samedi, novembre 14, 2009

Réfugiés: des ONG veulent dresser un camp à Bruxelles

Plusieurs associations mettent le gouvernement devant ses responsabilités: si rien n'est fait rapidement pour accueillir les demandeurs d'asile, c'est tout simplement un camp de réfugiés que ces associations dresseront au cœur de la capitale.

Le CIRE, Médecins sans frontières, Médecins du monde et Caritas ne décolèrent pas. 900 demandeurs d'asile sont à la rue, il y a urgence.

Ces 900 demandeurs d'asile doivent en principe être pris en charge et accueillis dans des structures par Fedasil. Mais Fedasil croule sous les demandes et les places manquent cruellement. Les solutions imaginées par le gouvernement ne seront opérationnelles qu'en juin prochain. Résultat: aujourd'hui déjà 1300 demandeurs d'asile sont accueillis dans des hôtels, dans des conditions qui ne sont pas tenables et sans l'accompagnement que la loi leur confère pourtant.

Pire, 900 personnes aujourd'hui ont tout simplement été renvoyées à la rue. Cela est inacceptable pour toutes ces associations. D'autant que la situation dure depuis des mois et des mois, sans que des solutions ne soient mises en place pour accueillir ces personnes comme le prévoit la loi.

Depuis des mois ces associations interpellent les ministres. Des solutions ont même été proposées, comme héberger temporairement ces candidats réfugiés dans des containers, en attendant que des places nouvelles se créent dans des bâtiments comme des casernes, par exemple -des sites ont même été identifiés. Mais rien ne bouge: l'hiver approche, le froid est déjà là.

Aujourd'hui ces associations menacent de dresser un camp de réfugiés au cœur de Bruxelles, capitale européenne, pour répondre à une situation d'urgence, comme c'est le cas dans les situations de guerre ou de catastrophe naturelle.

M.-P. Jeunehomme pour RTBF Info

Les autorités autrichiennes veulent combattre l'"abus"du droit d'asile

Arigona ZogajArigona Zogaj s'est vu refuser l'asile en Autriche. Jeudi 12 novembre, la jeune Kosovare, âgée de 17 ans, a appris qu'elle serait expulsée du territoire autrichien, où elle est arrivée en 2002, et devra regagner son pays d'origine en compagnie de sa mère et de deux de ses frères et soeurs.

Un mois après l'adoption, par le Parlement autrichien, d'une loi plus restrictive sur le droit d'asile, le "cas Zogaj" (prononcez Tzogaï) est un exemple. Pour la droite et l'extrême droite, il faut dissuader les abus commis par des étrangers qui cherchent à s'installer dans un pays prospère, en se faisant passer pour des réfugiés persécutés. Aux yeux de la gauche, des Verts et d'une partie de l'église catholique, cette affaire pâtit du climat xénophobe qui s'est renforcé depuis quinze ans en Autriche, sous la pression constante des forces d'extrême droite et de leurs relais dans la presse populaire.

Lire cet article du Monde

Le premier ministre britannique s'engage à freiner l'immigration

Pour la première fois depuis qu'il est entré au 10 Downing Street, Gordon Brown s'est longuement exprimé, jeudi 12 novembre, sur l'immigration. "Oui, j'ai compris", a-t-il dit à ceux qui le pressent de se saisir du sujet depuis deux ans et demi, et plus encore depuis que l'économie est entrée en récession. L'immigration ne doit pas être un thème "tabou", s'en préoccuper n'est pas synonyme de "racisme", a-t-il lancé. Alors que tous les sondages le donnent perdant, face au conservateur David Cameron, aux élections législatives prévues d'ici à l'an 2010, le premier ministre veut reconquérir cet électorat traditionnel du Labour qui ne lui donne plus sa voix.

La suite dans le Monde

Les pro-minarets contre-attaquent

Des jeunes de tous partis défilent ce matin à Lausanne avec un faux minaret

Ludovic Rocchi - le 13 novembre 2009, 22h48
Le Matin

13 commentaires

Les partisans de l'initiative antiminarets n'ont pas le monopole de la provocation, que ce soit par voie d'affiches ou en diffusant de faux appels de muezzin dans les rues («Le Matin» de jeudi). Le camp des défenseurs de la liberté religieuse va aussi faire fort ce matin à Lausanne. A l'heure du marché, des militants vont défiler avec un faux minaret de 2 mètres de haut et distribuer des tracts dénonçant «les sept délires capitaux des initiants».

«Notre action vise à dénoncer les dérapages»

Le coup est monté par des jeunes de tous les partis, sauf l'UDC, qui se sont regroupés sous la bannière d'un site internet: Libertereligieuse.ch. Ils y développent leur propre affiche, où clochers et minarets pointent tous en rose dans le ciel. Le défilé de ce matin ne risque-t-il pas d'être contre-productif, en utilisant l'arme de la provocation dans un débat aussi sensible? «Non, notre action vise justement à dénoncer les dérapages - les délires - de la campagne. Et ils sont le fait des initiants», se défend Philippe Nantermod, vice-président des Jeunes libéraux-radicaux. Il fait partie des membres fondateurs de Liberté religieuse, qui regroupe déjà plus de 350 membres, essentiellement des jeunes gens issus de tous les bords politiques et religieux.

«Un comité de votation aussi unanime et massif est rare, ajoute Philippe Nantermod. Et, nous, nous ne sommes pas des pompiers pyromanes comme nos adversaires. L'un d'eux va finir par obliger son épouse à porter la burqa jusqu'au vote du 29 novembre, histoire d'inventer un nouveau faux problème!» Le ton est donné

A 17 ans, il est expulsé, tout seul, vers l’Italie


ASILE | Elève à Lausanne, un adolescent somalien s’est envolé hier matin vers l’Italie. Il est le premier du canton à faire les frais des Accords de Dublin, qui permettent de renvoyer des requérants vers un Etat de l’UE. Même s’ils sont mineurs et sans famille.

Classe d’Etienne Corbaz, à l’Opti de Lausanne
© VALDEMAR VERISSIMO | ​Dans la classe d’Etienne Corbaz, à l’Opti de Lausanne, l’ambiance est sinistre.

Sarah Bourquenoud | 14.11.2009 | 00:05

Dans la classe d’Etienne Corbaz, c’est la désolation. Jeudi matin, les élèves de l’Opti (Office de perfectionnement scolaire de transition et d’insertion) de Lausanne n’ont pas vu arriver leur camarade Abdirashid, comme tous les jours depuis la rentrée scolaire. Leur enseignant a appris par téléphone que l’élève était en route pour Zurich, où l’attendait un avion pour l’expulser de Suisse.

L’adolescent était hébergé depuis janvier à Lausanne, dans un foyer de l’EVAM (établissement vaudois d’accueil des migrants). Une maison qui accueille les requérants mineurs, arrivés en Suisse sans famille. Hier matin, il a été mis dans un avion de ligne, direction l’Italie, premier pays d’Europe où il avait posé le pied. A charge de ce pays, ensuite, de statuer sur son sort. Un processus réglementé par les Accords de Dublin, entrés en vigueur en décembre 2008. Tant que le pays de renvoi est membre de l’Union européenne, et signataire de la convention des droits de l’enfant, les accords ne prévoient pas de distinction entre les adultes et les mineurs.

«Inhumain»
A ses camarades de classe, le jeune requérant avait confié sa peur d’un retour vers l’Italie. «Les conditions pour les requérants sont épouvantables là-bas. Il craignait énormément ce renvoi, affirmant qu’il aurait moins peur de retourner en Somalie», raconte Etienne Corbaz. Car Abdirashid, qui a fui seul la Somalie en guerre en 2008, a passé des mois à errer à travers l’Italie. L’aide aux requérants y serait quasi inexistante, et beaucoup en seraient réduits à faire la queue devant les églises pour manger.

Débarqué sur le sol vaudois en janvier 2009, le jeune homme espérait un meilleur avenir en Suisse. «Il est très travailleur et motivé. On aurait pu le laisser finir cette formation, qui n’aurait pas coûté beaucoup plus cher que la procédure de renvoi», réagit Etienne Corbaz. Responsable des classes d’accueil de l’Opti, il estime «outrageant et inhumain que l’on puisse renvoyer ainsi un mineur dans un cadre légal». Depuis jeudi, il n’a eu aucune nouvelle de son élève.

Huit jeunes menacés
Du côté de l’EVAM, le directeur, Pierre Imhof, ne peut que confirmer le renvoi de l’adolescent. «C’est le premier du canton depuis les Accords de Dublin. Un autre jeune aurait dû être expulsé en juillet, mais il s’est enfui dans la nature quand la police est venue le chercher», rapporte-t-il. A l’heure actuelle, l’EVAM héberge 48 mineurs qui sont arrivés seuls en Suisse. Une procédure de renvoi est engagée contre 8 d’entre deux. «Lors de l’arrivée d’un mineur, le canton l’annonce à Berne, à l’Office de Dublin, qui transmet l’information au pays de provenance. Ce dernier a deux mois pour répondre. La Suisse doit ensuite organiser le retour dans un délai de six mois», explique Pierre Imhof.

A l’école que fréquentait Abdirashid, à Lausanne, une douzaine de jeunes pourraient voir leur situation se terminer de la même manière. «Quand ils ont appris le renvoi de leur camarade, certains ont dit: «Le prochain, ce sera moi.» Ils sont bouleversés», confie Etienne Corbaz.


«Le canton n’a pas son mot à dire»

INTERVIEW EXPRESS DE PHILIPPE LEUBA (Crédit photo: Gérald Bosshard), CONSEILLER D’ETAT

– Le canton aurait-il pu éviter l’expulsion de ce mineur?
– Non, le canton n’a aucune marge de manœuvre. Nous ne sommes compétents que pour les demandes de régularisation à titre humanitaire, pour les gens qui sont ici depuis au moins cinq ans. Les Accords de Dublin sont des procédures rapides pour éviter des drames humains, où les gens prennent racine avant d’être renvoyés. Dans ce cas précis, la Suisse avait jusqu’au 26 novembre pour renvoyer ce jeune vers l’Italie: après, la seule solution aurait été le retour en Somalie.

– Mais l’Italie ne va-t-elle pas justement renvoyer ce requérant dans son pays d’origine?
– Aucun élément ne permet de le dire. Je ne connais pas le dossier, et je ne sais pas s’il obtiendra l’asile. Mais regardez l’affaire de Fahad Khammas, expulsé vers la Suède. Il y est toujours, et n’a pas été renvoyé en Irak, comme beaucoup le craignaient.

– Huit jeunes mineurs seraient menacés d’un renvoi dans le canton. Est-ce justifiable sur un plan humanitaire?
– Je ne peux pas confirmer ce chiffre. Humainement, ces cas sont très douloureux. Le canton de Vaud ne peut agir que pour les régularisations humanitaires, et nous sommes l’un des trois cantons qui transmettent le plus de demandes.

Les amitiés xénophobes de l'UDC sur Facebook

vendredi, novembre 13, 2009

Le clip anti initiative anti minarets

Affaire du faux appel à la prière: une plainte a été déposée


MINARETS | La mosquée de Genève a saisi la justice à la suite du faux appel à la prière qui a réveillé les voisins de la mosquée samedi dernier.

© FLORIAN CELLA | La mosquée du Petit-Saconnex.


ATS | 13.11.2009 | 11:12

Les responsables de l'établissement du Petit- Saconnex (GE) ont aussi distribué un tous-ménages pour dénoncer ce procédé. Les faits ont été révélés jeudi. Vers 07h00 samedi, l'appel à la prière des musulmans résonnent aux alentours de la mosquée du Petit-Saconnex (GE). Mais le lieu de culte doté d'un minaret n'a jamais diffusé cet appel. Cette méthode est d'ailleurs interdite par la loi.

L'imam du Centre culturel islamique Youssef Ibram a recueilli de nombreuses réactions choquées du voisinage. Beaucoup pensaient que la mosquée avait désormais un muezzin. C'est finalement l'un des voisins qui a indiqué à l'imam qu'une voiture avait circulé dans le quartier avec un haut-parleur diffusant l'appel à la prière.

«Ce procédé est inadmissible», a expliqué vendredi l'imam. Une dénonciation pénale a été déposée, précise-t-il en revenant sur une information de «20 Minutes». Il veut que la police enquête sur cet incident, qui nuit selon lui à l'image des musulmans. La mosquée a aussi distribué 500 lettres à ses voisins directs pour expliquer et dénoncer l'incident.

Incitation à la haine

La Jeunesse identitaire de Genève (JIG), un groupe d'extrême- droite, se targue dans la presse d'être l'auteur de cette mascarade. Ce mouvement voulait ainsi montrer à la population ce qu'il adviendrait dans quelques années si l'initiative antiminarets était rejetée par le peuple suisse le 29 novembre prochain.
Ce texte soutenu notamment par l'UDC et l'UDF vise à introduire un moratoire interdisant la construction de tout nouveau minaret en Suisse. Quatre, dont celui de la mosquée de Genève, existent actuellement. Aucun n'a toutefois de muezzin, l'appel à la prière étant strictement interdit.

Le Parti radical genevois a aussi transmis vendredi matin une dénonciation pénale. Les auteurs du faux appel à la prière incitent à la haine des musulmans, souligne Murat Julian Alder, le constituant radical qui a signé la dénonciation. Il évoque l'atteinte à la liberté de culte et la violation de la loi sur le culte extérieur. Il appartient au procureur général de poursuivre ou classer l'affaire.

Sur le même sujet

L'initiative anti-minarets "inefficace et dangereuse", juge le PLR

L'initiative populaire contre la construction de minarets, en votation le 29 novembre, est "inutile, inefficace et dangereuse", a répété le PLR. Pour son président Fulvio Pelli, elle n'a qu'un but "publicitaire" puisqu'elle n'apporte aucune réponse aux vrais problèmes.

L'initiative populaire contre la construction de minarets, en votation le 29 novembre, est "inutile, inefficace et dangereuse", a répété le PLR. Pour son président Fulvio Pelli, elle n'a qu'un but "publicitaire" puisqu'elle n'apporte aucune réponse aux vrais problèmes.

Le conseiller national tessinois estime que le message politique qui sous-tend le texte lancé par des représentants de l'UDC et de l'Union démocratique fédérale (UDF) rate sa cible. Il n'est pas la solution pour lutter contre l'intégrisme et renforcer la sécurité, a-t-il relevé.

Son collègue genevois Hugues Hiltpold a souligné l'importance d'intégrer au lieu d'exclure. Et de rappeler que les conditions légales encadrant la construction des minarets resteront les mêmes qu'aujourd'hui si le peuple rejette l'initiative. "Il n'y aura pas une foison de minarets."

Le PLR a entamé la deuxième phase de sa campagne pour le "non" en publiant une nouvelle série d'annonces placées sous le slogan "Certains s'agitent, d'autres agissent". Le parti y énumère trois exigences: renvoyer les "prédicateurs de haine", mieux surveiller les fondamentalistes et établir des "règles claires et identiques pour tous basées sur notre culture occidentale".

Minarets Suisse vus de Belgique

Suisse: climat malsain autour de la votation sur les minarets

12.11.09 - 13:34

Le 29 novembre, les Suisses devront se prononcer par "votation populaire" sur une initiative de l'UDC, le parti de droite populiste, visant à interdire la construction de minarets. La campagne fait rage et tous les coups sont permis, comme l'explique le Monde.

L'initiative populaire contre les minarets avait été déposée auprès du gouvernement, forte de près de 115 000 signatures, soit largement plus que le minimum des 100 000 nécessaires pour organiser une consultation. Débat récurrent en Suisse, l'idée d'interdire les minarets est soutenue par la droite populiste et les milieux évangélistes, qui joue habilement des sentiments xénophobes d'une partie de la population. Le Conseil national a bien dû se résoudre à organiser la votation, malgré les très nombreuses critiques que l'initiative avait suscitées, certains parlant d'un débat "ridicule, odieux et dangereux".

Dès le dépôt du texte, le gouvernement suisse avait fait savoir qu'il appellerait le peuple à le rejeter lors du vote. Le comité à l'origine de cette initiative a fait valoir que les minarets ne sont pas des constructions à caractère religieux mais "le symbole apparent d'une revendication politico-religieuse du pouvoir, qui remet en cause les droits fondamentaux".

Guerre d'affiches

Quoi qu'il en soit, la campagne en faveur du "oui" à l'initiative prend des tours malsains. L'UDC a ainsi imprimé une affiche représentant le drapeau de la Confédération avec une femme voilée et hérissé de minarets. Certaines villes ont interdit l'affiche, arguant de son caractère discriminatoire voire franchement haineux; mais d'autres, telle Genève, l'ont autorisée au regard du principe de liberté d'expression.

Une autre affiche, produite par un groupuscule valaisan, figurait les membres féminins du conseil des ministres revêtus d'une burqa à côté de leurs collègues masculins en costume classique, avec le slogan "Arrêtons de nous voiler la face". L'affiche a été interdite, l'image des "sept sages" (surnom du conseil des ministres de la confédération helvétique) ne pouvant être source d'une exploitation politique, selon la chancellerie fédérale.

Récemment, le comité des droits de l'homme de l'ONU s'était inquiété de l'initiative anti-minarets, jugée incompatible avec le Pacte international sur les droits civils et politiques. Pour l'un des membres de ce comité, Michael O'Flaherty, la publication des affiches présentant les musulmans sous un jour sinistre posait également problème. Dans sa réponse, le Conseil fédéral s'était dit "confiant que l'initiative sera rejetée par le peuple et que le problème de la compatibilité entre notre constitution et le droit international ne se pose que sur le plan théorique."

Malgré l'hostilité très nette de la plupart des partis politiques et des milieux économiques, religieux, sociaux, etc., le "oui" à l'interdiction continue à gagner du terrain, avec 35% de personnes favorables à l'interdiction.

Dans un pays qui compte, à l'heure actuelle, 4 minarets pour 200 mosquées.

T. Nagant avec Le Monde

jeudi, novembre 12, 2009

Le 5eme minaret

Le minaret Suchard

C'est le minaret oublié, car il n'a rien de religieux. Le minaret de Serrières (NE) est pourtant exceptionnel: il est le plus vieux de Suisse et il a été construit par le chocolatier Suchard.

Renaud Michiels - le 12 novembre 2009, 21h36
Le Matin

30 commentaires

En Suisse, il y a quatre minarets, n'arrête-t-on pas de marteler durant cette campagne sur les minarets. Faux. Il y en a cinq. Le minaret oublié, le minaret secret, est à Serrières, à deux pas de Neuchâtel. Il a au moins trois particularités. C'est le plus vieux de Suisse. Il n'a rien de religieux. Et, surtout, cet édifice symbole de l'islam a été voulu et construit par un symbole de la Suisse: le célèbre chocolatier Philippe Suchard. «C'est poilant, non?» rigole Laurent Nebel, le propriétaire de la bâtisse.

La votation, il ne veut pas s'en mêler. «Quoi qu'il se passe, personne ne pourra raser mon minaret, esquive-t-il en souriant. Il est inscrit au patrimoine depuis 1997.» Mais, si cet employé de Swisscom de 57 ans ne veut pas se mêler de politique, il est intarissable sur l'histoire rocambolesque de son minaret.

Que voici résumée. Grand voyageur, Suchard tombe sous le charme de l'Orient et décide de construire un minaret chez lui, à Serrières. «C'est l'explication la plus plausible, note Laurent Nebel. D'autant qu'il y avait alors une vraie mode orientaliste. Le grand industriel a probablement simplement voulu être dans le vent et épater la galerie...»

Jolie annexe à la maison familiale des Suchard, le minaret voit le jour en 1865. «On retrouve des inspirations perse, ottomane, mais ce n'est pas une copie d'un style précis. Plutôt une fantaisie orientaliste avec des airs des «Mille et une nuits.»

