mardi 30 août 2005

Reconvilier exige la fermeture du centre de requérants


Article tiré de La Liberté

La municipalité de Reconvilier (BE) exige la mise en place d'un service d'ordre pour protéger la population si le centre de requérants d'asile n'est pas fermé. Elle a pris cette décision après l'agression d'une handicapée par un demandeur d'asile.

Le Conseil municipal de cette commune du Jura bernois a demandé aux autorités cantonales et fédérales la fermeture de ce centre de requérants d'asile. L'exécutif de Reconvilier souhaite que toutes les personnes "non respectueuses de l'ordre sociale" soient mises "hors d'état de nuire".

Lire l'interview du maire de la ville, propos recuillis par Blaise Droz dans le journal du Jura

Assignation à résidence des requérants ?


Pour combattre la délinquance, une commission parlementaire suggère de restreindre la liberté de mouvement des demandeurs d'asile.

Lire le dossier de Swissinfo

La commission de gestion du National s’immisce dans la révision du droit d’asile et des étrangers. Pour réduire le taux de délinquance, elle propose de fixer des périmètres d’assignation ou d’exclusion pour les requérants en début de procédure.

Accès aux centres urbains limités

Il s’agirait par exemple d’interdire aux demandeurs d’asile de pénétrer dans certains secteurs urbains, voire de sortir du centre d’hébergement, durant les trois à six premiers mois suivant le dépôt de leur demande, a dit Lucrezia Meier-Schatz (PDC/SG) mardi.

La conseillère nationale a présenté les conclusions de la commission sur un rapport, publié en avril, qui tire le bilan des mesures de contrainte à l’encontre des étrangers dix ans après leur entrée en vigueur.

Programmes d'occupation obligatoires

Outre les périmètres d’assignation, la commission du Conseil national veut obliger davantage les requérants à participer à des programmes d’occupation. Ces mesures visent à dissuader les personnes qui abusent de la procédure d’asile pour obtenir un droit de séjour en Suisse et s’y livrer à des délits, a précisé Jean-Paul Glasson (PRD/FR).

Elles ne constitueraient en revanche pas des «obstacles insurmontables pour ceux qui cherchent véritablement aide et protection». Par rapport à la population résidente, le taux de délinquance est plus élevé chez les requérants, en particulier durant les douze premiers mois suivant leur arrivée en Suisse, a rappelé le radical.

Scepticisme
Les deux mesures devraient si possible être réalisées encore dans la révision du droit débattue par les Chambres fédérales. Mais la commission de gestion n’est pas compétente pour le travail législatif, sa mission étant de contrôler l’application des lois. Elle doit donc se contenter de présenter des recommandations au Conseil fédéral et aux commissions des institutions politiques.

La commission de gestion ne se prive pas de faire sentir son scepticisme concernant le doublement prévu de la durée de détention des requérants en vue de l’expulsion (de neuf à 18 mois). Dans la plupart des cas, c’est au cours des trois permiers mois qu’un détenu se décide, ou non, à coopérer pour l’obtention de ses papiers d’identité et l’organisation du rapatriement.

Insoumission
Aux yeux de la commission, si la plupart des cantons prônent une prolongation de la détention, c’est pour amener l’étranger à coopérer à son renvoi, et non parce que la durée de neuf mois est insuffisante pour obtenir les documents. Il serait donc plus juste de parler de détention pour «insoumission».

Forte de cet avis, la commission demande au parlement de réexaminer les différentes formes d’emprisonnement à la lumière de la finalité visée et de leur compatibilité avec la convention des droits de l’homme.

«Roulette russe»
D’une manière plus générale, les commissaires mettent en cause les différences cantonales dans l’application des mesures de contrainte. «Il n’est pas acceptable qu’un requérant soit traité différement à Genève, St-Gall ou Zurich», a jugé Jean-Paul Glasson, en parlant de «roulette russe».

La principale mesure de contrainte - la détention en vue de l’expulsion - n’est par exemple appliquée que rarement à Genève, alors qu’elle l’est dans la plupart des cas à Zurich. Pourtant, la proportion de personnes du domaine de l’asile renvoyées sous contrôle est pratiquement identique dans les deux cantons (GE: 11% et ZH: 13%).

