauser. Dans une interview ac­cordée hier à L’Hebdo, l’an­cienne conseillère fédérale Ruth Dreifss évoque également ce pourcentage. Mais elle s’em­presse d’ajouter que beaucoup de personnes «reçoivent des permis humanitaires provisoi­res parce qu’elles courent des risques réels dans leur pays». Et même si leur situation ne ré­pond pas à la définition étroite du réfugié, ces gens sont «effec­tivement menacés». Au final, la socialiste se retrouve dans la même fourchette que Claude Ruey, en concluant que près de 50% de ceux qui frappent à nos frontières sont admis provisoi­rement ou définitivement.


CAROLINE ZUERCHER

Marketing politique décrypté

«Les chiffres cristallisent le débat et ne le font pas avancer»

Utiliser des chiffres en marketing politique? «Ce phénomène n’est pas spécifique à une formation. Ni en Suisse, ni ailleurs», précise le politologue tessinois Oscar Mazzoleni. Selon lui, l’UDC joue, dans la campagne actuelle, à la fois un rôle d’opposition et de parti gouvernemental. Et cela dans un contexte différent de celui des précédentes votations sur le même thème, puisque la majorité du Parlement et le Conseil fédéral soutiennent les lois soumises au peuple. «Cette ambivalence se retrouve dans l’usage des données officielles, poursuit Oscar Mazzoleni. En les utilisant, l’UDC montre sa volonté d’être crédible, de ne pas être accusée de parti qui s’érige purement et simplement contre les étrangers ou les requérants d’asile. En même temps, la façon de les manier tend à conforter la visée polémique qui est à la base de sa stratégie partisane.» 50%? 75%? 15%? Quel est le bon pourcentage? «Tout dépend de ce que l’on regarde. Répondre à cette question, c’est déjà choisir un camp», affirme Oscar Mazzoleni.
Seulement voilà: chaque partie se prétendant garante de l’objectivité, la guerre guette… Et au final, le débat n’avance pas.
«Au contraire, cela le cristallise, s’exclame le politologue. Les chiffres habillent d’une espèce d’image scientifique les arguments idéologiques qui prévalent actuellement. Cette sorte de guerre ajoute encore à la confusion, et n’aide pas les indécis à se faire une opinion.» C. Z.

Renvoi de requérants

"Pourquoi il est difficile de renvoyer certains requérants déboutés dans leur pays": prolonger la durée maximale de la détention des migrants en vue de leur expulsion ne s'avérera pas forcément très dissuasif. En revanche, la Suisse devrait multiplier les accords de réadmission et arrangements ponctuels.

Lire l'article de Valérie de Graffenried sur , ainsi que le courrier de lecteur de François de Vargas, intitulé "Aider les réfugiés?"