Lire cette brève analyse dans 24heures
Après l’annonce du Conseil d’Etat de poursuivre les renvois systématiques, les partis politiques de gauche sont restés silencieux.
En déclarant jeudi vouloir «tarir la source» du travail au noir, les conseillers d’Etat Jacqueline Maurer et Jean-Claude Mermoud ont été clairs: les patrons indélicats seront sévèrement punis et aucune régularisation collective des clandestins n’est envisageable. Certes, comme le reconnaissait la ministre de l’Economie, «il n’y a pas grand-chose de nouveau sous le soleil». Les milieux politiques de gauche sont toutefois restés pour le moins silencieux. Seul à réagir, le Collectif vaudois de soutien aux sans-papiers a réaffirmé hier sa volonté d’une régularisation collective des quelque 12 000 à 15 000 sans-papiers du canton.
Lâchés par la gauche, les clandestins? Au Parti socialiste vaudois, on qualifie l’annonce faite par les ministres radicaux et UDC de «pure opération électoraliste». Un avis qui fait écho chez les Verts et les popistes. Pas de désintérêt pour la cause des sans-papiers, mais la nécessité d’affiner une stratégie commune, assure-t-on. Cesla Amarelle, vice-présidente du PSV: «Le Conseil d’Etat multiplie les effets d’annonce. Dans le cas de renvois forcés, nous nous prononcerons au cas par cas.» Si les violons doivent encore s’accorder, tous sont unanimes sur un point: le Conseil d’Etat veut avant tout faire figure de bon élève à Berne, où il négocie actuellement le dossier des «523» requérants déboutés.
samedi 18 mars 2006
J'ai découvert en Suisse un racisme profond�

Lire l'interview de Doudou Diene dans le Courrier
Le rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme, Doudou Diène, livre ses premières conclusions après sa visite en Suisse, en janvier dernier.
C'est une première: la Suisse a eu l'honneur de recevoir, début janvier, la visite du rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme, Doudou Diène. Un honneur auquel tout le monde n'a pas été sensible: réagissant à la visite, un porte-parole de l'UDC avait ainsi défrayé la chronique en estimant que la Suisse n'avait pas de leçon à recevoir d'un Sénégalais... Il faut dire que ses constats, qui seront présentés sous forme provisoire la semaine prochaine devant la Commission des droits de l'homme avant de faire l'objet d'un rapport plus volumineux, sont plutôt sévères pour la Suisse. Rencontre avec un homme qui ne mâche pas ses mots.
Pourquoi avoir choisi la Suisse pour votre première visite européenne?
-Ma première destination européenne devait être l'Italie, mais ma visite a été repoussée en raison de la campagne électorale. Après une dizaine de visites sur les autres continents, je me devais de m'intéresser à l'Europe: de nombreuses allégations y font état d'une nette recrudescence du racisme.
Quant à la Suisse, mon intérêt a été plus particulièrement éveillé par les nombreuses votations qui s'y sont tenues sur la question des étrangers. Votre démocratie directe est en soi une bonne chose, mais le fait que ce sujet revienne aussi régulièrement en votation ne doit pas vous interdire de vous interroger. D'autant que certaines plates-formes xénophobes occupent largement ce terrain. J'ai ainsi été particulièrement frappé, lors de la campagne sur la naturalisation facilitée en 2004, par ces affiches où l'on voyait des mains brunes et crochues chercher à s'emparer de passeports suisses.
Votre visite est-elle venue confirmer vos craintes?
-Oui. Je dirais que le racisme est profond en Suisse. C'est un phénomène quotidien et structurel. La Suisse est pourtant un pays qui a su se construire sur la diversité culturelle, qui l'a réussie. Mais elle peine visiblement à faire face à une nouvelle diversité extra-européenne. Les autorités reconnaissent d'ailleurs le problème, même si elles le relativisent. C'est le cas du conseiller Pascal Couchepin, que j'ai rencontré.
J'ai aussi rencontré son collègue Blocher. Lui nie tout problème. Une des causes profondes du racisme, c'est sa banalisation. Ce qui m'inquiète dans votre pays, c'est une tendance à voir les idées provenant de la droite la plus extrémiste reprises par la droite traditionnelle. La Suisse me paraît aussi manquer de l'arsenal législatif propre à lutter contre les discriminations.
Ceci étant, j'ai aussi noté des tendances positives. De nombreuses initiatives existent au plan local ou cantonal pour combattre le racisme. La Suisse s'est aussi donné des bons outils, comme la Commission fédérale contre le racisme ou le Service fédéral contre le racisme. C'est le signe d'une volonté politique, même si ces organes sont très pauvres en moyens.
La Suisse votera en septembre sur la loi sur l'asile et celle sur les étrangers. Les opposants à cette dernière parlent de racisme d'Etat...