Aspect originel
Le minaret passe quelques générations de Suchard, puis est vendu. Dans les années 1940, il est à deux doigts d'être détruit. Il servira ensuite de cuisine pour des ouvriers saisonniers. Avec la maison, il revient dans les mains d'une société immobilière, qui fait faillite en 1995. Laurent Nebel saute sur l'occasion et achète la maison avec son aile orientale. «Etudiant, je passais tous les jours devant, se souvient-il. Et j'adorais cette parcelle d'Orient. Cette parcelle de rêve.»

Le rêve lui appartient, mais il est en piteux état. Le temps de remuer ciel et terre, et Laurent Nebel obtient des fonds pour sa rénovation: 75 000 francs du canton, autant de la Confédération. Alors que certains songent à bannir tous les minarets de Suisse, l'Etat a payé pour en rénover un! «C'est poilant», répète l'heureux propriétaire. La rénovation est terminée en 2005. Le minaret retrouve son lustre, ses feuilles d'or, son aspect originel. «J'y tenais, je ne voulais pas que ça devienne Disneyland.»

Pour l'admirer de près, il faut presque passer par le salon du propriétaire, raison pour laquelle les visites sont exceptionnelles. On monte ensuite des escaliers. Puis on parvient sous le dôme. Là, les façades résument l'originalité des lieux. «Trois murs sont orientalistes. Le dernier est protestant et chocolatier: on y voit les armoiries Suchard.» Encore une porte, encore un petit escalier et on se retrouve à l'extérieur, sur les toits, avec vue imprenable sur l'édifice et sur le lac.

De là-haut, le débat pro- ou antiminarets semble bien loin. D'autant que, si le minaret Suchard est au fil du temps devenu «le symbole de Serrières», comme le dit son propriétaire, il ne suscite ni débat ni guerre de religion. «Le pasteur avait même appelé son journal A l'Ombre du Minaret, sourit Laurent Nebel. Il y avait une chronique intitulée «L'écho du muezzin.»

«L’islam, pas plus qu’une autre religion, n’est au-dessus des lois»


INTÉGRATION | Eveline Widmer-Schlumpf dresse un bilan positif de la situation des musulmans dans notre pays.

Eveline Widmer-Schlumpf
© ODILE MEYLAN | La conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf combat avec conviction l’initiative antiminarets: «Plus de 300 000 musulmans vivent en Suisse, et ça se passe très bien.»

Romain Clivaz / Berne | 17.10.2009 | 00:02

La raison plutôt que l’émotion. Telle pourrait être la devise d’Eveline Widmer-Schlumpf. A six semaines du scrutin, alors que la polémique autour des affiches antiminarets échauffe les esprits, la conseillère fédérale souhaite mener un débat factuel. «Plus de 300 000 musulmans vivent en Suisse, et ça se passe très bien. Quant aux rares cas problématiques, nos lois permettent de trouver des solutions», martèle la cheffe du Département de justice et police, membre du parti Bourgeois-Démocratique. Interview.

– La Suisse n’est-elle pas en terre chrétienne? Pourquoi devrait-on y tolérer des minarets?
– Bien sûr que nous sommes un pays chrétien. Mais la présence de minarets n’enlève rien à cela. Elle montre simplement qu’il y a aussi des gens chez nous qui pratiquent une autre religion. Ils méritent notre respect.

– Comprenez-vous que des personnes aient peur de l’islam?
– Je comprends certaines peurs. Mais l’interdiction des minarets n’apporte aucune solution. Nous pouvons par exemple interdire les mutilations sexuelles dans la loi. Une proposition dans ce sens est actuellement discutée. Dire, comme le font les initiants, que la présence de minarets annonce une future application de la charia est un très mauvais argument. Notre Etat de droit garantit l’égalité entre les individus, ainsi qu’une justice civile et non religieuse. La loi islamique ne sera jamais appliquée ici car aucune religion n’est au-dessus de nos lois.

– Vous êtes entrée en campagne avant-hier. Où sont vos alliés? Etes-vous isolée, comme lors de la campagne perdue sur l’imprescriptibilité des crimes pédophiles?
– Je sais que, mardi prochain, les partis qui sont opposés à l’initiative font une conférence de presse. C’est une bonne chose, mais ça ne suffit pas. J’attends des partis et des parlementaires qu’ils s’engagent vraiment dans la campagne. Ils ne peuvent pas se contenter de donner leur avis puis de disparaître, abandonnant le champ de bataille politique à un seul camp. Ce serait mauvais pour l’équilibre de nos institutions.

– Selon un sondage, les femmes seraient plus enclines à voter oui. Comprenez-vous cette méfiance?
– Ce résultat est certainement dû au manque d’informations remontant au début de la campagne. Tout a été mélangé: la question de l’égalité homme-femme dans l’islam, les mutilations sexuelles ou, encore, les peurs les plus diverses. Mais plus le temps passe, plus le débat devient rationnel. Les initiants sont allés très loin, m’accusant, par exemple, dans un dépliant, d’être favorable aux mutilations sexuelles. Ce qui a fait réagir une citoyenne à qui j’ai ensuite répondu. Cette dame, trouvant les méthodes et arguments des initiants exagérés, votera certainement non. En démocratie directe, ce qui est excessif devient insignifiant.

– Etes-vous pour des traitements particuliers à l’école en raison de motifs religieux?
– Non. L’éducation physique, la natation ou les activités dans le cadre scolaire doivent être les mêmes pour tout le monde. Musulmans ou pas. Les enseignantes dans les écoles publiques ne doivent pas être voilées. Pour ce qui est des jeunes filles, communes et autorités scolaires doivent décider au cas par cas. Soyons sérieux: l’interdiction des minarets ne va pas obliger les enfants à aller à la piscine.

– Que faire pour faciliter l’intégration d’une communauté religieuse comme les musulmans?
– Mais nous n’intégrons pas spécialement des musulmans, des bouddhistes ou encore des hindouistes. Nous intégrons des gens qui viennent d’autres pays, quelle que soit leur religion. Les cantons sont des acteurs centraux avec la Confédération. Des programmes existent, entre autres, pour expliquer le fonctionnement de notre Etat de droit ou les droits et devoirs des citoyens. Des cours de langue sont aussi proposés.

– Faut-il former des imams à la sauce suisse?
– La réponse à cette question doit être apportée par les établissements universitaires et les cantons. Ces derniers sont garants de la liberté de culte. L’avantage serait de familiariser les imams avec nos règles en matière religieuse et le fonctionnement de nos institutions. Cela pourrait passer par de la formation continue.

– A Rheinfelden (Allemagne), une communauté musulmane souhaite faire l’appel à la prière depuis son minaret. Verra-t-on la même chose en Suisse?
– En l’espèce, aucune autorisation n’a été accordée. A Wangen bei Olten (ndlr: une des quatre localités accueillant actuellement un minaret), l’absence d’appel à la prière est explicitement mentionnée dans le permis de construire. La protection contre les nuisances sonores assure que l’on n’assistera pas à de tels développements ici.

L'Islam en Suisse, une foi qui prend mille visages

Dans la Tdg

RENCONTRE | L’initiative contre la construction de minarets les a placés en pleine lumière: les musulmans de Suisse sont au centre du débat autour de la votation fédérale du 29 novembre prochain.


Serge Gumy | 12.11.2009 | 00:05

L’initiative contre la construction de minarets les a placés en pleine lumière: les musulmans de Suisse sont au centre du débat autour de la votation fédérale du 29 novembre prochain. D’ailleurs, les milieux qui ont lancé le texte – une partie de l’UDC et les évangéliques de l’Union démocratique fédérale – n’en font pas mystère: c’est moins le symbole architectural qu’ils visent que la présence de l’islam en Suisse, pays qu’ils considèrent comme chrétien.

La campagne en cours offre l’occasion de faire plus ample connaissance avec les 400 000 musulmans vivant en Suisse et dont seuls 10% se disent pratiquants. Dans ces pages spéciales, la Tribune de Genève illustre la diversité des fidèles de l’islam en présentant des familles issues des grandes communautés de provenance. Et elle fait réagir des musulmans d’ici au débat sur les minarets, qui, s’il fait partie du paysage à Genève, déclenche des passions ailleurs.

En Suisse, les musulmans ne représentent que 4,3% de la population. Les croyants sont majoritairement catholiques (42%) ou réformés (33%). Contrairement à ce que l’on croit généralement, la communauté musulmane suisse n’est pas issue majoritairement des pays arabes. 57% viennent des Balkans et 20% de la Turquie. «Dans ces communautés, comme l’explique Stéphane Lathion, enseignant à l’Université de Fribourg et président du Groupe de recherche sur l’islam en Suisse, la religion est une question privée. Elles ne ressentent pas le besoin de trop la revendiquer publiquement. Le foulard, par exemple, n’est pas prioritaire pour les musulmanes des Balkans ou de Turquie. Souvent, les femmes le portent parce qu’elles viennent d’un village où cela se fait, sans qu’il faille y voir un message du type «regardez-moi, je suis musulmane». Mais selon lui, ce n’est pas une revendication essentielle».


«Personne ne pense que je suis musulmane»

A Moudon, il est dans tous les papets, dirait-on d’Ufuk Ikitepe (38 ans). Et vaudois, le papet! Au Conseil communal de la petite ville broyarde, ce double national porte les couleurs du Parti radical. Responsable des fournitures scolaires, Ufuk Ikitepe est l’infatigable vice-président du groupe Suisses-Etrangers et le président de l’Association turque de Moudon.

«Je suis très actif socialement», confirme Ufuk Ikitepe, qui reçoit justement dans les locaux acquis en propre par l’association. Au mur, les drapeaux suisse et turc; dans le fond de la salle qui sert de café, une télévision retransmet un match de foot du championnat turc. A l’étage, la salle de prière: la mescid. Les 200 membres de la communauté la fréquentent avec assiduité.

«Cette campagne sur les minarets, si elle ne change pas grand-chose à notre vie, met en avant ces affiches… On les trouve racistes et xénophobes. L’amalgame n’est pas un droit démocratique», glisse Ufuk Ikitepe, avant d’argumenter sur la séparation des pouvoirs dans un discours bien rodé: «Inscrire dans la Constitution suisse un article qui ne concerne que la communauté musulmane serait en contradiction avec la liberté de culte et de conscience.»

Son épouse, Umran Ikitepe (38 ans), avec son français hésitant, préfère passer par son mari pour témoigner. L’affiche, toujours l’affiche… «C’est blessant! Mais avec la burqa, l’image véhiculée est si caricaturale que personne ne pense que je suis musulmane. Il faut croire que je n’entre pas dans les critères», rigole-t-elle. Aussi trouve-t-elle positif que le débat torde le cou à certains lieux communs sur l’islam. Ufuk Ikitepe, en politicien madré, désapprouve cette opinion: «La dynamique est défensive. Les musulmans sont dans la correction d’une image. Ce n’est jamais bon!»

Pour les Ikitepe, «le minaret est un faux débat. Nous ne nous sentons pas concernés. Les constructions relèvent des communes et des cantons. N’avons-nous plus confiance en eux?» questionne Ufuk Ikitepe, en chantre de l’intégration.

Les deux filles, Ozge (14 ans) et Sudenur (8 ans), se sentent, elles aussi, peu touchées. Normal pour ces deux fillettes – doubles nationales de cœur – qui ne se verraient pas vivre ailleurs qu’en Suisse. Et si vos filles épousaient un Suisse chrétien? La discussion vacille, un ange passe…

«On souhaiterait que nos filles épousent un Turc musulman, mais nous devrons malheureusement accepter leur choix», répond Ufuk Ikitepe, pour le coup fébrile. Malheureusement? «C’est une question de foi, c’est un conseil du Coran… Mais vous, vous ne suivez pas tous les préceptes de la Bible à la lettre!» glisse Ufuk Ikitepe, qui reprend pied dans la discussion, les yeux dans les yeux de son aînée.

Xavier Alonso




«La fête de Pâques, c’est la fête de tout le monde»

«Les affiches de la votation me font parfois sourire. Mais je trouve grave d’utiliser de tels symboles pour stigmatiser une communauté qui ne demande qu’a vivre en paix», estime Abdourahmane Faye (40 ans). L’informaticien franco-sénégalais, établi à Lausanne depuis neuf ans, père de trois enfants (de 9, 5 et 1 an), déplore «la peur et l’ignorance» qui fondent cette initiative. Son épouse, Thialal Sylla Faye (35 ans), elle aussi informaticienne, acquiesce.

Pour eux, la religion est source de paix plutôt que de tensions. Il faut dire qu’ils ont grandi au Sénégal, un pays où les monothéismes coexistent pacifiquement. Les musulmans (95% de la population) et les chrétiens (4%) vivent en bonne intelligence. «La fête de Pâques, c’est la fête pour tout le monde, explique Thialal. Dans une même famille, les musulmans invitent les chrétiens à la Fête du sacrifice et nous passons Noël chez les chrétiens.»

Ce qui ne signifie pas que le couple relativise l’importance de la religion. Au contraire, tous deux se disent très croyants et pratiquants. D’abord en raison de leurs racines familiales. Le père d’Abdourahmane était théologien et enseignait, notamment à l’Université d’Al-Aqsa, au Caire. Celui de Thialal, Maodo Sylla, était l’imam de la grande mosquée de Dakar, un personnage célèbre au Sénégal. «Nous avons grandi dans le moule, résume Abdourahmane. Mais comme nous avons fait des études, nous avons acquis une capacité critique et, pour nous, la religion est devenue un vrai choix.»

Chez les Faye, la religion imprègne la vie quotidienne. Elle passe par les prières. «A la maison, car au bureau, ce n’est pas possible.» Elle passe aussi par le respect strict des interdits alimentaires, alcool et viande de porc. «Dommage qu’il soit difficile de trouver des rayons halal dans les magasins.» Enfin, le couple fréquente la mosquée le vendredi. «En tant que minorité, nous ne demandons rien d’autre que la garantie de la liberté de culte», dit Abdourahmane.

Ces deux champions de la tolérance à la sénégalaise s’étonnent qu’un minaret, «simple édifice architectural», tout comme un voile, «simple pièce de tissu», puissent susciter autant de débats, de méfiance et d’a priori. Thialal (qui travaille à 80%) s’étonne que «lorsqu’une femme suisse cesse de travailler à la naissance d’un enfant, on trouve cela normal. Mais quand il s’agit d’une musulmane, on considère qu’elle n’a pas eu le choix.»

Bien sûr que certains extrémistes ne pensent pas comme eux. Mais «l’extrémisme qui consiste à vouloir imposer ses points de vue à l’autre n’est pas lié à la religion, observe Abdourahmane, c’est un comportement psychologique. Et les extrémismes peuvent se répondre et se nourrir les uns les autres.»

Patrick Chuard


«Nos enfants décideront de leur religion»

Elle porte jupe courte, débardeur et queue de cheval. Lui est rasé de près et en polo. En rencontrant Diellza Ismailaj et son mari Alban, on est loin du portrait-robot du musulman barbu et de son épouse voilée. On est à Lausanne, quartier des Faverges. Dans la bibliothèque, une série d’ouvrages de psychologie – Alban Ismailaj est thérapeute – mais pas de Coran.

Ces Albanais du Kosovo nous avaient prévenus: «Cette campagne, les affiches UDC, la religion, tout cela nous concerne d’assez loin, car nous sommes peu pratiquants. Mais venez!» Comédienne au Kosovo, mère au foyer en Suisse, Diellza, 23 ans, ne s’est jamais voilée. Sa mère non plus.

«Même si je suis croyante, je ne suis allée qu’une ou deux fois à la mosquée et j’ai observé quelques fois le ramadan. Au Kosovo, seule une minorité de la population est très pratiquante.» Son mari, 38 ans, n’est pas croyant. «A l’époque du communisme, les gens n’allaient pas à la mosquée, raconte-t-il. Le monde musulman est vaste, ce que ne comprennent pas les partisans de l’initiative. Au Kosovo, il est par exemple interdit d’avoir plusieurs femmes.» Et Alban Ismailaj d’expliquer que les Albanais n’ont pas forgé leur identité sur leur appartenance religieuse, mais sur leur langue.

Alban Ismailaj est arrivé en Suisse en 1991 comme demandeur d’asile. Il possède aujourd’hui les nationalités suisse et kosovare et une formation d’infirmier. Son épouse, à Lausanne depuis trois ans, est titulaire d’un permis B. Même s’ils se considèrent peu touchés par les débats sur l’islam, les Ismailaj seraient «déçus» en cas de plébiscite de l’initiative. «Pour nous, la Suisse est un pays qui garantit les libertés religieuses, explique Diellza. A Lausanne, on trouve un pavillon thaï, la synagogue, des églises chrétiennes. Je ne vois pas pourquoi les musulmans ne pourraient pas construire leur mosquée avec ou sans minaret…»

Se sont-ils déjà sentis discriminés en raison de leur religion? Diellza Ismailaj hésite, puis se lance. «Un temps, on recevait des lettres anonymes d’une voisine… Mais c’est surtout parce qu’on est étrangers, je pense.» Quant à leurs deux enfants (Isuf, 2 ans, et Dora, 8 mois), ils seront élevés dans la laïcité. «Ils décideront eux-mêmes plus tard», dit le papa. «Ils ne seront pas circoncis, ajoute la maman. On continuera à fêter Noël, avec des cadeaux, comme on le fait au Kosovo. Mais on célèbre aussi chaque année une autre fête musulmane qui arrive après le ramadan.»

Martine Clerc


«Avec ou sans minarets, la foi est dans le cœur»

Dans son commerce des Pâquis, à Genève, Djamila a posé un Coran sur la table, au-dessus des journaux. Et derrière le comptoir, un drapeau rouge et vert, installé à côté d’une petite tour Eiffel, rappelle que si elle a la nationalité helvétique, cette coiffeuse est d’origine marocaine. Djamila est arrivée en Suisse à 20 ans. C’était le début des années 80, elle était en vacances. Mais elle est tombée amoureuse d’Amédée.

Amédée Alfred s’est rapidement converti: il s’appelle désormais Ahmed Farid. «A mon mariage, au Maroc, on m’a appris que je pouvais avoir quatre femmes, plaisante le Fribourgeois. A la base, je suis catholique, mais je n’étais plus pratiquant. Et puis j’ai lu le Coran…» Djamila l’admet aussi: elle n’aurait pas pu vivre avec un non-musulman «parce que c’est un péché».

Le couple a un fils de 22 ans, aux cheveux blonds et yeux noisette. «Petit, on me faisait parfois des blagues, mais ça se passait bien, raconte cet ingénieur du son, fan de l’équipe suisse de football. Aujourd’hui, les choses ont changé… Moi, j’ai une tête de Suisse, mais devant certains amis, les portes se ferment.»

C’est par leur fils que Djamila et Ahmed ont redécouvert la religion. Le garçon, qui suivait des cours d’arabe à la mosquée, a fini par demander à sa maman s’il devait lui apprendre à prier… Aux vacances de patates de 2000, la famille est partie en pèlerinage à La Mecque. Djamila est rentrée voilée. «Au début, je craignais l’opinion des clients», raconte son mari. Mais la coiffeuse y tient: «Dieu nous demande de cacher notre chevelure. Je me couperais la tête plutôt que d’enlever mon foulard.»

La famille fréquente la mosquée et respecte le ramadan. L’initiative contre les minarets, elle la perçoit comme une provocation. «Pourquoi ces monuments dérangent-ils? Il n’y a pas d’appel à la prière», soupire Ahmed. Et sa femme: «On peut enlever les minarets, mais la foi, elle, est dans le cœur.» La Suisse, ils la voient comme une terre de tolérance, même si le regard des autres n’est plus le même. «Des personnes ne me disent plus bonjour et on m’a traitée de sale Arabe, raconte Djamila. Ça m’a fait mal… Arabe oui, mais sale, non!»

«Si d’autres font des bêtises, ce n’est pas à nous d’encaisser, poursuit le couple. La religion n’enseigne pas le fanatisme, mais le respect des autres.» Les autres, ce sont aussi ces non-musulmans qui viennent manger à la mosquée le jour de la Fête des voisins. «On sent alors un grand amour, ce serait bien que ce soit toujours ainsi», conclut la coiffeuse.

