samedi 3 juin 2006
L'Appel genevois rejette des lois irresponsables
Lire l'article dans Le Courrier
«Voter deux fois non.» L'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss présidait hier le lancement de la campagne contre les lois sur l'asile et les étrangers. Selon les cinquante-six signataires de l'Appel genevois contre une politique migratoire irresponsable, la loi sur l'asile (LAsi) «créera plus de problèmes humains et sécuritaires qu'elle n'en résout». Quant à celle sur les étrangers (LEtr), elle reviendrait à «interdire dans les faits l'immigration non européenne». L'une des conséquences de l'adoption de ses deux objets, soumis à votation fédérale le 24 septembre prochain, serait «le maintien ou l'augmentation du nombre de clandestins en Suisse»
«Les personnalités signataires de l'Appel genevois viennent de tous les horizons politiques et culturels, et c'est parce qu'elles savent ce que responsabilité veut dire qu'elles luttent contre une politique migratoire irresponsable.» Selon MmeDreifuss, la loi sur les étrangers «condamne les ressortissants d'Amérique latine et d'Asie à la clandestinité». La loi sur l'asile, quant à elle, «viole l'esprit des engagements internationaux que la Suisse a pris dans ce domaine, avec des mesures de contraintes intolérables en termes de dignité humaine». Autre motif d'inquiétude pour MmeDreifuss, la privation de l'aide sociale, qui s'étendrait à tous les requérants dont la demande d'asile a été rejetée, «renvoie aux communes et aux cantons non seulement la charge financière de ces personnes, mais aussi les problèmes de sécurité qui peuvent naître de leur désespoir»
«Je m'oppose à ces deux lois.» Pour Martine Brunschwig Graf, conseillère nationale et ancienne conseillère d'Etat, «plusieurs points de ces nouvelles lois ne sont pas acceptables et vont à l'encontre du respect de la personne humaine». A commencer par la non-entrée en matière pour les requérants sans papier qui ne tient pas compte de «la difficulté, voire l'impossibilité d'en obtenir dans certains pays, et qui représente un refus de celles et ceux qui auraient le plus besoin de notre asile». L'impossibilité de régulariser les sans-papier ou la possibilité d'emprisonner des gens pendant deux ans sont, pour MmeBrunschwig Graf, inadmissibles. La conseillère nationale libérale a rappelé aussi que le Conseil d'État genevois s'était opposé unanimement aux mesures de contraintes, lors d'une déclaration officielle, en 1994 déjà
«Voter deux fois non.» L'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss présidait hier le lancement de la campagne contre les lois sur l'asile et les étrangers. Selon les cinquante-six signataires de l'Appel genevois contre une politique migratoire irresponsable, la loi sur l'asile (LAsi) «créera plus de problèmes humains et sécuritaires qu'elle n'en résout». Quant à celle sur les étrangers (LEtr), elle reviendrait à «interdire dans les faits l'immigration non européenne». L'une des conséquences de l'adoption de ses deux objets, soumis à votation fédérale le 24 septembre prochain, serait «le maintien ou l'augmentation du nombre de clandestins en Suisse»
«Les personnalités signataires de l'Appel genevois viennent de tous les horizons politiques et culturels, et c'est parce qu'elles savent ce que responsabilité veut dire qu'elles luttent contre une politique migratoire irresponsable.» Selon MmeDreifuss, la loi sur les étrangers «condamne les ressortissants d'Amérique latine et d'Asie à la clandestinité». La loi sur l'asile, quant à elle, «viole l'esprit des engagements internationaux que la Suisse a pris dans ce domaine, avec des mesures de contraintes intolérables en termes de dignité humaine». Autre motif d'inquiétude pour MmeDreifuss, la privation de l'aide sociale, qui s'étendrait à tous les requérants dont la demande d'asile a été rejetée, «renvoie aux communes et aux cantons non seulement la charge financière de ces personnes, mais aussi les problèmes de sécurité qui peuvent naître de leur désespoir»
«Je m'oppose à ces deux lois.» Pour Martine Brunschwig Graf, conseillère nationale et ancienne conseillère d'Etat, «plusieurs points de ces nouvelles lois ne sont pas acceptables et vont à l'encontre du respect de la personne humaine». A commencer par la non-entrée en matière pour les requérants sans papier qui ne tient pas compte de «la difficulté, voire l'impossibilité d'en obtenir dans certains pays, et qui représente un refus de celles et ceux qui auraient le plus besoin de notre asile». L'impossibilité de régulariser les sans-papier ou la possibilité d'emprisonner des gens pendant deux ans sont, pour MmeBrunschwig Graf, inadmissibles. La conseillère nationale libérale a rappelé aussi que le Conseil d'État genevois s'était opposé unanimement aux mesures de contraintes, lors d'une déclaration officielle, en 1994 déjà
Deux frères yéménites craignent un retour vers la mort
Lire l'article de Didier Estoppey dans le Courrier
Réfugiés en Suisse depuis cinq ans, deux requérants sous le coup d'une décision de renvoi lancent un SOS: ils sont persuadés d'être passibles de la peine de mort pour avoir livré des informations aux autorités américaines.