-Je ne parlerais pas quant à moi d'une loi ouvertement raciste. Mais elle a une forte connotation raciste. Ces deux lois sont l'illustration d'une tendance lourde en Suisse comme en Europe: les réthoriques xénophobes trouvent toujours plus facilement une légitimité démocratique, et s'infiltrent jusque dans les législations. C'est une dynamique à laquelle il faut prendre garde si l'on ne veut pas que la situation empire. Mais ces référendums montrent aussi qu'il existe un résistance, des voix qui s'opposent à une telle tendance.
Léger recul des incidents racistes en Suisse en 2005
Lire la dépêche de l'ATS
En 2005, 93 agressions ou autres incidents à caractère raciste ont été dénombrés en Suisse. C'est la première fois depuis 1998 que ce chiffre descend au-dessous de 100, révèle la chronologie annuelle établie par le journaliste lucernois Hans Stutz.
En 2005, 93 agressions ou autres incidents à caractère raciste ont été dénombrés en Suisse. C'est la première fois depuis 1998 que ce chiffre descend au-dessous de 100, révèle la chronologie annuelle établie par le journaliste lucernois Hans Stutz.
vendredi 17 mars 2006
Le canton s’attaque aux clandestins et à leurs patrons

Lire l'article de Viviane Ménetrey dans 24heures:
Davantage de sanctions pour les patrons «moutons noirs» de l’économie, renvoi systématique des travailleurs clandestins: le canton serre la vis du côté des employeurs comme des sans-papiers.
Le message est clair: le canton entend bien «tarir la source» du travail au noir. Plus risqué, il coûtera surtout plus cher. Et ne sont pas seulement visés les clandestins. Jacqueline Maurer et Jean-Claude Mermoud l'on dit hier: les patrons peu scrupuleux passeront à la caisse. Tandis que les sans-papiers seront systématiquement renvoyés et que les détenteurs d'un permis B extérieurs à l'Union européenne restant trop longtemps à l'assistance publique pourront se voir retirer leur permis.
«Jusque-là, il n'y avait pas de sanctions très dissuasives envers l'employeur», a souligné la ministre de l'Economie Jacqueline Maurer. Désormais, le Conseil d'Etat entend bien casser l'idée selon laquelle l'économie aurait besoin de travailleurs clandestins. Pour Jean-Claude Mermoud, chargé des Institutions et relations extérieures, il ne s'agit pas de s'acharner contre les travailleurs au noir, mais de «r eal politik face à des entreprises qui continuent à tordre le cou à l'économie».
Ce à quelques jours de l'entrée en vigueur, le 1er avril prochain, des accords concernant l'extension de la libre circulation des personnes aux dix nouveaux Etats membres de l'Union européenne. Et dans un contexte où le taux de chômage s'élève à plus de 5% dans le canton.
«Pas de deal»
«La situation du marché de l'emploi nécessite une application urgente de la loi pour protéger ceux qui ont le droit de travailler», a déclaré la conseil-lère d'Etat. Des mesures d'autant plus nécessaires que Vaud, sans toutefois «tomber dans l'excès genevois», n'appliquait jusqu'ici pas assez clairement les règles fixées pour lutter contre le travail au noir. Pas de solution à la genevoise, donc: au bout du lac, le Conseil d'Etat a demandé l'année dernière à Berne la mise en règle de quelque 5000 clandestins issus de l'économie domestique. Jean-Claude Mermoud: «Je vous ferai remarquer que, jusqu'ici, aucun cas n'a abouti. Et l'on sait que les employeurs ne sont pas prêts à engager ces personnes à plein-temps.»
Faut-il voir dans le durcissement vaudois un lien avec les négociations entamées à Berne par le Conseil d'Etat au sujet de la régularisation des «523» requérants déboutés? Si Jean-Claude Mermoud assure qu'«il n'y a pas de deal», il reconnaît que cette décision intervient à un moment où «Vaud est en passe de retrouver une crédibilité».
Régulariser au cas par cas
Et pour y parvenir, le canton entend bien poursuivre sa politique en matière de clandestins. Intensification du contrôle des employeurs, d'abord, pouvant aboutir à des sanctions. «Cela pourra aller jusqu'à 10'000 francs, sans compter les frais d'expulsion», évalue Jean-Claude Mermoud. L'autre axe de la politique vaudoise impliquant une pratique systématique du renvoi. Mais le conseiller d'Etat le promet: «Il n'y aura pas d'acharnement, ni de charters.»
Quant aux sans-papiers qui s'annoncent à l'administration, le canton poursuivra les régularisations au cas par cas. Sur 800 dossiers en attente, 150 ont obtenu gain de cause, précise Henri Rothen, chef du Service de la population.