Comparaison difficile
Après une phase d’expérimentation de dix ans, il est temps de passer à l’harmonisation, estiment les membres de la commission. Ils proposent au Conseil fédéral de chercher à institutionnaliser une coordination et une coopération régulières entre les cantons en matière de renvois.

Pour pouvoir mesurer l’efficacité des instruments mis en oeuvre, il faudrait aussi disposer de données comparables, ce qui n’est pas le cas actuellement. Dans ce cas aussi, les commissaires recommandent une harmonisation des méthodes de relevé des données entre les cantons.

Enfin, le Conseil fédéral est prié de se pencher sur le problème du volume des dossiers en suspens dans certains cantons. Genève est ici particulièrement concerné, d’après le rapport.

Lire le texte complet du rapport de la commission de gestion

Ecoutez la séquence de Forum sur La Première , interview de Ueli Leuenberger

Tourner la page, seule issue à la crise de l'asile


Lire l'article de Pierre Kolb dans Le Courrier
Voici plus d'une année que dure l'affaire des «523». Cette crise vaudoise de l'asile reste sans issue et a pris une tournure institutionnelle périlleuse. Beaucoup de choses dépendent de la position que le gouvernement va maintenant prendre sur la motion adoptée par le Grand Conseil en juillet. On a vu les manœuvres estivales de Jean-Claude Mermoud, assimilables à des provocations, puisqu'il a actionné les mesures de contraintes alors que le Grand Conseil avait décidé de bloquer le renvoi des requérants en cause. Sur quoi l'on peut s'attendre à une contestation, par le gouvernement, de la légalité de décision parlementaire.
Que ce soit le cas ne dit pas" encore lequel des deux a raison. ; Dans cette logique, le conflit devrait passer du domaine politique au domaine judiciaire. Après tout, pourquoi pas? Dès le début de cette crise des questions de compétence se sont posées: obligée d'appliquer le droit fédéral, l'autorité cantonale est-elle pour autant subordonnée aux décisions administratives de l'instance fédérale? A cette question fondamentale s'en est ajoutée une autre, que l'expertise Moor a mise en lumière: ne doit-il pas rester possible de recourir contre les dernières décisions de renvoi?
Et la voie judiciaire?
Mais une procédure judiciaire clarifierait-elle ces questions? Ce n'est même pas sûr au sens où le caractère exécutable des renvois pourrait à la limite être tranché sans réponse nette aux questions de compétence. Et dans le cas où la justice approuverait les refoulements, le litige redeviendrait un conflit entre les autorités (ou une partie des autorités) et des citoyens qui, avec une autre partie des autorités, s'estimeront fondés à désobéir.
Antagonismes
Si en plus l'ordre judiciaire désavoue le législatif au niveau des principes, on peut prévoir des dégâts collatéraux singuliers: l'affaire n'aura-t-elle pas été exemplaire de ce qu'est devenu un parlement cantonal, une simple chambre d'enregistrement, Un parlement qui n'est plus qu'une arène parasite et coûteuse, voilà qui préjugerait d'un beau thème aux prochaines élections cantonales. Tandis que tant que l'affaire n'est pas tranchée à ce niveau, le flou qui persiste ne sera pas dommageable, si une solution politique est trouvée.
Il faut en revenir à l'articulation des antagonismes. D'un côté le Parlement vaudois, dont la majorité n'a pas varié. Il a relevé qu'on a affaire à une catégorie de requérants qui courent de sérieux risques en cas de renvois dans leur pays, des gens qui sont là depuis longtemps, dont les enfants sont nés ici. Il ne s'agit pas des dealers dont la police n'arrive pas à faire façon! Pourquoi donc s'acharner? Ces cas restent particuliers, l'affaire en souffrance empoisonne la vie politique. Le
bon sens et l'humanité commandent de tourner la page, et il n'est pas abusif d'avancer que cette option peut parfaitement être comprise par la population.
Face à quoi le gouvernement n'a pas à faire preuve d'une grande cohérence. Dans la mesure où il n'a pas forcé les expulsions ainsi qu'il l'annonçait il y a un an, dans la mesure où il a permis, avec le temps, le règlement d'un nombre important des cas, puisque les «523» ne sont plus que quelque 170, il n'a pas été très éloigné de facto de la ligne du Grand Conseil. Tout en prenant des positions officielles contraires, assorties de quelques opérations, aux limites de la bavure, dans la ligne de l'intransigeance.
Incohérence expliquée
On expliquera cette incohérence par ses divisions internes et une pression fédérale incessante, alimentée par les engagements pris au printemps 2004, le funeste accord signé avec Christoph Blocher. Il est probable que cet accord pèse encore lourd. Mais n'a-t-il pas été rendu caduque lorsque, l' automne dernier, un groupe de travail a procédé à un réexamen des cas? Cet épisode avait montré que l'accord était devenu inapplicable. Il l'est encore plus aujourd'hui, où persister dans cette ligne renforce la vague de désobéissance, et la légitime.
En rester là, c'est l'impasse pour le gouvernement. Conclure sur la ligne dure lui garantit une épreuve de force populaire moralement et politiquement intenable. Aussi ne reste-t-il qu'à faire classer l'accord, en reprenant l'affaire avec Blocher sur ces réalités. Si ce dernier admet la particularité de ces cas devenus peu nombreux, et donc la nécessité de tourner la page, il aura avec le canton de Vaud un partenaire convaincu de la nécessité, à l'avenir, de ne plus laisser traîner les procédures.