Réfugiés en Suisse depuis cinq ans, deux requérants sous le coup d'une décision de renvoi lancent un SOS: ils sont persuadés d'être passibles de la peine de mort pour avoir livré des informations aux autorités américaines.
Départ du père Jean-Pierre Barbey
Voici une brève dans 24heures:
Les réfugiés en détresse habitués du Point d'Appui des Eglises de la rue César-Roux, à Lausanne, n'y seront plus reçus par le Père Jean-Pierre Barbey. Le médiateur Eglises-réfugiés quittera l'Espace multiculturel en juillet prochain, après quatre ans de présence. Auparavant, il avait été aumônier au Centre d'enregistrement des requérants d'asile de Vallorbe. Dès l'automne prochain, Jean-Pierre Barbey animera le Centre de prière et d'accueil à venir dans l'ancien couvent des capucins de Bulle. Un successeur sera nommé prochainement.
Les réfugiés en détresse habitués du Point d'Appui des Eglises de la rue César-Roux, à Lausanne, n'y seront plus reçus par le Père Jean-Pierre Barbey. Le médiateur Eglises-réfugiés quittera l'Espace multiculturel en juillet prochain, après quatre ans de présence. Auparavant, il avait été aumônier au Centre d'enregistrement des requérants d'asile de Vallorbe. Dès l'automne prochain, Jean-Pierre Barbey animera le Centre de prière et d'accueil à venir dans l'ancien couvent des capucins de Bulle. Un successeur sera nommé prochainement.
Chroniques du racisme ordinaire
Lire dans le Journal du Jura en ligne
Voici l'interview d'Innocent Naki:
Le journaliste fribourgeois Innocent Naki publie les récits de cinq Suissesses qui ont épousé des Africains. Loin de taire les difficultés auxquelles elles sont confrontées, elles mènent une lutte sans merci contre les préjugés. Rencontre.
Propos recueillis par Isabelle Graber
Papa de deux enfants, le journaliste et écrivain Innocent Naki a longtemps vécu à Soleure. Un séjour qui a inspiré son premier livre, «La Suisse, les étrangers et les Noirs» (Editions de l'Aire), dans lequel l'auteur d'origine ivoirienne fustigeait notamment la politique menée par le chef de la police biennoise. Depuis près d'un an, Innocent Naki réside à Marly, près de Fribourg.
Son second ouvrage regroupe les témoignages d'Ariane, Claudia, Gaby, Elisabeth et Brigitte, cinq Suissesses qui partagent leur vie avec un Africain. Sincères, sans concession, ces récits publiés sous forme d'entretiens dressent le portrait d'une Suisse plurielle, paradoxale. L'exemple de Brigitte est parlant à plus d'un titre: originaire de Granges, la jeune femme habite Brügg depuis un an. Après avoir sombré dans l'enfer de la drogue, elle a été confrontée à d'importantes difficultés financières. En 2004, elle rencontre Barry, un jeune Guinéen qui vit à Bienne. Le couple se marie religieusement, mais il n'aura pas le temps de passer devant l'officier d'état civil: au moment où son livre passait sous presse, Innocent Naki a appris que Barry avait été expulsé du territoire suisse car il était soupçonné de trafic de cocaïne.