Les sans-papiers sont victimes des requérants
Lire l'édito de Grégoire Nappey
Il y a moins d'une semaine, dans le même journal, Michel Pont titrait son édito "il faut faire confiance à JC Mermoud". En voici le premier résultat :
Jean-Claude Mermoud le répète depuis longtemps: après les requérants d'asile, il faudra s'occuper des sans-papiers. C'est ce que le conseiller d'Etat, flanqué de sa collègue Jacqueline Maurer, a concrétisé hier en annonçant un durcissement de la politique vaudoise en la matière. Si surprise il y a, elle est dans l'empressement du gouvernement à sévir. N'oublions pas que l'affaire des «523» requérants déboutés (en fait encore 224 cas) n'est pas réglée: on négocie à Berne. De quoi imaginer que le Conseil d'Etat attendrait encore avant de s'attaquer aux clandestins. Erreur.
Est-ce à dire que Christoph Blocher, avant de lâcher du lest, a demandé aux Vaudois de prouver qu'ils sont redevenus de bons élèves de la politique migratoire? Jean-Claude Mermoud dément: «Il n'y a pas de deal.» Cela ne veut pas dire qu'il est interdit de faire du zèle en appliquant le droit fédéral.
Face à ce nouveau durcissement, pourquoi n'entend-on pas la gauche? Parce que la stratégie politique dépasse cyniquement les bons sentiments. 224 requérants déboutés sont en train de voler la vedette à plus de 10 000 sans-papiers. Conscients qu'ils peuvent obtenir une victoire sur le front de l'asile, les socialistes se gardent bien de brûler leurs cartouches avec les clandestins et comptent sur les popistes et les Verts (qui ne bronchent guère) pour occuper ce terrain-là. Le problème est que cet équilibrisme politique a le double inconvénient de desservir les clandestins et de laisser perplexe la population. Bien sûr, il y aura toujours quelques idéalistes pour défendre ces migrants et lancer des recours contre les mesures d'expulsion. Et l'on sait bien à quoi tout cela aboutira: une nouvelle crise déchirant le canton, alors même que la précédente n'est pas réglée. A force de trop chercher l'habilité politicienne, on n'obtient parfois qu'un pourrissement des dossiers.
Il y a moins d'une semaine, dans le même journal, Michel Pont titrait son édito "il faut faire confiance à JC Mermoud". En voici le premier résultat :
Jean-Claude Mermoud le répète depuis longtemps: après les requérants d'asile, il faudra s'occuper des sans-papiers. C'est ce que le conseiller d'Etat, flanqué de sa collègue Jacqueline Maurer, a concrétisé hier en annonçant un durcissement de la politique vaudoise en la matière. Si surprise il y a, elle est dans l'empressement du gouvernement à sévir. N'oublions pas que l'affaire des «523» requérants déboutés (en fait encore 224 cas) n'est pas réglée: on négocie à Berne. De quoi imaginer que le Conseil d'Etat attendrait encore avant de s'attaquer aux clandestins. Erreur.
Est-ce à dire que Christoph Blocher, avant de lâcher du lest, a demandé aux Vaudois de prouver qu'ils sont redevenus de bons élèves de la politique migratoire? Jean-Claude Mermoud dément: «Il n'y a pas de deal.» Cela ne veut pas dire qu'il est interdit de faire du zèle en appliquant le droit fédéral.
Face à ce nouveau durcissement, pourquoi n'entend-on pas la gauche? Parce que la stratégie politique dépasse cyniquement les bons sentiments. 224 requérants déboutés sont en train de voler la vedette à plus de 10 000 sans-papiers. Conscients qu'ils peuvent obtenir une victoire sur le front de l'asile, les socialistes se gardent bien de brûler leurs cartouches avec les clandestins et comptent sur les popistes et les Verts (qui ne bronchent guère) pour occuper ce terrain-là. Le problème est que cet équilibrisme politique a le double inconvénient de desservir les clandestins et de laisser perplexe la population. Bien sûr, il y aura toujours quelques idéalistes pour défendre ces migrants et lancer des recours contre les mesures d'expulsion. Et l'on sait bien à quoi tout cela aboutira: une nouvelle crise déchirant le canton, alors même que la précédente n'est pas réglée. A force de trop chercher l'habilité politicienne, on n'obtient parfois qu'un pourrissement des dossiers.
Travail clandestin: Vaud choisit la manière forte
Voir le dossier de la Première

En particulier la séquence audio de Forum avec l'interview de JC Mermoud.
Sur le journal télévisé de la mi-journée l'interview de Mme Maurer
Et en soirée avec l'analyse de la situation par Rafael Poncioni et des interviews de Roger Piccand et d'un travailleur sans-papiers.
En particulier la séquence audio de Forum avec l'interview de JC Mermoud.
Sur le journal télévisé de la mi-journée l'interview de Mme Maurer
Et en soirée avec l'analyse de la situation par Rafael Poncioni et des interviews de Roger Piccand et d'un travailleur sans-papiers.
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