Demande de non-renvoi pour les requérants gay iraniens


Pink Cross et LOS demandent le gel des procédures de renvoi visant les requérants gays iraniens.
Lire l'article de 360 degré magazine

La commission de gestion veut limiter les mouvements des requérants


La commission de gestion du National s'immisce dans la révision du droit d'asile et des étrangers. Pour réduire le taux de délinquance, elle propose d'assigner les requérants à des périmètres limités en début de procédure.

Lire la dépêche de l'ATS
Ecoutez la séquence du Journal de midi sur La Première

lundi 29 août 2005

Sombre affaire à Reconvilier


Voici les informations de Radio Jura Bernois:
Les faits se sont produits à proximité du terrain de football. La jeune fille a été abusée par un autre mineur âgé de 17 ans. Il réside au centre de requérant d'asile de la commune. Il a reconnu les faits et se trouve en garde à vue.
Les autorités municipales de Reconvilier réagissent très violemment à cet acte. Elles demandent au canton de Berne et à la Confédération la fermeture immédiate du centre de requérants. Elles mettent en avant des incidents répétés qui nuisent à la sécurité des habitants du village.
L'association Asile Bienne et Région, qui gère le centre, condamne également fermement cet acte. Mais ses responsables veulent encore croire qu'il sera possible de trouver une autre solution que la fermeture pure et simple du centre.
L'agresseur présumé fait partie d'une famille nombreuse arrivée à Reconvilier il y a à peine 15 jours. Tous seront déplacés demain dans un autre centre pour requérants d'asile

Lire la dépêche de l'ATS
Lire l'article du JOurnal du Jura
Voir la séquence du TJ soir / en haute qualité

Courrier des lecteurs du Temps

Voici la lettre de Vital Gerber, (Bienne) parue ce matin dans le quotidien Le Temps:

Suite aux événements du 1er août au Grütli et du 14 août au Marché-Concours à Saignelégier, nombreux sont ceux qui prétendent que l'extrême droite et l'extrême gauche représentent une «même menace» pour la démocratie. Ceux qui ont insulté Samuel Schmid et ceux qui ont chahuté Christoph Blocher seraient à mettre dans un seul et même panier. Il n'en est rien.

Si les extrémistes du Grütli sont dangereux, ce n'est pas prioritairement parce qu'ils ont injurié un conseiller fédéral, mais bien parce que ce sont des fascistes! Ces gens prônent la haine des étrangers et se réclament du nazisme: c'est en tant que tels qu'ils menacent la société démocratique. Leurs insultes vis-à-vis de M. Schmid, inacceptables, n'en sont qu'une illustration.

A l'opposé, «l'extrême gauche» qui a manifesté contre M. Blocher, répondant à l'appel du collectif altermondialiste jurassien, l'a fait au nom de valeurs comme la solidarité et le respect des étrangers, respect que l'UDC bafoue systématiquement. Extrême gauche et extrême droite sont donc bien loin de se rejoindre. Faut-il le rappeler, dans une démocratie, manifester est un droit, faire le salut hitlérien est un délit.