L'écrivain se refuse à porter tout jugement: il expose sans tabou les difficultés qui peuvent naître des différences culturelles de deux partenaires. Vibrant plaidoyer en faveur de la tolérance, son livre met en exergue la terrible violence institutionnelle à laquelle se heurtent de nombreux couples mixtes en Suisse.
Une réalité qui interpelle également le sociologue et homme politique Jean Ziegler, qui signe la préface de «Métissage culturel». «Notre société n'échappe plus aux ravages du racisme, note Jean Ziegler. La politique ouvertement et constamment xénophobe de l'UDC et de son conseiller fédéral Christoph Blocher contribue puissamment à cette évolution néfaste. Le refus dans les urnes de la nouvelle législation xénophobe contre le droit d'asile proposée par le Conseil fédéral est une exigence urgente.» Selon Jean Ziegler, Innocent Naki ouvre de nouvelles perspectives: «Contre les replis grincheux et pleins de haine, il donne accès au monde merveilleux du partage des origines et des cultures.»
- Innocent Naki, comment l'idée de ce livre est-elle née?
- Vous savez, c'est le réalisateur Michael Moore qui disait: «L'ignorance mène à la peur et la peur entraîne vers la violence.» Mettre à la disposition de la population suisse un outil qui lui permette de connaître de la meilleure des façons les méandres de notre cohabitation physique et culturelle me semble d'une importance absolue. En plus de cela, les votations de septembre prochain donneront une nouvelle occasion à certains idéologues de pondre de grandes théories, sans forcément savoir ce qu'est l'angoisse d'un étranger en attente d'une autorisation d'établissement. Ecoutons celles qui partagent leur quotidien, elles s'expriment si bien!
- Jean Ziegler signe la préface de votre ouvrage...
- Immense intellectuel, mais aussi homme d'engagement et de terrain, Jean Ziegler est pour moi la parfaite image de la Suisse décomplexée car sévère envers elle-même et envers les autres. Lorsqu'il a pris connaissance de ce livre et de la diversité de son apport sociologique, il a tout de suite accepté d'en signer la préface. Et quelle préface!
- Malgré le caractère dramatique de certains témoignages, vous adoptez un ton résolument positif. Pourquoi?
- Ces Suissesses qui me font l'honneur de partager leur expérience dans ce livre adoptent effectivement un ton positif. Un livre qui montre des couples mixtes exclusivement heureux serait faux et ennuyeux. C'est pourquoi, sans tomber dans l'angélisme, ni pour autant peindre un tableau sombre à l'extrême, j'ai fait le choix d'une palette diversifiée. Au-delà de cette diversité qui m'importait au moment de mon choix, il y a surtout la dignité de leurs propos. Une véritable lueur d'espoir et une forte valeur éducative pour les plus jeunes.
- Les cinq jeunes femmes que vous avez rencontrées proviennent de toute la Suisse. L'une d'entre elles, Brigitte, réside à Brügg. Et son témoignage est particulièrement poignant...
- Brigitte est une lionne. Une vraie combattante qui a donné tout ce qu'elle pouvait donner pour vivre avec son Guinéen d'amoureux. Ce jeune homme lui fut pourtant arraché par la police biennoise pour une trouble accusation de trafic de drogue. Vous savez, j'ai accompagné cette femme lors de certaines de ces visites en prison où elle retrouvait celui qu'elle voulait comme époux. Je peux vous dire qu'elle a un cœur en or. La suite de leur idylle est effrayante...
- Le témoignage de Brigitte met en exergue le climat très particulier qui règne à Bienne, une situation à laquelle vous vous étiez déjà intéressé dans votre précédent ouvrage. Selon vous, l'attitude de la police biennoise - mais aussi de la population face à la communauté africaine - a-t-elle évolué au cours des deux dernières années?