Caroline Zuercher

Un faux muezzin sème l'émoi à Genève


Un appel à la prière a réveillé les voisins de la mosquée du Petit-Saconnex (GE) samedi dernier. En réalité, l'appel a été diffusé par un groupe d'extrême droite

Mathieu Cupelin - le 11 novembre 2009, 22h45
Le Matin

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«Allah Akhbar». La voix puissante d'un muezzin psalmodiant l'appel à la prière a tiré de leur sommeil certains riverains de la mosquée du Petit-Saconnex, à Genève, samedi dernier vers 7 h. Un réveil qui a fortement surpris, voire agacé, les habitants. Cet appel allait-il se répéter régulièrement à l'avenir? Les questions et les inquiétudes n'ont pas manqué de surgir dans le quartier.

En réalité, la mosquée n'était en rien responsable de ce tumulte matinal. C'est un groupuscule d'extrême droite, appelé les Jeunes identitaires genevois (JIG), qui s'est amusé à créer la confusion dans le cadre de sa campagne en faveur de l'initiative contre les minarets soumise en votation le 29 novembre. Une poignée d'entre eux ont circulé dans le quartier en voiture, diffusant par mégaphone l'enregistrement du chant d'un muezzin. Ils ont choisi samedi dernier, jour des portes ouvertes à la mosquée, pour mener leur opération. Ils ont ensuite posté sur Internet une vidéo de leurs «exploits».

«surprise et choquée»
«Nous voulions montrer qu'en cas de refus de l'initiative nous accepterions de facto que de tels appels retentissent dans quelques années en Suisse. Car les minarets n'ont pas d'autres fonctions que celle-ci», affirme Benjamin Perret, membre des JIG, groupe qui compterait une centaine de sympathisants. Un jeune homme qui semble oublier que cela fait trente ans, depuis sa construction, que le minaret du Petit-Saconnex est silencieux. «C'était une manière de dire stop aux revendications des musulmans», ajoute-t-il.

Dans le voisinage, l'action a suscité un certain émoi. «Ça m'a réveillée, je me suis demandé si j'avais rêvé. J'ai cru que ça venait de la mosquée et j'ai eu peur qu'ils commencent à piailler comme ça tous les matins», indique une habitante du chemin du Champ-d'Anier. «Ça m'a surprise et choquée, j'ai redouté que tout le monde se mette à les détester si ces appels se répétaient», ajoute une voisine. Certains riverains, informés de la journée portes ouvertes, ont pensé que l'appel était lié à cet événement.

Plainte envisagée
Les responsables de la mosquée déplorent vivement «cette action gratuite», selon l'un des imams. «Nous avons été informés le matin même par un voisin qui a vu passer la voiture. Le son était très fort, je pense que le but était d'énerver les gens pour qu'ils boycottent nos portes ouvertes. Nous avons contacté notre avocat et nous n'excluons pas de déposer une plainte. Mais, de manière générale, nous ne souhaitons pas réagir face à de tels comportements», poursuit l'imam. L'homme de religion ne peut que le répéter: il n'a jamais été question de lancer l'appel à la prière depuis le minaret. «Nous distribuons des horaires de prière, les fidèles savent une année à l'avance quand ils doivent venir. Nous n'avons pas besoin d'un muezzin!»

La démonstration intempestive sème la tristesse et l'incompréhension dans la communauté musulmane. Fouzia, une fidèle qui habite le quartier, se dit choquée. «C'est une manière de jeter de l'huile sur le feu et de se moquer de l'islam.»

«Cette provocation malheureuse vise à créer la confusion et les amalgames, réagit Hafid Ouardiri, président de la Fondation de l'Entre-Connaissance. Le mieux est de ne pas y répondre.» Il est rejoint par Ali Benouari, président de l'Association des musulmans pour la laïcité: «Les musulmans ne doivent pas céder à ce piège grossier, il faut qu'ils gardent leur sérénité.»

Responsable de la sécurité de la Ville de Genève, le magistrat Pierre Maudet est consterné par un tel acte. Sur le plan juridique, il doute qu'on puisse agir contre ses auteurs. «Le problème est plutôt politique. J'y vois la démonstration de l'absurdité de l'initiative antiminarets. Ses partisans sont obligés de générer eux-mêmes un problème inexistant, qu'ils entendent néanmoins dénoncer.»


Une mosquée a son minaret, l'autre en aimerait bien un

Dans la Tdg

VOTATION | La mosquée de Genève a son minaret, celle de Lausanne en aimerait bien un. Rencontre.

© GUIRAUD LAURENT | La Fondation culturelle islamique, adjacente à la mosquée. Le Petit-Saconnex accueille l’une des quatre tours de Suisse qui indisposent l’UDC. Pour les habitants, il fait partie du paysage. Voisins et fidèles cohabitent sans heurts.
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LAURENCE BÉZAGUET | 12.11.2009 | 00:04

Genève

Il est 8 heures et Selmani Makvire, patrouilleuse scolaire, a du boulot dans son fief du Petit-Saconnex. Ce qui ne l’empêche pas de défendre le minaret qui «ne détonne pas» dans le paysage: «Des fois, on sent un peu de tension, mais le bâtiment est plutôt beau. Et puis, il faut être tolérant.» Un passant n’est pas de cet avis. Il estime, sous le couvert de l’anonymat «de peur d’offusquer son employeur», que «ce symbole de domination et d’islamisation rampante dérange».

D’une manière générale, c’est l’acceptation du minaret qui domine dans le quartier. «Je n’ai aucun problème avec cette architecture; il y en a de beaucoup plus vilaines dans notre cité. Elle s’intègre, en outre, parfaitement ici. Certains ne l’avaient d’ailleurs jamais remarquée auparavant!» considère Pierre-Alain Mayaud. Qui se montre, en revanche, un peu agacé des excès liés à la prière du vendredi: «Certains se croient seuls au monde et se garent n’importe où.»

Une critique qui n’est pas prise à la légère par l’imam de la mosquée, Youssef Ibram: «Le tiers de nos fidèles viennent de France voisine et il n’est vraiment pas aisé de se garer près de chez nous. D’une manière générale, nous faisons tout pour éviter aux voisins les nuisances.»

Concernant la fronde antiminarets, tant l’imam qu’Idris Fontaine, un fidèle, admettent que ces tours ne font effectivement pas partie des piliers de la foi islamique. Mais «le clocher des églises n’appartient pas davantage aux fondements de la chrétienté.»

Youssef Ibram insiste: «Dès le IIe siècle de l’Hégire, un consensus juridique a établi le concept de la mosquée avec un minaret. Pour appeler les fidèles et pour montrer l’édifice aux étrangers comme un phare. Au Petit-Saconnex, non seulement on n’a jamais fait d’appel à la prière depuis les hauteurs, par respect du voisinage, mais en plus, notre symbole s’inscrit discrètement dans le périmètre. Il est d’ailleurs situé derrière la mosquée, et non pas devant comme cela devrait être le cas.»

«Pas de tension»

Deux jeunes filles du Collège André-Chavanne semblent interloquées par le sujet. «Nous passons chaque jour devant le minaret et nous n’avons jamais senti la moindre tension», réagissent Mélanie Fontoura da Fonseca et Shandee Doan. «Les gens doivent pouvoir pratiquer leur religion comme ils l’entendent, surtout dans une terre d’accueil comme la nôtre.»

Lausanne

Un minaret sous gare? Pourquoi pas. En pleine campagne sur l’initiative antiminarets, Mouhammad Kaba, directeur de la mosquée de Lausanne, ne voudrait surtout pas jouer les provocateurs. Mais ce défenseur de la transparence n’est pas homme à cacher ses projets sous le tapis.

«Le minaret n’est pas une priorité. Pas même un préalable. Nous pouvons nous en passer. Mais d’un autre côté, il permet d’assurer une traçabilité. Une lisibilité des musulmans dans l’espace public.» L’imam Mouwafac el-Rifaï est du même avis: «Le minaret marquerait la présence de la communauté musulmane. Il ne faut pas laisser l’islam dans les caves.»

Pour l’heure, la mosquée inaugurée il y a un an presque jour pour jour au passage de Montriond est presque invisible au profane, malgré ses 1300 m2. De l’extérieur, rien ne signale la nouvelle affectation de ce vaste bâtiment d’allure postindustrielle, un ancien garage et entrepôt dont l’architecture n’a pas été modifiée.

«La mosquée est à l’intérieur», commente un habitué des lieux, croisé sur le trottoir d’en face. Vrai. Passée la porte vitrée, retirées les chaussures, on est transporté dans un décor grandiose et paisible. L’espace a été totalement réorganisé. L’immense salle de prière, au sol recouvert d’un profond tapis de Turquie, est baignée par la lumière du jour, qui tombe d’un dôme translucide. La chaire de bois précieux (minbar), le lustre monumental où sont gravés des versets du Coran et les balustrades en tek ouvragé de la mezzanine des femmes composent un fastueux tableau.

De l’avis général, le nouveau lieu de culte et de culture s’est intégré sans heurts dans la vie du quartier. Mouhammad Kaba soigne les relations avec le voisinage. Le dialogue passe par Denner, la Coop ou la Maison de quartier.

C’est pourquoi il ne veut rien brusquer. Pourtant, même si aucune demande formelle n’a été déposée, le minaret de Lausanne est pour lui davantage qu’un vœu pieux: un vrai projet, lié à la construction du deuxième étage de la mosquée, prévu dans les cinq prochaines années. «Nous voulons un minaret qui s’insère dans la culture locale. Pas un minaret d’importation. Ce sera une construction innovante, avec le savoir-faire d’ici. Pourquoi pas en verre?»

Joëlle Fabre


«Mahmoud, adolescent né en Suisse, a d’autres soucis que les minarets»

Enseignant à l’Université de Fribourg et président du Groupe de recherche sur l’islam en Suisse, le scientifique Stéphane Lathion répond à nos questions.

Qui sont les musulmans de Suisse?

Le dernier recensement, qui date de l’an 2000, établit leur nombre à plus de 310 000, mais on estime aujourd’hui qu’ils approchent plutôt les 400 000. Ils sont originaires des Balkans et de Turquie à près de 80%. Les arabophones sont nettement minoritaires, contrairement à l’image que les Suisses s’en font. On constate aussi que ces personnes proviennent de pays dans lesquels la laïcité de l’Etat est acceptée. Culturellement, ils ont l’habitude de négocier avec des autorités laïques. Le problème se pose différemment en France, avec les musulmans originaires du Maghreb, par exemple.

Concrètement, qu’est-ce que cela change?

Dans ces communautés, la religion est une question privée et elles ne ressentent pas le besoin de trop la revendiquer publiquement. Le foulard, par exemple, n’est pas prioritaire pour les musulmanes des Balkans ou de Turquie. Souvent, les femmes le portent parce qu’elles viennent d’un village où cela se fait, sans qu’il faille y voir un message du type: «Regardez-moi, je suis musulmane». Ce n’est pas une revendication essentielle.

Ces hommes et ces femmes sont-ils heureux en Suisse?

Oui, dans le sens où la Suisse offre de bonnes conditions socio-économiques en comparaison des pays d’où ils viennent. Pour la première génération, l’intégration se passe bien. Le vrai problème, on le rencontre avec les enfants qui sont nés en Suisse, ont notre passeport mais s’appellent Erkan, Mahmoud ou Mohammed.

Ces jeunes parlent le français, mais leur nom et leur physique font qu’on leur renvoie l’idée qu’ils ne seront jamais vraiment d’ici. A l’école, par exemple, le prof va demander à Mahmoud d’où il vient. En soi, la question est légitime, elle témoigne même d’un intérêt pour l’élève. Mais quand l’interlocuteur insiste et réitère plusieurs fois son interrogation malgré le fait que Mahmoud a répondu clairement qu’il était Suisse, cela peut commencer à exaspérer. A force, ce jeune se sent exclu. Et après quelques années, soit on lui donne du Valium, soit il explose.

Avez-vous des solutions?

Pas concrètement… On doit chercher ensemble des pistes, des matelas qui permettront d’atténuer les chocs. Car on va droit dans le mur. Il faut avoir conscience que Mahmoud existe et qu’il est Suisse. Le problème, c’est que si ce jeune ne fait pas confiance au système et au cadre légal – parce qu’il se sent exclu, parce qu’il réalise que son copain Jean-Louis a deux fois plus de chances de trouver du travail – il n’aura plus aucune raison de le respecter.

Mais si ces jeunes posent des difficultés, il faut hausser le ton!

Bien sûr, mais il ne faut pas mettre la religion là où il n’y en a pas. Avant d’être des musulmans, ces personnes sont des individus, constitués notamment de leur croyance. Souvent, les problèmes ne sont pas liés à la religion, mais à des questions socio-économiques. L’islam, c’est l’argument des paresseux et de ceux qui veulent simplifier le débat. Et les délinquants musulmans doivent être traités comme les autres.

Comment cette communauté vit-elle la campagne autour des minarets?

Mahmoud ne s’intéresse pas à la question des minarets. Il a des soucis d’ado, comme tous les Suisses. Et il n’est pas le seul: les minarets, c’est vraiment un faux débat. La plupart des musulmans ne se sentent pas concernés et ne demandent même pas à pouvoir en construire. En même temps, on leur demande leur avis et s’ils ne répondent pas, on le leur reproche. Alors que voulez-vous qu’ils disent d’autre que, oui, en général, les mosquées sont accompagnées d’un minaret?

Caroline Zuercher

Nombreux pèlerins à la découverte des lieux de culte moudonnois

 

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Un article signé Francis George-Perrin dans le Journal de Moudon

N’ayons pas peur, de part et d’autre

Qui sont les musulmans qui peuplent ce pays? Comment vivent-ils? Quel regard les Suisses portent-ils sur eux? En marge de la campagne de votation sur l’initiative antiminarets, soumise au peuple le 29 novembre, 24 heures a voulu comprendre, rencontrer, aller au fond des choses. S’éloigner des slogans. Faire œuvre d’information. Edito de Thierry Meyer dans 24 Heures.

Les résultats de notre sondage national exclusif montrent une nouvelle fois l’extraordinaire calme d’une population suisse pétrie de neutralité confessionnelle, de respect des minorités, mais aussi soucieuse d’intégration harmonieuse.

L’un des messages les plus intéressants de notre sondage montre un double paradoxe apparent: une grande acceptation des musulmans, mais une certaine méfiance envers l’islam; et une préférence pour que ne s’érigent pas de minarets – alors que les sondages dédiés à l’initiative prédisent l’échec de celle-ci.

En fait de paradoxe, c’est de cohérence qu’il s’agit: les Suisses sont tolérants envers les individus et les communautés, ils se méfient un peu des doctrines; et s’ils ne veulent pas d’une initiative qui sent la stigmatisation, ils n’en apprécient pas plus les signes jugés ostentatoires d’une religion encore «nouvelle».

De cette plongée chez «nos» musulmans, une évidence s’impose: l’avenir passe par le dialogue, nourri et sans complexe. Avec d’une part une population suisse sûre de ses valeurs et de la viabilité de sa société pour ne pas craindre l’expression d’une foi «importée», quelle qu’elle soit. Et d’autre part des communautés musulmanes ouvertes, confiantes et réceptives, comme le suggère justement dans ce journal Tariq Ramadan. Le message biblique s’impose: ensemble, n’ayons pas peur!

Les musulmans sont bienvenus. Pour autant qu'ils s'intègrent.

Les musulmans ont leur place en Suisse, pourvu qu’ils s’intègrent et soient discrets. Voilà en résumé ce que révèle le sondage exclusif de 24 heures réalisé par l’institut MIS Trend.

Les musulmans jouissent d’une image neutre – ni bonne, ni mauvaise. Leur cote est meilleure en Suisse romande qu’en Suisse alémanique (39% d’opinion très ou assez bonne, contre 29% outre-Sarine). Sans surprise, les électeurs de droite sont plus réservés (21% favorables) que ceux du centre (28%) et de gauche (45%). Les femmes sont plus méfiantes que les hommes.

Lire cette enquête signée Serge Gumy dans 24 Heures

Un jeune requérant sauve son camarade de la mort

Poignardé en plein centre EVAM (ex-Fareas) de Leysin pour 50 francs, un Gambien de 27 ans doit sa survie au sang-froid du surveillant du foyer et d’un jeune Somalien. Retour sur l’agression qui a eu lieu le 3 novembre dernier.

Mohammed Cabdi Cadaan© PATRICK MARTIN | Mohammed Cabdi Cadaan a fait preuve de sang-froid. Témoin de l’agression, il s’est précipité pour venir en aide à son camarade blessé. «Le sang s’est mis à gicler contre les murs. Il y en avait énormément», se souvient le Somalien de 23 ans.

«J’ai énormément de chance d’être encore en vie. Je remercie les personnes qui m’ont sauvé. Mais j’ai aussi très peur. Je suis revenu ici parce que je n’ai nulle part où aller.» D’un ton hésitant, Yao* revient sur l’agression dont il a été victime le 3 novembre, au centre EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants, ex-Fareas) de Leysin.

Il est près de minuit. Dans la cuisine, située au premier étage du foyer Saint-Agnès, ce Gambien de 27 ans «se prend de bec» avec un Nigérian d’une vingtaine d’années. «Apparemment une querelle au sujet de 50 francs», relatent plusieurs témoins qui n’en savent pas davantage. Le ton monte. Bousculade.

«J’étais dans ma chambre. J’ai entendu des voix et une vitre se briser dans la cuisine, se souvient Mohammed Cabdi Cadaan, jeune Somalien de 23 ans, arrivé au centre en août 2008. Je suis sorti et j’ai vu l’agresseur sortir un couteau de 15 centimètres.»

Yao tente de repousser son assaillant. La lame vient se ficher dans le bras de la victime. «Elle l’a traversé de part en part, relate Mohammed, avec aplomb. Le sang s’est mis à gicler. Il y en avait énormément.»

L’artère est touchée. Yao ne doit sa survie qu’au sang-froid du surveillant en place et de Mohammed. Le premier se précipite pour protéger le blessé. Le second retire sa ceinture pour en faire un garrot. L’assaillant, lui, remonte dans sa chambre au 3e étage avant de s’enfuir.

«J’ai peur que ses amis s’en prennent à moi»
Yao est immédiatement conduit à l’Hôpital de Monthey, d’où il n’est sorti que mardi. Quant à son agresseur, interpellé à Lausanne par une patrouille de la police municipale au lendemain de la rixe, il a été inculpé de tentative de meurtre et placé en prison préventive.

Une semaine s’est écoulée depuis l’altercation. Quelques traces de sang sont encore visibles contre les murs du couloir. La crainte de Yao ne s’est pas dissipée non plus. «Pas de photos, s’il vous plaît!» lance-t-il à plusieurs reprises, inquiet. «La police a attrapé ce type, mais j’ai peur que ses amis viennent s’en prendre à moi.»

Les séquelles physiques semblent plus limitées. «Je peux bouger les doigts mais je ne sens rien quand je touche quelque chose. Le docteur dit que ça reviendra à la normale dans quinze jours.»

Dans le centre, le calme règne à nouveau. Plusieurs requérants évoquent l’homme au couteau. «Il était rarement là. On le voyait très peu.» Et la responsable EVAM pour le secteur Est, Christine Blatti Villalon, d’ajouter: «Il était arrivé chez nous en juillet et bénéficiait de l’aide d’urgence. Rien ne laissait penser qu’il était du genre à «jouer du couteau», observe la responsable qui salue l’excellente réaction du personnel et des requérants.

Rien ne présageait non plus d’une telle agression dans le centre leysenoud. «Il y a parfois quelques bagarres, des coups de poing. Mais rien de cette ampleur», assure Denis Rime, municipal de la Police dans la station. Un son de cloche corroboré par les responsables du foyer Saint-Agnès, où logent 64 requérants et bénéficiaires de l’aide d’urgence.