Il faut aussi se souvenir que le milliardaire Blocher est tout sauf un ami de la démocratie, malgré son prétendu attachement à la «volonté du peuple». Il s'est fait élire à la tête d'un Etat qu'il n'a cessé de conspuer; il est à la tête de l'Etat pour mieux attaquer l'Etat. Sa politique néolibérale incarne un effort continu de démantèlement des prestations sociales de l'Etat démocratique.

Lors de sa dernière conférence de presse, M. Blocher s'est félicité du fait que les requérants d'asile sans papiers d'identité soient frappés de décision de non-entrée en matière (LT du 24.08.2005), privés de l'aide sociale, contraints de fait à l'illégalité et la misère. Ce faisant, il ne menace pas seulement la démocratie, il insulte officiellement les droits humains les plus élémentaires.

samedi 27 août 2005

Pour des Etats généraux sur l'asile et l'immigration au niveau Suisse

Voici un texte de Bruno Clément élaborer dans le cadre de la coordination asile.

Se rencontrer, partager les expériences, analyser, construire une stratégie commune, créer un réseau suisse d’informations, de réflexions et d’actions

Introduction :
les obstacles rencontrés par les mouvements sociaux en Suisse

Par rapport aux autres pays européens, les mouvements sociaux en Suisse butent régulièrement sur deux difficultés internes.

La première est celle du « cantonalisme » qui enferme les mouvements dans des dynamiques héritées du fédéralisme politique. Si un certain nombre d’actions politiques peuvent – et doivent – se développer dans le cadre cantonal, un bon nombre de thématiques sociales recouvrent en même temps des enjeux au niveau fédéral, voire international. Le « cantonalisme » empêche ainsi souvent d’agir aux deux niveaux appropriés, le canton et le pays tout entier et bloque les mouvements sociaux tant dans leur développement que dans leur capacité à peser sur les décisions institutionnelles (Chambres et Conseil fédéral) ou patronales.

La deuxième difficulté est toujours celle des langues respectives et la faiblesse financière chronique des mouvements sociaux interdit bien souvent l’usage régulier des traductions que ce soit pour des textes ou pour des rencontres.

A ces difficultés habituelles, rapidement esquissées, s’ajoutent dans le domaine des droits des migrants trois autres difficultés spécifiques.

La première est la division récurrente entre asile et immigration. Cette division se vérifie tant dans les conceptions et les analyses – qu’est ce qui est particulier, qu’est qui est commun – que dans les organisations et les actions, voire parmi les protagonistes eux-mêmes, c’est-à-dire les migrants et les nationaux engagés dans la solidarité. Cette division constitue un frein indéniable depuis plus de vingt ans au développement des luttes des migrants pour leurs droits et, de plus, rend difficile un discours unifié face aux attaques permanentes des milieux réactionnaires.

La deuxième est la coupure réelle entre les luttes menées en Suisse et celles menées à l’échelle européenne. Certes, des réseaux existent et quelques points de contacts se matérialisent, notamment depuis l’apparition des forums sociaux européens, mais cela reste très fragile, peu collectif et avec de très faibles capacités d’action commune.

Enfin, la troisième est le piège tendu par l’usage des moyens dits de démocratie directe que sont le référendum et l’initiative. Non qu’il ne faille pas utiliser ces moyens – dont la portée n’est pas la même entre référendum et initiative – mais leur utilisation bloque souvent d’autres modes d’intervention, complémentaires ou spécifiques, voire même annihile la capacité créative des mouvements sociaux dans leurs formes d’actions.


Notre projet :
des Etats généraux au niveau suisse avant
le lancement des référendums

Tenant compte de ces remarques préliminaires, la coordination asile Vaud propose à toutes les forces qui sont mobilisées pour les droits des migrants le projet d’organiser des « Etats généraux » de l’immigration et de l’asile en novembre 2005 sur deux jours.

Ce projet est issu de débats tenus au sein de la coordination asile Vaud et d’un atelier organisé dans le cadre du Forum social suisse, le 5 juin 2005 à Fribourg.

Quant à l’appellation d’ « Etats généraux », elle fait référence explicitement à un moment historique de la Révolution française qui a vu surgir le « Tiers Etat », c’est-à-dire le peuple, comme acteur décisif du changement social. Pour une meilleure compréhension de ce symbolisme, voir le texte en annexe.