- Disons que la population est plus informée et les Biennois n'ont plus l'intention de laisser passer des violences policières injustifiées que subissent encore certaines minorités visibles. Du coup, l'irascible chef de la police locale, Jürg Scherrer semble avoir troqué son langage ordurier contre des formules convenant à sa fonction. Est-ce une accalmie de façade? La vigilance doit rester de mise car un autre phénomène bat son plein à Bienne, il s'agit de la confiscation systématique, par la police, des téléphones portables appartenant à des individus ayant pour tort de demander l'asile en Suisse.
- Lors de sa visite dans notre pays en janvier dernier, le rapporteur de l'ONU sur le racisme, Doudou Diène, avait relevé «la situation de racisme, de xénophobie et de discrimination» que connaît la Suisse.
- Le racisme que dénonçait Doudou Diène fut brillamment mis en exergue par Roman Jäggi, porte-parole de l'UDC, qui estimait que tout rapporteur de l'ONU avait le droit de porter un avis sur la Suisse, à condition qu'il ne soit pas Noir ou Africain. Edifiant, n'est-ce pas?
- A Bienne - comme dans d'autres villes de Suisse et d'Europe - la population africaine souffre de la stigmatisation dont elle est victime, les Noirs étant trop souvent assimilés à des trafiquants de drogue. Comment lutter contre ce phénomène?
- D'abord l'idée reçue selon laquelle «Africain égale trafiquant de drogue» n'est pas aussi flagrante dans les autres pays occidentaux. Le démagogue vous dira que les Africains de Suisse doivent éliminer leur minorité délinquante pour mériter le respect. La vérité est que personne ne demande aux Occidentaux se rendant en Thaïlande de se défaire de leur minorité pédophile pour mériter leur honorabilité. Je suis d'ailleurs en train de préparer un livre entièrement consacré à cette fâcheuse équation.
- Vous avez donc un troisième livre sur le gril?
- Tout à fait. Il me semble essentiel de séparer le fantasme du réel dans cette triste litanie qu'entonnent nos idéologues locaux en parlant de la criminalité des Noirs en Suisse. Il s'agirait d'apporter des faits précis, des chiffres et une analyse de la criminalité dans son ensemble en Suisse, pour une meilleure perception de celle commise par des étrangers. Vous me demandiez comment lutter contre cette image, moi j'ai toujours fait le choix de la communication. Souvenez-vous de la citation de Michael Moore; les voisins qui prennent la peine de communiquer très franchement ont plus de chances de se comprendre et donc de pacifier leur cohabitation. C'est à nous, tous ensemble, de faire ce chemin. Je m'y engage et à en juger par l'accueil du public lors du dernier Salon du livre de Genève, la population suisse aussi. Je ne suis donc pas inquiet pour demain.
I. G.
Innocent Naki, «Métissage culturel, regards de femmes», Editions Swiss métis.
Voici l'interview d'Innocent Naki:
Le journaliste fribourgeois Innocent Naki publie les récits de cinq Suissesses qui ont épousé des Africains. Loin de taire les difficultés auxquelles elles sont confrontées, elles mènent une lutte sans merci contre les préjugés. Rencontre.
Propos recueillis par Isabelle Graber
Papa de deux enfants, le journaliste et écrivain Innocent Naki a longtemps vécu à Soleure. Un séjour qui a inspiré son premier livre, «La Suisse, les étrangers et les Noirs» (Editions de l'Aire), dans lequel l'auteur d'origine ivoirienne fustigeait notamment la politique menée par le chef de la police biennoise. Depuis près d'un an, Innocent Naki réside à Marly, près de Fribourg.
Son second ouvrage regroupe les témoignages d'Ariane, Claudia, Gaby, Elisabeth et Brigitte, cinq Suissesses qui partagent leur vie avec un Africain. Sincères, sans concession, ces récits publiés sous forme d'entretiens dressent le portrait d'une Suisse plurielle, paradoxale. L'exemple de Brigitte est parlant à plus d'un titre: originaire de Granges, la jeune femme habite Brügg depuis un an. Après avoir sombré dans l'enfer de la drogue, elle a été confrontée à d'importantes difficultés financières. En 2004, elle rencontre Barry, un jeune Guinéen qui vit à Bienne. Le couple se marie religieusement, mais il n'aura pas le temps de passer devant l'officier d'état civil: au moment où son livre passait sous presse, Innocent Naki a appris que Barry avait été expulsé du territoire suisse car il était soupçonné de trafic de cocaïne.