Occupé principalement par des familles durant plusieurs années, l’endroit abrite désormais une majorité d’hommes célibataires.

*Nom connu de la rédaction

Naturalisation: les candidats doivent déclarer leurs délits

Les candidats à la nationalité suisse doivent déclarer spontanément les éventuels délits qu'ils ont commis si les autorités n'en ont pas connaissance. Le Tribunal fédéral a confirmé l'annulation de la naturalisation d'un jeune Somalien qui avait tu des brigandages.

En 2004, les services de naturalisation zurichois ont accordé la nationalité suisse au jeune homme âgé de 22 ans aujourd'hui. Une enquête ultérieure a montré qu'il avait commis plusieurs délits depuis 2002, dont neuf brigandages. En 2007, Zurich a annulé sa naturalisation, décision confirmée ensuite par le Tribunal administratif.

Acquisition frauduleuse

Le jeune homme, qui vit en Suisse depuis 1997, a été accusé d'avoir acquis frauduleusement la nationalité en passant sous silence son passé délictueux. Comme les infractions sont graves, l'annulation de la naturalisation n'est pas disproportionnée.

Le Tribunal fédéral a confirmé mercredi le verdict zurichois et rejeté le recours du Somalien par quatre voix contre une. De l'avis des juges de Lausanne, le jeune homme aurait dû informer spontanément les autorités zurichoises des infractions commises.

Par son silence, il a enfreint l'obligation de collaborer et le principe de la bonne foi. Il devait savoir que la question de délits passés est décisive pour la procédure de naturalisation.

Le fait que les services communaux auraient pu lui poser la question directement ou se procurer eux-mêmes les informations par le biais de la banque de données VOSTRA ne joue aucun rôle.

Brutalité

L'annulation de la naturalisation est d'autant plus proportionnée que les brigandages commis contre des personnes choisies au hasard étaient d'une extrême brutalité. Certaines des victimes ont été frappées alors qu'elles gisaient à terre, les agresseurs allant même jusqu'à accepter leur mort, estime le Tribunal fédéral.

Ces délits commis à l'âge de 15 à 17 ans ne peuvent être considérés comme des erreurs de jeunesse. Le jeune homme a d'ailleurs commis des infractions après sa demande de naturalisation. De ce point de vue, il est tout simplement impensable de lui accorder la nationalité, explique Mon Repos.

Qu'il ait entre temps effectué son service militaire n'a pas d'importance non plus: le service est obligatoire pour tous les Suisses et ne signifie pas qu'un individu est bien intégré dans la société civile. La question de savoir si le Somalien sera expulsé vers son pays d'origine, comme il le craint, reste ouverte.

ATS

mercredi, novembre 11, 2009

La vision d'Etienne Delessert

La Suisse prête à étudier des mesures si le port de la burqa se répandait

Lu dans La Croix

La Suisse est prête à étudier des mesures si le port de la burqa venait à se "répandre" dans la Confédération "pour lutter contre ce phénomène", a indiqué mardi la ministre helvétique de la Justice et de la Police Eveline Widmer-Schlumpf.

"Si le port de la burqa devait se répandre nous pourrions examiner au niveau fédéral quelles mesures pourraient être prises dans le respect du principe de proportionnalité de ce phénomène", a expliqué Mme Widmer-Schlumpf lors d'une conférence de presse à Genève.

Elle n'a toutefois pas précisé quel type de mesures pourraient être mises en oeuvre.

"Pour moi, une femme recouverte d'un voile intégral est une image qui ne m'est pas familière et qui me met mal à l'aise", a-t-elle ajouté.

La ministre a toutefois indiqué que "le problème (de la burqa, ndlr) ne se pose pas en ce moment", précisant avoir vu "peu de femmes" en porter dans la Confédération sinon des touristes.

"Les femmes qui portent la burqa en Suisse sont (...) si peu nombreuses que je considère que nous n'avons pas là un véritable problème de sécurité publique", a-t-elle insisté.

Elle a également précisé qu'il n'existait actuellement pas de base légale dans la Confédération pour introduire une interdiction absolue de ce type de vêtement.

La ministre suisse était interrogée sur le sujet alors qu'une initiative contre la construction de minarets sur le territoire helvétique, préparée par la droite populiste, est soumise au vote de la population le 29 novembre.

Mme Widmer-Schlumpf a répété que le gouvernement s'opposait à cette interdiction. Un vote favorable "mettrait inutilement en péril la paix religieuse dans notre pays", a-t-elle insisté.

La Suisse compte environ 400.000 musulmans sur une population de 7,5 millions d'habitants, faisant de l'islam la deuxième religion du pays après le christianisme, selon les chiffres fournis par la ministre.

Les minarets ne sont pas bienvenus en Hollande


Enfants se rendant à l'école islamique à Amsterdam.
Enfants se rendant à l'école islamique à Amsterdam. (Keystone)

Alors que les Suisses se prononcent le 29 novembre sur l'interdiction des minarets, ceux-ci suscitent également la controverse aux Pays-Bas. C'est qu'on y construit davantage de «vraies» mosquées depuis que les musulmans ont compris qu'ils ne rentreraient pas dans leur pays.

Au sud de Rotterdam, la mosquée Essalam est en construction depuis bientôt six ans. De l'extérieur, ce grand bâtiment clair de 2600 m2 paraît presque achevé. Sauf les deux minarets qui n'ont pas encore de pointe.

De plus, le carrelage de pierre naturelle doit encore être posé dans l'entrée, explique l'architecte, Wilfried van Winden. Il ne sait pas très bien quand ce sera fait puisque le chantier est au point mort depuis la fin de l'été, faute d'argent.

Ces retards continuels de construction irritent beaucoup de monde. Au point que Marco Pastors du parti «Leefbaar Rotterdam» (Qualité de la vie à Rotterdam, LR) a sommé la municipalité de retirer le permis de construire de la mosquée et d'attribuer une autre affectation à l'édifice, sis à proximité du stade de football de Feyenoord-Rotterdam.

Le LR est la dernière section locale qui subsiste du parti fondé par Pim Fortuyn, le populiste de droite et anti-islamiste assassiné en 2002. Ses militants ont dirigé leur combat contre les minarets, bien visibles, qui s'élèvent à 50 mètres dans le ciel.

«Les minarets pas indispensables»

De jeunes musulmans y sont d'ailleurs également opposés. Pour beaucoup, Essalam est typiquement une «mosquée du mal du pays». Jusqu'ici en effet, la vieille génération considérait qu'une mosquée doit être un bâtiment carré surmonté d'une coupole ronde et d'un ou plusieurs minarets.

Pour la jeune génération, cette architecture classique a fait son temps. Elle préférerait des lieux de culte modernes et plus attrayants intégrés dans les quartiers d'habitation et dotés d'autres fonctions communautaires. Les minarets ne sont donc pas jugés indispensables.

«Cela ne me dérangerait pas du tout si mes coreligionnaires affichaient leur foi de manière moins visible», déclare Rasit Bal, président de l'union des musulmans et de la municipalité (CMO).

Les Néerlandais ne sont pas habitués aux signes extérieurs de religion. C'est ce qui explique que chaque projet de nouvelle mosquée provoque un tollé de protestations, exploité à chaque fois par les médias et, surtout, par des politiciens comme Geert Wilders. «Tout cela crée une ambiance de haine», regrette Rasit Bal.

En faisant campagne contre l'islam, le tribun du parti d'extrême droite de la Liberté (PVV) a effectivement rendu l'atmosphère explosive. Il proclame la menace d'un «tsunami musulman» dans tout le pays et, comparant le Coran à «Mein Kampf» de Hitler, exige qu'il soit lui aussi mis à l'index.

La justice devra trancher l'année prochaine si ses déclarations sont discriminatoires. Et le fait que l'islamophobie ne fait que croître dans les sondages – actuellement, le PVV occuperait le deuxième rang des partis représentés au Parlement – incite Rasit Bal à appeler à une certaine discrétion dans l'expression de l'appartenance religieuse. «Nous devons veiller à rendre possible notre vie ici.»

Des mosquées discrètes

Les premiers migrants musulmans avaient affaire à forte partie lors de leur arrivée aux Pays-Bas. Ils étaient déjà contents de pouvoir aménager une mosquée dans une école désaffectée ou un magasin à louer.

Cela ne les dérangeait pas de devoir se rendre dans une mosquée reléguée en zone industrielle, loin du centre ville, l'essentiel étant de pouvoir pratiquer leur religion ensemble.

Depuis les années 1950, les choses ont commencé à changer. Aujourd'hui, plus de 900'000 musulmans, de la 2e ou 3e génération, vivent en Hollande. La plupart en provenance du Maroc et de Turquie.

Parallèlement, le nombre de mosquées a augmenté: le pays en compte 450 actuellement. Personne n'a encore jamais compté le nombre de minarets mais il semblerait qu'il y en ait une trentaine.

Conflit de génération

Les premiers travailleurs migrants n'avaient pas l'intention de prendre racine. La 2e génération, pourtant née sur place, ne jurait elle aussi que par le retour au pays. Cet état d'esprit a animé de nombreuses familles pendant des décennies.

Avec pour conséquence qu'elles se sont adaptées au pays choisi, mais sans se donner la peine d'en apprendre la langue ou de s'intégrer. Ce n'est que dans les années 1990 que cet état d'esprit a commencé à changer, parce qu'elles ont été priées de suivre des cours de langue et d'intégration.

C'est à cette époque que les «nouveaux Hollandais» auraient commencé à vouloir remplacer les vieilles mosquées, estime Marcel Maussen, chercheur à l'Université d'Amsterdam. Et de préciser que la construction d'une mosquée fait partie aujourd'hui du processus d'intégration.

Le style architectural choisi permet de le vérifier, ajoute Marcel Maussen. Ce dernier est persuadé que la «mosquée du mal du pays» cache un conflit de génération et qu'en cela, «elle représente la société parallèle». C'est précisément ce que les autorités tentent d'éviter par tous les moyens. Avec, jusqu'ici, un grand succès

Minarets: Eveline Widmer-Schlumpf rejette à nouveau l'initiative


Eveline Widmer-Schlumpf a rappelé, devant les médias internationaux, l'opposition du Conseil fédéral à l'initiative anti-minarets. Ce texte viole la liberté de religion et l'interdiction de la discrimination garanties par la constitution, estime la conseillère fédérale.

De plus, l'initiative, soumise à votation le 29 novembre, met en péril la paix religieuse et porte atteinte à l'image de la Suisse en tant pays attaché à la sauvegarde des droits fondamentaux, a ajouté la ministre de la justice.

Les journalistes étrangers lui ont justement demandé pourquoi la Suisse n'avait pas simplement déclaré cette initiative irrecevable. "Ce texte ne relève pas des règles contraignantes du droit international, comme l'interdiction de la torture", a-t-elle expliqué.

Nombre de questions ont porté sur les conséquences pour la Suisse en cas de "oui" le 29 novembre. Selon Mme Widmer-Schlumpf, des conséquences économiques sont à prévoir, mais on ne peut pas encore les chiffrer. Pour l'heure, cette initiative n'a pas d'impact sur l'image de notre pays, dans la mesure où le système politique suisse de démocratie directe est bien accepté, a-t-elle précisé.

Véritable souci des initiants, la ministre ne craint pas un radicalisme de l'islam en Suisse, et cela même si l'initiative est acceptée. L'Etat a les moyens juridiques de lutter contre le fanatisme religieux provenant d'une minorité, a-t-elle souligné. Et d'espérer que "l'islamophobie sera finie en Suisse après cette votation."

(ats / 10 novembre 2009 15:29)

Le choix cruel des étrangères battues par leur conjoint

dans la Tdg

RAPPORT | L’Observatoire romanddu droit d’asile et des étrangers fustige le pouvoir «discrétionnaire» de l’administration fédérale, notamment sur les femmes étrangères.

© Magali Girardin/2007 | Les étrangères maltraitées ont toutes les chances d’être renvoyées dans leur pays en cas de séparation, ce qui les incite à ne pas rompre l’union.

Marc Guéniat | 11.11.2009 | 00:00

La Suisse épinglée. Dans son rapport annuel rendu public hier, l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers (ODAE) dénonce la façon dont y sont traitées les étrangères victimes de violences conjugales. Une critique de plus après celles exprimées par le Conseil des droits de l’homme et le Comité onusien pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.

Les étrangères maltraitées, note Myriam Schwab, de l’ODAE, ont toutes les chances d’être renvoyées dans leur pays en cas de séparation, ce qui les incite à ne pas rompre l’union. «La Suisse viole ainsi son devoir de protection à l’égard des victimes.» En cause, le pouvoir «discrétionnaire» de l’Office fédéral des migrations (ODM) qui «privilégie l’intérêt à limiter l’immigration sur toute autre considération».

Risques dans leur pays

La loi stipule que, pour qu’un permis de séjour soit reconduit, la réintégration de la victime dans son pays d’origine doit être «fortement compromise». Pour que l’ODM accepte d’entrer en matière, il faut ainsi que la femme renvoyée risque d’être victime d’un crime d’honneur ou d’un bannissement de sa famille, critique l’Observatoire. Suite aux remarques du Conseil des droits de l’homme, le canton de Berne a décidé la semaine dernière d’assouplir cette pratique.

L’ODAE dénonce le «coût humain» de la traque aux abuseurs du droit d’asile, expliquant qu’il est «toujours plus difficile pour un requérant de prouver la vraisemblance des persécutions» dont il serait l’objet dans son pays d’origine. L’observatoire met aussi en doute la fiabilité des enquêtes d’ambassade censées attester les dires des requérants arrivant en Suisse. L’ODM s’appuierait ainsi fréquemment sur des informations erronées pour fonder son jugement.

Asile et étrangers : l’Office des migrations pointé du doigt


RAPPORT | L’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers fustige le pouvoir «discrétionnaire» de l’administration fédérale.

Odile Meylan
© Odile Meylan | Eveline Widmer-Schlumpf, conseillère fédérale.

Marc Guéniat | 10.11.2009 | 13:32

L’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers (ODAE) a rendu mardi son rapport annuel. Il y évoque le coût humain de la traque aux abus, expliquant qu’il est «toujours plus difficile pour un requérant de prouver la vraisemblance des persécutions» dont il pourrait faire l’objet dans son pays d’origine. De la même manière, explique le secrétaire permanent de l’ODAE, Aldo Brina, la fiabilité des enquêtes d’ambassade, censées attester les dires des requérants, «laisse clairement à désirer». L’Office des migrations s’appuierait ainsi fréquemment sur des informations erronées ou incomplètes pour fonder son jugement.

Par ailleurs, tandis que l’évaluation de la nouvelle loi, entrée en vigueur le 1er janvier 2008, n’a pas encore été effectuée, des durcissements sont déjà prévus, comme l’a annoncé au début de l’année, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Cela montre clairement, estime Aldo Brina, que la logique qui prévaut est celle d’une diminution du nombre de requérants présents sur le territoire suisse et cela quel que puisse être le coût humain de cette politique.

Sur le plan de la loi sur les étrangers, qui régit le séjour des étrangers, la Suisse n’est pas en reste. «Cette loi laisse un large pouvoir d’appréciation aux autorités qui semblent privilégier l’intérêt de la Suisse à limiter l’immigration plutôt que toute autre considération, qu’il s’agisse des droits de l’enfant ou de l’intégration de la personne», relève de son côté Myriam Schwab. La Comité onusien des droits de l’homme vient d’ailleurs d’épingler la Suisse tant pour ses violations de la Convention des droits de l’enfant que pour la manière dont il traite les étrangères victimes de violences conjugales. Celles-ci, poursuit Myriam Schwab, ont en effet toutes les chances d’être renvoyées dans leur pays en cas de séparation, ce qui les incite à ne pas rompre l’union. De cette manière, «la Suisse viole son devoir de protection à l’égard des victimes».

La politique d'asile se durcit encore


L'Observatoire romand du droit d'asile et des étrangers (ODAE) accuse l'administration de tout faire pour accueillir le moins de personnes possible sur sol helvétique.

Mardi en présentant le 2e rapport de l'ODAE, le pasteur Philippe Nussbaum a pointé le doit sur une administration fédérale qu'il juge tatillonne. Aux yeux des fonctionnaires, «tout demandeur d'asile est un faux réfugié présumé», auquel il revient alors de prouver le contraire.

Chaque décision liée à la procédure d'asile doit être littéralement arrachée à la Suisse, a regretté M. Nussbaum. Les enquêtes d'ambassade, qui visent à vérifier les informations données par le requérant, ne sont par ailleurs guère fiables. «C'est du n'importe quoi la plupart du temps», s'est emporté le pasteur.

Berne se cacherait aussi parfois derrière les accords de Dublin pour se débarrasser de dossiers encombrants. Ces accords, qui visent à éviter qu'une personne dépose une demande d'asile dans plusieurs pays européens, sont appliqués mécaniquement en Suisse, a souligné le secrétaire de l'ODAE, Aldo Brina.

Et de rappeler que, depuis le 1er janvier 2008, la précarité des demandeurs d'asile déboutés n'a fait qu'augmenter.

Monsieur Islam n’existe pas !




Compte rendu de la soirée « L’Islam en terre chrétienne » du 9 novembre à l’Estrée

Comme c’est désormais la coutume lors des événements organisés conjointement entre l’Eglise réformée et l’Estrée tout commence en musique. Ce lundi soir c’est Redouane Haribe un musicien lausannois originaire du Maroc qui interprète plusieurs morceaux arabo-andalous sur son Oud venu de Syrie.

Le pasteur Laurent Zumstein nous rappelle ensuite qu’il existe certaines musiques qui firent s’écrouler des murailles avant de lancer une soirée qui va s’avérer des plus chaleureuse et fraternelle. Dans la salle une cinquantaine de personnes dont un bon nombre de nouveaux venus issus de diverses communautés musulmanes.

Quels sont les vrais problèmes des musulmans en Suisse.

Ufuk Ikitepe, un citoyen Suisse qui habite Moudon depuis 30 ans exprime tout d’abord son incompréhension que soudainement une catégorie de la population soit ainsi stigmatisée. Ce n’est pas ainsi qu’il avait compris et qu’il aime son pays d’adoption. Il affirme que la question d’un minaret ne s’est jamais posée pour le centre Islamique de Moudon, les questions qui le préoccupe sont le manque d’Imams (un quota de 20 imans pour toute la Suisse) et de solution pour l’éducation religieuse des jeunes ainsi que les difficultés liées aux décès. Le rapatriement des corps en Turquie peut ainsi coûter jusqu’à 15.000 Frs . Ufuk termine en se félicitant des mesures d’intégration à Moudon grâce aux autorités et au groupe Suisse-Etranger, ainsi la journée portes-ouvertes des religions du livre vient de rencontrer un magnifique succès dont la presse s’est fait l’écho. Le pasteur Jan de Haas et Geneviève son épouse font aussi partie des maillons de cette chaîne d’échanges et de solidarité interreligieuse dans l’ancienne capitale du Pays de Vaud . Il nous transmet tout le plaisir à partager les rencontres mensuelles d’un groupe de femmes chrétiennes et musulmanes. Dans ce groupe on aborde toutes les questions de la vie quotidienne d’un croyant comme baptême, décès ou mariage. Jan relève la souffrance dans laquelle la campagne anti-minarets plonge les couples mixtes ; à son avis le gouvernement et le parlement ont gravement failli à leur devoir. Il leur incombait de déclarer irrecevable cette initiative discriminatoire qui si elle était acceptée serait incompatible avec le droit international. Il s’étonne aussi du fait que les partisans de l’initiative trouvent soudainement plein de valeurs chrétiennes à défendre , il estime que l’écrasante majorité des chrétiens qui sont véritablement engagés sont opposés à cette position intolérante.