1.Les référendums

Devant le énième durcissement de la loi d’asile (LAsi), qui va transformer en lambeaux ce qui reste du droit à la protection devant la persécution, et devant la très grave révision de la loi sur le séjour et l’établissement des étrangers (LSEE devenant la LEtr), qui va institutionnaliser définitivement la discrimination comme fondement de la réglementation sur les immigrés, deux référendums vont être lancés. En effet, contrairement à certaines naïvetés exprimées ici et là, on ne peut compter sur le Conseil national pour « corriger » les dérives réactionnaires du Conseil des Etats.

Le lancement des référendums va marquer une première opposition collective à ces législations d’exception, liberticides et portant la xénophobie d’Etat à un seuil inégalé depuis 1945.

Mais, ils sont dès le départ lestés de deux handicaps majeurs. Le premier est celui de mettre sur le côté de la route les premiers concernés, soit les migrants eux-mêmes. Le référendum n’est ouvert qu’aux électeurs suisses et les migrants devront se contenter pour l’essentiel de regarder « passer le train ». Le deuxième est celui de ne pas pouvoir être efficace contre les deux lois en question. En effet, il est inutile d’imaginer que les référendums passent la rampe de la votation populaire. Nous allons donc les perdre, la seule inconnue est de savoir à quel pourcentage !

Il est donc important, vital même pour la dynamique du mouvement social, de le savoir dès le début et de présenter publiquement les référendums comme une étape dans notre opposition résolue à ces deux législations, comme une partie d’un tout. Autrement, il n’y aura que de l’amertume collective au soir de la défaite électorale et un reflux dangereux du mouvement.

C’est la raison pour laquelle nous proposons que les « Etats généraux » se tiennent avant le lancement des référendums afin que les campagnes référendaires – celle de la récolte des signatures puis celle de la votation elle-même – soient placées dans une dynamique plus large, plus globale et plus durable.





2.Le programme des « Etats généraux »

Les « Etats généraux » proposés s’articulent en trois moments forts.

Le premier est consacré à l’échange d’expériences (luttes et résistances sociales, accompagnements divers, bureaux de consultations, etc.) pour faire le point sur l’état réel du mouvement social, canton par canton, et cela tant en ce qui concerne les immigrés stables (luttes pour les droits politiques, programmes d’intégration, visa Schengen, naturalisations, secundos, etc.), les sans-papiers (régularisation, assurances sociales, conditions de travail, droit à l’éducation, droit à la formation post-obligatoire, expulsions, mesures de contrainte, etc.), les requérants d’asile NEM (aide d’urgence, aide sociale, séjour durable, mesures de contrainte, etc.), les requérants en cours de procédure (défense juridique, aide sociale, droit au travail, droit à l’éducation, droit à la formation post-obligatoire, traitements médicaux, exercices des droits civils comme le mariage, situation particulière des mineurs non accompagnés, etc.), les déboutés (exécution des renvois, application du principe de non-refoulement, mesures de contrainte, procédures extraordinaires, protections des gens menacés, etc.).

Dans cette première partie, ce sont les groupes de base, les associations, les collectifs, les syndicats qui ont la parole pour dire en synthèse ce qui se passe et ce qui se fait.

Le deuxième est dévolu à l’analyse de la situation tant politique (diversité des champs politiques dans les cantons) qu’institutionnelle (état du débat aux Chambres). Il s’agit aussi de thématiser les particularités et les similitudes de l’immigration et de l’asile mais aussi d’établir une relation entre la défense des droits des migrants et des droits sociaux de tout le monde, notamment au travers des droits et libertés fondamentales largement attaquées par les divers pouvoirs gouvernementaux et patronaux, ici et au niveau international. Enfin, il faudra avoir un regard historique pour la nécessaire mémoire du mouvement et un regard continental pour élargir notre champ de vision.

Dans cette deuxième partie, ce sont des intervenants internes et externes qui prendront la parole pour livrer leur contribution permettant une appropriation collective de leurs réflexions.

Le troisième est celui réservé à la création collective. Il s’agira en effet de dégager une stratégie commune, à court et moyen terme, et d’envisager des pistes d’actions à réaliser ensemble, de manière décentralisée et centralisée.

Dans l’élaboration de cette stratégie commune, on abordera la question des campagnes référendaires, des alliances à nouer entre le mouvement social et les artistes, les intellectuels et les chercheurs, entre le mouvement social et les syndicats, les partis politiques et les Eglises. On abordera également les questions de la communication publique, des formes à donner à la popularisation de nos combats, aux actions culturelles à intensifier.