L'écrivain se refuse à porter tout jugement: il expose sans tabou les difficultés qui peuvent naître des différences culturelles de deux partenaires. Vibrant plaidoyer en faveur de la tolérance, son livre met en exergue la terrible violence institutionnelle à laquelle se heurtent de nombreux couples mixtes en Suisse.
Une réalité qui interpelle également le sociologue et homme politique Jean Ziegler, qui signe la préface de «Métissage culturel». «Notre société n'échappe plus aux ravages du racisme, note Jean Ziegler. La politique ouvertement et constamment xénophobe de l'UDC et de son conseiller fédéral Christoph Blocher contribue puissamment à cette évolution néfaste. Le refus dans les urnes de la nouvelle législation xénophobe contre le droit d'asile proposée par le Conseil fédéral est une exigence urgente.» Selon Jean Ziegler, Innocent Naki ouvre de nouvelles perspectives: «Contre les replis grincheux et pleins de haine, il donne accès au monde merveilleux du partage des origines et des cultures.»
- Innocent Naki, comment l'idée de ce livre est-elle née?
- Vous savez, c'est le réalisateur Michael Moore qui disait: «L'ignorance mène à la peur et la peur entraîne vers la violence.» Mettre à la disposition de la population suisse un outil qui lui permette de connaître de la meilleure des façons les méandres de notre cohabitation physique et culturelle me semble d'une importance absolue. En plus de cela, les votations de septembre prochain donneront une nouvelle occasion à certains idéologues de pondre de grandes théories, sans forcément savoir ce qu'est l'angoisse d'un étranger en attente d'une autorisation d'établissement. Ecoutons celles qui partagent leur quotidien, elles s'expriment si bien!
- Jean Ziegler signe la préface de votre ouvrage...
- Immense intellectuel, mais aussi homme d'engagement et de terrain, Jean Ziegler est pour moi la parfaite image de la Suisse décomplexée car sévère envers elle-même et envers les autres. Lorsqu'il a pris connaissance de ce livre et de la diversité de son apport sociologique, il a tout de suite accepté d'en signer la préface. Et quelle préface!
- Malgré le caractère dramatique de certains témoignages, vous adoptez un ton résolument positif. Pourquoi?
- Ces Suissesses qui me font l'honneur de partager leur expérience dans ce livre adoptent effectivement un ton positif. Un livre qui montre des couples mixtes exclusivement heureux serait faux et ennuyeux. C'est pourquoi, sans tomber dans l'angélisme, ni pour autant peindre un tableau sombre à l'extrême, j'ai fait le choix d'une palette diversifiée. Au-delà de cette diversité qui m'importait au moment de mon choix, il y a surtout la dignité de leurs propos. Une véritable lueur d'espoir et une forte valeur éducative pour les plus jeunes.
- Les cinq jeunes femmes que vous avez rencontrées proviennent de toute la Suisse. L'une d'entre elles, Brigitte, réside à Brügg. Et son témoignage est particulièrement poignant...
- Brigitte est une lionne. Une vraie combattante qui a donné tout ce qu'elle pouvait donner pour vivre avec son Guinéen d'amoureux. Ce jeune homme lui fut pourtant arraché par la police biennoise pour une trouble accusation de trafic de drogue. Vous savez, j'ai accompagné cette femme lors de certaines de ces visites en prison où elle retrouvait celui qu'elle voulait comme époux. Je peux vous dire qu'elle a un cœur en or. La suite de leur idylle est effrayante...
- Le témoignage de Brigitte met en exergue le climat très particulier qui règne à Bienne, une situation à laquelle vous vous étiez déjà intéressé dans votre précédent ouvrage. Selon vous, l'attitude de la police biennoise - mais aussi de la population face à la communauté africaine - a-t-elle évolué au cours des deux dernières années?
- Disons que la population est plus informée et les Biennois n'ont plus l'intention de laisser passer des violences policières injustifiées que subissent encore certaines minorités visibles. Du coup, l'irascible chef de la police locale, Jürg Scherrer semble avoir troqué son langage ordurier contre des formules convenant à sa fonction. Est-ce une accalmie de façade? La vigilance doit rester de mise car un autre phénomène bat son plein à Bienne, il s'agit de la confiscation systématique, par la police, des téléphones portables appartenant à des individus ayant pour tort de demander l'asile en Suisse.