Mosquées et minarets, vue par un architecte


En quelques minutes et deux transparents, l’architecte Bernard Gachet nous présente les principes essentiels d’une mosquée. C’est un espace public et multifonctionnel dans l’environnement urbain. Orientation générale vers la Mecque de la salle de prière qui est plus large que longue afin de montrer l’égalité entre les fidèles, les autres éléments essentiels sont le mur de la Qibla, la niche appellée Mihrâb, la chaire appellée Minbar et le bassin pour les ablutions …Le minaret n’en fait pas obligatoirement partie. Il sert à l’appel à la prière, qui se faisait initialement avec le Muezzin monté sur le toit. Bernard Gachet montre ensuite toutes les diverses formes que peut prendre un minaret, celle de l’affiche de l’UDC n’étant qu’une déclinaison parmi d’autre. En Suisse, il ya très peu de mosquée, plutôt des centres islamiques avec des salles de prières. Il termine en nous expliquant que selon lui deux des plus belles mosquées de l’Islam se trouvent en …Europe. Il s’agit de la mosquée de Cordoue et de la mosquée Selimiye à Edirne en Thrace.













Pas de problèmes d’intégration avec les musulmans de Suisse

Madame Gabriella Amarelle responsable du bureau pour l’intégration de la ville de Lausanne nous donne quelques chiffres. Les étrangers de Lausanne ne sont pas très étrangers (beaucoup sont en ville de longue date ou y sont nés). En Suisse, 60% des musulmans sont européens (Balkans) et habitués à vivre dans une société multiculturelle, 20% viennent de Turquie. Elle souligne qu’à Lausanne,la majorité de la Municipalité est d’origine étrangère ceci est peut être le résultat d’une politique d’intégration qui s’est mise en place depuis 1971. Lorsque les prédécesseurs de l’UDC expliquaient que l’intégration des Italiens et des Espagnols était impossible.

Selon elle, il n’y a pas de problèmes d’intégration liés à l’origine musulmane en Suisse. Cette campagne repose sur des peurs infondées qu’il faut cependant écouter et prendre en compte. En tant que féministe elle est particulièrement sensible au statut de la femme mais elle remarque que c’est précisément les milieux les plus rétrogrades en la matière qui s’offusque soudainement de la soumission de la femme chez les musulmans.

L’Islam Suisse est bel et bien Suisse

L’anthropologue lausannois d’origine marocaine, Ahmed Benani développe ensuite son exposé. Il remarque tout d’abord la particularité de cette initiative. A Paris, la grande mosquée dispose d’un minaret qui domine tout le quartier et personne ne s’en offusque. Aucun Espagnol n’imaginerait de détruire la mosquée de Cordoue ou la Giralda.

En Suisse existe une mosaïque culturelle qui fonctionne fort bien, pourquoi veut-on remettre en cause cet édifice ? Ceci s’explique par le passage à l’ouest de l’Islam qui a accompagné les travailleurs migrants venus des Balkans et de l’Anatolie . Ahmed qui a quitté son Maroc natal pour des raisons politiques se définit comme un libre-penseur musulman. Dans son cas « musulman » a une signification culturelle et non pas religieuse. Ceci est le cas pour une grande majorité des 400.000 musulmans vivants en Suisse ; la pratique de la religion n’est qu’une partie de leur identité suisse. Ahmed remercie l’UDC/UDF grâce à leur initiative cette population va pouvoir se reconnaître, s’organiser et mieux échanger avec le reste du pays. L’anthropologue ne pense pas qu’on doive aimer les religions, mais dans cette campagne, les arguments relèvent de la psychanalyse, on est en plein délire. Cependant Ahmed reste fier de la Suisse, il considère que les partisans de l’initiative ont été induits en erreur et pense que c’est précisément des rencontres comme celle de ce soir qui vont permettre de faire avancer notre pays.

Combien de temps dure de l’éternité

Le dernier intervenant de la soirée, le géographe Laurent Matthey, s’intéresse à la manière dont cette initiative trouve son origine en Suisse allemande. En fait c’est à la base une banale histoire de voisinage ( rien de religieux) comme dans beaucoup de mise à l’enquête qui a été utilisée par des politiciens pour l’intrumentaliser.

Il revient sur la question des cimetières pour les fidèles musulmans et nous narre une jolie histoire neuchâteloise. Dans ce canton, une consultation préalable entre les diverses communautés avait été organisée. Deux logiques semblaient s’affronter, celle qui prévaut en Suisse depuis le XIXeme : tous les cadavres, protestants, catholiques, riches, pauvres, prostituées, suicidés ou non baptisés sont alignés côte-à-côte dans les cimetières. Les musulmans eux doivent être ensevelis pour l’éternité (dans un drap blanc), orientés avec la tête en direction de la Mecque. A la suite d’intenses négociations, cette éternité a été mesurée comme le temps qu’il fallait pour que le corps soit entièrement décomposé. Ceci dépendant du taux d’acidité des sols qui est différent d’une région à l’autre du canton, c’est donc l’expertise d’un géologue spécialisé des sols qui a pu déterminer la durée de l’éternité.

Selon le géographe, c’est bien ce genre de dialogue et de négociations au sein de la société civile qu’ il faut privilégier et pas l’édiction de lois discriminantes.

Echanges avec le public

Les échanges avec le public sont ensuite très riches, avec des interventions de plusieurs membres de la communauté musulmane. Notamment des femmes qui expriment fort bien leurs sentiments, fierté d’être Suisse ou habitant en Suisse mais incompréhension d’être dépeintes de manière si caricaturale et haineuse. Une personne explique qu’elle va voter pour l’initiative car elle craint la généralisation des Burqas (elle en aurait vu une à Lausanne). Il lui est répondu que la Burqa n’est pas liée à l’Islam mais à la tradition afghane ou yéménite.

Laurent Matthey relève aussi ce genre de glissement sémantique entre minarets et Islam, voile et burqa.. Face à une question sur l’hypothèse que la violence serait intrinsèque à l’Islam, les intervenants rappellent que les empires ottomans à l’est ou Al-Andalous se sont plutôt caractérisés par des sociétés tolérantes. C’est bien lors de la reconquista que les juifs ont été chassés d’Espagne et que les massacres de l’Inquisition ont commencés. Cependant il est vrai que les perceptions de l’histoire contemporaine sont très différentes entre le monde musulmans et l’occident. Le terroriste de l’un est souvent le résistant de l’autre.

Jan de Haas souhaite que l’Etat se préoccupe de la formation d’imam AOC Suisse. David Gun l’un des segundos moudonnois présents ce soir voudrait qu’on reconnaisse aussi la richesse et la diversité que les musulmans amènent dans ce pays. Il est des nôtres et voudrait que l’Etat protège ses droits au lieu de le montrer du doigt.

Ce qui importe ce n’est pas de faire la liste des différences et de porter des jugements, mais plutôt de les mettre en dialogue et de les négocier. L’intégration ne doit pas rimer avec uniformisation mais permettre d’avancer vers une société plus équitable.

Une jeune maman musulmane raconte avec fierté comment son fils a expliqué l’histoire des arabes en Espagne lors d’un exposé d’histoire. Avant que Ahmed ne conclue en disant qu’il n’a peur ni de l’Islam ni de la démocratie. Il remercie les initiants de l’UDC/UDF d’avoir provoqué en réaction cette belle soirée qui aura démontré que par delà les clichés xénophobes « Monsieur Islam n’existe pas ».

Texte Daniel Schneider, Montpreveyres

La procédure d’asile grecque ne respecte pas le droit communautaire

La procédure d'asile grecque ne respecte pas le droit communautaire

publié le 10 Novembre 2009


http://infong.wordpress.com/2009/11/10/la-procedure-d%E2%80%99asile-grecque-ne-respecte-pas-le-droit-communautaire/

Forum réfugiés s'associe à quatre associations européennes, œuvrant pour les droits des réfugiés, qui aujourd'hui déposent une plainte devant la Commission européenne pour dénoncer le système d'asile grec.


www.forumrefugies.org

Le système d'asile grec est défaillant et inhumain. Les demandeurs d'asile en Grèce sont détenus dans des prisons surpeuplées et sales. Ils vivent dans les rues où ils sont exposés aux violences et harcèlements. Certains sont même renvoyés en Turquie dans des conditions déplorables. C'est pourquoi quatre associations européennes (Dutch Council for Refugees, Finish Refugee Advice Centre, PRO ASYL et British Refugee and Migrant Justice) ont décidé de déposer aujourd'hui une plainte auprès de la Commission européenne. Forum réfugiés, avec dix-neuf autres associations en Europe, soutient cette plainte.

La Grèce ne respecte pas le droit européen en matière d'asile. Et pourtant, de nombreux Etats européens, en appliquant le règlement dit Dublin II, continuent d'y renvoyer des demandeurs d'asile, car la Grèce est le premier pays européen qu'ils ont traversé.

C'est notamment le cas de la France. A cet égard, le Conseil d'Etat vient de nous en faire une triste illustration en autorisant, le 6 novembre dernier, le transfert de deux demandeurs afghans vers la Grèce. Constatant que la Grèce est partie à la convention de Genève sur le statut des réfugiés et à la Convention européenne des droits de l'homme, le conseil d'Etat estime que les demandeurs n'étaient pas fondés à se prévaloir de documents d'ordre général pour contester la règles relatives à l'asile appliquables en Grèce. Par ailleurs, les juges soulignent que les demandeurs n'établissent pas avoir personnellement subi des mauvais traitements en Grèce. Pour Jean-François PLOQUIN, directeur général de Forum réfugiés, « l'argumentation du conseil d'Etat méconnaît la réalité du système d'asile grec ».

Une protection inexistante

Une fois transférés en Grèce, les demandeurs d'asile se trouvent dans une situation déplorable. Pour les demandeurs d'asile, il y a peu de chances en effet d'obtenir une protection quelconque. Seul le poste de police à Athènes est compétent pour enregistrer les demandes d'asile, mais le samedi uniquement : pour ceux qui n'y parviennent pas, ils devront tenter leur chance la semaine suivante. Les demandeurs d'asile ne peuvent obtenir aucune information; ils n'ont pas accès non plus à un interprète ou à une assistance juridique. Le dispositif national d'accueil est lui aussi déplorable et insuffisant, poussant dans les rues de nombreux hommes, femmes, enfants et personnes âgées.
Au surplus, en 2008, les autorités grecques, qui ont enregistré près de 19 800 demandes d'asile et rendu plus de 24 100 décisions, n'ont accordé que 380 protections, soit un taux d'accord de 1,57% !

Des arrivées importantes

En raison de sa situation géographique, la Grèce voit arriver sur ses terres de nombreux demandeurs d'asile. Or, la Grèce est aujourd'hui dans l'incapacité de gérer ces flux. Cette situation n'est d'ailleurs pas en passe d'être améliorée puisque 30 000 demandes d'asile n'ont toujours pas été traitées. Il est donc impératif que les demandeurs d'asile ne soient pas transférés vers la Grèce avant qu'une solution ne soit trouvée.

Engager une procédure d'infraction

Le gouvernement grec a été sollicité à plusieurs reprises à ce sujet, y compris pas la Commission européenne. Mais les promesses du gouvernement grec sont, semble-t-il, restées lettre morte. Pour cette raison, Forum réfugiés demande à la Commission européenne d'engager une procédure d'infraction à l'encontre de la Grèce afin que celle-ci conforme sa législation et sa pratique au droit communautaire et de port! er l'affaire, si nécessaire, devant la Cour de Justice des Communautés européennes (CJCE).

En savoir plus

L'initiative anti-minarets menace aussi les chrétiens

Retrouvé cet ancien post de Hughes Hiltpold

L’initiative populaire visant à interdire les minarets ne vise pas le terrorisme islamique. En effet, tout ce qui est pointu n'est pas un missile. Non: l’initiative vise en réalité la liberté religieuse. Quelques allumés islamophobes s'appuient sur la peur de l’Islam pour provoquer un débat national destructeur. La victime de ce débat ne sera pas l’extrémisme religieux. Mais bien, au contraire, la paix religieuse et le dialogue interconfessionnel. Et notre droit à tous de croire ou de ne pas croire.

Défendre le droit d'être musulman en Suisse, c'est donc notre devoir à tous. Comme il aurait été notre devoir de défendre les juifs dans les années 1930. Comme il aurait été de notre devoir, dans la France d'après la Révocation de l'Edit de Nantes, de défendre les protestants. Comme il serait de notre devoir de défendre, en Arabie Séoudite, les chrétiens. Comme, enfin, il est de notre devoir de croyants de protéger le droit des athées à ne pas croire.

Plus de 400'000 musulmans vivent dans notre pays. Paisiblement. Bien sûr, on citera des faits divers impliquant des musulmans pour démontrer que l'Islam pousse à la violence. Et l'on trouvera dans le Coran et la Sunnah des références pour enfoncer le clou. D'autres alors, pour défendre l'Islam, citeront les Evangiles, où les appels à la violence figurent en bonne place aussi. Et l'on passera ainsi des mois à monter une religion contre l'autre. Quel que soit le score de ce texte dans les urnes, notre pays se relèvera-t-il des mois de déchaînement haineux que ce débat ne manquera pas de provoquer?

La liberté de croire et de ne pas croire est ancrée au cœur même de ce qui a fait notre pays. La Suisse , en effet, ne s'est pas constituée comme n’importe quelle autre Etat-nation. En général, l'Etat nation naît autour d'un peuple réuni par une même langue, une même histoire, une même religion et un même espace géographique.

Pas la Suisse. Ni celle de 1291, qui réunissait déjà trois peuples différents, ni celle de 1848. Quatre langues, deux religions dominantes, sans oublier les juifs, et plus de 20 cantons ayant chacun son destin propre. La Suisse est donc bien plus que n'importe quel autre pays du monde: elle est une idée. Ce qui réunit les Suisses, c'est leur volonté de vivre libres, c'est leur volonté de voir leurs différences respectées.

Un combat qui n'a pas toujours été évident. Aux balbutiements de l'Etat fédéral, les sept cantons catholiques ont rêvé de faire sécession. Ce fut le « Sonderbund », l'idée d'une partition confessionnelle de notre pays. Un projet que les radicaux, fondateurs du pays, ont rejeté: la Suisse devait impérativement rester le pays de la pluralité.

L'initiative contre les minarets s'attaque à cette vision de la Suisse : un pays où chacun respecte la liberté de l'autre. Un pays d'individus unis par leur soif de liberté, et non par l'aspiration grégaire à se ressembler les uns les autres.

L'UDC suivra-t-elle les têtes brûlées qui ont contribué au succès de cette initiative, et dont Genève compte un certain nombre d'exemplaires qui se sont déjà illustrés dans le passé par des dérapages antisémites ou homophobes? Ou alors aura-t-elle la dignité qui sied à un grand parti, et plaidera-t-elle pour le retrait immédiat de ce texte? Hélas, les expériences passées avec ce parti ne laissent rien présager de bon.

Une légende veut que le roi du Danemark, pendant l'occupation nazie, aurait porté la croix jaune en signe de solidarité avec les juifs danois. C'est une légende, mais il est vrai que le roi et le peuple danois se sont mobilisés contre la déportation des juifs. En Suisse, la situation était plus trouble. C'est pourquoi nous devons une immense reconnaissance aux "Justes" qui, contre la majorité, contre même les décisions politiques, ont aidé des juifs à échapper à la barbarie.

Alors que la situation n'est pas encore comparable à celle des années 1930-1945, les Suisses doivent trouver dans l'exemple de ces Justes le courage de s'élever contre cette initiative.

mardi, novembre 10, 2009

Les mosquées avec et sans minarets

çinçinmosque
Id Kah Cami - ÇinNiujie Cami - ÇinGucheng Mosque - Çin
mosquemosquemosque
Kowloon Cami - ÇinShah Jahan Cami - İngiltereSabah Cami - Malezya
cami resimlerimosquemosque
Badshahi Cami - PakistanFaysal Cami - PakistanKristal Cami - Malezya
mosqueCami
Ahmadiyya Cami - KanadaGök Cami - ErmenistanHünkar Cami - Saraybosna
cami
Nur Cami - AlmanyaFaysal Cami - GineJamek An Nur Cami - Malezya
cami resimleri
M. Ali Paşa Cami - Mısır
Malabar Cami - Singapur
Kum Cami -- Mali
Zahir Cami -- MalezyaPutra Cami -- MalezyaMavi Cami - Malezya
cami resimleri
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La peur du Sarazin prêt à franchir les alpes

Je vous livre ci-dessous les notes préparées par l'anthropologue Lausannois Ahmed Benani préparée dans le cadre d'une soirée d'échange "L'Islam en pays Chrétien ?" qui s'est tenue hier soir à Ropraz.

Le regretté Jacques Berque déclarait, il y a encore peu que

"L'islam pâtit en effet dans l'opinion mondiale d'un discrédit qu'il ne partage ni avec le Japon, plus redouté que réprouvé, ni avec la Chine, formidable client à ménager, ni avec l'Inde, géant que son penchant métaphysique fait tenir pour inoffensif. Le musulman lui demeure l'éternel sarrasin, rendu plus dangereux encore par une modernité à quoi il n'accéderait que pour le pire".

C’est bien cette peur du Sarazin prêt à franchir les Alpes qui tenaille l’UDC et ses amis C’est le souvenir de Poitiers en 732 et donc M. Blocher est appelé à un destin à la Charles Martel pour bouter les musulmans hors de Suisse À moins que ces même initiants ne songent encore à Isabelle-la-Catholique et Ferdinand de Castille en 1492 qui chassèrent les musulmans et les juifs d’Espagne.

Car, soyons honnêtes derrière cette histoire d’initiative contre les minarets, c’est bien de l’Islam suisse qu’il s’agit.
Le minaret c’est un peu l’arbre qui cache la forêt.



Mais je vous concède qu’on peut détester l'islam, ne pas aimer ses adeptes, encore faut-il savoir pourquoi? Marx parlait de la religion comme de l'opium du peuple et Freud de cette même religion comme expression de la névrose collective. L'UDC ne nous dit pas le pourquoi de sa peur de l'islam, tout en comptant dans ses rangs des musulmans. Alors quoi? Paradoxe, contradiction, ignorance ou vulgaire populisme pour engranger des voix pour les votations et élections à venir. C'est à l'UDC, premier parti politique suisse de s'expliquer. Moi, comme Bourdieu, je me limiterai aux news (faits précis) non aux views (discours idéologiques).

Revenons aux réalités plus prosaïques, de quoi s’agit-il quand on parle d’Islam européen ou d’islams d’Europe et en l’occurrence d’islam suisse- Les statistiques même si elles datent un peu sont on ne peut plus claires. Voici les chiffres: en 1970, 16’300 musulmans habitaient en suisse; en 1980, 56’600; en 1990, 152’000; en l’an 2000, 310’000; enfin en 2009, les musulmans sont entre 350’000 et 400'000 (principales origines: Balkans et Turquie, donc majoritairement européens). En termes de pourcentage, les musulmans représentent aujourd’hui le 5% de la population suisse, contre 0,26% en 1970. De plus, il suffit de considérer que la moitié des musulmans a aujourd’hui moins de 25 ans et que le taux de natalité est de 2,44 enfants par couple pour réaliser que la communauté musulmane formera bientôt le 10% de la population helvétique. Enfin, il faut préciser que 12% des musulmans, en l’an 2000, détenaient un passeport suisse.

L’islam suisse est bien suisse et il est ici chez lui comme toutes les autres expressions du religieux et du non religieux
À moins que, comme jadis avec l’étoile Jaune pour les juifs avant la solution finale, l’UDC ne recommande pour les musulmans le port du brassard vert et le croissant de lune pour en faire Dieu sait quoi


J’ai toujours une très grande appréhension à entrer dans le monde de la théologie qui n’est pas le mien. Mais comme on m’a convié à débattre d’un thème à la fois brûlant et fondamental, la place de l’Islam dans la société suisse, je le fais très volontiers à partir du point de vue de l’anthropologie politique et plus généralement des sciences sociales.