Quant aux pistes d’action à mettre en œuvre au cours des campagnes référendaires mais surtout dès le lendemain des votations sur les référendums, il s’agira de réfléchir à des propositions déjà faites comme « la grève des migrants », le « train de la solidarité » ou une « initiative populaire » pour les droits des migrants en lien avec la demande de ratification de la convention internationale idoine dont le Conseil fédéral refuse jusqu’à en étudier l’opportunité.

Enfin, ce troisième moment se conclura par la création d’un réseau suisse d’échanges d’informations, de réflexions et d’actions.

Dans cette troisième partie, on procédera par ateliers thématiques avec conclusions en plénum.

3.Les modalités

Ce projet d’ « Etats généraux » a été fait par la coordination asile Vaud au comité de Solidarité sans frontières (SOSF) le 1er juillet 2005.

Ce présent texte est la présentation de ce projet et la demande est que ce texte se diffuse et soit discuté dans l’ensemble du mouvement social. Le but est de faire adhérer le plus grand nombre de groupes à ce projet et de les associer dès le début à la réalisation de ces « Etat généraux » et à leurs suites.

Tout est à faire, mais nous croyons que la dynamique lancée par la manifestation nationale du 18 juin 2005 peut se poursuivre par ce rassemblement commun dont nous sortirons plus forts parce que nous nous connaîtrons mieux et que nous aurons fixé des échéances communes dont nous sommes maîtres au-delà des référendums nécessaires.

Pour que ces « Etats généraux » se déroulent le mieux possible et constituent cette plate-forme nationale immigration – asile que nous appelons de nos vœux, nous pensons que

les réponses de chaque groupe intéressé doivent parvenir au plus tard à la mi-septembre,
que le groupe de préparation soit constitué autour de SOSF et de tous ceux et toutes celles qui se proposeront pour y participer
que les « Etats généraux » se tiennent à Berne, dans des locaux suffisamment spacieux, et sur deux jours afin de pouvoir travailler de manière efficace, sans stress inutile
que les moyens soient pris pour assurer des traductions simultanées selon le système Babel mis au point dans les Forums sociaux européens.


Lausanne, le 27 juillet 2005
Bruno Clément
Secrétaire régional comedia, le syndicat des médias
Membre collectif de la coordination asile Vaud


Annexe : texte sur l’importance des Etats généraux pour la Révolution française


Importance des Etats généraux pour la Révolution française

La convocation des Etats généraux en France en 1789 a une très grande importance dans le processus révolutionnaire. C’est le moment où le « peuple » surgit dans l’Histoire, où le Tiers Etat (par rapport aux deux autres ordres, la Noblesse et le Clergé) prend la place que sa supériorité numérique et la revendication d’égalité lui permettait de revendiquer. Bien que convoqués par le Roi, les Etats généraux conduisent à la fin de l’absolutisme, à la création de l’Assemblée nationale puis constituante, à l’abolition des privilèges et à la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Les cahiers de doléance récoltés tout au long de l’année 1788 et au début 1789 montrent bien la soif d’égalité qui souffle sur la France, même si peu sont ceux qui demandent le renversement de la monarchie et l’établissement de la démocratie. La pression populaire a également joué un grand rôle dans tout ce processus, les constituants pouvant s’appuyer sur un vrai mouvement citoyen pour faire reculer le Roi et lui faire reconnaître l’Assemblée constituante. L’apparition de ce Tiers Etats sur la scène politique française inspirera plus tard la métaphore de l’apparition d’un autre acteur révolutionnaire : le Tiers monde au moment des décolonisations.
Plus modeste évidemment, l’idée d’Etats généraux de la migration vise également à faire le point de la situation et discuter entre nous (comme les doléances et l’assemblée constituante à l’époque) et s’appuyer sur un mouvement citoyen en progression pour revendiquer que le droit d’avoir des droits ne soit pas cantonné aux seuls nationaux. La Révolution française s’est arrêtée en chemin. Il faut que les idéaux de justice et d’égalité ne soient pas dévolus aux seuls bourgeois, mais à tout le peuple, national ou migrant. Les migrantEs sont ces nouveaux acteurs et actrices de la vie politique et sociale suisse qui ne veulent plus retourner dans l’ombre ou dans les ghettos sociaux, politiques et économiques. Que ces Etats généraux de la migration fassent vasciller sur leurs trônes les monarques du Conseil fédéral et leurs vassaux de l’administration fédérale et cantonale. Que finisse l’absolutisme et l’arbitraire, que les mouvements sociaux, artistiques et syndicaux rejoignent ce nouveau Tiers Etat que sont les migrantEs. Le mouvement est en marche, le processus est lancé.