- Lors de sa visite dans notre pays en janvier dernier, le rapporteur de l'ONU sur le racisme, Doudou Diène, avait relevé «la situation de racisme, de xénophobie et de discrimination» que connaît la Suisse.
- Le racisme que dénonçait Doudou Diène fut brillamment mis en exergue par Roman Jäggi, porte-parole de l'UDC, qui estimait que tout rapporteur de l'ONU avait le droit de porter un avis sur la Suisse, à condition qu'il ne soit pas Noir ou Africain. Edifiant, n'est-ce pas?
- A Bienne - comme dans d'autres villes de Suisse et d'Europe - la population africaine souffre de la stigmatisation dont elle est victime, les Noirs étant trop souvent assimilés à des trafiquants de drogue. Comment lutter contre ce phénomène?
- D'abord l'idée reçue selon laquelle «Africain égale trafiquant de drogue» n'est pas aussi flagrante dans les autres pays occidentaux. Le démagogue vous dira que les Africains de Suisse doivent éliminer leur minorité délinquante pour mériter le respect. La vérité est que personne ne demande aux Occidentaux se rendant en Thaïlande de se défaire de leur minorité pédophile pour mériter leur honorabilité. Je suis d'ailleurs en train de préparer un livre entièrement consacré à cette fâcheuse équation.
- Vous avez donc un troisième livre sur le gril?
- Tout à fait. Il me semble essentiel de séparer le fantasme du réel dans cette triste litanie qu'entonnent nos idéologues locaux en parlant de la criminalité des Noirs en Suisse. Il s'agirait d'apporter des faits précis, des chiffres et une analyse de la criminalité dans son ensemble en Suisse, pour une meilleure perception de celle commise par des étrangers. Vous me demandiez comment lutter contre cette image, moi j'ai toujours fait le choix de la communication. Souvenez-vous de la citation de Michael Moore; les voisins qui prennent la peine de communiquer très franchement ont plus de chances de se comprendre et donc de pacifier leur cohabitation. C'est à nous, tous ensemble, de faire ce chemin. Je m'y engage et à en juger par l'accueil du public lors du dernier Salon du livre de Genève, la population suisse aussi. Je ne suis donc pas inquiet pour demain.
I. G.
Innocent Naki, «Métissage culturel, regards de femmes», Editions Swiss métis.
vendredi 2 juin 2006
La peau dure de Doris Leuthard
Le Temps - Courrier des lecteurs
Les gens manquent d'informations sur cette loi», explique Doris Leuthard dans l'interview parue dans Le Temps du 29 mai, au sujet de la position du Parti démocrate chrétien (PDC) sur l'asile et les étrangers. Or, non seulement nous connaissons les dispositions sur lesquelles le peuple se prononcera le 24 septembre, mais nous constatons, au jour le jour, les ravages provoqués par la politique helvétique. Des ravages qui seront encore aggravés par les nouveaux durcissements. Si les Eglises, entre autres, s'opposent à ces mesures, c'est parce qu'elles reçoivent, par leurs membres présents sur le terrain, des «informations» sur les souffrances inutilement infligées aux requérants d'asile et autres migrants. Les «poux» que, selon MmeLeuthard, nous rechercherions à la loi, sont, en réalité, de redoutables crocodiles qui blessent avec cruauté.
Ce qui fait sans doute défaut à Mme Leuthard et aux siens, c'est justement cette proximité avec les personnes touchées par les lois votées par son parti. «Je pense avoir la peau dure», se vante MmeLeuthard. C'est aussi leur «peau dure» qui permet au prêtre et au lévite de la parabole du bon Samaritain de «passer à bonne distance» de l'homme laissé à moitié mort par des bandits. Le prochain, c'est celui dont nous nous approchons, dit Jésus par cette parabole. Libre au PDC de «faire une politique pragmatique». Mais alors, qu'il ait la pudeur de supprimer le C de son nom! Sa position révèle une ignorance aussi bien de la détresse des requérants d'asile et des migrants que de la foi chrétienne.