Je reprends ici la comparaison, qui vaut ce qu’elle vaut de Viviane Liati dans son livre : « de l’usage du Coran » : on peut décrire une voiture à partir de la carrosserie, de sa ligne, de sa couleur, mais si l’on veut comprendre comment ça marche, il faut mettre les mains sous le capot. Le théologien est le mécanicien de la religion, il sait comment ça fonctionne ! Or je ne suis pas théologien


Pour contribuer modestement au débat de ce soir, je pose d’entrée de jeu quelques balises ou repères, mais qui nous ramèneront très vite au cœur de notre sujet.

-En Europe, la démocratie s’est constituée après la subordination du religieux au politique
-La tolérance civile (au sens de non-religieux) est la matrice de toutes les libertés d’opinion.
-Une société est « civile » quand on y protège la liberté de croire ou de ne pas croire
-Quand les croyants n’y sont pas supérieurs aux incroyants
-Quand le temps social n’y est pas ordonné par les matines, les vêpres, ou les appels des muezzins (depuis des minarets ai-je envie d’ajouter !)
-Quand la perte de la foi n’y est pas vécue comme un crime spirituel et un scandale
social
-Quand on accepte, sans sursaut de honte et d’horreur dont l’homme puisse vivre, s’il le souhaite, sans l’idée de Dieu
-Quand le blasphème n’est plus vilipendé et que la mécréance n’est plus châtiée
On est alors dans une métaphysique civile et démocratique. Autrement non !

Or dans les espaces musulmans, de manière générale, voire dominante, il apparaît que les gens ne puissent se passer des symboles et des mélodies de la religion, de ses rites, de ses usages, de ses bienséances, sans être désignés comme des énergumènes sans foi, ni loi.
Il s’agit d’un premier constat, et non d’une essence ou d’une culture figées à tout jamais

Dans ces mêmes espaces islamiques ou décrétés tels, la foi n’est pas individuelle mais une évidence collective ! Un conformisme sur lequel le regard d’autrui, du voisin, du parent, du passant pèse de tout son poids !

-La liberté humaine, quels que soient ses mérites et ses attraits, est restée au-dessous du service de Dieu.
-On a le sentiment fondé ou pas, que le musulman ne cherche pas à avoir un pouvoir réel sur les choses. La décision finale revient toujours à Dieu, murmure t-on à chaque occasion.
-La politique (pris ici au sens premier, des affaires de la cité) n’est pas du ressort de l’homme.
Il y a comme une complainte éternelle dans le cœur des croyants :
-Qui nous dictera nos préceptes de vertu si Dieu nous abandonne ?
-Comment ne pas sombrer dans la folie s’il n’y a pas de juge suprême pour nous arrêter dans nos excès ?
-Comment la charité ne finira-t-elle pas par s’éteindre dans nos cœurs ?
-Qui nous retiendra sur la pente de nos mauvais penchants ?
-Comment reconnaîtra-t-on le vice ?



Mais revenons à notre propos : Islams d’Europe – Islam Suisse

On peut ergoter à l’infini sur le passage de l’islam à l’Ouest, non comme le souligne Olivier Roy, sous la forme d’une conquête ou de conversions massives, « mais par un déplacement volontaire de populations musulmanes, venues chercher du travail ou de meilleures conditions de vie en Occident ». Mais, même en tenant compte de cette transplantation récente de populations musulmanes (années 60-70), ce « passage » de l'islam à l'Ouest, n’est qu’un aspect du problème qui a tendance à occulter l’autre aspect quasi fondamental de l’islam implanté ou islam européen, l’islam balkanique et turc par exemple, qui retient particulièrement notre attention en Suisse parce qu’il est majoritaire ! (Donnez également les statistiques Bureau Lausannois pour l’intégration des étrangers. pp. 1 et 2).
Mais quoiqu’il en soit et sous quelque angle que l’on considère cette problématique, elle s’inscrit dorénavant dans le phénomène de la mondialisation. Ainsi la prise en considération ou le rappel pour ceux qui souffrent d’une auto-amnésie ou de négationnisme de l’existence d’un islam turc, balkanique, tchétchène, rend caduc toutes les visions culturalistes et essentialistes.
Il y a aujourd’hui une religion qui apprend à se désincarner et des populations musulmanes qui négocient leurs nouvelles identités, y compris dans la « confrontation » avec les expressions des autres monothéismes, la sécularisation, l’incroyance.
Mais vous en conviendrez. Ce n’est pas tout à fait dans ces termes que l’on s’exprime majoritairement sur l’Islam en Occident et plus particulièrement en Suisse
Je dirais, que c’est au moment où les frontières entre grandes civilisations s’effacent que l’on voit apparaître des théories et des mouvements qui visent justement à redonner vie à ces fantômes, à ces phantasmes, à la fabrication d’un imaginaire social occidental sur l’islam, le monde musulman, l’Empire Musulman, l’Axe du Mal dont on retrouve les agents, les cellules dormantes ou actives jusque dans nos villes.
Tout passe désormais par un inventaire classique ou une invention entretenue : le voile, le terrorisme, le statut de la femme, les carrés musulmans dans les cimetières chrétiens, les mosquées officielles ou les lieux de culte clandestins, les boucheries Halal, le clash avec les autres cultures, bref, le communautarisme sous toutes ses formes ethniques et religieuses.
Bref souvent sans avoir dit ce qui peut être considéré comme le b.a. b.a. d’une altérité religieuse ou culturelle, sans connaître les aspects complexes de la foi musulmane, les textes fondateurs, on est d’abord et avant tout dans des nouvelles frontières, de nouveaux ghettos, des différences incompressibles.
Le but est, bien entendu, de fixer les esprits, les comportements et les discours. Ce « Nous » et les « Autres » est affirmé avec d’autant de véhémence et de récurrence qu’il faut l’inventer sans cesse comme s’il était vital pour exorciser le mal, de créer au cœur de l’Occident un homo islamicus, comme objet de focalisation de l’imaginaire. Or pour reprendre le titre d’un livre : Monsieur Islam n’existe pas
Il serait pour le moins fastidieux d’énumérer l’interminable liste des doléances, comme celle d’ailleurs des acteurs et producteurs de ce discours en passe d’accoucher de quelque chose de phobique, nous y reviendrons sans doute longuement dans nos échanges croisés de fin de réunion.

Je préfère dans cette courte présentation, mettre en place quelques repères ou, balises pour mieux cerner les aspects de ces rhétoriques et dans le fond en démontrer la vacuité.
Contre toutes les affirmations péremptoires que l’on trouve sous la plume d’observateurs, de spécialistes de l’islam, d’animateurs d’associations, de parti politiques, de ligue de défense de la laïcité etc., sur la confusion du temporel et du spirituel en islam : on peut déjà affirmer et démontrer que :

L’islam ou les islams ne définissent ni les comportements du milliard de musulmans, ni les structures économiques, sociales et politiques dans lesquels vivent ces musulmans.
C’est dire qu’il faut réfuter toutes les approches globalisantes, totalisantes, pour ne pas dire totalitaires quand on parle de l’Islam, et ce qui vaut pour l’Islam est également vrai pour les Christianismes et les judaïsmes. Personne n’aurait l’outrecuidance de couler dans un même moule, pour ensuite en tirer des conclusions définitives, le comportement du milliard de chrétiens ou des vingt millions de Juifs, sans parler du Bouddhisme, de l’Hindouisme et des autres expressions de la religiosité dans notre monde !


En ce qui concerne l’Europe, la Suisse et tous ceux qui revisitent l’islam ou les islams selon leur tempérament ou en puisant dans les lieux communs, les préjugés de toutes sortes, d’entrée de jeu, se pose une question incontournable et fondamentale et à laquelle je vous invite à réfléchir :

Comment s'effectue aujourd'hui l'intégration du facteur religieux dans les sociétés, où la séparation entre l’Église (la religion) et l’État, (même dans un pays officiellement laïque comme la France), n’est pas toujours évidente ? Pourquoi, plus généralement, la place de la religion demeure t-elle problématique. ?
En Suisse comment comprendre qu’il n’y ait que deux cantons laïcs : Genève te Neuchâtel, le rôle du PDC ou du Parti Evangélique

Toute approche sérieuse de ces questions ne peut relever que de la démarche anthropologique, c’est-à-dire d’un point de vue qui s’interroge non seulement sur les valeurs et les pratiques qui sous-tendent les différentes prises de position sur la question du voile ou les autres signes de sur-visibilité de l’islam, considérés comme révélateurs d’une logique plus globale, mais également sur des notions cardinales, telles que la religion, la laïcité et l’intégration.
Il me paraît donc indispensable de traiter de quelques exemples pris en Suisse, pour aborder justement ce qui est souvent laissé de côté par ceux qui s’expriment régulièrement et publiquement sur ces questions relatives à l’Islam.
Depuis l’apparition dans le début des années 1980, un certain nombre de signes se sont accumulés dans le paysage européen qui sont à l'origine des développements actuels de la querelle sur la place de l'islam dans cette région et sur les limites à ne pas transgresser ; comment déconstruire cette question autrement que ne le fait l’UDC ?

Soirées de débats/films/discussions autour de l’initiative contre la construction de minarets



Le Mouvement de lutte contre le racisme (MLCR) organise trois soirées de débats/films/discussions autour de l’initiative contre la construction de minarets sur les thèmes: «Conditions et droits des femmes musulmanes, des luttes nécessaires» et «Réalité des migrant·e·s musulman·e·s en Suisse»

mardi 10 / mercredi 11 / jeudi 12 novembre
cinéma Oblò (av. de France 9)
Lausanne

mardi 10, 20h: présentation du MLCR et de sa position contre l’initiative anti- minarets. Projection du film «Reise der Hoffnung», de Xavier Koller. Entrée: 5 Fr.

mercredi 11, 20h: Soirée thématique «Conditions et droits des femmes musulmanes, des luttes nécessaires» avec Marianne Ebel, Lucia Dahlab, Cheryne Gherbi.

jeudi 12.11, 20h: Soirée thématique «Réalité des migrant·e·s musulman·e·s en Suisse» avec la participation de Samina Mesgarzadeh, Mallory Schneuwly Purdie, Bashkim Iseni, Emir Cengic.

Les interventions du 11 et du 12 seront suivies par la projection du documentaire «Urban Islam. Entre le portable et le Coran».

Interdiction de la burqa: mais que cherche Eveline Widmer-Schlumpf?


En pleine campagne sur les minarets, Eveline Widmer-Schlumpf vient de proposer un drôle de marché à la population, qui réjouit les partisans de l'interdiction des minarets et trouble les opposants.

Ludovic Rocchi - le 09 novembre 2009, 21h29
Le Matin

En gros, elle nous dit de laisser tranquilles les minarets. Et qu'en échange elle va s'occuper d'un symbole bien plus dérangeant encore de l'islam, celui de la burqa, que la conseillère fédérale se dit prête à interdire en Suisse si trop de femmes musulmanes se mettaient à porter ce voile intégral et grillagé dans nos rues.


Surenchère populiste

De quoi ajouter de la confusion à la confusion dans ce débat miné sur les minarets. C'est en tout cas ce qu'estime l'entourage de plusieurs conseillers fédéraux. «Mme Widmer-Schlumpf avance un argument dangereux, qu'on ne doit justement pas lier à cette votation sur les minarets», explique une source. Une autre va plus loin encore: «Il s'agit d'une surenchère populiste mal maîtrisée face à l'UDC.» Voilà qui vise personnellement la conseillère fédérale bannie par l'UDC et en quête de soutiens pour éventuellement se faire réélire à son poste en 2011.

Très actif dans le camp des opposants à l'initiative, le jeune radical valaisan Philippe Nantermod ne va pas si loin. Mais il s'étonne tout de même de la sortie de Mme Widmer-Schlumpf: «Ne jouons pas à se faire peur avec des burqas, laissons-les aux affiches de l'UDC!» Selon Philippe Nantermod, il s'agit d'un faux débat: «Si on avait vraiment un problème de burqas en Suisse, on pourrait en discuter. Mais ce n'est pas le cas. Les seules femmes musulmanes en voile intégral que l'on peut croiser sont de riches touristes des pays arabes de passage à Genève.»

Du côté des partisans de l'initiative, on accueille nettement plus favorablement les velléités d'interdiction portées par Eveline Widmer-Schlumpf. Non sans ironie, comme le résume l'UDC Oskar Freysinger: «Elle est vraiment maladroite, car elle nous donne implicitement raison! Oui, nous avons un problème d'intégration face à l'islam, que ce soit pour la burqa ou les minarets.»

L'UDC se délecte aussi de voir la conseillère fédérale mettre les femmes socialistes dans l'embarras: «Elles sont complètement schizophrènes, assène Oskar Freysinger. La burqa leur déplaît aussi, mais elles se veulent quand même ouvertes à une religion encore plus machiste que le catholicisme.»

Présidente des Femmes socialistes, Maria Roth-Bernasconi voit évidemment les choses autrement: «L'affiche des initiants a voulu faire croire que, après les minarets, les burqas allaient nous envahir. Mme Widmer-Schlumpf a donc eu raison de préciser que la burqa pourrait être interdite en Suisse si elle y devenait un vrai problème, sachant qu'il s'agit là vraiment d'un signe dégradant pour la femme.»

Propos minimisés

Cette ligne d'argumentation recoupe celle de la principale intéressée. Porte-parole de la conseillère fédérale, Brigitte Hauser précise que «Mme Widmer-Schlumpf n'a fait que donner son avis personnel sur ce symbole qui la dérange. Et elle a ajouté que, si cela devenait un vrai problème en Suisse, la Confédération pourrait examiner la question d'une interdiction. Ensuite, on peut toujours exploiter les arguments comme on veut dans une campagne.»

Israël étudie la construction de camp d'hébergement et de travail pour les réfugiés

Le gouvernement étudie une proposition de construire des camps de
transit pour les immigrés clandestinement infiltrés d'Egypte

Dana Weiler Polak (Haaretz) - 4 novembre 2009

Selon la proposition, les clandestins passés par la frontière égyptienne
seraient hébergés dans des camps de transit dans le sud du pays.

Le gouvernement étudie la construction de camps dans le sud du pays pour
les demandeurs d'asile qui s'infiltreront en Israël par la frontière
égyptienne, a annoncé aujourd'hui (mercredi) Galei-Tzahal (La chaîne de
radio officielle de l'armée israélienne, ndlt). Les demandeurs d'asile
resteraient dans les camps jusqu'à la fin de la procédure qui
déterminera leur droite à l'asile. Une procédure qui peut durer
plusieurs mois et même des années.

Dans le cadre des tentatives de trouver les solutions au problème
concernant les personnes en séjour illégal, une proposition a été faite
selon laquelle les demandeurs d'asile seraient hébergés dans ce qu'on
appelle "des camps de transit". Dans ces camps, ils recevraient de la
nourriture de base, un hébergement et des services médicaux de première
nécessité. Selon la proposition les demandeurs d'asile iraient
travailler tous les jours dans les agglomérations du Neguev et de
l'Araba (deux régions du sud d'Israël, ndlt) et la nuit, ils
rentreraient dans les camps. Les demandeurs d'asile ne recevraient pas
de salaire pour leur travail, le salaire serait affecté au financement
des camps.

Je suis effrayé par le gouffre dans lequel nous sommes tombés, a répondu
le député de la Knesset Dov Hanin ( du parti Hadash). La logique de la
proposition encourage les réfugiés à venir en Israël. Un perspective de
lit est un encouragement si on regarde d'où ils viennent. Israël a le
droit de fermer ses frontières mais une fois qu'une personne est là, on
ne peut la combattre.

Au delà des associations douloureuses que les "camps de travail"
réveillent et de l'opposition des organisations des droits de l'Homme,
il se peut que les agglomérations du sud s'opposent à cette proposition.
En Avril 2008 Sigal Rozen du Centre d'aide aux travailleurs étrangers a
déposé une déclaration auprès du tribunal au moment où était examinée
l'ordonnance 'Guedera-Hadera' selon laquelle les demandeurs d'asile
devraient demeurer hors la zone comprise entre ces deux villes (qui
constitue le centre du pays). C'est à dire, qu'ils pouvaient séjourner
dans les Neguev et l'Araba dont nous parlons à présent.

Au moment de l'examen de l'ordonnance Guedera-Hadera on a étudié des
alternatives à la simple détention des travailleurs , pour des résultats
décevants :« J'ai contacté de nombreux kibbouzim pour essayer de placer
dans leurs entreprises des demandeurs d'asile du Soudan déclare Rozen
dans sa déposition de 2008. La plupart des gestionnaires des kibbouzim,
bien qu'ils affirment manquer cruellement de main d'œuvre, ont refusé ma
demande lorsqu'ils ont compris qu'ils seraient supposé payer aux
demandeurs d'asile le salaire minimum légal ou plus. Et cela parce que
nous considérons que les déductions faites sur leurs salaires ne doivent
pas supérieures à celles autorisées par la loi sur les travailleurs
étrangers.

Par la suite Rozen a contacté des centaines d'employeurs dans les
moshavim ( coopératives agricoles)et dans les kibbouzim, mais de rares
exceptions ont accordé de l'intérêt à l'idée. Finalement 14 moshavim et
deux kibbouzim seulement ont fait la démarche et ont accepté de recevoir
des réfugiés soudanais comme travailleurs agricoles dans les fermes.

Traduction Danny Berger/Michèle Sibony

Article imprimé à partir du site de la Campagne Civile Internationale
pour la Protection du Peuple Palestinien :
http://www.protection-palestine.org/

URL : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article7932 (publié
le lundi 9 novembre 2009)

Le Danemark multiplie par dix la prime de retour aux immigrés

Le gouvernement libéral-conservateur danois veut multiplier par dix la prime au retour accordée aux immigrés, en leur offrant désormais 100 000 couronnes (13 443 euros) pour les inciter à rentrer définitivement dans leur pays, a expliqué, lundi 9 novembre, une source parlementaire. Un article du Monde avec l’AFP.

Cette décision a été prise dans le cadre d'un accord conclu dimanche soir avec le Parti du peuple danois (PPD, extrême droite), allié parlementaire du gouvernement, lors des négociations sur la loi de finances 2010.

Jusqu'à présent, la prime au retour octroyée s'élevait à 11 000 couronnes (1 475 euros). Cette offre est destinée aux immigrés et réfugiés qui "ne peuvent pas ou ne veulent pas s'intégrer à la société danoise", a déclaré dimanche soir aux journalistes le président du groupe parlementaire du PPD, Kristian Tuelesen Dahl.

2,7 MILLIONS D'EUROS D'AIDES AUX MAIRIES

Selon le ministère aux réfugiés, immigrés et à l'intégration, 2 524 personnes, notamment d'ex-Yougoslavie, d'Irak, d'Iran, du Liban, de Somalie et de Turquie ont quitté le Danemark depuis 1997, date de l'introduction dans ce pays d'un régime de rapatriement. Les immigrés représentent 7,3 % de la population danoise de 5,5 millions d'individus, au 1er juillet 2009, dont 4,5 % issus de pays non occidentaux.

L'accord prévoit aussi une aide de 20 millions de couronnes (2,7 millions d'euros) aux mairies, responsables de l'intégration des immigrés, pour "motiver" les étrangers à revenir chez eux et à renoncer à leur titre de séjour.

lundi, novembre 09, 2009

Dans la jungle ou dans le zoo...

(fr) Dans la jungle ou dans le zoo...


http://www.ainfos.ca/fr/ainfos08560.html

Date Fri, 6 Nov 2009 10:45:03 +0100



Irfan, migrant d'origine pachtoune, à Calais, râle : « Pourquoi la France, qui ne veut pas nous garder, nous empêche-t-elle aussi de partir ? » (...) « Personne ne veut de nous en Europe. Mais chaque pays qui nous rejette ne veut pas non plus que nous le quittions. Je n'y comprends rien. » Il énumère la Grèce et l'Italie, où, comme ici, il lui était à la fois interdit de rester et de partir. Il finit par lâcher qu'il a «l'impression d'être en cage »1.

De « Jungle » en jungles...

Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, Eric Besson, annonce, le 16 septembre 2009, l'imminence de l'expulsion de la « jungle » de Calais, campement habité essentiellement par des Pachtounes (qui viennent d'Afghanistan). Il précise que « depuis 6 mois, un campement ou un squat est fermé chaque semaine » autour de Calais, tel qu'il l'a demandé au préfet. De nombreuses personnes partent de la « jungle » (où les associatifs comptaient près de 1200 personnes quelques semaines plus tôt), essayant de se disperser de-ci de-là, de fuir en Belgique ou aux Pays-Bas, ou bien de traverser vers l'Angleterre grâce à un gouvernement qui semble avoir « fermé les yeux » sur les passages clandestins de la frontière pour vider la « jungle » avant de la « nettoyer »2.

Le 22 septembre, 500 flics débarquent à 7h30, encerclent les lieux et arrêtent 276 personnes. La plupart étaient rassemblées autour de quelques banderoles exprimant leur envie de rester sur place et ont tenté pendant 25 minutes de résister à l'assaut des keufs avec l'aide de quelques personnes solidaires. La « jungle » est rasée à coups de bulldozers et de tronçonneuses, et deviendra, selon les communiqués ministériels, une zone d'activité économique.

Pour les personnes arrêtées, passage au commissariat. 125 mineurs sont ensuite placés dans des foyers de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) à quelques centaines de kilomètres de là ; certains s'en échappent presque aussitôt. Les autres, considérés comme majeurs, sont amenés dans des bus puis éparpillés dans les CRA de Toulouse, Rouen, Nîmes, Marseille, Mesnil-Amelot, Lyon, Metz, Vincennes et Rennes. La plupart sont jugés par des juges des libertés et de la détention (JLD), le 25 septembre. Dans toutes les juridictions, à l'exception de celle de Meaux, le juge ordonne la libération. Le parquet fait systématiquement appel. Toutes les juridictions d'appel ordonnent une nouvelle fois la libération. Mais, dans la plupart des cas, les recours des demandeurs d'asile auprès du tribunal administratif sont rejetés, et leurs arrêtés de reconduite à la frontière ne sont pas annulés.

De Calais à Kaboul, le message du pouvoir

Toutes les destructions des lieux de vie des migrants ne sont pas aussi médiatisées que celle de la « jungle ». La veille, les télés annonçaient l'événement, relayé dès le lendemain dans de nombreuses colonnes de journaux et sur maintes chaînes télévisées et radios partout dans le monde. Pourquoi cet acharnement médiatico-étatique ? Pourquoi ce coup d'éclat répressif alors que la traque aux migrants n'a pas besoin d'actions spectaculaires pour suivre son cours efficace... ?

Si le gouvernement français a sciemment expulsé la « jungle » sous l'oeil des caméras, c'est pour faire passer un message fort, de Londres à Kaboul. Les personnes interpellées étaient des Afghans, pour certains des demandeurs d'asile, pour tous, des personnes fuyant un pays en guerre. S'attaquer aussi franchement aux Afghans de la « jungle », c'est limiter les possibilités de bénéficier du droit d'asile en Europe. Ce n'est pas, excuse mainte fois mise en avant, pour réprimer les filières de passeurs. Mais c'est envoyer un message à la « communauté internationale » pour que tous les prétendants au voyage sachent bien que la France et l'Europe lancent une véritable offensive contre « l'immigration clandestine ». Un message fort pour dire que personne n'aura de traitement de faveur, pas même les Afghans, chez qui l'OTAN continue d'envoyer ses troupes pour contrôler le pays et ses ressources minières.

C'est aussi, pour le ministre, envoyer un message à ses pairs européens, auprès de qui l'Etat français doit faire bonne figure en matière d'application de la politique commune concernant l'immigration, la France ayant été moteur de l'élaboration de cette politique. Il s'agissait de montrer au gouvernement britannique les efforts fournis à la suite de l'accord signé le 6 juillet 2009 entre Eric Besson et son homologue d'Outre-Manche3.

Même, comme l'a fait le ministre, quand il se justifie en assimilant le migrant à un délinquant manquant d'hygiène qui empêche la population calaisienne de dormir sur ses deux oreilles, ce n'est qu'accessoirement pour grapiller quelques bulletins auprès des sympathisants de l'extrême-droite. Cela sert avant tout à développer le sentiment xénophobe dans l'ensemble de la classe des dépossédés, à accentuer les replis communautaires et identitaires pour nous faire oublier qui sont nos vrais ennemis, en agitant le spectre de l'immigré qui vient « nous » voler « notre » travail en cette période de crise. Diviser pour mieux régner. Le pouvoir envoie enfin un message fort à tous ceux qui s'organisent en France pour résister à la machine à expulser, à tous les sans papiers et les personnes qui luttent à leurs côtés, tous ceux qui sautent de joie quand le centre de rétention de Vincennes brûle ou qu'un charter est annulé ; un message fort pour que tout le monde sache bien que l'Etat n'entend reculer devant rien en matière de répression des migrants, et ce, quel que soit le tollé que ça puisse provoquer. Expulser la « jungle », s'acharner ensuite en continuant de détruire d'autres abris de migrants, renvoyer par charter les réfugiés afghans directement à Kaboul, c'est affirmer une position de force sur le terrain de la guerre sociale : intimider pour mieux régner !

D'un point de vue plus pragmatique, la dispersion des personnes interpellées à Calais un peu partout en France, et la traque aux migrants qui continue à Calais sont autant de moyens pour le pouvoir de tenter de saper toute tentative de lutte collective et empêcher les migrants de s'organiser.

L'expulsion ou l'asile...

Eric Besson a annoncé que des retours forcés vers l'Afghanistan pourraient être organisés conjointement par la France et la Grande-Bretagne, que rien ne l'en empêchait, qu'il s'assurait juste que les conditions (lesquelles ?) seraient bien réunies à l'arrivée, à Kaboul. Les expulsions d'Afghans viennent alors s'ajouter au nombre des personnes expulsées du territoire (17350 expulsions entre le 1er janvier et le 31 juillet 2009, le quota : 28000 !). La question du charter vers un pays en guerre n'est cependant pas si simple. Les humanistes de tous bords, associatifs ou parlementaires, garants de cette France « pays des droits de l'homme » montent au créneau, multipliant rassemblements, pétitions et déclarations. Le 6 octobre 2009, à l'aéroport de Lille-Lesquin, un charter annoncé a finalement été annulé, pendant que 300 personnes se réunissaient à l'aéroport. Mi-octobre, pour la première fois depuis 2003, le gouvernement britannique a affrété un charter pour Bagdad avec 44 migrants d'origine irakienne. A son arrivée, seules 10 personnes ont accepté de descendre, les autres ont été ramenées à Londres4. Mercredi 21 octobre, un charter mixte affrété par la France et la Grande-Bretagne a quitté Roissy, direction Kaboul. Quatre des Afghans prévus dans le charter avaient été interpellés sur le territoire français. L'un d'entre eux a refusé d'embarquer : c'est le seul à ne pas avoir été expulsé...5 S'il y a encore un certain nombre d'Afghans dans les centres de rétention susceptibles d'être expulsés, sur les centaines de personnes arrêtées dans la « jungle », la plupart ont été relâchées. Certains, déboutés de leurs nombreux recours auprès des administrations, et déçus de l'accueil pourtant labellisé « France, terre d'asile », sont retournés sur le littoral de la Manche pour tenter de traverser la frontière franco-britannique, et subissent à nouveau l'acharnement policier. D'autres, comme à Marseille ou à Nîmes, continuent de se battre contre l'administration pour tenter d'obtenir l'asile en France, malgré le rejet de recours successifs, avec, pour entrave principale, les fameux accords Dublin II.

Politique européenne de l'asile

Opérationnel depuis le 15 janvier 2003, le règlement Dublin II met en place la politique commune de l'Union européenne en matière de droit d'asile. Il permet de déterminer quel Etat membre est responsable de l'examen d'une demande d'asile, sachant que désormais la demande d'asile ne peut être faite qu'une seule fois sur le territoire européen. Depuis la mise en place de Dublin II, l'Etat qui, le premier, a identifié un migrant, est celui qui est tenu d'examiner sa demande d'asile. Chaque Etat qui contrôle un migrant doit enregistrer ses empreintes digitales dans la base de données Eurodac. Ces empreintes sont envoyées sous format numérique vers l'unité centrale de la Commission européenne (au Luxembourg), où elles sont comparées automatiquement aux autres empreintes déjà enregistrées dans la base de données. Pendant 18 mois, elles ont une valeur juridique et peuvent être des pièces à charge contre les migrants. Au bout des 18 mois, le migrant peut de nouveau entamer des démarches de demande de droit d'asile, quel que soit le pays dans lequel il se trouve. Concrètement, cela signifie que la France, par exemple, peut très bien décider de renvoyer un migrant vers la Grèce, l'Italie, Malte ou Chypre, si celui-ci a déjà été contrôlé là-bas. Il est aussi fréquent que l'Etat grec, par exemple, s'il réussit à prouver que les migrants ont transité par le sol turc, les y renvoie, la Turquie elle-même ne s'empêchant pas de les expulser ensuite vers l'Irak, l'Iran ou l'Afghanistan. La Norvège, l'Islande et tous les Etats membres de l'UE, à l'exception du Danemark, participent au dispositif Eurodac. Par ailleurs, les politiques en cours évoluent vers une externalisation de l'asile. Les demandes sont désormais traitées au maximum depuis l'extérieur de l'Europe (au Maghreb par exemple) où les migrants se retrouvent enfermés.

Faire du migrant un travailleur

Au-delà des moments médiatiques forts où la répression exemplaire appuie le durcissement de la politique européenne en matière d'immigration, au-delà de la politique du chiffre de la police française qui a conduit à une inévitable augmentation des rafles, des arrestations de sans papiers, et des reconduites à la frontière, en Angleterre comme en France, le patronat a besoin d'une main-d'oeuvre immigrée, qu'elle soit embauchée légalement ou non. Des secteurs entiers (agriculture, sylviculture, BTP, restauration...) ne peuvent se passer de ces ouvriers précaires. Le travail clandestin, peu coûteux, permet de maintenir une pression sur l'ensemble des salaires. Quoi qu'il en soit, les logiques de production capitalistes nécessitent l'embauche d'immigrés, qu'ils soient « clandestins » ou « choisis »6. A l'heure où ces lignes sont écrites, plus de 4000 salariés sans-papiers d'Ile-de-France, pour la plupart intérimaires, sont en grève depuis plusieurs semaines et occupent différents sites où ils sont embauchés afin de dénoncer leurs conditions de travail et d'obtenir leur régularisation. Au CRA de Lyon Saint-Exupéry, 68 migrants ont entamé le 15 octobre une grève de la faim et exigent leur libération « ici, maintenant, tout de suite !»7...

Pour une solidarité active et vers des perspectives de luttes

N'oublions pas qu'une fois les caméras parties, les migrants continuent de se faire traquer, expulser, enfermer, que les charters vers Kaboul et ailleurs continuent de partir, que les centres de rétention continuent de tourner, et que pour les Afghans qui sont restés après la « jungle » pour faire leur demande d'asile en France, la galère ne fait que commencer... Expulsé, embauché illégalement ou accepté légalement sur le territoire pour un temps donné, le migrant reste de toute façon à la merci des autorités et des employeurs qui décident de son sort. Fuyant la répression, l'exploitation ou des conditions de misère, les migrants les retrouvent ici comme là-bas. Si la situation européenne n'a évidemment rien à voir avec la situation afghane, il n'en reste pas moins que la condition de quelqu'un qui ne possède que sa force de travail y est sensiblement la même, sous le joug de nos bourreaux, qu'ils soient militaires, policiers, ministres, passeurs, chefs religieux, juges, sociaux-flics, patrons et vautours de la misère en tout genre... Revenir sur la médiatique expulsion de la « jungle » et les arrestations des Pachtouns, essayer de comprendre dans quel contexte les faits se déroulent, permet de dépasser les réflexes de charité et de compassion. Chercher à se solidariser avec des personnes qui luttent en ce moment même contre l'offensive de l'Etat n'est pas se substituer à eux, et n'est pas se contenter d'apporter un soutien individuel à des « réfugiés » dans une logique citoyenne et humanitaire. Tenter d'analyser les positions avancées par le pouvoir, de décrypter les politiques migratoires, de comprendre la situation des migrants, n'est pas crier au fascisme ou au retour de Vichy. Le fichage, les expulsions et destructions de logement, les contrôles policiers, les tribunaux, l'enfermement, l'esclavage salarial... nous sont imposés par ce système de domination et d'exploitation - que l'on soit migrant ou non - lorsque l'on est pauvre et que l'on tente de se débattre aujourd'hui dans une démocratie européenne. Si nous avons peut-être déjà les moyens de survivre, nous n'avons pas plus que les sans papiers les moyens de notre autonomie, ceux de sortir de l'exploitation. Nous ne les aurons pas d'avantage avec des réflexes qui nous ramènent à l'isolement de notre condition de citoyen, travailleur, consommateur atomisé ou au repli identitaire, corporatiste ou communautaire (en dissociant, par exemple, la question des afghans demandeurs d'asile issus d'un pays en guerre, de celle de tous les autres sans papiers). Pour détruire les frontières, commençons par s'attaquer à celles qui existent entre les exploités. Plutôt que de crier au loup ou de s'apitoyer sur notre sort ou sur celui de plus miséreux que nous, créons des solidarités concrètes, créons des liens entre les luttes et intensifions-les ! Et si obtenir quelques moyens de survie ou quelques droits supplémentaires n'est certes pas inutile, ce qui nous anime est la perspective d'un monde débarrassé des frontières et de l'exploitation, et du Droit qui les défend.


Notes
1 - In Les frontières assassines de l'Europe, chapitre « Calais et le nord de la France : zone d'errance, porte de l'Angleterre », par le réseau associatif Migreurop.
2 - Cf. communiqué de l'association Salam, du 19 septembre.
3 - La déclaration adoptée lors du sommet exprime l'engagement des deux gouvernements, sur le plan national, à accroître la lutte contre l'immigration irrégulière en augmentant les retours forcés et, sur le plan bilatéral, à coopérer pour faciliter les reconduites, à oeuvrer pour le renforcement de la frontière (avec utilisation des nouvelles technologies) et à créer un « centre conjoint de renseignement ». Le ministre a, en outre, fait des déclarations demandant un renforcement de Frontex, l'agence européenne chargée de la coordination du contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne, prémisse de la police européenne des frontières.
4 - Le Times, 17 octobre 2009.
5 - A l'issue de son sommet des 29 et 30 octobre 2009 à Bruxelles, le Conseil Européen a annoncé l'organisation de charters européens pour expulser les migrants « en situation irrégulière ». Ces « vols groupés » seront pris en charge par l'agence Frontex.
6 - La régularisation au cas par cas de certains migrants arrivés clandestinement étant une sorte de tri au même titre que celui effectué directement depuis le pays des « candidats qui en font la demande » au titre de « l'immigration choisie ».
7 - Plus d'infos : http://rebellyon.info.


Passage en justice à Nîmes et Marseille

Le lundi 28 septembre, sur les 40 arrivés à Nîmes, 27 prisonniers sont transférés au dépôt du tribunal pour être présentés devant la cour d'appel. Tous les personnages de la farce sont réunis ; les acteurs du spectacle de la justice au grand complet : un avocat général fleurant la niaiserie procédurière ; un juge dont la bêtise exemplaire n'avait d'égale que son cynisme ; un faux interprète qui ne parle pas le pachto, mais s'est déjà fait embaucher par l'administration judiciaire lors du passage des Pachtounes devant la JLD... Fort heureusement, l'imposteur, vite démasqué, sera remplacé par une autre interprète pachtoune (vraie, celle-ci), qui prendra à plusieurs reprises le parti des inculpés, tout en essayant de traduire leur incompréhension face au mépris affiché par la cour à l'égard de leurs situations et de celle du pays d'où ils viennent. Pour anecdote : le juge qui traque les accusés parce qu'ils n'arrivent pas à lui décliner leurs états civils exacts ; l'interprète de tacler le juge en lui expliquant que l'Afghanistan est un pays en guerre depuis 30 ans, et que, comme dans tout pays en guerre, le registre des états civils a du mal à être tenu ; et le juge de répondre au public : « C'est merveilleux, en somme, dans un pays en guerre, on a toujours 20 ans ! ». Pour le reste, des avocats de la défense qui se relayent à la barre, faisant valoir leurs arguments concernant les nombreux vices de forme : longueur et conditions du trajet (19 heures) ; absence d'interprètes ; rapidité et nombreuses irrégularités de la procédure ; éloignement des détenus jusque dans le sud de la France alors que les CRA de Lille et de Coquelle étaient presque vides ; traitement « collectif » d'une procédure de reconduite à la frontière alors que la loi précise que les mesures d'éloignement doivent être conduites par des procédures individuelles... Le juge fait à peine semblant de s'intéresser aux arguments de la défense et prête davantage d'attention au représentant de la préfecture qui les réfute froidement. Néanmoins, la cour d'appel de Nîmes rendra le lendemain une décision identique à la plupart des juridictions, à savoir la libération des Afghans pour cause de vices de procédure. 19 sont aujourd'hui encore à Nîmes, hébergés à « la Fraternité » par la paroisse protestante, sous l'oeil « bienveillant » de la Cimade... Sur les 8 Afghans de la « jungle » jugés à Marseille, 6 sont restés pour tenter d'obtenir l'asile en France. Le groupe a rejoint la chaleureuse communauté des « clandos » afghans de Marseille. Les démarches entamées seront longues, et il n'est pas certain que toutes aboutissent. En attendant, il faut bouffer, s'habiller, se loger, et éviter de se faire interpeller dans la rue, ce qui n'est pas toujours facile, et encore moins évident quand on est isolé. La solidarité avec ces personnes peut s'exprimer de maintes façons.


La traque aux migrants dans le Calaisis continue...

A Calais (comme ailleurs), la traque aux migrants ne date pas d'hier* et ne s'est pas arrêtée le 22 septembre... Les autorités déclarent 18922 interpellations de migrants au cours du premier semestre 2009. Liste (non exhaustive) de ce qui s'est passé à Calais depuis l'expulsion de la « jungle » des Pachtounes :

23 septembre : expulsion d'un squat d'Erythréens.
24 septembre : expulsions de plusieurs squats de la région.
25 septembre : expulsion d'Iraniens dans le port, et évacuation de la « petite jungle » près de l'autoroute.
29 septembre : expulsion de la « jungle des Hazaras ».
1er octobre : expulsion d'un squat d'Erythréens. Début d'une grève de la faim au parc St-Pierre pour demander l'asile et pour qu'aucun migrant ne soit expulsé vers la Grèce. La police évacue le parc et arrête une partie des grévistes.
2 octobre : démantèlement d'un campement sur les quais et expulsion d'un squat, auxquels assistent Eric Besson.
7 octobre : 50 CRS vident plusieurs squats sur les quais et arrêtent plus d'une trentaine de personnes.
9 octobre : d'autres arrestations au port.
15 octobre : intervention des CRS au port pour déloger les migrants qui y campent ou dorment sous les ponts.

Pour se tenir au courant des exactions de l'Etat dans le Calaisis et des tentatives de résistance sur place, visitez http://calaismigrantsolidarity.wordpress.com et http://lille.indymedia.org.

* Lire De Sangatte à Coquelles, situations et interventions (1999 - 2004), La Mouette enragée, sur infokiosques.net. Le collectif La Mouette enragée aborde la situation des migrants dans le Calaisis, « indicateur de la situation faite aujourd'hui au prolétariat », et décrypte les politiques qui y sont menées, non sans évoquer les différentes réactions et luttes qu'elles ont suscitées.