Lausanne, le 27 juillet 2005
Yves Sancey
Mouvement « En 4 ans, on prend racine »
Membre collectif fondateur de la coordination asile Vaud

Résumé historique :
Créés en 1302 et réunis vingt-deux fois en 487 ans, les États généraux étaient une assemblée d'exception convoquée par le roi de France soit pour connaître l'opinion de ses sujets, soit pour consolider une décision, en particulier en matière d'impôts. Elle réunissait les représentants des trois États ou Ordres : le clergé, la noblesse et le tiers état. Les membres étaient élus par leurs pairs à Paris et dans les provinces.
En 1788, la France connaît de graves problèmes financiers. Les dépenses du Roi la conduisent au bord du gouffre financier. Pour trouver des nouvelles recettes et légitimer un nouvel impôt impopulaire, le Roi est obligé de convoquer les représentants des trois Ordres de la nation à des Etats généraux le 1er mai 1789. Cela n’avait plus été fait depuis 1614. Les Etats généraux sont l’occasion pour le Tiers Etats (98% de la population), de faire valoir ses critiques du régime par des cahiers de Doléance. Il en ressort une très forte revendication d’Egalité liée aux idées des philosophes des Lumières, notamment face aux deux autres ordres privilégiés : la Noblesse et le Clergé. Plus nombreux en terme de députés (600 sur 1’200), le Tiers Etats demande le vote par tête et non par ordre, ce qui lui assurerait l'égalité et que les débats aient lieu en commun.
Le 17 juin 1789, le Tiers Etat invite les députés des deux autres ordres à les rejoindre. Il se proclame Assemblée nationale, sur la motion de l'abbé Sieyès. Devant ce premier acte révolutionnaire, Louis XVI fait fermer la salle des États. Le 20 Juin 1789, lors du serment du Jeu de paume les députés du Tiers, essentiellement issus de la bourgeoisie affirment le principe de la souveraineté populaire. Les députés promettent de ne pas se séparer avant d'avoir rédigé une constitution pour le pays : l'assemblée nationale constituante siègera ainsi jusqu'au 30 septembre 1791 et exerça en même temps le pouvoir législatif. Louis XVI exige des députés réunis au Jeu de Paume qu'ils se dispersent. Mirabeau répond : " Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes." Le roi capitule et demande aux députés de la noblesse et du clergé de se joindre au Tiers. Celui-ci peut être satisfait, le vote se fera par tête.
Le 9 juillet 1789, l'Assemblée nationale change de nom et devient l'Assemblée Constituante. Le 14 juillet, c’est la prise de la Bastille, symbole de la monarchie absolue. En se défendant le Peuple de Paris a sauvé l’Assemblée Constituante et a donné à la Révolution sa dimension populaire. Le Roi est alors contraint de reconnaître l’Assemblée Constituante. La Grande peur des paysans oblige l’Assemblée Constituante à redéfinir les règles du jeu social par l’abolition des privilèges et des droits seigneuriaux le 4 août. Le 26 août la Constituante rédige alors la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (art. 1. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits). Mais le suffrage censitaire demeure. Une révolution bourgeoise et pacifique vient ainsi de s'accomplir, une monarchie constitutionnelle se substituant à l'absolutisme royal de l'Ancien Régime. Le grand vainqueur de ces Etats généraux fut la bourgeoisie. Elle pouvait maintenant jouer le rôle politique auquel elle prétendait en raison de sa puissance économique et financière.

Bosnie : la traite des êtres humains se développe toujours



Pour se faire une idée de la situation en Bosnie: Un dernier rapport de l’Organisation Internationale pour les Migrations fait le point sur la traite des êtres humains en Bosnie-Herzégovine. De plus en plus de mineurs sont victimes de la prostitution forcée. D’autres vendent leur corps pour acheter de la drogue. Les trafiquants ont changé de méthodes de recrutement, utilisant souvent des personnes connues de leurs victimes.
Lire l'article traduit en français

La procédure de A à Z

Dans 24 heures, Grégoire Nappey donne la parole aux responsables du SPOP qui expliquent comment ils "appliquent les lois fédérales".