Michel Bavarel Meyrin
Les gens manquent d'informations sur cette loi», explique Doris Leuthard dans l'interview parue dans Le Temps du 29 mai, au sujet de la position du Parti démocrate chrétien (PDC) sur l'asile et les étrangers. Or, non seulement nous connaissons les dispositions sur lesquelles le peuple se prononcera le 24 septembre, mais nous constatons, au jour le jour, les ravages provoqués par la politique helvétique. Des ravages qui seront encore aggravés par les nouveaux durcissements. Si les Eglises, entre autres, s'opposent à ces mesures, c'est parce qu'elles reçoivent, par leurs membres présents sur le terrain, des «informations» sur les souffrances inutilement infligées aux requérants d'asile et autres migrants. Les «poux» que, selon MmeLeuthard, nous rechercherions à la loi, sont, en réalité, de redoutables crocodiles qui blessent avec cruauté.
Ce qui fait sans doute défaut à Mme Leuthard et aux siens, c'est justement cette proximité avec les personnes touchées par les lois votées par son parti. «Je pense avoir la peau dure», se vante MmeLeuthard. C'est aussi leur «peau dure» qui permet au prêtre et au lévite de la parabole du bon Samaritain de «passer à bonne distance» de l'homme laissé à moitié mort par des bandits. Le prochain, c'est celui dont nous nous approchons, dit Jésus par cette parabole. Libre au PDC de «faire une politique pragmatique». Mais alors, qu'il ait la pudeur de supprimer le C de son nom! Sa position révèle une ignorance aussi bien de la détresse des requérants d'asile et des migrants que de la foi chrétienne.
Michel Bavarel Meyrin
Une mère Camrounaise perd son combat contre la police
Le Temps - régions
Le Tribunal a estimé que les violences et propos racistes dénoncés ont été inventés.
Le Tribunal a estimé que les violences et propos racistes dénoncés ont été inventés.
Jacques Neirynck: "c'est une loi nazie !"

Lire dans la Liberté
Lire l'interview réalisée par Michael Rodriguez
Jacques Neirynck juge que le PDC a fait une erreur politique en soutenant les lois sur l'asile et les étrangers. Il évoque aussi les visées de son parti au Conseil d'Etat.
Parmi les personnalités politiques qui donnaient mercredi le coup d'envoi à la campagne du comité vaudois contre les lois fédérales sur l'asile et les étrangers, il était le seul à ne pas être de gauche. Mais l'ancien conseiller national Jacques Neirynck n'en a cure. Président d'honneur d'un PDC vaudois minuscule, cet écrivain et professeur honoraire de l'EPFL sait ce qu'être minoritaire veut dire. La section vaudoise de son parti est, avec ses cousines genevoise, neuchâteloise et jurassienne, l'une des rares à prôner le «non» au durcissement de la politique d'asile et d'immigration. Entretien avec un homme qui verrait bien le PDC relever, au Conseil d'Etat vaudois, les défis démographiques et énergétiques actuels.
Qu'est-ce qui motive votre engagement contre les lois sur l'asile et les étrangers?
Jacques Neirynck: - Des tas de raisons humanitaires, mais aussi des raisons «pratiques». La loi sur les étrangers de 1931 était passablement dure: elle a quand même permis d'envoyer 15 000 juifs à la mort durant la Seconde Guerre mondiale. Et on la renforce encore! Un exemple: actuellement, les pénalités pour un Suisse qui dissimule un étranger en situation illégale se montent à quelques milliers de francs ou quelques mois de prison. Avec la nouvelle loi, la sanction pourra atteindre un demi-million de francs et cinq ans de prison. La notion de «motif honorable», qui pouvait légitimer un tel acte, a aussi été supprimée. On part donc du principe que cacher un étranger est déshonorant. C'est une loi nazie! Elle est faite pour décourager les paroisses qui, comme dans le canton de Vaud, ont accueilli des étrangers menacés de renvoi.