L'asile en France

En France, quelqu'un dont la demande d'asile est examinée (ce qui n'est pas automatique), reçoit une autorisation provisoire de séjour de trois mois. Il lui est interdit de travailler légalement. Il peut toucher la maigre allocation temporaire d'attente auprès d'un pôle emploi que s'il est hébergé dans un centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA). Les gestionnaires des CADA sont les entreprises AFTAM et Adoma1 et les associations « professionnalisées » France Terre d'Asile et Forum Réfugiés2. Ces gestionnaires de la misère, entre autres collaborations avec l'Etat, renseignent une base de données qui fiche les demandeurs d'asile, les localise et enregistre leurs entrées et sorties des CADA. Les préfectures, ayant accès au système informatique, peuvent ensuite l'utiliser pour localiser les personnes ayant épuisé leurs recours juridiques, et dès lors les expulser aisément. La demande d'asile est toujours examinée individuellement et non selon la situation globale d'un pays. Au contraire, les personnes venant de certains pays ne peuvent pas obtenir l'asile, notamment si celui-ci est considéré comme une démocratie ou bien comme un pays dont la situation de conflit s'est stabilisée3. De nombreuses dispositions permettent ainsi de refuser les demandes d'asile (selon le rapport d'activité de l'OFPRA, en 2008, sur près de 43000 demandes, 5 143 accordées).

1 - ex-Sonacotra, célébrée par une très importante grève des loyers de 1975 à 1980, l'un des mouvements emblématiques des luttes de sans papiers.
2 - Associations qui viennent de remporter chacune une part de marché du conseil juridique dans les CRA aux côtés de la Cimade.
3 - clause 1 c5 de la convention de Genève.


Pour en savoir plus sur les politiques migratoires :
¤ Politiques migratoires, grandes et petites manoeuvres, édition carobella ex-natura.
¤ Le site Internet et les nombreux documents publiés par le réseau associatif Migreurop : www.migreurop.org.
¤ Le site de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII, ex-ANAEM), institution chargée de « l'immigration choisie » (ou travail légal des immigrés), de leur retour au pays et de la lutte contre le travail illégal des immigrés : www.ofii.fr.


Extrait du Bulletin de contre-info en Cévennes n°9, consultable sur
http://contreinfo7.internetdown.org

Sondage sur les sentiments de la population à propos des étrangers

Publié par 24 heures (http://www.24heures.ch)

MIGRATIONS | Un sondage commandé par l'association "Ecologie et Population" décrit les sentiments de la population à propos des étrangers en Suisse. La méfiance diminue: plus de la moitié de la population (53,7%) estime que la proportion de 22% d'étrangers n'est «pas trop élevée».

ATS | 07.11.2009 | 15:12

En 1998, 52,3% de la population considérait la proportion d'étrangers - qui était alors de 19% - comme trop élevée, alors que 44,1% estimaient qu'elle n'était pas trop importante. C'est ce qui ressort d'un sondage identique effectué en 1998 et cette année par l'institut Isopublic.

Les résultats ont été publiés samedi par le Tages-Anzeiger et le Bund. Le sondage a été réalisé par téléphone entre le 21 octobre et le 3 novembre auprès de 1103 personnes de toute la Suisse. La marge d'erreur est de +/-3,1%.

Il a été commandé par l'association «Ecologie et Population» (Ecopop). Cette organisation estime que les conditions et la qualité de vie ne peuvent être maintenues que si la population mondiale se stabilise.

Les Alémaniques plus méfiants

Les résultats montrent que les Alémaniques sont les plus méfiants envers les étrangers. Ils sont 51% à trouver que leur proportion est trop importante. Cet avis n'est partagé que par 39% des sondés en Suisse italienne et 31% en Suisse romande.

Les Alémaniques sont aussi les Confédérés qui sont les plus nombreux (49%) à considérer la politique d'asile comme trop souple. Pour 42% d'entre eux, elle est tout à fait appropriée, et pour 8% elle est trop dure. En Suisse romande, 35% des sondés la trouvent trop souple, alors qu'ils sont 42% à partager cet avis en Suisse italienne.

En moyenne suisse, 45% de la population trouve la politique d'asile trop souple. Mais la comparaison avec le sondage de 1998 montre que les Suisses sont manifestement plus satisfaits aujourd'hui de la politique d'asile. Alors que seuls 29% des sondés la trouvaient appropriée il y a 11 ans, ils sont maintenant 42% à le penser. Trafic et mitage oppressants

Le sondage révèle en outre que les Suisses se sentent davantage dérangés par le trafic et la construction que par une densité trop forte de population.

Sept sondés sur dix ont dit se sentir oppressés par «trop de trafic». Presque autant de personnes interrogées souffrent d'un «trop important bétonnage et mitage de l'environnement». Sur ces deux points, le pourcentage de Romands à partager cet avis se situe au-dessus de la moyenne (75%, respectivement 72%).

Les Romands sont aussi ceux qui se sentent le plus fortement gênés par la densité de population. Avec un pourcentage de 47% qui sont de cet avis, ils se situent 6% au-dessus de la moyenne nationale. Ils dépassent de 8% les Alémaniques et de 17% les Tessinois.

La comparaison avec les résultats de 1998 révèle que la position des Suisses par rapport au trafic, au mitage du territoire et à la densité de population n'a guère changé.

Deux homosexuels sans papiers menacés d'expulsion


NOUVELOBS.COM | 05.11.2009 | 15:51

Plusieurs associations de lutte contre l'homophobie demandent leur régularisation. Le premier, Camerounais, a fui les persécutions dont il était victime dans son pays. Le second, Chinois, vient en France depuis 10 ans et est en couple depuis 8 ans.


Deux homosexuels, l'un Camerounais, l'autre Chinois, sont actuellement placés au centre de rétention administrative d'Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) dans l'attente de leur expulsion, ont annoncé jeudi 5 novembre des associations de lutte contre l'homophobie, qui demandent leur régularisation.

"La France doit leur assurer protection"

"La France doit leur assurer protection et leur permettre de faire valoir leur droits à l'asile ou au séjour", affirment dans un communiqué commun SOS Homophobie, l'Interassociative lesbienne, gay, bi et trans (Inter LGBT), Act Up Paris et l'Association de reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l'immigration et au séjour (Ardhis).

Selon les associations, le Camerounais de 30 ans fuyait les persécutions dans son pays, où l'homosexualité est punissable d'amendes et d'un emprisonnement de 1 à 5 ans, et venait d'atteindre la France après un périple de plusieurs mois en Afrique.

10 ans de résidence sur le territoire

Dans le même CRA se trouve aussi un Chinois de 37 ans, diplômé de lettres françaises et de gestion des entreprises à l'université de Nantes. Professeur de chinois, il vit en couple avec un Français depuis huit ans en banlieue parisienne.

Après un séjour en situation régulière comme étudiant, il n'a pas eu de titre de séjour "salarié" malgré un emploi en CDI et le soutien de son employeur. Il a dû basculer dans la clandestinité pour rester en France, expliquent les associations.

Les associations demandent la libération des deux hommes afin que la demande d'asile déposée par le premier puisse être instruite d'urgence et que le second puisse demander sa régularisation en tant que conjoint d'un Français et avec la preuve de plus de 10 ans de résidence sur le territoire.

(Nouvelobs.com)

De la mosquée à l’église, ils ont bravé l’inconnu

MOUDON | Les lieux de culte ont révélé leurs secrets, hier, à l’occasion de la Semaine des religions. Musulmans, protestants ou catholiques ont pu prendre le thé chez les uns et les autres. Un article de Sarah Bourquenoud dans 24 Heures.

© MICHEL DUPERREX | ​D’origines très diverses, une cinquantaine de participants ont profité de la Semaine des religions pour se glisser «chez les autres»: dans le lieu de prière musulman, ou à la paroisse catholique, notamment.

La mosquée de Moudon est discrète. Tellement discrète, d’ailleurs, que ce n’est pas vraiment une mosquée. «Le terme est un peu audacieux, vu le bâtiment! C’est plutôt un lieu de prière», indique David Gun. Membre du groupe Suisse-étrangers de Moudon, il a conduit dimanche matin une cinquantaine de personnes à la découverte des lieux de prière de la ville. Les participants sont d’origines diverses: Albanais, Turcs, Portugais, Somaliens, et bon nombre de Suisses. L’occasion pour beaucoup de se glisser «chez les autres» pour la première fois.

«Quand on connaît
mieux les gens,
il y a des a priori
qui tombent»
MAGADIS RICHARDET,
MUNICIPALE UDC

Première halte, donc, la mosquée. A deux pas de la gare, dans un bâtiment anonyme, il suffit d’enlever ses souliers et de franchir le seuil pour un dépaysement total. Ou presque: pas besoin de maîtriser la langue du Coran pour fréquenter les lieux. «Je ne parle pas l’arabe, je récite les prières un peu comme des poèmes. C’est la même chose que le latin pour les catholiques!» explique Bisim Imeri, président de la communauté albanaise de Moudon.

Pas de prière pour le groupe ce matin-là, elle a déjà eu lieu avant le lever du jour. «La salle est surtout pleine le vendredi, où une cinquantaine de personnes viennent de loin pour prier», indique l’imam des lieux, Haci Kacin. Après la visite, le groupe est invité à partager le café. «J’étais curieuse de venir voir la mosquée», souffle Clémence, 10 ans, attablée avec son papa.

La suite du voyage se fera à deux pas de là, à l’église évangélique. Chant, batterie et guitare: non, ce n’est pas un concert de rock qui accueille les curieux, mais la louange du jour. Quelques cafés plus tard, changement de décor pour l’église allemande. «Est-ce que Dieu est plus important que Jésus dans votre religion?» demande une participante musulmane. Discussion un brin confuse sur la trinité. On évoque Saint-Gall, dont l’église accueille des prières chrétiennes et musulmanes communes. Un projet envisageable à Moudon? Moues dubitatives… «Inch’allah, comme on dit», lance David Gun.

«Matinée enrichissante»
Vitraux et pierres majestueuses, c’est l’église Saint-Etienne qui incarne ensuite la paroisse réformée. Puis le groupe se rend à l’ancienne caserne, dans laquelle la paroisse catholique tient son repas de soutien. Au fil de la matinée, les participants ont rapidement fraternisé, et l’ambiance est bon enfant. «Quand on connaît les gens, il y a des a priori qui tombent», constate la municipale Magadis Richardet. Etonnant, la présence de l’élue UDC dans la mosquée de Moudon? «Pas du tout, pourquoi ça? Etre UDC ne veut pas dire qu’on est fermés! Cette matinée était très enrichissante», sourit-elle.

Le préfet de la Gruyère en visite à la mosquée de Bulle

A la veille des portes ouvertes des mosquées qui ont eu lieu samedi, «La Liberté» a invité de le préfet de la Gruyère Maurice Ropraz à visiter le Centre culturel islamique albanais lors de la prière du vendredi soir. Dans son entretien avec l'imam des lieux, Ramadan Shabani, M. Ropraz a parlé liberté de culte mais aussi respect de la Constitution. Texte et photo de Sid Ahmed Hammouche dans la Liberté.

Maurice Ropraz, préfet de la Gruyère, et l'imam Ramadan Shabani
Maurice Ropraz s'accroupit devant la petite porte du Centre culturel islamique albanais de la Gruyère. Il se déchausse sous le regard surpris et interrogateur d'une dizaine d'hommes qui viennent de terminer la prière du vendredi dans le petit local. Ils sortent de la seule mosquée gruérienne, située à la sortie de Bulle direction Vevey, dans un grand bâtiment industriel et commercial.«Que fait le préfet ici?», chuchote un jeune homme à son voisin. Ce dernier hausse les épaules alors que des salamalecs commencent à fuser et que Maurice Ropraz, décontracté, dépose ses souliers noirs bien cirés sur les étagères en bois, en face d'un petit lavabo où les fidèles avaient fait leurs ablutions. «C'est une visite surprise», déclare le préfet, tout sourire. La première depuis l'ouverture du centre en 2005.

Une agréable surprise

«Mais c'est une agréable surprise», lui rétorque Sulejman Sulejmani, 39 ans, trésorier du Centre culturel islamique albanais de la Gruyère. «Vous êtes le bienvenu, monsieur le préfet», ajoute ce Bullois d'origine kosovare qui emmène le visiteur surprise vers la salle de prière. Une demi-douzaine de personnes discutent avec l'imam tandis que deux hommes prient, à deux pas, en ce jour de Djamouaa.Quant à Maurice Ropraz qui a répondu favorablement à l'invitation de «La Liberté» d'aller à la rencontre des musulmans de la Gruyère, il découvre les lieux. Il observe le minbar en bois, cette sorte d'escabeau, escaladé une fois par semaine par l'imam pour donner la Khoutba, le sermon du vendredi. Maurice Ropraz pose devant le mihrab, un sanctuaire décoré avec une arcature qui indique la qibla, vers laquelle se prosternent les fidèles pendant la prière, cinq fois par jour. Le mihrab est peint en vert. «Aux couleurs de l'UDC, quoi», ironise un croyant en quittant les lieux.Maurice Ropraz sourit. Gêné? Non! Le préfet sait très bien que le vote sur les minarets est sensible. Mais il redoute que la campagne électorale de l'UDC sur la votation pour l'interdiction des minarets, qui sera soumise au peuple le 29 novembre, ne laisse des traces, des fractures dans une communauté musulmane bien intégrée en Gruyère. «On crée des amalgames entre islamistes intégristes et islam», déclare cet avocat de formation à Sulejman Sulejmani.C'est alors que l'imam, drapé dans un manteau noir, approche Maurice Ropraz. Rapides salutations pour une première rencontre avant que les deux hommes, accompagnés par cinq Albanais, ne s'assoient à une table à l'entrée de la salle de prière. Débute alors un dialogue entre le représentant de l'Etat de Fribourg en Gruyère et Ramadan Shabani, 32 ans, Kosovar installé en suisse depuis 7 ans, employé chez Cremo et imam bénévole.

Pas de consigne de vote

«Est-ce que le minaret est important pour la pratique des musulmans?», interroge Maurice Ropraz après lui avoir expliqué qu'il est un catholique pratiquant. «Non», lui répond l'imam. «C'est un symbole pour indiquer un lieu de prière. Avec ou sans, nous pouvons pratiquer notre religion. Mais ne comptez pas sur moi pour donner des consignes de vote durant mes prêches. Ici, c'est une mosquée, on parle de dieu, pas de politique. Que la Suisse accepte ou refuse les minarets, nous nous continuerons de faire la prière sans problème.» «Et qu'avez-vous évoqué aujourd'hui lors du prêche?», relance Maurice Ropraz. «J'ai parlé du pèlerinage à la Mecque, qui commencera bientôt», dit le jeune Albanais qui a étudié la théologie musulmane au Kosovo et qui parle un arabe châtié. «Mon rôle est d'enseigner les bases de l'islam. Je mène la prière du vendredi et je donne des cours d'éducation religieuse aux enfants le dimanche. Et j'enseigne les préceptes de l'islam tout en insistant pour que les musulmans d'ici pratiquent leur foi et appliquent la loi suisse.»Ces mots rassurent le préfet qui insiste sur la liberté du culte, mais sur le devoir civique de chaque habitant de ce pays de respecter la constitution et la laïcité. «Nous sommes des Suisses comme les autres» rétorque Ramadan Surduli, menuisier, la cinquantaine et qui travaille depuis plus 30 ans dans la région. De son côté, Gashi Hisen, 65 ans, abonde: «Je suis arrivé du Kosovo il y a 25 ans. Et à chaque prière du vendredi, je loue la Suisse qui m'a rendu ma dignité. N'oubliez pas non plus que la majo-rité des musulmans d'ici vient d'Europe, des Balkans principalement ou de la Turquie. Nous sommes issus d'un Islam européen. Nous c'est Allah, vous c'est Dieu. Finalement, on adore le même créateur du monde.»Pour le préfet, tout ce débat sur les minarets n'a pas de sens. «En réalité, les partisans de l'initiative ont ouvert un faux débat. Les musulmans vivent bien en Suisse. C'est une richesse pour nous. Il y a quatre minarets et je ne m'attends pas à les voir se multiplier. Les musulmans comprennent aussi que ce n'est pas dans leur intérêt de construire à chaque coin de rue un minaret dans le pays. Je serais très triste si la Suisse était le premier pays à inscrire l'interdiction des minarets dans la constitution. C'est vraiment l'introduction des lois d'exception et ça serait grave.»Autour de la table, les hommes opinent du chef et précisent que l'Association albanaise de la Gruyère n'a pas de projet de construction de minaret. Comme pris au piège d'un débat qui les dépasse. Après deux heures de discussion, Maurice Ropraz, rassuré, prend congé tout en promettant de revenir les voir un de ces jours. «Les portes sont ouvertes à tout le monde», lui lance Sulejman Sulejmani, aux anges, ému par la visite du préfet. Un vendredi. Jour de prière. En Gruyère comme ailleurs dans le monde.

Les mosquées de Suisse ont attiré les foules

A trois semaines de la votation sur l'interdiction des minarets, la population a profité samedi de la journée portes ouvertes des mosquées en Suisse pour s'informer sur l'islam. Plusieurs centaines de visiteurs ont été dénombrés dans les plus de 100 lieux de prière qui les accueillaient.

La mosquée de Genève a accueilli environ 500 curieux dans ses locaux. Photo Keystone

La journée portes ouvertes avait lieu dans douze cantons, dont Genève, Vaud et Fribourg. Dans ce dernier, cinq lieux ont été ouverts au public: trois à Fribourg, un à Morat et un à Bulle. Quelque 160 personnes les ont visités, soit près du double de l'an dernier, a indiqué à l'ATS Mohammed Ali Batbout, représentant des associations musulmanes.
La perspective de la votation du 29 novembre a évidemment joué un rôle dans le succès de la manifestation, selon Ali Batbout. Les organisateurs avaient d'ailleurs préparé des images d'églises et de clochers dans les pays musulmans pour montrer que l'ouverture existe aussi dans ces Etats.

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Le président des grottes de Vallorbe regrette ses paroles

Le Forum des étrangers de Lausanne a réagi aux propos de Walter Zehnder à l’égard des requérants d’asile, rapportés par le journal 20 minutes. L’intéressé s’est excusé vendredi par écrit. Un article de Pierre Blanchard dans 24 Heures.

Les propos désobligeants à l’égard des demandeurs d’asile tenus par le président des Grottes de Vallorbe, et rapportés par le journal 20 minutes (24 heures du 5 novembre), ne sont pas restés sans effet. Le Forum des étrangères et étrangers de Lausanne (Feel) a en effet tenu à rappeler à Walter Zehnder et aux médias «que la publication de propos racistes est punissable par l’article 261 bis du Code pénal». L’alinéa 4 de cet article précise qu’il est interdit de discriminer, de quelque manière que ce soit, un individu ou une communauté en raison de sa race, de sa religion ou de son appartenance ethnique. Le Feel a exigé des excuses et s’est réservé «le droit de déposer une plainte contre Walter Zehnder pour apologie du racisme».

Le président de Grottes de Vallorbe s’est excusé vendredi, par écrit: «Je regrette sincèrement que les propos diffusés par la presse aient provoqué une telle réaction. Le problème, ce ne sont pas les Noirs, ni les Blancs, ni les Jaunes, mais bien la quantité de demandeurs d’asile, bien trop importante par rapport au nombre d’habitants à Vallorbe. Mon but était uniquement de presser les autorités pour que des solutions soient trouvées très rapidement. Qu’on mette en place des lieux adéquats pour que les réfugiés disposent d’endroits où ils sont à l’aise et où ils ne dérangent personne. Si des mots durs sont tombés dans mes explications, je le regrette sincèrement, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser.»

«Deuxième chance»

«Nous sommes satisfaits que M. Zehnder ait présenté ses excuses. Nous en resterons là. Car nous pensons que cette personne a droit à une deuxième chance», commente Tidiane Diouwara, président du Feel. Le Forum des étrangers de Lausanne a pour objectif de favoriser l’intégration des étrangers, dans la capitale vaudoise et dans le canton. Il regroupe 50 associations, en provenance des cinq continents, dont il est le porte-parole auprès des autorités.