La crise qui déchire le canton de Vaud autour des «523» requérants d’asile déboutés (en réalité encore environ 270) exacerbe passions et récupérations politiques. Mais, dans les faits, comment le canton applique-t-il les lois fédérales? Quel degré de zèle met-il dans les mesures de contrainte? Le chef du Service de la population (SPOP), Henri Rothen, et son chef de la Division asile, Erich Dürst, répondent.

Base légale La loi fédérale sur l’asile respecte et met en œuvre le droit international: la Convention sur le statut des réfugiés (1951). Le principe de base est qu’une personne persécutée dans son pays a le droit de chercher protection dans un Etat tiers.
» Obtention de l’asile Dépôt de demande, auditions: si le cas ne se règle pas vite, le requérant est attribué à un canton, le temps de la procédure. L’Office fédéral des migrations (ODM) statue ensuite d’abord sur l’entrée en matière, puis sur l’accord de l’asile; l’instance de recours est la Commission de recours en matière d’asile (CRA).
» Renvoi «En cas de rejet de la demande et de renvoi de Suisse, l’autorité fédérale examine d’office si le renvoi est licite et raisonnablement exigible, explique Erich Dürst. L’examen se fait en mettant en regard la situation ici de la personne et celle du pays où elle doit rentrer, ainsi que les obligations internationales de la Suisse.» Tout élément nouveau permet de demander le réexamen, et le cas échéant, de recourir, ce qui explique que certains dossiers semblent ne jamais se fermer. Le renvoi doit aussi être pratiquement possible. Car le débouté doit avoir une pièce d’identité, fournie par son pays. «Dans certains cas, nous n’arrivons pas à l’obtenir, explique Henri Rothen. Si l’on croit parfois que le non-renvoi de requérants délinquants découle d’un certain laxisme, c’est faux! Il se trouve qu’il est plus facile de traiter avec certains pays qu’avec d’autres. Dans les Balkans par exemple, cela s’avère plus faisable.» Un blocage sur ce plan, s’il ne résulte pas du comportement de l’intéressé, est le seul cas où le canton peut demander à Berne une admission provisoire. En fait, le canton n’est que compétent pour l’exécution du renvoi.
» Mesures de contrainte Si la personne a refusé tant l’aide au retour que le premier plan de vol, le SPOP sollicite le juge de paix (qui peut lui-même recourir à la police cantonale) pour une détention administrative, moyen donné aux autorités pour appliquer le renvoi. C’est en tout cas dans ce seul sens que les Vaudois l’entendent; moins libéraux, d’autres cantons les utilisent plus souvent, parfois comme moyen de pression. Vaud se distingue encore en n’appliquant pas les mesures aux mineurs, alors que la loi fixe la limite à 15 ans révolus. Erich Dürst: «Nous avons tendance à n’appliquer les mesures que sur le père, considérant que c’est suffisant pour assurer le renvoi de toute la famille.» On essaie d’abord de placer la personne dans un vol régulier. Si elle manifeste avec force son refus au moment de l’embarquement, le commandant de bord a le droit de refuser le passager. Ce qui contraint alors le canton à faire recours à un vol spécialement affrété par l’ODM, avec accompagnement policé.
» Droits des enfants A l’heure du renvoi se pose notamment la question du respect de la Convention internationale des droits de l’enfant (CDE): peut-on renvoyer une famille entière? Un juriste pro-asile s’en est inquiété par avis de droit dans le cadre de la crise des «523». Le problème est que, s’il y a une faille, c’est à Berne et à ses lois qu’il faut s’attaquer. Et non au canton de Vaud. Au moment du renvoi, l’ODM fait-il un examen spécifique du cas au regard de la CDE? En tous les cas, Erich Dürst n’a jamais eu vent d’un recours devant la CRA sur cet aspect.
» «523» Pour les requérants dépendant de la circulaire Metzler, Vaud se veut encore plus libéral. «Il est inadmissible de dire que nous n’explorons pas toutes les pistes et ne respectons pas le droit, avance Henri Rothen. Dans le cas du requérant kosovar qui n’est finalement pas parti vendredi (lire encadré), le dossier a été déjà réexaminé onze fois!»