Il y a aussi un autre point, dont je me suis entretenu avec le président de l'EPFL Patrick Aebischer. Aujourd'hui, les étudiants étrangers qui obtiennent un doctorat en Suisse, souvent après 7, 8 ou 10 ans d'études, sont expulsés dans les quinze jours. J'avais déposé une motion, adoptée par le Conseil national, pour qu'ils reçoivent désormais un permis de séjour. Or, avec la nouvelle loi, on n'acceptera des étudiants étrangers que dans la mesure où on est sûr qu'ils vont quitter la Suisse après. Il faut vraiment être intoxiqué par une peur panique des étrangers pour voter ces deux lois! L'intention dont elles procèdent, c'est d'arriver à «zéro immigration».
Comment expliquez-vous que le PDC suisse les ait soutenues aussi massivement?
Il faut quand même souligner que lors de notre assemblée à Coire, tous les Romands, y compris Fribourgeois et Valaisans, s'y sont opposés. C'est la main de Doris Leuthard (présidente du PDC suisse et candidate au Conseil fédéral, ndlr) qui a fait que, malgré tout, ces deux lois ont été massivement acceptées. Autant j'ai une estime énorme pour Doris Leuthard, autant je pense qu'elle a fait là une erreur politique, qui sera reprochée lourdement au PDC à l'avenir.
Votre parti est-il à ce point déboussolé?
Oui. C'est un parti assiégé, qui ne peut pas se permettre de baisser lors des prochaines élections fédérales. Comme la fascination exercée par l'UDC joue beaucoup plus fort en Suisse alémanique, la présidence a vite fait son calcul. Cette stratégie peut, à court terme, s'avérer payante sur le plan électoral du côté alémanique, mais elle est incohérente avec la doctrine du parti, en particulier dans le domaine familial. La nouvelle loi sur les étrangers n'autorise plus le regroupement familial pour les enfants au-delà de douze ans, c'est inadmissible!
Le débat sur les «523» requérants d'asile déboutés dans le canton de Vaud peut-il contribuer progressivement à une prise de conscience plus large?
Oui, tout à fait. Il y a eu dans le canton de Vaud un véritable mouvement populaire. Les gens connaissent les requérants en question, ils sont là depuis dix ans. Le peuple a résisté et, finalement, le Conseil d'Etat n'a pas forcé la main. Si les deux lois xénophobes sur l'asile et les étrangers sont acceptées le 24septembre, les cantons romands feront de la résistance.
Le PDC vaudois a l'intention de présenter un candidat au Conseil d'Etat. Qu'a-t-il à apporter d'autre que, par exemple, les radicaux?
J'ai beaucoup de sympathie pour les radicaux, mais ils sont usés. Cela fait un siècle et demi qu'ils sont au pouvoir, c'est normal. Nous sommes un parti du centre. Et non pas du centre droit: ça ne veut rien dire. Le PDC ne fonctionne pas sur la base d'une idéologie.
Concrètement, sur quels dossiers le PDC veut-il agir?
D'abord sur le problème démographique. Le maintien d'une pyra- mide des âges correcte passe par une vraie politique familiale, et une politique d'immigration positive. Un deuxième enjeu serait de se préparer à l'épuisement des réserves de pétrole dans dix ou vingt ans. La loi sur l'énergie que vient d'adopter le Grand Conseil vaudois est d'une timidité! On pourrait chauffer des villes entières avec des pompes à chaleur, com- me c'est déjà le cas à l'EPFL. Et puis rouler dans des bagnoles comme on le fait maintenant, ça ne sera plus possible. Il est urgent de développer les carburants alternatifs et les transports publics.
l'UE va supprimer les visas Schengen pour les permis B et C
Lire la dépêche de l'ATS
Les étrangers résidant en Suisse au bénéfice d'un permis B ou C n'auront plus besoin d'un visa de transit pour voyager dans l'espace Schengen. Les ministres de la justice de l'UE ont décidé de lever cette obligation avant la mi-juillet.
Les étrangers résidant en Suisse au bénéfice d'un permis B ou C n'auront plus besoin d'un visa de transit pour voyager dans l'espace Schengen. Les ministres de la justice de l'UE ont décidé de lever cette obligation avant la mi-juillet.
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